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Anatomie du systeme nerveux de l'homme

Les progrès réalisés dans nos connaissances concernant la structure interne du système nerveux central ont toujours marché de pair avec les progrès de la technique opératoire. C'est ainsi qu'au commencement de ce siècle, à l'époque où Reil fit connaître le durcissement artificiel du cerveau comme un moyen propre à faciliter les recherches anatomiques, on connaissait, il est vrai, les mille détails visibles sur la face externe de l'axe nerveux, mais on n'avait aucune idée de son organisation interne.

Les cerveaux durcis dans l'alcool ont alors été étudiés, pendant la première moitié de ce siècle, au moyen du couteau pour la dissection anatomique et au moyen de la pince pour la dissociation et la poursuite des fibres nerveuses.

La découverte importante faite par Ehrenberg en i833, montrant le système nerveux central constitué d'un nombre incalculable de tubes capillaires, et la découverte des cellules nerveuses par v. Helmholz, Remak, Ehrenberg et Purkinje (i838 à 1840) nécessitèrent bientôt de nouveaux procédés d'investigation.

C'est alors que Stilling inaugura la méthode des coupes en série, et, avec elle, la poursuite des différents faisceaux nerveux à travers tout le système nerveux central.

Faites au rasoir et à main levée, sur des pièces uniquement durcies dans l'alcool, ces coupes furent examinées comme telles dans un peu de glycérine.

Ce procédé, tout primitif qu'il puisse paraître de nos jours, n'a pas empêché Stilling de jeter les bases de l'anatomie de la moelle épinière, de la moelle allongée, de la protubérance annulaire et du cervelet telle qu'on la trouve dans tous les traités classiques modernes. C'est ce même procédé, combiné avec la méthode des dissociations au moyen de la pince, que Mevnert a employé dans ses recherches très étendues sur la structure des différentes parties de l'axe cérébro-spinal. Stilling et Meynert ont fait, à eux deux, avec la méthode des dissociations à la pince, plus de découvertes dans l'anatomie du système nerveux que tous les savants qui les ont précédés.

La méthode inaugurée par Stilling est encore la seule employée de nos jours ; c'est à elle que l'on doit, en toute première ligne, toutes les découvertes importantes faites depuis un demi siècle.

Elle a cependant subi, entre les mains des successeurs de Stilling, des améliorations notables. L'alcool fut bientôt remplacé par l'acide chromique dilué et par des solutions étendues de bichromate de potassium amenant un durcissement plus régulier et donnant aux pièces une consistance plus ferme. La découverte du

microtome facilita considérablement la confection de coupes fines et régulières, tout en fournissant des séries plus complètes. En i858, Gerlach fit connaître les avantages de la coloration des coupes au moyen du carmin; puis vinrent les couleurs d'aniline et, en particulier, la nigrosine. En 1884 enfin, Weigert publia sa méthode remarquable permettant de colorer par l'hématoxyline la gaine de myéline des fibres nerveuses à l'exclusion de tous les autres éléments du tissu nerveux.

Pour résoudre, avec ces différents moyens d'investigation, le difficile problème du trajet des routes nerveuses, les autres se sont adressés tour à tour à l'étude du système nerveux normal (Stilling, Meynert, etc.); à l'étude des dégénérescences secondaires, soit pathologiques (TiiRCK, Bouchard, Charcot et ses élèves, Flechsig, V. MoNAKOw, etc.), soit expérimentales (Singer, Singer et Miinzer, v. Monakow, Schiefferdekker, Marchi, etc.); à celle des altérations survenues dans l'axe cérébro-spinal consécutives à des atrophies périphériques congénitales, accidentelles ou expérimentales (méthode de Gudden); enfin à la fameuse méthode de Flechsig consistant à poursuivre les différents faisceaux nerveux à des époques variables du développement embryologique, grâce à ce fait constaté par PYechsig lui-même, que les fibres des différents faisceaux prennent, à des époques différentes, leur gaine de myéline.

