‹ Anatomie descriptive et comparative du chat, type des mammifères en général et des carnivores en particulier (volume 2)Chapitre 5 sur 30 · DU CHAT · texte numérisé non relu

DU CHAT

TYPE DES M&IIIFÊRESEN G^NÉBAL ET DES CARMORES EN PARTICULIER.

L'homme , naturellement observateur. par leffet de sa haute intelligence , et surtout de sa raison , qui lelève au-dessus des animaux , a en tous temps distingué trois espèces d'ÉTRES dans la nature , ainsi que le prouvent les noms qu'ils portent dans toutes les langues, même chez les peuples les moins^ civilisés et le plus rapprochés de la condition adamique. Cette distinction en Pierres ou Minéraux, en Plantes ou Végétaux, et en BÊTES ou animaux , constituant les trois Régnes de la nature , l'homme a en effet dû l'établir dès les temps le plus anciens par la grande différence qu« la plupart des espèces présentent au premier aperçu. Mais quoique Thomme sans instruction fasse en quelque sorte malgré lui des observations plus ou moins exactes , il ne lui est pas donné de reconnaître partout les rapports essentiels qui existent entre les objets qui frappent ses sens; il les distingue , mais ne peut pas toujours indiquer les faits qui les différencient ; plusieurs de ces faits ne tombent pas directement sous les sens, et ne se manifestent que par les effets qu'ils produisent. Cette difficulté de préciser, dans tous les cas, les caractères qui distinguent d'une manière certaine les êtres les uns des autres, est même tellement grande que jusqu'à nos jours il a été impossible de donner

une définition parfaitement exacte, et partout applicable de ces trois grandes divisions des êtres physiques qu'on rencontre sur notre globe: on leur a bien donné des noms, mais sans y attacher une définition rigoureuse, et simplement d'après le sentiment qu'ils ont éveillé dans l'esprit des premiers hommes.

Le vulgaire s'est même en tous temps, et chez tous les peuples, contenté de ce sentiment qu'il a de la valeur des noms imposés aux êtres des trois règnes de la nature, sans aller chercher à les apprécier. Mais les hommes qui voulaient faire une étude particulière de ces objets , sentaient la nécessité de les définir plus exactement , afin de ne les confondre dans aucun cas; et pour cela il fallait trouver pour les espèces de chaque règne des caractères qui leur fussent exclusivement propres , et sans lesquels elles cesseraient d'appartenir au groupe dans lequel on les range. Pour la plupart, les véritables caractères , ceux-là mêmes qui les ont fait distinguer des premiers hommes, se sont présentés dans tout leur jour, et l'on n'a pas hésité à les indiquer comme applicables à toutes ; quoique relativement à plusieurs , ils laissent l'observateur dans le doute le plus absolu.

C'est ainsi qu'on a remarqué que les plus simples de ces êtres, ou les Minéraux diffèrent essentiellement des Plantes et des Animaux par des caractères négatifs , n'étant que des amas irréguliers , ou géométrique* ment réguliers, de substance privée de vie, partout homogène, dont toutes les parties jouissent des mêmes propriétés , chez lesquels il n'y a par conséquent point d'incHi^idualité ^ c'est-à-dire qu'ils peuvent être divisés à l'infini sans cesser d'avoir les mêmes caractères essentiels; l'espèce ne dépendant que de la composition chimique ou des propriétés physiques de la matière , et nullement de la forme et de la disposition des parties ; qu'aucune de ces dernières n'a de fonctions , restant toutes dans la plus parfaite inaction ; et que les individus , ou plutôt les échantillons^ ne croissent que par des couches de substance semblable à la leur, qui viennent se fixer extérieurement à leur surface ; mode d'accroissement qu'on leur a depuis longtemps reconnu , et défini sous le nom de Juxtaposition.

Le corps des Plantes et des Animaux n est au contraire jamais géométriquement régulier, ni tout à fait irrégulier, mais présente toujours une forme plus ou moins constante. Il n'est jamais entièrement homogène, quelque simple qu'il soit, mais composé de diverses parties déterminées, en nombre, en forme et en disposition pour chaque espèce, et remplissant desjbnctions différentes, pour jouer divers rôles nécessaires à l'entretien de ïindii^idu ou à la propagation de son espèce; parties qui prennent de là le nom d'organes , du grec «pyavov ( organon ) , instrument, et excitées à remplir leurs fonctions par un principe qui leur est propre et qu'on nomme tantôt vaguement la Forge vitale , ou bien I'ame ou Iesprit , et dont Faction sur le corps est la vie , manifestés par une foule de résultats.

Dans mon Traité danatomie comparatisme pratique publié récemment , j'ai cherché à définir les objets désignés sous ces différents noms , afin de fixer la valeur de ces termes, et de pouvoir les employer ensuite avec des acceptions plus rigoureusement déterminées. J'ai fait remarquer que l'activité des corps se manifeste sous trois degrés différents , répondant aux trois règnes de la nature : qu'au premier, propre aux matières brutes ou Minéraux, cette activité se signale par des propriétés inhérentes à leurs substances, ou plutôt propres à un agent qui les anime, et que les anciens ont désigné sous le nom d'ÀRCHÊE ; propriétés par lesquelles ces substances agissent différemment les uns sur les autres pour produire divers phénomènes , mais dont elles ne peuvent être séparées sous aucune condition, et ne sont susceptibles d'être modifiées que par l'effet de la combinaison de plusieurs de ces substances.

Au second degré , propre aux êtres organisés , mais plus particulièrement aux Végétaux , chaque individu est animé en outre par un agent spécial qu'on nomme vulgairement Force vitale ou ame, qui n'y réside que pendant un temps limité, celui où ces êtres wVe/rf, et s'en sépare ensuite pour toujoufô en les laissante l'état de mort, où ils ne diffèrent plus en rien des corps brutes ou Minéraux , et restent en proie aux agents extérieurs dont ils ne sont plus préservés par Tâme; leur dislocation a lieu suivant le degré d'ai&nité qui existe entre leurs mo-

lécules et celle de ces mêmes substances étrangères qui les environnent, pour rentrer après dans de nouvelles combinaisons et former soit des Minéraux , soit d'autres Plantes ou d'autres Animaux.

Pendant Faction de Tâme , action qui constitue la i^ie , ces êtres sont susceptibles de produire une foule de phénomènes qui leur sont partiticuliers , et propres aux divers organes agissant comme instruments pour remplir différentes Jonctions nécessaires soit à l'entretien de la vie , soit au développement de l'individu , soit à la production d'individus semblables , afin de les multiplier, et prévenir leur trop prompte destruction ; mais toutes ces fonctions s'exercent sans l'influence active de la volonté de ces derniers , et sans qu'ils en aient conscience.

Un certain nombre de ces êtres, ou les Plantes, restent à ce second degré d'activité ; tandis que d'autres , ou les Animaux , s'élèvent au troisième^ par l'effet d'un troisième agent qui les anime, et qu'on désigne spécialement sous le nom d'ESPRiT, mais qui reçoit aussi le plus souvent, et par erreur , la dénomination d'AME , en le confondant avec l'être vivifiant.

A ce dernier degré, les êtres , ou les Animaux, sont susceptibles de se mettre activement en relation avec les objets étrangers à leur individu , dont ils perçoivent certaines propriétés , ce qui leur donne à eux-mêmes la conscience de leur existence , ou , comme on dit , de leur moi. Par cette faculté , qui n'appartient qu'à I'esprit qui les anime , les Animaux reconnaissent l'existence des êtres au moyen de plusieurs organes sensiUfs où se signalent ces propriétés des corps , et l'esprit peut réagir, sur ces derniers , au moyen d'autres organes soumis à sa volonté , selon les déterminations qu'il juge devoir prendre à leur égard , et surtout en faisant exécuter aux diverses parties de l'animal des mouvements par lesquels il peut arriver au résultat qu'il doit atteindre ; et cela par des organes également spéciaux qui reçoivent de là le nom dorganes du mouK^ement volontaire, et plus spécialement celui de muscles.

La VIE n'est ainsi pas un être ou un agent comme beaucoup de phylosophes se sont efforcés de le démontrer , en cherchant à indiquer ses caractères distinctife, mais simplement une action qui, à son tour,

INTAODUGTIOR.

devient la cause d'un grand nombre d'effets secondaires , lesquels se manifestante nos sens, nous indiquent lexistence de la i^ie^ ou la mort , chez rindividu, objet de l'observation. Ce sont ces effets secondaires, le plus souvent sensibles à tout le monde, qui ont en tous temps fait reconnaître le vie chez les individus qui en sont doués , même par les hommes le moins capables d'établir un raisonnement sur sa nature ; et l'on n'est resté dans le doute qu'à l'égard des espèces oîi ces effets sont inappréciables.

Plusieurs savants ont défini autrement la vie , mais tous , que je sache , n'ont fait qu'indiquer quelques-uns des phénomènes qu'elle détermine , en prenant souvent l'effet pour la cause. C'est ainsi que MiaÂDAUD(i)dit que « La we est la somme des mouvements de tout le corps le sentiment et la pensée font une partie de ces mous^ements; ainsi ^ dans l homme mort, ces moui^ements cesseront comme tous les autres. » Mais si le simple mouvement constituait la vie , il y aurait bien des êtres vivants, que Mirabâud n aurait jamais voulu considérer comme tels; le boulet lancé par un canon ; une simple pierre jetée en l'air seraient des êtres vivants.

BicHÂT (2) approche davantage de la vérité en disant : « La s>ie est t ensemble des Jonctions qui résistent à la mort. » Mais dans cette définition , cet habile anatomiste prend évidemment l'effet pour la cause ; car les fonctions sont le résultat de la vie, et non la vie elle-même; en disant que c'est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort , il fait de cette dernière nécessairement un être ou une action positifs; car on ne peut pas résister à rien, tandis que la mort est précisément une abstraction, l'absence delà vie; ou, comme je dis, t absence de t action de tdme sur le corps. Sitôt que cette action commence, le corps est K^is^ifié , sans qu'il soit pour cela nécessaire que toutes les fonctions soient exercées à la fois ; car l'homme qui ne s^oit pas , celui qui ne marche pas , celui qui ne pense pas dans le sommeil, ne sont pas morts pour cela.

(1) Sy$t de lanat., t. I, chap. XIII, p. 258. 1770.

(2) Reck. physiol. iur la vie et la mari , p. 1 . An Y III (1799).

Dans le Noui>. Dict dhist nat. de Déterville, il est dit en parlant de la vie : « Quelle est cette puissance inconnue dans son essence, qui organise, qui meut, qui répare et perpétue les innombrables créatures qui peuplent la terre et qui embellissent les différents domaines de la nature ? Cest la me, cet être JugjUif que nous ri apercevons que dans ses effets.»

L'auteur considère ainsi la vie comme un être et la confond, par conséquent , avec \âme qui est la cause de la vie , mais non la vie ellemême.

M. Gasc (i) dit en parlant de la vie, sans en donner une véritable définition : « // suffira maintenant das^oir rappelé que , admettant une cause vitale, unique dans son genre, générale dans son action, quoiquelle ne s exerce point seule et indépendamment des autres forces , parce quelle est soumise aux lois éternelles de t harmonie établies par le Créateur, cest à cette cause, quelle que soit sa nature, que je donne le nom de p/e. »

M. Gasc appelle, ainsi la cause vitale , vie. Or, si par cause vitale on doit entendre la cause de la vie , cette cause ne saurait être la vie ellemême; ou bien, si par cette expression on a voulu désigner la cause des phénomènes vitaux, c est-à-dire des phénomènes dépendant de la vie , il n'y aurait point de définition.

GcviER (2) , voulant nous donner une idée de la vie, dit : « L'idée de vie est une de ces idées générales et obscures produites en nous par certaines suites de phénomènes que nous voyons se succéder dans un ordre constant et se tenir par des rapports mutuels. Quoique nous ignorions la nature du lien qui les unit, nous sentons que ce lien doit exister, et cela nous suffit pour nous les faire désigner par un nom que bientôt le vulgaire regarde comme le signe dun principe particulier, quoique , en effet, ce nom ne puisse jamais indiquer quel ensemble des phénomènes qui ont donné lieu à sa formation.

(1) Réfi, générales $ur la vie , extrait du 1** yol. des Mémoires de la Soc. Unn. de Paris , p. 164. 1822.

(2) Leçons d'anal, comp., 1. 1 , p. 1. 1805.

