‹ Anatomie du systeme dentaireChapitre 19 sur 33 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des dents chez les animaux. .

Les vertébrés sont , à peu près les seuls animaux chez lesquels on rencontre de véritables dents, des dents qu'on puisse surtout bien comparer à celles de l'homme. Les dents des mollusques, des crustacés et des autres invertébrés sont bien plutôt des endurcissemens calcaires ou cornés de la membrane tégumentaire que des dents véritables.

La définition des dents que j'ai adoptée au commencement rend presque superflue l'observation qui précède, aussi nesuis-je revenu sur cette assertion

i88 que pour lui donner une nouvelle confirmation , et pour déclarer d'ailleurs, qu'après avoir passé en revue les quatre grandes classes d'animaux vertébrés, montré les caractères de leur système dentaire, et indiqué les différences qui existent sous ce rapport entre eux et l'homme, je dirai quelque chose des organes masticateurs des animaux invertébrés.

ORDRE i; Des dents chez les mammifères.

Les détails minutieux dans lesquels je suis entré en décrivant les dents de l'homme, le premier des mammifères, abrégera beaucoup ce que j'aurai à dire de général ici sur les dents de ces animaux.

Tous les mammifères, à peu d'exceptions près , sont pourvus de dents. Les fourmiliers, les pangolins^ Véchidné sont les seuls qui en soient absolument dépourvus. L'ordre des édentés auquel ces animaux appartiennent , est loin de justifier son nom dans toutes ses parties ; car il renferme beaucoup de mammifères qui, s'ils ne sont pas bien partagés sous le rapport des dents comme fat, Vornithorinque, Voryctéroque, au moins n'en sontpas complètement dépourvus. D'autres animaux en paraissent privés et en ont pendant une partie de la vie ; ainsi M. Geoffroy-St-Hilaire en a trouvé dans le foetus delà baleine qui avaient jusque là échappé aux recherches des anatomistes.

Le nombre desdents varie beaucoup dans les mammifères, mais moins que dans tous les autres vertébre's : on n'en trouve jamais plus de 190, et encore n'y a t-il guères que les dauphins qui aillent jusque là : le dauphin du Pérou en a 1 90, celui du Gange en a 120, on en trouve 92 dans le delphinus frontatus.

Les dents des mammifères sont toujours appuyées suraIes os maxillaires ou inter-maxillaires ; toujours aussi elles sont reçues dans des cavités alvéolaires propres. Quelques zootomistes ont bien avancé que Vornithorinque et Vhyperoodon ont des dents palatines, mais il paraît que ce sont seulement des éminences calleuses de la membrane du palais de ces animaux, que Ton a prises pour des dents.

C'est surtout sous le rapport de la forme de leurs dents que les mammifères se distinguent les uns des autres ; et c'est sous ce rapport aussi qu'il importe le plus peut-être de les étudier.

On est convenu, chez l'homme, comme on l'a vu, de distinguer aux dents trois parties : la couronne la racine et le collet; eh bien! celte distinction n'est pas applicable à tous les mammifères ; il en est, les rougeurs, les proboscidiens, qui portent certaines dents recouvertes d'émail dans toute leur longeur, dents que pour cette raison on dit privées déracines, dénomination mauvaise, puisqu'en réalité ces dents ont une partie implantée qui leur constitue bien une racine particulière. Quoi qu'il en soit, les

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dents des mammifères ont été distinguée? en dents à racines , et en dents privées de racines ,

Les 'dents sans racines (incisives des rongeurs , défenses de Vhjpopotame y de V éléphant, etc., ont une forme conique , et une longueur supérieure à celle des autres dents. Leur cavité est conique également et la base du cône qu'elles représentent est la partie la plus profondément enfoncée dans le follicule. Cette cavité n'embrasse pas la papille par sa base, elle ne la serre pas, elle ne l'étrangle pas, et ne gêne en aucun temps les fonctions de cette partie.

Les dents pourvues de racines véritables , semblables sous ce rapport à celles de l'homme, sont pourvues d'une cavité intérieure , évasée dans la couronne, mais plus ou moins rétréciedans la racine, et terminée par une ouverture à l'extrémité de celle-ci. Cette cavité, chez les animaux comme chez l'homme, emprisonne et serre étroitement la papille, de manière à mettre des entraves successivement croissantes à son action.