Toutes ces recherches nous ont donné, sur la structure interne de l'axe nerveux, des idées générales assez bonnes, mais hypothétiques dans leurs points essentiels.

Ce sont ces idées sur le trajet des routes nerveuses et sur les connexions probables des fibres qui les constituent que l'on trouve développées dans tous les traités classiques.

L'anatomie du système nerveux ne consiste cependant pas uniquement dans une description pure et simple des différents faisceaux de fibres nerveuses qui servent à l'édifier. Ce qu'il importe avant tout de connaître, pour se faire une idée de son organisation interne, c'est l'endroit précis où chacune de ces fibres nerveuses trouve son origine; c'est encore l'endroit où toutes ces fibres nerveuses se terminent; ce sont surtout les multiples connexions qui s'établissent par ces fibres nerveuses, soit dans l'axe cérébro-spinal lui-même, soit en dehors de cet axe dans les organes périphériques; c'est enfin le mode particulier suivant lequel s'exécutent toutes ces connexions centrales et périphériques.

La découverte, faite par Wagner en 1881, établissant que, parmi les prolongements multiples d'une cellule nerveuse, un seul était en relation directe avec une fibre nerveuse, découverte confirmée et généralisée par Deiters en 1864, a fait faiie le premier pas à la science dans cette voie nouvelle.

Cette découverte de Wagner et de Deiters s'appliquait seulement aux cellules nerveuses de la corne antérieure de la moelle épinière, dont un prolongement se continue, en réalité, avec le cylindre-axe d'une fibre motrice des racines antérieures. Une disposition semblable ne fut que soupçonnée par Deiters pour les cellules nerveuses de la corne postérieure et pour leurs connexions avec les fibres des racines sensitives. Pour expliquer, avec une pareille structure de la moelle, les connexions morphologiques entre les cellules de la corne antérieure et celles de la corne postérieure, les auteurs admettaient l'existence d'anastomoses entre les prolongements protoplasmatiques des cellules sensitives et des cellules motrices.

vu.

Vint alors, en 1871, la découverte importante de Gerlach, établissant que les fibres des racines postérieures ne représentent pas les prolongements cylindraxiles des cellules nerveuses de la corne postérieure, mais démontrant que ces fibres, dès leur entrée dans la corne postérieure, se divisent et se subdivisent pour se perdre dans la substance grise.

Cette découverte de Gerlach remettait en question l'important problème des connexions centrales reliant les fibres sensitives aux cellules motrices.

Mais les procédés d'investigation dont on disposait à cette époque étaient insuffisants pour résoudre toutes les données du problème. En l'absence d'observations positives, on a eu recours à des hypothèses : telle l'existence d'un réseau nerveux continu dans la substance grise de tout l'axe cérébro-spinal mettant en connexion directe les unes avec les autres les cellules nerveuses de tout le système nerveux central. Ce réseau nerveux de Gerlach aplanissait, en apparence au moins, toutes les difficultés. Il fut admis sans conteste par presque tous les physiologistes et a régné, comme un fait établi, dans la science pendant une quinzaine d'années.

Il est bien vrai qu'à partir de 1886, His, professeur à l'Uiiiversité de Leipzig, se basant sur de nombreuses et patientes recherches embryologiques, s'eff"orça de battre en brèche l'existence d'un réseau nerveux ; la doctrine était trop fortement assise pour s'ébranler au premier coup.

Des observations et des considérations anatomo-pathologiques conduisirent Forel, en 1887, à la même conclusion.

Pour donner une nouvelle impulsion à nos connaissances anatomiques dans le domaine du système nerveux, il fallait de nouvelles méthodes d'investigation. Elles ont été fournies presque en même temps par Golgi et Ehrlich. ,

GoLGi, professeur à Pavie, avait fait connaître, dès 1873 déjà, une méthode toute spéciale permettant de mettre en évidence, avec la plus grande netteté, les cellules nerveuses avec tous leurs prolongements. Cette méthode consiste à traiter successivement les parties quelconques du système nerveux central par du bichromate de potassium ou du sublimé corrosif et une solution de nitrate d'argent. Le chromate d'argent ou le chlorure d'argent se précipite, et les éléments constitutifs du tissu nerveux, jouissant de la propriété de fixer ces sels d'argent, apparaissent colorés en noir.

