DIXIÈME PAIRE., — NERF VAGUE, X
Tab. M, fig. 17, 18 et 19.— Tab. N, fig 2, 3 et #.
Ce nerf, l’un des plus considérables de ceux qui sortent du cerveau, nait de deux racines assez distinctes, dont la plus grande, avec ses fibres disposées en éventail, sort du même sillon latéral de la moëlle alongée, qui renferme les origines des paires précédentes. Une racine plus mince se voit un peu en avant et en haut de la racine principale, et se réunit à cette dernière au moment d’entrer dans le canal osseux de l’occipital latéral, qui donne passage au nerf.
A l'ouverture extérieure de ce canal, le nerf se renfle en un ganglion assez considérable , auquel vient encore s'unir la branche anastomotique du glossopharyngien. Le ganglion a une forme à peu-près ovalaire , et bien qu’il adhère plus ou moins au tronc du nerf, il semble pourtant n’affecter que la première branche branchiale du vague, et la branche communicative, mais nullement les autres branches postérieures. Il existe des différences assez marquées dans les rapports de ce ganglion, avec les branches postérieures : j'ai trouvé des individus, où le ganglion était entièrement soudé au tronc du nerf, tandis que chez d’autres , il en était tellement séparé , qu'on ne pouvait douter que cette formation ganglionnaire n’appartint exclusivement au nerf du second arc branchial (Tab. M, fig. 19, d).
En quittant le ganglion, les branches du nerf rayonnent immédiatement vers les différentes parties, auxquelles elles sont destinées. Nous distinguons trois nerfs branchiaux, un nerf pharyngien , la branche latérale et le rameau intestinal.
Quant aux nerfs branchiaux, qui servent les trois derniers ares branchiaux , leur manière d’être est assez conforme à celle du glossopharyngien (Tab. M, fig. 18, f, g, h).
Le tronc de chacun d’eux se loge immédiatement dans la gouttière de son arc branchial qu'il suit jusqu’à son extrémité inférieure, fournissant chemin faisant les feuillets respiratoires , et probablement la série de petits muscles destinés à mouvoir ces feuillets. En arrivant à l'extrémité de l'arc branchial , ces nerfs sont considérablement affaiblis et se perdent avec leurs derniers rameaux dans les muscles abaisseurs des branchies.
Outre cette branche principale chacun de ces nerfs a encore une branche antérieure destinée aux muscles et qui semble répondre au rameau de la fausse branchie que fournit le glossopharyngien. Ces branches desservent invariablement les muscles de
l’arc branchial précédent, de telle sorte que les muscles du premier are branchial, dans la gouttière duquel se loge le glossopharyngien , sont servis par le nerf du second arc , et ainsi de suite.
Les muscles du dernier are branchial sont servis par quelques filets provenant de la branche pharyngienne, et la manière d’être de cette branche (fig. 18, t), peut à bon droit être invoquée comme un argument en faveur de la théorie, qui envisage les os pharyngiens comme un arc branchial transformé. En effet il n’existe aucune différence entre le cours de cette branche pharyngienne du vague , et celui des autres nerfs branchiaux. Elle est logée dans la gouttière de ces os , dont elle suit le trajet , et arrivée à l'extrémité antérieure, elle se perd, comme les autres nerfs branchiaux dans les muscles abaisseurs de l’arcade pharyngienne. ,
La branche intestinale (fig. 18, £), est d’abord collée au nerf pharyngien , mais arrivée à l’angle des os pharyngiens, elle change de direction et s’étend horizontalement en arrière , sur l’ésophage. En traversant le diaphragme , elle donne un petit filet au diaphragme lui-même. M. Büchner (*) veut avoir poursuivi ce filet jusqu’à l’oreillette du cœur ; quant à nous, quoique nous ayons mis un soin tout particulier à la préparation de ce filet, chez de grands exemplaires de Truites saumonées, nous n’avons jamais pu le suivre plus loin que dans la couche charnue du diaphragme. Après l'émission de ce filet, le nerf ayant traversé le diaphragme , se trouve à la face supérieure de l’ésophage , assez près de la ligne médiane, sur le côté extérieur des feuillets péritonéaux, auxquels adhèrent les organes sexuels et la vessie natatoire. En passant près du col de la vessie natatoire, il fournit un filet assez fort à cet organe ; ce filet qui s’arque en haut, se laisse poursuivre jusque dans la membrane même de la vessie natatoire.
La distribution des nerfs sur les deux côtés de l’ésophage et de l'estomac est assez simple. Ils ne forment des réseaux ou des plexus ni avec le sympathique, ni avec les deux nerfs réunis. Chacun rayonne de son côté en plusieurs branches, qui se subdivisent en rameaux et filets absolument de la même manière que s'ils se rendaient à un muscle. Il nous a été impossible de suivre ces filets jusque dans la portion pylorique de l’estomac , mais nous ne doutons cependant nullement qu'ils ne s’y rendent.
La dernière branche enfin, dont l'existence semble étroitement liée au système branchial , puisqu'elle se trouve aussi chez les reptiles respirant par des branchies, est la branche latérale, (Tab. M, fig. 18 , {). Elle nait du côté extérieur et se dirige brus-
() Mémoire sur le système nerveux du Barbeau, page 26. (Mém. de la Soc. d’Hist. nat. de Strasbourg. Tom. 11, 1835).
quement en arrière, en passant par les muscles latéraux du corps et immédiatement sous la peau et le tronc des vaisseaux muqueux des branchies. Pénétrant ensuite sous les os de l'épaule, elle passe à la face extérieure du corps, où on la suit jusqu’à la queue toujours située en dedans du grand canal muqueux latéral, dans la fente des grands muscles latéraux. Partout elle donne de petits filets au vaisseau muqueux latéral et à la peau sus-jacente. Jamais, mème sur de très-grands Saumons, nous ne l’avons vue s’anastomoser avec les nerfs spinaux, quoique d’autres anatomistes aient constaté des anastomoses dans beaucoup d’autres poissons. Il est possible que ces filets anastomotiques existent cependant , et que leur extrême ténuité nous les ait rendus invisibles. Le nerf latéral en général est peu développé chez les Salmones ; vers la queue il devient tellement mince et se confond si intimément avec les membranes tendineuses qui l'entourent, qu’il nous a été impossible de préparer sur les Truites non plus que sur les Saumons le joli réseau terminal , qu’il forme à la base de l’anale , et qui, chez d’autres poissons , peut être facilement mis à découvert.
Les Salmones n’ont qu’une seule branche latérale, encore est-elle assez superficielle. On ne trouve pas de branches qui correspondent au nerf latéral profond et au nerf récurrent, qui ont été observés chez d’autres poissons osseux.
Enfin les poissons osseux en général ne montrent aucune trace d’un nerf, qui pourrait correspondre au nerf accessoire de Willis, ou à la onzième paire des mammifères. On dirait que de même que la respiration branchiale est une condition de l'existence du nerf latéral , de même le nerf accessoire ne se trouve que chez les vertébrés à resparation pulmonaire.