C. R. : Corps restiforme
F, G. : Faisceau de Gowers abandonnant un certain nombre de fibres au pédoncule cérébelleux moyen.
Fig. y25.
p. c. s. :Pédoncule cérébelleux supérieur. L. C. : Locus cœruleus.
F. G. : Fibres du faisceau de Gowers contournant le pédoncule cérébelleux et pénétrant dans la valvule de ViEUSSENS.
FiG. 717 â î25 : Série de coupes transversales provenant du névraxe d'un homme mort à la suite de compression médullaire au niveau du 6^ et 7^ segment dorsal.
Celui-ci monte dans la partie latérale du métencéphale jusque vers le tiers inférieur du noyau masticateur du nerf trijumeau. Là, fig. 716, ses fibres se recourbent brusquement en arrière ; elles s'écartent en éventail les unes des autres, contournent la face externe du pédoncule cérébelleux supérieur correspondant, en occupant tout l'intervalle laissé libre entre ce pédoncule et l'olive cérébelleuse, et vont s'épanouir dans l'écorce cérébelleuse de la pai^tie postérieure du ver supérieur en grande partie du même côté, en partie aussi du côté opposé en passant par la commissure supérieure et antérieure du cervelet, fig. 715. En tenant compte de son origine dans la moelle épinière et de sa terminaison dans le cervelet, le faisceau cérébelleux de Flechsig devrait s'appeler faisceau médullo-cérébelleux dorsal.
Faisceau de Gowers. Ce faisceau existe, dans le cordon latéral, au-devant du faisceau cérébelleux avec lequel il se confond intimement, fig. 717. Ses fibres constitutives ont leurs cellules d'origine dans la substance grise médullaire. Cette origine n'est pas exactement connue.
On admet généralement que ces fibres proviennent en petite partie des cellules de la corne postérieure du même côté et, en majeure partie, de celles de la corne postérieure de la moitié opposée de la moelle. Ces fibres croisées, pour se rendre dans le faisceau de Gowers, passent tout d'abord par la commissure blanche. Arrivées dans le cordon antérieur du côté opposé, elles se recourbent en haut pour devenir ascendantes. Pendant ce trajet ascendant elles s'inclinent cependant lentement en dehors, de façon à contourner la corne grise antérieure du cordon latéral [Lubouschine (i)]. Les fibres du faisceau de Gowers sont principalement des fibres croisées. Ce faisceau monte dans la moelle épinière en augmentant insensiblement de volume par l'adjonction constante de nouvelles fibres nerveuses. Pendant tout ce trajet, il forme,'avec le faisceau cérébelleux, la zone périphérique du cordon latéral.
Arrivés à la partie inférieure du myélencéphale, fig. »18, les deux faisceaux se séparent insensiblement l'un de l'autre. Le faisceau cérébelleux dorsal s'incline en arrière en contournant la racine spinale du nerf trijumeau, fig. 719 et 7ao, tandis que le faisceau de Gowers monte dans le faisceau latéral du bulbe, au-devant de la racine du nerf de la cinquième paire, fig. 719, 720, tai et 73a.
Il traverse ainsi toute la hauteur du bulbe, étant situé dans le voisinage immédiat de la surface libre du myélencéphale, plus ou moins confondu avec les fibres descendantes du faisceau rubro-spinal et les fibres réticulo-spinales avec lesquelles il forme le faisceau hétérogène. Arrivé dans le pont de Varole, il devient plus profond, étant recouvert par la masse des fibres transversales qui prennent part à la constitution du pédoncule cérébelleux moyen, fig. 723. Il passe successivement entre la racine spinale du trijumeau en arrière et en dehors, le noyau du facial en arrière et en dedans, et l'olive supérieure en dedans, découpé en faisceaux plus petits par les fibres du corps trapézoïde. Au niveau de l'extrémité supérieure du noyau masticateur, fig. 724 et 725, il s'incline en arrière, en passant au-dessus des fibres radiculaires du nerf de la cinquième paire, longe la face externe du pédoncule cérébelleux supérieur en devenant de plus en plus superficiel, puis se recourbe en dedans en contournant ce pédoncule et pénètre dans la valvule de Vieussens,
par la substance blanche de laquelle il gagne l'extrémité antérieure du ver supérieur du cervelet. Ce trajet des fibres du faisceau de Gowers apparaît avec une extrême
FiG.
