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Anatomie descriptive

L'homme peut être envisagé sous trois points de vue bien distincts : sous le rapport de l'organisation , sous le rapport des fonctions ou de la vie, sous le rapport moral et intellectuel.

i°. Sous le rapport de l'organisation , l'homme est du ressort de Yanatomie , qui s'occupe de toutes les conditions matérielles appréciables , des différentes parties qui entrent dans sa composition. L'anatomie est du ressort des sens, et par conséquent susceptible d'une précision mathématique , d'une certitude physique.

2°. Sous le rapport des fonctions, l'homme est l'objet de la physiologie qui nous montre agissans ces organes dont l'anatomie nous a révélé la structure : elle s'occupe des mouvemens qui se passent dans le corps de l'homme, de même que l'anatomie s'occupe des formes. Formes et mouvemens , voilà à quoi se réduit tout ce que nous connaissons des corps.

Comme être moral et intellectuel, l'homme est l'objet de la psychologie, qui observe l'homme pensant et voulant , analyse les opérations de son intelligence et i. *

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de sa Yolonté, et les classe dans l'ordre de leur hiérarchie»

La connaissance de l'homme tout entier suppose nécessairement la réunion de ces trois ordres de notions ; et c'est parce que l'homme anatomique, l'homme physiologique et l'homme moral et intellectuel, n'ont pas été étudiés par la même classe de savans, que la science de l'homme laisse encore tant à désirer.

L'anatomie , qui est l'objet de cet ouvrage , est le fondement de la médecine. Pour découvrir quel est le rouage qui pèche dans une machine compliquée, et les moyens de rétablir cette machine dérangée, il faut connaître exactement tous les rouages, leur degré d'importance et leur action. Le corps humain , dit Bacon, ressemble , par son organisation compliquée et délicate, à un instrument de musique très-parfait qui se dérange avec la plus grande facilité. Toute la science du médecin se réduit donc à savoir accorder et toucher la lyre du corps humain, de manière qu'elle rende des sons justes et agréables.

Mais l'anatomie étant, pour ainsi dire, le vestibule de l'édifice médical, il importe |de faire connaître à celui qui entre dans la carrière le terrain sur lequel il va être placé, et d'assigner le rang que tienf;,'d'une part, la médecine parmi les sciences naturelles 3 d'une autre part, l'anatomie parmi les sciences médicales.

On appelle science, d'après la belle définition de l'orateur romain, une connaissance certaine, déduite de principes certains : cognitio certa eoc principiis ççrtis exorta* Les sciences sont métaphysiques, ma-

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thématiques et naturelles. Les deux premières n'ayant pas trait à notre objet, nous nous bornerons aux sciences naturelles.

Les sciences naturelles^ ou là physique , prise dans son acception la plus générale , a pour but la connaissance des êtres matériels qui composent l'univers , et des lois qui les régissent. Elles se divisent en sciences physiques et en sciences physiologiques ou zoologiques.

Les sciences physiques embrassent tous les phénomènes que présente le règne inorganique ; eliës comprennent : i°.V astronomie j qui étudieles corps qui roulent dans l'espace , et apprécie, à l'aide du calcul, les lois qui président à leurs mouvemens; iù. la physique proprement dite, qui étudie les propriétés des corps en masse, et appelle à son secours l'expérience pour mettre les phénomènes dans tout leur jour, et le calcul pour féconder les résultats de l'expérience ; 3°. la géologie^ qui étudié la surface du globe et les couches successives qui se rencontrent dans sa profondeur, remonte au-delà de toutes les traditions historiques , fait sortir pour ainsi dire des entrailles de la terre, et trace d'une main sure l'histoire du globe et des diverses révolutions qu'il a subies; 4°- ^a chimie^ qui étudie l'action réciproque des corps réduits à l'état moléculaire.

Les sciences zoologiques ou physiologiques s'occupent de tous les phénomènes que présentent les corps vivans. La botanique s'occupe de l'organisation et de la vie des végétaux; la zoologie proprement dite, de. l'organisation et de la vie des animaux. L'étudç

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de l'organisation constitue Yanatomie ; l'étude de la vie constitue la physiologie.

Les sciences zoologiques présentent en outre un ordre de connaissances tout-à-fait étrangères aux sciences physiques. Les corps inorganiques obéissent en effet à des lois constantes, immuables, dont aucune n'est en opposition avec l'autre : mais les* corps vivans sont à la fois soumis aux lois physiques qui régissent la matière, et aux lois vitales qui luttent incessamment contre leur empfire. Cette lutte, c'est la vie ; la mort , c'est le triomphe des lois physiques sur les lois vitales. Mais de cette lutte résultent souvent des dérangemens, soit dans l'organisation , soit dans les*fonctions; et ces dérangemens sont d'autant plus fréquens, d'autant plus compliqués, que l'organisation est plus développée, et que l'animal est plus élevé dans l'échelle.

