PREMIÈRE DIVISION
Considérations générales sur le système ligamentaire
Les organes essentiellement fibreux , non activement contractiles des Mammifères , et en général de tous les Yertébres , ne diffèrent pas d'une manière bien sensible de ceux de X Homme , quant à leur structure , et aux formes qu ils affectent ; de manière qu'il serait superflu de les décrire ici sous ces rapports , si je n'avais pas précisément cette identité à établir , et à rectifier en même temps quelques erreurs dans lesquelles on est tombé à leur égard.
On ne comprend généralement parmi les organes ligamenteux que les ligaments proprement dits, les aponévroses et les tendons; encore ces derniers sont-ils décrits avec les muscles; mais on n'y comprend pas le tissu cellulaire, les membranes séreuses, le périoste et le derme, qui tous appartiennent bien évidemment au même système, n'étant que des modifications les uns des autres , et dont j'ai déjà fait ressortir les analogies dans les considérations générales sur les tissus. Le tissu cellulaire est d'ordinaire décrit d'une manière générale sous le rapport de sa structure et non dans les diverses formes qu'il prend, ne constituant jamais de véritables organes bien circonscrits , mais simplement des moyens d'union entre les divers appareils et leurs parties. Les membranes séreuses sont décrites avec les organes qu elles revêtent. Le périoste est décrit ordinairement avec les os qu'il recouvre, et le derme avec Fépiderme et autres composants des téguments.
Les divers systèmes d'organes que je viens d'énum^rer, ne se distinguent pas en effet en parties nettement circonscrites qui puissent être décrites chacune en particulier , mais varient simplement de forme et de disposition , selon celles qu'ils revêtent , et doivent être de là décrits avec ces dernières, dont ils deviainent, sinon des parties intégrantes,
STSTiMB LIOAMBNTAIRB. 3
du moins des accessoires qui ne sauraient en être séparés. Je cède en conséquence à Fusage généralement adopté, et les décris ^^ement avec eux , me bornant à en faire uniquement mention ici , pour leur faire occuper leur place naturelle.
J'ai déjà fait remarquer plus haut , en parlant des divers tissus qui entrent dans la composition des oignes, Tétroite liaison qui existe entre le tissu filamenteux, le tissu cellulaire, les membranes séreuses, les miiqueuses, le derme, le périoste, les ligaments, les aponévroses et les tendons; et j'y renvoie pour ce qui concerne les cinq premiers ; les organes qu'ils composent ne faisant pas proprement partie du système syndefflioïque qui ne comprend que les corps intérieurs composés de fibres très*résistantes, non activement contractiles , mais quelquefois par simple élasticité, et qui se partagent même par là en deux classes bien distinctes : les ligaments élastiques et les non élastiques ou rigides ; ceux-ci , principalement composés de gélatine, dont les proportions varient toutefois beaucoup , suivant Torgane auquel le ligament appartient , Fespèce de l'animal , et même l'Âge de l'individu , ainsi que cela a également lieu pour les autres systèmes d'organes.
Quant au Périoste , qui forme une lame fibreuse recouvrant tous les os et les cartilages en leur adhérant avec force , et fait réeUement partie du ^stème ligamentaire, il doit être décrit ici; mais cornu» il ne constitue qu'une simple tunique , qui revêt les os , et non des organes spéciaux plus ou moins isolés, ayant des fonctions différentes, et recevant de là des noms particuliers, il ne peut être décrit que d'une manière générale.
Ses fibres , bien plus fortes et plus coriaces que celles des membranes séreuses, et tout aussi résistantes que celles des ligaments, sont le plus souvent paraUèles à la direction des os, ou s'entre-croisentsous des angles généralement aigus , ea se continuant soit avec les ligaments, soit avec ks tendons, qui n'en sont en quelque sorte, les uns et les autres, que des prolongements.
Sur les cartilages , il offre la même disposition , mais y reçoit le nom de Périchondre.
8EG0NDB PARTIE.
Cette membrane diffère spécialement des ligaments ordinaires , en ce qu elle renferme un grand nombre de vaisseaux sanguins, principalement destinés à la nutrition des os , et de la moelle que ceux-ci renferment ; tandis que les ligaments et les tendons, qui ne se trouvent pas dans les mêmes conditions, n'en contiennent au contraire que fort peu; et en outre d'un calibre si faible , que le sang ne colore pas ces organes.