Les dents des mammifères ont encore e'té justement distinguées en simples, composées et demicomposées ou mixtes..

Les dents simples sont celles qui, semblables aux dents de l'homme, n'offrent aucune an fractuosité de leur surface extérieure et qui ont leur couronne formée d'un noyau régulier d'ivoire revêtu d'une couche non sinueuse d'émail.

Les dents composées, au contraire, présentent de

i9i telles sinuosités dans leur surface extérieure, qu'elles

paraissent réellement formées par plusieurs dents accolées ensemble et qu'on ne peut pas les scier en travers sans couper plusieurs fois chacune des substances qni les composent. Les anfractuosités de la surface des dents composées sont comblées par une substance, particulière aux dents des mammifères, sur laquelle je reviendrai plus loin , le cément.

Les dents composées ont une cavité papillaire autant de fois subdivise'e que la dent présente ellemême de parties accolées et réunies par le cément. Leur papille offre lamême configuration; elle résulte réellement d'un certain nombre de papilles secondaires réunies ensemble par une base commune. Voici du resteladescriptionqu'en donneCuvierpour la dent mâchelière de l'éléphant. « Il a (Je germe) dans chaque animal une figure propre. Pour se représenter celui de l'éléphant , en particulier , qu'on se figure que du fond de la capsule, prise pour base, partent des espèces de petits murs tous parallèles, tous transverses , et se rendant vers la partie du sac prête à sortir de l'alvéole.

Ces petits murs n'adhèrent qu'au fond de la capsule; leur extrémité oppose'e, ou, si l'on veut, leur sofcmet, est libre de toute adhérence.

Ce sommet libre est beaucoup plus mince que la base; on pourrait l'appeler leur tranchant; il est de plus profondément fendu sur sa largeur en plusieurs pointes ou dentelures plus aiguës.

La substance de ces petits murs est molle, trans-

parente, très vascuhire et paraît tenir beaucoup de la nature de la gélatine, elle devient dure, blanche et opaque dans Pesprit de vin.

Les dents demi-composées sont celles dont les reliefs ne pénètrent que jusqu'à une certaine profondeur et dont la base est simple.

Les dents molaires de l'homme peuvent nous donner une idée fort bonne de ce que sont les dents composées des animaux; les molaires de l'homme ont la racine composée et la couronne simple , les dents composées des animaux ont, le plus souvent la couronne composée et la racine simple. Supposez une grosse molaire de Phommc dont les racines seraient recouvertes d'émail, et réunies ensemble par du cément, vous aurez la dent composée des autres mammifères.

Les dents des mammifères diffèrent de celles de l'homme sous le rapport de la conformation de leur couronne, autant que leur genre de nourriture diffère du sien. Etudiées sous ce point de vue elles fournissent des caractères zoologiques fort nombreux et fort^importans^ur lesquels les zoologistes modernes, et particulièrement M. Blainville, ont insisté avec raison. Qu'il me suffise de dire dès à présent, que les dents des mammifères sont d'autint plus remarquables par la saillie, par la disposition pointues et tranchantes àla fois de leurs cuspides, que ces animaux sont plus carnassiers et plus féroces ; et qu'au con traire elles sont d'autant plus élargies et plus platesàleur surface, quel'animal est pins porté vers la

nourriture végétale. Les dents de l'homme tiennent le milieu entre ces organisations opposées, aussi est-il destiné à vivre à la fois de substances végétales et de substances animales. La différence de conformation de la partie triturante des dents est telle dans ces animaux, et elle est si bien en rapport avec leur genre de nourriture, que le cheval, par exemple, dont le genre de nourriture et les habitudes sont aussi éloignés que possible de ceux des animaux carnassiers, non seulement n'a plus les dents effrayantes de ces derniers sous le rapport des pointes et des tranchans de leurs saillies; mais encore, au lieu de cuspides, a des enfoncemens sur la couronne de certaines dents.

Toutes les espèces de dents que Ton rencontre chez l'homme appartiennent également aux autres mammifères; mais elles n'y sont pas toujours disposées les unes par rapport aux autres de la même manière : le nombre même des dents de chaque espèce varie suivant les familles. Je ne puis que donner ici un aperçu très général de ce fait ; plus loin on verra jusqu'à quel point il est confirmé par les détails particuliers. Du reste la détermination des dents des mammifères est un point souvent fort difficile , et qui demande l'attention toute entière des zoologistes.

