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MÉCANISME DU CRANE EN GÉNÉRAL

Considéré sous le rapport mécanique , le crâne

résiste et se meut. Sa résistance peut comme ses mouvements être partielle ou de totalité. Par sa résistance il protège contre les chocs extérieurs , les organes des sens et le cerveau , qu’il maintient aussi dans des positions fixes et constantes. Par ses mouvements de totalité sur le cou, il est un organe puissant d’attaque , d’impulsion et de défense chez un grand nombre d’animaux , et chez tous , par les mouvements qu’exerce sur sa base une fois

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fixée, la mâchoire inférieure, il contribue à opérer la partie purement mécanique de la digestion.

i°. Mécanisme du crâne dans ses mouvements de totalité , et dans ceux de ses diverses régions.

Dans tous les vertébrés en général , le crâne représente un levier dont la puissance est placée à l’extrémité postérieure à-peu-près dans un même plan, vertical, oblique ou horizontal, que le point d’appui , et dont la résistance est située à l’extrémité libre ou antérieure. Ce plan est celui de l’occiput.

La direction verticale ou horizontale du plan de l’occiput, dans lequel se trouvent à la fois la puissance et le point d’appui, influe beaucoup sur la proportion de puissance nécessaire à mouvoir la meme masse.

Dans l’homme et le chimpanzé, par exemple, où ce plan est à peu près horizontal, le point d’appui étant peu postérieur à la direction de la ligne passant par le centre de gravité , une très-faible portion de la puissance des muscles cervicaux suffit à maintenir en équilibre la tête , qui par la position et la forme de son articulation , tomberait en avant. Aussi les surfaces musculaires de l’occiput y sont -elles le plus petites possible.

Dans les autres singes, ce plan est à-la- fois in-

cliné à l'horizon et perpendiculaire à la colonne cervicale, attendu l’attitude ordinairement oblique de ces animaux. 11 en résulte que la tête pèse plus au bout de son levier, que par conséquent son équilibre exige plus de puissance, et que les surfaces où s’applique cette puissance doivent avoir plus d’étendue. Et comme cet agrandissement des surfaces musculaires doit tout entier se faire au-dessus du point d’appui, on voit que les insertions des muscles doivent s’étendre à des parties supérieures de l’occiput, qui dans l’homme sont toulà-fait libres et dégagées.

Enfin ce plan est vertical dans les autres mammifères marcheurs , nageurs ou voiliers , direction qui , indépendamment de la plus grande masse de leur face, nécessite des forces motrices encore plus énergiques , et , par conséquent , de plus grandes surfaces osseuses. Mais cet agrandissement des surfaces, sans beaucoup changer l’aire ou la circonférence du plan de l’occiput, résulte essentiellement de cavités et surtout de reliefs très-proéminents. Car il est évident, dans un même plan, que l’accroissement des surfaces est proportionné au nombre et à la nature des courbes génératrices de ces surfaces.

La figure extérieure des os compris dans le plan de l’occiput, est donc relative à la somme des forces motrices de la tête.

Cela posé, la puissance des muscles et par con-

séquent l’étendue des surfaces occipitales de leur insertion doit croître en proportion de la masse du crâne et de la répartition de cette masse vers l’extrémité antérieure ou vers la face. Or toutes ces éminences, ces creux et ces saillies qui hérissent la face externe des os compris dans le plan de l’occiput, rendent nécessairement leur épaisseur tçès-inégale, car la face interne ne suit nullemen t l’externe dans ses variations. Cette face interne dans les mammifères, les oiseaux et quelques reptiles, ophidiens surtout, est déterminée par la figure du cervelet et des extrémités du cerveau. Les courbes qui engendrent cette figure sont peu excentriques et sans ondulations. Par conséquent , lorsque les saillies des os de l’occiput sont prononcées, l’épaisseur doit être très-grande : et par conséquent l’étendue de la surface interne des os peut n’être qu’une très-petite fraction de l’externe. Et comme la figure n’est pas moins différente, on voit que la forme externe de ces os ne peut rien apprendre ni sur le volume ni sur la figure des parties cérébrales qu elles renferment. Cette fraction peut être moindre que le vingtième : telle est, par exemple, la proportion dans les crocodiles, la plupart des sauriens, dans presque tous les batraciens. Elle n’est guère plus avantageuse dans les éléphants, les rhinocéros, les baleines et cachalots , les morses, les bœufs et les felis, parmi les mammifères, et dans tous les poissons osseux.

