C. Sillons tertiaires
Outre les sillons primaires et les sillons secondaires, qui sont des sillons typiques et constants et qui divisent la surface des hémisphères cérébraux en lobes et en circonvolutions, il existe encore des sillons tertiaires, atypiques ou inconstants, dont la disposition varie de cerveau à cerveau et qui masquent plus ou moins la topographie normale.
Ce sont ces sillons tertiaires plus ou moins développés qui donnent à chaque
cerveau et même à chaque hémisphère cérébral son aspect caractéristique. Le développement de ces sillons tertiaires semble être en rapport immédiat et direct avec le développement de la substance grise corticale, aussi considère-t-on généralement la richesse d'un cerveau en sillons tertiaires comme un indice anatomique d'une intellectualité supérieure.
Ces variations considérables dans le nombre et la disposition des sillons tertiaires sont à mettre en opposition avec la disposition presque typique des sillons secondaires et surtout des sillons primaires, abstraction faite d'une certaine variabilité dans leur longueur, leur profondeur et leurs flexuosités. Les anomalies des sillons primaires sont excessivement rares. Une des plus curieuses en même temps que des plus importantes est celle qui a été signalée par Giacomini (5) en 1882 et qui consiste dans une duplicature du sillon de Rolando avec apparition d'une circonvolution nouvelle interposée entre les deux sillons, que Giacomini désigne sous le nom de circonvolution rolandique (Gyrus rolandicus). C'est là, au dire du savant italien, un des faits les plus singuliers et les plus intéressants que puisse présenter la surface cérébrale.
Depuis la publication du travail de Giacomini, un certain nombre de faits semblables ont été publiés. Sperino (ii), qui les a réunis dans un travail récent, en compte 23 exemples observés sur 19 cerveaux, mais toutes ces observations ne sont pas à l'abri de toute critique. Chose curieuse à faire ressortir, le dédoublement du sillon de Rolando, observé pour la première fois par Giacomini, a été retrouvé par Sperino sur l'hémisphère droit du cerveau de Giacomini lui-même.
Tous les auteurs ne sont ptis d'accord pour reconnaître dans cette anomalie un dédoublement du sillon de Rolando. C'est ainsi que Valenti (12) est plutôt disposé à considérer le sillon anormal comme étant situé en arrière du véritable sillon central et comme représentant le sillon postrolandique dont les deux branches se sont fusionnées en même temps qu'elles sont devenues indépendantes du sillon interpariétal.
La signification de ce dédoublement nous échappe, absolument comme la cause et le mécanisme des sillons et des circonvolutions d'un cerveau normal.
A priori on pourrait penser que cette augmentation du nombre des sillons primaires pourrait être en rapport avec une complexité plus grande de la surface cérébrale et indiquer peut-être un degré supérieur dans le développement et le perfectionnement. Mais la plupart de ces anomalies ont été observées chez des épiletiques ou des délinquants ce qui, au dire de Saporito (i3), parlerait plutôt en faveur d'un caractère d'infériorité ; conclusion cependant exagérée, d'après Sperino, puisque Giacomini n'était ni un épileptique ni un délinquant, mais un homme normal et un homme de génie.
Pour LoMBROSO (14), l'anomalie trouvée sur le cerveau de Giacomini ne contredit pas, mais confirme l'observation du type criminel, puisque Giacomini était un homme de génie et que Lombroso a trouvé Tépilepsie comme base organique tant chez l'homme criminel que chez l'homme génial.
L'anomalie découverte par Giacomini se retrouvait jusqu'à un certain degré dans l'hémisphère gauche du cerveau de GuiDO Ghezelle, le grand poète flamand, ainsi que notre collègue M. Verriest l'a signalé.
