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CHAPITRE PREMIER

Les couches fibreuses se déposant dans la cavité du tube de la pie-mère d’abord sur les parties les plus éloignées de l’axe , il en résulte pendant la première période deux faisceaux distincts.

Avec les progrès ultérieurs du développement , les

nouvelles couches déposées, soit en dehors, soit en dedans des premières, les débordent toujours davantage en largeur, de sorte que, vu leur courbure transversale, elles tendent à se rapprocher de celles de l’autre côté par le bord inférieur et par le bord supérieur. Mais, comme chez les poissons, le sillon de la face abdominale de la moelle épinière est tout-à-fait nul ou presque superficiel, comparativement au sinus de la face dorsale , le peu d’obstacle que ce sillon pouvait opposer à la réunion des deux faisceaux est bientôt surmonté. 11 en résulte que les deux faisceaux sont bien plus tôt réunis à la face abdominale qu’à la face dorsale , où d’ailleurs il n’y a jamais réunion véritable, mais seule-

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ment agglutination. Car, toujours ils y sont séparés par la double épaisseur de la pie-mère du grand sinus, dont le fond, resté libre, forme en tout temps le contour du canal central.

i° . De la moelle épinière.

On nomme moelle épinière, cette partie du système cérébro-spinal , où s’embranchent tous les nerfs du tronc et des membres , et qui occupe la totalité ou seulement une partie de la longueur du canal vertébral.

Suivant l’amplitude primitive du repli de la piemère, le fond en reste plus ou moins libre; et alors, su ivan t que la déposition concentrique des couches a été plus ou moins nombreuse, le canal persistant a son contour circulaire, chez la torpille , par exemple, ou bien sa courbe est festonnée par quatre rayons propagés dans l’épaisseur des lames comme chez l’esturgeon, pl. Y. Dans la torpille, le canal a ses parois écartées de manière que son diamètre est presque le tiers de celui de la moelle même. Dans l’esturgeon, et presque tous les autres poissons, quelle que soit la coupe que présente le canal, le calibre en est effacé, et ses parois sont partout contiguës l’une à l’autre, au moins après la mort.

Chaque faisceau nerveux latéral est lui-même formé de deux cordons, l’un supérieur ou dorsal , l’autre inférieur ou abdominal. Leur séparation est

extérieurement marquée par unerainure, le long de laquelle s’insère le ligament dentelé. (V. pl. 1\ , sur l’homme. ) Chacun de ces cordons paraît jouir, comme on le verra, de propriétés bien distinctes, au moins dans les mammifères et les oiseaux.

Dans tous les genres de poissons osseux ou cartilagineux que j’ai examinés, moins les lophius et les tétrodons , la moelle épinière occupe toute la longueur du canal vertébral, et ce canal toute celle de la colonne vertébrale. Chaque paire de nerfs sc rend donc à un segment de moelle épinière qui lui est propre. Le calibre de la moelle épinière 11e diminue qu’au-delà de la nageoire anale et près de la caudale, là où la masse des muscles a presque disparu.

Dans la baudroie, lophius piscatorius [et ce 11’cst pas une exception individuelle, Arsaki ( 1 ) a constaté la généralité des faits que je vais rapporter], la moelle épinière 11e conserve son calibre que jusqu’au-delà de la troisième paire cervicale. A partir de ce point, (die sc rétrécit tout-à-coup, dans la meme proportion que la moelle épinière de tous les quadrupèdes à la région lombaire, et avant la huitième vertèbre elle a disparu complètement. Au-delà, il n’y a plus qu’un faisceau de filets nerveux, tous pourvus d’enveloppes d’arachnoïde, maintenus ensemble par un tissu à filaments

{ 1 ) De plscium cérâbro et medulla spin ali. Halle, 1 8 1 â, in-Zg.

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très -fins, et divisés en deux grands échevaux, renfermant chacun soixante - quatre filets , représentant les deux racines de trente-deux nerfs. A partir de la troisième vertèbre, où la moelle épinière se rétrécit, jusqu’à la huitième où elle n’existe plus , il ne s’insère guère plus de quatre ou cinq paires de nerfs , environ à un pouce de distance l une de l’autre. Les racines ou fdets d’insertion de ces paires sont les plus petites de toutes. En effet, ce sont celles qui sortent par les trous des quatre ou cinq dernières vertèbres caudales. Ces filets ont de trois pieds à trois pieds et demi à parcourir dans le canal vertébral, avant de parvenir à leurs trous de sortie. Tout le reste des racines nerveuses, c’est-à-dire celles des vingt-six paires de nerfs intermédiaires aux trois premières cervicales et aux quatre ou cinq dernières caudales, s’insèrent sur une étehdue de moelle épinière, qui n’a pas plus d’un pouce de long, qui, par conséquent, n’occupe que l’espace annulaire d’une seule vertèbre.

Il est évident qu’ici le tronçon du système cérébro-spinal d’une seule vertèbre sert dab ou tissant à ving t-six paires de nerfs.

La moelle épinière n’existe donc chez les baudroies que pour les huit premières vertèbres du canal vertébral, qui en occupe trente-deux.

Dans le tétrodon mola , sur deux individus d’environ deux pieds de diamètre , où le canal vertébral a au moins vingt pouces de longueur, le grand

écheveau fermé par les doubles filets d’origine des seize paires de nerfs spinales de ce poisson , vient prendre toutes ses insertions au pourtour inférieur et latéral du quatrième ventricule, dont le lobe même a une étendue bien moindre que ne le comporte ranimai. Car, le tronçon que représentent les parois de ce ventricule n’a pas neuf lignes de long et deux de diamètre dans sa plus grande largeur (Voyez pl. V). Les deux cordons latéraux de la moelle se terminent comme un petit cylindre à extrémité arrondie, une demi-ligne derrière la fente du ventricule. Les soixante -quatre filets d’origine d’une ténuité presque capillaire, et beaucoup moindre que celle de la quatrième paire dans l’homme, se pressent au pourtour inférieur et latéral des trois quarts postérieurs de ce ventricule.

Et comme les parois du quatrième ventricule forment un organe constant et distinct dans tous les vertébrés , aboutissant du nerf pneumo-gastrique en arrière et de la cinquième paire en avant, il suit que la moelle épinière dont il manque déjà plus des trois quarts dans la baudroie, manque entièrement dans les tétrodons.

11 suit encore que les mêmes paires de nerfs ne s’insèrent pas nécessairement à des segments toujours homologues , et que l’insertion d’une ou de plusieurs paires de nerfs peut se faire sur des points ou même des organes très-différents.

Dans tous les poissons , excepté les raies , le ca-

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libre de la moelle est régulièrement le même sur les cinq sixièmes antérieurs de sa longueur; il ne devient conique que dans le dernier sixième vers la queue. La position si variable des deux paires de nageoires, quel qu’en soit le développement, ne change rien à ce calibre. L’exocet volant est celui de tous les poissons osseux dont les nageoires pectorales sont le plus développées, et le calibre de la moelle n’offre pas le moindre renflement dans le segment correspondant aux nerfs de ces espèces d’ailes.

On croyait la moelle épinière de tous les poissons régulièrement formée de deux couches concentriques, l’une de matière grise, l’autre de matière blanche. Àrsaki avait signalé, à cette prétendue loi, une seule exception dans la torpille. Cette exception, dont il avait cherché une cause bizarre, est précisément la règle même. Chez aucun poisson des trente genres , dans chacun desquels j’ai souvent étudié quatre ou cinq espèces, il n’y a pas au système cér ' rébro-spinal de matière grise ou cendrée en arrière et au-delà du quatrième ventricule.

2°. Du lobe qui contient le quatrième ventricule.