Cette méthode est restée pour ainsi dire dans l'oubli pendant une quinzaine d'années. Sa véritable valeur n'a été mise trn lumière qu'à partir de 1888, époque à laquelle un savant espagnol du plus grand mérite, Ramon y Cajal, appliqua la méthode de Golgi à l'étude du système nerveux embryonnaire et montra, par de nombreuses découvertes, tout le profit qu'on pouvait en tirer pour la science. Elle a été employée dans la suite, avec un égal succès, pour l'étude des différentes parties du système nerveux aussi bien chez les animaux inférieurs que dans les différents groupes de vertébrés et chez l'homme, par Kôlliker, nous-même, Pedro Kamon, v. Lenhossek, Retzius, L. Sala, Cl. Sala, Edinger et un grand nombre d'autres auteurs.

La méthode au bleu de méthylène date de 1886. C'est à cette époque que Ehrlich a découvert ce fait important,. que l'injection intra-veineuse d'une solution de bleu de méthylène, chez un animal vivant, détermine la coloration exclusive des

éléments nerveux, dès que les tissus ainsi injectés arrivent au contact de l'air. La même coloration s'obtient, lorsqu'on laisse des tissus enlevés à un animal fraîchement tué s'imbiber quelque temps dans la même solution.

Cette méthode de Ehrlich, appliquée par Biedermann et Retzius chez les animaux inférieurs, par Ehrlich, Arnstein, Dogiel et beaucoup d'autres à l'étude de la structure interne de parties nerveuses chez les animaux supérieurs, a confirmé dans ses points essentiels les résultats fournis par la méthode de Golgi.

Ces deux méthodes, appliquées avec un rare bonheur en Espagne, en Allemagne, en Italie, en Suède et en Belgique, ont révélé, coup sur coup, une quantité innombrable de faits nouveaux et ont amené ainsi une véritable révolution dans nos connaissances sur la structure interne du système nerveux central.

Elle serait trop longue à dresser la liste des découvertes dont la science est redevable à ces deux méthodes. En voici quelques-unes prises au hasard :

Il n'existe pas de réseau nerveux.

Il n'existe pas de fibre nerveuse indépendante d'une cellule nerveuse, mais toute fibre, quelle qu'elle soit, doit être considérée comme le prolongement cylindraxile d'une cellule nerveuse.

Une cellule nerveuse avec tous ses prolongements constitue un élément nerveux indépendant, une unité nerveuse, un neurone.

Tous les éléments nerveux sont indépendants les uns des autres.

La transmission des ébranlements nerveux d'un neurone à un autre neurone ne se fait pas par continuité, mais par contiguïté ou contact.

Tout le système nerveux cérébro-spinal et sympathique est formé d'éléments nerveux superposés.

La transmission de l'ébranlement nerveux, dans un neurone donné, se fait toujours d'après une direction déterminée : elle va des prolongements protoplasmatiques au corps cellulaire, du corps cellulaire au prolongement cylindraxile et, par celui-ci, aux prolongements protoplasmatiques d'un autre élément nerveux.

En présence de ces faits nouveaux d'une importance capitale, de nouvelles idées se sont fait jour sur la structure interne du système nerveux central, et les auteurs se convainquent de plus en plus que l'anatomie du système nerveux ne consiste pas uniquement dans la description plus ou moins exacte des différents faisceaux de fibres nerveuses qui entrent dans sa constitution et dans la recherche de leur trajet souvent assez complexe. Ce n'est là que le premier pas. Ce n'est là qu'un travail préparatoire à l'exécution duquel ont largement contribué et la méthode de coloration des fibres nerveuses de Weigert, et l'étude des dégénérescences secondaires d'après la méthode de Gudden et la méthode embryologique de Flechig.