» Ainsi notre propre corps et plusieurs autres qui ont as^ec lui des rapports de forme et de structure plus ou moins marqués^ paraissent résister y pendant un certain temps y aux lois qui gouwment les corps bruts , et même agir sur tout ce qui les environne dune manière entièrement contraire à ces lois. Nous employons les noms de vie et de force vitale pour désigner ces exceptions^ au moins apparentes^ aux lois générales. Cest donc en déterminant exactement en quoi ces exceptions consistent ^ que nous fixerons le sens de ces mots. Considérons pour cet effet les corps dont je viens déparier^ dans leurs rapports actifs et passifs , avec le reste de la nature. »>

Ici Fauteur fait , d une part , le portrait d une jeune femme , belle , fraîche et pleine de santé , pour montrer ce que c'est que la vie ; et , de l'autre, celui de son cadavre en décomposition , pour faire voir ce que c'est que la mort. Or cela n'apprend rien à personne , car tout le monde a en tout temps su distinguer, dans cet état , ce qui est vivant de ce qui est mort, voire même les animaux le savent; mais cela ne donne pas la définition de la vie: c'est parler sur une chose, sans rien dire, pour esquiver la question principale. Il ressort d'ailleurs des phrases citées que CcviER confondait Y âme ou cause de la vie avec la vie elle-même , disant que nous ignorons la nature du lien qui unit les phénomènes que nous remarquons dans les êtres vivants ; car ce lien n'est pas la vie , c'est Y âme; la vie n'étant pas un être qui puisse lier; et, continuant, il ajoute , qu ayant désigné ce lien par un nom , bientôt le vulgaire le regarda comme le signe d un principe particulier; ce qui semble vouloir dire que les savants ont d'abord assigné un nom à la vie et que plus tard le vulgaire y a ajouté l'idée d'un être particulier, tandis que c'est bien certainement le vulgaire, l'homme primitif, le sauvage, qui a donné les noms de vie et de mort , dont les savants ont plus tard voulu fixer la valeur. Enfin en disant que ce nom ne peut jamais indiquer que t ensemble desphénomènes qui ont donné Heu à sajbrmation^ il rentre dans la définition que Bighat a bien plus clairement formulée plusieurs années avant; et il confond ainsi, comme ce dernier, la vie avec les phénomènes qu'elle produit.

M. DE Blainville (Traité des Animaux^ tom. I, p. i5), dit aussi: « La we est le résultat plus ou moins immédiat de toutes les fonctions. »»

J'ai dit plus haut pourquoi j'admettais , avec beaucoup d'autres physiologistes, l'existence d'un principe vivifiant où ûme ^ cause de la we, et que les effets seulement de cette action , devenant sensibles pour nous, constituent les divers phénomènes que nous observons dans les êtres où cette action a lieu. Lorsque cette dernière vient à cesser, soit que Tâme se sépare du corps, par une raison quelconque, soit' que le corps ne puisse plus fonctionner , c'est le moment où ce dernier meurt ; et cette action ne contre-balançant plus dès lors celles des propriétés inhérentes à la matière, le corps se trouve en proie à ces dernières et se décompose , pour rentrer dans de nouvelles combinaisons.

Si j'avais besoin d'expliquer, par une comparaison, ce que je viens d'avancer, je dirais que l'on peut considérer le coA;p5 comme une méca* nique mise en mouvement par un ressort, lequel est à comparer à r<2me comme cause première du mouvement ; que Faction de ce ressort sur la mécanique est l'analogue de la \?ie , et les résultats produits sont les fonctions des divers organes. Si l'on enlève ce ressort , l'action cesse , et tous les effets s'arrêtent; de même aussi, lorsque par une cause quelconque on entrave le mouvement, qui peut être ou simplement suspendu pour recommencer lorsque l'entrave cesse, comme cela a également lieu dans la mort apparente; ou bien l'arrêt peut être définitif, lorsqu'on enlève une principale pièce de la mécanique.

Dans le discours ordinaire on donne au mot vie des acceptions différentes selon les conditions dans lesquelles on considère les phénomènes qu'elle produit. C'est ainsi qu'on donne le nom de s^ie à la durée du temps qui s'écoule de la naissance à la mort , comme quand on dit que la \^ie de cette personne a été longue; locution dans laquelle il y a évidemment ellipse, car il est clair qu'on veut simplement dire, temps pendajit lequel la force {vitale agit dans le corps. D'autres fois on emploie le même mot pour indiquer l'état dans lequel se trouve un être pendant que la force vitale ranime; lorsqu'on dit que la we de telle personne a été heureuse^

douce , aisée. D'autres fois encore on s en sert d'une manière partitive , lorsqu'on dit que la vie est plus ou moins énergique dans tel organe ou dans tel étre\ enfin, on mésuse tout à fait de ce mot dans le discours familier, où ion s'en sert soit pour indiquer les objets qui concourent à l'entretien de la vie, en disant que las;>ie est chère ou bon marché^ ou gagner sa i^/e, soit encore pour marquer la manière de se conduire, en disant que telle personne niene une s?ie honorable ou une mauvaise vie. Je ne dirai rien de l'emploi de ce mot dans le style figuré, oii on le détourne tout à fait de son sens propre pour l'appliquer à des choses qui ont simplement quelque analogie soit avec la vie, soit avec la force vitale. Comme, par exemple, dans cette phrase : Il y a de la vie dans ce discours^ dans ce tableau; mais toutefois, ces définitions et ces acceptions font voir combien on est dans le vague relativement à la véritable valeur qu'on doit attacher à ce mot. Quant à moi, je pense qu'autant qu'on voudra considérer la vie comme un être^ on ne pourra jamais la concevoir, et par conséquent la définir ; tout aussi peu qu'on peut concevoir l'attraction, qui n'est, de même, que l'action de I'àrchée des anciens,/in/ic^^e inhérent à la matière, et auquel les physiciens modernes n'ont pas même cherché à donner un nom, ce principe ne pouvant jamais être l'objet de leurs recherches , lesquelles ne s'étendent qu aux effets qu'il produit. Mais ces deux principes, l'âme et l'archée, ne sont comparables qu'en les considérant l'un et l'autre comme les causes des phénomènes que les corps produisent, mais ne sont pour cela pas précisément de même nature; car l'archée, qui produit l'attraction ou laflinité chimique, est évidemment inhérente à la matière, quelle que soit la nature de celle-ci , et encore peut-on la considérer comme ayant été créée à une époque déterminée , et qu'avant , la matière a existé sans elle, dans un véritable état de chaos, ne jouissant que de la seule propriété de l'impénétrabilité; tandis que l'âme, ou la force vitale, n'est pas inhérente à la matière, puisqu'elle n'existe que pendant un temps limité dans les êtres organisés , et ces deux principes diffèrent surtout d'une manière essentielle l'un de l'autre, en ce qu'ils sont même souvent opposés dans leur action ; la force vitale modifiant ou neutralisant même

souvent, selon le besoin, les propriétés chimiques, pour faire arriver les Plantes ou les Animaux au but auquel la nature créatrice les a destinés.

L*âme n'est ainsi introduite dans le corps qu'au moment, oii celui-ci s'organise, c'est-à-dire, au moment où ses parties se forment, sous Imfluence de la force vitale, d'un autre individu, avec lequel le nouveau fait corps, jusqu'à ce que ses organes soient suffisamment développés pour remplir les fonctions qui leur sont prescrites.

Quant à la nature de Tâmeet de Tesprit, il n'est point du domaine de la physiologie de chercher à la connaître; mais simplement de distinguer les facultés de ces deux principes, par lesquelles ils agissent sur les organes, et par ceux-ci sur le monde extérieur; pour le reste, l'étude des facultés de ces agents appartient à la psychologie et à la métaphysique , sciences tout à fait à part.

Par cela même que les Plantes et les Animaux sont composés d'organes, sur lesquels la vie agit comme cause pour leur faire produire des effets secondaires, leur corps ne saurait être partagé indéfiniment, sans cesser d'être complets, et prend de là le nom dUndis^iduy nom qui ne peut être appliqué aux Minéraux, dont chaque pièce ne peut recevoir que la dénomination d'échantillon^ ainsi que je l'ai déjà fait remarquer. L'existence des êtres organisés ne dépend donc pas simplement , comme celle des Minéraux , de leur composition chimique , ou de leurs propriétés physiques , mais encore de la forme qu'ils présentent dans leurs diverses parties, due à la présence des organes, ainsi que des rapports et des fonctions de chacun de ces derniers. Aussi la forme générale de chaque espèce est-elle déterminée et variable seulement dans des limites plus ou moins restreintes pour chacune.

Un second caractère qui distingue les êtres organisés des Minéraux est qu'ils n'augmentent pas par juxtaposition, mais par un développement intérieur produit par des substances étrangères qu'on nomme leur nourriture^ introduites dans leur corps, et transformées ensuite en la matière de l'individu par l'acte de TassimUation ; substances qui s'y meuvent dans des directions déterminées pour déposer, où besoin

INTBOBUGTION. 11

il y a, les matériaux qui doivent augmenter le corps ou le développer; développement qu'on nomme de là par intus-susceptiûn.

Enfin, un troisième caractère qui distingue encore les Animaux et les Plantes des Minéraux, est que ceux-là se multiplient en produisant des individus semblables à eux-mêmes , par une fonction qu'on nomme génération.

Les caractères principaux qui distinguent ensuite lun de l'autre les deux règnes organiques résident dans les phénomènes, dépendant de la présence ou de Tabsence de la conscience du moi , seule propre aux Animaux , faculté qui s'est également dévoilée depuis longtemps dans les espèces qui la possèdent , et oii les conséquences qui en découlent sont le plus évidentes. Mais quoique cette faculté établisse entre les Animaux et les Végétaux deux degrés de we fort différents, on les considère cependant assez généralement comme dus au même agent , capable seulement de se manifester par des effets différents dus aux conditions dans lesquelles se trouvent les organes propres aux espèces des deux règnes, sans admettre dans les Animaux un agent de plus que dans les Plantess. En effet, l'existence de l'âme et de l'esprit ne nous étant révélée que par les phénomènes qu'ils produisent, il semble qu'on peut admettre qu'ils ne sont qu'un seul et même principe agissant simplement sur divers organismes, d'où il doit nécessairement produire des résultats différents; et cela est vrai pour ceux de même genre, mais il n'en est pas ainsi pour ceux qui n'ont au fond aucune analogie , tels que les phénomènes purement vitaux et les intellectuels; car, dans ce cas, l'âme étant considérée comme intelligente, devrait avoir conscience des actes qu'elle produit : or, cela n'a pas lieu, d'où résulte, il me semble, qu'on est obligé d'attribuer ceux uniquement automatiques à un agent simplement vivifiant , et les fonctions de relation à un être qui a conscience de ce qu'il fait.

Mais quoique ces deux puissances paraissent être de natures différentes, elles sont toutefois dépendantes l'une de l'autre, en cela que les dérangements des fonctions de l'une deviennent des obstacles à l'action de l'autre , et les phénomènes qui ont lieu dans le corps de l'Animal sont

parfaitement à comparer à ce qui existe dans un état politique, où les faits , dépendants de Faction de Fâme, correspondent aux actes produits dans la vie privée du citoyen , actes entièrement indépendants du chef du gouvernement, qui n'en a connaissance que dans le cas oïl ils sortent des limites prescrites par la loi fondamentale, tandis que Tesprit^ qui correspond à ce chef, lequel dirige tout ce qui a rapport à ladministration et aux relations extérieures , a son siège ou centre d'activité dans le cerveau et ses dépendances , où il reçoit la dénonciation des i'aits accomplis par le moyen des nerfs sensilifs , véritables routes sur lesquelles va le fluide nerveux , courrier centripète qui rapporte à ce centre les divers événements, pour les soumettre au jugement de Fesprit ou du moi, lequel envoie d autres courriers centrifuges par des routes différentes ou nerfs moteurs, dans les divers organes, pour leur commander d agir en conséquence de la décision prise, et Fou conçoit que là où il n'y a pas de fait dénoncé , il ne peut y avoir de prise en considération , et de là aucune décision et aucun acte qui en soit la conséquence : ce qui fait dire avec vérité que toutes nos connaissances we/inent des sens , et qu'en admettant qu'un individu soit privé de toute sensation , il n'y aurait jamais chez lui aucun acte intellectuel ; mais il est plus juste de dire que l'esprit n'aurait dans ce cas aucune occasion de se manifester par quelques-unes de ses facultés , mais cela n'indiquerait aucunement qu'il n'existe pas.

Ce qui prouve d'ailleurs que les facultés intellectuelles n'ont pas pour unique cause les impressions reçues par les sens , est que précisément Y Homme , qui est l'être le plus intelligent , possède des sens moins parfaits que beaucoup d'animaux , mais suffisants cependant pour lui fournir les indications dont son esprit peut avoir besoin pour prendre les déterminations convenables aux circonstances. Les indications sensitives ne sont ainsi que les causes occasionnelles et déterminantes des actes de Fintelligence, mais non pas les causes essentielles qui naissent de l'intelligence elle-même.

Toutes les facultés de Fesprit, qu'on nomme d'ordinaire^aciz/té^ de la i^ie animale ou de relation^ à l'exception toutefois des instincts , vienueut.

primitivement des impressions sensitives , qui ne sont pas les seules causes des effets produits dans l'organisme , et surtout pas toujours les causes immédiates , Fesprit pouvant tirer, des divers faits indiqués par les sens, des conséquences plus ou moins éloignées, et de là , tout à fait abstraites, prendre, d'après elles , des déterminations différentes et faire agir les organes suivant les décisions prises.

