ORDRE PREMIER
Conformation des dents.
Les dénis, comme je l'ai de'jà fait remarquer, se composent de deux parties bien distinctes : Impartie produite et le follicule. Le produit de la sécrétion du follicule dentaire est ossiforme, pour cette raison on lui a donné le nom (ïosteide. Ainsi nous avons à décrire ici successivement l'osteide et le follicule dentaires ; d'une manière générale d'abord, et ensuite en particulier.
ARTICLE I
Conformation deVosteide et du follicule dentaires.
§ i. DeVosteide dentaire.
L'ostéide dentaire est la partie ossiforme de la dent. Une portion de son' étendue fait saillie hors des alvéoles. Elle offre une apparence osseuse qui a longtemps abusé*les anatornistes, et qui est encore aujourd'hui la source de plqs d'une erreur du même genre.
L'ostéide dentaire a le plus généralement la forme
d'un cône creux plus ou moins simple, libre par sa base et adhérent par son sommet.
Sa surface extérieure est nettement divisée en trois parties, la couronne^ la racine et le collet.
La couronne est placée hors des alvéoles et en contact continuel avec l'air, la salive, ou les autres agcns extérieurs. Sa longueur varie assez peu ; sa forme au contraire devient différente suivant l'espèce de dents que l'on considère. Son sommet tourné en haut ouen bas n'est tout à fait plat quelorsqu'il à été usé par les frottemens: dans une dent vierge de toute action, ce sommet est relevé par une ou plusieurs saillies appelées cuspides. Sa circonférence est plus arrondie et plus saillante vers l'extérieur que vers l'intérieur. Toute sa surface enfin offre une teinte d'un beau blanc et une apparence brillante et vitreuse très-remarquable.
La racine est la portion de l'ostéide dentaire qui est reçue dans les alvéoles. Elle est plus longue que la couronne; tantôt elle est simple et tantôt divisée plus ou moins complètement; quelquefois elle offre seulement la trace d'une division longitudinale qui ne s'est pas effectuée. Sa forme est celle d'un cône irrégulier adossé par sa base à la partie adhérente de la couronne, et dont le sommet ou les sommets, quand elle est multiple, sont percés d'une ouverture qui transmet les vaisseaux et nerfs dans la cavilé centrale de la dent. Sa surface offre une teinte jaunâtre qui contraste avec celle de la couronne. Dans Tétat frais, elle estunic d'une manière intime à la
paroi alvéolaire au moyen de la membrane du follicule dentaire.
Le collet des dents est représenté par le point de jonction de la couronne et de la racine; c'est le lieu où cesse la partie vitreuse delà surface extérieure de l'ostéide dentaire. Le collet est souvent marqué par deux lignes courbes dont la convexité est tournée vers la racine et qui se réunissent à angles sur les côtés; il est intimement uni dans l'état frais au goulot du follicule dentaire et au lissu gengival qui lui fait suite.
A l'intérieur, l'ostéide dentaire est creusé d'une cavité située au niveau du collet et jusqu'au centre de la couronne. Cette cavité présente à peu près la forme de la dent dans laquelle on l'examine; fermée du côté de la couronne, elle se prolonge en se rétrécissant de plus en plus vers le sommet de la racine où elle s'ouvre a l'extérieur au moyen du trou qui a été signalé plus haut. La cavité dentairesc prolonge dans chacune des racines quand il y en a plusieurs: elle sert à loger \d papille.
§ 2. Dujollicule dentaire.
Le follicule dentaire, portion molle ou pulpeuse des dents, pulpe centrale (Cuvier), est la partie qui produit l'ostéide dentaire et qui est l'un de ses moyens d'union avec l'alvéole. C'est un sac très analogue à ceux des follicules qui servent de matrice aux poils et ;;ux plumes.
6o Les follicules dentaires sont placées dans les alvéoles et en nombre égal aux dents; ce sont de petits sacs formés par des dépressions de la membrane muqueuse au niveau ducolletdela dent. A l'extérieur ils sont unis intimement au périoste alvéolaire et s'enfoncent dans toutes les anfracluosités des alvéoles. Au fond de ces cavités la paroi externe des follicules dentaires reçoit les vaisseaux et les nerfs qui lui sont destinés.