Si nous voulons voir clair dans la structure interne du système nerveux, si nous voulons saisir la valeur morphologique et physiologique des différents faisceaux qui constituent ce système, nous devons reprendre, avec les méthodes nouvelles, tous les faisceaux qui ont été décrits et nous demander pour chacun d'entre eux ; Où les fibres nerveuses qui constituent ce faisceau ont-elles leurs cellules d'origine ? Où ces fibres nerveuses vont-elles se terminer ? Avec quels éléments ces cellules

nerveuses arrivenl-elles en contact ? A quels éléments les prolongements cylindraxiles de ces cellules nerveuses vont-ils transmettre l'ébranlement nerveux ? C'est là sans aucun doute un travail long et laborieux.

Les résultats brillants obtenus dans un espace de cinq années par la méthode au chromate d'argent de Golgi et par la méthode de Ehrlich prouvent amplement que ce travail n'est pas au-dessus des forces humaines.

« La science ne consiste pas seulement dans une accumulation des faits isolés, écrivait le vieux Burdach en 1819 (i). Il faut que de temps en temps on réunisse tous les faits nouveaux en un corps de doctrine. C'est seulement quand d'un seul coup d'oeil on peut embrasser tout l'édifice que l'on s'aperçoit plus facilement et des lacunes qu'il présente et de la direction qu'il faut imprimer aux recherches futures ».

Ce sont ces paroles qui nous ont encouragé dans l'idée de réunir en un vaste ensemble les nombreux faits dont la science s'est enrichie pendant ces cinq dernières années. Nous aurions voulu retarder cette publication de quelques années encore : nous aurions pu acquérir d'ici là un peu plus d'expérience personnelle, en même temps que les faits nouveaux que l'on découvre tous les jours seraient venus combler bien des lacunes. Mais nous avons dû nous incliner devant la nécessité, dans laquelle nous nous trouvons, de dispenser les nombreux étudiants, qui suivent chaque année nos leçons, de la lourde et fatiguante besogne de recueilhr par écrit toutes nos paroles, plus préoccupés en somme d'annoter jusque dans leurs moindres détails toutes nos descriptions que de suivre pas à pas les idées que nous développons devant eux.

Nous n'avions pas même la ressource de les renvoyer à tel ou tel des nombreux traités d'anatomie parus dans ces dernières années, puisque les nouvelles idées sur la structure des centres nerveux semblent ne pas encore avoir reçu droit de cité. C'est ainsi que Testut, dans son excellent traité d'anatomie humaine paru en igoi, donne une description très détaillée et très précise des différentes parties de l'axe cérébro-spinal, mais semble ignorer complètement les travaux parus depuis 1888. C'est ainsi encore que Obersteiner, dans la deuxième édition de son livre « Anleitiing beim Studium des Baues der Nervôscn Centralorgane in gesunden und kranhen Zustande ». Leipzig, 1892, dont une traduction française vient de paraître il y a à peine quelques mois, ne fait nulle part mention des idées nouvelles,

Nous avons, il est vrai, recommandé chaudement à nos élèves la troisième édition du livre du Dr Edtnger « Zwôlf Vorlesungen iiber den Bau der nervôsen Centralorgane », Leipzig, 1892, qui a accueilli avec enthousiasme les résultats les travaux de ces dernières années. Mais la plupart de nos étudiants ignorent la langue allemande, et, de plus, le livre du Dr Edinger, étant écrit pour des médecins, suppose connus une foule de détails dont nos étudiants avaient le plus grand besoin.

Nous nous sommes donc décidé à publier nos leçons sur l'anatomie du système nerveux telles que nous les avons faites devant nos élèves pendant le trimestre d'été de l'année igoS. Nous les avons quelque peu modifiées au cours de leur publication, parce que nous avons voulu utiliser le récent travail de H. Held sur le trajet de la voie acoustique centrale, et que nous y avons ajouté des considérations nouvelles

(1) Cité d'après Edinger : Zwôlf Vorlesungen ûher den Bau der nervôsen Centralorgane. Leipzig, 1892, p. 9.

sur le trajet probable de la voie sensitive centrale en connexion avec les nerfs périphériques de la moelle épinière et du tronc cérébral.