Dans tous ces animaux , ces os ont presque tous

leur plus grande dimension en épaisseur, et leur face externe n’a aucun rapport avec l’interne. Par conséquent, le contour de leur assemblage ne peut indiquer ni l’amplitude ni même la figure de la cavité circonscrite par leurs surfaces internes.

Or, dans tous ces animaux, où la plus grande circonférence du crâne est justement dans le plan vertical passant par le trou occipital , le cervelet, dont on a voulu faire l’organe, ou bien excitateur, ou bien modérateur des mouvements, est nécessairement très-petit à proportion. Il est même toutà-fait nul dans les batraciens, dont plusieurs sont si agiles , qui tous sont si ardents à s’accoupler, et qui, pourtant, d’après ces systèmes, devraient être, et si lents, et si apathiques.

Or l’étendue des surfaces musculaires de l’occiput, (les mastoïdiens y sont compris, dans les mammifères, les temporaux et la caisse dans les reptiles, et en outre le pariétal unique dans les monitors , les caméléons et les lézards , double dans les tortues , etc. ) , est en rapport direct et constant d’une part avec la longueur et la masse de la face , et d’autre part avec l’énergie des chocs et des pressions que sa base doit éprouver de la part de la mâchoire inférieure.

Or, ces deux conditions mécaniques de la face, savoir , i° sa longueur et sa masse, et 2° sa solidité et sa résistance, sont toujours en raison inverse l’une de l’autre. Voici pourquoi :

Plus la face osseuse, et, par conséquent , la mâchoire inférieure, est longue, plus la résistance augmente au bout des leviers quelles représentent, plus forte doit être la puissance et plus solide le point d’appui.

Mais i° la résistance se compose de deux éléments. C’est d’abord le poids de la mâchoire même qui croît comme le carré de la longueur , et ensuite le poids, l’adhérence, ou le contre -effort de tout ce qui doit être soulevé, emporté ou brisé par l’animal ; c’est enfin la résistance d’une proie qui s’échappe, d’un ennemi qui se défend. 2° La puissance, ce sont les muscles temporo-maxillaires dont la masse doit croître dans le meme rapport que la résistance : ce qui, si les deux éléments de la résistance sont combinés , nécessiterait des muscles énormes. 3° Enfin le point d’appui , ou la solidité, pris sur le cou, dépend de la masse des muscles cervicaux.

Or, jamais la longueur et le poids du levier ne se trouvent combinés avec le second élément de la résistance, c’est la combinaison contraire qui a constamment lieu. De sorte que, quand la face, et, par conséquent, le crâne, sont très-longs, constamment l’énergie de la pression ou du serrement de la mâchoire contre leur base est au initiimum.

Le crâne n a pas alors besoin de prendre sur le cou un point d’appui qui conserve à cctlc pression

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toute son efficacité, et, par conséquent, la puissance qui agit du cou sur le crâne n’est employée qu’à produire l’équilibre de celui-ci. Or, on conçoit que cette puissance peut être d’autant moindre qu’à égalité de longueur le crâne aura moins de masse. On peut s’en faire une idée en comparant les proportions inverses de l’occiput dans les baleines et les cachalots , opposés aux fourmiliers, aux pangolins parmi les mammifères ; dans les serpents venimeux à face si courte, opposés aux crocodiles à face si allongée et si massive chez les crocodiles ; aux fistulaires et aux orphies , opposés auxgades et aux silures chez les poissons; enfin, aux aigles, aux vautours, opposés aux bécasses, aux courlis, etc. , chez les oiseaux.

Réciproquement, selon que pour une longueur donnée du crâne, le second élément de la résistance équivaudra à deux ou trois fois la proportion du premier sans lui, c’est-à-dire, si la dureté des corps à briser, le poids de ceux à emporter, etc. , équivaut à deux , trois , quatre fois l’effet de la longueur sans le second élément de résistance , le crâne pourra être deux, trois, quatre fois plus court à proportion qu’un autre, et avoir un occiput deux, trois ou quatre fois plus grand à proportion.

Les exemples s’offrent en foule dans tous ccs genres de résistance : tels sont les lions, les hyènes chez les carnivores, l’éléphant, le rhinocéros, le

sanglier , la plupart des rongeurs , opposés aux ruminants, aux chevaux et aux tatous, etc. , chez les mammifères.

