‹ Anatomie du cerveau :Chapitre 27 sur 45 · Tome xi p. 55y · texte numérisé non relu

Tome xi p. 55y

AjNATOMIE

dessus , et qu’ils ne sont unis en dessous que par les deux commissures, antérieure et postérieure, ainsi que par la glande pituitaire. Le corps calleux existe dans le cerveau des mammifères ; mais , dans les rongeurs et les chéiroptères . dont le cerveau proprement dit est très surbaissé et peu prolongé en arriéré , ce corps est très étroit et court, comme dans le fœtus de six mois. 11 est infiniment plus grand et plus long dans les carnassiers , les ruminans et les solipèdes , dont les hémisphères sont plus vastes et plus étendus en arrière que ceux des animaux préeédens. Chez tous ces mammifères, lien n’est plus facile que de démontrer les fibres médullaires qui se répandent en rayonnant dans les hémisphères . se recourbent de dehors en dedans , et s’unissent pour produire le corps calleux. Cette préparation s’exécute surtout sans aucune difficulté dans les rongeurs, qui Ont les hémisphères très-surbaissés. Si l’on prend le cerveau d’un lièvre, d’un lapin ou d’un castor, après l’avoir fait macérer pendant quelque temps dans l’alcool, et qu’avec le manche d’un scalpel on enlève la couche extrêmement mince des hémisphères qui recouvre les fibres transversales du corps calleux, on aperçoit aussitôt ces fibres dirigées de dedans en dehors, et qui se continuent avec celles des.

pédoncules cérébraux. Willis ’ avait déjà parfaitement démontré les fibres médullaires transversales du corps calleux , dans le cerveau de la brebis.

Je crois utile de faire remarquer enfin que le cerveau de l’homme est sujet à ne pas se développer parfaitement, sous le rapport du corps calleux, et à s’arrêter, sous ce point de vue, à quelqu’un des degrés d’évolution dont il parcourt la série successive. Reil a rapporté un exemple fort singulier de cette monstruosité. Une femme, âgée d’environ trente années , bien portante , mais idiote ; ce qui ne l’empêchait pas de faire les petites commissions dont les habitans de son village la chargeaient quelquefois pour la ville Voisine, tomba tout d’un coup à la renverse, et mourut d’une attaque d’apoplexie. En ouvrant la tête , on trouva qu 'indépendamment d’une légère congestion de sérosité dans les ventricules, le corps calleux offrait une solution de continuité dans toute la longueur de sa partie moyenne, ou plutôt que cette partie moyenne manquait entièrement , de sorte que les couches optiques se montraient à découvert, et que les deux hémisphères étaient unis seulement par la

1 Anatome cerebri, p. 99, fig. 7.

- Archiv für die physiologie , tome xi, p. o/j 1 .

commissure de ces couches , par la commissure antérieure, et par les tubercules quadri-jumeaux. Il n’y avait ni genou , ni cuisses du corps calleux . par conséquent point non plus de cloison transparente, puisque celle-ci est situee dans l’intérieur du genou. Les lobes anterieurs du cerveau étaient tout-à-fait séparés l’un de l’autre en devant, jusqu’à la commissure des nerfs optiques et à la commissure antérieure, et le point de leur face interne où le genou et le bec du corps calleux auraient dù pénétrer dans leur substance, était couvert de circonvolutions , comme le restant de la surface du cerveau. La partie moyenne et la partie postérieure du corps calleux n’existaient point non plus. La voûte naissait, comme à l’ordinaire, des couches optiques, descendait dans les éminences mamillaires, se relevait pour former les piliers antérieurs, montait derrière la commissure antérieure, et, se confondant des deux côtés avec les parois des ventricules latéraux, situées immédiatement au-dessous des circonvolutions longitudinales, formait, de concert avec elle, un bord lisse et arrondi , puis se recourbait autour de la partie postérieure des couches optiques, pour aller se plonger dans la corne descendante des ventricules. Reil présume que ce défaut de corps calleux était le résultat d'un

retardement de développement du cerveau; cette conjecture se trouve convertie en certitude par les détails dans lesquels je suis entré sur la formation de la grande commissure cérébrale dans le cerveau du fœtus.

DES VENTRICULES LATERAUX.

Dans le fœtus de deux mois, dont les hémisphères du cerveau représentent une membrane mince, infléchie de dehors en dedans et d’avant en arrière , qui couvre à peine les corps cannelés, les ventricules latéraux sont encore fort petits , parce qu’ils ne comprennent que l’espace existant entre ces corps et la membrane. Au commencement du troisième mois, ils ont acquis un peu plus de capacité, attendu que les hémisphères membraniformes couvrent entièrement les corps striés. Vers la fin du même mois , quand la membrane couvre non-seulement les corps cannelés , mais encore les couches optiques , les ventricules latéraux sont devenus infiniment plus amples. Us sont même beaucoup plus vastes, eu égard à l’épaisseur de leurs parois, que dans le cerveau de l’adulte, parce que ces parois ont à peine un quart de ligne d’épaisseur. Chacun d’eux s’enfonce un peu au-devant du

corps cannelé, et forme la corne antérieure; celle-ci se prolonge jusque dans l’intérieur du nerf olfactif, alors très-volumineux, court et renflé, et qui n’est , comme l’on voit , qu’un appendice creux des hémisphères. Le ventricule latéral s’enfonce , à la partie postérieure du corps calleux , dans le court appendice qui constitue le rudiment du lobe moyen , et forme ainsi le commencement de la corne moyenne ou descendante. Dans chaque ventricule , on remarque un gros plexus choroïde , produit par le plissement de la pie-mère, qui résulte lui-même du renversement des hémisphères en arrière. Ces plexus envoient de nombreux vaisseaux , tant dans le corps cannelé qu’à la face interne et concave des hémisphères.