Nous avons voulu faire cette publication sous forme de « Leçons », parce que, étant destinée directement à l'enseignement, elle nous permettait de passer sous silence une foule de détails momentanément encore dépourvus d'importance pratique, et dont l'énumération fastidieuse ne peut qu'embrouiller le débutant. Ces détails ne trouvent leur place utile que dans de véritables « Traités » destinés à énumérer la somme totale des connaissances acquises sans tenir compte de leur importance relative.

Un autre motif qui nous a engagé à conserver à cette publication le caractère de « Leçons », c'est que ce genre de publication donne à l'auteur une plus grande liberté ; il tolère les redites, il permet que de temps en temps on retourne quelques pas en arrière, on jette un coup d'œil sur les leçons qui ont procédé pour mieux faire ressortir tel ou tel détail, telle ou telle structure, laquelle peut avoir une importance plus grande que les autres pour des étudiants qui se préparent à la carrière médicale. Rien de mieux d'ailleurs, pour faire entrer une vérité dans l'esprit de ses auditeurs, que de la leur présenter à des époques différentes et sous des aspects quelque peu variés.

Nous avons suivi, dans ces leçons, le même ordre que le D"" Obersteiner dans son livre. Nous avons d'abord consacré les sept premières leçons à l'étude de ce qu'on peut appeler « la grosse anatomie de l'axe cérébro-spinal ». Nous y avons décrit les différentes parties constitutives de l'axe nerveux, ainsi que tous les détails macroscopiques visibles soit sur la face externe de la moelle épinière, de l'arrière cerveau, du cerveau postérieur et du cerveau moyen, soit sur la face externe et sur des coupes macroscopiques du cerveau intermédiaire et du cerveau antérieur.

Cette description macroscopique est suivie d'une leçon consacrée à l'étude des méninges.

Nous abordons alors l'étude de la structure interne du système nerveux central. Ici nous devons faire appel aux connaissances histologiques acquises antérieurement. Ces connaissances sont de la plus haute importance si l'on veut s'orienter quelque peu dans les leçons ultérieures. Pour raviver tous les souvenirs, nous les avons passées rapidement en revue dans les leçons 9 et 10.

Ainsi orienté quelque peu sur les différentes parties constitutives de l'axe cérébro-spinal et sur les éléments histologiques qui servent à les édifier, nous reprenons chacune de ces parties pour son compte et nous y étudions successivement :

1° La structure interne, au moyen^d'une série de coupes transversales.

2° La circulation artérielle et veineuse, en insistant d'une façon toute spéciale sur l'origine et le mode de distribution des artères nourricières.

3° Les nerfs périphériques qui dépendent de chaque partie de l'axe nerveux.

Cette longue étude forme l'objet des leçons 11 à 3i.

Dans cette étude nous avons dû signaler bien des détails qui à plusieurs paraîtront peut-être superflus. Pour séparer le principal de l'accessoire, les faits essentiels des détails secondaires, nous avons repris, dans les leçons 32 à 37, une vue générale de la structure de l'axe cérébro-spinal. Nous avons divisé les faisceaux de fibres nerveuses qui constituent l'axe nerveux en voies longues et en voies courtes. Les voies longues

comprennent la voie motrice, la voie sensitive, les fibres des pédoncules cérébelleux inférieurs, les fibres des pédoncules cérébelleux supérieurs et celles des faisceaux cortico-protubérantiels. Les voies courtes correspondent aux fibres du faisceau fondamental des trois paires de cordons de la moelle épinière et à celles du faisceau longitudiual postérieur ,

Tous ces faisceaux de fibres nerveuses ont été étudiés, chacun pour son compte, depuis son origine jusqu'à sa terminaison. Nous avons insisté principalement sur le trajet des fibres scnsitives dont la connaissance exacte est d'une importance capitale en pathologie nerveuse. Nous terminons cet aperçu général de la structure de l'axe nerveux par quelques considérations sur les voies réflexes.