On dit, dans les ouvrages d anatomie, que les capsules articulaires ne sont que le périoste qui se détache de Tun des os et franchit Farticulation pour se continuer au delà avec le périoste de l'autre ; et se trouve remplacé sur les extrémités de ces dernières par du cartilage diarthrodial qui les revêt. Cette disposition , si elle existait partout , établirait bien une analogie parfaite entre le périoste et les ligaments, les capsules articulaires netant absolument que des ligaments circulaires. Mais en examinant les choses avec un peu plus d'attention , on remarquera que les capsules articulaires , tout en se détachant du périoste comme les autres ligaments, ne s insèrent pas aux os au bord même des cartilages diarthrodiaux , mais souvent beaucoup au delà , de manière qu'il reste entre l'attache de la capsule et le cartilage une partie de l'os qui paraît être à nu. Tandis que dans les préparations de ces parties , on voit distinctement un prolongement du périoste se continuer de l'insertion du ligament capsulaire jusqu'au cartilage, avec lequel il se confond; doii ressort non -seulement que ce ligament n'est pas le périoste détaché, mais que le cartilage lui-même n'est que le périoste modifié par des matières terreuses qui s'y sont déposées : à peu près comme elles se déposent dans des ligaments et des tendons ossifiés , en prenant toutefois un caractère particulier qui distingue cette croûte des cartilages ordinaires.
Les Ligaments rigides sont des cordons ou des lames différemment conformés, composés de fibres d'un blanc grisâtre ou jaunâtre, nacrées et brillantes, très-fines, mais fort résistantes; ne cédant que fort peu aux tractions exercées sur elles , tant à l'état vivant qu'après la mort. Ces fibres s y trouvent réunies par faisceaux plus ou moins gros , rarement enlacés, mais disposés parallèlement, ou rayonnes suivant la conformation du ligament , ce qui permet de fendre ces organes avec
SYSTÈME LIGAMENTAIRE. 5
la pins grande facilité, par des moyens mécaniques, jusqu a leurs fibres élémentaires.
Le tissu des ligaments est très-serré , ce qui leur donne une grande €x>mpacité, et les rend même fort résistants aux instruments tranchants. Ce sont de tous les organes ceux qui reçoivent le moins de vaisseaux sanguins et de ner&, au point qu'ils paraissent en être tout à fait dépourvus.
Les ligaments sont généralement fixés par leurs deux extrémités à des parties qu ils doivent lier , d où le nom qu on leur a donné.
Lorsque les fibres sont rayonnées, les ligaments augmentent naturellement en épaisseur par leur rapprochement dans la partie rétrécie vers laquelle elles se dirigent, doii naissent des formes très-différentes qu on distingue dans ces organes.
A leur insertion sur les os avec la substance desquels ils s'identifient, leurs faisceaux se continuent en partie avec ceux du périoste, dont les ligaments ne sont que des prolongements , eu s entre-croisant en partie avec eux, selon la direction que prend le ligament, et semblent y être comme enracinés.
Le plus ordinairement les fibres se rendent plus ou moins parallèlement d'une attache à l'autre, en s entre-croisant cependant souvent par couches, tout en formant un seul corps; et lorsque l'épaisseur ne diffère pas considérablement de la largeur dans ce dernier, l'organe reçoit plus spécialement le nom de Ligament , tandis qu'il prend celui de Capsule articulaire ou de Ligament capsulaire , lorsqu'il s'élargit et forme un anneau complet autour d'une articulation diarthrodiale , en s'insérant aux deux os.
Les ligaments élargis en membranes peu épaisses reçoivent le nom dj4poné\^roses. Ce sont alors d'ordinaire des lames simples dans lesquelles les fibres sont toutes parallèles ou rayonnées ; ou bien elles s'y entre-croisent dans différents sens ; mais , dans ce cas , Taponévrose est fort souvent composée de plusieurs Feuillets , dans chacun desquels les fibres ont une même direction ; et ces feuillets , tout adhérents qu'ils sont, peuvent cependant être quelquefois séparés, ou du moins en
partie; et quoiqu'il existe réellement des aponévroses à fibres croisés, surtout près de leur insertion « pour donner plus de force à Tattache, rentre-croisement par couches des fibres est assez ordinairement une indication que Faponévrose est composée de plusieurs feuillets confondus, dont chacun n'est d ordinaire que le rudiment d'un tendon membraneux d'un muscle, dont il n'existe plus que ce faible reste, et qu'on retrouve souvent plus développé chez un autre animal. Ce fait , qu'on peut considérer comme une règle , sert souvent à reconnaître la continuité de diverses séries de muscles lorsque les tendons ou les aponévroses qui les terminent se confondent.