A l'intérieur le follicule de la dent sortie de l'alvéole, follicule que je décris seul maintenant, est rempli par la racine de la dent à laquelle il adhère intimement; son goulot, ou ouverture buccale, embrasse le collet et s'y fixe également; son fond donne naissance à la papille ou noyau pulpeux.
La papille ou noyau pulpeux des dents est analogue à la papille des poils et des plumes; c'est une papille muqueuse qui a pris, dans ce point spécial, un développement considérable pour devenir un organe de sécrétion ; elle est logée dans la cavité de la dent. Son volume est en raison inverse de 1 âge; sa forme est exactement celle de la dent : elle est renflée au niveau du collet de celle-ci , terminée du côté de la couronne par une ou plusieurs saillies qui répondent aux cuspides, et insérée sur le fond du follicule dont elle fait partie, au moyen d'un ou de deux pédicules grêles qui traversent la racine de la dent, et l'ouverture qui la termine. Sa couleur est grisâtre: elle a la mollesse des fongosités muqueuses, et elle jouit
6i d'une sensibilité très-exquise. M. Serres a décrit il y a vingt ans une série de petits corps qu'il a appelée glandes dentaires , et qui sont disposées en cercle sur les bords alvéolaires, autour du goulot du follicule. Ces corps sont eux-mêmes de petits follicules quise'erètent une matière destinée à lubréfier le bord alvéolaire avant la sortie des dénis, et qui forment le tartre un peu plus tard, suivant Tanatomiste que j'ai cité. M. Serres compare les glandes dentaires aux glandes de Meïbomius; elles me paraissent plutôt analogues à ces follicules que Ton trouve autour du goulot de la matrice des poils.
Les glandes dentaires ont été reconnues par M. Rousseau, mais cet anatomiste assure qu'elles disparaissent après l'éruption des dents, et que par conséquent il est impossible de leur attribuer la sécrétion du tartre qui dure pendant toute la vie. Ce point de l'anatomie dentaire a besoin de nouveaux éclaircissemens. Je crois cependant pouvoir affirmer, d'après mes propres observations, qu'il .^existe des follicules autour du collet des dents de l'individu adulte.
Il est facile de voir par ce qui précède combien grande est l'analogie que j'avais annoncée, en commençant, entre le follicule dentaire et celui des poils et des plumes. Les deux organes sont formés par un repli d'une membrane tégumentaire; tous deux sont principalement unis aux parties voisines par un pédicule nerveux et vasculaire; .tous deux ont un goulot rétréci adhérent à l'organe qu'ils produisent
et entouré d'an cercle folliculaire; tous deux donnent naissance aune papille dans leur fond;tous deux enfin ils tiennent renfermes, celui-ci là dent, celuilà, le poil ou la plume. Les seules différences bien sensibles qui séparent les deuxpartiesque je compare consistent en ce que le follicule dentaire est muqueux, tandis que les follicules pilifères'' ou pennifères sont presque toujours cutanés; en ce que le premier est enfoncé dans les alvéoles, tandis que les autres sont plongés dans letissu cellulaire général ; et enfin en ce que la papilledu folliculedentaire est pédiculée9tandisque celle du follicule pilifère en particulier est sessile. On verra plus tard comment cette dernière différence implique l'accroissement borné de la dent et l'accroissement indéfini du poil.
ARTICLE IL
Conformation des dents en particulier.
k Fétat de développement complet de l'organisation, état que j'ai pris pour type de ma description, on compte trente-deux dents, seize à chaque mâchoire, placées de chaque côté sur une ligne parabolique à convexité antérieure et à concavité postérieure qui constitue l'arcade dentaire.
Les dents sont disposées symétriquement à chaque mâchoire, et semblables par conséquent à droite et à gauche; mais ceties de la mâchoire supérieure diffèrent un peu de celles de la mâchoire iufié-
neure; les premières sont généralement plus développées que les secondes. Les dents antérieures ne ressemblent ni aux postérieures ni aux latérales.
