ORDRE SECOND
Des dents chez les oiseaux.
La définition que j'ai adoptée au commencement, je suis forcé de le répéter, et que j'ai empruntée à la nouvelle édition de l'anatomie comparée de Cuvier, devrait m'exempter de parler du bec des oiseaux; mais les travaux de M. Geoffroy-Saint Iiilaire sur cette partie, et le désir de présenter un aperçu complet des dents ou des organes qui leurs ressemblent dans les animaux vertébrés, m'engagent à ne jas en agir ainsi.
Rigoureusement parlant, le bec est, pour les oiseaux,un organe de préhension des alimens, de mastication; il peut devenir aussi une arme off nsive et défensive puissante; mais sous le rapport, de la forme et de la structure, il ressemble beaucoup plus aux ongles qu'aux dents; c'est une partie cornée qu'ici la nature a substituée aux dents; ce n'est pas autre chose.
La dureté du bec présente des variétés très-nombreuses : les oiseaux de proie sont ceux qui sont les plus remarquables sous ce rapport: les oiseaux nageurs et tons ceux qui cherchent leur nourriture dans l'eau, ont, au contraire, un bec très-faible.
a forme du bec est beaucoup plus changeante encore que ses pr pi iéte's physiques, et comme elle
est en rapport exact avec le genre de nourriture et avec les habitudes des oiseaux, les zoologistes ont donné à l'étude de ses diverses modifications une attention toute particulière. Les oiseaux de proie ont le bec comprimé, recourbé en un crochet pointu et tranchant sur ses bords; il y a des becs tout-à-fait droits , ceux de la cigogne et du héron ; d'autres sont recourbés vers le bas, comme dans les tantales , ou vers le haut, comme dans lejabiri ; les pingouins ont le bec très-comprimé transversalement ; ceux-ci sont remarquables parleur aplatissement , ceux des canards ; ceux-là sont très alongés, celui de la spatule, du vanneau.
La corne qui revêt les deux mandibules est quelquefois hérissée de dentelures qui représentent des espèces de dents et qui en tiennent lieu. Un peu en dedans, dans le point où la membrane muqueuse de la bouche vient s'unir à la substance du bec, on trouve des dentelures, sur le canard en particulier, dentelures disposées très-régulièrement, et formée par une membrane cornée, continue avec la substance du bec, d'une part et avec lamuqueuse buccale de l'autre; une foule de filets du nerf maxillaire inférieur sortent très-régulièrement de l'os de ce nom, vers les points où seraient les alvéoles, s'il y avait à des alvéoles y et vont se perdre dans les dentelures cornées que je viens de décrire.
Carus compare la substance cornée du bec aux ongles; ce sont en effet les organes avec lesquels certe partie a le plus d'analogie, chez l'adulte au
moins. Toutefois, il paraîtrait résulter des recherches de M. Geoffroy-Saint-Hilaire que chez les jeunes oiseaux on rencontre, sur les deux bords du bec, des dentelures qu'il considère comme de véritables dents rudimentaires dont il indique avec soin le nombre et la forme
M. Geoffroy a trouvé également chez le souchet des lames cornées qui naissent de la partie externe du palais et qu'il compare aux fanons de la baleine. J'ai vu quelque chose de semblable dans le canard ordinaire.