DES ORGANES DU MOUVEMENT
L’ascaride lombricoïde se meut avec assez de vivacité, et ses mouvements, qui sont très variés, dépendent, comme dans les autres animaux, de la contraction de fibres charnues.
Ces fibres sont molles, demi-transparentes, comme gélatineuses (1), et d’une couleur grise ou blanchâtre. Les faisceaux qu’elles forment sont peu distincts au premier aspect, et ne paraissent pas réunis entre eux par du tissu cellulaire , mais seulement par des filaments de même nature. Examiné sous le microscope , chaque fascicule charnu paraît formé de fibres secondaires, flexueuses, parallèles les unes aux autres, demi-transparentes, à cassure inégale aux extrémités , et ayant quelque ressemblance avec les fibres d’un morceau de sapin coupé longitudinalement (2).
Ces fibres sont extrêmement contractiles ; à mesure que le liquide tiède dans lequel on a mis un lombric vivant, se re-
(1) On ne peut étudier facilement leur disposition qu’après leur avoir fait perdre leur transparence par divers procédés, et surtout en les faisant tremper dans une solution de sublimé corrosif.
(2) Je donne ces caractères minutieux, parcequ’ils me serviront à démontrer que certains organes du lombric, que l’on a regardés comme musculaires, ne le sont réellement pas.
froidit , on voit les mouvements devenir plus lents, plus rares, et enfin disparaître tout-à-fait, quand la température est descendue à douze ou quinze degrés du thermomètre de Réaumur. Le corps alors devient raide , immobile ; il est pris d’un véritable engourdissement (i), qu’il ne faut pas confondre avec l’état de mort : les mouvements, en effet, peuvent reparaître vingt-quatre heures après que l’animal est resté raide et immobile, si l’on vient à porter de nouveau la température du liquide à trente ou trente-deux degrés (2).
Quand les lombrics cessent de se mouvoir dans l’eau tiède , on peut faire reparaître leurs mouvements , en ayant recours aux divers moyens d’irritation , comme aux incisions , aux piqûres , et surtout à l’action du fluide galvanique. J’ai observé cette persistance de l’irritabilité sur des lombrics, qui, depuis trente -six heures, étaient dans un état de mort apparente (3).
(1) L’élasticité que présente le lombric n’est, suivant M. Laënnec, « que la «raideur qui se développe dans les cadavres de tous les animaux après la mort. »
( Dictionnaire des sciences médicales, t. Il, p. 33g. ) Je ne puis admettre, sans restriction, l’opinion de ce savant anatomiste, parceque les mouvements du lombric peuvent renaître lorsque ce ver est resté raide, immobile, élastique pendant plusieurs heures, ainsi que je l’ai expérimenté.
(2) Si l’on élève la température de l’eau à trente-huit ou quarante degrés, . l’animal s’agite d’abord avec force et rapidité ; mais bientôt après les mouvements cessent, et le corps, au lieu de se raidir, devient flasque ; si ensuite on abaisse la température de quelques degrés, les mouvements ne se rétablissent qu’avec beaucoup de peine et fort imparfaitement, ou même ne reparaissent pas du tout.
(3) Lorsqu’on a ouvert dans toute sa longueur un lombric vivant, et qu’on en a extrait les organes génitaux et le canal intestinal , l’enveloppe musculocutanée se raccourcit considérablement en se fronçant et en se roulant en spirale. Les mouvements persistent également pendant plusieurs heures, si on a soin de tenir le ver plongé dans l’eau tiède.
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Exposées à l’action de l’air, les fibres musculaires se dessèchent et deviennent friables; les acides affaiblis, l’alcool, et surtout la dissolution de sublimé corrosif, les rendent opaques, blanches, plus résistantes qu’auparavant.
Les muscles du lombric forment deux couches superposées , et distinctes par leur situation , leur épaisseur et la direction de leurs fibres.
