‹ Anatomie des vers intestinaux, ascaride, lombrïcoide et échinorhynoue géant. Memoire couronné par l'Academie royale des sciences qui en avait mis le sujet au concours pour l'année 1818Chapitre 15 sur 61 · DES CHICANES GÉNITAUX DE LA FEMELLE · texte numérisé non relu

DES CHICANES GÉNITAUX DE LA FEMELLE

L’appareil reproducteur de la femelle se compose d’une vulve, d’un vagin et d’un utérus à deux longues cornes flexueuses, qui se continuent avec des canaux très déliés, qu’on doit regarder comme les ovaires (i). Toutes ces parties sont remarquables par leur extrême blancheur. (PI. I, fig. 2, 1, k, l, m; pl. IV, fig. 1, a, b, c, d.)

J’ai déjà parlé de l’ouverture extérieure de ces organes ou de la vulve , qui se rencontre sur la face abdominale, à la réunion du tiers antérieur du corps, avec ses deux tiers postérieurs. Le léger rétrécissement circulaire du corps en cet endroit n’est point également marqué chez toutes les femelles. (Pl. I, fig. 1, d.)

Le vagin , qui succède à la vulve, est un conduit conoïde, assez ténu, long de cinq à six lignes, légèrement flexueux, lequel se porte en arrière au-dessous du canal intestinal, et bientôt s’élargit pour se continuer avec l’utérus. Celui-ci est conique , un peu aplati; il ne tarde pas, en se bifurquant, à donner naissance à deux longues cornes , d’une demi-ligne de diamètre environ, qui descendent flexueuses au-dessous du canal intestinal, jusqu’à un pouce à peu près de l’extrémité de la queue. Dans cet endroit, les cornes de l’utérus se recourbent sur elles-mêmes, deviennent de plus en plus déliées, et se continuent, sans démarcation sensible, avec les ovaires. Ceux-ci remontent jusqu’à la matrice (2),

(1) Les planches de Vallisnieri, sur l’ascaride lombricoïde et sur les organes de la génération de ce ver, sont inexactes. Elles donnent, par exemple , à l’utérus et à ses cornes une forme triangulaire qu’ils n’ont pas, etc. ( Esperienze ed osservazioni spettanti ail’ istoria naturale e medica , t. IV, p. 28 et 3o. )

(2) J’ai disséqué plusieurs femelles dans lesquelles les circonvolutions des ovaires remontaient à un pouce au-dessus de la vulve, de chaque côté du canal intestinal.

DE L’ASCARIDE LOMBRICOIDE. 49

en entourant tout le canal intestinal de leurs nombreux replis, et de circonvolutions dont la disposition est un peu différente de celle du tube séminifère chez le mâle. Après s’être ainsi pliés et repliés un grand nombre de fois, les ovaires deviennent d’une ténuité extrême, et forment deux pelotons inextricables, souvent accolés, sans cependant s’anastomoser ensemble. (PI. iv , fig. i, e. ) La dernière extrémité de chaque ovaire, aussi fine qu’un fil de cocon de soie, difficilement visible à l’œil nu, après avoir formé ce peloton, s’enfonce, sans se diviser, entre les vaisseaux nourriciers de la région dorsale , remonte quelque temps entre eux, et finit par se perdre dans leur épaisseur, près de celle de l’autre ovaire. Elle se rompt presque constamment quand on ouvre l’abdomen, et il faut une patience extrême pour la trouver (i) et la suivre entre les vaisseaux nourriciers.

