ORGANES DE LA CIRCULATION
Les lignes longitudinales qui régnent de chaque côté du corps du lombric, et s’étendent directement depuis une extrémité jusqu’à l’autre, m’ont paru, ainsi qu’à plusieurs naturalistes, constituer les organes de la circulation (i). (PI. I , fig. 3, c, c. )
viennent d’une couleur blanche-bleuâtre, opaline, analogue à celle de quelques calcédoines , et laissent échapper une humeur lactescente fort abondante. Cette liqueur est inodore, insipide ou douceâtre; elle ne présente aucune analogie avec la bile que l’on trouve dans les cæcum hépatiques des insectes.
(1) En regardant les lignes latérales comme vasculaires, j’adopte l’opinion de f'Verner, qui est aussi 'celle de MM. Laënnec, de Blainville , etc. M. Rudolphi,
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Elles sont très visibles à l’extérieur, à travers la peau transparente, dontelles ne sont séparées que par les fibres charnues annulaires, également diaphanes ; très rétrécies vers leurs extrémités, elles sont, vers leurs parties moyennes, au moins quatre fois aussi larges que les cordons nerveux du dos et du ventre. Leur couleur , comme je l’ai déjà indiqué, est très variable chez les divers individus. Quelquefois elles sont blanchâtres ou grises , d’autres fois
d’un rouge assez vif ou d’un brun obscur (i); mais une chose digne de remarque , c’est que ces couleurs ne sont pas uniformes dans toute leur longueur; que , très faibles dans un endroit, elles ont beaucoup d’intensité dans un autre.
Ces lignes sont saillantes au dedans du corps ; elles sont logées dans des espèces de gouttières qui restent entre les bords correspondants des muscles longitudinaux , et dont le fond est formé par les fibres charnues annulaires. Deux parties distinctes entrent dans leur composition, savoir: i° un cordon aplati , assez large, coloré, qui est situé en dedans; 2° un vaisseau très grêle, légèrement flexueux, blanc ou coloré en rouge, plus pâle ou plus foncé que la bande précédente , sur la partie moyenne et externe de laquelle il est appliqué et comme incrusté. L’adhérence de ces deux parties est assez intime ; cependant on peut les isoler, principalement sur l’ascaride du cheval (2). (PI. II, fig. 3, c, c.)
ayant méconnu leur nature, les a considérées, ainsi que les cordons nerveux, comme formant les muscies longitudinaux de l’ascaride lombricoïde.
(1) Cette couleur disparaît assez facilement par le séjour des lombrics dans l’alcool ; aussi faut-il, autant que possible, examiner les lignes latérales pendant la vie ou peu de temps après la mort de ces vers.
(2) C’est la réunion de ces deux cordons qui fait que les lignes latérales paraissent, à l’extérieur, formées chacune de trois lignes secondaires, une moyenne et deux latérales.
Elles se comportent différemment l’une de l’autre vers fextrémité antérieure du corps ; la bande profonde , parvenue à la base des tubercules de la tête., s’élargit et se joint à celle du côté opposé , en formant un large cercle autour de l’ouverture de la bouche et du commencement de l’oesophage (i). (PL III, fig. 1 4, D, e.) Le vaisseau médian et superficiel, au contraire, abandonne la bande précédente, deux lignes et demie environ avant d'arriver aux tubercules de* la bouche, se porte en dedans, et vient, en passant au-dessous de l’œsophage, s’anastomoser avec celui du côté opposé , en formant une arcade simple dont la convexité est antérieure , et de laquelle on ne voit sortir aucun filament (2).( PL
III, fig. 14, E.)
A leur partie postérieure , les deux cordons latéraux , après être devenus d’une grande ténuité, se réunissent au-delà de l’anus; ils ne paraissent pas communiquer, du moins chez la plupart des individus , avec les conduits nourriciers longitudinaux qui les avoisinent sur les côtés, cependant sur quelques lombrics j’ai vu de petites stries rougeâtres , très fines, qui en naissaient à angle droit et se perdaient entre ces conduits (3).
Le ruban profond des lignes latérales est formé par un tissu mou,
(1) Ce n’est qu’avec la plus grande difficulté que j’ai pu vérifier la disposition des lignes latérales sur l’ascaride de l’homme et du cochon; mais sur celui du cheval, vu la grosseur des parties, leur dissection est assez facile.
(2) Aisé à vérifier sur l’ascaride du cheval.
(3) Les lignes latérales ne paraissent point sensibles à l’action du fluide galvanique, et ne sont pas susceptibles de contraction comme les muscles ; lorsqu’on ouvre un lombric vivant, on observe que pendant la contraction et le raccourcissement des muscles, elles deviennent noueuses , comme variqueuses, en se plissant, bien différentes en cela des fibres charnues dont elles sont obligées de suivre les mouvements.