La première est très mince et formée de fibres transversales ou circulaires (1) ; la seconde est plus épaisse que la précédente : ses fibres affectent une direction longitudinale. (PI. III , fig. i3, b, c.)
Les fibres circulaires se rencontrent immédiatement au-dessous de la peau, à laquelle elles adhèrent d’une manière intime. Elles font le tour entier du corps, et représentent une multitude d’anneaux aplatis, serrés les uns contre les autres, et dont le diamètre diminue à mesure qu’on les examine vers les extrémités. Ces fibres annulaires sont logées dans des espèces de cannelures
(1) La ténuité des fibres charnues circulaires est si grande, que ce n’est qu’avec beaucoup de peine et de patience qu’on peut constater leur existence. Pour les rendre plus apparentes , il faut laisser macérer un lombric pendant trois ou quatre jours dans de l’eau à douze ou quinze degrés de température ; on le plonge ensuite pendant quelques heures dans une dissolution concentrée de sublimé corrosif; ou le relire et on injecte de l’encre par une ouverture faite à l’abdomen , après quoi on peut en faire la dissection. Par ce procédé, les couches musculaires sont devenues opaques , légèrement colorées en gris, et faciles à isoler. La peau a conservé sa transparence. J’ai aussi employé avec avantage, et dans le même but, une dissolution de nitrate d’argent, dans laquelle j’ai laissé tremper des lombrics pendant une heure. En exposant ensuite ces vers à l’action de l’air et delà lumière, la peau devient noire ou d’un brun foncé, et se sépare facilement des fibres circulaires; enfin, la dessiccation peut encore servir à démontrer la disposition de ces muscles.
circulaires que leur présente la face interne de la peau, et qui correspondent aux intervalles des sillons extérieurs ; elles sont très rapprochées les unes des autres , mais ne se touchent pas, le plus souvent, par leurs bords voisins; par leur face interne, elles sont étroitement unies aux fibres longitudinales qu’elles recouvrent immédiatement, ainsi que les lignes latérales ; elles sont un peu plus minces sur les côtés du corps qu’au niveau des régions dorsale et abdominale.
Les fibres longitudinales forment deux longs rubans musculeux , étendus de la tête à la queue, et dont l’un est dorsal et l’autre abdominal. Ces muscles sont assez larges vers la partie moyenne du corps, et rétrécis vers ses extrémités ; ils ont.aussi plus d’épaisseur sur la ligne médiane que sur les côtés, où ils sont fort minces ; ils cessent tout-à-fait au niveau des lignes longitudinales latérales, par lesquelles ils sont séparés l’un de l’autre à droite et à gauche (i).
Le muscle longitudinal du dos m’a paru un peu plus épais que celui de l’abdomen, surtout chez la femelle. Son extrémité antérieure se termine en pointe dans le tubercule supérieur de la bouche ; en arrière, il se porte jusqu’à l’extrémité de la queue, vers laquelle ses fibres convergent.
Le muscle abdominal se rétrécit en avant , comme le précédent, mais il se divise en deux portions qui se rendent isolément dans les deux tubercules inférieurs de la bouche. (PI. III, fig. 6, a.)
Ce serait avoir une fausse idée de la disposition des muscles longitudinaux, que de considérer leurs fibres comme étendues,
(1) Les parties latérales du corps de l’ascaride, étant dépourvues de fibres musculaires longitudinales, sont plus minces et plus faibles que les autres régions. Aussi, lorsque ce ver devient flasque, elles s’affaissent davantage que les autres parties , et s’enfoncent du côté de la cavité viscérale. Ce phénomène est surtout remarquable sur le lombric du cheval.
