‹ Anatomie des vers intestinaux ascaride lombricoïde et échinorhynque géantChapitre 16 sur 33 · DES GEUFS ET DE LA GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

DES GEUFS ET DE LA GÉNÉRATION

Les ovaires de Téchinorhynque sont remplis par des œufs , dont le nombre s^élève certainement à plus de cent mille (a) , et qui sont tous réunis en deux longs cylindres; légèrement aplatis , interrompus de distance en distance , et dont le volume est en rapport avec la capacité des ovaires, dans lesquels ils flottent librement. Les œufs sont retenus et agglutinés par

(1) La traosparence de la membrane de9 ovaires est saos doute la cause pour laquelle les naturalistes n'ont pas bien connu la disposition des organes génitaux de récbinorbynque femelle. Pour étudier cette membrane et y reconnaître les particularités que j'ai indiquées 9 il faut , après a?oir fendu longitudinalement l'enveloppe musculo-cutanée du corps, plonger le ver dans l'eau , le fixer arec des épingles sur une plaque de cire colorée, et faire tomber quelques gouttes d'encre sur les ovaires. Leur membrane se colore , devient très visible , et peut être parfaitement suivie à la vue simple. Lorsqu'on veut rendre la membrane à sa première transparence , on verse dessus de l'acide oxalique dissous dans l'eau ; l'encre ne tarde pas à disparaître , et la membrane à reprendre sa transparence. J'ai plusieurs fois employé ce moyen avec succès pour reconnaître la disposition des tissus dtapbanes des animaux. La dissolution de nitrate d'argent, dont }'ai fait usage, dans le même bot, ne m'a pas aussi bien réussi.

(a) A l'aide. du microscope, j'en ai compté 160 dans une petite masse qui ne

formait pas la millième partie de la masse des œufs renfermés dans les deu^

ov;iires.

one substance d^apparence gélatineuse. (PI. V, iig. 3, hh; pi. VIII,

fig. I , FF, OG.)

Ils peuvent être distingués à Tûeil au , sous Tapparence de molécules pulvérulentes, blanches, nageant dans le liquide dont on se sert pour délayer les paquets qu^ils forment par leur réunion. Si on les examine au microscope (i), on s^aperçoit qn^ils sont bien différents les uns des autres pour le volume , la forme , la couleur, etc. ; ce qui dépend de leur plus ou moins grande maturité. Voici les particularités quUls m^ont offertes.

A. Les plus petits de ces œufs sont alongés et parfaitement transparents. ( PI. VIII , fig. 8. )

B. D^autres, un peu plus volumineux que les précédents, sont elliptiques, réguliers, et contiennent un embryon blanc, opaque , dont la forme est très variable. Cet embryon est irrégulier , souvent linéaire , droit ou diyersement contourné ; quand il es^ central, Tœuf est opaque au centre et transparent à la circonférence ; quand il est roulé et collé contre les parois de Tœuf , on observe une disposition inverse (2). (PI. VIII, fig. g. )

C. On trouve des oeufs qui sont au moins deux fois aussi volumineux que les précédents , très longs , opaques vers la cir-

(1) La petUesis exMme de cm œals, el leur nooibre mlBieDi prodigisiu • domsnt beancoop de poids à r«ftaion de M. DmnMl et de plusieun autret ne* UuMêieBf qui penteol, cootre le seDtiiiieDt de Bloch» que les len iatestioanz pearent ^re telrodaits par les voies digestives» pnhndaaifos» par rintermide de la ciroiilation ^ de k mète au fœlos , ete« ( Voyea les léflexioBS iotéressaolea sur les Ters intosÉios tnoufés dans le corps des animaia , qae M* DuoiérU a eoosifoAes dans le Uagntim etu^yckffédi^me , t. Y, cinquième année, p. 4^8» al suif.)

(a) L'embryon parait plongé au milieo d'an liquide traaspareot ainsi que la coque de Tour.

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conférence , et demi-transparents vers le centre. ( PI. VIII , fîg. 10.)

D. Enfin , les œufs parvenus â leur maturité sont d'un volume tout-à-fait disproportionné à celui des précédents. Ils sont au moins trente à quarante fois aussi volumineux que les plus petits « fortalongés, cylindriques» blancs, et presque entièrement opaques; les uns sont réguliers, unis; les autres sont irréguliers et un peu bosselés à leur surface ; mais tous sont glabres ( i ). Les œufs sont mêlés ensemble sans aucune distinction, les plus petits à côté des plus gros , et dans le même rapport les uns aux autres , dans toute rétendue des ovaires. (PI. VIII, fig. 11, 12.)