D'après ce que je viens de dire , on conçoit que l'esprit ne peut recevoir d'indications premières que par les sens, et ne peut se manifester de même au dehors que par les organes , et suivant que leur conformation et leur disposition le lui permettent , d oii résulte que ses manifestations sont nécessairement nulles , lorsque les organes ont disparu , ou sont frappés , d'une manière quelconque , d'inaction , ainsi que cela arrive par la section des nerfs , à moins qu'il n'y ait , outre les nerfs sensitifs , encore d'autres moyens par lesquels l'esprit peut acquérir des notions sur les événements extérieurs , comme le pensent certains philosophes , et notamment les Mesmériens; mais bornons-nous aux phénomènes ordinaires.

En résumant ce que je viens d'exposer sur les caractères distinctifs des êtres des trois règnes de la nature , je dirai que les Minéraux sont uniquement doués des propriétés physiques propres à /'archée , puissance inhérente à la matière , dont elle n est point séparabh ; mais qu'ils sont du reste prisses de we, inorganiques ^ homogènes, ne croissent que par juxta-position et ne se reproduisent point.

Que les Plantes sont à la fois douées des mêmes propriétés physiques des Minéraux , et de plus dune ame ou forge vitale qui les anime pendant un temps plus ou moins long; quelles sont composées de disperses parties ou organes ayant des fonctions différentes ; quelles se dés^eloppent par inius-susception^ et se reproduisent pour perpétuer leur espèce ; enfin , que les uénimaux ont encore de plus que les Plantes un esprit intelligent capable de distinguer les êtres étrangers au corps de ranimai , et ont delà la conscience de leur propre existence ou de leur moi.

Quoique ces définitions soient rigoureusement exactes, et entièrement dans l'esprit de Vidée qu'en tous temps ou se soit faite de ces trois espèces

d'êtres , il faut encore qu elles poissent être appliqnées dans tous les cas , pour servir à classer ces mêmes êtres chacun dans le règne auquel il appartient ; mais comme les caractères que ces définitions indiquent sont souvent dij£ciles à reconnaître , soit à cause de la petitesse des objets, soit à cause de la simplicité de la structure de ces derniers, ou de la faiblesse avec laquelle ces caractères s y manifestent; il a fallu en découvrir d'autres encore , qui en fussent les conséquences nécessaires , et qui , plus faciles à reconnaître, pussent prouver l'existence des caractères fondamentaux , dont je viens de parler ; et c'est à quoi la plupart des naturalistes se sont appliqués , sans être arrivés encore à des résultats entièrement satisfaisants. On conçoit d'ailleurs que pour qu'un caractère puisse être donné comme général et sans exception , il est de toute nécessité qu on connaisse tous les êtres auxquels il peut s'appliquer ; et quoique l'histoire naturelle soit aujourd'hui une science fort avancée , on est cependant loin encore de connaître toutes les espèces, et surtout les plus imparfaites, sur lesquelles il reste précisément le plus de doute relativement au règne auquel elles appartiennent ; nous ne pouvons, en conséquence , présenter à cet égard que des à peu près.

Chez \ Homme la conscience du moi est évidente , puisque c'est chez nous-mêmes que nous l'observons , et par analogie nous sommes aussi certains que tous les animaux supérieurs en sont également pourvus, mais il n'en est pas de même des espèces placées sur les degrés les plus bas de l'échelle, ou bien chez les Plantes, ne pouvant pas nous identifier avec elles.

Cependant, nous pouvons parvenir par les observations et des expériences plus ou moins directes, ainsi que par les conséquences qui doivent nécessairement découler de la présence ou de l'absence de cette faculté, à savoir si cette dernière existe ou non chez les espèces douteuses. Or , l'organisation des Animaux , aussi bien que celle des Végétaux , est dans toutes ses parties calculée d'après ce principe , ce qui prouve que Ja conscience du moi est réellement le caractère qui distingue ces deux règnes.

Tous les êtres étant soumis aux lois physiques et chimiques de la

INTRODUCTION. f5

nature , les Plantes , ainsi que les Animaux , sont constamment attaquées par l'action des divers agents qui les environnent , et tendent à leur enlever plus ou moins promptement quelques-uns de leurs composants, ou bien à les altérer en se combinant avec eux ; et cette action , changeant la nature de leur substance , finirait bientôt par empêcher leurs organes de continuer à jouer le rôle qui leur a été assigné.

Pour remédier à cet inconvénient, la nature a, d'une part, contrebalancé ou neutralisé en partie l'action des corps étrangers par l'influence de hjbrce vitale^ qui cependant ne la détruit pas dans tous les cas; et de l'autre , elle a établi dans les Plantes et dans les Animaux , de& systèmes d'organes par lesquels les particules altérées , qui ne peuvent plus faire partie de l'organisme , sont remplacées par des particules nouvelles que la force vitale y fixe , afin d'entretenir l'existence de l'individu.

Tous les êtres organisés possèdent ainsi pendant la vie , aussi bien que l'homme , la faculté de pouvoir introduire dans leur corps , diverse» matières qui leur sont étrangères , de les convertir en leur propre substance, et de rejeter au dehors, sous diverses formes , celles qui sont altérées. Cette double faculté est exercée par plusieurs espèces d'organes, de fonctions différentes, et qui constituent, comme on le conçoit , deux séries : l'une destinée à introduire les substances étrangères, et l'autre à ramener au dehors les parties devenues inutiles, ou même dangereuses à Texistence de la vie. La première série se compose de plusieurs organes, dont les uns, qu'on nomme les bouches om pores: absorbants , sont destinés à choisir les molécules propres à pouvoir être converties en la substance de l'individu , et à les introduire simplement dans le corps, où d'autres, qui constituent les ^sternes circulatoire et respiratoire, les élaborent et les transportent dans toutes les parties de l'organisme , en les préparant à une troisième fonction qu'on nomme \ assimilation^ par laquelle elles sont converties définitivement en celles de l'individu; fonction que chaque partie dd corps exerce par ellemême , sans qu'il existe pour cela des organes spéciaux.

La seconde série d'organes, destinés à ramener au dehors les particules

inutiles, se compose également d organes absorbants, qui ne paraissent pas différer des premiers, mais qui pompent les molécules qui ne doivent plus faire partie du corps ^ et les ramènent dans le torrent de la circulation , où. d'autres organes , qu'on appelle sécrétoires , les puisent pour les transporter au dehors , sous forme de diverses déjections , par des canaux spéciaux ou excréteurs.

Toutes ces fonctions s'exercent sans que Tindividu en ait la moindre conscience, et nous en avons la preuve en nous-mêmes. De ces deux facultés, desquelles dépend , comme on le voit, Texistence de l'individu , naissent ensuite plusieurs autres d'un ordre secondaire , mais non moins importantes, qui caractérisent également les êtres organisés, et sur lesquelles sont plus spécialement fondés les caractères bien apparents qui distinguent les deux règnes.

On conçoit que les êtres qui doivent absorber hors d'eux les substances destinées à augmenter leur volume, ou à réparer leurs pertes, doivent nécessairement se trouver en contact avec elles , et que ceux qui n'ont point la faculté de changer de place à voï-onté doivent , sous peine dépérir, se trouver invariablement fixés dans les lieux où ces substances existent ordinairement, où elles affluent de toutes parts, et n'ont besoin que d'être absorbées sans préparation préalable : et ce sont en effet là les conditions essentielles dans lesquelles se trouvent tous les Végétaux*

Aux Animaux , au contraire , auxquels la nature a accordé la conscience de leur propre existence , elle a pu accorder aussi la faculté de pouvoir se mouvoir à volonté ; car on conçoit que cette faculté ne saurait exister sans celle-là. Pourvus de ces deux avantages , dont les Végétaux sont privés , les Animaux ont été susceptibles d'un développement beaucoup plus grand dans leur organisation , tant sous le rapport de la complication de leur corps que sous celui de leurs facultés, et pouvaient présenter de plus grandes modifications que les Plantes.

Pour reconnaître l'existence de lui-même, l'Animal, quelque simple qu'il soit, quelque rapproché de la Plante qu'il puisse être, doit nécessairement avoir la conscience du monde extérieur : car il doit évidem^ ment ponvoyr fdire une différence entre hU et ce qui n'est pas Im^ et

INTRODDCTION, 17

reconnaître en conséqaence lexistence des corps étrangers : et ce sont les divers moyens que les Animaux possèdent pour distinguer, nonseulement l'existence, mais encore les diverses propriétés des corps étrangers, qu'on nomme les sens , dont on compte , comme on sait , jusqu'à cinq espèces chez l'Homme : le toucher^ le goût ^ V odorat , Y ouïe et la i^îsion ; mais tous n'existent pas à la fois chez chaque Animal , car il y en a même qui paraissent réduits au toucher et au goût seulement. Le premier de ces deux sens se manifeste chez tous les Animaux ; et il est probable qu'ils possèdent le second , devant pouvoir choisir leurs aliments. Je dis que cela n'est que probable, car il serait possible qu'il en existât qui absorbassent à la manière des Végétaux.

Les Animaux possèdent probablement tous aussi la volonté , puissance de t esprit par laquelle ils se déterminent pour une action parmi plusieurs j qui ne sont pas mentales ou sensitii^es (ces dernières n'étant pas soumises à la volonté ). Cette faculté que nous trouvons en nous-mêmes , nous la reconnaissons aussi chez tous les Animaux supérieurs par les actes qu'ils produisent. Chez les espèces leà plus inférieures , cependant , on pourrait la contester, mais encore là , il existe au moins la probabilité en faveur de son existence; car on aurait de la peine à concevoir la conscience du moi, sans la volonté. Quoi qu'il en soit, la conscience du moi, la volonté, les sens, et même toutes les autres fonctions, sont présidés par un appareil organique, on système nerveux, répandu dans toutes les parties du corps, dont l'existence distingue en conséquence le plus essentiellement les Animaux des Plantes, mais dont une partie seulement, Yencéphale ^ centre auquel toutes les autres parties se rattachent , est exclusivement le siège de la conscience du moi et de la volonté, et oîi aboutissent les impressions sensitives pour être soumises au jugement de ce même moi.

Les Animaux pouvant distinguer les corps étrangers , ainsi que quelques-unes de leurs propriétés par le moyen des sens , étaient par là susceptibles de pouvoir changer de place par l'effet de la volonté, pour s'éloigner ou se rapprocher momentanément des substances qui servent à leur subsistance ; et c'est en effet cette faculté du mouvement volon>-

iS INTAODUGTIOIf.

taire , ou de la locomotion , comiDe on l'appelle plus particulièrement , que la nature leur a accordée, qui constitue un autre caractère qui les distingue des Plantes. Mais cette faculté n'aurait guère pu être que restreinte à de simples mouvements partiels du corps , si les Animaux n avaient pas pu transporter partout avec eux une certaine quantité de nourriture ou aliments, matière contenant plus ou moins de particules susceptibles de pouvoir être absorbées et assimilées, qu'on nomme plus particulièrement particules ou substances nutritis^es , afin que les réparations dont le corps a besoin ne soient pas trop longtemps interrompues. Cette faculté nécessitait , comme on le conçoit , un nouvel assemblage d organes propres à cet usage ; celui qui constitue Y appareil de la digestion , dont les Plantes sont encore privées , mais qui paraît également manquer chez quelques Animaux ti^ès-bas dans l'échelle : son absence n'étant d'ailleurs pas incompatible avec la conscience du mo^', caractère essentiel des Animaux.

D'après sa fonction , l'appareil de la digestion doit être composé de divers organes , dont les uns sont susceptibles de pouvoir saisir la nourriture à distance et en masse , pour la faire entrer dans le réservoir qui lui est destiné , et ceux-ci sont souvent secondés par plusieurs autres qui n'appartiennent pas , à proprement parl^, au même appareil , mais sont cependant par là plus ou moins subordonnés à la fonction de la digestion. Tels sont les pattes , les ailes , les yeux , disperses armes , etc.