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sans interruption, depuis la tête jusqu’à la queue. Si l’on vient, en effet, à enleverces dernières avec précaution, on voit qu’elles n’ont pas plus d’un pouce à un pouce et demi de longueur , et qu’elles s’attachent successivement, les unes au-dessus des autres, à la peau , dans les intervalles des anneaux musculaires externes, ainsi qu’à ces anneaux eux-mêmes. Il est assez facile de constater cette disposition sur le lombric du cheval. (PL III, fig. i3, h , h. )
Par leur face interne , les muscles longitudinaux adhèrent fortement à des vaisseaux transversaux et à des appendices particuliers dont je parlerai, et qui les séparent du canal intestinal et des organes internes de la génération ( même fig., d. ) ; ils sont aussi , dans le même sens, en rapport avec les deux lignes ou cordons longitudinaux du dos et du ventre (i). (Même fig., e, f. )
( i) M. Rudolphi , qui s’est occupé avec tant de succès de l’organisation et de la classification des vers intestinaux, a donné une description inexacte des muscles de l’ascaride Iombricoïde. Il dit que les fibres transversales, visibles à l’extérieur, sont interrompues par les quatre lignes saillantes qui mesurent la longueur du ver, et sont situées, deux sur les côtés , et les deux autres au dos et à l’abdomen. 11 pense que ces lignes forment des points d’appui qui reçoivent les insertions des fibres transversales : Quibusque jibrœ transversœ annexœ , seu loco quasi fixo inscrtœ. M. Rudolphi a pris les nerfs et les vaisseaux de l’ascaride pour des muscles longitudinaux; il n’a réellement pas connu ceux-ci, et s’est formé des fibres transversales une idée tout-à-fait inexacte. (Voy. Entoz., t. I, pag. 21S et suiv.)
M. de Blainville n’a point parlé des fibres annulaires que l’on trouve immédiatement au-dessous de la peau ; il décrit les fibres longitudinales comme formant la couche musculaire extérieure. Selon le même anatomiste, la couche interne du corps « est évidemment composée de fibres musculaires transversales, beaucoup plus nombreuses en avant qu’en arrière; elles passent d’un côté à l’autre, »en s’attachant entre les fibres de la couche externe; un grand nombre se ter-
J’aiétudié les mouvementsdes lombrics sur beaucoup d’individus que j’ai conservés assez long-temps en vie dans de l’eau et du lait dont la température était maintenue à trente-deux degrés. Voici les principales observations que j’ai faites, indépendamment des remarques que j’ai déjà données sur la persistance de la contraction musculaire dans ce genre de ver.
Les ascarides lombricoïdes se meuvent avec assez de force et d agilité quand on les extrait d’un animal nouvellementégorgé et qu’on les plonge aussitôt dans de l’eau tiède. Ils peuvent se raccourcir (1), s’alonger (2) , former différentes courbes , ramper , s’enlacer en manière de nœuds, s’entortiller, se pelotonner les uns autour des autres.
Les mouvements de l’extrémité antérieure du corps sont plus vifs et plus fréquents que ceux de la postérieure (3).
Les mouvements sont généraux, ou se font partiellement; sou-
d minent au canal intestinal. » ( Dict. des scierie, nat. , t. III, Append., pag. 40.) J’avais d’abord cru, ainsi que M. de Blainville, que ces fibres internes et transversales étaient charnues; mais un examen plus attentif m’a fait découvrir qu’elles étaient d’une autre nature.
(1) Le raccourcissement est dû à l’action simultanée des fibres longitudinales du dos et de l’abdomen. Ce mouvement est bien moins sensible que ceux de flexion et d’extension, produits par ces mêmes muscles, qui se contractent et se relâchent alternativement. Pendant le raccourcissement, le corps grossit très peu, mais les rides transversales de la peau se multiplient et se prononcent davantage.
(2) L’alongement du lombric est produit par les fibres annulaires, lesquelles, venant à se contracter, rétrécissent le corps et l’alongent en comprimant les organes et la sérosité qu’il renferme. Ce mouvement est très borné, et pendant qu’il a lieu , les rides de la peau s’effacent en partie ou même disparaissent entièrement.