Les aponévroses se distinguent ensuite en deux espèces : i** celles qui, à l'instar des ligaments, se rendent d'une pièce fixe ou passivement mobile à une autre ; et 2*" celles qui s'étalent par Tune de leurs extrémités sur ou dans l'intérieur d'un muscle , pour fournir une plus vaste surface d'insertion à ses fibres; et, dans ce cas, elles reçoivent plus particulièrement le nom S Aponés^rosts d'insertion; et d'ordinaire, elles se rétrécissent vers l'attache du muscle où leurs fibres se réunissent en un cordon plat ou arrondi , libre de fibres musculaires , qui prend le nom de Tendon. Enfin, celui-ci, ainsi que Taponévrose qui le forme, reçoivent le nom de Tendon et d Aponés^rose dorigine ou terminal^ selon qu'ils se trouvent à la partie du muscle qu'on con^dère comme son extrémité fixe ou comme son extrémité mobile.
Les tendons diffèrent ainsi des ligaments en ce qu'ils forment des cordons plus ou moins arrondis ou membraniformes terminant des muscles , dont les fibres se rendent sur une ou plusieurs de leurs faces, et servent à transmettre au loin l'effort produit par le muscle qui s'y insère , lorsqu'une cause quelconque, qui est le plus souvent le défaut d'emplacement , ne permet pas à celui-ci de se prolonger assez luimême.
Les tendons ne peuvant pas être décrits sans les muscles qu'ils terminent, et réciproquement je renvoie à ce sujet, tant pour leur description générale ultérieure, que pour leur description spéciale chez le Chat^ à la troi^ème partie de cet ouvrage.
SYSTÈME LIGAMENTAIRE. 7
Il arrive souvent aussi que des muscles eux-mêmes plus ou moins larges, se terminent par des tendons également membraniformes, ainsi cpie cela arrive aux muscles du bas- ventre; alors une espèce d'usage veut que ces tendons soient aussi nommés des Aponéi^roses , et décrits comme tels avec les ligaments. Pour me conformer encore à Thabitnde, je décris ces tendons une fois avec leurs muscles respectifs, et une autre fois avec les ligaments de la même région , et ici plus particulièrement pour les considérer dans leur ensemble avec d'autres , avec lesquelles elles ne forment souvent qu'une seule lame composée; et afin que leur description puisse mieux être comparée à celle de leurs analogues dans les ouvrages d'anthropotomie.
Les Ligaments élastiques ou de la seconde division se distinguent des rigides qui ne cèdent point à la traction, en ce qu'ils sont élastiques ; les uns susceptibles d'être comprimés fortement et de revenir sur eux* mèmjss, avec force, pour agir dans les mouvements; et les autres de s'allonger par la traction, et de se raccourcir par élasticité, lorsque c:ette traction cesse.
Ces ligaments se distinguent de là en deux espèces , fort différentes par leur forme , leur structure, leur cocdeur et même leur composition chimique.
Les premiers, qui constituent ce qu'on appelle fort improprement les FibrO'Cartilages interveriébrtux , quoiqu'ils ne soient aucunement cartilagineux , et que je désigne sous le nom de Ligamentsjibro-pulpeux^ sont généralement de couleur grise ou jaunâtre un peu nacrée. Ils ne forment jamais ni cordon ni membrane libre, mais simplement des disqaes plus ou moins épais , placés entre deux os qu'ils unissent en adhérant à tous les deux par leurs faces opposées.
Ces organes sont composés de deux parties , dont l'une à fibres plus apparentes, ne paraît pas différer des ligaments rigides; elle est formée d*tin anneau plus ou moins épais, lui-même composé de plusieurs zones concentriques de fibres , se rendant , par faisceaux , obliquement d'un os à l'autre , en se croisant d'une zone à l'autre, et dont les fibres sont <f autant plus fortes et plus rapprochées qu elles sont plus extérieures , et
surtout très-serrées à la circonférence, où elles se confondent avec le périoste et les autres ligaments rigides a voisinants.