La connaissance de ces dérangemens et des moyens propres à rétablir l'organisation et la vie dans leur état d'intégrité, constitue la médecine ; et le rang que je viens d'assigner à cette branche si importante des sciences zoologiques, prouvera mieux que tous les raisonnemens, que l'étude de l'organisation et de la vie dans l'état physiologique doit précéder celle de l'organisation et de la vie dans l'état pathologique, et que l'anatomie forme le premier anneau de la chaîne dont se composent les sciences médicales.

Chaque science a sa méthode et ses motifs de certitude. Les sciences métaphysiques et morales ont la certitude métaphysique et morale. Les sciences mathématiques partent d'un petit nombre de principes éyi-

àvant-ïRôpos' V

denS puisés dans la nature des ehoses , marchent graduellement du connu à l'inconnu, et s'appuient sur les propositions démontrées, comme sur autant de principes , à l'aide desquels elles s'élèvent comme par échelons à des vérités nouvelles. Les sciences naturelles sont fondées sur l'observation , et l'observation n'est que le témoignage de nos sens : d'où la nécessité do les exercer pour augmenter leur délicatesse , leur activité. Les faits , voilà leurs principes : le raisonnement vient ensuite, appuyé sur les faits et sur l'analogie. Il serait absurde d'étudier les sciences naturelles à la manière des sciences métaphysiques.

On conçoit très-bien que , parmi les] sciences natuturelles, les sciences physiques se composent de phénomènes constans , auxquels le calcul peut être appliqué (d'où les sciences physico-mathématiques), mais que dans les sciences zoologiques les produits varient sans cesse comme les facteurs; et celui [qui voudrait importer le calcul dans la médecine ressemblerait à ce savant (Condorcet) qui conçut le projet bizarre d'appliquer la rigueur mathématique aux vraisemblances morales, qui voulait substituer des a -j- b aux preuves juridiques écrites ou testimoniales , qui admettait des moitiés de preuves , des fractions de preuves et les réduisait en équations, à l'aide desquelles il prétendait décider aiithmétiquement de la vie , de la fortune et de l'honneur des citoyens.

Il est pénible de l'avouer, nous ne pouvons connaître dans les objets que des surfaces ; et lorsque nous disons que nous connaissons la texture d'uu corps, nous

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ne disons rien autre chose , sinon que nous connaissons des surfaces plus petites comprises dans la surface générale. La vue et le toucher, seuls moyens d'investigation que nous ayons pour apprécier les qualités des corps en masse, ne peuvent apprendre à connaître rien autre chose que des surfaces, des apparences et des propriétés relatives , mais non point des propriétés absolues. Avec notre organisation , nous ne pourrons jamais savoir ce que les corps sont en eux-mêmes , mais seulement ce qu'ils sont relativement à nous.

Cetouvrageétant essentiellement un ouvrage élémentaire, et en quelque sorte un ouvrage d'amphithéâtre, j'ai dû me circonscrire dans d'étroites limites, et retrancher avec la plus grande sévérité toutes les considérations qui ne ressortent pas directement de l'étude anatomique des organes.

Toutefois, je n'ai pas dû oublier que cet ouvrage était destiné à des médecins, et non à des naturalistes , et j'ai été conduit, chemin faisant, à faire pressentir, sinon à indiquer explicitement, les applications immédiates de l'anatomie, soit à la physiologie , soit à la chirurgie, soit à la médecine.

Exposer l'état actuel de la science anatomique ; présenter les faits nombreux dont elle se compose, dans l'ordrede leurs plus grandes affinités; décrire chaque fait avec clarté, précision, méthode; faire de la méthode un fil presque invisible qui dirige, et non une lourde massue qui écrase ; assigner à chaque détail la valeur qui lui est propre, et mettre toujours en relief les points importais , au Jieu de les confondre dans unp

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VIÏ

énuméra tîon indigeste et monotone avec les faits sans importance : tel est le but que je me suis efforcé d'atteindre.