Ces six leçons forment, en quelque sorte, la quintessence de tout ce que les étudiants en médecine doivent savoir de la structure des centres nerveux. Aussi ne saurions-nous trop engager tous ceux qui lisent ces leçons, non pas de les parcourir les unes après les autres, telles que nous les avons publiées, mais de recourir de temps en temps à ces leçons finales ; de les lire, par exemple, après avoir terminé l'étude de la grosse anatomie de l'axe cérébro-spinal ; de les relire encore après chaque série de leçons consacrées à une partie quelconque de l'axe nerveux. De la sorte ils retireront de cette lecture tout le profit désirable.

Ce livre se termine par une leçon très sommaire consacrée à l'étude du système nerveux sympathique.

Le livre que nous publions aujourd'hui est loin d'être parfait. Nous en avons la conviction profonde. Nous avons fait de notre mieux pour le rendre le moins imparfait possible.

Nous l'avons illustré d'un nombre considérable de figures, convaincu que, dans un domaine aussi complexe que celui de la structure interne du système nerveux, il vaut mieux reproduire dix figures de trop qu'une figure de trop peu. Ces figures correspondent d'ailleurs aux dessins que, pendant nos leçons, nous avons l'habitude de faire à la planche. Elles ont été dessinées, sous nos yeux et d'après nature, par M . Ferd. GiELE, graveur et dessinateur à Louvain. Toutes les piècs anatomiques qui ont servi à la confection de ces dessins ont été préparées par nous dans ce but spécial. M. GiELE a apporté à l'exécution de ces figures un véritable talent et une scrupuleuse exactitude. Les dessins, faits à l'encre de Chine, ont été reproduits à la zincogravure par la maison Malvatjx de Bruxelles.

A. VAN GEHUCHTEN.

Louvain, i Octobre i8ç3.

Préface de la quatrième édition

Lorsque, en iSgS, nous avons publié la première édition de nos « Leçons sur l'anatomie du système nerveux », nous étions loin d'entrevoir les progrès rapides que de nouvelles méthodes de recherches devaient faire réaliser dans le domaine de la science neurologique.

On ne connaissait, il y a douze ans, que la méthode expérimentale de v. Gudden et la méthode de coloration des fibres myélinisées due au génie de Weigert, avec l'heureuse application que Flechsig en avait faite à l'étude de la myélinisation des fibres nerveuses dans le cours du développement embryologique, application qui est devenue, entre les mains de l'auteur, une méthode nouvelle connue sous le nom de méthode embryologique. A côté de ces deux méthodes fondamentales avait surgi brusquement la méthode de Golgi, vieille déjà de 20 ans, mais dont Cajal venait de démontrer la haute importance en l'appliquant à l'étude du système nerveux embryonnaire. Employée par Cajal lui-même, Kolliker, nous-même, Retzius, v. Lenhossek et beaucoup d'autres, elle a conduit à des résultats inespérés. C'est à elle que nous sommes avant tout redevable de la doctrine des neurones, qui a jeté une si vive lumière sur l'organisation générale de tout le système nerveux.

Dans le court espace des douze années qui viennent de s'écouler, l'ingéniosité des hommes de science a fait découvrir de nouvelles méthodes et chacune d'elles a eu pour résultat d'augmenter, dans de larges proportions, le patrimoine de la science.

C'est d'abord la méthode de Nissl qui a permis, pour la première fois, d'aborder avec succès la question si délicate et si controversée de la structure du protoplasme cellulaire. C'est elle qui nous a démontré l'existence de la substance chromophile et qui nous a rendu témoins oculaires des phénomènes réactionnels qui peuvent survenir dans le corps de la cellule nerveuse, soit dans les diftérents états fonctionnels du neurone, soit dans les cas de lésion pathologique ou expérimentale de son prolongement cylindraxile.

