‹ Anatomie des vers intestinaux, ascaride, lombrïcoide et échinorhynoue géant. Memoire couronné par l'Academie royale des sciences qui en avait mis le sujet au concours pour l'année 1818Chapitre 11 sur 61 · DES ORGANES SPÉCIAUX DE LA NUTRITION · texte numérisé non relu

DES ORGANES SPÉCIAUX DE LA NUTRITION

Outre de nombreux vaisseaux absorbants qui naissent surtout du tiers antérieur du tube digestif, on trouve, dans toute la

resserrement et de dilatation du corps, sont transmis au canal intestinal, et doivent contribuer à faire cheminer les matières qui le remplissent. On ne peut s’empêcher de regarder ces mouvements comme de puissants auxiliaires de ceux de l’intestin.

Comme le canal intestinal avant de se terminer devient adhérent par (ks prolongements vasculaires, il est possible qu’il laisse encore absorber, dans cet endroit, une portion des matières qu’il renferme.

(1) Je n’ai pu trouver dans l’ascaride Iombricoïde d’organes comparables aux glandes qui, chez la plupart des animaux , versent le produit de leur sécrétion dans le canal digestif.

(2) Quoique la peau du lombric paraisse dépourvue de porosités, même au microscope, il est hors de doute que, dans certaines circonstances, elle absorbe des liquides et les introduit dans le corps. Lorsqu’un ascaride est resté quelque temps exposé au contact de l’air, il se flétrit, devient flasque; si on le plonge dans l’eau après avoir lié ses deux extrémités, il reprend sa rondeur, son élasticité, en absorbant ce liquide : mais ici est-ce bien une absorption vitale ? Je suîs porté à regarder plutôt ce phénomène comme purement hygrométrique. Nous l’observerons d’une manière encore bien plus marquée pour Yechinorliynchus gigas.

longueur du corps des organes spéciaux de nutrition dont la structure n’avait point été déterminée jusqu’à présent.

Ils sont formés par des vaisseaux et des appendices particuliers, lesquels, par leur réunion, constituent la couche la plus intérieure du corps, et qu’on trouve surtout dans les régions dorsale et abdominale, depuis la bouche jusqu’à la queue. (PI. I, fig. 2, n, n; pl. III, fig. i3, d.) Les naturalistes n’ont pas connu la véritable nature de ces parties; les uns les ont considérées comme musculaires (1), les autres comme un tissu pulpeux particulier, destiné à fixer le canal intestinal et les organes internes de la génération (2).

Après avoir ouvert un lombric suivant sa longueur, si on examine la face interne du corps, on voit qu’elle est tapissée par un tissu mollasse, gris ou jaunâtre, demi- transparent comme les muscles, avec lesquels on le confond aisément au premier aspect. Ce tissu est infiltré , abreuvé par une sérosité légèrement visqueuse, qui baigne de toutes parts le canal intestinal, les organes génitaux, et s’échappe en abondance dès qu’on ouvre le ventre (3). Il constitue une couche très épaisse et sans fibres distinctes dans le tiers

(1) M. Rudolphi dit, en parlant des muscles du lombric : Intus autem strata plu rima , separabilia ejformant , intimœque fibrœ laxiores in telam quasi cellulosam seu J Ha, vasa et genikilia, et tubum inteslinalem revincientia, demum abeunt. ( Entoz., t. I , p. 2 18.)

M. de Blainville émet une opinion semblable. ( Dict . des scienc. nat., Append . , t. III , p. /jo.)

(2) M. Laënnec [Dict. des scienc. me'd. , t. II , p. 343 ) donne à l’ensemble de ces organes le nom de tissu muqueux.

(3) Cette sérosité est ordinairement jaunâtre , plus pesante que l’eau, ce dont on peut s’assurer en piquant un lombric sous l’eau ; on la voit aussitôt s’échapper et gagner assez rapidement le fond du liquide. Elle est d’une saveur douceâtre

DE L’ASCAPJDE LOMBRICOIDE.

antérieur du corps ; très mince au contraire et «à fibres manifestement transversales dans les deux tiers postérieurs. Quand on distend en travers la peau et les muscles qui lui adhèrent, il se fend longitudinalement sur la ligne médiane dans le tiers antérieur du corps seulement, et au fond de la fente on aperçoit le cordon nerveux du dos ou de l’abdomen, suivant la région qu’on examine.

Quand on se sert d’une forte loupe pour étudier plus en détail l’organisation de ce tissu, après avoir épongé la sérosité dont il est abreuvé, on découvre qu’il est formé de deux parties : i° de vaisseaux extrêmement nombreux, fins, diaphanes, dont la direction est transversale, et qui sont d’autant plus courts qu’ils sont plus profonds ou plus rapprochés de la couche musculaire longitudinale, à laquelle ils adhèrent fortement; 2° de plusieurs milliers de cæcum ou appendices pédicules, qui naissent perpendiculairement de ces vaisseaux et flottent dans la sérosité qui remplit le ventre. Je donne à ces organes le nom de conduits et d’ appendices ou cæcum nourriciers . Leur disposition est des plus curieuses.

i° Conduits nourriciers. Leur direction est transversale ; par leurs extrémités ils se continuent de chaque Coté du corps avec les vaisseaux absorbants qui naissent du canal intestinal , et paraissent aussi communiquer entre eux au moyen de canaux très étroits, transparents comme eux, mais longitudinaux, qui régnent près des lignes latérales (x). (PI. Il, fig. 3, A, b, b.)

d’abord , et ensuite un peu astringente. Elle n’a aucune action sur les papiers de tournesol et de curcuma. En se desséchant, elle donne aux corps sur lesquels on l’a étendue un aspect luisant et comme vernissé. Les acides et l’alcool y forment un précipité blanchâtre, floconneux, ce qui semble indiquer qu’elle contient de l’albumine.