Nous avons observé nous-même cette anomalie sur l'hémisphère gauche d'un homme de 57 ans, avec un développement qui ne nous paraît pas avoir été atteint sur tous les cerveaux étudiés antérieurement à cet effet. Dans le cerveau que nous avons étudié, il existe, au beau milieu de l'hémisphère cérébral gauche, quatre circonvolutions transversales délimitées par cinq sillons parallèles, fig. 80.
l,e sillon antérieur est le sillon prérolandique normal, il est formé d'une partie supérieure et d'une partie inférieure.
Le deuxième sillon est le véritable sillon de Rolando, ainsi que le prouve la comparaison avec l'hémisphère droit, de même que la terminaison de ce sillon sur la face interne de l'hémisphère immédiatement au-devant de l'incisure du sillon calloso-marginal.
Entre ces deux sillons existe donc la circonvolution centrale antérieure. Le troisième sillon s'étend depuis la fissure de Sylvius jusqu'à la fissure médiane, où il se recourbe sur la face interne sur une longueur d'environ 25 millimètres, en
arrière de l'incisure du sillon calloso-marginal. Il nous parait délimiter la circonvolution centrale postérieure.
Le quatrième sillon est parallèle au précédent, nous croyons qu'il représente le sillon postrolandiqtic indépendant du sillon interpariétal.
Le cinquième sillon n'existe que dans la moitié inférieure du lobe pariétal et nous paraît être un sillon tertiaire.
FiG. «O.
Nous avons donc, comme anomalie unilatérale, au moins irais circonvolutions centrales dont la première correspond indubitablement à la circonvolution précentrale ou prérolandique. Il nous est difficile de dire si les deux autres doivent être considérées comme provenant d'une subdivision de la circonvolution centrale postérieure, ou bien, ce qui nous paraît le plus probable, si la deuxième circonvolution centrale représente à elle seule la circonvolution postrolandique comme semble le prouver une comparaison avec l'hémisphère droit. S'il en est ainsi, la troisième circonvolution transversale appartiendrait au lobe pariétal et l'anomalie consisterait non dans une duplicature du sillon de Rolando, qui est un sillon primaire, mais dans le dédoublement d'un sillon secondaire, le sillon postrolandique.
Rapport entre les sillons principaux de la lace externe et les sutures de la boîte crânienne.
Un point intéressant à connaître, c'est la situation des sillons et des circonvolutions par rapport aux sutures de la boîte crânienne, fig. 81. D'après les
Rapports des sillons principaux de la face externe du cerveau terminal avec les sutures du crâne, d'après Broca et Ecker (Schwalbe).
recherches faites par un grand nombre d'auteurs, le sillon de Rolando répond à la face interne de l'os pariétal, un peu en arrière de la suture coronaire. Sa direction est oblique en bas et en avant. Son extrémité supérieure est située 48 mm. en arrière de la suture coronaire, tandis que pour son extrémité inférieure, qui s'étend jusque près du bord supérieur de la portion squammeuse du temporal, cette distance n'est que de 28 mm.
Pour la fissure de Sylvius on prend comme point de repère la bifurcation de cette fissure en rameau horizontal postérieur et rameau antérieur ascendant; cette bifurcation se fait au point de réunion de l'extrémité supérieure de la grande aile du sphénoïde avec la suture squammeuse.
Fig. 81.
se. R. : Sillon de Rolando, i. l'ni. : Sillon interpariétal .
se, Sylv. : Fissure de Sylvius.
r. V, a. : Rameau vertical antérieur de la fissure de Sylvius.
se. f. oec. : Fissure pariéto-occipitale. cor, : Cervelet.
La fissure pariéto-occipitale se trouve au point de réunion de la suture sagittale avec la suture lambdoïde.
Pour déterminer, sur le vivant, la position exacte des trois sillons primaires de la face externe des hémisphères cérébraux, on doit avoir recours à certains points de repère fixes et tracer, avec leurs secours, ce qu'on appelle la ligne rolandique, la ligne occipitale et la ligne s^dvienne.
