C. Parallèle de la jambe et de l'avant-bras
L'avant-bras est pour le membre thoracique ce qu'est la jambe pour le membre abdominal. De même que la jambe, il est composé de deux os; mais tandis que la jambe est essentiellement constituée par le tibia, qui, seul, concourt à l'articulation du genou , et prend la plus grande part dans l'articulation du pied ; le radius et le cubitus con-
3l4 OSTJÊOLOGIE.
courent , pour une part à peu près égale , à la formation de ^'avant-bras; et si l'un d'eux, le cubitus, forme la plus grande partie de l'articulation du coude, le radius, par une sorte de compensation , forme la plus grande partie de l'articulation du poignet.
Tout en étant frappé au premier abord de l'analogie d'ensemble qui existe entre l'avant-bras et la jambe, il est assez difficile d'assigner en détail le rapport des parties qui se correspondent. Aussi les anatomistes ne sont-ils point d'accord à ce sujet. Quel est, par exemple, celui des os de l'avant-bras qui répond au tibia ?
vicq-dAzyr. Vicq-d'Azyr , ayant principalement égard aux articulations du coude et du genou, regardait le cubitus comme l'analogue du tibia, et le radius comme l'analogue du péroné. M. de Blain- j^j de Blainville , préoccupé au contraire des rapports de la jambe avec le pied et de la main avec lavant-bras, et considérant que le tibia est situé sur la ligne du gros orteil , de même que le radius est situé sur la ligne du pouce; considérant, en outre, qu'à l'avant-bras le radius joue le principal rôle dans l'articulation du poignet, de même que le tibia dans celle du coude-pied, admet, contradictoirement à Vicq-d'Azyr, que l'analogue du tibia est le radius. Pour nous, nous admettons ce que nous croyons trouver de vérité dans l'une et l'autre de ces opinions, et nous rejetons ce que nous croyons y trou-ver d'absolu et d'inexact. Opinion mixte Ainsi, considérant i° qu'aucun des os de la jambe ne représente à lui seul un des os de l'avant-bras,
a°. Que dans chacun des os de la jambe on trouve des caractères qui appartiennent, les uns au cubitus, les autres au radius ;
3°. Que la position naturelle de l'avant-bras étant la pro- • nation et que la jambe étant dans une pronation permanente, on ne doit point comparer l'avant-bras dans la supination à la jambe qui est dans une position opposée ?*
PARALLÈLE DES MEMBRES THORACïQUES ET ABDOMINAUX. 3 I 5
4°. Que l'étude de l'anatomie comparée nous montre chez les ruminans l'extrémité supérieure du cubitus confondue avec le radius, et à la partie externe de l' avant-bras une apophyse grêle qui est l'analogue du péroné : nous admettons :
i°. Que l'extrémité supérieure du tibia est représentée par la moitié supérieure du cubitus, et la moitié inférieure du tibia par la moitié inférieure du radius ; tandis que le péroné est représenté par la moitié supérieure du radius et parla moitié inférieure du cubitus.
Si nous entrons dans les détails, nous verrons combien est plausible cette manière d'assigner les analogies.
i°. Parallèle de la moitié supérieure du cubitus et de la moitié supérieure du tibia.
Nous trouvons dans la partie horizontale de la grande cavité sigmoïde du cubitus l'analogue de l'extrémité supérieure du tibia, et dans la crête de séparation de ces deux surfaces , l'analogue de l'épine du tibia. La rotule et l'olécrâne sont construits sur le même type : la mobilité de la première, la soudure de la deuxième, ne constituent pas des différences essentielles. Le corps du cubitus est prismatique et triangulaire comme celui du tibia ; sa face interne est superficielle, presque sous-cutanée comme la face antérieure du tibia; son bord postérieur, saillant (crête du cubitus), représente la crête du tibia : il est également superficiel et peut servir de guide dans le diagnostic et la coaptation des fractures. Comme au tibia , la crête du cubitus se continue avec une tubérosilé triangulaire , qu'on peut appeler tubérosité postérieure du cubitus, analogue de la tubérosité antérieure du tibia.
3 1 $ OST^OLOOrt.
2°. Parallèle de la moitié inférieure du radius et de la moitié inférieure du tibia.
L'extrémité inférieure quadrangulaire du radius répond à l'extrémité inférieure, également quadrangulaire, du tibia. La facette articulaire inférieure de ces deux extrémités est divisée en deux parties par une crête antéro-postérieure. Le côté cubital de l'extrémité inférieure du radius est creusé par une cavité articulaire, de même que le côté péronéal de l'extrémité inférieure du tibia. L'apophyse styloïde du radius répond à la malléole interne du tibia. Des sillons destinés à des tendons se voient tout autour de l'une et de l'autre extrémité.