Voici dans quel ordre ont été exposées les principales divisions de l'anatomie :

Le premier volume comprend Yostéologie , Varthrologie ou syndesmologie , et les dents.

i°.L! ostéologie^ qui, malgré les innombrables travaux dont elle a été l'objet, semble devoir toujours offrir quelques faits nouveaux à ceux qui l'étudient avec zèle, a été traitée avec toute l'importance que mérite cette base des études anatomiques. L'histoire du développement de chaque os m'a paru le complément obligé de son histoire. Je me suis proposé pour le développement de chacun des os, les questions suivantes : i°. Nombre des points osseux ; 20. époque d'apparition des points osseux primitifs et complémentaires ; 3°. époque de réunion des divers points osseux ;4°- changemens qui s'opèrent dans îes^os après l'accroissement. A l'aide de ce mode d'exposition , les ossifications' les plus complexes se réduisent a un petit nombre de propositions faciles à retenir.

L'inconvénient de faire entrer dans la description des os toutes les attaches musculaires, et preque toute l'anatomie, est tellement contraire à la coordination logique des faits , que je n'ai pas besoin de justifier la réforme que je me suis permise à cet égard. Toutefois, j'ai mentionné celles des attaches musculaires qui peuvent servir à caractériser les surfaces osseuses auxquelles elles ont lieu.

Tïlï AVANT-PROPOS.

2°. Sous le titre de sjndesmologie ou arthrologie , sont réunies toutes les articulations du corps humain. Prenant pour base exclusive delà classification la forme des surfaces articulaires , qui est toujours en harmonie avec les moyens d'union et les mouvemens , j'ai été conduit à modifier les divisions généralement admises. La condylarthrose ou articulation condylienne , et V articulation par emboîtement réciproque^ sont des genres tout aussi naturels que Vénarthrose et Varthrodie. On trouvera peut-être que les caractères des divers genres d'articulation, et en particulier ceux du gynglyme angulaire, que j'ai cru devoir appeler articulation à troklée, et ceux du gynglyme latéral ou trochoïde des anciens , sont plus nettement tranchés que dans les autres ouvrages d'anatomie.

Le mécanisme, ou les mouvemens des articulations, est si intimement lié à leur description anatomique , qu'il n'était pas possible de le passer sous silence. D'un autre côté , il était quelquefois emharrassant de poser la limite qui devait séparer un ouvrage d'anatomie d'un ouvrage de physiologie; j'ai cru éviter à la fois ce double écueil en me renfermant strictement dans le mécanisme de chaque articulation *en particulier, renvoient aux traités de physiologie pour tous les grands mouvemens de locomotion et de statique animale, tels que la progression U coursera station , etc.

3°. La description des dent s termine le premier volume : j'ai eu soin de faire remarquer que ce rapprochement des os et des dents était fondé sur leur inaltérabilité commune et nullement sur l'identité de nature;

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les os étant des organes, des tissus vivans; les dents étant au contraire, dans leur portion dure, un produit de sécrétion solidifiée.

Le deuxième volume a pour objet la mjologie, Vaponévrologie et|le splanchnologie.

i°. Relativement à la myologie, j'ai préfère l'ordre topographique à l'ordre physiologique par la seule raison qu'il permet d'étudier tous les muscles sur un même sujet. Pour concilier autant que possible les avantages non contestés de ces deux modes déposition, j'ai présenté, à la fin de la myologie, un tableau général des muscles classés dans l'ordre de leurs rapports physiologiques : alors, groupant les muscles non d'après l'ordre de superposition, mais d'après l'ordre d'action, je les ai ralliés autour de l'articulation pour laquelle ils sont destinés], et j'ai exposé quels sont les extenseurs, quels sont les fléchisseurs, etc.

Un muscle étant connu, lorsque ses insertions sont déterminées, j'ai cru devoir commencer l'histoire de chaque muscle par une énumération rapide de ses insertions, c'est en quelque sorte la définition ou le résumé du muscle. Des détails circonstanciés sur le mode d'insertion aponévrotique ou charnue, sur la direction des fibres, sont le complément de la description du muscle considéré en lui-même. L'étude de ses rapports avec les parties voisines, et de ses usages terminent son histoire. L'action individuelle ou combinée des muscles, pour produire des mouvemens simples, découle si naturellement de leur description et suppose une connaissance si précise et sij actuelle de leurs condi-

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lions anatomiques , qu'elle ne saurait être bien placée que dans un livre d'anatomie. Les mouvemens composés qui nécessitent la succession ou la simultanéité d'action d'un grand nombre de muscles sont du ressort de la physiologie.

i°. Les aponévroses } appendice importante du système musculaire , étaient étudiées indépendamment les unes des autres, à l'occasion des muscles pour lesquels elles sont destinées. J'ai cru devoir les présenter dans leur ensemble so^J^ titre d' ' aponévrologie. Ce rapprochement des parties analogues a le double avantage de simplifier la science en les éclairant les unes par les autres, et de permettre de saisir les lois générales qui président à leur disposition.