Les dents des mammifères sont comme celles de l'homme, essentiellement constituées d'ivoire et d'email. L'ivoire } comme chez l'homme, y forme la

parte cssen!:elle, centrale, et l'émail la partie corticale de la couronne. L'ivoire enfin y est formé de couches concentriques, et l'émail défibres perpendiculaires ou obliques procédant de la s »rface extérieure de l'ivoire par une extrémité. Mais à ces deux substances ess ntiellcs des denl$ chez les mammifères, il s'en ajoute une troisième q «'on appelle le cément, et que Tenon avait nommée cortical osseux. On trouve, en outre, chez les animaux qui nous occupent, cette cristallisation calc.iirc confuse , sorte détartre interne que MM. Rousseau et Desmoulins ont appelée substance pcuiingoïde et que j'ai décrite à l'occasion des dents de l'homme.

Le cément appartient uniquement anx dents composées et demi composées des mammifères : il est tout-à fait étranger aux dents simples. Il est placé entre les divisions de cesdents, dont il remplit et comble les interstices. Le cément est la moins dure des trois substances dentaire-;; il se dissout plus difficilem nt dans les acides et noircit plus vite au feu qt e l'émail.

Le cément est tellcmrnt abondant dans certaines dents , dans les machelières de l'éléphant par exemple, qu'il forme la moitié environ de leur masse: il n'a aucune organisation ; c'est une sorte de tartre crist llisée sur la dent. Suivant T< non, ilest produit par l'ossification de la membrane interne du follicule, membrane qui, d'après lui, et aussi d'après Cuvierct Bichat, vieut, comme je l'ai dit plus haut,

passer en se réfléchissant sur la papille, et sous laquelle la dent se développerait primitivement. Suivant Blakc el Cuvier, au contraire , cette substance est formée par le même organe que l'email et après lui.

Quoiqu'il en soit l'analyse de cette substance prise sur lesdeutsd'uncaW^ a fourni les résultats sui vans; matière animale 4^0I5 phosphate de chaux 52;g^; carbonate de chaux 4^o5.

Le follicule des dénis des mammifères est disposé comme celui de l'homme. Du moins, il faut convçnirque la description qu'on donne de ce follicule dans l'anatomie humaine a été faite surtout d'après l'examen de celui des grands animaux, du boeuf et de l'éléphant.

J'ai peu de choses à ajouter à ce que j'ai dit précédemment au sujet de la formation embryonaire des dents de l'homme; les dents des animaux ont un développement premier, absolument identique; seulement à une époque à laquelle chez l'homme la dent possède tous les élcmens qui doivent la composer, chez les mammLères, souvent une troisième substance s:î forme en dehors des deux premières, les masque et leur épargne le frottement et l'usure auxquels elles seraient immédiatement soumises sans cette circonstance.

Lesdents des mammifères ne sont pas toutes semblables entr'clles sous le rapport du terme de leur accroissement; dans toutes, c'est bien, comme chez l'homme, par addition successive de couches à Pin-

iç)6 térieur des premières formées que l'accroissement a lieu ; mais dans les unes cetaccroissement est toutà-fait borné, comme chez l'homme, tandis que chez les autres il continue pendant toute la vie.

Les dents dont l'accroissement est borné , sont les plus communes chez les mammifères ; les autres constituent réellement l'exception.

Les dents qui s'accroissent indéfiniment, sont presque toujours des canines ou des incisives ; rarement on voit une molaire présenter ce remarquable caractère. Du reste, on conçoit parfaitement cette circonstance; c'est aux dents molaires qu'à été attribuée la trituration des alimens; par conséquent^ il était nécessaire que leur écartement restât toujours proportionné à PécartementdesmâchoireSj afin qu'elles pussent se correspondre continuellement.fLes canines et les incisives, dontlesfonctions sont relatives à la division des alimens, pouvaient sans inconvénient acquérir de grandes dimensions ; il y a plus, ces dimensions pouvaient devenir utiles, nécessaires même par suite de la destination nouyelle donnée à ces dents.