Chez tous les poissons, sans exception, le calibre de la moelle se renfle entre les nerfs pneumo-gaslriques et ceux de la cinquième paire; et ce renflement, l’écartement des cordons, et l’espace

vide intercepté par cet écartement , sont d’autant plus grands que l’une de ces deux paires de nerfs ou toutes deux ensemble ont plus de développe* ment. Dans le cas contraire, par exemple, chez les orphies ( beione ) , vue par en bas ou par en haut, la moelle épinière offre à peine une augmentation de diamètre en cet endroit. Scs deux cordons supérieurs restent presque en contact, de sorte que le calibre de la moelle est sensiblement uniforme jusqu’au cervelet. Le diamètre vertical est seul un peu accru à l’insertion du nerf pneumo-gastrique.

Mais dans tous les autres poissons, les deux cordons de la moelle s’écartent plus ou moins l’un de l’autre dès le premier nerf spinal et surtout depuis le pneumo-gastriquc. Ici , le sinus dorsal de la piemère a conservé ou meme accru son amplitude primitive, et toujours jusqu’à une distance plus ou moins reculée, le canal central, qui n’est que la continuation du fond du quatrième ventricule, est plus ample que dans la partie ultérieure de son trajet; dans ce premier intervalle aussi, les cordons supérieurs ne sont même pas agglutinés. Le lobe du quatrième ventricule lui-même offre des états et des configurations très- variables suivant les espèces.

Dans les raies, les squales, les esturgeons, par exemple, les deux cordons dorsaux de la moelle

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sc relèvent en bords plus ou moins épais, dessinent des courbes et des replis plus ou moins amples selon les espèces , avant que les fibres constituant le bord libre de ces cordons se réfléchissent derrière le cervelet pour former la commissure du quatrième ventricule. Mais dans tous les cas, chez ces deux premiers grands genres de poissons, le quatrième ventricule par la proportion du développement de ses parois ( Voy. pi. I, fig. 1, et pi. 111, fig. 4, sur la raie bouclée; pi. III, fig. 1 , 2 et 5, sur le squalus galeus; pl. IV, fig. 1, sur le sq. catulus; pl. V, fig. 2 et 5, sur la torpille; et fig. 4, sur l’esturgeon ) , représente le quart , le tiers ou même la moitié de l’étendue et même du volume de l’encéphale. Dans toutes les espèces de ces genres, chez l’esturgeon surtout, le quatrième ventricule est fermé par une valvule de matière grise très-remplie de vaisseaux, et qui paraît la continuation de la picmère de ses parois (Voy. cette valvule sur la tortue d’Europe, pi. XI, fig. 4, et en section, fig . 5). Eu outre chez les squales, du fond de ce ventricule, c’est-à-dire de la surface de ses cordons inférieurs, s’élèvent cinq, six ou même sept paires de petits tubercules à droite et à gauche de la ligne médiane (Voy. pi. III, fig. 1, 2 et 3, sur le sq. galeus. Dans la torpille, où les parois même du ventricule ne sont pas à proportion autant développées que chez les autres raies, les squales et l’esturgeon, il s’é-

lève du fond de cette cavité une paire de lobes qui sont justement les plus volumineux de tout l’encéphale (Voy. pi. V, fig. 2 et 5).

Dans les poissons osseux , excepté chez la seule carpe, pi. I, fig. 2, parmi les cyprins, le lobe du quatrième ventricule n’approche jamais de cet excès de développement. Les parois en sont rarement assez écartées pour que son diamètre surpasse du double celui de la moelle épinière dans le milieu du dos. Dans les divers degrés du développement que je viens d’indiquer, les bords du ventricule sont quelquefois mammelonnées sur tout leur pourtour, par exemple, dans le surmulet (mullus surmulctus) , où en outre une valvule recouvre le ventricule, comme chez les raies, les squales et l’esturgeon. Cette valvule se fixe en avant sur la commissure du quatrième ventricule.

Dans la carpe, pi. I, fig. 2, au lieu d’un simple plafond de matière cendrée plus ou moins traversée par un réseau verticulaire , c’est une paire de lobes à double paroi, de matière grise en-dedans et blanche en-dessus. Elle encadre par son bord antérieur un tubercule impair, solide, subjaccnt mais non adhérent au cervelet , et continu aux bords mitoyens des deux cordons inférieurs. En avant la double voûte du quatrième ventricule se termine par un rebord ou bride de substance nerveuse blanche , qu’une fente transversale de plus d’une ligne de longueur et d’une demi-ligne de largeur

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sépare du cervelet. Les lobes latéraux de cet appareil, sont les seuls où j’aie vu des scissures qui rappellent les circonvolutions du cerveau des mammifères supérieurs. Ces lobes sont creux intérieurement.

Dans tous les autres poissons où le nerf pneumogastrique n’offre qu’un développement médiocre, les cordons ne se renflent pas sensiblement en s’écartant pour former le quatrième ventricule , mais constamment des fibres plus ou moins nombreuses de leur bord libre se réfléchissent en-dedans pour former la commissure de ce ventricule. (Voy. cette commissure, j)L VII, fig. 2, sur le trigla cuculus ou rouget, où les lobes optiques et le cervelet, que l’on voit sur le trigla hirundo ou perlon , fig. 5, ont été enlevés.) Toujours aussi cette commissure est séparée du cervelet par une fente dont la longueur égale le travers du ventricule même, et dont la largeur, c’est-à-dire l’intervalle du cervelet à la commissure, égale au moins le diamètre de cette même commissure. Puis donc que dans tous les poissons osseux cette commissure est séparée du cervelet, elle n’en fait pas partie et ne peut ni ne doit être confondue avec lui.

Sous cette commissure se continue le canal général du système cérébro-spinal.

D’après Àrsaki, cette commissure très -élargie dans le caranx scomber-trachurus , y formerait une sorte de pont , échancré en avant et en ar-

rièrc , où se trouvent deux ouvertures donnant dans le quatrième ventricule (1).

Dans les poissons osseux la partie intérieure seulement est de matière grise, dans les poissons cartilagineux, presque toute l’épaisseur du quatrième ventricule , excepté tout le fond formé par les cordons inférieurs de la moelle et la surface du reste de son pourtour qui est blanche, sont composés de matière grise, ou même jaunâtre dans les quatre cinquièmes extérieurs.

Dans tous les poissons, pi. I, fig. i ; et pi. III , fig. 4, chez la raie bouclée; pi. Il* fig. i ; sur la raie ronce; pi. III.,/qjMet2, sur lesq. galeus;p/.IY,/t^. 1 et 2, sur le sq. catulus; pi.Y,fig. 2, sur la torpille; et fig. 4, sur l’esturgeon; parmi les gades chez la lotte, pi. VII. fig. 5 ; chez les muges, pi. VI. fig. 4; etc., une ou plusieurs branches de la cinquième paire prennent naissance ou insertion sur les parois du quatrième ventricule. Il n’y a même chez les raies et les squales qu’une seule et la plus petite des quatre branches qui s’insère sur le côté de la moelle au-dessous du pédoncule latéral du cervelet. Dans tous les cas aussi, la moi-

(i) Arsaki [op. cit .) a généralisé aux cyprins pour le quatrième ventricule ce qui est particulier à la seule carpe, et aux spares ce qui l’est au seul sparus boops. Et puis il a confondu les lobes solides et intérieurs de cette cavité dans la torpille avec les lobes creux, extérieurs et latéraux qui en forment la voûte dans la carpe; puis enfin, ces'deux genres de lobes, avec les cinq paires de renflements qui répondent aux trois premières paires de nerfs spinaux des trigles.

tic postérieure au moins des parois extérieures du quatrième ventricule donne insertion aux racines plus ou moins nombreuses du nerf pneumo-gastrique , dont les plus antérieures correspondent constamment à la commissure (Voy. pi. VII, fig. 2, sur le trigla cuculus) . Aussi , dans le cas de développements de lobes par le prolongement des bords des cordons supérieurs repliés en dedans, comme chez les cyprins et le surmulet, ou de lobes et de tubercules élevés de son fond par l’accroissement des cordons inférieurs, comme dans les raies et les squales tous ces développements appartiennent-ils au segment d’insertion du nerf pneumo-gastrique. Dans le barbeau, pi. XI ,fig. 1 , où un tubercule impair qui rappelle celui des carpes, saille du fond du ventricule; dans les silures où les bords du ventricule sont mammelonnées en avant de la commissure jusque vers le pédoncule latéral du cervelet, ces développements ne correspondent pas aux racines du pneumo-gastrique , mais à Tune ou plusieurs des branches de la cinquième paire (1).

