QUARANTE-DEUXIEME LEÇON
La structure générale du système nerveux cérébro-spinal.
Les voies ascendantes d'origine médullaire (Suite) : La voie médullo-cérébello-thalamo-corticale. Les voies courtes.
Les voies ascendantes d'origine médullaire comprennent donc des voies longues, corticales ou de sensibilité et des voies courtes ou voies réflexes.
Les voies longues se subdivisent en voie médullo-thalamo-corticale et voie médullo-cérébello-thalamo-corticale. Nous avons étudié la première ou voie de transmission de la sensibilité musculaire, il nous reste encore à étudier la voie de transmission de la sensibilité cutanée et les voies courtes.
Les voies longues médullaires (Suite).
B) Voie médullo-cérébello-thalamo-corticale ou voie centrale de la sensibilité cutanée.
Cette voie nerveuse ascendante relie la colonne grise postérieure d'un côté de la moelle à la sphère tactile de l'hémisphère cérébral du côté opposé.
Sa partie périphérique est formée par toutes les fibres radiculaires courtes renfermées dans chaque cordon postérieur et provenant, en nombre variable, de toutes les racines postérieures des nerfs spinaux. Elle relie donc la surface cutanée du cou, du tronc et des quatre membres à ia colonne grise postérieure de la moelle.
Il résulte des recherches de Ingbert que ces fibres cutanées représentent environ les quatre cinquièmes du nombre total de fibres centripètes amenées par les racines postérieures, soit, pour chaque moitié de la moelle, un peu plus de un demi-million de fibres afférentes.
Ces fibres se terminent périphériquement dans les couches profondes de l'épiderme. Nous savons, par l'expérience de tous les jours, que la sensibilité cutanée varie considérablement d'un endroit à l'autre du corps. Il est plus quo probable que cette différence dans le degré de sensibilité doive être attribuée soit à une richesse plus grande en fibres nerveuses, soit à l'existence de terminaisons nerveuses spéciales.
Pour avoir une idée approximative du nombre de fibres nerveuses qui se rendent dans la peau des différentes régions du corps, ce que l'on a appelé la densité de l'inner-
Van Gehuchtbn. Système Nerveux, 4' éd. 53
vation cutanée, Ingbert a mis en regard d'une part, l'étendue exacte de la surface cutanée pour les différents segments du corps et d'autre part, le nombre de fibres cutanées qui leur sont destinées.
Or, il résulte des recherches de Meeh que, pour un homme de 36 ans, pesant 78 k. 3 et mesurant i m. 71, la surface totale du corps est de 2243490 millimètres carrés. Cette surface se décompose de la façon suivante :
chaque membre supérieur 199,860 mm*
chaque membre inférieur 5oi,68o mm-
la moitié du cou et le tiers de la moitié de la tête 72,446 mm-
la moitié du tronc 294,160 mm-
Connaissant le nombre de fibres cutanées renfermées dans les racines postérieures de tous les nerfs spinaux, Ingbert a pu établir, par un calcul bien simple, que chaque fibre sensible innerve une surface cutanée de :
i™™'-,o8 au'cou et à la tête,
i™n>-,3o au membre supérieur,
2mm2^^5 a,u membre inférieur,
3mm2^i5 au tronc.
Il est évident que ces chiffres ne peuvent avoir qu'une valeur approximative. Pour avoir une idée de la sensibilité réelle, ou même de la richesse réelle en fibres nerveuses des différentes régions de la surface cutanée, il faudrait pouvoir tenir compte, non seulement du nombre total de fibres nerveuses qui s'y terminent, mais encore du nombre de fibrilles nerveuses intraépidermiques provenant de chacune de ces fibres nerveuses, ainsi que de la disposition spéciale qu'y affectent ces fibrilles nerveuses au point de vue de leur fonction de réceptivité vis-à-vis des excitations externes.
Toutes ces fibres cutanées, devenues des fibres courtes ou fibres myélopètes des cordons postérieurs de la moelle, vont se terminer, par des ramifications libres,
FiG. 706.
Coupe transversale de la moelle dorsale d'un embryon de vache montrant les collatérales des fibres des cordons postérieurs.
dans toutes les régions de la substance grise du même côté et même dans la substance grise de la corne postérieure du côté opposé, fig. 70«.
Ces masses grises représentent donc les noyaux terminaux pour les fibres courtes des cordons postérieurs, ou fibres de la sensibilité cutanée ; en même temps elles sont les noyaux d'origine : i") pour toutes les fibres ascendantes longues qui ont pour fonction de transmettre aux centres nerveux supérieurs toutes ces excitations recueillies à la surface du corps ; 2°) pour de nombreuses fibres courtes, médullaires ou autres, intervenant dans le mécanisme des mouvements réflexes.
La partie centrale de la voie de transmission de la sensibilité cutanée est formée d'un grand nombre de neurones superposés : neurones méduUo-cérébelleux, cérébello-olivaires, olivo-thalamiques et thalamo-corticaux.
Chainons médullo-cérébclleux. Il résulte des recherches expérimentales faites sur les animaux et des observations anatomo-pathologiques faites sur le névraxe de l'homme, que cette voie longue commence, dans la moelle épinière, par deux faisceaux de fibres nerveuses situés à la périphérie du cordon latéral : le faisceau cérébelleux de Flechsig et le faisceau de Gowers.
Faisceau cérébelleux. Les fibres du faisceau cérébelleux ont leurs cellules d'origine dans la colonne de Clarke du même côté, colonne grise dans laquelle se terminent
FiG. 707,
Collatérales des fibres du cordon postérieur se terminant dans la colonne de Clarke. Moelle épinière d'un enfant âgé de 7 mois.
un grand nombre de collatérales courtes des fibres des cordons postérieurs, fig. 707. Ce sont donc des fibres directes.
Ce faisceau monte ensuite à travers toute la longueur de la moelle épinière, plus ou moins intimement confondu avec le faisceau de Gowers, fig. 708. Il augmente constamment de volume par l'adjonction de nouvelles fibres nerveuses. Arrivées à la partie inférieure du myélencéphale, les fibres de ce faisceau cérébelleux se séparent insensiblement des fibres du faisceau de Gowers. Elles s'inclinent en arrière, en contournant la racine spinale du nerf trijumeau, fig. 709, 710, 71 1, 7ia, pour se rendre dans le segment externe du pédoncule cérébelleux inférieur ou corps restiforme, fig. 713, 714.
FiG. VOH. p Q^
Coupe transversale de la moelle cervicale (lapinj montrant à gauche la dégénérescence des faisceaux médullo-cérébellenx après section complète de la moelle dorsale inférieure.
FiG. yo9.
FiG. yia.
FiG. 710.
FiG. 713
FiG. 714.
FiG. V15.
FiG. 709 à 715. Série de coupes transversales provenant du tronc central d'un lapin et montrant, dans leur moitié gauche, la dégénérescence du faisceaux cérébelleux F.C, et du faisceau de Gowers, F.G., après hémisection de la moelle au niveau du premier nerf cervical.
FiG. 71 G.
Coupe sagittale du tronc cérébral d'un lapin montrant en dégénérescence les fibres du faisceau cérébelleux de Flechsig.
FiG. 710.
FiG. 723.
VIlI : Racine descendante du nerf vestibulaire.
V '. Racine spinale du nerf trijumau.