Le mode de génération des échinorhynques était aussi peu connu que celui des autres vers intestinaux. M. Rudblphi pense que le mâle féconde leurs œufs, après qu'ils ont été pondus, comme dans la- classe des poissons. Une observation curieuse que j'ai faite dans le cours de mes recherches , détruit entièrement cette opinion et ne laisse plus de doute sur cette question.

J'ai trouvé dans l'intestin grêle d'une truie qui venait d'être égorgée deux échinorhynques accouplés. Leujrs têtes étaient fixées dans les parois intestinales , à certaine distance Tune de l'autre; la queue de la femelle était reçue dans l'espèce de cupule de celle du mâle , qui l'emboîtait exactement et

(1) Je Q*ai pu trouver les corps celluleux ou aréolaires, plus ou moius otbiculaires, auxquels les œufs sont insérés, suirant M. Rudolphi. Ce naturaliste les a figurés et les regarde comme des cotylédons et des placenta communs, et termine en disant: His sibi ooncesfis, ecbùi. gfgas oviductu eiiam carerepotesi^ v^bit mammaUum fœtus extra uienni placenta sua abdominis variis partibus in' sera maturiJlunL Je ne saurais aduaettre cette conclusion de Itt. Rudolphi, qui repose uniquement sur l'existence de ces espèces de placenta.

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lui ëtait assez adhérente. Je pus observer ces vers ainsi accouplës , pendant huit à dix minutes ; je n^aperçus aucun mouvement dans les organes génitaux, et, lorsqu'ils se furent séparés spontanément , la queue de la femelle resta couverte d^une humeur blanchâtre, épaisse, tenace, que je regrette de n'avoir pas examinée au microscope. L'organe génital du mâle ne se retira pas dans le ventre après la séparation. (PI. VIII, fig. i3, b, c , D, E. )

Ce fait prouve évidemment quMl y a dan^ Féchinorhynque géant on accouplement remarquable en cela que c'est le mâle qui reçoit la femelle pour la féconder (i). Mais comment s'opère la fécondation des œufs? La liqueur séminale du mâle est-elle introduite par l'oviducte dans les ovaires pour vivifier les œufs , comme on doit être porté naturellement â le penser diaprés l'observation que je viens de rapporter? ou bien, au contraire , la femelle fait^elle passer ses*œu& dans l'espèce de cloche que représente l'organe génital du mâle , afin de les soumettre à l'impression vivifiante de la liqueur spermatique, et les fait-elle ensuite rentrer dans ses ovaires , où ils continuent de se développer ? Cette dernière explication , qui parait d'abord fort étrange et contraire aux lois ordinaires de la nature , est cependant celle qui me semble la plus probable , d'apfès les faits que je vais exposer.

J'ai trouvé à différentes époques, et sur quatorze femelles bien

(i) Ce mode «Taocoupleinent préseote de Taualogie arec celui de certains diptères 9 et de la moache ordinaire ( M, doméstica) en particulier. On sait qu*îl j a dans ces insectes introduction d*ane partie du corps de la femelle dans celui du mflle. ( Voye% Rèaumur, HisU du intccies, t. lY, p. 384 et suir. — Cuyier , Règne animal, t. III, p. 64a.)

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développées, Textrémité de la queue embrassée par un corps conoïde, mou, rugueux à sa surface, dW vert clair, demitransparent, et dont le sommet libre était fermé ou perce d^une petite ouverture irrégulière. (PI. VIII,fig. 5, a, b; fig. 6. ) - .

La base de ce corps était concave pour embrasser la queue , à laquelle il adhérait assez fortement , mais dont on pouvait néanmoins le détacher sans rupture apparente. La concavité. de la base était occupée par une tache blanche, opaque, arrondie. Ayant plongé la pointe d'une lancette au milieu de cette tache, il s'en écoula une humeur lactescente, formée par une immense quantité d'ovules , tous de même volume , transparents , alongés, et absolument semblables aux plus petits des œufs renfermés dans les ovaires. (PI. VIII, fig. 7, A, B.)