A quatre et à cinq mois, époque où les hémisphères ont acquis plus de volume et se sont prolongés davantage en arrière, les ventricules latéraux sont également devenus très-considérables. La corne antérieure se continue avec la cavité creusée dans l’intérieur du nerf olfactif. La corne moyenne ou descendante offre un relief de la paroi membraneuse de l’hémisphère, qui est le rudiment de la corne d’Ammon. Le ventricule latéral se prolonge eu arriéré dans l’appendice des hémisphères qui forme le

lobe postérieur, et représente la corne postérieure : on aperçoit aussi, dans cette dernière cavité, un léger relief, qui annonce l’origine de leminence unciforme.

A six et à sept mois , quand les lobes postérieurs se sont encore étendus davantage au-dessus du cervelet, et que. les parois des hémisphères ont augmenté notablement d’épaisseur, les ventricules latéraux se rétrécissent peu à peu, et prennent une forme voisine de celle qu’ils doivent conserver par la suite. La corne antérieure communique encore avec la cavité du nerf olfactif. On trouve, dans la corne descendante, la corne d’Ammon , avec son corps bordé. Dans la postérieure, on aperçoit le pli désigné communément sous le nom de petit hippocampe.

A huit et à neuf mois, enfin, les ventricules latéraux du fœtus ressemblent parfaitement à ceux de l’adulte, pour là configuration.

Aux divers états temporaires des ventricules latéraux de l’embryon humain correspondent les états permanens de ces cavités dans les différens animaux. On n’en trouve aucune trace dans le cerveau des poissons osseux, qui sont privés d’hémisphères membraniformes. Les premiers animaux chez lesquels on les rencontre, sont les raies et les squales , où on les voit dans la masse

antérieure du cerveau , d’où ils se prolongent dans l’intérieur des nerfs olfactifs. Chez les reptiles et les oiseaux, ils sont très amples, proportionnellement à l’épaisseur de leurs parois, comme dans le fœtus de trois mois ; mais leur intérieur n’est point encore divisé en cornes. Chez les tortues et les oiseaux , leur partie antérieure se prolonge dans le renflement des nerfs olfactifs. Chez les mammifères , ils sont moins larges, eu égard à l’épaisseur de leurs parois, et on y découvre la corne antérieure, ainsi que la corne descendante. La première se continue, dans les carnassiers, les rongeurs, les ruminans, les solipèdes et les pachydermes, comme dans le fœtus , avec les renflemens des nerfs optiques qu’on désigne ordinairement sous le nom d’éminences mamillaires. C’est dans les quadrumanes 1 qu’on commence à apercevoir, avec les lobes postérieurs du cerveau, les cornes postérieures des ventricules latéraux , qui se développent aussi les dernières dans le cerveau du fœtus.

Les ventricules latéraux se forment donc postérieurement au canal de la moelle épinière , au troisième et au quatrième ventricule, dans le fœtus de l’homme, aussi bien que clans les ani-

1 Cuvier, Anat. comp., t. n, p. 1 55.

maux : ils sont le produit du renversement des hémisphères membraneux en dedans et en arrière. Ce renversement fait que la pie-mère cérébrale se replie sur elle-même, d’où résulte le plexus choroïde , qu’on trouve chez tous les animaux pourvus de ventricules latéraux. Ges dernières cavités ont pour usage , comme toutes celles du cerveau, et comme le canal de la moelle épinière, d’offrir à la pie-mère une surface plus étendue pour l’expansion des vaisseaux sanguins, et de fournir une exhalation séreuse.

DES ÉMINENCES MAMILLAIRES.

Les éminences mamillaires ne commencent à paraître qu’à la fin du troisième mois, sous la forme d’une masse commune , simple et trèsvohimineuse. C’est seulement vers le commencement du septième que cette masse, jusque alors simple et homogène, vient à être partagée en deux éminences par un faible sillon longitudinal. Le sillon loge un repli de la pie-mère, qui envoie des ramifications vasculaires dans la substance des éminences. J’examinerai le restant de l’histoire de ces dernières , quand je traiterai des piliers de la voûte.

Vic-q-d’Azyr ' et M. Sœmmerring 1 2 ont déjà remarqué qu’il existe deux éminences mamillaires dans les carnassiers, par exemple, dans le chien, le renard , le chat, la loutre; mais, dans les ruminans , tels que le bœuf 3 , le cerf , la biche , la brebis et la chèvre , et dans le cochon , l’écureuil, etc, ces éminences ne forment qu’une seule masse, très volumineuse toutefois, comme dans les premiers temps delà vie du fœtus. Chez les oiseaux, elles constituent une petite masse simple. Je ne les ai pas aperçues d’une manière bien distincte dans les reptiles. Je n’ose prendre sur moi de déterminer si les tubercules très volumineux qu’on voit auprès de la glande pituitaire des poissons, que Haller appelait protubérances inférieures des nerfs olfactifs , et que Vicq-d’Azyr et M. Arsaky ont considérés comme les analogues des éminences mamillaires. leur correspondent réellement ou non ; l’hypothèse de M. Arsaky et de Vicq-d’Azyr paraît toutefois la plus vraisemblable, si l’on en juge d’après la situation et la forme de ces tubercules.

1 Loc. cit. , p. l .

3 Vom Hirn und Riickenmarck , p. io5.

3 M. Gall a figuré les éminences mamillaires du veau .

Loc. cit. , pl . 5.

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