Les différences qui séparent les dents antérieures, latérales et postérieures sont de toutes les plus tranchées et les plus importantes, car elles sont fondées non seulement sur la conformation^mais encore sur les usages de ces dents. Elles ont mérité leur distinction en trois espèces, les incisives, les canines et les molaires. Examinons successivement leur ostéide, leur follicule et le bord alvéolaire qui les reçoit.
§ i . Ostéide dentaire.
Considérées seulement sous le point de vue de leur partie ossiforme , les trois espèces de dents présentent des différences très-tranchées dans leur conformation.
Les incisives sont au nombre de huit, tjuatre à chaque mâchoire : elles occupent la partie antérieure de celles-ci, et, comme leur nom l'indique, elles servent surtout à diviser les alimens.
La couronne des dents incisives est sphéniqueet comprimée d'avant en arrière. Leur face antérieure est convexe , et la ppstérieure concave. Leurs faces latérales sont planes et triangulaires. Leur bord libre est tranchant et présente trois dentelures inégales,la moyenne plus élevéeque les lalérales. Leur racine est simple, comprimée transversalement et quelquefois marquée d'un petit sillon longitudinal sur les côtés*
leur sommet est parfois bifide. Leur cavité est simple dans le plus grand nombre des cas,
II est inutile de répéter que les incisives supérieures sont plus grosses que les inférieures ; c'est un caractère que j'ai déjà indiqué et qui d'ailleurs n'est pas particulier à ces dents. Mais ce qu'il importe de dire, c'est qu'à la mâchoire supérieure les deux incisives centrales sont plus fortes que les latérales, et que l'inverse a lieu à la mâchoire inférieure.
Les canines ou lanières sont au nombre de quatre, deux à chaque mâchoire, placées de chaque côté à la suite de l'incisive latérale correspondante.
Ces dents, destinées à déchirer les alimens, comme leur nom l'indique, ont une couronne conique, convexe en dehors, un peu déprimée en dedans, terminée par une pointe aiguë un peu élevée au dessus du niveau des autres dents. Leur racine est longue , grosse, toujours unique et moins aplatie latéralement que celle des incisives; leur cavité intérieure esttovità fait simple.
Les dents molaires sont plus nombreuses et plus postérieures que les autres : on en compte vingt à chaque mâchoire. Elles servent particulièrement à moudre les alimens', comme leur nom l'indique.
Ces dents sont remarquables par l'aplatissement du sommet de leur couronne. Celte partie est peu élevée, arrondie ou un peu carrée , et terminée par des cuspides qui ne sont jamais solitaires sur chaque dent , cequi a valu à celles-ci la qualification de dents
multicuspidées. Leur racine est le plus souvent composée, soit que ses diverses parties paraissent tout à lait isolées, soit que la matière calcaire les réunisse en un seul faisceau. Leur cavité intérieure, simple dans la couronne , est divisée dans la racine et en raison directe de la division de celle-ci. La conformation delà partie ossiforme des dents molaires permet de les séparer en deux genres, les petites et les grosses.
Les petites molaires oubicuspidés sont placées en avant des grosses, après les canines. Il y en a quatre a chaque mâchoire, deux à droite et deux à gauche. Leur couronne est aplatie d'avant en arrière , peu volumineuse , et terminée par deux cuspides , l'un en dedans et l'autre en dehors, celui-ci plus élevé que celui-là. Leur racine est tantôt simple et tantôt plus ou moins profondément bifide.
Les grosses molaires ou multicuspidées sont les plus fortes de toutes les dents. Leur couronne est quadrilatère, fort large et surmontée de trois, quatre ou cinq tubercules. La racine est toujours multiple et ses branches divergentes, convergentes, séparées ou rapprochées, ce qui varie. La première grosse molaire en procédant d'avant en arrière est la plus grosse; la seconde et la troisième vont en diminuant graduellement sous ce rapport. La troisième grosse molaire porte le nom de dent de sagesse à cause de l'époque avancée de la vie vers laquelle elle sort de son alvéole.