Le quatrième ventricule est donc constamment en connexion avec la huitième paire , jusque et y compris la commissure , chez tous les poissons, et

(1) Pour le silurus glanis (Voy. la pl. V, fig. 3o do Weber), de aure et audita hominis , etc., Lips., 1820, in-4°. Dans le silurus bagrc, dont je n’ai pu faire graver le dessin faute d’espace, cette corrélation est beaucoup plus prononcée que sur le sil. glanis.

avec la cinquième paire en avant de cette commissure, excepté les cartilagineux, où la commissure appartient au contraire à la cinquième paire, par exemple, pi. Y, fig. 4, dans l’esturgeon; pl. I. 111 et IV, dans les raies et ies squales. Arsaki avait déjà reconnu une partie de ces rapports.

Le lobe du quatrième ventricule n’a aucun rapport nécessaire d’existence ou de proportion avec aucune autre partie de l’encéphale, car :

11 est au maximum de proportion quand le cervelet manque chez les esturgeons, les lamproies, pi. VI, fig. 2, les batraciens, pi. V, fig. 5, etc.

Dans l’amphisbène, pl. V, fig. 6, où les lobes optiques sont rudimentaires, il est aussi développé que dans les serpents à sonnettes, pi. V, fig. 7.

Dans les raies et les squales son maximum coïncide avec l’absence de lobes cérébraux.

Dans les tétraodons, pl.Y, fig. 1, sa proportion moyenne coïncide avec l’absence des lobes olfactifs et de la moelle épinière.

3°. Du cervelet.

Au-delà de la commissure des bords du quatrième ventricule, les cordons supérieurs ou dorsaux de la moelle, diminués de toutes les fibres qui se sont réfléchies pour la former ( et cette proportion est quelquefois très-grande, par exemple , la torpille , pi. V, fig. 2 et 3), se continuent presque entièrement dans le cervelet, dont

ils forment ainsi les pédoncules extérieurs ou latéraux. L'autre origine du cervelet proémine chez les poissons osseux , les cyprins , par exemple (Voir pi. X, fig. 1 , sur le barbeau), sous forme d’un cône un peu contourné, d’autant plus volumineux que le cervelet est lui-même plus gros et son pédoncule externe plus petit. L’on voit cette double réciprocité d’états inverses dans la carpe, pi. I, fig. 2 , et dans le barbeau. Dans les squales elles raies (moins la torpille), où la commissure du quatrième ventricule est relativement plus petite, la majeure partie des fibres des cordons supérieurs de la moelle s’épanouit dans le vaste cervelet de ces poissons, lequel, en outre, se continue en avant avec la voûte des lobes optiques sans diminuer d’épaisseur.

Dans aucun poisson osseux la surface du cervelet n’est creusée du moindre sillon, de la moindre rainure. Au contraire , dans les rafes et surtout dans les squales, pi. III, fig. 1, 2*et 4 ? pi- IV, fig. î , le cervelet est sillonné de circonvolutions dont les anfractuosités se dessinent à la face interne de l’organe par des creux alternant avec les reliefs de la face externe. Dans ces deux grands genres, le cervelet se projette presqu’autant au-dessus des lobes optiques en avant qu’au-dessus du quatrième ventricule en arrière. Dans les silures (Voy. la figure citée de Weber) , le cervelet aussi gros à proportion que le cerveau dans l’homme', se dirige tout entier en avant jusque au milieu des lobes cé-

rébraux, comme il se dirige tout entier en arrière dans les autres poissons osseux. Cette double direction du cervelet dans les cartilagineux ; cette direction inverse du même organe chez différents poissons osseux , prouvent d’abord que la direction des artères cérébelleuses n’est pas constante, et que s’il existe une force directrice de ces vaisseaux , cette force est étrangère à la nature des organes qu’ils doivent former. Jamais , non plus que chez les poissons osseux , le cervelet des raies et des squales n’est solide. La cavité propagée jusqu’au sommet des circonvolutions extérieures est tapissée comme tout le fonds du quatrième ventricule, dans les poissons cartilagineux, par une lame de substance blanche qui n’est pas pour plus d’un cinquième dans l’épaisseur des parois. Les quatre autres cinquièmes sont de matière grise. La cavité ou ventricule du cervelet s’ouvre perpendiculairement dans le canal général de l’axe cérébro-spinal, immédiatement derrière les lobes optiques. Celte cavité cérébelleuse dans les raies se bifurque antérieurement et postérieurement dans les deux paires de prolongements cérébelleux correspondants.

Dans les poissons osseux , c’est immédiatement devant la fente qui sépare l’arcade du cervelet de la commissure du quatrième ventricule que s’ouvre inférieurement la cavité cérébelleuse. La substance blanche y est cn-deliors, et la substance grise

en-dedans. L’épaisseur de la substance blanche est ici la même que celle de la substance grise chez les cartilagineux.

Ce que l’on a pris dans les poissons pour les lobes latéraux du cervelet (erreur qui de plus implique contradiction puisque ces animaux n’ont pas de protubérence annulaire ) n’est autre chose que le repli formé par les parois du quatrième ventricule là où ces parois se recourbent en-dedans pour former la commissure de ce ventricule. L’on voit sur les planches que ce repli ou lobule est toujours proportionné à l’amplitude du ventricule, ou , ce qui revient au même, au développement de la huitième et de la cinquième paire. Ainsi, chez les trigles {pi. XIX, fig. 1 et 2), il n’y a pas de renflement collatéral en arrière du cervelet, parce que la cinquième paire et le nerf pneumo-gastrique y sont moins développés que chez le plus grand nombre des poissons osseux. En général , j’ai observé que les poissons qui habitent des fonds vaseux , comme les raies , les squales , l’esturgeon, les murènes , etc. , ont un grand excès de développement du nerf pneumo-gas trique et du quatrième ventricule, comparativement aux poissons saxatiles et qui vivent dans les eaux trèslimpides.

4°. lobes optiques.

Les fibres restantes des cordons dorsaux et toutes celles qui forment le côté externe et supérieur des cordons abdominaux de la moelle , sont tout entières employées dans les raies et les squales à former les lobes optiques dont l’épaisseur est pour les quatre cinquièmes extérieurs formée de matière blanche, et pour le cinquième intérieur de matière grise en lame aussi mince que l’est la ma- • tière blanche dans le cervelet et le quatrième ventricule des mômes poissons. La voûte des deux lobes se continue sur la ligne médiane , sans plus d’apparence de fibres transversales ou de commissures que pour les deux cavités du cervelet médian des poissons osseux. L’épaisseur totale des parois de ces lobes est d’autant plus grande qu’ils sont plus petits à proportion de l’encéphale. 11 y a réciprocité à cet égard entre le sq. galeus, pi. IV, fig. 5, et le sq. catulus, pi. 111, fig. î, la raie bouclée, pl. I, fig. î, et la torpille et l’esturgeon, pi. V, fig. 2 et 4; ils sont solides dans la torpille et sans la moindre cavité , quoique plus gros relativement que dans l’esturgeon où ils sont creux, mais où leurs parois ont une grande épaisseur relative. Dans tous les poissons cartilagineux, les parois des lobes optiques sont formées d’un seul feuillet.