La grandeur des surfaces d’insertion musculaire prises sur Vanneau ou segment occipital , mesure donc l’énergie avec laquelle les muscles cervicaux agissent sur la tête dans tous les vertébrés, soit pour la mouvoir, soit pour la fixer. Et l’on a vu que cette surface croît d’autant plus que l’interne est plus petite, ou, ce qui est la même chose, que le cervelet est moindre et même n’existe plus ( 1 ).

Dans le second anneau du crâne formé en haut par les pariétaux, en bas par le sphénoïde postérieur et ses ailes , les surfaces extérieures ont une étendue et une figure relatives à la force des muscles de la mâchoire inférieure. Telle est, à cause de cela, dans presque tous les carnivores, l’opposition de la face interne à la face externe des os formant la partie supérieure de cet anneau, que, là où le crâne a le plus de diamètre extérieur, il en a le moins en dedans, et réciproquement.

Le fond de la fosse temporale du tigre, du lion, du loup , etc. , répond à la partie latérale la plus

(1) On montrera plus loin combien certaines personnes qui font du cervelet, l’une, l’excitateur spécial, l’autre, le modérateur et le balancier de« mouvements, sont en contradiction avec les faits et la nature des choses. On eu peut déjà juger par le simple résultat précédent.

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saillante du cerveau, et la partie latérale la plus saillante de leur crâne, l’endroit du temporal d’où part l’arcade zygomatique si excentrique de ces animaux , répond justement à la partie la plus rétrécie de la cavité cérébrale ; de sorte que , sur le diamètre d’une arcade zygomatique à l’autre, cette cavité n’occupe guère plus du quart ou du tiers.

La dépression du pariétal et de la partie écailleuse du temporal d’une part, et d’autre part lecartement de la partie zygomatique de ce dernier os et de son arcade d’autre part, mesurent directement par l’aire de la fosse temporale qu’ils circonscrivent la masse des muscles temporal et masseter, et, par conséquent, l’énergie du mouvement de la mâchoire inférieure. Au contraire, dans les fourmiliers , les pangolins et les baleines , la fosse temporale est presque effacée; aussi, les mouvements de la mâchoire inférieure édentée, y sontils d’une infiniment petite énergie, puisqu’ils n’ont plus pour objet que de fermer simplement cette mâchoire sans la serrer contre celle d’en haut.

Le troisième anneau du crâne , formé par la partie postérieure des frontaux, et par le sphénoïde antérieur et ses ailes, n’a point d’usage particulier dans les mouvements chez les mammifères. Il contribue plus ou moins à l’agrandissement de la fosse temporale.

Enfin une paire de lobes très - importante , les

olfactifs dont personne n’avait encore parlé , occupent dans un quatrième segment du crâne, chez plusieurs mammifères , quelquefois le quart ou même le tiers de la cavité cérébrale.

Or, il ne peut y avoir , excepté chez plusieurs rongeurs , par exemple les hamsters , campagnols, etc. , aucun indice extérieur de la grandeur ni de la figure de ces lobes , parce que la cavité de ce quatrième segment s’engage entre les deux orbites, dans le haut de la face, et qu’en cet endroit l’amplitude du crâne peut dépendre de plusieurs autres causes, par exemple, la grandeur des alvéoles des incisives, des sinus frontaux, etc.

Les os de ce quatrième anneau, c’est-à-dire, les frontaux antérieurs et l’ethmoïde , mesurent assez bien par leur étendue la mobilité de la partie maxillaire de la face des poissons, on a vu que ces os ont une proportion démesurée dans le crâne du zeus faber, du sparus insidiator, à museau le plus protractile parmi les poissons.

C’est du panneau temporal et de la quille sphéno-vomérienne des poissons que partent les muscles moteurs des inter-maxillaires, maxillaires supérieurs et inférieurs.

On a vu dans le chapitre précédent le détail de ce mécanisme particulier de la face des poissons.

Ainsi donc, plus énergiques sont les mouvements, plus solide est le point d’appui de la tête sur le cou, plus énergiques aussi sont les mouvements de la

mâchoire sur la tête, et plus la forme extérieure du crâne diffère de celle de la cavité cérébrale dans les trois premières classes de vertébrés et réciproquement.

Mais comme dans le cas de ces relations réciproques ou inverses de la forme extérieure à la forme intérieure du crâne, de nouvelles causes s’opposent encore à la correspondance parfaite du volume et de la figure du cerveau avec le volume et la figure extérieure du crâne, nous allons examiner en quoi consistent réellement ces correspondances de la prétendue constance desquelles dérive la cranioscopie.