Les substances nourricières ou nutritii^es , devant être extraites de la masse des aliments introduits dans le corps, on conçoit que plus ces dernières sont divisées et dissoutes , plus cette extraction doit être facile et prompte ; et en effet, c'est à cette division des aliments que sont destinées plusieurs parties de l'appareil digestif qu'on appelle organes masticateurs. D'autres , qui appartiennent aux sécrétoires , préparent divers liquides qu'ils versent sur la masse des aliments pour faciliter la séparation des parties nutritives , et c'est après cette opération seulement que ces dernières arrivent chez les animaux à la même condition où se trouvent, d'une manière permanente , les substances nourricières des Plantes au moment oii elles sont absorbées pour entrer en circulation. Cette dif-

INTAODDGTION. 19

férence entre les V^étaux et lés Animaux , dont les uns ont lenrs organes absorbant en dehors , et les autres en dedans , a été donnée par Bobrhaye comme le caractère distinctifet apparent des espèces des deux règnes , en disant que les Plantes ont des racines extérieures et les Animaux des racines intérieures. Cette définition , quoique très-exacte pour toutes les Plantes et le plus grand nombre d'Animaux, n'est cependant pas applicable à toutes les espèces du règne animal , dont quelques-unes , placées , il est vrai, très-bas dans l'échelle, n'ont point de cavité digestive. Je dis que cette définition est exacte à l'égard de toutes les Plantes ; car la fonction de la digestion est incompatible avec la privation de la conscience du moi et du monde extérieur, ainsi qu'avec la privation de la locomotion. Mais il n'en est pas de même de la proposition contraire , relativement aux animaux , où la conscience du moi n'emporte pas nécessairement avec elle la condition de la locomotion ; car un Animal pourrait très-bien être pourvu de sens , et les exercer même à un haut degré de perfection , sans pouvoir faire le moindre mouvement; mais nous n'en connaissons toutefois aucun exemple certain. On n'^itend d'ailleurs pas précisément par faculté locomotive le pouvoir de changer de lieu, mais seulement celui de prendre à volonté une autre position , soit en tout, soit en partie; et l'on conçoit qu'un Animal qui est invariablement fîxé^ comme il y en a tant, tels que les Madrépores^ ne peut pas se rendre à son gré dans les lieux où se trouvent ses substances nourricières, et que celles-ci doivent nécessairement arriver d'elles-mêmes dans le voisinage où il peut les saisir à petites distances , pour les introduire dans son corps , dont la cavité digestive est plus ou moins développée, selon les espèces > et quelquefois même il n'y en a pas, à proprement parler, et par conséquent, point de racines intérieures : tels sont les Gleba (i) qui , toutes libres qu'elles soient dans la mer, sont privées de cette cavité, et ne font qu'appliquer une partie de la surface de leur corps contre les substances dont elles séparent quelques particules nutritives par absorption.

(1) Otto. Nw. lÊCt. «Md. On. Ln/f. « t. H, pan. 2 , p. 273.

90 iutbodugtion.

D après ce que je viens d exposer, on voit comment, avec la conscience du rnoi^ les Animaux ont pu être doués de plusieurs autres facultés, et par conséquent de divers appareils dont les Végétaux sont nécessairement privés; appareils, pour la plupart, soumis à la volonté. Ces organes , exclusivement propres aux Animaux , ont reçu de là le nom d'organes de la vie animale , et par opposition , on a donné les noms d'organes de la vie végétative , d organes vitaux , ^appareils de la vie organique , d organes automatiques , à ceux dont j'ai parlé en premier , et communs aux espèces des deux règnes. Mais toutes ces dénominations sont plus ou moins vicieuses, car il est évident que tous les organes d un Animal doivent pouvoir porter le nom d organes de la vie animale , et tous sont aussi des appareils organiques et vitaux. La meilleure de ces expressions est celle d^ organes de la vie automatiques j donnée par Gall, qui exprime la particularité d'agir sans la participation de la volonté, et sans que T Animal ait conscience de leur action. Cependant, comme ces dénominations sont adoptées , et que la plupart ne sauraient induire en erreur, je les emploierai, à l'exception de celles d'organes^ d appareils ou de fonctions de la vie organique^ introduites par Bichat, expressions qui doivent être employées comnie noms génériques pour désigner indistinctement tous les appareils ou toutes les fonctions, et ne sauraient, sans double sens, être appliquées exclusivement aux appareils ou aux fonctions automatiques.

Si une espèce quelconque possède la conscience if elle-même^ ou en d'autres termes, si elle est sensible^ et si avec cela elle possède la faculté locomotive qui accompagne probablement toujours la sensibilité, on conçoit que cette espèce doit , d'un part , rechercher toutes les sensations qui lui sont agréables, et aller au devant d'elles , tandis qu'elle doit, d'autre part , chercher à se soustraire aux sensations pénibles , et c'est , en effet y ce que lobservation prouve sans exception ; car l'instinct le plus prononcé que l'on reconnaisse dans les Animaux est celui de la conservation de ce même moi^ dont la conscience est la première condition de l'animalité, et nous les voyons tous fuir plus ou moins tout ce que leure facultés sensitives peuvent leur faire paraître nuisible. D'ail-

INTRODUCTION* îSt

Jeurs , la natnre , qui montre partout une sagesse et une prévoyance si sublime, offrirait dans le cas contraire un exemple dune grande inconséquence , en créant des êtres sensibles, sans leur donner aussi la faculté de pouvoir fuir toute cause que cette même sensibilité peut leur faire paraître comme funeste , et le moins doit nécessairement être un simple mouvement de contraction. Enfin , si la nature a donné ce faible moyen aux Animaux les plus bas, elle n'a pas dû , pour la même raison , le limiter, et aussi souvent que la cause excitante agit, aussi souvent aussi l'Animal doit pouvoir montrer les mêmes signes de sensibilité. En appliquant ces principes aux espèces douteuses des deux règnes, on verra bientôt de quel côté elles doivent être rangées.

La Sensitîi^e (Mimosa pudica) , qu'on cite toujours comme ayant tous les caractères des Plantes , et qui possède cependant la faculté de pouvoir faire des mouvements très-étendus, fléchissant ses feuilles pour peu qu'on les touche , ne montre là aucun caractère qui puisse prouver qu'elle sent ; la faculté fort remarquable toutefois qu'elle possède n'ayant rien de commun avec le mouvement volontaire ; car si elle possédait ce mouvement , elle le répéterait chaque fois qu'on touche la même feuille, et cela n'a point lieu : la feuille ne fléchit qu'une fois dans un temps assez long , et toujours régulièrement de la même manière , et l'on peut ensuite la toucher, la piquer même sans qu'elle produise plus le moindre mouvement. Si elle était réellement sensible , et si elle se mouvait pour fuir un attouchement désagréable , elle répéterait , dis-je, la même chose chaque fois qu'on l'exciterait. Ce qui prouve que son mouvement n'est dû qu'à une cause physique , comme celui d'un électromètre; et probablement ce n'est pas autre chose qu'un instrument de ce genre, mais d'une autre nature que ceux que nous fabriquons. Son mouvement ne paraît être dû qu'à quelques fibres élastiques de la partie renflée de la base des pétioles et des folioles qui se contractent comme des ressorts lorsqu'on touche la feuille, mais qui, une fois contractés, ont produit tout leur effet , sans pouvoir répéter la même chose que longtemps après , lorsqu'ils se sont de nouveau peu à peu tendus.

Le mouvement chez les Animaux^ partout où il se manifeste , a au contraire pour caractère principal de pouvoir se répéter aussi souvent que la cause excitante agit ; de pouvoir varier à Tinfini , et surtout d'être irrégulier, lorsqu'il est dû à un stimulus.

Une foule dautres plantes sont susceptibles de mouvements dans quelques-unes de leurs parties, et surtout dans les organes génitaux , où ces mouvements paraissent même faciliter la fécondation , et voyez à ce sujet DE Candolle (JPhysiol. végét , t. II, page 517). Mais pourtant ces effets ne se produisent quune seule fois de suite, lorsque le mouvement est provoqué par un stimulus. Dans ÏHedysarumgyrans^ les folioles sont, pendant qu il fait chaud , constamment en mouvement , se rapprochent lentement les uns des autres , se touchent , se croisent même , et s'écartent ensuite de nouveau , et souvent avec rapidité pour recommencer encore. Lamarck (i), qui nie également que ce mouvement soit volontaire dans les Plantes, pense qu'il est dû à des gaz qui, engorgeant graduellement les vésicules du pétiole de XHedysarumgyrans^ font fléchir le foliole du côté opposé , et que ces vésicules , venant à se vider, produisent l'inflexion en sens contraire, et ce savant pourrait bien avoir raison. Dans d'autres plantes , ce phénomène peut être dû à des effets hygrométriques ou galvaniques.

Quant aux Animaux inférieurs qu'on nomme Zoophytes, ce nom ne leur a été donné que parce qu'on a pensé que réellement ils étaient intermédiaires entre les Animaux et les Plantes : beaucoup d'entre eux imitant par leurs formes de petits Végétaux ; tels sont les Actinia qui ont l'apparence de fleurs, les Gérâtophytes qui ont par leur port une grande ressemblance avec des arbustes , et dont les Animaux représentant les fleurs, donnent des signes non équivoques de leur animalité. Mais ce sont surtout les Spongia sur lesquels on est resté le plus longtemps dans le doute si elles appartenaient au règne animal ou au règne végétal; personne ne leur ayant jamais trouvé aucun organe spécial.

(1) H%»t. nat. des Anim. 9aM$t)erL,t. I , p. 98.

et quelques-uns seulement ont prétendu avoir observé chez elles des mouvements que d'autres nient, ne les ayant pas remarqués, quand même ils excitaient ces êtres par toute espèce de stimulus; et cependant ils donnent par l'analyse chimique des composants semblables à ceux des Animaux. Enfin, on a toutefois remarqué que leur masse est traversée par des courants d'eau entraînant même des matières fécales et des œufs (i); ce qui semble devoir les faire placer dans le règne animal; car ces courants sont nécessairement produits par des contractions des parois de ces mêmes canaux , quelque faibles qu'ils soient. Le corps fibreux, à mailles irrégulières, connu plus particulièrement sous le nom d'Épongé, est une espèce de squelette fixé invariablement sur un corps solide, sans racines, comme , d'ailleurs, la tige de tous lesCératophytes. Ce support est rempli et couvert d'une masse gélatineuse extrêmement délicate, percée de canaux irréguliers, correspondant à ceux qu'on remarque sur le support et dont les orifices donnent sortie aux courants d'eau, aux excréments et aux œufs, tandis que Teau paraît entrer dans la masse par des pores plus petits. Ce sont ainsi des Animaux , mais placés au d^ré le plus bas de l'échelle.

J'ai dit que l'instinct le plus prononcé que nous observions dans les Animaux de toutes les classes était celui de la conservation de leur existence; tous cherchant à éviter, autant qu'il est dans leur pouvoir, tout ce qui pourrait tendre à leur destruction , tandis que les Plantes étant privées de sentiment , ne sauraient éviter les causes qui peuvent les détruire ; mais la nature a pourvu à leur conservation par des moyens qui ne dépendent pas de cette faculté. La plupart formant des individus composés , peuvent perdre plusieurs de leurs parties , sans cesser leurs fonctions, et sans périr; ces mutilations ne leur enlevant le plus souvent aucun organe duquel dépend leur existence. Un très-grand nombre , appelées Vivaces^ peuvent même être réduites jusqu'à leurs racines, abritées dans la terre , sans cesser de pouvoir reproduire ce qu'elles ont

(1) GiiAMT. Eimb.phil Joum. , t. XIII , p. 04 et 333 ; t. XI Y, p. 113 et :336.

2i INTRODOCTION.

perdu. Cependant, ces moyens, indépendants de la volonté de Tindividu , sont nécessairement pins bornés que chez les Animaux , auxquels la conscience de leur être a permis de leur accorder encore divers moyens de se garantir d'une trop prompte destruction ; et la nature a en efFet mis dans leur instinct le désir de leur propre conservation , qui les pousse , souvent de la manière la plus extraordinaire , à fuir des dangers qu'il est impossible qu'il puisse connaître. C'est ainsi que le poussin , qui vient à peine de naître , se sauve avec frayeur à la vue d'un oiseau de proie, qui paraît pour la première fois à sa vue, tandis que tout autre oiseau de même taille , mais inoffensif, ne produit aucune crainte chez lui. La connaissance du danger ne suffisait cependant pas pour mettre les Animaux à l'abri d'une trop prompte destruction ; il fallait leur accorder encore la faculté de pouvoir assurer plus ou moins leur existence; et en effet, nous voyons que la nature leur a donné , selon les espèces , des moyens très- variés pour arriver à ce but. Tous, elle les a forcés , par la douleur insupportable attachée à la faim , à prendre de la nourriture pour leur faire réparer, en quelque sorte, malgré eux , la déperdition que leur corps éprouve à chaque instant , et qui finirait par amener la mort , si l'Animal ne se nourrissait pas. Pour les mettre à l'abri des poursuites de leurs ennemis , elle a donné ensuite aux uns des armes d'une défense active , avec lesquelles ils peuvent résister aux attaques de leurs ennemis ; à d'autres elle a accordé des armes d'une influence purement passives, telles que les piquants de XErinaceus (Hérisson) et de XHistrix (Porc-épic) , qui les mettent à l'abri du danger; à d'autres encore elle a donné les moyens de se soustraire à la destruction, en évitant les poursuites de leurs ennemis, soit en répandant des odeurs fétides, soit en se cachant , soit enfin en prenant simplement des attitudes particulières qui empêchent de les reconnaître. Un très-grand nombre trouvent leur salut dans la rapidité de la course ou du vol. L'Homme seul est né sans armes ; mais il a été doué de la raison , qu'il possède exclusivement , et par laquelle il règne en maître sur tous les autres êtres de la nature.