Il est clair que les dents dont l'accroissement dure toute la vie, devaient avoir toute la vie les movens de produire l'émail, et que par conséquent elles devaient sous ce rapport différer des dents de l'homme. Ces dents sont réduites à une partie qui représente exactement la couronne de la dent humaine. Pour permettre son allongement continuel sans changer ses caractères ? il fallait la maintenir

dans les mêmes rapports avec les parties qui sécrètent l'ivoire et l'émail , c'est aussi ce qui a eu lieu.

Tout a été dit précédemment, dans l'histoire des dents de l'homme, sur les causes qui rendent trèslimité l'accroissement des dents ordinaires; entrons ici dans quelques détails sur l'accroissement illimité de certaines dents des mammifères.

Les rongeurs, les pachidermes et les cétacés sont à peu-près les seuls mammifères qui aient d s dents jouissant de la propriété de s'accroître pendant toute la vie : ces dents sont de la classe de celles qui n'ont pas de racines, et. qui sont creusées intérieurement d'une cavité conique. Leur papille conique, également, est appuyée sur le fond de l'alvéole par sa large base, et reçoit de ce côté ses vaisseaux et ses nerfs. Il résulte de là que les couches de matière éburnée, sécrétées à la surface de la papille, ne peuvent jamais l'embrasser, parce que le fond de l'alvéole offre de la résistance de ce côté que la papille n'est jamais pressée dans le point par où lui viennent ses élémens nutritifs, qu'elle possède toujours la même activité vitale^ et qu'il n'y a pas de raison pour qu'elle ne continue pas à sécréter toujours de la matière dentaire.

Lorsque les dents ont acquis un développement déjà avancé, et qu'elles ont séjourné un certain tems dans leurs follicules, chez les animaux mammifères comme chez l'homme, elles se portent au-dehors,

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leur éruption a lieu , et la dentitions s'accomplit. L'époque à laquelle celte éruption arrive, le rnoJe suivant lequel les dents sont remplacées quand -elle* doivent l'être, tout cela n'est pas connu d'une manière parfaite, et c'est ici, surtout, qu'on sent combien il importait di prendre, duns l'anatomie humaine, un point de d;part bien lixe et bien connu.

L'éruption des dents des mammifères commence comme chez l'homme, en avant, et procède de ce point vers la partie postérieure.

Les dents des animaux se divisent d'ailleurs, sous le rapport de leur durée, en dents temporaires et en dents permanentes; comme chez rhomme,il en est peu qui persistent pendant toule la vie; celles qui ont pris l'animal au début de sa carrière ne l'accompagnent presque jusqu'à la fin; et réciproquement, < elles qu'il emporte au tombeau avec lni,presque jamais il neles avait pas en venant au mond •. Mais comment se succèd nt, dans les animaux qui nous occupent, les premières et les secondes dents? C'est là un point fort important à fixer. Chez la plupart djs mammifères, c'est dbasen haut que la succession a lieu, comme chez l'homme; cluz d'autres, \éléphanty par exemple, c'est d'arrière en avant, comme Pa lis l'a d montré.

Du reste, que la succession d as djnts :e fasse suivant un modvî ou suivant un autre, toujours est-il que li d. nt primitive est siu cesbivernenl détruite par atmph c, à mesure que la djnt secondaire prend de l'accroisseme X. Les anthropolomisies ont attribué principalement à la pression dj la racine par la dent

*99 secondaire la chute de la d nt primitive; j'ai professé l'opinion, plus haut, que c'est à la destruction des vaisseaux d.3 cette d nt que la chute doit être attribuée. Cette manière de voir est la seule que confirme l'anatomie comparée. En effet, chez l'éléphant, les tient s se succèdent d'arrière en avant,la dnUqui va paraître ne presse pas sur la racine de celles dont la chute est prochaine, et cependant les phénomènes que l'on observe chez l'homme s'accomplissent aussi chez ce gigantesque mammifère, comme Cuvier l'avait remarqué.