Coupes sagittales du tronc cérébral d'un lapin montrant en dégénérescence les fibres du faisceau de Gowers.
netteté sur une série de coupes sagittales, fig. ya© et 7*7. En contournant le pédoncule cérébelleux, les fibres du faisceau de Gowers font quelquefois saillie
sur sa face externe, en devenant ainsi les faisceaux arqués supérieurs de l'isthme de rhombencéphale.
Toutes les fibres du faisceau de Gowers ne prennent cependant pas ce chemin vers le cervelet. Dans les coupes du tronc cérébral d'un homme mort à la suite d'une compression médullaire au niveau du ô™'^ et 7'"^ segment dorsal, dont nous avons pu étudier le névraxe au moj'en de la méthode de Marchi (2 et 3), nous avons vu un petit nombre de fibres se détacher du faisceau de Gowers pendant son trajet dans la protubérance, fig. 733 ; ces fibres pénètrent dans le pédoncule cérébelleux mo^'en du même côté, fig. 7*4, et par là se rendent dans le cervelet.
Ce fait est intéressant à signaler. Il en résulte, en effet, que les fibres asrcn lantes de la moelle épinière destinées au cervelet gagnent cet organe à la fois par les trois paires de pédoncules : les fibres du faisceau cérébelleux passent par le pédoncule inférieur, tandis que les fibres de faisceau de Gowers arrivent au cervelet par le pédoncule supérieur et par le pédoncule moyen. Ce fait a été retrouvé plus récemment par Collier et BUZZARD (20).
Toutes les fibres ne se terminent pas dans le cervelet. Au moment où le faisceau se recourbe d'avant en arrière pour contourner le pédoncule supérieur, quelques fibres s'en détachent pour entrer dans le lemniscus latéral et se terminer dans l'éminence inférieure des tubercules quadrijumeaux, fig. 726 et 727.
En se basant sur l'origine des fibres du faisceau de Gowers dans la substance grise de la moelle et sur leur terminaison dans l'écorce cérébelleuse, ce faisceau mériterait d'être désigné sous le nom de faisceau médullo-céréhelleux antérieur ouventral.
Ces résultats de nos recherches personnelles faites sur le trajet des fibres du faisceau de Gowers chez le lapin, le chien et aussi chez l'homme (3) concordent dans leurs grandes lignes avec les résultats des recherches expérimentales de Lôwenthal (4), Auerbach (5), MoTT (6), TooTH (7), Peluzzi (8), Patrick (9), Thomas (io) et Wallenberg (ii), et avec les observations anatomo-pathologiques faites sur le névraxe de l'homme par Patrick (g), Hoche (12), Bruce (i3). Thomas (10), Solder (14), Quensel (i5).Collier et Buzzard (20), etc.
Cette terminaison de toutes les fibres du faisceau de Gowers dans l'écorce cérébeleuse n'est pas admise par tous les auteurs. MoTT,chez le singe, et Kohnstamm, chez le lapin, ont pu poursuivre une partie de ces fibres jusque dans le tubercule quadrijumeau supérieur et la couche optique. Chez le lapin, Wallenberg a vu des fibres se terminer dans les tubercules quadrijumeaux inférieurs et supérieurs, d'autres passer le raphépour pénétrer dans le faisceau longitudinal postérieur et se terminer dans une masse grise voisine de la commissure postérieure. Thomas décrit, chez le chat, des fibres qui se rendent dans le tubercule quadrijumeau supérieur. Dans nos nombreuses recherches expérimentales sur le lapin et le chien nous n'avons jamais vu des fibres dégénérées dépasser le tubercule quadrijumeau inférieur.
Chez l'homme. Hoche a vu toutes les fibres se terminer dans le cervelet, Bruce a pu poursuivre un très petit nombre de fibres jusque dans le tubercule quadrijumeau inférieur. Pour v. Solder, Quensel, Henneberg (21), Amabilino (22), Bianchini {23), Collier et Buzzard, un petit faisceau de fibres se laisserait poursuivre jusque dans la couche optique.
Le chaînon méduUo-cérébelleux représente donc à la fois une voie directe (faisceau de Flechsig) est une voie croisée (faisceau de Gowers) reliant la corne grise postérieure d'un côté de la moelle à l'écorce grise de la partie supérieure du lobe médian du cervelet.