Les zones internes formées de fibres de plus en plus faibles et plus écartées , laissent ainsi des espaces qui se trouvent remplis de la seconde substance du ligament, laquelle occupe en outre tout le centre de Tanneau ; substance formant une pulpe éminemment élastique plus dense vers la circonférence qu'au milieu , et devenant même presque liquide dans les vertèbres de Poissons ; c est-à-dire que les fibres rigides passant dun os à Fautre , empêchent le trop grand écartement de ces derniers; et la pulpe élastique qui se trouve interposée et comprimée , réagit contre les os et tend à les éloigner. Cette pulpe élastique agit ainsi en sens opposé des ligaments jaunes, qui se raccourcissent par élasticité lorsqu'ils ont été préalablemement distendus; tandis que les ligaments fibro-pulpeux se dilatent, après avoir été comprimés. Ce qui prouve que ces derniers sont naturellement comprimés, c'est que leur section, au moyen d un instrument bien tranchant , devient convexe par la saillie que fait la partie pulpeuse ; ce qui est prouvé en outre par la hernie qu elle fait lorsqu'on pratique une ouverture latérale au ligament.
L'élasticité de ces organes contribue beaucoup à faciliter les flexions des os qu'ils réunissent, en même temps qu'elle adoucit considérablement les mouvements , vu qu'il y a mouvement sans frottement dans ces articulations qui constituent les Antityparthroses.
Ces ligaments fibro-pulpeux se trouvent généralement entre le corps des vertèbres des Mammifères, à l'exception de l'atlas et l'axis, dont les corps ne s'articulent pas entre eux ; on les retrouve ensuite entre les vertèbres des Reptiles urodéles et des Poissons auxquels ils facilitent beaucoup la nage; tandis que les vertèbres des Oiseaux et des Serpents s articulent dans leurs corps par diarthrose.
Chez les Mammifères, ces ligaments prenant la forme des espaces intervertébraux, sont généralement ménisques ; tandis que dans les Poissons , ils prennent la forme de doubles cônes réunis par leurs bases.
Les ligaments élastiques de la seconde espèce , généralement désignés sous le nom àe Ligaments jaunes ^ à cause delà couleur qu'ils affectent
SYSTàHB LIGAMENTAIRE. 9
chez tons les animaux Vertèbres, ont également cette couleur chez les Articulas , ce qui ne doit cependant pas être une condition de leur élasticité.
Ces organes ressemblent aux ligaments ordinaires ou rigides par leur forme et leur disposition , ainsi que par leur structure apparente, étant de même composés de faisceaux parallèles de fibres élémentaires; mais ces dernières sont, d'après les observations d'ÂL. Lauth, non pas droites, comme dans les ligaments rigides , mais flexueuses , entortillées , crispées , et repliées irrégulièrement sur elles-mêmes , comme le crin d'un matelas; et c est de cette forme que dépend , suivant ce savant , l'élasticité de ces organes qui agissent absolument comme dans un élastique de bretelle. Ces ligaments se distinguent en outre de ceux de la première division , parleur composition chimique, contenant beaucoup moins de gélatine et probablement bien plus de fibrine et de mucus, ne perdant presque rien de leur élasticité par 1 ebulliiion , qui ne les altère que fort peu. Ces organes sont aussi beaucoup plus coriaces , résistant même fortement aux instruments tranchants.
De même que les ligaments rigides , les élastiques prennent la forme de petites bandelettes aplaties ou arrondies , s étendant quelquefois en aponévroses, et entrent en outre dans la composition de divers organes, tels que les artères dont ils forment la principale tunique.
Parmi ces organes fibreux, tous ceux de la première division ou les rigides sont , ainsi que je lai déjà fait remarquer, presque entièrement composés de gélatine ; tandis qu'il y a fort peu de cette matière dans les ligamentsjaunes; et relativement aux fibro-pulpeux , la grande quantité de cette même substance qui s'y trouve est probablement due aux fibres rigides qui entrent dans leur composition; tandis que la partie pulpeuse élastique paraît avoir beaucoup d'analogie avec la synovie.
La composition chimique des organes ligamenteux varie du reste nonseulement d'une classe de Vertébrés à l'autre , mais encore selon les espèces, et même d'après Tâge, ainsi que cela a également lieu pour toutes les autres matières animales; et l'on ne peut, en conséquence, donner à ce sujet que des analyses approximatives ; c'est-à-dire que , dans