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CHAPITRE IV

nu NEUF ACOUSTIQUE ET DE l’oRGA.XE DE l’oUIE.

Le nerf acoustique, destiné à sentir le son ou le bruit causé par les vibrations des corps élastiques, a besoin, chez les vertébrés, d’être précédé du côté d’où arrivent ces vibrations d’un ou plusieurs instruments, qui paraissent susceptibles de concentrer, de renforcer et de moduler le son. Un seul de ces instruments existe chez les poissons ; deux chez les oiseaux et les reptiles. Un troisième, loulà-fait extérieur, fait, pour ainsi dire, l’embouchure des deux autres chez les mammifères.

i°. De i organe mécanique de V audition.

Le premier de ces instruments , qui existe seul chez les poissons, est ce qu’on appelle groupe des trois canaux demi-circulaires. Dans les mammifères ce groupe est accompagné d’une espèce de coren spirale, nommé limaçon à cause de sa forme. Le canal tubulaire qui le parcourt est souvent partagé en deux demi-canaux cylindriques, par une cloison régnant du sommet à la base , ce qui lui donne alors deux ouvertures, l’une dans le vestibule et l’autre à l’extérieur.

Les trois canaux demi - circulaires et ce limaçon répondent toujours en-dedans à une capsule membraneuse, nommée vestibule. Ces trois canaux et ce limaçon sont de véritables prolongements tubuleux de cette membrane. Ce vestibule est formé de deux membranes, l’une extérieure et fibreuse, et susceptible d’incrustation; l’interne, vasculaire et celluleuse , et toujours souple et élastique. 11 n’y a pas de troisième tunique ou membrane nerveuse. Le nerf acoustique se termine toujours par des digitations filiformes, et n’est- pas suivi d’une membrane ou toile, comme le nerf optique l’est par la rétine. Ce vestibule est au moins percé d’un orifice du coté du cerveau , pour laisser pénétrer le nerf acoustique. Telle est sa structure dans les lamproies, où le vestibule existe seul , et où il n’y a pas la moindre trace de canaux demi-circulaires, comme le docteur Polii l’a observé le premier en 1818. La cavité de ce vestibule-est remplie par plusieurs humeurs, dont la principale est contenue, comme l’humeur vitrée dans l’œil, par une sorte de réseau membraneux qui lui conserve une forme propre et indépendante. C’est dans celte humeur, chez les reptiles, ou dans un appendice du réseau qui la contient , chez les poissons , que se forment des dépôts crétacés et ces espèces de concrétions calcaires , formées comme une coquille de mollusque. Entre le réseau qui contient cette hu-

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meur centrale (et qui constitue dans les poissons osseux ce qu’on nomme le sac des pierres , parce que les concrétions calcaires y ont réellement une dureté pierreuse ) et la membrane vasculaire qui tapisse l’enveloppe fibreuse ou cartilagineuse, est une autre humeur. Elle est aqueuse, c’est ce que l’on appelle lymphe de Colunni; elle s’étend dans toutes les cavités des canaux demi- circulaires et du limaçon. C’est dans cette lymphe que baignent les rameaux et les filets terminaux du nerf acoustique (i).

(i) On a dernièrement (Mém. du Muséum, t. XII) établi une analogie entre les pierres de l’oreille des poissons, et les concrétions qui se forment quelquefois par maladie dans le tambour de l’oreille des mammifères et de l’homme. Celte comparaison porte sur la fausse supposition que ces deux sortes de concrétions sont formées dans le même organe; ce qui n’est pas. Les pierres des poissons sont formées dans un appendice dn vestibule, c’est-à-dire, dans l’oreille interne. Les coucrétions des mammifères le sont dans le tambour de l’oreille, c’est-à-dire, dans l’oreille moyenne. L’explication de la formation constante et régulière des pierres et des concrétions calcaires, dans l’oreille des poissons, par le défaut d’issue au dehors pour l’humeur, dont le durcissement le? produit, et de la formation accidentelle des concrétions des mammifères, par l’occlusion pathologique de l’issue habituelle que présente au mucus la trompe d’Eustache, tombe ainsi d’ellemême. Pour qu’il y eût analogie il eût fallu que les concrétions des mammifères se trouvassent aussi dans leur vestibule. Or, ce vestibule n y a pas plus d’issue extérieure que chez les poissons. Les pierres de l’oreille de ces animaux n’ont donc rien qui leur soit analogue chez les mammifères.

