ARTICLE III
Du Squelette des Oiseaux,
En passant du type des Mammifères et des Sauriens, Animaux essen* tiellement marcheurs, à celui des Oiseaux , Animaux destinés à parcourir lair par un vol plus ou moins rapide , faculté qui arrive chez eux à son plus haut degré de perfection , la nature a dû faire éprouver à leur corps
éteudu en arrière, sur un nombre de vertèbres sacrées beaucoup plus considérable que chez les Mammifères , pour qu'il présentât aussi dans cette direction de larges insertions aux muscles postérieurs de ces membres, qui ont à supporter tout le poids du corps dans la marche et la course. Enfin , pour que le tronc ne puisse pas même fléchir dans les articulations sacro-iliaques, le sacrum » composé ainsi d'un grand nombre de vertèbres , s'unit par chacune soit avec les ilium , soit avec les ischions ; et cela non-seulement par les apophyses transverses , mais encore par de petites costinelles qui se soudent bientôt après la naissance avec ces apophyses.
La différence la plus remarquable qu'on remarque du reste dans le bassin des Oiseaux , comparé à celui des Mammifères , est que les pubis , réduits à deux tiges fort grêles et longues , sont fortement écartés , de manière que l'abdomen s'étend entre eux jusqu a lanus ; ce qui facilite beaucoup la ponte, les œufs n'ayant pas à passer exclusivement par le bassin. Cet écartement du pubis se fait d'ailleurs aussi remarquer chez les Talpa,
Le Bassin des Oiseaux se compose du reste , comme celui des Mammifères, de trois paires d'os principaux : les Ilium ^ les Ischions et les Pubis ^ également réunis dans la cavité cotyloïde.
Au Cou, au contraire, la mobilité des vertèbres a non-seulement pu être conservée , mais elle devait même suppléer au défaut de celle des vertèbres du dos et des lombes ; et en effet , ces os jouissent d'un trèsgrand mouvement en tous sens , au moyen de ginglymes doubles on chiarthroses, qui équivalent à des enarthroses, mais encore leur nombre, bien plus grand que chez les autres Animaux , permet aux Oiseaux de porter leur bec sur toutes les parties du corps, mieux que ne le pent^ faire le Mammifère le plus souple.
Le nombre des vertèbres cervicales et dorsales est d'ailleurs difficile à déterminer, la limite qui les sépare n'étant pas si bien fixée que chez^ les Mammifères^ vu qu'il existe sur celle-là des appendices ou Costelles ^ dont les antérieurs sont, comme dans les Mammifères, entièrement cou— fondus avec les apophyses trans verses et constituent les apophyses Cas--
je viens de nommer; de manière que presque tous les Oiseaux ont de 8 à 9 vertèbres caudales. Ces vertèbres ont d'ordinaire le corps court; les apophyses épineuses et transverses longues, très-fortes et saillantes, pour offrir de longs bras de levier aux muscles moteurs; la queue, avec ses grandes plumes ou Rectrices , servant de gouvernail dans le vol, devait pouvoir résister avec une certaine force au courant d'air qui la frappe; et ces plumes étant plus particulièrement insérées sur la masse osseuse <jui termine la queue, cette masse est de là souvent plus grande que les autres vertèbres de cette région.
Les vertèbres des Oiseaux , tout en ressemblant beaucoup à celles des Mammifères , en diffèrent cependant assez pour qu'on ne puisse pas les confondre, même au premier aperçu. Chez ces derniers Animaux, les corps de ces os sont unis par antityparthrose, tandis que chez les Oiseaux elles s articulent par chiarthrose, c'est-à-dire que la base antérieure est en poulie transversalement concave, et la postérieure en poulie concave en sens opposé , sans ligament interposé; on y trouve du reste les mêmes apophyses, et souvent une acanthoïde, mais qui n'existe d'ailleurs que sur quelques vertèbres seulement, surtout aux dernières cervicales et premières dorsales.