D. Parallèle de la main et du pied.
On considère au pied comme à la main un dos, une plante qui répond à la paume de la main, un bord tibial qui répond au bord radial, un bord péronéal qui répond au bord cubital, une extrémité tarsienne qui répond à l'extrémité carpienne de la main , une extrémité digitale. A côté de Yolumc pins , , . . , . , n . . , ,
grand dn pied. ces traits d analogie bien propres a confirmer ce vieil adage :
pes altéra manus , existent de grandes différences dans l'ensemble et dans les détails. Ainsi, i° sous le rapport du volume et du poids, le pied l'emporte sur la main; cette augmentation porte sur la longueur et l'épaisseur, mais non sur la largeur; car la main est plus large que le pied. Cet excédant de volume ne vient pas des orteils, qui sont incomparablement plus petits que les doigts; il ne vient pas du métatarse, mais bien du tarse, dont le carpe n'est que le vestige.
Une seconde différence caractéristique vient du défaut Défaut d'op» d'opposition du gros orteil. C'est même, sous le rapport des position. fonctions, l'absence du mouvement d'opposition qui con-
stitue un pied, et sa présence qui constitue une main.
,, ... Une troisième différence résulte du mode d'articulation de
L articulation
du pied avec la la jambe avec le pied. Ce n'est point en effet avec l'extrémité iambese fait a postérieure du tarse que la, jambe s'articule, mais avec sa
angle droit, * * ' * ■» '
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face supérieure : d'où il résulte qu'une partie du tarse déborde l'articulation en arrière. L'axe du pied n'est pas, à beaucoup près , sur la même ligne que l'axe de la jambe-, ces deux axes forment entre eux un angle droit. Ce peu de mots suffira pour faire comprendre les différences générales qui existent entre la main et le pied.
i°. Parallèle des os du carpe et du tarse.
Tandis que le carpe forme à peine la huitième partie de la Parallèle gé-
. ,. . . r /• i néral du carpe
main , le tarse constitue à lui seul la moitié postérieure du et dutarse. pied. Son diamètre antéro-postérieur, qui est]de cinq à six pouces, surpasse trois fois son diamètre transverse , ce qui est l'opposé de ce qu'on observe à la main.
Le tarse représente une voûte à concavité inférieure, à la fois transversale et antéro-postérieure]qui reçoitla jambe sur son sommet. Le carpe n'est autre chose qu'une coulisse tendineuse. Il est évident que le carpe n'est que le tarse à l'état rudimentaire : ce qui n'étonnera pas, si l'on considère que le tarse est vraiment la partie fondamentale du pied et le soutien définitif de tout l'édifice. Examinons donc les analogies et les différences de ces deux parties constituantes du pied et de la main.
ire différence. Il y a huit os dans le carpe ; il y en a sept *"• Différences. dans le tarse.
2e différence. Les deux rangées du carpe se composent chacune de quatre os : la rangée jambière du tarse ne se compose que de deux os, et la rangée métatarsienne de cinq.
3e différence. Les os de la première rangée du*tarse sont superposés, et non placés l'un à côté de l'autre], comme dans la première rangée du carpe.
4°. Un seul os concourt à l'articulation du tarse avec la jambe, tandis que trois os du carpe concourent à l'articulation radio-carpienne.
5°. Enfin, la deuxième "rangée est subdivisée en dedans en deux rangées secondaires : Tune , postérieure, for-
^l8 OSTÉOLOGIE.
méeparle scaphoïde; l'autre, antérieure, formée par les trois cunéiformes.
Parallèle des Etudions maintenant comparativement les os du tarse et
#8 du tarse et . . ..
du carpe en du carpe en particulier.
particulier. j^ défaut de similitude de conformation , nous sommes
obligés d'avoir recours à la similitude de connexions; mode de détermination plus constant et plus important peut-être que celui fondé sur 3e caractère si variable de la figure.
i°. Parallèle de la rangée métatarsienne du tarse avec la rangée métacarpienne du carpe.
Cela posé, la rangée métatarsienne avant avec la rangée métacarpienne des analogies plus évidentes que celles de la rangée anti-brachiale du carpe avecîarangée jambière du tarse; c'est entre la rangée métatarsienne et le rangée métacarpienne que nous établirons d'abord le parallèle. Le cuboïde i°. Le cuboïde du tarse est bien évidemment l'analogue de du tarse repre- yQS ^qq^. }a position relative est la même: la forme est à
«ente 1 os cro- , ,
chu. peu près semblable; et de même que l'os crochu répond aux,
deux derniers métacarpiens , le cuboïde répond aux deux derniers métatarsiens. L'analogie du cuboïde et de l'os crochu étant admise , nous devons trouver dans les trois os cunéiformes la représentation des trois autres os de la deuxième rangée du carpe, savoir, du trapèze, du trapézoïde et du grand os.