Nous avons vu antérieurement que les fibres du faisceau médullo-cérébelleux dorsal servent plus que probablement à la transmission de la sensibilité tactile. La voie de la sensibilité tactile est donc, dans la moelle épinière, une voie directe, comme la voie de la sensibilité musculaire.
Les fibres du faisceau de Goweks transmettent incontestablement, vers lés centres nerveux supérieurs, les impressions douloureuses et thermiques amenées dans la moelle par les fibres des racines postérieures. Ces fibres représentent donc la voie de transmission de la douleur et de la température. La voie de la sensibilité thermo-algésique est donc, le long de la moelle épinière, une voie croisée.
Chainon cèrébello-olivaire. Il résulte de nos recherches expérimentales (i6), que la destruction de l'écorce grise de la partie supérieure du lobe médian est uniquement suivie de la dégénérescence secondaire de nombreuses fibres nerveuses, pouvant se poursuivre jusque dans l'olive cérébelleuse et probablement aussi jusque dans les noyaux du toit. Au chainon ascendant médullo-cérébelleux doit donc faire suite un chainon très court cérébello-olivaire. La distinction entre neurones appartenant à la voie de la sensibilité tactile et neurones appartenant à la voie
de la sensibilité thermoalgésique, si nette le long , Fl^-A - de la moelle épinière, ne
\ se retrouve plus dans le / chainon cérébello-oli-
-■•aire.
Chainon olivo-thalamique. Toutes les cellules constituantes de l'olive cérébelleuse envoientleur axone dans le pédoncule cérébelleux supérieur du côté correspondant.
Nous avons vu que les fibres de ces pédoncules subissent un entrecroisement complet dans la partie inférieure du mésencéphale, fig. yas.
Au sortir de la commissure de Wernekink, ^' ' ■ \ un grand nombre de ces
Y ' • f fibres ascendantes se ter-
1 1) j' ^"""^ minent : soit dans le pont
de Varole et la partie Fig yas supérieure du bulbe (fais-
Dégénérescence des fibres du pédoncule cérébelleux ceau cérébelleux descensupérieur gauche. dant), soit dans le noyau
rouge, soit dans le noyau d'origine du nerf oculo-moteur commun. Un petit nombre seulement de ces fibres se laissent poursuivre jusque dans la couche optique du même côté et du côté opposé, sans que l'on connaisse exactement la masse grise thalamique où a lieu cette terminaison. Ces dernières fibres seules constituent le
chaînon olivo-thalamique chargé de conduire jusque dans l'écorce cérébrale les impressions de douleur et de température recueillies par les fibres nerveuses périphériques.
Chaînon thalamo-cortical. Les impressions de douleur et de température recueillies
FiG. y»».
Schéma montrant la constitution des voies ascendantes longues d'origine médullaire : la voie musculo-corticale et la voie tégumento-corticale.
par les fibres des racines postérieures pouvant devenir conscientes, nous devons donc admettre l'existence d'une voie ascendante se laissant poursuivre jusque dans
l'écorce cérébrale. Il doit donc exister un neurone thalamo-cortical faisant suite au neurone olivo-thalamique et se terminant plus que probablement dans l'écorce grise des circonvolutions centrales et du lobule paracentral, comme le neurone thalamo-cortical appartenant à la voie de la sensibilité musculaire. Les cinq groupes de neurones superposés :
1) les neurones têgumento-médullaires, neurones directs reliant la surface cutanée du cou, du tronc et des quatres membres à la colonne grise postérieure de la moelle,
2) les neurones médullo-cérébelleux , ou neurones à la fois directs et croisés reliant la colonne de Clarke et la corne grise postérieure à l'écorce grise du lobe médian du cervelet,
3) les neurones céréhello-olivaires, ou neurones (directs ou croisés (?)) reliant l'écorce cérébelleuse au noyau dentelé,
4) les neurones olivo-thalamiques, ou neurones croisés reliant l'olive cérébelleuse à la couche optique e^
5) les neurones thalamo-corticaux, ou neurones directs reliant le thalamus à la sphère tactile,
constituent donc par leur ensemble la voie ascendante longue tégumento-corticale, FiG. 739, ou voie de transmission de la sensibilité cutanée sous toutes ses formes.
Les voies courtes médullaires.