Nous lui devons la connaissance du phénomène de chromolyse, dont la signification physiologique a certes été exagérée au début des recherches, mais dont la production expérimentale nous a mis entre les mains une méthode d'une extrême sensibilité, qui a rendu les plus signalés services, non seulement dans l'étude de l'origine réelle des nerfs moteurs périphériques, mais encore dans celle de l'origine des fibres ascendantes et descendantes de tout l'axe cérébro-spinal . C'est la méthode expérimentale de Nissl qui a permis d'aborder la question si importante des localisations motrices médullaires, dont la solution définitive doit avoir une valeur pratique

considérable puisqu'elle nous apportera un jour une aide précieuse dans le diagnostic précis du siège des affections organiques de la moelle épinière.

C'est ensuite la méthode de Marchi appliquée à l'étude des dégénérescences secondaires, dont la valeur réelle n'a été appréciée que dans le cours de ces dernières années. Grâce, en effet, à de nombreuses recherches expérimentales poursuivies systématiquement, et consistant essentiellement dans des lésions limitées de la substance grise et de la substance blanche des différentes parties du névraxe, on est parvenu à mettre en évidence un nombre considérable de voies nerveuses, inconnues ou mal connues, à les suivre dans leur trajet et à établir les masses grises où elles ont ou leur origine ou leur terminaison. Ce sont les résultats fournis par cette méthode de recherches qui nous permettent de nous former une idée, déjà assez nette, de l'architecture générale des centres nerveux inférieurs. C'est la méthode de Marchi, combinée avec la méthode de Nissl, qui nous a permis de démontrer l'existence d'une double dégénérescence wallérienne : l'une survenant dans le howt périphérique d'un nerf interrompu, que nous avons appelée dégénérescence wallérienne directe; l'autre intéressant les fibres du bout central d'un nerf sectionné ou arraché et que nous avons fait connaître sous le nom de dégénérescence wallérienne indirecte. L'une et l'autre de ces dégénérescences ont été largement utilisées, dans le cours de ces dernières années, comme méthodes de recherches dans l'étude des voies nerveuses centrales et périphériques.

Ce sont encore les méthodes de Apathy et de Bethe qui ont montré l'existence, dans les fibres et les cellules nerveuses, de neurofibrilles que certains auteurs ont considérées comme étant indépendantes les unes des autres. Les idées émises par Apathy et Bethe ont fait surgir de nombreux travaux et des discussions, parfois un peu vives mais toujours intéressantes et instructives, non seulement concernant la structure réelle, réticulaire ou fibrillaire, du protoplasme cellulaire, mais encore et surtout concernant le mode de connexion des éléments nerveux. Ces discussions et les recherches anatomiques qui leur servent de base continuent encore actuellement, grâce à la méthode de coloration si élégante et si fine de Donaggio, à la méthode] d'impré gnation de Bielschowsky et surtout aux méthodes plus récentes encore, et plus importantes parce qu'elles sont d'une exécution plus facile, que l'on doit à l'ingéniosité de Cajal.

Nous avons suivi de près ce mouvement intense des faits et des idées, dont nous avons fait connaître par deux fois l'état momentané en publiant, en i8g6 et en igoo, la deuxième et la troisième édition de ce livre. Nous avons eu à cœur de prendre à ce double mouvement une part active, dans les sept volumes de la revue <f Le Névraxe «, que nous avons fait paraître depuis 1900, et qui est exclusivement consacrée à des travaux anatomiques, physiologiques ou pathologiques intéressant le système nerveux.

Pendant ces cinq dernières années, le travail silencieux qui se poursuit dans tous les laboratoires de neurologie a de nouveau produit des résultats\ inespérés. Des questions que l'on croyait résolues, telles : la structure réticulée du protoplasme cellulaire, la régénération des nerfs, l'origine uni- ou pluricellulaire du neurone, etc. etc. ont été remises en discussion et ont été retravaillées • par les ^méthodes nouvelles. Il en a été de même pour la question si importante des voies nerveuses

longues et courtes, ascendantes et descendantes, qui entrent dans l'organisation interne du système nerveux.