Correspondance de la forme du crâne avec celle du cerveau.

On vient de voir que la condition la plus favorable à cette représentation de la forme du cerveau par celle du crâne, c’est chez les mammifères l’application des plus petites forces motrices , du cou à l’occiput, et des tempes à la mâchoire. Dans ce cas , les surfaces du crâne , relatives à cette application , ont le moins d’étendue possible. Et, comme chez les mammifères l’ossification est plus lente que dans les ovipares , qu’en conséquence la voûte du crâne est plus long-temps membraneuse ou cartilagineuse; comme le cerveau de tous ces animaux remplit exactement, à une mince couche

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de liquide près, la cavité du crâne, dont les parois le pressent tout en se dilatant pour lui céder, on voit que tant que les parois du crâne seront flexibles , elles se mouleront sur la forme du cerveau. Et comme la table extérieure des os ne donne attache à aucun muscle, qu’en outre aucune prolongation de cellules, soit auditives, soit olfactives, ne s’interpose entre cette table et l’intérieure ; ces deux tables se tiennent à une distance à peu près uniforme sur tout leur contour. Dans toute son étendue, la forme du crâne représente donc celle du cerveau.

Mais partout où des prolongements des cavités olfactives et auditives s’interposent entre ces deux tables ( et ces prolongements peuvent circonscrire tout le crâne, par exemple, chez les cochons et les buffles, pour l’organe de l’odorat, parmi les mammifères; chez les oiseaux de nuit, pour le sens de l’ouïe, etc.), alors la labié extérieure est nécessairement encartée très-inégalement de l’interne dans tout son pourtour. Car ces cellules peuvent, suivant les espèces et même selon les individus, varier beaucoup pour les espaces et les épaisseurs qu’elles occupent. A plus forte raison, quand tout le crâne est circonscrit par ces cellules, l’écartement irrégulier des deux tables peut-il être tel que sur quelque diamètre de la cavité cérébrale que passe une coupe du crâne, 1 aire de section de la cavité sera douze ou seize fois, etc. , plus petite que l’aire de la section

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du crâne. [V oy. pour le buffle du Cap, et pour le sanglier, mes histoires des genres bœuf et cochon, Dict. classiq. d’hist. nat.)

Dans tous les cas, la forme du cerveau n’est donc représentée que par celle de la cavité du crâne chez les mammifères, et il en est de même chez les oiseaux par les mêmes raisons.

Mais dans la plupart des reptiles et dans tous les poissons , le volume du cerveau est quelquefois moindre que le tiers et même que la moitié de la capacité du crâne. L’intervalle est rempli par de l’eau à la surface du cerveau, et plus en dehors par une couche d’huile à demi -concrète chez les poissons osseux. Dans les raies et les squales, il n’y a que de l’eau. Or, il faut bien que les mouvements d’expansion du cerveau, n’influent pas sur la forme de la cavité du crâne, par la pression des épaisses couches d’eau et d’huile interposées. Car la forme de cette cavité ne répond réellement pas à celle du cerveau. Dans toutes ces classes, la forme de la cavité du crâne ne représente donc pas celle du cerveau. Or, cependant chez les raies et les squales, l’état cartilagineux et même membraneux de la voûte du crâne, devrait se prêter A recevoir l’empreinte du cerveau si elle lui était réellement transmise par les couches de liquide interposées.

Pour que les parois intérieures du crâne se moulent sur le cerveau, le contact ou la juxta-position presqu’immédiate d’une part, et d’autre part l’état

de flexibilité de ces parois, sont donc nécessaires. Et cela arrive seulement dans les mammifères, et aussi dans les oiseaux, où les progrès de l’ossification , quoique bien plus prompts que chez les mammifères, y sont pourtant encore devancés par le développement du cerveau.

Et comme le cerveau est formé de plusieurs renflements ou lobes séparés, ayant chacun une figure et un volume déterminés chez les espèces, leur empreinte moulée sur les parois juxta-posées permettra de juger ainsi le volume et les proportions respectives. Et le moulage est si exact, que les sillons de chaque lobe, et à plus forte raison les rainures séparant les lobes entre eux, sont marqués en relief sur leur enveloppe. J’ai le premier, dans mes histoires des mammifères ( Dict. class. d'hist. nat .), déterminé, par cette corrélation, les prédominances des sens les uns sur les autres, et les rapports des organes de ces sens avec le cerveau proprement dit, c’est-à-dire, avec l’organe de l’intelligence.