Le nombre des remplacemens des dents n'est pas limité chez les mammifères comm a chez l'homme ; quelques uns dont ladenlilion est bien connue sous ce rapport, entre autres l'éléphant, suivant Corse, changenlhuit foisde molaires. Au reste à priori^ on conçoit que le renouvellement des dents doit être calculé d'après les usages qu'en font les animaux, et d'après la carrière plus ou moins longue qu'ils doivent parcourir. La nature, en effet, ne possède que deux manières d'assurer des dents à un animal: les renouveler par d'autres lorsqu'elles sont usées ou bien les alonger continuellement vers la base à mesure qu'elles s'usent par l'extrémité opposée.

Quelques précautions que la nature ait prises pour rendre les dents dures et résistantes, quelque soii le soin avec lequel elle a déposé l'émail sur le sommet de la couronne de ces ostéides, ils sont altaquésavec le temps, comme je l'ai dit, et détruits plusou moins complètement par Icsfroltcmcns. C'est

ici surtout que le régime montre toute son influence sur les dents; car ce qui use le plus ces parties, ce sont les frottemensexercéssurellesensenscontraire, de dehors en dedans, comme chez les ruminans, ou d'avant en arrière, comme chez les rongeurs. La percussionde leurs couronnes de haut en bas, comme cela alieu dans la mastication ordinaire, n'a sur elles qu'une médiocre action; aussi les animaux herbivores ou granivores, les broyeurs par excellence, usent-ils beaucoup leurs dents, tandisque les carnassiers les conservent pointues et tranchantes jusqu'à la fin de leur vie. L'influence du frottement sur la destruction des dents par usure est telle que chez Vûï qui, a les dents supérieures et inférieures de largeurs inégales, suivant Desmoulins, et qui broie ses alimens d'arrière en avant comme les rongeurs; la rangée dentaire la plus étroite trace à la longue un sillon sur la plus large. Souvent aussi il reste sur les dents des lignes qui indiquent dans quel sens le frottement se fait habituellement , lignes transversales chez les ruminans, antéro-postérieures chez les rongeurs .

Un autre phénomène non moins curieux sous le rapport de la physiologie des dents est celui-ci : on sait qu'unemeule, pour servir utilement à l'usage auquel elle est destinée, a besoin d'être inégale * et que pour la rétablir dans cet état, quand elle a servi pendant quelque temps et que les frottemens en ont usé les aspérités; on sait dis-je, que le meunier la repique ; eh bien ! la même chose arrive spontanément aux dents molaires, véritables meu-

les buccales des grands mammifères. La couronne de ces dents, en effet, est formée de substance d'inégale dureté, d'inégale résistance aux frotte* mens ; le premier effet de ceux-ci est le rasement de toutes les aspérités originelles de la dent; mais quand les choses en sont venues à ce point, les parties éburnées de la couronne moins résistante que les parties formées de cément, moins surtout que celles qui sont revêtues d'émail, sont détruites plus promptement que les autres, de nouvellesinégalités se forment, qui succèdent aux premières, et les dents se repiquent d'elles-mêmes suivant toute la rigueur de l'expression. On conçoit toute l'importance sous ce dernier rapport de l'intrication des trois substances des dents composées; et l'on comprend également bien pourquoi les dents composées sont toujours desmolaires.

Les incisives des rongeurs sont usées beaucoup plus en arrière qu'en avant, et toujours tranchantes parce que garnies d'un émail plus épais et plus du en avant, leur détrilion est plus facile en arrière .

Certains animaux usent leursdents inégalement plus dans un sens que dans les autres, ce qui peut aider à mettre celles-ci en position ; l'éléphant use plus ses dents en avant qu'en arrière.

Mais parmi les applications qu'on a faites à la' pratique de la marche progressive de l'usure dos dents des animaux, il n'y en a pas de plus belle à la fois et de plus utile , que celle de laquelle on a déduit les moyens propres à reconnaître l'âge de

cheval. C'est particulièmentà Tenon que nous devons ce qu'on sait à cet égard : chez cet animal , dit Cuvier, les incisives de lait se montrent au bout de quinze jours; les quatre du milieu ou les pinces, tombent à trente mois, les quatre suivantes à quarante-deux, et les quatre externes ou les coins à cinquante-quatre.

Les coins de remplacement ne croissent pas aussi vite que les autres incisives, et c'est surtout par elles qu'on connaît l'âge du cheval.