Maintenant , que j ai indiqué les différences qui existent entre les

INTAODDGTION. 25

deux règnes organiques , et que nous avons vu en particulier avec quelle admirable sagesse la nature tend à maintenir lexistence individuelle des Animaux , je reviendrai de nouveau sur le principe fondamental qui distingue ces derniers des Végétaux , pour le considérer sous le point de vue , non moins important de la conservation de l espèce , autre tendance des Végétaux et des Animaux , et à laquelle se rattachent de même plusieurs facultés également fort remarquables qui distinguent les deux règnes.

En créant cette infinité d'êtres organisés , il n a pas suffi, à Imtelligence suprême de leur accorder la vie et quelques moyens pour la conserver pendant un certain temps; il fallait leur accorder encore la faculté de reproduire leur semblable par la génération pour perpétuer leurs races : ces mêmes êtres étant soumis non-seulement aux causes de destruction lentes dues aux influences chimiques , mais encore à des causes accidentelles qui , brisant leurs appareils organiques, les auraient bientôt fait disparaître en entier, si la nature n'avait pas pris, dans sa sublime sagesse , le soin de leur faire produire de nouveaux individus pour remplacer ceux qui périssent. Les moyens qu elle a dû employer pour arriver à ce second but principal, ne pouvaient pas être indifférents, devant nécessairement dépendre des facultés accordées à chaque espèce comme individus, c'està-dire que ces moyens ne pouvaient pas être soumis , en tout ou en partie, à la volonté dans les Plantes, puisque cette volonté n'existe pas, tandis qu'ils pouvaient en dépendre dans les Animaux; et chez ceux-ci seulement elle a pu en faire un penchant instinctif, par lequel les chances de la génération sont plus multipliées. Chez les Plantes , au contraire, la nature a dû compenser ces mêmes chances par des précautions indépendantes de la volonté des individus ; ce qui établit encore des différences fort remarquables entre les deux règnes organiques, différences qui présentent toutefois des nuances presque insensibles depuis les Animaux les plus élevés jusqu'aux Plantes les plus imparfaites.

C'est surtout dans de semblables circonstances que la nature créatrice nous montre les nombreuses ressources qu'elle possède, qu'elle nous fait voir avec quelle précision elle a calculé la possibilité des résultats,

î26 INTRODUCTION.

et enfin^ avec quelle sublimité de vue elle a appliqué les diverses modifications aux différentes conditions dans les lesquelles se trouvent les êtres organisés.

C'est aussi en s élevant à ces considérations que Ton aperçoit la haute sagesse avec laquelle tout est coordonné dans la nature pour faire arriver chaque être au but qui lui est prescdt , où l'on voit les propriétés physiques et chimiques employées avec le plus grand dissernement ; oii nous trouvons l'application la plus savante des lois de la statique , de l'hydraulique , de l'optique et de l'acoustique à un degré d'élévation que nous ne saurons jamais atteindre , et par lesquelles la nature a procuré aux êtres organisés , et surtout aux Animaux , toutes les facultés dont ils ont besoin.

En examinant quels peuvent être et quels sont en effet les divers moyens de multiplication dont les Plantes et les Animaux sont susceptibles, d'après le degré de perfection des uns et des autres , nous remarquons tous les modes qui nous paraissent possibles , comme si la nature s'était plu à faire voir que tous les moyens lui étaient connus , et qu'elle a su les appliquer, chacun dans les circonstances les plus- avantageuses , sans se trouver jamais en contradiction soit avec les principes qu'elle a posés elle-même dans l'organisation , soit avec les lois physiques établies avant. Comme les végétaux sont privés de la conscience de leur existence , et que la génération doit en conséquence se faire chez eux sans aucun acte de volonté, la multiplication par drageons était le mode le plus favorable; aussi la nature Ta-t-elle accordé à un très-grand nombre de leurs espèces , mais cependant pas à toutes; car les arbres résineux et d'autres ne paraissent pouvoir se reproduire que par semences. Ce mode de multiplication par drageons , nous le trouvons chez les Plantes avec toutes les modifications possibles. Les unes se perpétuent par des bourgeons qui s'élèvent sur certains points de leurs racines, pour devenir, en sortant de terre, des individus semblables à celui qui leur sert de souche ; d'autres , telles que les Rubus (Ronces) , prennent racine à chaque point de leurs longues branches qui touche à terre. D'autres encore , comme les Fragaria (Fraisiers), produisent des tiges rampantes d'une nature

particulière, appelées stolons^ qui se répandent dans toutes les directions , prennent de distance en distance racine , et augmentent ainsi le nombre des pieds. Beaucoup d'espèces viennent de boutures; c est-à-dire que chaque branche, séparée par accident ou autrement, et à laquelle il arrive d'être couverte de terre, prend racine et devient un individu complet. Il en est même, comme le BiyophyUum ^ làRocheafalcata , la Cardamine pratensis^ etc., dont une simple feuille, placée dans des circonstances favorables , sur de la terre humide , peut reproduire toutes les autres parties de la Plante. Enfin , d après les belles expériences de Turpin , la moindre petite partie d'une feuille de YOrrdthogalum thyrsoïdes (i) régénère la Plante entière, tant la nature a facilité à ces êtres, privés de volonté, les moyens de se multiplier, afin d'empêcher la trop prompte destruction de l'espèce.

Aces modes de reproduction par drageons et par boutures, la nature a joint, à ce qu'il paraît, partout la véritable génération^ fonction éminente, par laquelle les Plantes produisent de nouveaux individus , sans que la volonté intervienne. Pour cela , il a été créé des organes spéciaux appelés sexuels, dont la fonction exclusive des uns , noiamés femelles , est de produire des rejetons nommés semences , destinés à être séparés de l'individu qui leur donne naissance y après que d'autres organes, appelés mâles , les ont animés d'une vie individuelle , en versant sur eux un liquide prolifique ou sperme.

Ces semences qui, à une certaine époque de l'année, lorsqu'elles sont arrivées à un premier degré de développement, se séparent du pied qui les a produites , sont dispersées en l'air pour devenir, par un second développement plus .étendu , qu'on nomme la germination , des Plantes semblables à celle dont elles proviennent.

Pour que celte fonction pût s'exécuter avec la plus grande chance de succès , il est évident qu'il était convenable que les organes mâles et femelles fussent tellement rapprochés, que les premiers pussent agir sans aucune difficulté sur les seconds , afin d'y vivifier les jeunes semences

<i} Ann. de la Soc. thorî. de Paris. Janvier 1829.

OU germes , acte qu'on nomme IsLjècondation ; et en effet , c'est la condition dans laquelle se trouve la grande majorité des Végétaux , dont les organes mâles ou étamines entourent immédiatement les organes femelles ou pistils , les uns et les autres réunis dans hifleur^ qui prend de là le nom Ae fleur hermaphrodite. Chez ces Plantes, comme d'ailleurs chez toutes les autres, les étamines produisent une quantité très-grande de poussière fécondante on pollen , qui va , abandonnée au vent , s'attacher au pistil placé au milieu , où ces grains de poussière , qui sont de petites vésicules contenant le sperme , répandent ce dernier sur le pistil par le moyen duquel ce liquide pénètre jusqu'au germe et le vivifie.

La distance qui sépare les organes des deux sexes étant d'ordinaire très-petite , il est presque impossible que , par le simple effet de l'air, une partie du pollen ne tombe pas sur le stigmate du pistil, sans qu'il soit nécessaire que les étamines se fléchissent sur ce dernier pour y déposer cette poussière ; ce qui arrive toutefois chez un assez grand nombre de Plantes telles que la Ruta graueolens.

Le sperme renfermé dans les vésicules du pollen pouvait , dans* cette condition seule , être facilement transporté des étamines sur le pistil , et cette précaution de l'envelopper ainsi est déjà un de ces actes de haute prévoyance dignes d'exciter l'admiration , faisant voir que la nature créatrice a pesé les inconvénients qui en résulteraient pour la fécondation, si le fluide spermatique était libre. Chez les Animaux au contraire , qui , par l'effet de leur volonté , peuvent porter le liquide prolifique dans l'organe génital de la femelle , ce liquide est toujours libre.

Dans ce moyen de multiplication par la génération , la nature a pu s'élever cependant déjà , à l'égard des Plantes, à des degrés différents de complication , mais toutefois avec des chances moins favorables à la fécondation , et par conséquent à la conservation de l'espèce : ce sont ces degrés qu'on désigne sous le nom de Plantes monoïques et dioïques. Chez les premières, il y a encore hermaphrodisme , mais les organes des deux sexes sont plus ou moins éloignés les uns des autres sur des parties différentes de la Plante, et pour que la fécondation ait lieu , la nature fait simplement produire aux fleurs mâles une quantité beaucoup plus

grande de pollen que dans les fleurs hermaphrodites, en chargeant, d'ailleurs , comme pour celles-ci, l'élément ambiant de transporter cette poussière dans les fleurs femelles ; mais on conçoit que la fécondation de ces Plantes monoïques doit toutefois être moins facile que dans les espèces où les deux sexes sont réunis; cependant il est rare qu'elle n'ait pas lieu.

Dans les Plantes dioïques , les deux sexes sont plus éloignés encore , étant placés snr des individus différents , et la fécondation est de là plus difficile encore ; aussi la nature est-elle arrivée là au dernier degré de possibilité pour les Végétaux , et a été obligée d'employer, pour la faire réussir, des moyens que , dans certains cas , nous ne pouvons même pas concevoir. Il semble que chez ces Plantes , la fécondation ne devrait pouvoir se faire qu'autant que les individus des deux sexes se trouvent trèsrapprochés, pour rentrer, en quelque sorte, dans les conditions des Plantes monoïques , tandis que lorsqu'ils se trouvent éloignés , la fécondation devrait devenir très-difficile et même impossible.

Mais les Plantes dioïques produisent d'ordinaire une si grande quantité de pollen, que cette poussière, abandonnée au vent, peut être facilement portée au loin sur les fleurs femelles qui se trouvent ainsi souvent fécondées à de très-grandes distances. Enfin , il est possible que certaines Plantes jouissent de la faculté de pouvoir être fécondées pour plusieurs générations successives, ainsi que cela a lieu chez quelques Animaux , tels que les Aphis.

La nature ayant porté chez les Animaux la vie à un degré plus élevé que chez les Plantes, en leur accordant la conscience de leur propre existence , et diverses autres facultés soumises à la volonté , elle a pu aussi leur accorder , outre les différents modes de génération qu'on observe dans les Végétaux, et qui ne sont d'ailleurs pas incompatibles avec la conscience du mo/, encore pinceurs autres manières de se reproduire qui ne sauraient exister chez les Plantes.

On conçoit que les Animaux les plus imparfaits, ceux qui, à la manière des Végétaux , sont invariablement fixés dans des lieux déterminés; ceux qui ont peu de facultés, peu de sens pour se mettre en

rapport avec les autres êtres; en nn mot, ceux qu'on a, quoique impropremeot, nommés Zoophytes, pour désigner leur grande imperfection, doivent se reproduire à peu près comme les Végétaux, et c'est, en effet, ce que nous remarquons dans les Polypes et même dans des classes plus élevées , comme celles des Annélides.

Chez les Polypes , la multiplication a lieu, comme dans les Végétaux , à la fois par bourgeons et par germes ou œufs.

Chez ces Animaux, ainsi que dans un grand nombre d'autres, il y a hermaphrodisme complet , comme dans les Plantes ; c'est-à-dire que chaque individu se féconde lui-même , et les germes se trouvent vivifiés soit dans l'organe même oii ils ont pris naissance , soit dans une cavité particulière dans laquelle ils passent. Chez d'autres , il y a hermaphrodisme imparfait : condition qui a quelque analogie avec celle des Plantes monoïques; c'est-à-dire , que les organes des deux sexes sont séparés sur le même sujet, mais alors il faut déjà que deux individus se fécondent réciproquement , vu que le sperme des Animaux étant liquide , il a besoin , chez ces espèces , d'être porté par le mâle immédiatement dans l'organe génital de la femelle. La fécondation peut aussi avoir lieu, il est vrai, comme dans les Plantes; c'est-à-dire, que le sperme répandu dans l'élément ambiant s'introduit par lui-même dans les organes reproducteurs de la femelle, comme cela existe chez les Triton et les Scdamandra (i) ; ou bien il arrive que les œu& ne se trouvent fécondés que hors du corps de la femelle , ainsi que cela se fait chez les Poissons , qui , d'ailleurs , ne sont pas hermaphrodites , et ce mode n'a jamais lieu chez les Végétaux. La fécondation peut enfin se faire par une véritable intromission , ce qui n'existe également point dans les Plantes^ cet acte exigeant de la volonté.