Mais, dans la substance grise de la moelle, les fibres myélopètes des racines postérieures ne se mettent pas uniquement en connexion avec les cellules d'origine des fibres des deux faisceaux médullo-cérébelleux. Elles se mettent encore en connexion avec toutes les autres cellules médullaires : soit avec les cellules radiculaires de la corne grise antérieure, par l'intermédiaire des collatérales longues reliant directement la fibre radiculaire postérieure aux cellules d'origine des fibres antérieures ; soit avec les cellules des cordons, au moyen des collatérales courtes se terminant dans toutes les régions de la corne postérieure.
Nous avons vu que ces cellules des cordons (abstraction faite de celles qui donnent origine aux fibres des faisceaux médullo-cérébelleux) envoient leur axone dans la substance blanche de la mof'lle, où ils vont prendre part à la constitution des différents faisceaux fondamentaux, soit comme fibres ascendantes, soit comme fibres descendantes, soit, après bifurcation, à la fois comme fibres ascendantes 2t descendantes.
Ces collatérales courtes, avec les neurones médullaires donnant origine aux fibres des faisceaux fondamentaux, et les collatérales longues forment, par leur ensemble, les voies courtes médullaires ou partie centripète des voies réflexes.
Ces voies courtes, interposées entre les fibres radiculaires afférentes de la moelle, et les cellules radiculaires ou cellules d'origine des fibres efférentes, forment un véritable appareil médullaire appartenant en propre à la moelle épinière et
lui permettant de réagir, c'est-à-dire de répondre par des mouvements, à des excitations qui viennent ébi^anler les terminaisons nerveuses périphériques et cela en l'absence complète de toute connexion médullo-corticale ascendante et descendante.
C'est ce que l'on peut observer, avec la plus grande évidence, chez les mammifères après une section transversale complète de la moelle cervicale. C'est ce qui s'observe également chez l'homme, dans des cas de compression médullaire supprimant toute connexion ascendante et descendante entre la moelle et les centres nerveux supérieurs.
Dans ces cas particuliers, excessivement instructifs, la moelle se trouve réduite à fonctionner par les éléments nerveux qui lui appartiennent en propre. La sensibilité cutanée et la sensibilité musculaire se trouvent entièrement abolies, en tant que sensibilité consciente, car le malade porteur d'une telle lésion n'a plus conscience de la position de ses membres, de même qu'il ne perçoit aucune sensation, quelque vive qu'elle soit, portée sur sa surface cutanée. C'est bien là la preuve de l'interruption anatomique ou fonctionnelle de toutes les voies ascendantes médullaires. La motilité volontaire des muscles est totalement supprimée ; les muscles ont d'ailleurs perdu leur tonicité normale. Ils sont flasques, atoniques et, malgré les plus grands efforts, l'homme ne parvient pas à produire le moindre mouvement, preuve évidente de l'interruption anatomique on fonctionnelle de toutes les fibres descendantes d'origine corticale.
Ce tronçon isolé de la moelle est cependant capable de fonctionner, grâce à son appareil nerveux propre, c'est-à-dire les voies courtes, qui relie, directement ou indirectement, les fibres des racines postérieures aux cellules motrices de la corne antérieure et, par là, aux muscles périphériques. Ce qui le prouve à toute évidence, c'est qu'il suffit d'exciter la surface cutanée en une partie quelconque du corps dépendant, pour son innervation centripète et centrifuge, du tronçon inférieur de la moelle, pour voir survenir des réactions motrices, souvent violentes et généralement brusques, dans le membre excité et même quelquefois dans le membre du côté opposé, mouvements réactionnels d'origine purement médullaire dont le malade n'a pas conscience, qu'il voit le plus souvent se produire avec le plus vif étonnement et qu'il est absolument incapable d'arrêter, de modifier ou de régulariser. Cette activité médullaire, exclusivement réflexe, est, dans ces conditions déterminées, plus sensible même que dans les conditions normales, preuve incontestable que, chez l'homme normal, la réflectivité médullaire se trouve modérée par les connexions de la moelle avec les centres nerveux supérieurs.
