DE LA FACE
Les os de la face représentent, dans leur réunion , deux grands batians mobiles , attachés en divers endroits au crâne, et formant les parois latérales de la cavité buccale. Bien que mobiles les unes sur les autres, les pièces de ces battans sont pourtant arrangées de manière qu'il n’y a presque pas de lacune entre les os qui les composent ; car leurs bords intérieurs touchent immédiatement au crâne, ou du moins ne laissent qu'un petit espace intermédiaire libre. Leurs os se combinent en arrière avec l’appareil operculaire et avec l'appareil hyoïdal proprement dit.
L'intermaxillaire (n° 17) (*) a une forme presque triangulaire. Son apophyse montante, qui s'applique sur l'extrémité antérieure du nasal, est un peu courbée en arrière. Les deux os se touchent sur la ligne médiane, et forment la pointe antérieure du museau. Le bord inférieur est droit et armé, chez la petite Truite, de quatre à huit dents fortes, aiguës et recourbées en arrière ; chez la grande, il y a en général un plus grand nombre de dents dans l’alvéole de cet os. La face interne de l'os est un peu creuse, l’extérieure bombée ; à la face interne est accolée lapophyse antérieure du maxillaire supérieur. C’est, avec le nasal, le seul os qui touche immédiatement l’intermaxillaire ; le reste de sa face interne repose sur le cartilage cränien.
() Agassiz, Histoire naturelle des Poissons d’eau douce, seconde livraison, Embryologie des Snree par C. Vogt.
() Détermination généralement adoptée. — Tab, D (S. fario), fig. 17 et 18, de profil ; fig. 19, de de-
dans. — Tab. EÇS. trutta), fig. 1, de profil. Tab, F ÇS. trutta), fig. 4, de profil, en dehors ; fig. 5, de profil, en dedans.
Min
L'os qui fait suite à l’intermaxillaire sur le pourtour de l'ouverture buccale est le maxillaire supérieur (n° 418) (*), cet os dont on a si long-temps méconnu la véritable nature, en l'appelant os des mystaces, jusqu’à ce que Cuvier démontra, par l’étude de la Truite, que c'était bien réellement lanalogue du maxillaire supérieur. I à la forme d’un bâton aplati et courbé, s’engageant par une apophyse inerme, entre l’intermaxillaire (n° 17) et le palatin (n° 22), sur lequel la face interne de cette apophyse peut glisser, tandis qu’elle est fixée d’une manière presque immobile à la face interne de l’intermaxillaire. L’os s’aplatit et s'élargit principalement vers l’extrémité postérieure qui est appliquée sur la face externe de la mâchoire inférieure. Il forme le pourtour extérieur de la bouche, de manière qu'en fermant la bouche, la màchoire inférieure ne rencontre pas les dents des maxillaires, mais se place en dedans. Le bord inférieur de los est armé de seize à vingt dents coniques, courbées en dedans, et qui diminuent insensiblement en grandeur d'avant en arrière. Quoique présentant la même courbe que le palatin, la face interne du maxillaire n’est pourtant pas appliquée contre ce dernier; elle est tout-à-fait libre, aussi loin qu’il porte des dents, et séparée du palatin, comme de la màchoire inférieure, par un pli de la peau , qui peut s'étendre et faciliter ainsi les mouvemens de los.
À la face externe du maxillaire, près de son extrémité postérieure et aplatie, est appliqué un petit os plat, de forme oblongue , le surmaxillaire (n° 18) (**). I ne présente rien de remarquable , et ne sert qu’à élargir et à donner plus de force à l'extrémité postérieure du maxillaire.
En dedans de cet are extérieur , composé par les intermaxillaires et les maxillaires, se trouve un second arc également denté, formé par le palalin (n° 22) (**). La forme de ces os imite en quelque sorte celle du maxillaire : mais il est plus massif, moins aplati et moins courbé, de manière à former avec celui de l’autre côté un are plus étroit que celui du maxillaire; les dents y sont au nombre de dix à quinze. Le bord supérieur est renflé et surmonté, près de son extrémité antérieure, d’une apophyse obtuse, mais massive, au-dessous de laquelle s'engage lapophyse antérieure du
(*) Dénomination généralement adoptée. — Tab. D (S$. fario), fig. 17 et18, de profil; fig. 19, de dedans. — Tab, EÇS. trutta), fig. 1, de profil. — Tab. F (S. trutta), fig. 4, de profil, en dehors; fig 5, de
profil, en dedans.