3°. J'ai cru devoir rétablir, en la modifiant, cette antique division de l'anatomie qui traite des viscères et des organes, et qui est connue sous le nom de splanchnologie.

Le cerveau et les organes des sens qui en faisaient partie dans les ouvrages qui ont précédé ceux de Sœmmcring et de Bichat , en ont été distraits pour être placés à côté du système nerveux. Le cœur, qui était dans dans le même cas, a été rejeté à côté des autres organes de la circulation. Enfin , l'ancienne classification des viscères, par ordre de région , c'est-à-dire suivant qu'ils occupent la tête, le cou , la poitrine, etc., a été remplacée par l'ordre physiologique. Lasplanchnologie comprendra donc les organes de la digestion et leurs annexes , les organes de îa respiration à la suite desquels j'ai cru devoir placer le larynx , organe de la voix, et les organes génito-urinaires,

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Si on me demande pourquoi j'ai dérogé à l'usage généralement consacré de placer la splanchnologie à la fin de l'anatomie, je répondrai que, pour étudier avec fruit les vaisseaux et les nerfs , il faut préalablement connaître les organes auxquels ils se distribuent.

L'importance des parties dont s'occupe la splanchnologie , les conséquences pratiques qui découlent des moindres notions de formes], de connexions , de texture de ces organes, voilà les motifs et l'excuse tout à la fois de l'étendue que j'ai donnée à cette partie de mon travail; et d'ailleurs , il faut bien le dire, combien peu de médecins qui apprennent l'anatomie ailleurs que dans les ouvrages élémentaires !

Le troisième et dernier volume a pour objet : i°. les organes de la circulation : cœur, artères, veines, vaisseaux lymphatiques ; i°. V appareil des sensations, organes des sens , cerveau, nerfs.

i°. Il n'est peut-être aucune partie'de l'anatomie qui soit mieux connue que les artères , depuis les beaux travaux de Haller ; je n'ai pu suivre un meilleur guide et un plus parfait modèle.

'a0. La veinologie a pris une importance inattendue depuis les travaux des médecins sur la phlébite , et un nouvel essor depuis les recherches de M. Dupuytren sur les veines du rachis, et les belles planches de M. Breschetsurcet ordre de vaisseaux.

3°. L'étude des vaisseaux lymphatiques est pour ainsi dire abandonnée depuis les travaux si remarquables de Mascagni. J'ai cherché à vérifier les assertions émises par quelques modernes sur les moyens mul-

XÏI AVANT-PROPOS.

tiples de communication qu'ils admettent entre le système veineux et le système lymphatique.

4^L,ouvragedeSœmmering,surlesorg<2«eWes,i'eft.y, est peut-être le plus beau titre de gloire de ce grand anatomiste ; on pourrait même dire qu'il n'a laissé rien à faire à ses successeurs , si l'étude habituelle des sciences de faits ne proclamait sans cesse cette vérité, qu'il n'a été donné à aucun homme de dire : vous n'irez pas au-delà.

Le cerveau et les nerfs, sur lesquels tant d'habjles et laborieux investigateurs ont fixé leur attention dans ces derniers temps, ont été, de ma part, l'objet d'une prédilection particulière, à raison de leur importance et peut-être à raison même de la difficulté de leur étude.

Je ne me suis pas contenté de suivre les nerfs jusqu'aux organes; je les ai étudiés jusque dans l'intérieur de ces organes ; et de plus j'ai voulu déterminer avec une rigoureuse exactitude quelles sont les branches qui fournissent à telle ou à telle partie; et cette détermination est le sujet d'un tableau placé à la fin du système nerveux.

J'ajouterai que, pour faciliter la dissection du système nerveux, comme d'ailleurs celle de toutes les autres parties de l'anatomie, j'ai présenté, partout où le besoin s'en est fait sentir, un résumé succinct du meilleur mode de préparation.

J'ai cru devoir adopter l'usage antique des annotations marginales , qui auront le triple avantage d'appeler l'attention de l'élève sur les points importans de

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la madère, de lui offrir une table analytique d'autant plus précieuse, qu'elle trouvera son interprétation en regard , et enfin de lui présenter une série de questions anatomiques sur lesquelles il pourra s'exercer.

Quant à l'esprit général de cet ouvrage, j'ai voulu faire de l'anatomie classique, et je me suis garanti, comme d'un écueil , de cette espèce d'anatomie d'induction et d'analogie, qui constitue en grande partie l'anatomie philosophique. Je ne me suis permis de la faire intervenir que dans les cas où ses idées générales et ses vues presque toujours ingénieuses, mais généralement systématiques et hardies , pouvaient éclah rer la matière.