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Dans les poissonsosseux, des libres analogues forment aussi les lobes optiques. Mais elles ne sont seules à les former que dans le cas de leur plus petit développement, par exemple, dans les silures, l’echeneïs, les murènes, les pleuronectes, etc. , où, pour la constitution des parois et même de la base de leur cavité, ces lobes ne diffèrent guère de ceux des poissons cartilagineux. Mais dans tous les poissons osseux à appareil optique bien développé , et où le degré de développement se mesure assez bien sur la proportion de volume des lobes optiques relativement au reste de l’encéphale, ces lobes ont une structure qui n’a rien de comparable avec celle du reste du système cérébro-spinal des poissons des trois autres classes.

Et d’abord excepté à leur base où il y a un peu de matière grise , principalement dans les pédoncules du cervelet, ces lobes sont tout entiers formés de substance blanche intérieurement. Ensuite leur épaisseur n’est pas compacte et homogène, mais formée de deux feuillets.

Les fibres du feuillet externe sont le prolongement de celles que j’ai dit venir de la moelle ; elles s’épanouissent plus ou moins complètement en se contournant sur la voûte du lobe. Chez la carpe, par exemple , et surtout chez le barbeau, pi. X, fg. 1 , ce feuillet n’occupe que le pourtour inférieur du lobe. Partout ailleurs ce feuillet y forme une voûte complète. La substance en est toujours grise.

On a vu l ou t-à-1 'heure que le cervelet avait ses racines ou pédoncules antérieurs plus ou moins proéminentes dans la cavité des lobes optiques.

Au fond de la cavité commune de ces deux lobes et sur la ligne médiane, en devant des prolongements cérébelleux , s’ouvre l’entonnoir qui conduit dans la glande pituitaire, et dans les lobes mamillaires accessoires. En avant et en arrière de cette ouvert ure sont deux stries transversales blanches , pour le squelles Arsaki a proposé le nom de commissures antérieure et postérieure.

De ces deux stries et du contour de l’orifice de l’entonnoir (infundibulum) , naissent une ou plusieurs lames contournées et enroulées en une seule volute, laquelle, renforcée par les lames plissées du nerf optique qui viennent s’y ajouter au moins en partie , forme sfrjr la base de la cavité un ou deux replis à contours plus ou moins excentriques. La lame la plus inférieure de toutes celles qui naissent du contour de l’entonnoir n’entre pas dans la volute générale. Elle tapisse d’abord tout le pourtour inférieur de la cavité, puis elle se replie contre ses parois en haut vers la voûte. A partir de son dégagementdedessous la volute, cette lame est cannelée sur tout le reste de son trajet par des stries nombreuses qui en multiplient les surfaces. Elle parvient ainsi sur le milieu de la voûte , oû les cannelures sont moins sensibles, et oû elle se réunit à celle du côté opposé. Cette lame ne passe pas sous le pédoncule

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du cervelet, qui (comme on le voit pi. X, fig. 1, sur le barbeau, où par la raison indiquée le feuillet interne est à découvert), adhère toujours à la base du loêe en arrière, c’est-à-dire au cordon inférieur de la moelle.

Cette lame, par sa face extérieure, n’est que juxtaposée au feuillet externe du lobe, dont on peut la séparer sur toute son étendue. En outre , les lames dont se compose la volute, peuvent être aussi successivement déroulées.

Outre cette volute et le feuillet cannelé, dans les cas du plus grand développement de l’appareil optique, tel qu’on l’observe sur le zeus faber, la volute moins composée à la vérité que dans les spares, les scombres, etc. , est surmontée d’une sorte de coquille, dont les lames séparées l une de l’autre seraient décroissantes sur la concavi té de la coquille.

Par leur bord antérieur les lames de cette coquille

se continuent avec les plis du nerf optique (1).

(i) Arsaki a bien décrit le mécanisme général de ces appareils; mais, ayant rédigé en Allemagne des observations recueillies à Naples, il s’est évidemment trompé, comme en beaucoup d’autres points de ses curieuses recherches, sur la détermination des espèces qui en sont le sujet. Ainsi, par exemple, il cite le muge céphalus et le zeus faber comme exemple de la forme la plus simple de ces mécanismes, qui y sont justement au plus grand degré de complication. J’ai vérifié sur le bord même de la mer, au Havre, ce qu’il dit et ce qu’il a représenté, des spares et des scombres.

iGo

5°. Des éminences mamill aires cl de la glande

pituitaire.

Dans les poissons osseux, la direction de la tige et la position du corps pituitaires sont justement l’inverse de celles des poissons cartilagineux. Dans les raies et les squales (Voir pl. II, fig. 1, sur la raie ronce), la tige pituitaire est dirigée d’avant en arrière sous la rainure qui sépare les deux éminences mamillaircs , et se réunit au corps de ce nom sur le bord postérieur de ces éminences , de manière à cacher l’origine de la troisième paire quand on regarde le système cérébro-spinal par la face inférieure , et alors l’insertion des nerfs optiques dans la rainure qui sépare ces éminences des lobes optiques est à découvert.

Dans les poissons osseux , au contraire ( Voir pl. VIII, fig. i), sur le cyclopterus lumpus; pl. VII, fig. 4, sur la morue; pl. IX, fig: 1 ; sur la carpe, etc.), la tige pituitaire toujours dirigée dans la rainure qui sépare les éminences, se porte en avant , et le corps pituitaire répond à l’insertion même des nerfs optiques qu’il recouvre quand on regarde le système par la face inférieure. Les différences les plus extrêmes s’observent dans le volume de la tige. Dans les cyprins et les gades, elle surpasse plus de la moitié du corps pituitaire même en volume , et est sphérique comme lui. Dans le cycloptère , le corps pituitaire est à lui seul

aussi volumineux que les éminences mamillaircs. Il en est à peu près ainsi dans le turbot, pi. XI, /*>• dans le requin et le squal. glauque. Dans les raies le corps pituitaire représente environ le quart de la masse de ces éminences, II, fig. î. Par la comparaison de toutes ces figures on voit qu’il n’y a pas de rapport constant entre la grandeur du corps pituitaire et celle d’aucune partie du système cérébro-spinal. Ce corps est toujours en plus grande partie, surtout dans les poissons osseux, formé de matière grise. Dans les squales et les raies, il est .flanqué de deux sortes d’ailerons membraneux formés par des prolongements très -fins de la pic-mère.

Mais partout le développement proportionnel de cet organe, devenu un véritable lobe, est de beaucoup supérieur au degré qu’il atteint dans le reste des vertébrés. Dans le turbot, par exemple, pi. XI, fig. î , et dans le congre, pi. XII, fig. 2 et 5, ce lobe est aussi gros que le cervelet ou que Fini des lobes cérébraux.

Il en est de meme des éminences mamillaircs qui ne manquent jamais. Quoi qu’en ait dit Arsaki elles sont dans la baudroie, à proportion plus développées que dans pas un animal des autres classes de vertébrés. À la vérité elles y sont moindres, à proportion de 1 encéphale, que dans le reste des poissons. Elles ne manquent pas non plus à la lamproie (pi. Vï, fig. i), où je n’affirme pour-

tant pas que la tige et le corps pituitaire existent.

Arsaki les dit lout-à-fait solides et pleines dans le tetrodon mola, l’uranoscopus scabrus, la scorpène rascasse, la vive, l’espadon et les spares, et creuses dans le zeus faber, la sphyrene spot , la cœpola tœnia, le brochet et les cyprins. J’ai vérifié qu’elles le sont aussi dans les raies et les squales.

Les éminences mamillaires n’ont pas, plus que le corps pituitaire, de correspondance constante de développement avec une autre partie quelconque du système cérébro-spinal.