Le troisième a0. Ici nous devons avouer que les analogies commencent
punéiforme re- ^ devenir beaucoup moins sensibles. Toutefois, le troisième
présente le i '■•-,• .
grand osmoins cunéiforme qui, étant en contact avec le cuboïde, doit reïatete. présenter le grand os qui est en contact avec l'os crochu,
s'articule avec le troisième métatarsien, de même que le grand os s'articule avec le troisième métacarpien; et, chose assez remarquable, le troisième cunéiforme s'articule un peu avec le deuxième métatarsien, de même que le grand os s'articule un peu avec le deuxième métacarpien. Si nous ne trouvons dans le troisième cunéiforme rien qui approche du volume du grand os et de la tête remarquable qu'il présente, il ne faut pas
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se hâter d'en conclure que l'analogie n'existe pas. Ngus expliquerons plus tard comment elle doit être interprétée. Qu'on veuille bien admettre seulement ici que la base ou la partie métacarpienne du grand os est représentée par le troisième cunéiforme.
3°. Le deuxième cunéiforme, qui correspond au trapézoïde , deuxième
1 x L x cunéiforme re-
soutient le deuxième métatarsien, de même que le trapézoïde p0nd au trapécorrespond au deuxième métacarpien. 4°. Enfin, le premier ZOi e* cunéiforme, qui soutient le premier métatarsien , répond au ç premier
'1 r » ir cunéiforme re-
trapèze, qui soutient le premier os du métacarpe. Toutes ces pondautrapéanalogies sont , il faut l'avouer, fort imparfaites et bien plu- *e* tôt fondées sur les connexions que sur les formes. En effet, quelle ressemblance existe-t-il entre les trois os cunéiformes volumineux , tous taillés à facettes , en forme de coins , ayant une configuration à peu près semblable , et ceux du carpe que nous leur avons comparés ? Quelle comparaison surtout peut - on établir entre le troisième cunéiforme 9 qui représente exactement un coin, et ce grand os qui est pourvu d'une tête arrondie? Il n'y a dans la rangée métatarsienne du tarse rien qui représente la tête arrondie qui appartient à la rangée métacarpienne du carpe. Les considérations suivantes qui n'ont point échappé à Yicq-d'Azyr, serviront à résoudre cette difficulté.
i°. C'est une observation assez générale dans le squelette, ta tête du que, de deux os qui se meuvent l'un sur l'autre, et dont l'un p^au^arse la présente une tête, tandis que l'autre présente une cavité, c'est rangée jambièla tête qui se meut sur la cavité , et non la cavité sur la tête.
Ainsi, le fémur se meut sur l'os de la hanche; l'humérus se meut sur l'omoplate.
a0. La main, dans l'exercice de se& mouvemens, se meut On trouve presque toujours sur l'avant-bras. Or, dans les mouvemens f én<*aleineilt
\ . , " dans la nieca-
de la main, c'est la rangée métacarpienne du carpe qui se niqueanimale meut sur la rangée anti- brachiale X aussi est-ce la rangée <IaeceS0°tles
o o têtes qui se
métacarpienne qui présente la tête. Au contraire , dans meuvent sur les mouvemens des os du tarse pour la progression, ce sont cavités. toujours les os de la rangée jambière qui se meuvent sur les
3âO OSTÉOLOCIE.
os de la rangée métatarsienne. Aussi, au lieu de trouver une tête arrondie dans la rangée métatarsienne, la trouvonsnous dans la rangée jambière.
En procédant ainsi que nous l'avons fait par exclusion, il ne nous reste plus qu'à établir l'analogie qui existe entre les os de la première rangée du carpe d'une part, et le scaphoïde , le calcanéum et l'astragale d'une autre part. Ici les analogies sont équivoques, et les anatomistes sont loin de s'accorder entre eux dans la détermination des os analogues.
2°. Parallèle de la rangée jambière du tarse avec la rangée anti-brachiale du carpe.
Gomme il n'y a que trois os dans la rangée postérieure du tarse qui correspond à la rangée anti-brachiale ou supérieure du carpe, on peut supposer a priori qu'un des os de la rangée tibiale du tarse doit à lui seul répondre à deux des os de la rangée anti-brachiale du carpe.
Or, i° il suffit de jeter un coup-d'œil sur le tarse et le
Leoalcanênm carpe d'un quadrupède, pour reconnaître le pisiforme dans
représente à ]a portion du calcanéum qui déborde l'astragale en arrière.
lai seul le pv- „ , , , , , , . . ,,
familial et le a • Le calcanéum est le seul des os du tarse qui se devepisiforme. loppe par deux points d'ossification ; ce qui établit une forte présomption en faveur de l'idée, qu'il est à lui seul le représentant de deux os. Si on admet l'analogie de la partie postérieure du calcanéum avec le pisiforme, la partie antérieure du calcanéum représentera le pyramidal, et de même que ce dernier s'articule avec l'os crochu , on trouve que la partie antérieure du calcanéum s'articule avec le cuboïde , que nous avons dit être l'analogue de l'os crochu.
Le calcanéum du pied représente donc le pisiforme et le pyramidal soudés entre eux et beaucoup plus volumineux.
Reste maintenant à établir l'analogie du scaphoïde et du semi-lunaire de la main avec l'astragale et le scaphoïde du pied.
Le scaphoïde de îa main est l'analogue du scaphoïde du pied ; il y a entre ces os analogie de forme et analogie