CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ORGANISATION
C'est ainsi que le tissu filamenteux paraît servir de base à plusieurs autres plus composés, ou simplement plus condensés. Seul, il forme, dans son état le plus simple, des filaments excessivement fins, disposés plus ou moins irrégulièrement entre plusieurs organes et leurs parties , pour les lier. En se compliquant ensuite un peu plus , ses filaments se rapprochent et forment des lamelles extrêmement minces, molles, transparentes, presque incolores ou légèrement nacrées, se réunissant entre elles de mille manières, en formant une infinité de cellules polyèdres, irrégulières, ressemblant pour la forme à celle d'une liqueur qui mousse, d'où on Fa nommé tissu cellulaire ^ où les parois des cellules sont composées de fibres très-déliées, entre-croisées dans toutes les directions, ce qui permet à ces lamelles, et par suite aux cellules elles-mêmes, de pouvoir s'allonger en tous sens, sans se déchirer, et permettre ainsi aux organes et à leurs parties, que le tissu cellulaire réunit, de glisser et de se déplacer, sans qu'il y ait solution de continuité entre eux; et pour que cette distension du tissu cellulaire puisse avoir lieu avec plus de facilité, ses mailles sont constamment lubrifiées par un liquide séreux qui «n transsude et maintient les parois si minces des cellules , dans un état de mollesse qui leur donne une apparence toute muqueuse ; d'où le nom de tissu muqueux qu'on donne aussi quelquefois à ces organes.
C'est dans ces deux états qu'on rencontre d'ordinaire ce tissu chez les Mammifères , où il est composé, d'après M. John (i), principalement de gélatine^ d'un peu de fibrine^ àe phosphate de chaux et de soude; mais il serait possible qu'en lui-même il ne fût composé qne de gélatine pure , et que la présence des autres substances que je viens de nommer ne fût due qu'aux vaisseaux , au sang ainsi qu'à la sérosité qu'il contient , et dont on ne saurait le priver entièrement.
On n'en a encore fait l'analyse que chez les Mammifères , mais il est probable que sa composition chimique varie dans les autres classes, et surtout chez les Animaux inférieurs; cela est du moins indiqué par la composition de divers organes dans lesquels la gélatine est graduellement
(J) Tahl. chim, du Rêg, anim. p. 44. 1816.
DES ANIMAUX VERTl^BRéS. 57
remplacée par une autre substance qui lui est substituée, en remplissant du reste les mêmes fonctions. D'ailleurs , si dans tous les organes ayant le tissu cellulaire pour base, et qui ne sont anatomiquement que des transformations les uns des autres, la composition chimique varie et change à la fin complètement, c'est que sous ce dernier rapport , les organes sont également soumis à la loi générale de gradation , par laquelle ils passent d'une condition à une autre , et en effet , on remarque déjà ces changements soit dans les parties parfaitement analogues , mais appartenant à des espèces animales différentes , en devenant d'autant plus fortes que ces Animaux sont plus éloignés dans l'échelle de classification , soit à des organes de fonctions différentes , quoique pris sur le même individu.
C'est ainsi que les membranes séreuses , qui revêtent tous les organes intérieurs simplement adossés, ne sont que des feuillets généralement fort minces qui ne paraissent être au fond que du tissu cellulaire ou filamenteux condensé en membranes , dans lesquelles les fibres ne semblent pas former de cellules, mais s'entrecroiser en tous sens comme dans les lamelles du tissu cellulaire, quoique plus particulièrement suivant certaines directions, dans lesquelles ces membranes ont des efforts plus ou moins grands à supporter, en devenant souvent de véritables ligaments qui maintiennent les organes en place. Ces membranes sécrètent aussi ou transsudent du moins, comme le tissu cellulaire , un liquide séreux qui les lubrifie , pour conserver leur souplesse , et permettre que les parties qu'elles revêtent puissent glisser plus facilement les unes sur les autres.
Quant à leur analyse chimique , elle n'a pas encore été faite avec soin ; on sait seulement que ces membranes ne diffèrent pas beaucoup du tissu cellulaire.
Ces membranes se continuent dans certains endroits directement avec les muqueuses, qui appartiennent de là également au même système, en se rattachant, d'autre part, au derme dont ellessontla continuation, et par lui aux organes ligamenteux , dont il ne diffère aussi que par la contexture , et un peu par la composition chimique.
58 GONSlDiRATIONS GÉNÉRALES SUR L'ORGANISATION
On croyait autrefois que les membranes séreuses formaient des sacs sans' ouvertures , et l'on indiquait ce fait comme l'un de leurs caractères essentiels. Mais Ion remarqua plus tard qu'il existait une de ces ouvertures au bord du pavillon des trompes de l'utérus , où cesse le péritoine , membrane séreuse qui tapisse la cavité viscérale, et où commence la muqueuse de cet organe. Ce fait et beaucoup d'autres du même genre contrariaient beaucoup ceux qui ne crurent pas devoir admettre que ces membranes cessaient tout à coup par un bord libre : ce qui , en effet , ne paraît exister nulle part ; mais le moyen de faire disparaître cette double objection consistait à reconnaître que les deux espèces de membranes ne sont au fond que des modifications l'une de l'autre , et peuvent de là fort bien se faire suite.
Les membranes séreuses prenant déjà des formes et des dispositions déterminées, suivant les lieux qu elles occupent , elles reçoivent de là différents noms, soit dans leur ensemble , soit dans leurs parties , mais qui ne sauraient tous être indiqués ici. Je ferai simplement remarquer que ces membranes, tapissant toutes les cavités intérieures qui ne communiquent pas directement à l'extérieur, y forment d'ordinaire des sacs sans ouverture : caractère qui présente toutefois quelques exceptions.
On distingue ainsi dans l'Homme et les autres Mammifères trois grandes cavités, plusieurs petites et autant de membranes séreuses distinctes , savoir : pour les grandes , la crânienne , revêtue par X arachnoïde; les deux cavités thoraciques revêtues par hiptwre^ et la cavité abdominale doublée par le péritoine ; pour les petites cavités , la péricarde^ cavité formée par la membrane séreuse du même nom; la cavité des testicules doublée par la tunique \^aginale\ la cavité des chambres antérieure et postérieure de l'œil , revêtue de la membrane de Demours ou de t humeur aqueuse ; les bourses synoK^iales , et enfin les cavités du cœur et de tous \es \^aisseaux circulatoires^ dont les membranes intérieures n ont pas reçu de noms spéciaux. t
Dans certains endroits du corpa des Mammifères, et surtout chez les très-jeunes sujets , on voit les aponévroses se résoudre graduellement en tissu cellulaire, c'est-à-dire que les cellules de ce dernier s'allongent de