Tous ces recherches, ainsi que les résultats nouveaux auxquels elles ont conduit, ont enlevé de son actualité à l'édition, depuis quelque temps épuisée, de ce livre parue en 1900 et nous ont obligé, pour le bien de nos élèves et dans l'intérêt de la science que nous cultivons, à préparer une nouvelle édition.

Nous n'étonnerons certes personne en avouant, en toute sincérité, que ce travail considérable de révision a exigé de notre part un labeur de tous les jours poursuivi pendant près de deux ans. Nous croyons ne pas nous tromper en exprimant l'espoir que le livre que nous publions peut être considéré comme un tableau fidèle de l'état actuel de nos connaissances neurologiques. C'est là du moins le but que nous avons poursuivi et à la réalisation duquel nous avons consacré le meilleur de notre temps et la totalité de nos eftorts- Il nous a cependant été matériellement impossible, en présence de l'extension considérable que prennent les études d'anatomie nerveuse, de tenir compte de tous les faits observés et de toutes les opinions émises. Si des lacunes importantes existent dans notice livre, et il est presque impossible qu'il puisse en être autrement, nous prions le lecteur de bien vouloir les considérer comme des oublis involontaires.

Le souci d'être aussi complet que possible nous a fait outrepasser, et de beaucoup, les limites que nous nous étions primitivement tracées pour ces leçons. Nous avons essayé, pour la facilité de nos élèves, d'obvier à cet inconvénient, au moins dans une certaine mesure, en utilisant un double texte ; l'un pour les faits importants que l'on peut considérer comme acquis à la science, l'autre pour les points encore controversés et pour l'exposé de l'évolution des idées concernant certaines questions d'intérêt plus général.

Il nous est impossible de relever tous les changements qui font de cette quatrième édition un livre entièrement nouveau. Ils existent à chaque page. Nous ne pouvons cependant passer sous silence la modification importante que nous avons introduite dans les leçons consacrées à l'étude des voies nerveuses.

Dans les éditions antérieures, nous avons considéré l'écorce cérébrale comme le dernier aboutissant de tous les voies centripètes et comme le noyau d'origine le plus élevé de toutes les voies centrifuges.

Admettant la subdivision proposée par Flechsig en centres de projection et centre d'association, nous avons décrit successivement les voies centripètes et centrifuges des quatre sphères sensorielles : la sphère tactile, la sphère visuelle, la sphère auditive et la sphère olfactive.

Nous avons abandonné cette subdivision des voies nerveuses pour des raisons qu'il serait trop long d'énumérer et dont la principale est, sans aucun doute, l'ignorance complète dans laquelle nous sommes encore concernant les voies centrifuges des sphères olfactive, acoustique et visuelle. Nous avons cru qu'il était plus simple et plus logique — puisque de par son système nerveux notre organisme est avant tout un appareil centripète et un appareil centrifuge — de considérer séparément toutes les voies ascendantes amenant vers l'écorce cérébrale toutes les impressions de sensibilité, quelle que soit leur nature et quelque soit l'organe, externe ou interne, sensoriel ou non, destiné à les recueillir. A cet organisme centripète, nous opposons

alors l'organisme centrifuge représenté par toutes les voies descendantes, corticales ou sous-corticales, mésencéphaliques, protubérantielles, bulbaires ou médullaires par lesquelles notre système nerveux est en état de répondre, consciemment ou inconsciemment, aux excitations reçues.

Cette subdivision en voies ascendantes et voies descendantes nous a permis de décrire séparément les voies longues et les voies courtes et par ces dernières nous a amené tout naturellement à traiter les voies réflexes, dont la connaissance exacte et précise devient de jour en jour plus importante au point de vue du diagnostic des afiections nerveuses.

Ainsi modifié et remis au jour, nous espérons que notre livre pourra, comme dans le passé, rendre service non seulement à nos étudiants, pour lesquels il a été tout spécialement rédigé, mais encore à tous ceux qui s'intéressent aux progrès de la science neurologique.

A. VAN GEHUCHTEN.

Louvain, 25 Février iço6.

Système Nerveux de THomnie

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