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spongieux et friable. On ne peut, à l’aide du microscope, y distinguer de fibres comme dans les muscles ; on observe seulement qu’il est composé de globules irréguliers, agglomérés.
Le vaisseau médian semble creux et rempli d’un fluide coloré ; néanmoins on ne peut y démontrer l’existence d’une cavité par les injections; la pression qu’on exerce dessus en différents sens ne fait pas cheminer dans son intérieur la liqueur rougeâtre qu’il renferme souvent.
Par l’action de l’alcool , du sublimé corrosif, des acides et de plusieursautres réactifs, lesligneslatérales deviennentblanches, comme les fibres musculaires , mais plus opaques ; ces divers agents chimiques augmentent aussi leur friabilité, tandis qu’ils donnent plus de ténacité aux fibres charnues (i). Les fibres charnues longitudinales se séparent , se déchirent plus facilement en long qu’en travers, tandis que les lignes latérales se rompent plus aisément dans ce dernier sens.
(1) Lorsqu’on tire, en sens opposé, les deux extrémités d’un lombric qui a séjourné dans l’alcool, les lignes latérales se brisent transversalement en une grande quantité de fragments carrés, ce qui a fait croire à M. Laënnec qu’elles sont formées « par des vaisseaux pourvus de valvules, qui leur donnent, même »à l’œil nu, un aspect analogue à celui des ténias. » II pense que c’est peut-être à cette cause que tient l’impossibilité d’y faire pénétrer des injections. Je peux assurer que ces bandes, à l’exception peut-être du vaisseau central, ne sont pas creuses; qu’elles n’ont aucune valvule, mais qu’elles sont pleines et formées par un tissu spongieux. J’ai cherché nombre de fois à y pousser des liquides colorés avec une seringue d’Anel, dont le canon était formé avec un tube capillaire de verre; jamais je n’ai pu les faire pénétrer dans l’espace d’une ligne , même dans le vaisseau médian. Ces injections m’ont parfaitement réussi sur plusieurs autres espèces devers, et en particulier sur la douve du foie ( fasciola hepatica). La liqueur colorée passe avec facilité dans les canaux qui se ramifient dans tout le corps pour y porter la bile dont cet animal se nourrit.
D’après ce que je viens de dire de la couleur , de l’organisation, des propriétés des lignes latérales, il serait difficile de les confondre avec les fibres musculaires et les nerfs.
La bande profonde et le vaisseau moyen qui , par leur réunion, constituent les lignes latérales, paraissent formés par un tissu spongieux, perméable. Comment les fluides circulent - ils dans leur intérieur? est-ce d’une manière lente et insensible, par une sorte d’imbibition vitale ? Cette hypothèse me paraît admissible. Peut-être ces parties sont-elles à la fois les organes de la circulation et de la respiration? cette dernière fonction a été admise , comme on sait, par plusieurs naturalistes, dans les vers intestinaux (i).
(1) Ces naturalistes, connaissant toute l’importance de la respiration dans les animaux des classes supérieures, ont cru que cette fonction devait exister aussi dans les vers intestinaux. Ainsi,
Yallisnieri regardait les lignes dorsales et abdominales de l’ascaride lombricoïde comme une suite de petits cœurs, les fibres transversales comme des artères et des veines, et les lignes latérales comme des trachées. ( Nuove osservazioni ed esp. intorno ail’ ovaja scop. ne’ verrai dell’ uomo , 1713, p. i4- )
.Zéder , qui avait d’abord refusé la respiration aux vers intestinaux , leur accorda ensuite cette fonction, en ayant égard à la nature parenchymateuse des lignes latérales de l’ascaride lombricoïrte, qu’il considère comme des organes respiratoires. (Voy. Rudolphi, Entoz., t. III, p. 371.)
M. deHumboldt pense que les vers intestinaux respirent par la peau. Il rapporte plusieurs observations et expériences à l’appui de son opinion. ( V ersuche über diegereizte muskelund nervenfases , t. I, p. 272.)
J. L. Fischer regarde les aiguillons des ténias comme des organes de la respiration. (Werneri brev. exposit. cont. 2, p. 5o, 1786.)
Steinbuch, dont les observation^ helminthologiques sont faites avec une si rare exactitude, considérant les suçoirs de3 ténias et des cysticerques, les pores des trémalodes et le tube qui sort de la trompe de quelques échinorhynques, comme des organes de la respiration , croit qu’au moyen des crochets dont
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