Ligne rolandique. Pour tracer cette ligne il faut commencer par établir la position exacte de l'extrémité supérieure et de l'extrémité inférieure du sillon de Rolando. Voici comment Poirier conseille de faire. Pour l'extrémité supérieure : « Mesurer avec soin la distance qui sépare le fond de l'angle naso-frontal de l'inion (c'est-à-dire de la protubérance occipitale externe), en suivant bien la ligne sagittale ou ligne médiane antéropostérieure; prendre la moitié de cette distance à partir du point nasal, y ajouter 2 cm. en arrière et ma;rquer ce point qui donne certainement, à i cm. près, le point de la voûte qui répond au haut du sillon de Rolando ». Pour l'extrémité inférieure : « Reconnaître et tracer au crayon l'arcade zygomatique qui est sensiblement horizontale ; sur cette ligne de l'arcade élever une perpendiculaire passant juste au-devant du tragus, par la fossette ou dépression pré-auriculaire, et compter, à partir du trou auditif, 7 cm. sur cette perpendiculaire ». En réunissant les deux points on obtient la ligne rolandique.
Ligne occipitale. Cette ligne indique la position de la fissure perpendiculaire externe. Pour la tracer, il suffit de tirer une perpendiculaire sur la ligne sagittale au niveau du lambda. Celui-ci se trouve, d'ajirès Poirier, 6 à 7 cm. au-dessus de la protubérance occipitale externe.
Ligne sylvienne. La plus facile à tracer est la ligne de Poirier, c'est-à-dire une ligne oblique reliant le lambda à l'angle fronto-nasal en passant environ à 6 cm. au-dessus du trou auditif.
Littérature.
(i) GuLDBERG : Ztir Morphologie der Insula Reilii. Anatomischer Anzeiger, 1887, pp. 65g- 665. — (2) Eberstaller : Zur Anatomie und Morphologie der Insula Reilii. Ibid., 1877, pp. 739- 75o. — (3) M. et M™e Dejerine : Anatomie des centres nerveux. Tome premier, Paris, 1895. — (4) Poirier : Traité d'anatomie humaine. Tome troisième. Paris. 1895. — (5) C. Giacomini : Variétés des circonvolutions cérébrales chez Thomme. Archives italiennes de Biologie. T. I, 1882, pp. 23i à 260; pp. 333 à 366. — (6) C. GiACOMiNi : Bandelette de Tuncus de l'hippocampe dans le cerveau de l'homme et de quelques animaux; Ibid., T. II, 1882, p. 207 à 22^ ; — (7) C. Gi.^comini : Fascia dentata du grand Hippocampe dans le cerveau de Thomme; Ibid. T. V., 1884, pp. i à 16; pp. 2o5 à 218; pp. 396 à 416. — (S) G. Retzius : Ueher ein dem Saccus Vasculosus entsprechendes Gehilde am Gehirn des Menschtn und anderer Sdugethiere. Biologische Untersuchungen. Neue Folge, Bd. VII, 1895, pp. 1-5. — (9) Retzius : Das Menschenhirn ; Stockholm. 1896. — (10) Retzius Zur àusseren Morphologie des Riechhirns des Sdugethiere und des Menschen. — Zur Morphologie der Fascia dentata und ihrer Umgehungen. Biolog. Untersuchungen. Neue. Folge. Bd-VlII. 1898. — (11) G. Sperino : L'encefalo dell' anatomico Carlo Giacomini. Rivista sperimentale di Freniatria, vol. XXVII, 1901. — (12) Valenti : Contrihuto allo studio délie scissure cerehrali. Atti délia Società Toscana di scienze naturali, vol. XI, Pisa, 1890. — Saporito : Rare varietà anormale délia scissura di Rolando ed in spccie délia sua duplicità. Rivista di Psichiatria for. ed Antropol. crim., Anno I, 1898. —(14) Lombroso : Cité d'après Sperino.