ç**) Os propre aux Truites et à quelques autres genres voisins. 1l existe aussi chez les Clupes. — Tab. D CS. fario), fig. 17 et 18, de profil. — Tab. E (S. truta), fig. 1, de profil. — Tab. F (S. trutta), fig. 4, de profil.
ç**) Détermination généralement adoptée, sauf Bojanus, qui en fait le maxillaire, — Tab. D£$. fario),
fig. 18, de profil; fig. 19, de dedans. — Tab. F [S. trutta), fig. 4, de profil; fig. 6, de dedans.
maxillaire. Cette apophyse du palatin est tapissée de cartilage ; elle parait à la face extérieure de la tête, au dessus de l'extrémité antérieure du maxillaire (Tab. E fig. 1); et c’est sur elle que s'appuient les deux premières pièces du jugal (n° 19 et 191. La partie postérieure du bord supérieur de l'os est creusée en gouttière et présente deux bords tranchans ; sur le bord externe s'appuient les pièces du jugal qui forment le bord inférieur de l'orbite (n° 19' et 19/); contre le bord interne est appliqué le ptérygoïde (n° 25), qui est soudé avec lui par du cartilage. L’extrémité postérieure de l'os est mince et effilée; elle s’engrène dans l'extrémité antérieure de los transverse (n° 24). L’extrémité antérieure touche encore le vomer à son bord interne.
Les mouvemens du palatin sont très-restreins et limités à de petites déviations, dues à l’élasticité des cartilages qui se joignent aux autres pièces. Quand la bouche se ferme, l'arc se place en dedans de la mâchoire inférieure, et les dents de cette dernière se trouvent ainsi logées dans la profonde rigole entre le palatin et le maxillaire supérieur.
Le transverse (n° 24) (*) est un os long et cylindracé, qui s'applique par son extrémité antérieure sur l’arrière du palatin, et qui en arrière s’adapte de la même manière contre le bord antérieur de l'os carré (n° 26). Il forme la continuation du bord de l’are palatinal, en joignant le palatin à los carré. Il n’est pas armé de dents, el touche seulement par son extrémité antérieure le ptérygoïde (n° 25).
Le plérygoïdien (n° 25) (**) est un os plat et large, dans lequel on peut distinguer une partie horizontale et une partie verticale. La première sert de plafond à la partie postérieure de la gueule; elle touche de très-près par son bord interne et libre au sphénoïde (n° 6), et ferme ainsi l'orbite du côté de la gueule; la partie verticale est principalement développée en arrière. Le bord extérieur de la partie horizontale s’applique en avant contre le bord interne du palatin (n° 22), et touche un peu au transverse (n° 24). La partie verticale s'applique sur la face interne de la caisse (n° 27) de l’os carré (n° 26), et touche , dans toute sa longueur, au bord interne du transverse (n° 2h). Cette partie réunit ainsi d’une manière fixe ces os entre eux et avec le palatin. Elle est recouverte en dehors par du cartilage, dans tous les endroits où les
(*) Transverse, Cuvier, Meckel, Bakker, Geoffroy ; démembrement du palatin, Bojanus, Carus; ptérygoïdien, Spix. — Tab. D ÇS. fario), fig. 17 et 18 de profil, fig. 19 d’en dedans.— Tab. E (S. trutta), fig. 1, de profil. — Tab. F£S, trutta ), fig. 4, de profil en dehors ; fig. 5, de profil en dedans.
(*) Détermination généralement adoptée, sauf par Spix, qui en fait le palatin. — Tab. D (S. fario), fig. 17 et 18, de profil ; fig. 19, d’en dedans. — Tab. F (S. trutta), Gg. 4, de profil, en dehors ; fig. 5, de profil, en dedans.
sir os mentionnés ne sont pas appliqués dessus. Bien que touchant par son bord intérieur au vomer (n° 16) et au sphénoïde (n° 6), l'os n’est pourtant pas articulé avec ces derniers. La partie horizontale est déclive en dehors, de manière que les deux ptérygoïdiens forment au dessus de la cavité buccale un véritable toit, dont le sphénoïde et le vomer constituent la crête mitoyenne.