C'est le cadavre sous les yeux que toutes les descriptions ont été faites. Ce n'est qu'après avoir décrit chaque organe sur nature que j'ai consulté les auteurs, dont l'imposante autorité ne pouvait plus alors enchaîner nia pensée, mais appelait toujours de nouvelles • recherches de ma part, dans les cas de dissidence.

L'anatomie est la base de l'édifice médical, et ce serait étrangement la méconnaître que de ne la regarder que comme la première des sciences accessoires de la médecine. Sans elle, le physiologiste bâtit sur le sable; car la physiologie n'est au fond que l'anatomie interprétée : c'est elle qui conduit l'œil et la main du chirurgien, et lui inspire cette heureuse audace qui va chercher à travers des parties dont la lésion serait dangereuse ou mortelle, ce vaisseau qu'il faut lier, cette tumeur qu'il faut extirper. Elle n'est pas moins indispensable au médecin, auquel elle révèle ie siège des

XIV AVANf-PftOPOS.

maladies et les ehangemens cîe forme, de volume, de rapports et de texture que les organes malades ont subis.

L'anatomie est aussi de toutes les sciences celle qui excite le plus vivement notre curiosité. Si le minéralogiste et le botaniste se passionnent, l'un pour la détermination d'une pierre, l'autre pour celle d'une fleur; si l'enthousiasme de la science les porte à entreprendre les voyages les plus périlleux pour l'enrichir d'une nouvelle espèce, quelle ne doit pas être notre ardeur pour l'étude de l'homme, ce chef-d'œuvre de la création, dont la structure si délicate et si forte tout à la fois, nous montre et tant d'harmonie dans l'ensemble, et. tant de perfection dans les détails!

Et à la vue de cette merveilleuse organisation , où tout a été prévu, coordonné avec une intelligence et une sagesse telles qu'une fibre ne saurait avoir un peu plus ou un peu moins de force sans qu'à l'instant l'équilibre ne soit troublé et le désordre ne commence, quel anatomiste n'est pas tenté de s'écrier avec Galien qu'un livre d'anatomîe estle plus bel hymne qu'il ait étédonné à l'homme de chanter en l'honneur du créateur (i).

Puisse cet ouvrage inspirer aux élèves une ardeur

(i) Sacrum sernionera quem ego Conditoris nostri verum hymnnm compono, existimoque in hoc -veram esse pietatem, non si taurorum hecatombas ei plurimas sacrificaverim , et casias, aliaquc sexcenta odoramenta ac unguenta suffumigaverim, sed si noverim ipse primus, deinde et aliis exposuerim quaenam sit ipsius sapien^ tia, quse -virtus, quse bonitas.

(Galen., de usu part,, lib* m)

AVANT-PROPOS,, XV

toujours croissante pour l'étude de l'organisation de l'homme, qui serait la plus curieuse et la plus belle de toutes les sciences, si elle n'était pas la plus éminemment utile ! Et quel motif plus puissant d'émulation pour des âmes, généreuses que cete idée : « Chaque connaissance que j'acquiers est une conquête que je fais pour le soulagement de l'humanité souffrante. » Qu'ils n'oublient jamais que sans anatomie il n'y a point de physiologie, point de chirurgie, point de médecine; qu'en un mot, toutes les sciences médicales sont greffées sur l'anatomie comme sur un sujet; que plus ses racines sont profondes, plus ses branches sont vigoureuses et se chargent de fleurs et de fruits.

Je dois des remercimensà M. Chassaignac , aide d'ànatomie de la Faculté, qui s'est montré avec tant de distinction dans plusieurs concours, et qui m'a secondé avec le plus grand zèle dans la rédaction de cet ouvrage.

Objet et division de l'Ànatomie.

Considérée sous le point de vue le plus général, VanatO' Définition de mie ( 1) est une science qui a pour objet la structure des êtres anatomievivans.

Or, les êtres vivans se divisent en deux grandes classes, végétaux et animaux : il y a donc une anatomie végétale et une anatomie animale.

Quand l'anatomie embrasse, dans une étude générale, Anat. zoolotoute la série des animaux , en examinant comparativement 8,(l°eoa coax-

parée.

les mêmes organes dans les diverses espèces , elle prend le nom & anatomie zoologique ou comparée.

L'anatomie zoologique prend le nom ^anatomie philoso- Philosophiphique ou transcendante, lorsque de la réunion et de la com- que ,on trans"

1 *■ â ■ . , ' . cenaante,

paraison des faits particuliers, elle déduit des résultats généraux , des lois générales d'organisation.