D’ap'rcs la proportion de ces éminences chez la raie bouclée, pi. III, fig. 4, chez les triglcs, pi. YI, fig. 5, chez les gades, pl. VII, fig. 4; sur la morue et pi. IX, fig. 5, sur le merlan, chez le turbot, pi. XI, fig. y on voit qu’elles constituent dans l’encéphale des poissons une paire de lobes beaucoup plus importante que le cerveau proprement dit, et à laquelle on ne retrouvera rien de semblable dans les autres classes. Comme les lobes optiques, ces éminences ou lobes mamillaires ont presque toute leur épaisseur , excepté une couche superficielle , composée de fibres blanches. Une petite partie de ces fibres se continue avec les fibres des cordons inférieurs de la moelle dont les faisceaux externes se sont en partie continués dans les lames des lobes optiques, et dont ce qui reste de fibres centrales va se terminer en rayonnant dans la masse grise qui forme le lobe cérébral des poissons. À plus forte

raison ne peut-on dériver de la moelle les fibres du lobe pituitaire lui-même. L’abondance de la pie-mère autour de ces parties explique assez qu ainsi que toiltes les autres elles ont été formées à leur place.

La cavité des lobes mamillaires toujours petite à proportion, communique par un orifice unique avec celle des lobes optiques, et se prolonge même dans la tige pituitaire chez la plupart des squales.

La forme de ces éminences est plus que demi - sphérique , de sorte qu’une rainure règne tout autour de leur continuité avec la moelle et avec la base des lobes optiques sous lesquels elles sont situées. C’est le long de cette rainure que passent les faisceaux des cordons inférieurs de la moelle qui vont se terminer dans les lobes cérébraux.

La quatrième paire de nerfs insérée dans tous les autres animaux vertébrés à la face supérieure du système, sur la ligne médiane, dans la rainure qui sépare les lobes optiques du cervelet, s’insère dans tous les poissons osseux, sans exception, à l’autre extrémité du diamètre vertical du système, au milieu de la rainure qui sépare en arrière les éminences mamillaires, deâ cordons inférieurs de la moelle (1). (Yoy. pi. VIT, fig. 4, sur la morue; pi.

(1) Il est bon d’observer que ce fait si important, de l’insertion de la quatrième paire à l’extrémité inférieure du diaraè-

jG4 LIVRE II.

Y11I, fig. i, sur le cycloptère lump; pi. XI >fig. 1, sur le turbot; pi. XII, fig. 2, sur le congre.)

C’est dans la partie latérale de cette rainure que s’insère la troisième paire de nerfs dans tous les poissons osseux ou cartilagineux sans exception. Enfin, c’est sur le contour antérieur de ces éminences et dans la partie antérieure de la rainure qui les sépare des lobes optiques, que se dirigent les libres ou les lames des nerfs optiques. Les plus inférieures de ces fibres et de ces lames des nerfs optiques se continuent visiblement chez un grand nombre de poissons avec les fibres supérieures des lobes mamillaires.

G0, et 70. De s lobes cérébraux et des lobes

olfactifs.

Dans tous les poissons osseux, le peu de fibres moyennes et internes des cordons inférieurs de la moelle qui 11e sont pas terminées dans les lobes optiques ou dans les éminences mamillaires, se prolongent au-dessus de l’insertion des nerfs optiques sous forme de deux courts et minces filets ,

ire vertical de l’encéphale, a échappé à M. Serres. Mais ce qui est inexplicable, c’est que ce savant anatomiste supposant que cette insertion est la même dans les poissons osseux que dans les poissons cartilagineux, dans les oiseaux, dans les reptiles et dans les mammifères, fasse de celle fausse supposition le principe fondamental de la détermination de l’encéphale de ces mêmes poissons osseux. (Voy. Serres, Anal. camp, du cerveau, tom. I, pag. 200 et suiv.)

SYSTÈME CÉRÉBRO-SPINAL. lG'O

jusqu’à la base de deux tubercules solides de matière grise dans laquelle ils s’enfoncent. En y pénétrant ils communiquent entre eux par une commissure dont la blancheur tranche sur la couleur de ces deux tubercules, qui sont par leur place les analogues des couches optiques ou noyaux postérieurs de ces lobes cérébraux chez l’homme et les mammifères. Car, comme les lobes cérébraux dans les mammifères sont l’assemblage de fibres nerveuses de trois “origines jdifférentes, savoir, les unes venant de la moelle par les pyramides, les autres des couches optiques, les dernièresdes corps striés, il est évident que par lobe cérébral on ne peut entendre chez les poissons osseux un organe composé comme chez les mammifères. En effet , ce tubercule des poissons osseux n’a pas une fibre blanche, il est seulement l’aboutissant des fibres les plus longues de la moelle. Or, dans les mammifères, la partie du ‘lobe cérébral la plus voisine des lobes optiques, celle qui ne forme qu’une masse de matière grise, et qui est unie avec son analogue par une commissure blanche, laquelle à travers la substance grise va joindre les fibres venant de la moelle, c’est la couche optique.

Le lobe cérébral des poissons osseux ne représente donc que la seule couche optique de ce lobe, tel qu’il existe chez les mammifères, les oiseaux et même la plupart des reptiles.

Au devant du lobe cérébral et ne lui adhérant

que peu ou point, existe dans la plupart des poissons osseux , moins les cyprins, les gades, les silures, etc., une autre paire de lobes également solides et formés de matière grise. Un petit ruban de fibres blanches étendu sous les lobes cérébraux sans y adhérer le plus souvent , mais toujours s’en distinguant par sa couleur blanche, unit chacun de ces lobes à la commissure des lobes cérébraux , ou , pour mieux dire , des extrémités terminales de la moelle enfoncées dans ces lobes. On voit en dessous ces deux rubans, pl. XII, fig. 2, sur le congre; et en dessus sur le mugil cephalus,

pi. VI, fu 7. 4-

Parmi les espèces de poissons osseux que j’ai étudiés, sur le seul congre, où les lobes olfactifs forment la plus volumineuse des paires de lobes encéphaliques , le ruban d’insertion ou le pédoncule de ces lobes à la moelle, envoie un petit filet blanc dans les lobes cérébraux. Ce filet 11e se voit qu’en regardant de coté quand on écarte le lobe cérébral du ruban subjacent. Le lobe olfactif du congre communique donc avec deux parties différentes de l’encéphale. Cette double connexion est comparable à celle du ruban par lequel le nerf optique se continue d’une part avec la couche optique et la partie centrale blanche du lobe cérébral même, et d’autre part avec le tubercule quadri-jumeau antérieur , chez l’homme et la plupart des mammifères.

Je 11e connais pas d’autre exemple de double communication d’organes encéphaliques dans les poissons.

Dans les cyprins, pi. I, fig. 2, chez la carpe; pi. X, fig. 1 , chez le barbeau; dans les gades, pi. VU , fig. 5, chez la lotte; dans les silures; dans les tctrodons, pl. Vyfig. 1 , etc. , les lobes cérébraux terminent l’encéphale en avant. Les lobes olfactifs sont hors (le la cavité cérébrale , et leurs pédoncules ont quelquefois une longueur double ou triple de l’encéphale. Ces pédoncules, formés par deux ou , trois filets semblables à ceux par lesquels les nerfs spinaux s’insèrent à la moelle chez l’homme et les mammifères , se terminent à la petite commissure des lobes cérébraux. Ces filets passent, sans y adhérer, sous les lobes cérébraux qu’on en peut écarter pour les voir.