(î) Ces conduits de communication, difficiles à voir, à cause de leur ténuité et

Les conduits nourriciers sont très apparents dans les deux tiers postérieurs du corps, tandis qu’ils sont entièrement masqués dans le tiers antérieur par les appendices auxquels ils donnent naissance, et qui dans cet endroit ont beaucoup de longueur; ils sont coupés à angle droit par les deux cordons nerveux qui descendent entre eux et les muscles longitudinaux. J’ai vu, sur plusieurs individus, les canaux nourriciers former des espèces d’anneaux qui étaient traversés par ces memes nerfs. (PI. II, %• 3, i). )

Les vaisseaux nourriciers transversaux , parallèles les uns aux autres, communiquent encore ensemble dans leur longueur. Ils sont plus étroits au milieu qu’à leurs extrémités, qui sont comme renflées.

2° Appendices ou cæcum nourriciers. Ce sont des prolongements, piriformes pour la plupart, qui naissent à angle droit des conduits précédents. Ils sont bien plus développés et beaucoup plus nombreux, ainsi que je l’ai dit, dans le tiers antérieur du corps que dans ses deux tiers postérieurs, où ils ne dépassent guère le niveau des vaisseaux nourriciers, sont fort rares, et souvent même n’existent pas du tout (i): aussi est-ce surtout dans le premier endroit qu’il faut les étudier. Ces appendices sont plus longs sur la ligne moyenne, et deviennent de plus en plus courts, à mesure

de leur transparence, sont, ainsi que les vaisseaux nourriciers , plus faciles à étudier sur le lombric du cheval que chez celui de l’homme.

(î) C’est i\ la grosseur et à la longueur de ces appendices que le tiers antérieur du corps doit son épaisseur et la propriété de ne pas s’affaisser lorsqu’on l’expose à l’air , tandis que les deux tiers postérieurs deviennent flasques et ridés. Ici, en effet, ces appendices ne sont plus que de simples mamelons, ù peine saillants, qui n’empêchent pas de voir les conduits nourriciers et les cordons nerveux qui sont au-dessous.

DE L’ASCARIDE LOMBRICOIDE.

qu’ils s’approchent des lignes latérales (i). Chacun d’eux est soutenu parun pédicule étroit, se continuant avec les vaisseaux nourriciers; leur base est arrondie (2) , libre, flottante, s’approche du canal intestinal , et quelquefois même paraît lui adhérer légèrement. Quand on ouvre un lombric et qu’on enlève le canal alimentaire , on voit toutes leurs bases former par leur réunion une surface d’apparence chagrinée. (PI. II, fig. 3; fig. 5, F, F; fig. B; pl. III, fig. i3, D.)

Examinés au microscope, les vaisseaux nourriciers paraissent demi-transparents, grisâtres, formés d’un tissu homogène, comme spongieux , non fibreux ; ils sont bien différents sous ce rapport des muscles, avec lesquels on serait d’abord tenté de les confondre. Je n’ai pu leur reconnaître de cavité intérieure.

Les appendices offrent une structure à peu près analogue; je n’ai pu y constater l’existence d’une cavité centrale. Us paraissent remplis ou plutôt formés par un tissu çulpeux , comme les vaisseaux dont ils proviennent, et sont ainsi qu’eux abreuvés par une humeur lymphatique (3).

(1) On peut s’assurer de ce fait en examinant ces appendices sur une coupe transversale du lombric ; mais, pour bien reconnaître leur forme , il est préférable d’enlever des bandelettes de fibres musculaires longitudinales, qui, en se détachant, entraînent avec elles une portion des vaisseaux et des appendices nourriciers. On peut voir que ces derniers naissent principalement des conduits nourriciers profonds , et s’avancent dans les intervalles que laissent entre eux les superficiels.

(2) Dans l’ascaride du cheval, les cæcum nourriciers sont moins globuleux, plus alongés que chez celui de l’homme , souvent même leur extrémité libre ou flottante se termine en pointe au lieu d’être arrondie.

(3) Lorsqu’on ouvre un lombric vivant, et qu’on le plonge aussitôt dans l’eau tiède, les cæcum et les vaisseaux nourriciers, de transparents qu’ils étaient, de-

D’après la structure des organes que je viens de décrire, on peut présumer, ce me semble, que les fluides nutritifs contenus dans le canal intestinal sont pris par les vaisseaux absorbants , qui naissent principalement de son tiers antérieur , et de là portés dans les conduits nourriciers et leurs appendices ; que , mis en dépôt dans ces réservoirs, à peu près comme la graisse l’est dans les vésicules adipeuses des animaux des classes supérieures, ils servent ensuite à la nutrition et à l’accroissement de l’individu. Mais quelle est la nature de ces fluides nutritifs? comment circulent-ils dans des conduits qui paraissent plutôt spongieux que vasculaires? J’avoue. que, malgré le nombre et le soin de mes recherches, je ne puis encore résoudre ces questions.

Cet appareil spécial de nutrition ne paraît pas exclure celui de la circulation, comme je vais tâcher de le démontrer.

• § vi.

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