(1) Gai , voyageur français au Chili , assure ayoir remarqué que plusieurs Reptiles , et entre autres des Ahourrs , voisins des BufOy sont vivipares à Valdivia et ovipares à Santiago. Ce fait extraordinaire , quant a rinflnence des lieux, ne peut être conçu pour ce qui concerne l'acte de la fécondation , qu'en admettant que le sperme répandu dans l'eau s'introduit par lui-même, au moyen de l'élément ambiant, dans le corps de la femelle, ainsi que cela est constant chez les Sa^ lamandra ^ et ne dépend pas du lieu.

t!^TRODUCTION. 31

Le sperme de tous les Animaux est , ainsi que je Vai déjà fait remar* quer, sans exception un liquide non recouvert , et c'est chez eux seule* ment quil peut être dans cet état. Toutes les espèces, soit hermaphrodites parfaites, soit hermaphrodites imparfaites, soit même à sexes séparés , mais chez lesquelles il n'y a pas intromission ou du moins abou^ chement des organes génitaux des deux sexes, sont sans exception aquatiques , et l'élément ambiant peut en conséquence charrier facilement un sperme liquide, tandis que , dans les espèces aériennes , la liqueur fécondante, ne pouvant jamais être transportée par l'air, est introduite directement par le mâle dans l'organe reproducteur de la femelle.

Dans les classes supérieures , la nature s'élève de plus en plus à des modes de génération plus compliqués, pouvant y faire intervenir la volonté, ainsi que d'autres facultés encore , dont les espèces inférieures sont privées ; aussi ne rencontre-t-on chez les Vertébrés et la presque totalité des Animaux articulés que des espèces à sexes séparés. Comme ils jouissent tous de la locomotion et de la faculté de pouvoir reconnaître leurs femelles et de les poursuivre, la nature a pu confier en partie la génération à leurs soins. Un sperme liquide ne pouvant être transporté par l'air, milieu dans lequel beaucoup de ces animaux vivent , le mâle le porte lui-même, ainsi que je viens de le dire, sur l'organe où il doit féconder les germes, et dans ce dernier cas, il y a nécessairement accouplement ; tandis que chez les espèces aquatiques , telles que les Poissons, la fécondation a souvent lieu, comme chez les Plantes dioïques, sans le contact des deux sexes, avec cette différence cependant que les œufs sont toujours fécondés après s'être détachés du corps de la mère, et souvent même loin d'elle, comme cela arrive chez beaucoup de ces animaux.

On a vu avec quelle précaution la nature est parvenue à la conservation de l'espèce chez les Plantes , sans la participation de la conscience du moi; tandis que chez les Animaux, elle Ta confiée au contraire en partie aux soins de ces derniers. Mais pour l'assurer davantage , elle y a attaché un penchant instinctif tellement fort, que l'acte par lequel la fécondation est consommée est l'effet de la passion la plus violente dont

ils soient capables , et c est par là qu elle a assuré lexistence perpétuelle des espèces.

D après lexposé que je viens de faire des facultés qui caractérisent les Plantes et les Animaux, nous avons vu que les uns et les antres tendent tous vers deux grands buis , celui de la conservation de l'individu et celui de la conservation de l'espèce , et que par cela même que les Animaux ont la conscience de leur existence et le mouvement volontaire de plus que les Végétaux y ils étaient aussi susceptibles d'une organisation plus compliquée, et ont reçu en conséquence des appareils d organes dont les Plantes sont nécessairement privées.

Ces mêmes soins , cette même harmonie , cette même prévoyance qu on remarque dans l'économie des êtres , et surtout des Animaux , relativement à ces deux fonctions principales qu'ils ont à remplir, se font également remarquer dans toutes les autres fonctions, qui sont toujours en harmonie avec celles-là, mais pas toujours sous leur dépendance comme on pourrait le croire, et la dominentau contraire souvent, selon que le principe , qui a servi de base à l'organisation de telle ou telle famille , Ta exigé.

Il est évident que toutes les fonctions qui tendent à un but commun, doivent nécessairement être dépendantes les unes des autres, et surtout dépendantes de la fonction principale, qui devient par là la régulatrice de toutes les autres; de sorte que le but que chaque être doit atteindre , ou en d'autres termes sa cause Jinale, est le principe fondamental de toute son organisation. Cette vérité est en quelque sorte mathématique , car tout organe destiné à une fonction quelconque doit être en harmonie avec elle, c'est-à-dire fait de manière que cette fonction soit possible ; et comme cette dernière doit être en corrélation avec toutes celles avec lesquelles elle concourt au même but , il est évident aussi qu'il faut qu'il y ait concordance entre ces diverses fonctions particulières, et par conséquent entre leurs organes pour que la fonction principale puisse être remplie ; et c'est là la raison qui exige que le plan sur lequel les Animaux sont formés ait préexisté à leur organi^ sation.

Cette vérité, à laquelle on arrive ainsi par la théorie, qui est, comme on le voit , elle-même fondée sur l'observation , quant à ses faits principaux , est encore appuyée par l'observation directe , lorsqu'on examine tous les organes en particulier , même ceux qui se trouvent sous l'influence la plus éloignée de la condition principale que chaque animal doit remplir, étant tous dans une harmonie parfaite avec leurs fonctions, sans qu'il y ait aucun organe superflu, à fonctions inutiles, à moins que ce ne soient ceux qui, après avoir parcouru leur échelle de gradation, sont arrivés à un état rudimentaire qui les rend impropres à tout usage, et qui ne font plus que tenir encore la place qu'ils occupaient chez les espèces oii ils exerçaient pleinement leur fonction-, condition dont j'aurai à parler dans un autre moment. De ces faits, on doit nécessairement conclure encore que l'organe n'a pas préexisté à la fonction spéciale qu'il remplit et ne l'a pas déterminée, mais que celle-ci a déterminé, au contraire, la forme et la disposition de l'organe, ou, comme je me suis exprimé plus haut , que le plan de l'organisation a préexisté à l'organisation elle-même.

En effet , si la présence et la conformation des appareils avaient déterminé les fonctions , il s'en serait nécessairement suivi que certains organes se trouveraient en opposition avec d'autres, ou même totalement inutiles; ce qui ne s'observe nu)le part. On ne pourrait d'ailleurs pas concevoir comment un organe aurait pu se former avec cette admirable harmonie, non-seulement dans ses propres parties, mais encore, ce qui est bien plus remarquable , en harmonie avec des agents extérieurs entièrement étrangers à l'Animal lui-même , mais qui devaient avoir, après l'existence de celui-ci, une influence sur ses facultés. Je parle ici, non pas uniquement de corps étrangers à l'Animal, mais surtout des lois auxquelles les effets des corps sont soumis. Par exemple , comment serait-il possible qu'il existât daas Tœil , et nulle part ailleurs, un cristallin d'une forme telle , qu'elle est exclusivement propre à concentrer les rayons de lumière , dont la loi est , que sa réfraction est proportionnelle à la densité des corps qu elle traverse , et que précisément le foyer se trouve sur la rétine, membrane sji adqiirableroent placée

pour recevoir les images que la réfraction de la lumière par le cristallin y trace, images capables de devenir sensibles à l'Animal , par le moyen du seul nerf qui a la propriété d'en transmettre la forme et les couleurs au moi y pour lui faire connaître la présence au dehors de lobjet qu'ils représentent, objet dont il est nécessaire que T Animal ait connaissance pour subvenir à ses besoins? Faat-il admettre ou non ici lexistence d un être créateur tout-puissant qui a établi de si étonnants rapports? Encore n'ai-je cité quune partie de l'admirable appareil qui constitue l'œil , n'ayant pas parlé de la savante combinaison de ses humeurs, par laquelle cet organe est devenu parfaitement acroma tique , pour ne pas altérer la couleur naturelle des corps ; où je n'ai rien dit de la faculté qu'il a de changer de foyer afin de pouvoir former des images nettes des objets placés à des distances différentes ; de cet iris qui jouit de la faculté de graduer la lumière , sans la participation de la volonté de r Animal , pour ne laisser pénétrer dans l'œil que la quantité la plus convenable à rendre la vision claire et nette ; enfin de la faculté qu'a l'œil de pouvoir se diriger dans tous les sens , selon le besoin , pour explorer toutes les régions. Et ce que je dis ici de l'œil s'applique même à la plus simple glande sécrétoire, dont certes personne ne pourra concevoir comment elle a pu devenir par elle-même ce qu'elle est. Demanderai-je comment on pourrait concevoir que le foie , par exemple , se soit formé d'artères et de veines qui communiquent avec des vaisseaux ou des follicules dont la faculté est de sécréter la bile , liquide dont la composition est telle qu'il agit comme digestif sur les aliments, si cette bile ne devait pas être versée dans un réservoir commun , où elle se met en contact avec ces mêmes aliments fournis par des organes très-éloignés? Cette harmonie serait certainement inexplicable; car, supposons pour le moment que le hasard , ou une cause quelconque , ait formé dans un même espace du sang , des artères , des veines et des organes sécrétoires, ce qu'il serait d'ailleurs déjà impossible d'admettre , je ne vois pas pourquoi ces derniers devraient nécessairement avoir des canaux excréteurs; car, d'après les lois générales et physiques de la nature auxquelles on veut tout rapporter, les organes élémentaires de la sécrétion

devraient se gorger de liquide et finir par crever, en laissant répandre la bile qu'ils contiennent , sans qu'il soit nécessaire que ce liquide soit dirigé de tel ou tel côté. Mais accordant même que les canaux excréteurs puissent exister ^ pourquoi se rendent-ils précisément là où rhumeur sécrétée peut seule être utile, et jamais ailleurs, et dans un lieu oii d'autres organes extrêmement compliqués et fort différents, comme les yeux et le nez, qui font découvrir la nourriture; les pieds qui en font approcher le corps; les mains qui la saisissent pour l'introduire dans la bouche tout ouverte et préparée d'avance pour la recevoir, où des organes masticateurs la broient pour la faire parvenir à des organes de déglutition si soigneusement disposés pour les pousser dans l'œsophage, qui est lui-même précisément un canal conduisant de la bouche dans l'estomac et les intestins , où attend justement la bile pour favoriser leur décomposition et préparer ces aliments à fournir le chyle? Mais arrêtons, car si je continuais cet enchaînement de faits, si extraordinairement en concordance les uns avec les autres pour concourir à un même but, je finirais par décrire tout l'organisme de l'Animal , tout ne formant qu'une grande fonction , celle de la vie , et ne tend qu'à un grand résultat , la cause riNAtK.

On veut attribuer tous ces faits aux lois de la physique et de la chimie I Mais ces lois sont suffisamment connues pour qu'on sache qu elles ne peuvent produire cpe des résultats suceptibles d'être calculés mathématiquement, et qu elles ne sauraient éublir aucun rapport entre les divers organes d'un Animal , et les propriétés entièrement indépendantes d'un autre être; de même qu'aucune loi physique ne pourrait déterminer la composition d'une montre , et établir entre elle et le cours du soleil qui en est entièrement indépendant , ce rapport , si constant de mouvement et de périodiaté, objet dans lequel nous voyons ^ outre la matière et les lois qui la r^issent , encore éclater tout le génie de l'inventeur. Et s'il est vrai qu'un objet tel qu'une montre ne saurait se produire par le pur concours des propriétés inhérentes à la matière brute, il sera bien autrement impossible encore qu'un être vivant quelconque, même la plus simple monade, puisse naître spontanément; le

génie de Tartiste, qui se manifeste dans une mécanique , n étant aucanement comparable à Tineffable sagesse et à la tonte-puissance du Créateur révélées dans l'organisation de Tanimalcule le moins compliqué; et admettre avec quelques matérialistes d'autrefois , pour éluder les difficultés , que les êtres organisés existent de toute éternité sur la terre , et se reproduisent par une faculté aussi éternelle que leurs races; cette hypothèse ne saurait plus être soutenue de nos jours, où une foule de faits géologiques nous prouvent que le globe a subi des révolutions ou tout a péri, pour faire place à de nouvelles créations.

Que dis-je, nous avons aujourd'hui la preuve irréfragable que la terre a même été, à une certaine époque , entièrement dans un état de fusion ignée , qui ne permettait l'existence d'aucun être vivant. Ceux-ci y sont donc arrivés après , et ne sauraient ainsi exister de toute éternité ; et quel est le philosophe dont l'esprit soit assez fort, assez sagace pour concevoir que l'Homme, par exemple, a pu être produit spontanément avec son admirable structure? Personne n'a jamais osé l'admettre, et ceux mêmes qui ont cru à la génération spontanée , n'étaient assurément ni anatomistes, ni physiologistes, et ne l'ont admise que pour les espèces qu'ils ont gratuitement regardées comme très-simples dans leur organisation , par cela seul qu'ils n'en connaissaient pas la structure; aussi ont-ils été battus partout où ils ont cru pouvoir s'appuyer de quelques faits spéciaux que présentent des êtres difficiles à observer; et obligés enfin de se renfermer exclusivement dans la classe des Infusoires, où ils espéraient pouvoir se maintenir, par cela même que l'extrême «petitesse de ces êtres ne permettait guère de les soumettre à lexpérience ; Spallanzani les a débusqués de ce dernier retranchement , en prouvant que là, comme ailleurs, ces animalcules, dont i25 millions réunis, forment ensemble à peine le volume de la plus petite tête d'épingle, doivait toujours leur existence à d'autres semblables à eux , qui les ont engendrés.