Quand l'anatomie a pour objet l'étude d'une seule espèce, Anat- spéciale,

(i) Le moi anatomie vient du grec {tifAta et ttva couper parmi). C'est en effet au moyen de la dissection que l'on parvient principalement à séparer et à étudier les divers organes. Mais les injections , la dessiccation , l'action de l'alcool et des acides concentrés , etc. , sont encore des moyens de l'anatomie,

elle prend le nom $ anatomie spéciale, anatomie de l'homme, anatomie du cheval, etc.

Anat. phy- Tantôt l'anatomie étudie les organes sains ; elle prend Biologique. alors le nom ft anatomie physiologique : tantôt elle étudie Pathologique, les organes malades ; elle prend alors celui iï anatomie pathologique.

Anat. des* Lorsque l'anatomie physiologique se circonscrit dans cnptive. l'étude de la conformation extérieure des organes, c'est-à-

dire dans l'étude de toutes celles de leurs qualités qu'on peut observer sans entamer leur tissu, elle est appelée anatomie descriptive. Si, au contraire, elle pénètre dans la profondeur de ces mêmes organes pour en déterminer les parties cons- Anat. detex- tituantes ou les élémens, elle prend le nom à! anatomie de

tnre ou anat. . -., > > ,

générale. texture ou d anatomie générale.

Un mot sur ces deux manières d'envisager l'anatomie.

Objet de l'a- L'anatomie descriptive nous apprend le nom des organes, natouue des- ou ja nomenclature anatomique, leur nombre, leur situaenp ive. tion, leur direction, leur volume, leur poids, leur couleur, leur consistance, leur figure, leurs régions et leurs rapports; en un mot, elle trace la topographie du corps humain. Sous plus d'un rapport, elle est à la médecine ce que la géographie est à l'histoire.

Anatomie des On peut rattacher à l'anatomie descriptive, comme étant peintres. une ^e ses dépendances , Yanatomie des peintres et des

sculpteurs , qu'on peut définir la connaissance de la surface extérieure du corps, soit dans les diverses attitudes du repos, soit dans les divers mouvemens. Je remarquerai à ce sujet que la détermination précise des saillies et des creux extérieurs peut fournir des indices extrêmement précieux sur la situation et l'état des parties profondément cachées , et qu'à ce titre elle ne doit pas être négligée par le médecin.

L'anatomie descriptive, telle que nous venons de l'envisager, est parvenue en ce moment à un haut degré de per-

OBJET ET DWISIOff BE L* ANATOMIE. 3

fection, et c'est à elle que font allusion ceux qui disent qu'il n'y a plus rien à faire en anatomie.

Mais si l'anatomie descriptive suffit en général au chirur- OLjet de IV

i. . ii/- • i i i i • i natoraie géné-

gien pour 1 explication des lésions qui sont le plus habituel- xale ou de tes> leraent de son domaine, et pour la pratique des opérations, tnre. elle ne saurait suffire au médecin et au physiologiste. Pour eux , l'anatomie , au lieu de s'arrêter aux qualités extérieures et aux surfaces, doit pénétrer , par une savante analyse, dans la substance même des organes. Tel est l'objet de l'anatomie générale ou de texture.

Par elle, les organes sont décomposés en tissus composes, les tissus composés en tissus simples ou générateurs, en élémens anatomiques qu'elle étudie, indépendamment des organes qu'ils concourent à former : reconstituant ensuite l'économie de toutes pièces , elle montre dans la combinaison des tissus ou élémens anatomiques, deux à deux, trois à trois , le secret de l'organisation des parties les plus complexes et les plus différentes au premier abord.

Il est une espèce d'anatomie cultivée de nos jours avec beaucoup de succès : c'est l'anatomie du fœtus.

\J anatomie du fœtus, anatomie des âges , ou anatomie . . ,

d'évolution, a pour objet l'étude du -développement des or- fœtns, ganes, des modifications successives , et quelquefois même des métamorphoses qu'ils subissent depuis le premier mo« ment de leur apparition jusqu'à leur état parfait.

Enfin , il est une espèce d'anatomie qu'on peut appeler Anatomie anatomie appliquée , parce qu'elle se compose de l'en- aPPllcfueesemble des applications pratiques qu'on peut faire de l'anatomie à la médecine et à la chirurgie. Dans cette manière d'envisager l'anatomie , le corps est décomposé en régions ou départemens ; cbaque région en couches successives. On détermine les rapports des différentes couches entre elles , et dans chaque couche, les parties qui la cons-

tituent. En un mot, on se propose constamment pour but la solution de cette question : « Etant donnée une région , « une étendue quelconque de la surface du corps, détermi- « ner les parties qui y correspondent à diverses profondeurs, « et l'ordre de leur superposition. » C'est une espèce d'anatomie qu'on appelle généralement anatomie des régions , anatomie topographique , et même anatomie chirurgicale , parce qu'elle n'a été étudiée jusqu'à ce jour que sous le point de vue de ses applications à la chirurgie. Mais il serait facile de prouver qu'à l'exception des membres ou extrémités, dont la connaissance anatomique ne fournit que trèspeu d'applications à la médecine proprement dite , l'étude des régions n'est pas moins importante pour le médecin que pour le chirurgien. Aussi, pour lui donner une dénomination en harmonie avec son but , on devrait l'appeler anatomie topographique médico-chirurgicale.