Quand le lobe olfactif est situé ainsi contre la narine loin du cerveau , il constitue un ganglion grisâtre bien plus consistant que le lobe olfactif ordinaire. Et comme dans ce dernier cas , et lors même de son plus grand développement , par exemple, dans les murènes, pi. XII, fig.\ 1 et 2, ce lobe a la même consistance , la même couleur que dans les gades, silures, etc.; comme enfin dans les muges, spares, etc., le pédoncule du lobe olfactif se prolonge en avant du cerveau d une ou deux fois le diamètre de ce lobe; il suit qu’il n’y a entre le lobe olfactif des gades, cyprins, etc., et celui

des autres poissons osseux, il n’y a d’autre différence que la longueur de ce pédoncule, ou, ce qui est la même chose, l’inégalité de la distance au cerveau.

En conséquence, la longueur du pédoncule du lobe olfactif, quelle quelle soit, n’implique pas* que le lobe terminal ne soit pas l’analogue du lobe olfactif, que l’on verra chez l’homme et les mammifères ne communiquer aussi avec le cerveau que par un ruban double ou triple de la longueur même du lobe.

L’existence simultanée d’une paire de lobes, où aboutissent les nerfs olfactifs, et d’une autre paire de lobes, intermédiaire à celle-là et aux lobes optiques, est la seule règle pour déterminer les lobes cérébraux, qui forment alors celle; paire intermédiaire.

Or dans ce cas, le volume du cerveau, relativement à la masse totale de l’encéphale, ne varie pas, quelle que soit la grosseur des nerfs et des lobes olfactifs. Au contraire, les lobes olfactifs grandissent ou diminuent constamment comme les nerfs olfactifs eux-mêmes. Le cerveau n’est donc lié par aucun rapport de volume, ni avec les nerfs olfactifs, ni avec leurs lobes.

Or dans les dauphins, où le cerveau est parfaitement déterminé par sa seule composi tion et par se. grande ressemblance ave^ celui de l’homme, il n’y

a ni nerfs ni lobes olfactifs. Et ce cerveau est pourtant à proportion presqu’aussi volumineux que celui de l’homme. Le plus grand développement possible du cerveau , peut donc coïncider avec l’absence totale et de lobes et de nerfs olfactifs.

. Dans le tetrodon mola, pi. V, ficj. I, le nerf olfactif est réduit à un état rudimentaire absolument capillaire sur toute sa longueur, qui égale trois fois celle du système cérébro-spinal entier; et il y a au devant des lobes optiques une paire de lobes, en proportion ordinaire avec l’encéphale des poissons. Le rudiment de nerf olfactif ne se termine pas dans ces lobes, mais, dans leur commissure. Ces lobes, qui d’ailleurs précèdent les lobes optiques , sont donc les lobes cérébraux.

Le défaut de lobes olfactifs coïncide ici avec l’état capillaire du nerf, dernier degré d’existence qui en précède l’anéantissement.

Jamais le nerf olfactif n’est continu avec le cerveau, mais seulement avec son propre lobe particulier, dont la communication avec le cerveau ou plutôt avec l’extrémité antérieure des cordons inférieurs de la moelle, ne se fait que médiatement et par un pédoncule , chez tous les poissons osseux. Dans le cas d’état rudimentaire, le nerf olfactif n’a pas de lobe et se rend directement à la com missure des lobes cérébraux.

Le nerf olfactif ni sou lebe ne dépendent donc

I no A1*

du cerveau , ni pour les connexions anatomiques, ni pour les rapports de développement et de structure chez les poissons.

Quand donc il n’y a qu’une seule paire de lobes au devant des lobes optiques, si cette paire est immédiatement continue avec les nerfs olfactils, et si elle grandit et diminue comme eux, cette paire de lobes n’est pas le cerveau , mais les lobes olfactifs (Voy. pl. 1, fig. 1, pour la raie bouclée; pl. II, fig. 1, pour la raie ronce; pl. 111, fig- 1 ct 2> l)OUr le sq. galeus; pl. IV, fig. i et 2, pour le sq. calub; pl. V, fig. 2 , pour la torpille).

Le cerveau manque donc alors.

Or ce cas arrive chez les squales et les raies. Ces animaux manquent donc de cerveau.

Comme dans le cas de l’existence des lobes cérébraux, chez les poissons osseux, la communication des lobes olfactifs avec la moelle, se lait audessous des premiers , il suit encore que 1 absence de lobes cérébraux , chez les raies et les squales , ne change pas les rapports d’insertion des nerts olfactifs et optiques.

C’est dans les raies et les squales que les lobes olfactifs parviennent au plus grand développement connu chez tous les animaux à vertèbres. Ces lobes, quoique solides et soudes en une seule masse dans les raies, y représentent au moins le tiers de toute la masse encéphalique. Dans la seule torpille ils sont comparativement rudimentaires quoi-

SYSTÈME GÉRÉE RO-SriN AL.

que supérieurs à tout ce qui existe clans les poissons osseux, moins les murènes.

Dans les squales ils sont constamment plus développés que chez les raies ; dans la roussette (pi. IV, fig. 1) , où ils sont sillonnés de nombreuses et profondes circonvolutions qui rappellent celles du cerveau des mammifères, ils représentent la moitié de l’encéphale. Dans le marteau (sq. zygœna) leur proportion est encore supérieure d’après Arsaki. Dans les squales glaucus, carcliarias etgriseus, ils sont moins développés; mais dans toutes ces espèces (excepté peut-être le zygœna, que je n’ai pu examiner) ils di lièrent de leurs analogues chez tous les autres poissons par les ventricules larges et spacieux dont ils sont creusés , et qui se propagent dans le nerf jusque contre la narine. Partout ces lobes sont formés de substance grise très-épaisse. Leur cavité dans les squales est revêtue d’une mince couche de matière blanche et pourvue d’une pie-mère abondante , qui s’y introduit au milieu par un trou communiquant avec la cavité commune des lobes optiques, et latéralement par une fente ouverte en dehors en arrière de chaque lobe.

De la face in férieure du système cérébro-spinal des poissons.

Sur toute sa longueur la face abdominale du système cérébro-spinal des poissons ne présente que

| y 2 LIVRE II.

deux renflements : ce sont les éminences mamillaires entre lesquelles se place le corps pituitaire. Pour tous les autres lobes de la face supérieure, soit ceux qui sont communs aux poissons avec les mammifères, soit ceux qui sont propres aux poissons, tels que les cinq paires cervicales des trigles, la paire gastro-pneumatique de la carpe, de la torpille et du sur-mulet, etc.; il ne se développe aucun renflement à la face inférieure. Au contraire, chez les trigles et chez la carpe, comme chez les raies et les squales, pour le cervelet et pour les replis du lobe du quatrième ventricule, l’aplatissement de la face inférieure y est plus marquée que sur tout autre segment de la moelle ( Voy. pi. IV, fig. 2 , pour le sq. catul. , et pl. VI, fig. 5, pour les trigles). 11 11’y a donc rien ni sous le cervelet, ni sous le quatrième ventricule, qui puisse rappeler la protubérance annulaire, ni ce qui eu a été distingué à tort chez les ruminants et les carnassiers , sous le nom , de corps trapezoïde (Tiedemann), de commissure des nerfs auditifs. (Gall. ) Ainsi donc, les fibres des cordons inférieurs de la moelle sont libres et apparentes sur toute leur longeur jusqu’aux éminences mamillaires.

11 en résulte que sur tous les points de cette longueur, les nerfs s’insèrent cà la moelle de la même manière, puisqu’ils n’ont à traverser aucun appareil extérieur à la moelle pour se mettre eu connexion avec scs fibres.

Je reviendrai sur ce mécanisme à l’article de la protubérance annulaire ou pont de varole des mammifères.

11 n’y a donc pas lieu de chercher chez les poissons des parties analogues à la protubérance, aux éminences olivaires et pyramidales, puisque ces trois sortes de parties , excepté les dernières qui ne sont qu’une disposition spéciale des fibres, sont sur-ajoutées ou superposées à la face inférieure de la moelle, toujours libre et découverte dans les poissons. A plus forte raison, n’y a-t-il pas lieu de chercher à ces memes parties des analogues sur la face supérieure de la moelle, comme l’avait proposé un illustre zoologiste.