Si l'on voulait répondre avec Lamarcx (i), que les premiers Animaux

(1) Hist. nat des An. sans vert, ^ t. I; istrodcctio».

produits par la nature étaient tellement simples que tout rapport d'organes était inutile chez eux , et que ces rapports se sont établis peu à peu, à mesure que la loi créatrice (la nature, selon cet auteur) a fait faire des progrès à ces espèces primitives, soit que cette loi ait produit ces rapports, soit qu'ils se soient établis d'eux-mêmes par la nécessité (i).

Dans le premier cas, on rentrerait, comme Lamarck lui-même, dans l'opinion contraire , c'est-à-dire que la fonction est la cause de la structure; car la loi créatrice^ existant nécessairement avant l'organe, contiendrait déjà en elle-même le but que l'organe doit atteindre, ou, en d'autres termes , sa fonction ; ce qui , en définitive , ne revient à autre chose qu'à substituer l'action de la loi productrice établie par le Créateur, comme le pensait Lamarck , à l'action directe du Créateur, dont ce savant était loin de nier Texistence (2).

Dans le second cas, je ne vois pas du tout comment la nécessité^ qui n'est iciqu'un^e50^sansm(ijK^7^6tsans/oAice, pourrait produirequoiquecesoit?

Le même savant , pour citer des exemples à l'appui de son opinion , dit (3) : « L oiseau , que le besoin attire sur l'eau pour y trouver la curée » qui le fait vivre , écarte les doigts de ses pieds lorsqu'il veut frapper ^ l'eau , et se mouvoir à sa surface. La peau qui unit ses doigts à leur ir base, contracte, par cet écartement des doigts sans cesse répétés, » l'habitude de s'étendre; ainsi, avec le temps, les larges membranes » qui unissent les doigts des canards , des oies , etc. , se sont formées » telles que nous les voyons. » Mais pour recevoir ceci comme une preuve , il faudrait aussi admettre : i*" que des oiseaux qui n^ sauraient nager, tels que lespoules^ dont les orteils sont même réunis par un*commencement de palmure, vont sur l'eau!!! et 2** que par l'écartement souvent répété des orteils, la peau qui unit ces derniers, s'étend, ce qui est contraire à toute loi de la physique ; car ces membranes devraient plutôt se fendre et disparaître que de se prolonger et s'étendre !!! Plus

(1) Loc. cît, , p. 185.

(2)Loc. cit., p. 214.

(2)Ph%l.zooL,t,l,f.U9.

38 lîiTRODDCTION.

loin , p. 35o y il ajoute que les oiseaux de rivage (ëchâssiebs), allongeant leurs pieds et le cou pour pouvoir entrer à gué dans leau et plonger leur tète jusqu'au fond , il en est résulté que ces deux parties de leur corps se sont allongées autant qu elles le sont aujourd'hui. Or, les Animaux peuvent bien redresser leurs jambes et leur cou , ce qu on appelle vulgairement a//o7}ger, mais ne sauraient les tirer en long pour produire le prétendu effet indiqué par Lamârck , car l'organisation de ces parties ne permet pas cette traction ; et «i ce naturaliste avait eu seulement les plus légères notions d'anatomie et de physiologie , il n'eût pas avancé des opinions de cette espèce, comme preuves de ses hypothèses; et il ajoute encore 9 p. 263 , qu'il pourrait faire voir que la forme des Animaux y avec leurs organes et leurs facultés ne sont dues qu'aux circon* stances dans lesquelles ils ont vécu.

Il est vrai que les organes sont susceptibles de varier plus ou moins dans leurs formes et leur volume , d'après l'exercice qu'on leur fait faire ; mais cette variation se borne simplement à quelques modifications dans la masse, qui change de dimensious, sans qu'il se produise jamais le moindre organe de plus*

Il est vrai encore que l'on observe dans l'échelle des Animaux une gradation assez bien suivie , et peut-être même sans grandes interruptions. Qu'à Tune des extrémités de cette échelle , on remarque des espèces d'uiie simplicité étonnante , tandis qu'à Tautre on trouve, au contraire, des Animaux très-compliqués; mais devons-nous précisément en conclure avec Làm ABCK que cette gradation n'est que le résultat d'un plus ou moins grand perfectionnement d'une seule espèce originelle 7 Je ne le pense pas, car cela est impossible, comme je viens de le faire voir; mais je crois , au contraire, avec beaucoup d'autres naturalistes , ainsi que je l'ai déjà dit plus haut, que l'existence des êtres vivants est due au pouvoir intellectuel, êàge et tout-puissant d'un Dieu gkeatbur, qui a présidé à l'organisation de chaque espèce en particulier, en les formant toutes d'après un plan déterminé qu'il s'est lui-même tracé, plan qui constitue le SYSTÈME NATUREL DE ^CLASSIFICATION dout la conuaissauce est l'objet prin- <^ipal des recherches des naturalistes.

INTliODÛCTION. 39

Il paraît aussi que TÉtre suprême n a employé dans la création qu un certain nombre d organes qu'il a modifiés suivant le but qu*il s'est proproposé , en les reproduisant toujours dans un grand nombre d'espèces avec des modifications graduelle plus ou moins fortes , assujetties à des principes fondamentaux , d'où résultent plusieurs lois générales auxquelles sont soumises l'organisation et les fonctions de tous les êtres , et d'où naissent les ressemblances que ks espèces d'une même division ont entre elles.

Ayant déjà fait connaître plusieurs de ces lois dans mes Considérations générales sur ranatomie comparée des Animaux articulés , 1 82 8 , je les reproduis ici , toutes étant applicables au règne animal entier :

Première loi. La loi la plus générale qu'on reconnaît dans l'organisation des Animaux est que tous les appareils sont soumis à une s^ariation constante déforme et même de fonction^ en passant dune famille à une autre.

Dans ces changements infinis , les organes suivent le plus souvent une gradation soit ascendante, soit descendante, par laquelle ils arrivent à des états plus parfaits ou plus imparfaits, suivant le plan que l'intelligence suprême s'est proposé dans la création des êtres. C'est de l'ensemble de toutes ces gradations des organes que dépend l'ordre de prééminence des Animaux , et par suite l'échelle naturelle de classification de ces derniers- Mais , quoique cette loi générale se montre souvent d'une manière très-évidente, on a cherché en vain à saisir les principes sur lesquels elle repose, et les différents systèmes de classification qu'on a établis pour les Animaux , nous dounent une idée de la diversité d'opinions qui existe à ce sujet.

Cette variation des organes est tantôt assez régulière et tantôt irrégulière , relativement à celle d'autres organes.

L'observation montre que cette loi générale de variation se modifie dans plusieurs circonstances.

Premier corollaire. Suivant les fonctions que les organes doii^ent remplir.

DEQxmMB COROLLAIRE. D'après les circonstances dans lesquelles ils se trouvent les uns à F égard des autres.

ko INTAODUCTION.

Tkoisièmb corollaire. Selon que ces organes sont plus ou moins sous l influence de causes étrangères au corps de t animal.

La loi générale se divise de là en plusieurs lois particulières, dont les unes sont communes à tous les organes , et dont les autres ne marquent que de simples relations, en indiquant les rapports qui existent entre deux appareils pris séparément.

Deuxième loi. Lorsqu'un organe est de\^enu tellement imparfait par la dégradation qu'il a subie ^ qu'il ne peut plus remplir sa /onction primitis^e , tandis quil est cependant nécessaire de maintenir celle-ci , le premier appareil se trouf^e remplacé^ soit par un noui^eau , soit par un autre déjà existant ^ mod^é pour être accommodé à ce nouvel usage.

Dans toutes les circonstances où la nature ne pouvait pas conserver un appareil , soit quïl n'ait pu s'accorder avec le reste de l'organisation de l'Animal , dont les autres parties ont changé de condition ; soit qu'il ait disparu par la dégradation , tandis que sa fonction a dû être con* servée , on voit alors une npuvel appareil employé à cette fonction , quoiqu'il en remplisse souvent encore une autre.

Il est rare que la nature introduise un nouvel organe, si un autre, devenu inutile, peut remplir les mêmes conditions. Cette admirable économie se fait remarquer jusque dans les formes, qui sont conservées aussi longtemps que possible , et les parties du premier appareil , qui ne peuvent plus servir à la nouvelle fonction , ne disparaissent que graduellement. Ces parties, qui sont alors comme surajoutées aux organes, servent très-avantageusement pour reconnaître l'usage primitif de ces derniers.

Troisième loi. Lorsque la nou\?elle fonction exige une plus grande

complication dans la composition de l'organe qui la prodidt , celui-ci

T acquiert successii^ement par des parties qui s'y ajoutent d'abord sous

forme de rudiments , et se développent ensuite progressivement sur d'au^

très espèces ou sur d'autres paires.

Quatrième loi. La même fonction peut être exercée par des appareils anatomiquement tout àfoit différents.

Lorsqu'un appareil doit être remplacé par un autre dans sa fonction «

INTKODUCTION. ftl

ils existent dordinaire tous les deux simultanément sur le même Animal , ce qui prouve que le second n'est pas une simple transformation du premier.

Cinquième loi. A l'une des extrémités de leur échelle^ les organes ont toujours une fonction éi^idente , tandis qiià ï autre extrémité^ ils sont généralement rudimentaires ^ sans fonction ^ et finissent même par disparaître.

On peut distinguer ici deux cas : dans le premier, les organes se présentent à la tête de leur échelle avec le degré le plus élevé de développement qu'ils sont sasceptibles d'atteindre, et décroissent ensuite insensiblement jusqu'à l'autre extrémité de l'échelle. Dans le second cas, ils ne se présentent point à la tête de l'échelle à l'état le plus développé, et ne l'acquièrent que par degré.

Sixième loi. Dans les organes qui forment des séries sur le même Animal , la gradation est d'ordinaire double ; c'est-à-dire que , dune part , elle est relatis^e à la succession des genres et des fiinuUes , et de loutre , elle est relative au rang que chaque partie occupe sur le corps.

Septième loi. Les échelles de gradation des organes sont simples ou rameuses.

Dans les premières , les modifications ont lieu d'après un même principe ; dans les secondes , le principe diffère dans les diverses branches , et cette différence détermine naturellement des rameaux plus ou moins distincts dans le système de classification.

Huitième loi. Sous^ent les organes se dominent les uns les autres; alors ceux-ci suii^ent la même marche de gradation que t organe dominateur^ et quand enfin ce dernier disparaît , ceux qui lui étaient subordonnés reprennent subitement leur forme primitis^e , modifiée suis^ant la gradation qu'ils ont dû suii^re par eux-mêmes.

C'est principalement par cette loi que l'on peut reconnaître si un organe qui manque à une espèce a disparu par l'effet de sa dégradation , ou bien s'il ne manque que par ^in simple avortement spécifique ; dans ce dernier cas, tout ce qui était exclusivement subordonné à cet organe reste dans le même état , comme fi'il existait encorç , et surtout si les or^

42 INTRODUGTlOiV.

gânes subordonnés ont déjà éprouvé une transformation très-notahle par Teffet de la loi de variation , à laquelle ils étaient soumis , pendant que Torgane dominateur a agi sur eux , et qu ils fussent obligés de subir un trop grand changement pour revenir à leur forme primitive.

Nedviéme loi. La forme de plusieurs organes dépend de certains agents extérieurs auxquels ils sont liés par leur Jonction , et en suivent les {variations.

Par lefFet de ces divers genres de gradation que parcourent tous les appareils, l'ensemble du corps est plus ou moins modifié pour être accommodé aux différentes conditions dans lesquelles les animaux doivent vivre, et suivent une marche si bien réglée, que tousse trouvent constamment dans une harmonie admirable avec le principe fondamental, d'après lequel ils ont été modifiés dans chaque famille, principe qui devient ainsi leur régulateur essentiel, et si je ne craignais pas de manquer de respect à l'esprit suprême qui a tout coordonné, je dirais que souvent même il semble avoir joué avec sa puissance créatrice , en montrant sur certaines espèces, avec quelle facilité il a pu faire concorder ensemble les facultés les plus disparates et en apparences incompatibles ; de là cette ambiguïté, qu'on remarque dans l'organisation de quelques espèces dont l'existence n en éprouve toutefois aucune atteinte ; et à côté d'elles, d'autres espèces qui nous offrent les modèles les plus accomplis des diverses facultés dont les Animaux ont été doués ; enfin , une foule d'autres encore font , par des transitions plus ou moins rapides, le passage de l'un de ces types à l'autre.