Tels sont les différens points de vue sous lesquels l'anatomie peut être envisagée. Cet ouvrage a essentiellement pour obet l'anatomie descriptive (i).

Idée générale du corps de l'homme.

Avant d'entrer dans le détail descriptif des nombreux organes qui entre dans la composition du corps humain , il m'a paru convenable de présenter toute la série de ces organes dans un résumé rapide. Ces idées d'ensemble , loin d'embarrasser l'esprit , l'éclairent et le satisfont à la fois , en

(i) L'anatomie descriptive ne devrait, à la rigueur, s'occuper que de l'ensemble des qualités des organes connues sous le nom de conformation extérieure: cependant, pour présenter un tableau complet de l'anatomie de chaque organe, après avoir parlé avec détail de sa conformation extérieure, nous dirons quelques mots sur sa îexture et sur son développement-

IDÉE GÉNÉRALE DU CORPS DE i/HOMME. 5

lui montrant les objets dans leurs véritables rapports, et en lui découvrant le but de ses travaux.

Je vois d'abord un tégument général , qui , comme un pean vêtement , enveloppe la totalité du corps , et se moule pour ainsi dire sur toutes ses parties. Ce tégument, c'est la peau; les ongles et les poils en sont une dépendance. La peau présente un certain nombre d'ouvertures qui établissent une communication entre l'extérieur et l'intérieur du corps ; mais ces ouvertures ne consistent pas dans une perforation, une interruption réelle du tissu de la peau : sur le pourtour de chacune d'elles, la peau se réfléchit, en présentant d'importantes modifications dans sa structure , et va constituer les membranes muqueuses, sorte de tégument interne, qui peut M , être considéré comme un prolongement du tégument ex- maqaeascs. terne ou de la peau. On pourrait donc à la rigueur considérer le corps de l'homme comme essentiellement formé d'une peau repliée sur elle-même. Cette vue de l'esprit se trouve réalisée dans certaines espèces inférieures, où l'animal est réduit à un tube ou canal. Mais à mesure qu'on s'élève dans l'échelle animale , les couches qui séparent le tégument externe du tégument interne deviennent de plus en plus épaisses ; des cavités viennent s'interposer à ces deux tégumens. Toutefois, quelqu' éloignés qu'ils soient l'un de l'autre, et quelques différences qu'ils présentent dans leur aspect extérieur, une foule d'analogies établissent d'une manière non équivoque la communauté de leur origine.

Sous la peau se voit une couche de tissu cellulaire grais- Tissa celluseux qui la soulève mollement, remplit les vides, et Con- laireSra!SSenxcourt aux formes arrondies, qui sont un caractère des animaux , et de l'espèce humaine en particulier. Dans quelques régions seulement , on trouve des muscles qui s'insèrent directement à la peau , qu'ils sont destinés à mouvoir : ce sont les muscles peauciers. Chez Thommej, lespeauciers n'existent qu'à l'état de vestige ; ils sont tous concentrés au cou et à la face, où ils jouent un rôle important dans l'expression de la

physionomie ; tandis que chez les grands animaux ces muscles doublent partout la peau, et que dans certaines classes à organisation très-simple , ils constituent à eux seuls tout l'appareil de la locomotion.

Dans le tissu cellulaire sous-cutané rampent les veines et les vaisseaux lymphatiques superficiels; ces derniers traversent, de distance en distance, des renflemens nommés ganglions lymphatiques, qui sont réunis par groupes dans certaines régions.

Au-dessous du tissu cellulaire , sont des parties fasciculées rouges, disposées en plusieurs couches : ce sont les muscles.

Au centre de toutes ces parties , sont les os , colonnes inflexibles, qui servent de soutien àlout ce qui les entoure. C'est au voisinage dès os, le plus profondément possible, et par conséquent à l'abri des corps extérieurs, que se trouvent les vaisseaux et les nerfs. Enfin, autour des muscles , et audessous de la couche graisseuse sous-cutanée, se voient des toiles résistantes, qui engaînent toutes ces parties, et qui, par des prolongemens détachés de leur face profonde, isolent et retiennent les diverses couches de muscles , et souvent chaque muscle en particulier : ces enveloppes sont les aponévroses.