Ce corps verdâtre, qui renfermait les ovules et les ^retenait appliqués contre le pore de l'extrémité caudale, était formé d'une matière grumeleuse , sorte d'humeur coagulée , dans laquelle , au microscope , on ne pouvait distinguer aucune organisation.

Ce fait, au sujet duquel j'envoie à l'académie des pièces et des dessins, me parut assez intéressant pour être décrit avec soin. La substance verdâtre ne serait-elle pas la même que celle que j'ai trouvée sur une femelle après la copulation , et qui aurait été colorée par son contact avec la bile versée dans les intestins du cochon ? Je ne saurais décider cette question.

Après avoir exposé les observations que j'ai été à même de faire sur la génération de l'échinorhynque , j^ai émis , sur le mode de fécondation des œufs , l'opinion qui me parait la plus probable : je n'y attache pas une grande importance ; j'espère que de nouvelles observations viendront la confirmer ou l'infirmer.

Mab une autre question s'offre naturellement ici^ et me

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parrît aussi importante â résoudre que les jprëcëdentes : c'est la manière dont les œufs fécondes sortent da corps. £st*ce par la trompe , comme le veulent quelques auteurs , ou bien par le canal qui termine Tovaire et s^ouvre à Textërieur, par un pore à peine sensible sur le plus grand nombre des individus?

J'ai cherché en vain, sur tous les ëdnnorhynques vivants que f ai eus à ma disposition , à voir sortir les œu& par la trompe et par la queue.

«Tai comprimé avec force les deux extrânités du corps, sur plus de cent cinquante échinorfaynques vivants ou morts, conservés dans leur état de flaccidité naturelle ^ ou distendus par de Feau ; j'ai remarqué, pour la trompe, qu^elle s'alonge i mesure qu'on presse k corpS) et qu'il en suinte bientôt, comme d'une éponge; un fluide jaunâtre, transparent, plus pesant que l'eau, et qui est quelquefois laiteux. Dans ce dernier cas, il parait, au microscope, formé de globules anrondis, très petits , et distincts principalement sur les échinorhynques qui ont séjourné dans Talcohol. Les globules ronds et opaques de ce fluide lactescent , lequel s'échappe aussi par les porosités de la peau pendant la compression exercée sur le corps (i) , ne sauraient , sous aucun rapport , être confondus avec les ovules alongés et transparents renfermés dans les ovaires. Si on continue la compression, il se fait des ruptures au corps od aux environs de la trompe , et les oeufs véritables s'élancent avec force ; mais il m'a toi^ouvs été impossible d'en faire sortir, même un seul, parle pore central de la trompe (2).

(1) Pour bien obaerfer Vissée de ce fluide par la trompé et par les pores de la peau, il faut comprinier le corps, eo le tenant plongé dans uo rerre d'eau bien limpide. A mesure que le liquide laiteux s*éehappe» on le Toit gagner promptement le fond de Peau.

(9) M. Otto a obtenu des résultats absolument semblables aux miens : il R*a jamais pu faire sortir les œufs par la trompe.

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Quand on comprime la queue, le pore central ou Torifice extérieur du canal, que je considère comme Toviductet laisse quelquefois échapper des gouttelettes de sérosité, d^autres fois il n'en sort absolument rien. Sur trois échinorfajrnques frais et sur deux conservés dans Talcohol , je suis parvenu à faire sortir sans rupture, cet orifice, des œufs non fécondés.

Probablement que l^issue des œufs étant volontaire, dépend de mouvements particuliers qu'on ne saurait remplacer après la mort par des moyens artificiels; peut-être aussi , à certaines époques, Poviducte et le pore central de la queue se dilatent-ils pour laisser sortir les œufe avec plus de facilité ? \.

L'issue des œufs par la queue, effet de la pression exeiflËe sur le corps ; Texistence des ovules dans le corps vert qui coiffe la queue de plusieurs femelles ; Pimpossibilité de faire sortir les œufs par la trompe, m'autorisent à ne point adopter Popinion de M. Rudolphi et de plusieurs autres naturalistes, qui pensent que les œufs sortent du corps par le canal de la trompe (i).

(i) Les auteurs qui disent avoir ùii sortir les œufs par le pore de la trompe , eo comprimant le corps du Ter5 ont sans doute pris pour eux le fluide laiteux qui en suinte assez sourent pendant cette ejqpérience.

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