(3) La tête de tous les vers intestinaux que j’ai pu examiner vivants m’a toujours paru jouir de mouvements plus prompts et plus étendus que ceux des autres parties.
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vent , clans un meme instant, le corps se raccourcit dans un point , tandis qu’il s’alonge dans un autre; se fléchit dans un endroit et se redresse dans un autre, etc. (1).
Les lombrics se meuvent principalement par des mouvements ondulatoires, lesquels résultent de flexions et d’extensions qui se font alternativement dans le sens vertical. Il y a fort peu de mouvements latéraux; cependant ils ont lieu, et, combinés avec les deux précédents, ils font exécuter aux extrémités du corps des mouvements de circonduction plus ou moins étendus (2).
Les lombrics sont constamment restés au fond des vases dans lesquels je les avais mis, et ne se sont jamais élevés dans le liquide pour venir à sa surface. -
Les trois tubercules de la tête s’écartent et se rapprochent alternativement d’une manière assez lente pour produire l’ouverture ou l’occlusion de la bouche. Je n’ai jamais vu le lombric se servir de sa bouche, comme d’une ventouse , pour prendre un point d’appui, ainsi qu’on l’a avancé, et comme cela s’observe dans les sangsues en particulier. J’ai essayé nombre de fois, et toujours sans succès, de déterminer ce mode de succion, en pré-
(1) On conçoit très bien comment ces mouvements d’alongement et de raccourcissement, d’extension et de flexion, s’exécutent d’une manière isolée, dans les diverses régions , en considérant, ainsi que je l’ai indiqué, les fibres musculaires comme formant autant de muscles ou des faisceaux distincts les uns des autres.
(2) Les lignes latérales et les médianes de l’abdomen et du dos n’éprouvent aucun changement sensible dans leur forme pendant ces divers mouvements. Dans les lombrics de terre, si différents d’ailleurs des ascarides lombricoïdes par leur organisation, par l’étendue de leurs mouvements , etc., on voit les vaisseaux longitudinaux se remplir et se vider successivement pendant la contraction ou le relâchement des diverses parties du corps.
sentant la bouche de cet animal à la surface du bocal (i). Ce n’est qu’avec beaucoup de peine qu’il chemine sous l’eau dans laquelle il est plongé , et pour cela il appuie successivement les différentes parties de son corps sur les parois du vase qui le renferme.
Les trois tubercules de la bouche peuvent se rapprocher fortement par leur sommet, et s’écarter en même temps par leur base , de manière à laisser entre eux trois ouvertures latérales, arrondies (2). .
La femelle redresse quelquefois la dernière extrémité de sa queue ; ce mouvement produit un léger écartement des deux lèvres de l’anus. Je n’ai pas observé ce mouvement chez le mâle.
(1) Aussi ne puis-je adopter, ou du moins jusqu’à présent, l’opinion de M. Fortassin, qui pense que les ascarides Iombricoïdes se servent des tubercules de leur tête pour se fixer sur les parois des intestins, comme la sangsue le fait avec son disque. «M. Fortassin, ayant mis dans une fiole un ascaride lom- »bricoïde vivant, voulut ensuite l’en retirer avec des pinces, et n’y parvint «qu’avec peine; le ver en se détachant produisit un bruit semblable à celui «qu’aurait pu faire un bouchon, n ( Dict . des scienc. me'd. , t. II, p. 544- ) Un semblable phénomène doit être très rare, puisqu’il ne s’est pas présenté une seule fois sur plus de quatre-vingts lombrics que j’ai conservés vivants, à différentes époques, et pendant un laps de temps plus ou moins long.
(2) M. Brera a représenté les trois ouvertures que peuvent laisser entre eux les tubercules de la bouche du lombric. ( Yoy. Memorie fisico-mcdiche di V. Luigi Brera, pi. III, fig. 19. ) De ces ouvertures, deux sont supérieures et latérales, une est inférieure et moyenne.
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