C'est là, d'ailleurs, dans l'organisation interne de sa moelle, un reste atavique, un reliquat, un vestige en quelque sorte de ce qui existe beaucoup plus développé dans la moelle des auti'es mammifères. Car si, chez l'homme, ces mouvements réactionnels paraissent uniquement consister en une extension brusque du pied sur la jambe, avec flexion de la jambe sur la cuisse et de la cuisse sur le bassin — mouvements qui, dans leur ensemble, donnent assez bien l'impression d'un mouvement de défense — on voit, chez les autres mammifères et notamment chez le chien, ces mouvements réflexes présenter une coordination telle qu'ils reproduisent à s'y méprendre les mouvements normaux du trot et du galop d'un animal normal [P'reusberg (17), Philippson '18)]. Si l'on descend plus bas encore dans l'échelle des êtres, on verra les mouvements réactionnels d'origine médullaire s'accompagner d'une coordination de plus en plus parfaite, témoin les mouvements si complexes et
en quelque sorte appropriés à un but donné que l'on peut observer chez la grenouille décapitée.
Ces mouvements réflexes, d'origine exclusivement médullaire, varient considérablement dans leur intensité et dans leur étendue, non seulement d'après l'intensité de l'excitation en un point donné, mais encore d'après la région cutanée où se porte l'excitation. Ils sont complètement différents des réflexes cutanés (plantaire, crémastérien, abdominaux), que l'on examine en clinique, ainsi que nous croyons l'avoir démontré (19). Ce qui le prouve, c'est que dans les lésions transversales complètes de la moelle cervico-dorsale, les réflexes cliniques cutanés sont abolis, tandis que les mouvements réflexes que nous avons ici en vue se trouvent considérablement exagérés. Les premiers ne peuvent donc pas être d'origine exclusivement médullaire, puisque, pour pouvoir se produire, ils nécessitent l'intervention des centres nerveux supérieurs. Il en est tout autrement des derniers, qui, non seulement peuvent se manifester après interruption de toutes les voies ascendantes et descendantes de la moelle, mais se manifestent même dans ces conditions avec plus d'énergie.
Pour pouvoir se manifester, les réflexes cutanés des cliniciens exigent d'ailleurs que l'excitation initiale porte sur une région déterminée de la surface cutanée ; et dans ces conditions la réaction motrice se localise dans des muscles connus d'avance. Il en est tout autrement pour les mouvements réflexes dépendant d'un ti-onçon isolé de la moelle. Ces réflexes se produisent quelque soit l'endroit excité, et leur manifestation motrice, tout en variant d'un individu à l'autre, est plus ou moins en rapport étroit avec l'intensité de l'excitation.
C'est pour faire ressortir cette différence, que nous avons proposé de désigner les mouvements réflexes d'wK tronçon isolé de la moelle sous le nom de réflexes anormaux ou réflexes •pathologiques, réservant la dénomination de réflexes normaux ou réflexes physiologiques aux réflexes cutanés examinés chez l'homme normal. Ces expressions prêtent cependant le flanc à la critique, puisqu'elles pourraient laisser supposer que le premier groupe de mouvements réflexes n'existerait pas dans les conditions normales. Or cela n'est pas, cette réflectivité médullaire existe toujours, mais, dans les conditions normales, ses manifestations sont modérées, inhibées par les connexions cortico-médullaires. Il serait donc plus conforme à la vérité d'appeler les uns des réflexes d'origine médullaire, les autres des réflexes d'origine corticale.
Ces réflexes médullaires ne pourraient se produire sans l'existence d'un appareil nerveux endogène interposé entre les fibres afférentes et efiérentes de la moelle. Cet appareil endogène est représenté par les voies courtes. Pour qu'il puisse fonctionner, il faut que des excitations centripètes lui soient amenées par les fibres des racines postérieures appartenant à la voie de la sensibilité cutanée. Il résulte de là que les voies courtes de la moelle ne sont pas à opposer aux voies longues, mais forment une partie constituante de la voie de sensibilité tégumento-corticale.
Si l'on met maintenant en regard l'une de l'autre la voie musculo-corticale, ou voie de sensibilité musculaire, et la voie tégumento-corticale, ou voie de sensibilité cutanée, fig. yao, il y a une chose qui frappe au premier abord : c'est la grande
simplicité de la voie musculo-corticale, comparée à la complexité de la voie tégumento-corticale.
La voie de transmission de la sensibilité musculaire semble se rendre, presque en ligne directe, des organes périphériques jusque dans l'écorce cérébrale.