Les apophyses épineuses sont d'ordinaire assez saillantes sur les vertèbres cervicales postérieures, mais diminuent rapidement d'arrière en avant, ou disparaissent presque sur le milieu du cou , puis s'allongent de nouveau sur les plus antérieures. Ce décroissement en sens opposé de ces apophyses est un fort joli fait de mécanique animale , dépendant de la position du centre de gravité de la tête et de la partie supérieure du cou pris ensemble; c'est-à-dire que verticalement, sous ce centre de gravité, ces apophyses sont très-courtes; ce qui correspond au milieu à peu près du cou , tandis que , vers les deux extrémités placées en arrière de cette ligne verticale, les apophyses sont d'autant plus longues qu'elles en sont plus éloignées, afin d'offrir aux muscles moteurs de ces vertèbres des bras de leviers d'autant plus longs, que la verticale , passant par ce centre de gravité, en est plus éloignée. Un principe semblable, et dont je donnerai la démonstration dans mon Traité deméca-
nique animale , s applique à. la longueur des apophyses épineuses cçrvicales des Mammifères , et d'ailleurs à la longueur, et même à la direction d*Qne foule d'autres apophyses du squelette, et probablement à toutes , dont la longueur est généralement proportionnelle à P effort que les muscles qui s y fixent ont à supporter^ et leur direction est celle de la résultante de toutes ces forces.
Jai dit plus- haut que, de même que dans les Mammifères, la longueur du cou des Oiseaux , jointe à celle de la tête, est d'ordinaire égale à la hauteur antérieure de T Animal ; ceci est vrai pour la règle générale, mais présente un bien plus grand nombre d'exceptions, vu que, par cela même que les Oiseaux ne sont appuyés que sur leurs membres postérieurs , ils peuvent plus facilement se baisser en avant , faculté renfermée toutefois dans une certaine limite : celle oii toute la longueur de la partie antérieure du corps avec le cou et le bec serait égale à la hauteur des pattes. Encore dans ce cas , l'oiseau serait obligé de renverser entièrement son corps pour atteindre à terre , et la station deviendrait sinon impossible , du moins très-difficile. Les exceptions à la fegle principale que je viens d'mdiquer se trouvent, comme chez les Mammifères, là où une cause déterminante, très-souvent appréciable pour nous, l'a voulu autrement, mais précisément dans la condition contraire que chez les Mammifères. Dans les Cygnus et les Anas , par exemple, le cou est beaucoup plus long que les pattes, afin que oes Animaux aient la faculté de plonger au loin la tête sous l'eau pour y atteindre leur nourriture , et il en est de même pour une foule d'autres
Mous avons vu plus haut que le Sternum présentait un très-grand développement chez les Oiseaux , devant d'une part contribuer à empêcher le thorax de fléchir en dessous , et offrir de l'autre une vaste surface d'atlache aux muscles pectoraux , dont faction est si éminente dans le vol. Cet os prend de là une conformation et des dimensions propres à ces Animaux , indiquant , d'une manière toute particulière , cette double clestination. Au lieu d'être composé de plusieurs pièces successives étroites et plus ou moins mobiles , comme chez la plupart des iMammi-
FÈRES, il n'est formé que d'une seule très-large, bombée, occupant tout le dessous du thorax , et présentant , le long de la ligne médiane , une large lame triangulaire dirigée en dessous , connue sous le nom de Bréchet , servant à étendre encore la surface d msertion des muscles pectoraux; lame qu'on trouve également, pour le même but, chez les Chéiroptères , tandis quelle manque chez les Slruthio et les Casuarinus, qui ne volent pas; mais le sternum de ces deux genres d'OiSEAUx est toutefois fort large , pour prévenir la flexion du thorax.