A la face externe du ptérygoïde, formant la continuation postérieure de l’arc palatinal, se trouve , de chaque côté , los carré (n° 26) (*). C’est un os en forme de triangle, dont le sommet, qui porte l'articulation de la mâchoire inférieure , est en bas, tandis que la base est tournée en haut. Le côté antérieur du triangle est rectiligne, et son extrémité est enchâssée dans la gouttière postérieure du transverse ; le bord postérieur se prolonge sous la forme d’une apophyse longue, grèle et pointue, qui est séparée du corps de los par une profonde entaille, dans laquelle se loge la pointe du tympano-malléal (n° 51). La facette articulaire de los est gynglimoïde, creuse, et munie de chaque côté, en dehors et en dedans, d’un bourrelet assez vigoureux, ce qui rend tout mouvement latéral de la mâchoire inférieure impossible. L’os touche par son bord antérieur au transverse (n° 24), par sa face interne au ptérygoïde (n° 25), par l’apophyse postérieure au bord antérieur du préopercule (n°30), et reçoit dans son entaille le tympano-malléal (n° 51).
Le tympano-malléal (31) (*) est un petit os en forme de massue, dont la partie grèle est enchâssée dans l’entaille de l'os carré ; il touche en arrière au bord du préopercule (n° 50) et au styloïde (n° 29); en haut, au mastoïdien (n° 25), et en avant, à la caisse (n° 27).
Le mastoïdien (n° 25) (**) est un os plat, de forme quadrangulaire, dont le bord supérieur, presque horizontal et rectiligne, est arrondi , revêtu d’une couche de cartilage et susceptible de se mouvoir comme un battant sur la rigole latérale du temporal (n° 12). Le bord postérieur, qui est à angle droit avec le bord supérieur, est tranchant, et appliqué, dans toute sa longueur, contre le bord antérieur du préopercule (n° 50). Ila, à sa face interne, une apophyse plate, saillante, large et arrondie
(*) Jugal, Cuvier; ptérygoïdien , Bojanus ; démembrement de Pos carré, Meckel. — Tab. D Ç(S. fario), fig. 17 et18, de profil. — Tab. E ($. trutta), fig. 1, de profil. — Tab. F, fig. 4, de profil en dehors; fig. 5, de profil en dedans.
(**) Symplectiqne, Cuvier ; styloide, Meckel ; tympano-malléal, Hallmann. —Tab. DS. fario), fig. 17 et 18, de profil. — Tab. E (S. trutta), fig. 1. — Tab. F (S. trutta), fig. 4, de profil; fig. 5, de dedans.
(**) Temporal, Cuvier; os carré, Bojanus, Rosenthal; démembrement de l'os carré, Meckel. — Tab. D CS. fario), fig. 17 et 18, de profil. —Tab. ES. trutta), fig. 1.— Tab. FE ÇS. trutta), fig. 4, de profil; fig. à, de dedans.
0000 ee sur laquelle s’articule la facette articulaire de l’opercule. Le bord interne est profondément entaillé. de manière à présenter deux appendices, dont le postérieur est assez épais et l’antérieur mince. Sur la face externe de la partie inférieure est appliquée la caisse (n° 27), de manière à fermer l’entaille , à une petite fente près, par laquelle l'artère hyoïdale passe de la cavité branchiale dans celle de la face. Le bord antérieur de los enfin n’est libre que dans sa partie supérieure, l’inférieure étant accolée à la caisse (n° 27). L’os touche en haut au temporal (n° 12), en arrière au préopercule (n° 50) et à l’opercule (n° 28), en bas, au styloïde (n° 29), au tympano-malléal (n° 51), et par son angle antérieur et inférieur au ptérygoïde (n° 25).
La cuisse (n° 27) (*) est une pièce plate et mince, de forme presque triangulaire, qui est appliquée par sa face externe au mastoïdien (n° 25) et au ptérygoïde (n° 25), et fait tellement corps avec le premier, qu'il est difficile de l’en séparer. Son bord postérieur est adhérent, son bord antérieur en revanche est libre, et entre sa partie supérieure et le mastoïdien se trouve un espace vide, dans lequel s’attache une grande partie du grand muscle masticatoire.
Les os de la face que nous venons de passer en revue sont tous si intimément unis, qu'ils ne constituent qu'une seule plaque, dépendant de la face latérale du crâne, et formant les parois latérales de la cavité buccale. Sauf les deux maxillaires, qui sont susceptibles de glisser un peu sur le palatin, les autres sont tous immobiles et ne peuvent se mouvoir que dans leur ensemble. Comme ils ne sont fixés au crâne que sur deux points, en avant par le palatin et l’intermaxillaire à l'extrémité du museau, en arrière par le mastoïdien au temporal, et que le reste est parfaitement libre, il s’en suit que le battant qu'ils forment peut s’écarter considérablement et élargir latéralement la cavité buccale, pour laisser passer la proie. Pourtant cet écartement n’est pas aussi considérable chez la Truite que chez beaucoup d’autres poissons, et, comparé à ces museaux protractiles, que lon rencontre dans quelques genres, la mâchoire supérieure et l'appareil palatinal de la Truite peuvent presque être envisagés comme immobiles.