Dans tous les poissons, excepté, comme on a vu, les lophius et les tetrodons , la moelle épinière occupe toute la longueur du canal des vertèbres, régnant lui-même sur toute l’étendue delà colonne.

Il résulte de cette disproportion de la moelle épinière à l’étendue de son canal dans les deux cas de l’exception citée, l’intervertissement de cet accroissement de la moelle par rapport à l’encé-

et Cuvier croyaient progressif à mesure que diminuait l’intelligence et qu’augmentait la force musculaire. La baudroie et le tetrodon sont peutêtre, de tous les poissons et même de tous les vertébrés , ceux qui ont le plus de masse musculaire, et ce sont de tous les animaux ceux qui

ont la plus petite moelle épinière. Enfin, relativement aux masses musculaires à exciter, tous les poissons, sans exception, ont à proportion de tous les vertébrés les plus petits organes nerveux, lors même que la moelle occupe toute la longueur du canal.

De plus, si le rapport d’accroissement de la moelle épinière, avec le volume de l’encéphale, était une exacte mesure de la proportion d’intelligence, les deux poissons cités tout-à-l’heure devraient avoir au moins autant de génie que l’homme. En conséquence, à quelque degré qu’existe ce rapport,' il n’en peut résulter aucune indication pour mesurer les facultés intellectuelles ou instinctives des animaux.

Du système cérébro-spinal des Lamproies.

Les lamproies, qui forment en grande partie la première famille du premier ordre des poissons dans la série des chondroptérygiens (Règne animal par M. Cuvier), ont un système cérébro-spinal tellement différent pour la forme et surtout pour la structure et les propriétés physiques de celui de tous les autres poissons, qu’il est indispensable d’en parler séparément.

i ont le monde sait que la colonne vertébrale et le crâne de ces poissons offre une consistance cartilagineuse extrêmement molle. J’ai examiné à la fin du printemps, en mars, avril et mai, et au com-

SYSTÈME CÈRÉBEO-SriNAL.

mencementde l’automne, un très-grand nombre de lamproies (petromyzon maximus), et je n’ai point trouvé leurs cartilages plus solides que ceux du petromyzon fluviatilis et du petromyzon branchialis au mois de décembre. Ce périodisme de dureté et de mollesse , que l’on a attribué à la colonne vertébrale des lamproies, me paraît donc au moins douteux.

L’enveloppe membraneuse du système cérébrospinal de toutes les lamproies , par une dissection très-soignée, se sépare en deux tubes concentriques l’un à l’autre. Le tube extérieur, transparent et d’une extensibilité qui va jusqu’à tripler sa longueur, adhère aux parois du canal cartilagineux par une cellulosité fibreuse et très-élastique. On n’y aperçoit aucune trace de vaisseaux. Le tube intérieur

adhère au précédent par un tissu floconneux assez rare, qui empêche de distinguer si tout le long de la colonne vertébrale les nerfs se terminent sur le premier tube ou sur le second.

Ces deux enveloppes conservent une demi-transparence et une texture sèche particulières, jusqu’au quatrième ventricule. Mais à cette hauteur, il se dépose dans leurs mailles , dont le tissu devient moins serré, une sorte de pulpe grise, piquetée de granulations noires. Depuis la limite de ce changement jusqu’au devant des lobes optiques, .la gaine de ces membranes s’écarte bien davantage du système cérébro-spinal que dans le rachis.

Aussi ne se replie- t-elle pas dans l’intervalle des différents lobes. Sa périphérie dans le crâne décrit une sorte d’ellipsoïde. Tout le long de la colonne vertébrale, sa face interne, entièrement lisse, 11a aucune adhérence, ni même aucun contact avec la moelle. Dans le crâne elle se continue en dessus et en dessous à l’encéphale par des prolongements vasculaires sur la ligne médiane. Supérieurement dans l’espace répondant au quatrième ventricule et aux lobes optiques, la membrane forme un long repli flottant sur les deux tiers postérieurs de l’encéplîale. La face interne du plafond de ce repli est sillonnée à droite et à gauche de la ligne médiane de petites rainures transverses et parallèles, comme des barbes de plume sur la lige. Ces rainures séparent des feuillets rougeâtres disposés cà peu près comme les petites lames des narines des poissons. Deux petits vaisseaux passent de cet appareil dans le quatrième ventricule.

Cette enveloppe (représentée en position par la face inférieure, pi. VI, fig. 1 ). quoique partout distante du tube cartilagineux qui l’entoure y adhère par de nombreux filaments très- fins qui sont peut - être autant de petits vaisseaux. Ces adhérences sont moins nombreuses autour de l’encéphale. L’intervalle de tous ces filaments est rempli par une sorte d’huile liquide, qui maintient le tube membraneux dans une situation fixe. Cette huile est plus abondante dans le crâne. La face in-

lcrne du tube intérieur est partout lisse et écartée du système cérébro-spinal par un liquide presque transparent, qui est surtout abondant autour du lobe du quatrième ventricule. Comme sur toute la longueur de la moelle épinière et jusqu’à la commissure du quatrième ventricule, aucun nerf ne traverse l’enveloppe pour se rendre à la moelle, c’est ce liquide intérieur qui scid maintient la moelle épinière dans une position constante par rapport à l’axe du canal. Aucune membrane ne peut être aperçue par aucun moyen, même aux plus fortes loupes , sur la surface de la moelle épinière et de l’encéphale. Le tube membraneux sert donc à la fois de pie-mère et d’arachnoïde. Car on a vu qu’il n’y a pas de dure-mère chez les poissons.

La moelle épinière sur toute sa longueur est demi-transparente, parfaitement homogène, comme une gelée végétale ou animale, et d’une couleur opaline. Elle forme un ruban horizontalement aplati, et dont les bords légèrement arrondis sont parfaitement lisses. Pas le moindre filament ne s’étend de sa surface au pourtour du tube membraneux circonscrit. Vue à la loupe et au microscope, sa substance n’offre aucune disposition ni globuleuse, ni linéaire; et quand on l’étend sur une lame de verre, dans un beau jour de mars ou d’avril, elle s’évapore rapidement, et il n’en reste qu’une empreinte presque sans épaisseur, sur la-

quelle ou ne voit que trois lignes parallèles longitudinales, d’une ténuité presque géométrique. Au contraire, toute la matière de cette substance se conserve si bien dans l’alcool qu’au bout de deux ans le ruban de la moelle, ainsi que le tube membraneux circonscrit, n’ont subi qu’un léger retrait, de sorte que l’intervalle de la moelle à la méninge a conservé ses proportions , et que la matière de la moelle n’a perdu que sa transparence. Par l’effet de celte conservation, la différence déstructuré de la moelle et des lobes encéphaliques, continue de se prononcer bien distinctement. Tous ceux-ci paraissent formés d’une agloméralion de petites globules, la substance de la moelle reste compacte et homogène.

Or, cette moelle, qu’une évaporation de quelques heures a consumée, et que l’acool a conservé presque dans son intégrité durant deux années , forme sur une lamproie d’environ trois pieds de long un ruban d’une ligne de large et d’à peu près un quart de ligne d’épaisseur. En mars, en avril cl mai, la cohésion de scs molécules est telle chez la lamproie, que son élasticité prête cinq à six fois de suite, à des allongements plus que doubles de la dimension primitive, et à autant de restitutions de celte longueur. Dans cet allongement il n’v a aucun redressement d’angles ni de courbures. C’est la même apparence que dans l’extension d’un ruban de gomme élastique. Or, rien n’est moins extensible, 11’est plus lragile, que la matière céré-

SYSTK >IK CK R K Pi R O-SPI X A L .

braie, blanche ou grise, des autres animaux vertébrés. Au contraire, au mois de décembre, dans les pétromyzons lluvialis et branchialis, la moelle épinière est tout à fait inextensible et aussi fragile que le serait un morceau de cartilage découpé on une lame étroite et très-mince. Ces différences, dans l’état physique de la moelle de ces animaux, y sontelles permanentes ou périodiques?