Si , d'une part , les espèces types nous indiquent ainsi les divers buts que la nature créatrice s'est proposé d'atteindre, en modifiant l'organisation des Animaux , les espèces excentriques et anormales nous montrent , de l'autre , les divers degrés de possibilité d'une faculté ou d'une forme; et parla, les limites dans lesquelles elles sontrenfermées, et mettent lobservateur sur la voie des expériences ou des calculs qu'il doit faire pour déterminer ces limites là où les Animaux connus ne les montrent pas eux-mêmes. Tout est d'ailleurs établi avec une si admirable sagesse et des vues si élevées, que partout où nos faibles connaissances nous per^

mettent de porter un jugement sur les principes que la nature a suivis dans la formation des êtres, il nous serait impossible, en supposant même que nous possédassions la faculté de créer à volonté, de faire également bien. Car il faudrait que nous pussions concevoir , jusque dans les moindres détails, l'objet que nous voudrions produire. Si, en partant d'un type quelconque, par exemple de celui de \ Homme, Mammifère bipède, et en restant fidèle au principe fondamental de son organisation comme Mammifère , on voulait , par la pensée , le transformer en quadrupède volant^ on ne pourrait pas mieux faire que de le convertir en Cheiroptbre. Ou bien, si on voulait en faire un quadrupède sauteur , on arriverait nécessairemc^nt au modèle représenté par le genre FeUs ; pour en faire un Mammifère nageur par excellence , on serait forcé de s'arrêter au type des Cétacés. Enfin, en restant simplement dans les limites des Animaux vertébrés , et en voulant l'élever au premier rang pour la faculté du vol , c'est à l'organisation si admirablement calculée de certains Oiseaux qu'on arriverait.

Cette gradation , que l'on observe dans tous les organes en particulier, se fait également remarquer dans les grands appareils pris dans leur ensemble , et par suite dans les fonctions principales , dont chacune a son point culminant dans quelque famille où elle tient les autres plus ou moins en subordination , et d'où elle part en diminuant toujours d'importance, pour disparaître dans une autre famille, après avoir été à son tour plus ou moins dominée par d'autres qui ont pris de la prépondérance sur elle , afin d'arriver de même à leur plus haut degré de perfection. Or, comme ces grandes fonctions, ou leurs appareils dominent chez un nombre plus ou moins considérable d'Animaux , elles y deviennent le caractère principal qui les distingue des autres, et déterminent ainsi, dans tout le règne animal, de grandes divisions, formant les classes^ les ordres^ les familles , etc. De même que la plus grande fonction, la principale de toutes, la vie, dont tout le corps est l'appareil, par l'influence de l'âme et de l'esprit, se trouve à son point culminant dans \ Homme, où elle s'élève jusqu'à la raison, et diminue ensuite d'intensité, en accompagnant toutes les autres jusque dans les Végétaux ,

et disparaît enfin dans les Minéraux p^our laisser à son tour tout l'empire aux propriétés physiques , qu elle a si longtemps maintenues sous sa dépendance.

Les Animaux, en se groupant d après l'influence des principales fonctions qui dominent chez eux , se partagent d'abord en quatre grandes divisions , ou embranchements :

Celui des Vertébrés , celui des animaux Articulés , celui des Mollusques et celui des Zoophytes.

L embranchement des Vertébrés est essentiellement caractérisé par l'existence du système osseux qui y prend une disposition particuHère , en formant une charpente connue sous le nom spécial de squelette , dont la partie centrale se compose dune série impaire, mais symétrique, dos courts oxxvertèbres empilés en colonne, placée le long de la ligne dorsale du corps , et sur laquelle les autres pièces osseuses se fixent immédiatement ou médiatement par paire, de manière que le corps est composé de deux moitiés égales , droite et gauche ; et le système nerveux , duquel dépendent les facultés intellectuelles les plus éminentes chez les Animaux, prend également une disposition particuhère , ayant sa partie centrale comprenant lencéphale et la moelle épinière, placée le long de la ligne dorsale , au-dessus de la colonne vertébrale.

Le premier embranchement se divise ensuite en cinq classes :

Celle des Mammifères, caractérisée par un sang chaud ^ une gestation utérine vivipare , et des mammelles par lesquelles les femelles alaitent leurs petits.

Celle des Oiseaux , dont le sang est chaud , et qui se propag^it par des œufs.

Celle des Reptiles (i), dont le sang est rouge et froid, qui respirent à letat parfait par des poumons, et dont les membres , lorsqu'ils existent, sont extérieurs aux côtes.

Celle desCHÉLONiENS , dont le sang est rouge et froid, qui respirent par des poumons, mais dont les épaules et le bassin sont placés sous les côtes.

(1} En séparant les Chéloaiens.

Enfin , celle des Poissons , dont le sang est rouge et froid , et qui respirent par des branchies seulement.

Le second embranchement, ou celui des animaux articclbs, est également composé d'Animaux à corps formé de deux moitiés parfaitement paires, mais sans squelette osseux; dont les téguments membraneux ou solides , sont toujours divisés par des articulations, qui permettent au corps de se mouvoir dans tous les sens. Tous ont un cerveau placé comme celui des Vertébrés au-dessus de l'œsophage, et une moelle épinière ganglionnée , parfaitement symétriques , placés , au contraire , le long du ventre ; et les fonctions intellectuelles et locomotrices y sont encore très-développées. Cet embranchement renferme six classes :

Celle des Annelides , qui a pour caractère un corps vermiforme multiarticulé, et du sang circulant dans des vaisseaux sans cœur bien déterminé.

Celle des Myriapodes a un corps vermiforme multiarticulé ,. portant plus de six pattes; respiration trachéenne ; point de veines.

Celle des Insectes ; corps non vermiforme , hexapode , ayant les pattes attachées par paire aux trois premiers segments du tronc ; respiration trachéenne; point de veines.

Celle des Crustacés; cœur artériel; sang blanc circulant dans des artères et des veines; respiration branchiale; des antennes; les pattes ne rayonnent pas sur un même centre.

Cell« des Arachnides; six ou huit pattes rayonnant sur un même centre ; un sternum cartilagineux intérieur.

Et celle des Cirrhipèdbs; corps fixé et renfermé entre plusieurs valves calcaires ; pattes ni ambulatoires, ni natatoires , mais converties^ en filaments multiarticulés ou Cirrhes, servant principalement à la préhension et probablement à la respiration.

L'embranchement des Mollusques* renferme des Animaux caractérisés par an corps mou , non articulé , formé également de deux moitiés latérales, symétriques, mais dont la parité n'est pas aussi complète que dans les deux premiers embranchements ; dont le système nerveux a, comme chez les Animaux articulés, le cerveau placé immédiatement au^

dessus de Toesophage ; et au-dessous de ce dernier, ou bien sous une autre partie du tube digestif, se trouve une seconde paire de masses nerveuses , ou néi^rosome^ remplaçant la moelle épinière sous-ventrale des Animaux articulés, mais sans se répéter par paire. Le canal intestinal a deux orifices, dont l'un , ou bouche, est placé à l'extrémité antérieure du corps; circulation complète au moyen d'artères et de veines et d'un ou de plusieurs cœurs. Les sexes réunis ou séparés , les membres locomoteurs purement charnus lorqu'ils existent.

Cet embranchement se divise aujourd'hui en cinq classes.

Celle des Céphalopodes a le corps renfermé dans un manteau en forme de sac, d'où sort la tête, surmontée d'un cercle de plusieurs membres locomoteurs plus ou moins coniques , au centre desquels est la bouche; cœurs séparés, un artériel et un ou deux veineux ; sexes séparés.

Celle des Ptbropodbs; corps sans membres ambulatoires, nageant au moyen de deux expansions charnues placées en forme d'ailes aux côtés de la tête ; respiration branchiale ; hermaphrodite.

La classe des Gastéropodes. Corps en forme de disque en dessous , sur lequel ces animaux rampent ; dos couvert d'un manteau en forme de bouclier; tête placée à l'extrémité antérieure du corps et peu distincte de ce dernier, mais portant différentes tentacules. La tête renferme toujours une masse musculeuse plus ou moins compliquée , constituant le pharynx et destinée aux mouvements des organes buccaux et à la déglutition ; un cœur artériel seulement , formé d'un ventricule surmonté d'une ou de deux oreillettes.

La classe des Acéphales. Point de tête du tout; aucun organe masticateur et point de pharynx apparent ; corps reçu dans un manteau plus ou moins ouvert chez les uns, le long de la ligne ventrale , et entièrement fermé chez d'autres ( les premiers formant l'ordre des Ostracodermes , et les seconds celui des Toniciers). Respiration branchiale; un cœur artériel seulement.

Et enfin , la classe des Brachiopodes. Corps reçu entre deux valves et porté sur un pédicule fixe; tête pourvue de deux bras coniques pec^-

tinés ; deux cœnrs paraissant à la fois veineny et artériel , point de membres articulés,

Le QUATRIÈME EMBRANCHEMENT OU dcs ZoopRYTES u ofFre aucun carac* tère positif commun , mais simplement de négatifs , et renferme tous les Animaux qui n entrent pas dans les trois premiers ; cela vient en partie de ce qu'on y place des Animaux trop différents. Les Zoophytes diffèrent desYERTÉBRÉs en ce qu'ils n'ojit point intérieurement de squelette articulé, paire ayant pour base une colonne vertébrale ; des Animaux articulés , en ce que le corps ne se subdivise point en partie successives analogues ; et des Mollusques , soit par le manque d'une circulation complète et d'un cœur, soit parleur corps divisé en plus de deux parties semblables. Chez beaucoup , et ce sont les vrais Zoophytes , le corps est composé , pour les organes de la vie de relation , de plus de deux parties rayonnant autour dun axe commun; enfin, on y place les plus petits animaux sous le nom d'iNFUsoiRES , dont on n'a pas encore pu reconnaître suffisamment l'organisation pour les placer convenablement.

Cet embranchement se subdivise en six classes , qui sont :

Les Entozoaires. Corps pair ; système nerveux longitudinal ; point de circulation connue ; point d'organe spécial pour la respiration.

Les Echinodermes. Corps divisé pour les organes de la vie de relation en pins de deux parties égales , rayonnant autour d'un axe commun ; circulation sanguine intestinale complète (dans les espèces dont l'organisation est très-bien connue) ; une cavité viscérale renfermant un canal intestinal flottant ; partie centrale du système nerveux en forme d'anneaux entourant l'œsophage.

Les FoRAMiNiFÈRES sout , d'après M. d'Orbigmy, « des Animaux non agrégés , à existence individuelle toujours distincte, composés d'un corps formé d'une masse colorée, de consistance glutineuse; entier et alors arrondi ou divisé en segments, ceux-ci placés sur une ligne simple ou alterne, enroulés en spirale ou pelotonnés autour d'un axe; ce corps est contenu dans une coquille crétacée, rarement cartilagineuse, modelée sur les segments de l'Animal , et en suivant toutes les modifications de forme et d'enroulement. De l'extrémité du dernier segment , d'une ou

JlS INTRODUCTION,

de plusieurs ouvertures de la coquille ou des pores de son pourtour, partent des filaments contractiles, incolores, très-allongés, plus ou moins grêles, divisés et ramifiés, servant à la reptation. »

Les AcALÉPHES. Animaux nageurs; corps gélatineux, rayonné; point de cavité abdominale; canal intestinal se subdivisant par des cœcum ramifiés dans toutes les parties du corps où ses branches portent le chyle; hermaphrodite.

Les Polypes. Corps en forme de bourse ou de cellule, à large bouche à l'extrémité ; point de système circulatoire; un système nerveux rayonné (dans les actinies).

La classe des Infusoires , la dernière du Règne animal , comprend des animaux très-différents qui ont pour caractère commun de n'être visibles qu'au microscope. Ils vivent dans les liquides. Mais le plus grand nombre des genres paraissent appartenir à d'autres classes , et même à différents embranchements.

La classe des Mammifères se subdivise ensuite en douze ordres ou divisions tertiaires. C'est-à-dire , ceux des :

L Bimanes. Pouce opposable aux membres antérieurs seulement; marche sur les membres postérieurs; trois sortes de dents contiguës, à croissance limitée ;

II. Quadrumanes. Pouce opposable aux quatre membres ; trois sortes de dents contiguës, à croissance limitée;

III. Plantigrades. Pouce appuyant sur le sol, non opposable; plantigrades aux membres postérieurs ; trois sortes de dents à croissance limitée ; non marsupiaux ;

IV. Carnivores. Pouce raccourci ou nul, touchant rarement au sol ; marche digitigrade aux quatre membres , propres à la marche ; trois sortes de dents, à croissance limitée, molaires tranchantes; non marsupiaux;

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