Telle est la structure générale des membres ou extrémités.

Si nous portons maintenant le scalpel sur le tronc, nous trouvons que dans ses parois il offre une disposition anatomique analogue à celle que nous venons d'indiquer pour les membres; mais plus profondément sont des cavités que tapissent des membranes minces , transparentes , humectées Membranes Par uîi liquide qu'on nomme sérosité, d'où le nom de memerenses. hranes séreuses. Dans ces cavités sont logés des organes à structure complexe, portant le nom de 'viscères, et dont je vais faire rémunération rapide , en suivant un ordre en rapport avec les usages qu'ils remplissent dans l'économie.

Le corps de l'homme, comme celui de tous les êtres orga-

Viscères.

IDÉE GÉNÉRALE DU CORPS DE l'HOMME. 7

nisés, est composé de parties nommées organes (epy&vov , instrument), qui diffèrent entre eux parleur structure et par leurs usages , mais qui tous sont réunis pour le double but de la conservation de l'individu et de la conservation de l'espèce.

Pour concourir à ce résultat définitif, ces organes sont distribués en un certain nombre de groupes ou de séries, dont chacune a une fin déterminée. Cette fin s a^elle fonction ; la série d'organes s'appelle appareil.

Or, parmi les appareils nécessaires à la conservation de l'individu , les uns sont destinés à établir ses rapports avec les objets extérieurs : ce sont les appareils de relation; les autres sont destinés à réparer les pertes que font incessamment les organes : ce sont les appareils de nutrition.

Les appareils de relation se divisent en deux classes : i° appareils de sensation; 2° appareils de mouvement.

Organe?

Fonction.

Appareil.

Appareil de sensation.

U appareil de sensation se compose : i° dés organes des sens; a0 des nerfs; 3° du cerveau et de la moelle cpinière.

Les organes des sens sont, i° \apeau qui jouit d'une sensibilité dont l'exercice constitue le tact ; la peau rendue mo- or^anesdes bile, et dirigée par la volonté, au moyen de la disposition sens. que présente la main humaine, prend le nom d'organe du toucher;

2°. L'organe du goût, qui réside dans la cavité buccale , c'est-à-dire , à l'entrée des voies digestives ;

3°. L 'organe de l'olfaction, situé dans les fosses nasales, à l'entrée des voies respiratoires, qui nous fait connaître les émanations odorantes des corps;

4°. L'organe de F ouïe, à la structure duquel président les principales propriétés de l'acoustique , et qui est en rapport avec les vibrations de l'air;

5°. L'organe de la vue) qui est en rapport avec la lu-

niere

mière , et dans la construction duquel on trouve observées les lois les plus importantes de la dioptrique.

Les organes des sens reçoivent les impressions venues du dehors : quatre d'entre eux occupent la face , c'est-à-dire le voisinage du cerveau, auquel ils transmettent des impressions rapides et précises , et qui semble , pour ainsi dire , plonger dans leur épaisseur, à l'aide des nerfs. Nerfs. Les impressions mourraient en effet dans les organes ,

s'il n'existait des conducteurs de ces impressions : ces conducteurs sont les nerfs , cordons blancs fascicules , dont une extrémité pénètre dans les organes, et dont l'autre extré- Moelle epi- mjt<j répond à la moelle épinière et au cerveau , qui consti- Cerveau. tuent la partie centrale du système nerveux, dont les nerfs constituent la partie périphérique.

Appareil de locomotion.

Mnsdes. L'appareil de la locomotion se compose , i° d'une partie ac-

tive ou contractile : ce sont les muscles. Ceux-ci se termi- Tendons. nent par les tendons , organes d'un blanc nacré, qui, à la manière de cordes, réunissent en un seul point l'action d'un grand nombre de puissances. 2°. D'une partie pas- Os. sive : ce sont les os, véritables leviers , qui forment la charpente du corps , et dont les extrémités constituent par leur contact mutuel les articulations, dans lesquelles nous Cartilages, trouvons , i° des cartilages, substances compressibles et élastiques, qui amortissent la violence des chocs, et régularisent les contacts; 2° un liquide onctueux, la synovie, séparé Membranes Par des membranes qu'on appelle synoviales: ce liquide remsynoviales. p]it l'usage des corps gras dont sont enduits les rouages de Ligamens. nos machines ; 3° enfin des liens ou ligamens qui maintiennent l'union des os.

Tels sont les appareils destinés à établir les relations de l'homme avec les objets qui lui sont extérieurs.

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