Par exception à la règle générale que j'ai posée un peu plus haut, la couronne des grosses molaires
supérieures est moins développée que celle des grosses molaires inférieures ; leur racine est disposée en sens inverse.
§ 2, Follicule dentaire.
Le follicule n'est pas disposé de la même manière dans les différentes espèces de dents; et on le concevra facilement, si Ton réfléchit que cette partie est la matrice de la dent proprement dite , et que celleci en particulier se moule sur la papille.
Sans parler des différences qui dépendent de son volume toujours en rapport avec la dent qu'il doit produire, le follicule dentaire en présente encore d'autres plus importantes.
Le sac du follicule des dents incisives et canines est simple comme les alvéoles dans lesquelles il est enfoncé ; celui du follicule des dents molaires est subdivisé au contraire en un certain nombre de follicules secondaires.
La papille est simple uni-pédicule e dans les dents antérieures et latérales, et multi-pédiculée dans les molaires. Son sommet est surmonté d'éminences égales en nombre aux cuspides de la couronne dans les dents multicuspidées.
§3. Des alvéoles et des arcades dentaires.
Les dents soçt fixées dans des cavités spéciales creusées dans les bords correspondans des os maxil-
laircs, civiles qui portent le nim d'alvé;des et qui appartiennent à une portion toute spéciale des mâchoires, qu'on est convenu d'appeler procès alvéolaires , processus alveolares.
Les alvéoles sont coniques et plus ou moins subdivisés suivant que les racines des dents qu'ils doivent recevoir sont elles-mêmes plus ou moins composées. Leur ouverture est dirigée en haut dans la mâchoire inférieure et en bas dans la supérieure ; leur fond est percé de pertuis qui communiquent avec le conduit dentaire, et qui servent à transmettre au follicule de la dent le pédicule nerveux et vasculaire qui lui est destiné.
Les alvéoles sont exactement embrassés parles deux lames opposées des procès alvéolaires, de sorte que chacune d'elles fait un relief sensible en dehors et en dedans de la mâchoire. Il est d'ailleurs inutile de dire qm'elles sont en rapport de capacité avec les dents auxquelles elles sont destinées, et que, petites pour les dents incisives, un peu plus grandes pour les canines, elles acquièrent leur summum de développement dans la région des dents grosses molaires.
Les dents sont reçues dans les alvéoles à la manière d'un clou; d'où le ,nom de gomphose qui avait été donné à cette union à une époque à laquelle les dents étaient considérées comme des os, et à laquelle on comparait leur union avec les os maxillaires aux articulations des pièces du squelette.
Les parois du follicule des dents, sont confondues
en dehors avec le périoste des alvéoles , qui forme le seul moyen d'union des dents avec les procès alvéolaires dans l'état normal, union dont l'intimité fait toute la force et toute la résistance.
Cependant il arrive quelquefois que les dents sont retenues dans leurs alvéoles beaucoup plussolidement que je viens de le dire par le fait d'une disposition particulière. Le sommet du cône des racines peut être recourbé en forme de crochet, et fixé à une saillie du fond de l'alvéole : ainsi ies|racines des molaires peuvent être fortement divergentes et former de cette manière des espèces de pinces à pointes recourbées en dehors reçues dans l'os. Enfin par une disposition contraire à la précédente les racines composées des mêmes dents sont parfois convergentes , et elles interceptent une portion osseuse qui fait presque corps avec elles.
Les dents et leurs alvéoles forment sur les mâchoires deux séries non interrompues qui constituent les arcades dentaires ou alvéolaires. Ces arcades ont la forme elliptique, leur convexité est tournée en avant vers les lèvres et les joues. Leur concavité est dirigée en arrière vers la langue, et leur direction est sensiblement horizontale.
L'arcade dentaire supérieure est un peu plus étendue dans tous les sens que l'arcade dentaire inférieure, aussi la déborde-t-elle en avant et en dehors, de telle façon que dans leur rapprochement les dents incisives et canines se croisent à la manière de
6£ lames de ciseaux 1 et que les cnspides et les enfoncemens de la couronne des molaires supérieures et inférieures s'engrènent entre eux.