Dans tous les poissons , le vestibule n’a d’autre orifice extérieur que l’entrée des canaux demi -circulaires, toujours renflés à leur origine. Ce renflement s’appelle ampoule. Quoiqu’il y ait ordinairement six ampoules dans les poissons (voy. pi. Y, fig. 4), il n’y a pourtant presque toujours que trois orifices au côté externe du vestibule, parce que le confluent des ampoules mitoyennes des deux canaux verticaux , et le confluent de chaque ampoule externe des mêmes canaux avec l’ampoule correspondante du canal horizontal , s’opèrent à une certaine distance du vestibule, et que c’est un canal simple qui achève le trajet du confluent au vestibule. Mais comme les canaux demi-circulaires ne s’ouvrent sur aucun point de leur contour , la membrane du vestibule n’est réellement ouverte que du côté où elle reçoit le nerf. Tel est l’état du vestibule dans tous les poissons osseux, moins les cycloptères. Dans ce genre (sur le cyclopt. lump us ) j’ai découvert un canal long de quinze à vingt lignes , dirigé à peu près dans le même plan que le canal demi-circulaire horizontal, à travers le rocher jusque sous la peau dont l’épaisseur est réduite à une ligne et demie en cet endroit, au lieu de trois et de quatre qu elle a sur le reste du corps. Enfin dans les raies et les squales (voy. pl. III, fig. 5), les canaux demi-circulaires verticaux, d’un côté, communiquent sur le milieu de la nuque, avec les canaux de l’autre côté. Et les

ampoules mitoyennes communiquent aussi ensemble par une sorte d’arcade transverse , continuation du canal membraneux. Les parois cartilagineuses des canaux ont lout-à-lait disparu au pourtour de celle anti-chambre commune (les deux appareils, qui n’est séparée de l’eau où se meut l’animal, que par une peau amincie. Les canaux demi -circulaires, dont l’expérience prouve que la sensibilité est si grande, sont ici séparés par le plus petit intervalle possible, du milieu d’où viennent les vibrations.

Dans les raies , les squales , les esturgeons , et cycloplères, les canaux demi-circulaires membraneux sont flottants dans d’autres canaux , dont est percée l’épaisseur du cartilage qui enveloppe toute l’oreille et lui forme une paroi complète du côté du crâne. Dans les poissons osseux il n’y a ordinairement qu’une partie du contour du canal vertical postérieur et de l’horizontal qui traverse un canal osseux , pris sur le pariétal. D’ailleurs toute la cavité auditive n’est qu’une di latation de la cavité cérébrale ; et les membranes du vestibuleet des canaux demi-circulaires, excepté les deux arcs osseux que parcourent ceux-ci, ne sont maintenus en position que par des brides filamenteuses et par la résistance que s’opposent et le liquide où baigne le cerveau, et celui qui remplit le vestibule, et celui qui entoure et remplit les canaux demi-circulaires membraneux.

Dans lous les reptiles le vestibule et les canaux demi-circulaires sont complètement inter-osseux, mais leur proportion est infiniment plus petite que dans les poissons, où les dimensions de cet appareil paraissent mesurées sur la densité du milieu d’existence de ces êtres. 11 n’y a plus de sac ou d’appendice particulier du vestibule , où puissent se former des concrétions pierreuses. Mais la proportion de la matière crétacée dans l’humeur qui remplit le vestibule, est bien plus grande que dans les oiseaux. L’enveloppe osseuse du vestibule et des canaux demi-circulaires est ouverte du côté extérieur (voy. au premier liv. la description de la cavité auditive). Mais cette ouverture, qu’on nomme vestibulaire, est toujours fermée par la membrane du vestibule.

Cette ouverture osseuse met en contact la membrane du vestibule avec l’adossement d’une autre membrane, toujours muqueuse, qui tapisse une cavité extérieure, toujours pleine d’air, communiquant avec la bouche, et que l’on nomme caisse du tympan ou ta mbour de l' oreille. C’est une sorte d’instrument qui semble destiné à l’unisson et au renforcement du son. Cette partie de l’organe, nommée aussi oreille moyenne, quand elle est suivie extérieurement d’un troisième appareil qui manque toujours aux reptiles, n’a donc rien qui lui soit comparable chez les poissons.

On a vu (livre premier) comment ce tambour

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