Elles ne débordent presque pas la mâchoire. ïl y a à leur milieu un creux rempli d'un tartre noirâtre; les bords s'usent à mesure que la dent sort de la gencive et frotte contre son opposée; il va donc toujours en|diminuant depuis cinquante-quatre mois jusqu'à huit ans, ou il s'efface entièrement.

Le creux des autres incisives s'efface beaucoup plus tôt que celui des coins; on ne juge plus alors de l'âge que par la longueur des incisives, qui croissent toujours.

La première arrière molaire paraît à onze mois, et la seconde à vin^t: à trente-deux mois les deux premières molaires de lait, tombent ; la troisième à trois ans, et ce n'est qu'à cinq ou six ans que la derrière arrière-molaire se montre.

Les deux premières molaires, de chaque mâchore, et de chaque coté, paraissent à huit jours; la suivante à vingt; la complémentaire, ou petite molaire antérieure à cinq ou six mois.

Les molaires de lait sont plus longues d'avant en

arrière que celles de remplacement, et celles-ci perdent elles-mêmes de leur dimension dans ce sens, à mesure que les arrière-molaires sortent et les pressent ; de façon que les dents des très-jeunes chevaux ont une couronne oblongue, tandis que celles des vieux sont carrées.

En résume, le cheval a, comme la plupart des ruminans, trois molaires de lait et trois arrière-molaires; les premières sont plus étroites que celles qui les remplacent , mais de même figure, sauf que la dernière molaire inférieure ressemble davantage à la dernière arrière-molaire.

Quant à la succession, il faut aussi remarquer que la troisième molaire de remplacement sort après les deux premières arrière-molaires, et même après la troisième, si Ton en juge par le degré d'usure.

Chez les quadrumanes ,les dents sont, à très-peu de choses près, disposées comme chez l'homme; le nombre en est exactement le môme; il n'y a qu'une exception rare à celte règle, exception qui porte sur une peLite molaire que quelques espèces présenlenten \i\us (4 loua te, Atttles, Sajous, Saint/ is). Les dents des quadrumanes sont disposées exactement comme celles de l'homme ,a une seule exception près, qui porte sur le Ouistiti, dont l'arcade dt ntai; e est terminée en arrière par une petite molaire.

Toutefois déjà on commence dansas singes à voir se perdre quelques-uns des caractères les plus traiidié> ôcs ùenis de l'homme; leurs cuspides, dans certaines espèces de makis surtout, qui sont

un peu carnassières, deviennent plus développés ; la canine est plus pointue et un peu plus élevée que le» dents voisines.

L'ordre des mammifères insectivores , forme, sous le rapport des dents, le passage naturel des quadrumanes aux carnivores. Les individus qui le composent ont un nombre de dents qui peut varier de 28 à 44* La Céphalote du Pérou est dans le premier cas, et la taupe dans le second. Entre ces deux extrêmes, il y a de nombreuses variétés.

Les différences des dents des insectivores peuvent porter sur les incisives et les molaires, mais jamais sur les canines ; on en trouve toujours deux à chaque mâchoire.

Les cuspides sont plus développés chez les insectivores que chezlesquadrumanes;laMusaraigne même est fort remarquable sous ce rapport; elle a une quatrième fausse molaire dont la couronne s'élève en une lame tranchante comme celle de la carnassière des animaux de l'ordre suivant.

Les incisives des insectivores sont très-développées chez certains sujets; on en trouve trois chez la musaraigne ; d'autres, les mégadermes et les Taphiens n'en ont pas du tout.

Les mammifères carnivores ont entre eux beaucoup d'analogie sous le rapport de leur système dentaire. Us ne diffèrent que par leurs molaires; tous ont douze incisives et quatre canines.

Les molaires des carnivores sont divisées en deux

classes, les jetasses et les carnassières tuberculeuses. Les fausses molaires sont grandes et à plusieurs racines; les carnassières supérieures ont trois lobes et un talon mousse en dedans; les carnassières inférieures ont deux lobes pointus et tranchans sans aucun talon.