Pour mieux contribuer à empêcher la flexion de la région dorsale de Tépine, les côtes thoraciques s articulent entre elles par une longue apophyse latérale qui se rend du milieu de chacune sur celle qui suit , et les cartilages costaux des Mammifères sont remplacés ici par des Côtes^ sternales osseuses articulées sur les Côtes ^vertébrales y avec lesquelles elles font un angle presque droit , en se dirigeant en avant sur le sternum , qu elles rencontrent sous un angle aigu , et sont fort mobiles dans leurs deux articulations. Par cette disposition , le sternum a la faculté de pouvoir être facilement rapproché et éloigné de la colonne vertébrale, mouvements par lesquels I'Oiseau fait varier la capacité du thorax , et cela beaucoup mieux que chez les Mammifères : cette disposition et ces mouvements sont calculés sur le mode de respiration qui devait avoir lieu chez ces Animaux , oii Fexpiration devait être active , et rinspiration passive , le contraire de ce qui existe chez les Mammifères ; c est-à-dire , (]ue les muscles , tant spéciaux qu'accessoires , qui rapprochent le sternum de la colonne vertébrale , produisent par leur contraction une expiration active , et par leur relâchement , secondé encore par lelasticité des parties , et quelques muscles faibles qui ramènent le sternum à sa disposition primitive, ils produisent, en quelque sorte passivement, Finspiration ; tandis que le diaphragme devenu inutile a pris une tout autre disposition. En effet, on conçoit que si Finspiration se faisait, comme chez les Mammifères, par les mouvements du diaphragme, le thorax, quelque peu compressible qu'il puisse être , se trouverait , pendant le vol , violemment resserré à chaque coup d aile par la puissance des muscles pectoraux , dont Faction serait rarement Isochrone avec celle du
palatins, vomer, malaires et ungiiis, tous formant des pièces particulières ; enfin les mâchoires , qui sont elles-mêmes composées de plusieurs os comme chez les Sauriens, et d ailleurs chez tous les Vertébrés ovipares.
Mais lanalogie n'est pas si facile à établir, relativement à plusieurs au* très os de la tête, pour lesquels il est nécessaire de suivre les modifications qu'ils ont subies dans la série des Reptiles Sauriens, oii la ressemblance des parties est bien plus facile à saisir.
La cloison Mésorrhinale , cartilagineuse chez les Jeunes sujets , où elle forme le prolongement antérieur de Tethmoïde, ainsi que cela a aus^ lieu chez les Mammifères et les Reptiles , s ossifie souvent dans les vieux Oiseaux , et représente alors parfaitement le Corps d'une première vertèbre céphalique ou la plus antérieure , formant même, dans beaucoup d'espèces, une lame entièrement séparée de l'ethmoïde, pour permettre dans leur intervalle un mouvement de flexion à la mandibule supérieure.
MEthmoide^ beaucoup moins compliqué que chez les Mammifères, est réduit , chez \Anas Boschas (Canard commun) , que je prends ici pour exemple , à sa lame verticale constituant le Corps de la seconde des cinq vertèbres céphaliques , et forme une cloison entre la partie postérieure des fosses nasales et la portion antérieure des deux cavités orbitaires , séparées l'une de l'autre par une saillie verticale de cet os. Inférieurement, cette cloison se continue directement avec le corps du sphénoïde, en arrière avec une cloison membraneuse verticale qui va rejoindre la suture médiane des lames orbitaires des coronaux. En avant , Fethmoide se prolonge en une lame cartilagineuse formant le reste de la cloison des fosses nasales, et constitue dans les espèces où elle s'ossifie la pièce qui représente le corps de la première vertèbre de la tête. En haut , l'ethmoïde s'élargit en un grand disque ovale , sur lequel s'appliquent en dessus , d'une part , l'extrémité antérieure des deux coronaux , et d'autre part , les apophyses frontales de deux os qui paraissent représenter au premier aperçu les naseaux , mais qui sont réellement les os métopinaux ; et entre eux se placent deux apophyses moyennes des os labraux , qui paraissent être