Outre l'appareil palatino-maxillaire , que nous venons de décrire, la face compte encore plusieurs autres os remarquables par leur emplacement comme par leur fonction.
Les jugaux (n° 19) (**) se présentent en premier lieu à notre attention. Ce ne sont
(*) Femporal, Cuvier ; ptérygoide postérieur, Hallmann, Bojanus ; démembrement de los carré, Meckel, — Tab. D ÇS. fario), Gg. 17 et 18, de profil; fig. 19, de dedans. —Tab. E (S$. trutta), fig. 1, de profil. — Tab. FÇS. truite), fig. 4, de profil; fig. 5, de dedans.
(**) Jagal, Meckel, Bakker, Bojanus, Spix ; lacrymal, Carus ; sous-orbitaires, Cuvier.—Tab. À (S. fario), fig. 1, de profil. — Tab. D ÇS, fario), fig. 18, de profil. — Tab. ES. trutta), fig. 1, de profil.
pas des os simples; c’est tout une chaine d'os composée de six à sept pièces plus ou moins plates, qui forment un anneau autour de lorbite. La première pièce (n° 19) est appliquée contre la face extérieure du frontal antérieur, et forme le pourtour postérieur de la fosse nasale ; la seconde (n° 19”) est eylindracée et articulée par son extrémité antérieure sur le bouton eartilagineux qui revèt lapophyse du palatin; les pièces postérieures (n° 19”, ete.) deviennent de plus en plus plates ; la dernière enfin s'applique sur la face extérieure de la suture du frontal principal avec le frontal postérieur. Le bord orbital de tous ces osselets est renflé, le bord extérieur mince et tranchant ; un canal muqueux , qui a plusieurs ouvertures à l'extérieur, longe leur bord orbitai. Cette chaine d’osselets est librement suspendue dans la peau, et couvre la partie extérieure des muscles de la joue, qui la séparent des autres os. Elle n’a point de mouvement propre, et ce n’est que grâce à son élasticité, qui est due au nombre de pièces dont elle est composée, qu'elle peut se plier aux mouvemens du muscle.
Le surorbitaire (n° 1!) (*) est un petit os squammeux, oblong, attaché par son bord interne au toit de l'orbite qu’il complète de ce côté. Il n’a point d’autres relations avec les os, ni avec les parties molles qui l’entourent.
Les olfactifs (n° 20 et 20!) (**) sont deux petits os plats, oblongs, attachés par leur face interne au nasal n° 3 , et couvrant d’en haut les fosses nasales. Cachés dans la peau qui recouvre les fosses , ils Sont mus par de petits muscles propres, ou plutôt par des fibres musculaires dispersées, qui leur impriment un mouvement de battant fort distinct. Comme le couvercle de la fosse nasale à deux trous, qui s'ouvrent et se ferment successivement, ce mouvement des olfactifs détermine un courant d’eau continuel à travers les narines , condition essentielle pour la perception des odeurs, qui. quoique faible, ne saurait cependant être nulle chez les poissons.
La machoire inférieure est composée de chaque côté de trois os, le dentaire , Farticulaire et l’angulaire , dont le premier porte seul des dents. |
Le dentaire (n° 54) (**) est une piéce longue , triangulaire , concave en dedans . bombée en dehors, et arquée suivant le contour de la bouche ; sa largeur va en augmentant d'avant en arrière ; son extrémité antérieure un peu plus arquée que le reste de l'os , touche l'os correspondant du côté opposé sur la ligne médiane et se combine avec lui au moyen d’une symphyse cartilagineuse. La face externe de l'os est ré-
(*) Dénomination généralement adoptée. — Tab A (5. fario). fig. 1. — Tab. D (S. fario) , fig. 18. — Tab E (S. trutta), fig. 1.
(*) Nasaux, Cuvier, Meckel; incisif, Bojanus. — Tab. D'(S. fario), fig. 18.— Tab. E, fig. 1.
(**) Tab. D (S. fario), fig. 17 et 18, de profil; fig. 19, de dedans. —Tab. EÇS. trutta), fig. 1, de profil. — Tab. F (S.trutta), fig. 4, de profil; fig. , de dedans.