Les espèces du genre chat sont celles qui forment le type, en quelque sorte, de cet ordre sous le rapportdes dents. Les ours sont au contraire les moins bien partagés- aussi ne se nourrissent-ils de chairs que par nécessité. Leurcarnassière|estpetite,son lobe antérieur est presque efïacé.j Leurs tuberculeuses sont striées comme chezles rongeurs. Les Phoques ont 4 ou 6 incisives en haut et 4 en bas ; leuri canines sont très pointues ; leurs mâchelières, au nombre de 20, 22 ou 24, sont tranchantes ou coniques, dernière disposition qui peut être considérée comme une transition aux dents des cétacées.

Chez les Marsupiaux, les uns, les Sarigues et les Dasyures, ont des incisives fort petites aux deux mâchoires, des canines fort longues, des arrière-molaires hérissées de pointes, et enfin tous les caractères des carnassiers insectivores dont ils partagent, en effet, le régime; les autres, les P "ha langers sont pourvus en bas de deux incisives pointues, tranchantes, couchées en avant, tandis qu'en haut,ils en ont six plus petites. Les canines de ces derniers sont très longues en haut, mais en bas elles sont si petites qu'elles sont souvent cachées par la gencive, et qu'elles disparaissent quelquefois ; ceux-ci, les Kanguroosy n'ont plus

de canines supérieures et ont leurs incisives moyennes égales aux autres ; ceux-là , les Koala, ont à la mâchoire inférieure deux longues incisives sans canines, et à la mâchoire supérieure deux longues incisives moyennes, quelques petites sur les cotés, et quatrejpetites canines. Les derniers,les Plia colô nés, sont de vé ritables rongeurs sous le rapport de leurs dents.

Chez les Rongeurs on ne rencontre pas de canines. Les incisives sont au nombre de quatre, presque toujours deux à chaque mâchoire, séparées des molaires par un espace vide. Ces dentssont longues, fortes, du genre de celles qui croisseut indéfiniment , et plus couvertes d'émail en avantqu'en arrière. Il résulledecette dernière disposition que ces incisives restent tranchanles]pendanttoulela vie, malgré ladestruction qui résulte des frottemens, car l'usure lesalteint toujours un peu plus en arrière qu'en avant. Les molaires sont fort irrégulières sur leur sommet et les inégalités terminales forment généralement des lignes disposées transversalement comme chez les éléphans.

Les mammifères appelés édentés ne sont pas tout à fait pri vésde dents comme leur nom l'indique : ils n'ont pas d'iucisives,et tous, excepté le Paresseux, manquent de canines. Les fourmiliers , les Pangolins etl'fichidné sont les seuls qui soient toutà fait privés de dents.

Les canines du Paresseux sont plus longues que ses molaires et pointues.

Les mâchelières des animaux de cet ordre sont en timbre très variable, lesPriodontes en ont de 48 à 5o

en haut et 48 en bas; il est d'ailleurs remarquable que chez tous les édentés, excepté les tâtons qui en out iG à chaque mâchoire, les mâchelières sont plus nombreuses eu haut qu'en bas.

Les mâchelières des édentés sont presque tout à fait cjlindri jues. Ce sont des cylindres plus ou moins parfaits, simules ou accolés deux à deux et formés quelquefois d'une seule substance. Leur accroissent ni est illimité comme celui des incisives des rougeurs; et en effet, on conçoit parfaitement qu'il puisse en être ainsi, carie tube cylindrique de ces dents ne peut pus embrasser la papille beaucoup plus que les cavités coniques de celles des rongeurs.

L'Oinithorinquc n'a pas de dents véritables, il a des parties cornées qui en tiennent lieu. Leur forme est carrée , suivant M. Blainville. Il y en a quatre semblables à chaque mâchoire. Elles sont aplaties. La base en est irrégulière et mouléesur le fond de l'alvéole.

Les Prjboscicllens n'ont pas d'incisives proprement dites. A. leur place, à la mâchoire supérieure^ sont implantées leurs énormes défenses, dents sans racines et susceptibles d'un accroissement illimité. Leurs molaires sont peu nombreuses ; il y en a tantôt quatre, tantôt huit, quelquefois douze. Cuvier à\t que dans tous les éléphans qu'il a examinés il en a trouvé trois, une antérieure sur le point de tomber, une moyenne très belle, et une postérieure rudimentaire; de sorte qu'à vrai dire l'éléphant n'a que deux molaires à chaque mâchoire. Ces énormes dents

ont la figure quadrilatère; leur couronne est relevée a sa lace triturante par des crêtes transversales et parallèles réunies par du cément. Ces crêtes sont dentelées quand la dent n'est pas trop usée; chez les vieux proboscidiens elles présentent des figures lozangiques variables dans l'éléphant d'Afrique, des rubans étroits et festonnes dans l'éléphant des Indes.

