‹ Anatomie du systeme dentaireChapitre 7 sur 33 · CINQUIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PÉRIODE

De Bichat à nos jours.

J'aurai moins d'auteurs à citer dans cette dernière période que dans la précédente; ce n'est pas à dire pour cela que l'anatomie dentaire ait fait peu de progrès, au contraire, tous les phénomènes du développement des dents ont été décrits avec une rare précision ; des erreurs que le temps avait consacrées ont éfé combattues et renversées; or détruire une erreur, c'est déjà faire un pas en avant dans la voie du progrès. Beaucoup de vérités anciennes que la prévention et le défaut d'examen avaient fait abandonner, ont été retirées d'un oubli injuste et élevées au rang de principes fondamentaux ; enfin plusieurs parties qui avaient échappé à l'observation de nos prédécesseurs ont été découvertes

sous le scalpel intelligent de quelques auteurs modernes.

Bichat est le premier dont je dois parler ; mais je le dis avec regret, il s'était peu occupé de ce sujet si digne pourtant d'attirer l'attention d'un homme de sa portée; aussi n'aurai-je que peu ou point de progrès à lui rapporter. Bichat, en effet, commence par un doute et il ne s'attache pas à l'éclaircir: il commence par se demander si l'émail est organisé, ou s'il n'est qu'un suc suintant d'abord de la surface externe de la dent, qui s'y endurcit et s'y concrète, et sa réponse est encore un doute, et son génie ordinairement si ardent et siimpatiëntd'alleraufonddes choses s'arrête ici à la surface : il y voit à la fois du pour et du contre : mais arrivé aux sympathies, aux fonctions dont les dents sont le siège, Bichat redevient lui-même, il domine son sujet et saisit de ce coup d'oeil d'aiyle qu'on luiconnaitlesrapports les plus cachés. Souvent, ditil, les sympathies dentaires ont lieu entre les dents correspondantes de la même rangée ou des deux rangées ; j'ai la grosse molaire supérieure du côté gauche un peu cariée, de temps en temps elle me fait beaucoup souffrir : or, toujours alors la première molaire du côté droit devient aussi douloureuse , quoique intacte» Il est d'autres cas où une dent souffrant en bas, des douleurs sympathiques se manifestent dans celle qui est au dessus et réciproquement. Plus loin ; Bichat compare la membrane qui sert d'enveloppe au bulbe a une mem-

brane séreuse. Il reconnaît que dans Ja sortie de la dent il y a quelque chose de plus qu'un simple soulèvement de la gencive, mais il avoue ne pas en connaître le véritable mécanisme, etc., etc.

Dans un article sur les phénomènes subséquens de l'éruption des secondes dents , Bichat dit qu'après l'éruption les dents croissent manifestement : i° suivant la longueur, 2° suivant l'épaisseur; qu'il n'y a que la racine qui s'alonge dans le premier sens; que la couronne garde toujours les mêmes dimensions et que si dans les vieillards elle paraît plus longue , c'e^t que les gencives se sont affaissées, phénomène que d'ailleurs on observe très-souvent dans les personnes qui maigrissent, dans celles qui ont fait usage du mercure etc. Bichat ajoute : « l'accroissement dans le )> second sens ne se fait point en dehors ; il n'a lieu » qu'en dedans : le canal de la racine et la cavité )) du corps vont toujours en se rétrécissant; ils fi- » nissent enfin par s'oblitérer; alors le sang ne » pénétrant plus dans la dent, les nerfs n'y por- » tant plus leur influence', elle meurt et tombe; » mais cette mort paraît aussi déterminée par l'ac- » cumulation du phosphate calcaire , qui y devient » tellement prédominant sur la gélatine que le » principe de vie est entièrement étouffé, en sorte )> que ,sous ce rapport, la chute des dents présente » un phénomène analogue à celui de la chute des » cornes des herbivores, de l'enveloppe calcaire )) des çrustacées, etc.»

Bicbat se demande ensuite pourquoi la nature a marqué à la vie des dents un terme plus court qu'à celle des autres os qui ne finissent d'exister qu'avec tous les autres organes, et cette fois encore il s'avoue embarrassé de donner une réponse satisfaisante.

Je pourrais faire pour cette période historique ce que j'ai fait pour les précédentes, c'est-à-dire rapporter successivement les travaux qui ont été entrepris sur le système dentaire , du moins les plus importans , et exprimer en peu de mots ce que chaque auteur a dit de particulier, ce en quoi il a contribué au progrès de la science sur ce sujet ; mais comme c'est particulièrement dans ces auteurs que je dois prendre les principaux matériaux de ma dissertation, je n'en parlerai point ici, pour éviter un double emploi de temps et des répétitions fastidieuses. Je dirai seulement deux motfrde Lavagna} auteur'italien que j'ai fait traduire, parce qu'il me paraît avoir fait des expériences curieuses et avoir mis sur la voie de recherches de la plus haute importance. Et, en effet, dans sa monographie 'ayant pour titre : Expériences et réflexions sur la carie des dents humaines et sur la reproduction des dents des rongeurs y Lavagna décrit la carie dentaire, il en donne une théorie nouvelle, basée sur des expériences, en indique le siège le plus fréquent etc. , etc. Il rend compte ensuite d'un série d'expériences qu'il a faites sur les dents des rongeurs et desquelles il résulte qu'elles croissent

indéfiniment : ayant coupé, en effet . des portions considérables de ces dents, il les a vues se reproduire. Ces expériences sont du reste bien conçues, les conséquences qu'il en tire paraissent naturelles, et son ouvrage entier a justement mérité les éloges unanimes de la société médicaled'émulation de Genève. Après avoirétabli unsavant parallèle ,Lavagna terminepar des conclusions dont voici la plus importante : On voit en premier lieu que les ongles de l'homme, les sabots des quadrupèdes, le bec et les griffes des oiseaux , les cheveux y les écaiVes des poissons y etc. s'alongentet s'étendent continuellement comme les dents des rongeurs y si aucune ca'ise extérieure ne s'oppose à leur végétation continuelle : (si osserva in primo luogo , che le unghie umane , le scarpe dei quadrupedi, il becco et gli artigle degli uccelli, i capelli, le pinne dei pesci, ec, si allun^ano, si destendono continuamente, siccome i denti dei rosicanti, se qualche exteriore cagione non si oppone alla loro perenne vegetazione, etc..)

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