Elle se trouve interrompue, il est vrai, dans les noyaux des cordons postérieurs et dans le noyau latéral de la couche optique, mais ces masses grises ont de particulier, qu'elles appartiennent tout entières à la voie de transmission musculo-corticale. Elles sont formées exclusivement par les ramifications terminales des fibres afférentes (fibres longues des cordons postérieurs et fibres médullo-thalamiques) et les cellules d'origine des fibres efférentes (médullothalamiques ou thalamo-corticales). Elles ne donnent pas origine à des fibres descendantes pouvant intervenir dans les mouvements réflexes. Ce sont donc de simples relais situés sur la voie centripète musculo-corticale, et où semble s'opérer une espèce de condensation des fibres aôérentes, qui est telle que le nombre des fibres médullo-thalamiques est beaucoup moins considérable que celui des fibres radiculaires qui se terminent dans les noyaux des cordons postérieurs, de même que les fibres thalamo-corticales sont moins nombreuses que les fibres médullo-thalamiques. Pendant ce long trajet ascendant, la voie de conduction de la sensibilité musculaire abandonne à peine quelques fibres au tubercule quadrijumeau supérieur.
La voie de transmission de la sensibilité cutanée a une structure beaucoup plus complexe.
Formée de plus de 5oo,ooo fibres nerveuses dans sa partie périphérique, elle aboutit à la couche optique, réduite à un nombre excessivement minime de fibres constituantes.
Nous pouvons supposer qu'elle subit, elle aussi, comme la voie de sensibilité musculaire, une réduction ou une condensation dans les masses grises qu'elle traverse. Mais ces masses elles-mêmes ont de caractéristique qu'elles donnent origine à des fibres descendantes, ou à des fibres courtes, qui n'interviennent pas dans la transmission tégumento-corticale.
D'ailleurs, à côté des fibresà destination corticale, la voie de sensibilité cutanée renferme un nombre considérable d'autres fibres centripètes qui n'ont pas pour fonction de conduire les excitations jusqu'à l'écorce, mais qui s'arrêtent dans les masses grises inférieures. Un premier arrêt important a lieu dans toute l'étendue de la substance grise médullaire. Pour s'en convaincre, il suffît de rappeler que les fibres afférentes sont au nombre de plus de 5ooooo, tandis que les fibres qui se rendent vers les centres nerveux supérieurs forment, toutes ensemble, une légère bordure le long de la périphérie du cordon latéral. Le nombre des fibres qui constituent les deux faisceaux médullo-cérébelleux n'a pas encore été déterminé, mais il est incontestable qu'il ne représente pas la dixième partie du nombre total des fibres afférentes reliant la surface cutanée à la moelle épinière. Ces fibres afférentes sont donc en majeure partie des fibres pour les voies courtes, allant se mettre en connexion soit avec les cellules motrices des cornes antérieures de la moelle, soit avec les cellules donnant origine aux fibres des faisceaux fondamentaux.
D'ailleurs, les fibres ascendantes longues des deux faisceaux méduUo-cérébel-
leux ne gagnent pas toutes l'écorce cérébelleuse. Nous avons vu que quelques-unes d'entre elles se terminent dans le tubercule quadrijumeau inférieur. La plupart des auteurs admettent de plus que, pendant son trajet ascendant, le faisceau de Gowers abandonne des fibres à certaines masses grises du bulbe.
Les fibres cérébello-olivaires ne se rendent pas toutes dans l'olive cérébelleuse ; un certain nombre d'entre elles se terminent dans le noyau du toit d'où nait le faisceau cérébello-bulbaire.
Dans l'olive cérébelleuse n'arrivent pas seulement les axones des cellules de PuRKiNjE du lobe médian, mais encore ceux des cellules de Purkinje des hémisphères cérébelleux qui n'interviennent pas dans la constitution de la voie ascendante médullaire.
Lps fibres nées dans l'olive cérébelleuse se mettent en connexion avec le noyau rouge, avec les noyaux d'origine des nerfs moteurs oculaires et peut-être, par le faisceau cérébelleux descendant, avec les noyaux moteurs de la protubérance annulaire. Un petit nombre d'entre elles seulement arrivent à la couche optique.
Si l'on réfléchit à cette structure complexe de la voie tégumento-corticale, on arrive à se demander, non sans quelque raison, si la complexité de la voie cutanée n'est pas due à ce fait : qu'elle doit surtout être une voie de défense, permettant à l'organisme de répondre à une excitation donnée par des mouvements réflexes, soit médullaires, soit cérébelleux, soit mésencéphaliques, avant même que l'excitation externe produite n'arrive jusque dans l'écorce cérébrale et lui permette de répondre par des mouvements volontaires.