Tous les autres pachydermes offrent des dents de caractères beaucoup plus variés que celles des Proboscidiens. Leurs incisives sont simples et tranchantes le plus souvent. Leurs canines sont tantôt semblables aux canines ordinaires, et tantôt elles offrent l'apparence de défenses redoutables ; quelquefois ellesmanquent tout à fait. Leurs molaires ont une surface large, irrégulière et sont bien disposées pour broyer.

Le cheval en particulier a 6 incisives en haut et 6 en bas; ila 4 canines et 26 molaires, i4enhauteti2enbas.

Les incisives ont -ceci de remarquable qu'elles forment une courbe demi-circulaire très -^régulière sur les jeunes chevaux. Celles du milieu portent le nom àe pinces; celles qui les touchent sont appelées mitoyennes ; les dernières sont les coins ; toutes ont leur couronne creusée d'une cavité ou entonnoir, dont la base correspond à l'extrémité libre de la dent et dans laquelle s'accumule un tartre noirâtre. Cette cavité et la partie de la dent dans laquelle elle est creusée s'effacent graduellement sous l'influence des frotteinens, comme je l'ai déjà indiqué. Les canines portent le nom de crochets ; elles s'émoussent avec l'âge; la jument, chose remarquable, n'en a que

rarement. Les molaires sont prismatiques et marquées de saillies irrégulières en forme de croissant sur leur face triturante.

Chez les Ruminans, il n'y a d'incisives qu'à la mâchoire inférieure, et elles y sont au nombre de 8. Les canines manquent le plus souvent , excepté dans quelques genres, les chameaux , les lamas et les chevrotains . Le cerf n'en a qu'à la mâchoire supérieure. Les molaires sont formées de doubles croissans parallèles, leur face triturante offre des arêtes longitudinales qui sont promptement détruites par les frottemens .

Enfin les cétacés sont de tous les mammifères ceux qui sont les mieux partagés sous le rapport du nombre des dents; certains dauphins en ont jusqu'à 180 ou 190; il est vrai que par opposition etcomme pour compenser cette sorte d'excès, Vhyperoodon n'en a que deux, lenarwals deux encore ou même une seule, et la baleine aucune. J

Les incisives manqnent chez la plupart des cétacés , le dugong en a presque seul , et les a très-développées- les canines manquent tout-à-fait , les molaires sont coniques et pointues pour la plupart; celles du lamentin sont aplaties à leur surface triturante, et surmontées de deux collines transverses comme chez certains pachydermes, le tapir en particulier.

Dans la baleine, il n'y a pas de dents véritables, mais elles sont remplacées par des productions cornées

qui constituent les fanons. Les fanons s'insèrent sur la concavité du palais et se portent de là perpendiculairement en bas dans l'intérieur de la bouche; ils sontjtrès-nombreux: on en compte jusqu'à mille dans la baleine franche, et il y en a qui ont quinze pieds de haut. Chaque fanon présente intérieurement une couche de fibres cornées ; ils sont revêtus de deux lames cornées aussi, mais plus minces , plus serre'es et dont les fibres sont moins apparentes : ces fibres sortent d'entre leslames,et forment une frange libre surtout le bord inférieur et interne du fanon, d'où il résulte que ces franges garnissent toute la partie latérale du palais qui est au-dessus de la langue, et qui se trouve par là entièrement velue.

Les fanons sont inse'rés dans un follicule de lagencive, dans lequel la membrane muqueuse est trèsvasculaire.

Les fanons, comme on le voit, sont bien plus analogues aux poils qu'aux dents; mais s'il n'existe [as de dents à la mâchoire supérieure de la baleine, les observations de M. Geoffroy-Saint-Hilaire ont démontré qu'on en rencontre chez le fœtus à la mâchoire inférieure, dans la rigole que présenîe cet os. Ces dents ont paru à M. Blainville simples et coniques comme celles des cachalots.

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