(i) Les auteurs ne sont pas d’accord sur la terminaison des ovaires de l’ascaride lombricoïde; c’est ainsi queWerner dit que les extrémités des ovaires se terminent par trois ou quatre productions filiformes qui flottent dans le ventre ; il ajoute que plusieurs de ces filaments s’anastomosent ensemble. {Verni, intes. brev. expos. , p. 79. )

Rédi avance que les ovaires se terminent par une seule anastomose en arcade. [Degl ’ animal. , p. 35.) M. Rudolphi dit avoir toujours fait la même observation. ( Entoz . , t. I, p. 281.) Vallisnieri avoue n’avoir pu démêler le paquet formé par les dernières extrémités des ovaires. M. de Blainville dit simplement, en parlant de ces organes, « qu’ils commencent par une sorte de peloton de filets extrê- »mement fins. » {Dict. des scienc. nat. , t. III, Suppl., p. 41-) J’avais plusieurs fois cru trouver les ovaires libres d’adhérences aux parties voisines, et réunis entre eux par une anastomose ; mais ayant examiné ces parties avec plus de soin, j’ai vu que cette prétendue anastomose était due à ce que les deux pelotons des ovaires étaient réunis en un seul, d’où émanaient deux filets qui s’enfonçaient isolément entre les vaisseaux nourriciers du corps. J’ai fait bien souvent celte préparation délicate, et je n’ai jamais trouvé la jonction indiquée des ovaires. Leurs pelotons ne sont qu’accolés.

Mais les ovaires et les cornes de la matrice n’offrent pas toujours un volume successivement décroissant: très souvent ils sont vides dans plusieurs parties de leur étendue, et dans ces endroits leur diamètre beaucoup plus petit , et leurs parois demi-transparentes , contrastent singulièrement avec les circonvolutions voisines, qui sont pleines, très blanches, et distendues par les œufs.

Les ovaires étant déroulés présentent chacun une longueur qui varie entre quatre et cinq pieds, et qui est relative, en général, au volume des individus.

Le vagin, la matrice et les ovaires sont remplis par une innombrable quantité d’œufs. Pour étudier l’organisation de ces parties il faut les examiner au microscope.

Le vagin est formé par une membrane demi-transparente, d’apparence fibro-celluleuse , à fibres longitudinales, et dont la lace interne présente des plis, lesquels forment entre eux des cellules écartées, rares, oblongues, et disposées d’une manière assez régulière.

La matrice et ses deux cornes ont une structure à peu près semblable (r). Elles paraissent constituées par deux membranes blanchâtres; une extérieure à fibres transversales ou obliques, et une autre intérieure qui est toute plissé e. Les plis de celle-ci sont longitudinaux, flexueux; en se portant alternativement à droite et à gauche, en s’écartant ou en se rapprochant successivement les uns des autres, ils interceptent entre eux des cellules ou espaces alongés, dans lesquels se logent les œufs. Ces plis s’effacent un peu quand on tire les parois de la matrice dans le sens transversal.

Les parois des ovaires offrent des fibres longitudinales bien ap-

(1) C’est cette analogie de structure qui m’a fait considérer les deux cornes de la matrice comme appartenant essentiellement à cet organe , et non pas aux ovaires , dont l’organisation est différente.

DE L’ASCARIDE LOMBRICOIDE.

parentes. Dans les endroits où ces conduits sont vides, on trouve leurs parois marquées d’une très grande quantité de petites taches, arrondies, blanchâtres, très rapprochées les unes des autres. Elles indiquent le lieu où se faisait l’insertion des œufs, comme je le dirai.

La matrice et les ovaires jouissent de mouvements très sensibles de redressement et de flexion dans divers sens. On peut les observer en ouvrant un lombric vivant et en le mettant dans l’eau tiède. On voit alors les cornes de la matrice et les circonvolutions des ovaires se rapprocher ou s’éloigner alternativement les unes des autres par des mouvements ondulatoires assez étendus et qui durent pendant deux ou trois heures.

Les parois de l’utérus, assez extensibles en travers, le sont beaucoup moins en long. Les ovaires , lorsqu’ils sont frais , peuvent être alongés, au contraire, beaucoup avant de se rompre (i).

La matrice et les ovaires étant exposés à l’air se dessèchent, deviennent jaunâtres, demi-transparents, et diminuent considérablement de volume (2) et de longueur.

Page 1