Mais ces reliefs, ces lignes onduleuses qui représentent sur la table interne du crâne des mammifères et des oiseaux les sillons et les rainures de la surface du cerveau, n’ont rien qui les représente extérieurement, même dans le cas du parallélisme des deux tables du crâne chez les quadrumanes et chez l’homme. On ne peut donc, même chez eux, connaître par la face extérieure du crâne, la configuration de chacune des parties du cer-

veau, ni même les proportions respectives de ces parties , à moins que l’une d’entre elles ne soit beaucoup en -deçà ou beaucoup au-delà des limites propres à l’espèce. Ainsi , dans les idiots de naissance, le déficit du plus grand nombre des circonvolutions des différents lobes du cerveau proprement dit, est indiqué par l’excès de rétrécissement et de compression de la surlàce correspondante du crâne.

Enfin, comme le contact ou la juxta- position très-voisine des parties cérébrales à leurs parois osseuses, est nécessaire au moulage des unes sur les autres, on voit qu’il ne peut y avoir de correspondance entre la forme et la figure d’une partie cérébrale profondément située ou recouverte par d’autres, et aucune portion soit intérieure, soit extérieure des surfaces du crâne. Par exemple , chez l’homme et les singes , aucune correspondance de figure ou de grandeur ne peut être aperçue entre un endroit quelconque du crâne, et les lobes optiques, les couches optiques, les corps striés, la voûte à trois piliers, etc.

Chez les singes et l’homme lui-même, l’influence du rapport entre la forme du crâne et la quantité du mouvement appliquée au crâne et à la mâchoire , se fait encore sentir en comparant les âges entre eux. Tout le monde est frappé de la prédominence du crâne sur la face, dans les nouveau -nés. Or cette petitesse de la face dépend

surtout de letat de germe où sont alors les dents.

II n’y a pas de mastication , et tout le mécanisme de la mobilité de la tête consiste à la tenir dans son équilibre. Aussi alors la fosse temporale est-elle à proportion très-petite comme les muscles moteurs de la mâchoire, et par conséquent l’occiput a peu d’étendue, et le cou peu de masse. A la vérité, cette petitesse de l’occiput et du cou coïncide aussi avec celle du cervelet. Mais la disproportion du volume actuel au volume définitif du cervelet est bien moindre que celle de la fosse temporale de l’enfant à celle de la fosse temporale de l’adulte. Et, comme on a vu que la plus grande dimension relative de l’occiput coïncide chez les reptiles avec la plus extrême petitesse et même la nullité du cervelet, on voit qu’il n’y a aucune probabilité que chez l’homme la petitesse de la nuque soit liée à celle du cervelet. La démonstration en est péremptoire dans les cynocéphales, les guenons et les gibbons, où le cervelet est à proportion plus petit que dans l’homme, et où l’occiput grandit comme la fosse temporale et la proéminence de la face.

On ne peut donc trouver à l’extérieur du crâne de mesure fixe, soit de la grandeur, soit de la forme du cerveau, ni par conséquent aucun signe général et spécial de telle ou telle faculté intellectuelle ou instinctive.

Il n’en est pas de même des relations que les cavités de la lace ont avec les organes des sens.

La grandeur des cavités nasales, oculaires et auditives, celle des trous et des conduits qui y transmettent les nerfs, mesurent directement la grandeur et le volume de ces nerfs et des organes de ces sens. Et comme chacun de ces organes et le nerf qui en est la partie la plus essentielle , correspondent à un organe cérébro-spinal qui leur est toujours proportionnel; comme nous prouverons ailleurs que cet organe a d’autres fonctions que celles relatives au sens qui y correspond, qu’il est lié nécessairement aux instincts , aux penchants des animaux ; on voit que les signes extérieurs de ces facultés se trouvent partout ailleurs que là où M. Gall les a placés.

La quantité dont se renflent à la base du crâne le rocher et la partie contiguë du sphénoïde, mesure directement dans les poissons le développement de l’organe de l’ouïe ; ces os forment le fond de la cavité qui contient le sac des pierres et la partie inférieure du labyrinthe membraneux, c’està-dire, les ampoules des canaux demi-circulaires.

2°. Mécanisme du crâne et de la face pour résister, et pour protéger le cerveau et les organes des sens.