La voie de conduction de la sensibilité musculaire n'a pas à remplir cette fonction, puisqu'elle sert uniquement à nous renseigner sur l'état de contraction de nos muscles et permettre ainsi à l'écorce cérébrale d'entretenir et de régulariser, par voie i^éflexe, le tonus musculaire normal, tonus musculaire qui est, ainsi que nous le verrons plus loin, un tonus réflexe d'origine corticale.
Littérature.
(i) LuBOucHiNE : Contribution à l'étude des fibres endogènes du cordon aniéro-latéral de la moelle cervicale. Le Névraxe, Vol. III, igoi. — (2) Van Gehuchten ; Anatoinie du système nerveux, 3^ éd. Vol. II p. 410, 1900. — (3) Van Gehuchten : Les voies ascendantes du cordon latéral de la moelle épinière. Le Névraxe. Vol. III, 1901. — (4) Lowenthal : Revue médicale de la Suisse Romande, i885. — (5) Auerbach : Bcitrag sur Kenntniss der ascendirende Degencration des Riickenmarks und zur Anatomie der Kleinhirnseitenstrangbahn. Virchow's Archiv. Bd. 124. pp. 149-174, 1891. — (6) MoTT : Ascending degeneraiions resulting from lésions of the spinal cord in Monheys, Brain 1892. — Expérimental enquiry upon the afférent tracts of the central nervous System of the Monkey. Brain, 1895. — Die zufiihrende Kleinhirnbahnen des Riickenmarks bei dem Affen. Monatschrift fur Psychiatrie rmd Neurologie. Bd. I, 1897. — (?) Tooth : On the destination ofthc autero-latiral ascending tract. Brain. 1892 (Neuiolog. Centralbl., 1893, p. 347). (8) Pellizzi : Sur les dégénérescences secondaires à la suite de lésions de la moelle... Arch. ital. de Biologie, 1895. — (9) Patrick : Ueier anfsteigende Degeneration nach totaler Quetschung des Riickenmarkes. Archiv f. Psvchiatrie. Bd. xxv, Hft. 3, 1893, pp. 831-844. — ^hc course and destination of Gowers Tract. Journal of nervous and mental disease, 1896. — (10) Thomas : Le cervelet. Paris 1897. - (ji) Wallenberg : Eine bemerkenswerthe Grtippe centripetaler Fasernin
Vam Gehuchten. Sj-stème Nerveux, 4, éd. 5a
Vorderseitensirang des Kajiinchens. Neurolog. Centralbl., 1899. — (12) Hoche : Ueher secundàre Degeneratim speciell dea Go'wers'schen Biindels, nebst Bemerkungen uher dus Verhalten der Réflexe bei Compression des Ruchenmarkes, — Archiv f. Psychiatrie, Bd. xxxviii, 1896. — (i3) Bruce : Note on the iipper terminaiions of the direct cerehellar and ascending antero-lateral tracts. Brain, 1898. — (14) V. Solder : Degenerirte Bahnen im Hirnstamme bei Lâsion des unteren cervicalmarkes. Neurolog. Centralbl. 1897. — (i5) Quensel : Ein Fall von Sarcom der Dura spinalis. Neurolog. Centralbl. 1898. — (16) Van Gehuchten : Les pédoncules cérébelleux supérieurs. Le Névraxe, Vol. VII, igoS. — (17) Freusberg : Reflexbewegungen beim Hunde. Pflûger's Archiv. 1874. — (18) Philippson : U autonomie et la centralisation dans le système nerveux des animaux. Bruxelles, Falk, igoS. — (19) Van Gehuchten : Réflexes cutanés et réflexes tendineux. Le Névraxe, Vol- I, 1900. — (20) Collier and Buzzard : The degeneratiims resulting from lésions of posterior nerve roots and from traverse lésions of the spinal cord in man. Brain, 1903. — (21) Henneberg : Ueber den centralen Verlauf des Gowers'schen Biindels beim Menschen. Neurolog. Centralbl., 1901. — (22) Amabilino : Suite degenerazioni ascendenii specialmente del fascio di Gowers in un caso di compressione di Midollo. Rivista di patologia nervose e mentale, 1900. — (23) Bianchini : Contributo allo studio délia degenerazioni ascendenti nelle lesioni transverse del midollo. Rivista di patologia nervosa e mentale, 1901.