Quoi qu’il en soit il n’y a pas dans cette moelle épinière, la moindre apparence ni de sillons latéraux ou médian, ni de rainure même superficielle, ni de canal central, ni de celte division, prétendue nécessaire, en huit cordons, nombre dont l’harmonie aurait été préétablie depuis l’homme jusqu’au polype. Il n’y a non plus aucune démarcation de substances hétérogènes; disposition aussi supposée nécessaire et constante par un physiologiste qui fit dépendre de l’existence de la matière grise au centre de la moelle, l’excitation des mouvements, quoique tous les poissons, et comme on va voir, tous les reptiles, fussent là pour démentir cette prétendue loi.

Le lobe du quatrième v en tricule, [pi. Y J , fig. y), a, comme à l’ordinaire, ses deux cordons supérieurs repliés en dedans. Mais leurs extrémités ne se réunissen ( pas, elles 11e sont que juxta-posées sur la ligne médiane. On en a déjà vu un exemple, même sans juxta-positionetavecun écartement sensible sur la torpille, pLV, ftg, 2 et 3. Une rainure profonde sépare dans les lamproies cette commissure des lobes op-

liques, dont la voûte elle-même n’a pas ses deux moitiés soudées, mais seulement juxta-posées sur la ligne médiane.

M. Cuvier a découvert sur la raie ronce une j ux ta - position semblable des deux moitiés du cervelet, qui n’adlièrc'nt en une seule masse, que par l’agglutination de la pie - mère réfléchie de leur convexité dans leur concavité ; fait qui rend visible en permanence dans cette espèce le mécanisme par lequel s’est formé le système cérébro-spinal tout entier.

Les parois du quatrième ventricule sont un peu moins élastiques que la moelle épinière. Ces parois résultent de deux feuillets contenus l’un dans l’autre; le feuillet interne, seul continu à la moelle épinière, en a toute l’élasticité. En avant il se continue aussi avec la base des lobes optiques, en passant sous la commissure du quatrième ventricule, entièrement formée par le feuillet extérieur qui en avant se perd sur la couche superficielle des lobes optiques, s’amincit en arrière et finit par adhérer très-intimement et se perdre sur la surface de la moelle épinière. Quand on tire sur la moelle épinière, le feuillet intérieur se sépare des lobes optiques, et l’extérieur, qui détermine seul la figure du quatrième ventricule, reste continu à l’encéphale. On ne connaissait encore de ces dédoublements de parois qu’aux lobes optiques des poissons , où Arsaki et moi en avons découvert.

SYSTÈME CÉRÉBRO-SriNAL. 1 S 1

Les lobes optiques ont ensemble moins d’étendue transversale que le quatrième ventricule; et, ainsi que je l’ai dit, ils viennent après la commissure.

Or dans la presque totalité des poissons osseux, il existe derrière le cervelet un autre organe qu’en sépare une fente dont la largeur et la longueur égalent souvent la moitié ou les deux tiers de la largeur de la moelle.

Cet organe [pi. VII, fig. 2, sur le trigla cuculus) forme une arcade sur le quatrième ventricule. Le cervelet peut donc exister en même temps que cette arcade, ou sans elle, puisqu’il n’y a pas la moindre trace de cette arcade dans les mammifères.

On ne voit pas pourquoi le cervelet pouvant exister sans celle arcade, elle ne pourrait pas exister sans le cervelet. Toujours est-il que là où elle existe c’est une partie de plus que là où elle manque; c’est une partie de moins. Et, réciproquemefTt, il en faut dire autant du cervelet. Or comme les lobes optiques des lamproies précèdent immédiatement cette arcade, ces poissons n’ont donc pas de cervelet ,'que l’on voit déjà si petit dans la torpille, où cette commissure est si développée.

On voit sur l’esturgeon, pi. Y, fig. 4, les cordons supérieurs du quatrième ventricule repliés aussi immédiatement derrière les lobes optiques auxquels ils adhèrent, et se réunir sur la ligne média-

Mvni; ii.

ne; aucun lobe n’existe ici derrière ces lobes optiques.

Or, si petit que soit le cervelet (même dans la torpille, pl. V, fig. 2 et 5, la carpe, pi. I, fig. 2.) il est toujours creusé d’une cavité. Faut-il donc, à cause du volume de celte commissure de l’esturgeon, dont la proportion n’excède guère celle de la torpille, en faire un cervelet? L’adhérence de la commissure aux. lobes optiques n’en est pas non plus un motif, car on a vu par l’exemple des deux moitiés du cervelet de la raie ronce que les memes parties peuvent être ou adhérentes ou juxta- posées. L’esturgeon manque donc de cervelet, comme les lamproies.

Au devant des lobes optiques viennent des lobes cérébraux un peu plus petits, et que surmonte antérieurement un petit lobe impair, dont ou veut faire une glande pinéale. Comme la glande pinéale dans tous ses degrés d’existence repose toujours en arrière sur les lobes optiques, cette comparaison me semble inadmissible. Ce petit lobe des lamproies est donc surnuméraire au complet des autres poissons. Les lobes cérébraux sont solides. On se souvient qu’ils manquent aux raies et aux squales.

Enfin, au devant des lobes cérébraux (voy. pl. Y, fig. 1 et 2) est une dernière paire de lobes, la plus volumineuse de tout l’encéphale, elsurlaquelle vient s’appliquer le tube membraneux qui était resté écarté de l’encéphale en arrière. Ces lobes, continus

aux nerfs olfactifs, sont donc les olfactifs. Ils sont solides comme dans les raies.

Le petit lobe impair dont on veut faire la glande pinéale est situé dans la rainure qui sépare les lobes olfactifs des lobes cérébraux. Autre raison d’exclure la détermination proposée.

L’on voit que, par toutes ces différences, les lamproies se séparent autant de la deuxième famille des poissons cartilagineux ordinaires, c’est-à-dire, des chimères, des raies et des squales, avec lesquels elles forment la première série ichtyologique, que des poissons osseux proprement dits , c’est-àdire, de tous ceux qui ont été rangés dans la seconde série (M. Cuvier). Ouant aux esturgeons , formant le deuxième ordre de la première série , leur système cérébro-spinal ressemble beaucoup plus à celui des poissons osseux qu’à celui des raies, des squales, et, à plus forte raison, qu’à celui des lamproies. Ils ne diffèrent réellement des poissons osseux que par la grandeur de la commissure du quatrième ventricule, et par le défaut de cervelet, ou, comme on voudra, par l’excès de petitesse relative du cervelet, et par le défaut de commissure au quatrième ventricule.

11 faut donc absolument , dans la classification des poissons, séparer les lamproies en un ordre distinct, à caractères plus isolés que ceux des autres poissons cartilagineux, où pourtant, comme on l’a vu, par l’absence du cerveau, chez

les raies et les squales, et par celle du cervelet, chez les esturgeons, il y a raison suffisante défaire deux autres ordres tout aussi distincts entre eux que chacun d’eux l’est des lamproies et de tous les ordres de poissons osseux. Car, quant à la forme du système cérébro-spinal, tous les poissons osseux ne font réellement qu’un seul ordre, ainsi qu’on le verra pour les oiseaux. Par l’identité parfaite de l’encéphale des lélrodons , des cycloptères et des lophius avec celui des autres poissons osseux, on voit combien étaient fondés les motifs zoologiques qui ont fait rapporter par M. Cuvier ces trois genres à la grande division des poissons osseux.

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