Dans les mammifères et tous les reptiles, moins les serpents , le crâne et la face ne forment qu un seul et même système mécanique pour la résistance et le mouvement. Par conséquent, sur quelque

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point du système qu’un choc arrive, il tend à se répartir sur toutes les pièces qui servent à enclaver i’os frappé. Et, selon le groupement de ces pièces, l’effort se transmet au sommet de la courbe opposé à l’endroit frappé, si cet endroit est à la surface du crâne proprement dit. Et si le choc a frappé la face, le mouvement peut se transmettre à la fois au sommet opposé, à la voûte et à la base du crâne.

Ainsi, dans un coup sur le verlex de l’homme, le choc se transmet à droite et à gauche jusqu’à la base du crâne, en se décomposant suivant les courbures des os, et le nombre et le plus ou moins de solidité de leurs articulations.

Ainsi, encore dans le choc des dents par le rapprochement des mâchoires, le mouvement parvient au sommet du crâue le long des piliers convergents que représentent, entre la voûte du palais et l’échancrure nasale des frontaux, les apophyses montantes des os maxillaires et inter-maxillaires. Le choc imprimé aux molaires d’en haut, aboutit par les palatins aux apophyses ptérigoïdes, véritables arc-boutants , qui le rendent au sphénoïde, sommet de la courbe inférieure du crâne. Une autre partie de ce choc parvient au même endroit par les arcades zygomatiques et le temporal. Or, on voit justement la masse et la solidité de ces piliers, de ces arc-boutants , croître comme l’énergie des chocs et des pressions de l’extrémité de la ma-

clioire inférieure contre la supérieure dans les carnassiers et les rongeurs.

Dans les oiseaux el les serpents c’est un mécanisme tout contraire. A mesure que croît l'effort de la mâchoire ou du bec inférieur sur le supérieur, à mesure diminue la proportion de mouvement transmise au crâne.

Sur les trois directions, dans lesquelles on vient de voir celte transmission s’opérer, la jonction de la face avec le crâne ne se fait plus par de larges surfaces , mais seulement par des bords , ou des pointes, dont faire totale n’est pas la vingtième partie des surfaces d'union que comporterait la base de la face. Et en outre les articulations de ces bords et de ces pointes sont toujours mobiles, par glissement ou par élasticité. Ainsi l’arcade piérigopalatine des oiseaux et des serpents glisse toujours au milieu de sa longueur, sur le côté de l’épine du sphénoïde, en arrière sur la caisse , et par la caisse sur le crâne. Le vomer des oiseaux glisse à son tour sur la pointe de l’épine du sphénoïde. D’un autre côté, l’arcade zygomatique des oiseaux glisse sur la caisse et par la caisse sur le crâne. Enfin , le bord d’union de la face avec le crâne , formé par le pilier inter-nasal résultant des os nasaux et des branches montantes des inter-maxillaires , el par les deux piliers latéraux résultant des branches latérales des inter-maxillaires et des maxillaires tout entiers . est élastiquement mobile

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par une sorle de ressort. Et comme toute la longueur de la cloison des orbites formant au moins le quart de la longueur de la tète , sépare cette articulation de la boîte cérébrale, on voit que trèspeu de mouvement doit se transmettre au crâne, proprement dit, à travers cette distance et ces décompositions multipliées.

Dans les poissons, comme on l’a déjà vu, aucun choc ne peut être transmis au crâne par la face, dont les cinq groupes d’os sont séparément mobiles l’un sur l’autre, soit par glissement, soit par ginglimes.

Cette mobilité de tous les groupes des os de la face, l’un sur l’autre, paraît d’abord contraire au libre exercice des fonctions des sens. Mais il faut observer que, cjiez tous les poissons osseux, hors les murènes, l’organe de l’odorat est toujours rudimentaire, et toujours situé superficiellement à l’extérieur de la face. 11 11’y a réellement que l’oeil situé dans une cavité de la face. Or, dans ces animaux, l’œil est toujours plus petit que la cavité dans une proportion plus forte que chez les autres animaux, et la limite à laquelle s’élève l’arcade p térigo-palaliue , (pii forme toujours le plancher de l’orbite, n’est jamais telle que l’oeil puisse être comprimé. Les graisses, fluides qui l’entourent, débordent alors inférieurement sur la membrane palatine, et soulèvent à l’extérieur l’arcade sousorbitaire , d autant plus mobile qu’elle u’est pas

d’une seule pièce, mais brisée quelquefois en une douzaine de petites lames imbriquées, comme celles de la mentonlère d’un casque.

Quand le cadre de l’orbite est complété par cette chaîne , il donne une mesure directe de la grandeur de l’œil.

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