QUATORZIÈME LEÇON
Eléments histologiques qui entrent dans la constitution du système nerveux
{Suite)
Organisation interne des cellules nerveuses : Structure du protoplasme cellulaire. Méthodes de Nissl, de Bethe et de Cajal. Le pigment. Le noyau. Evolution et involution de la cellule nerveuse.
Organisation interne des cellules nerveuses.
Nous n'avons étudié jusqu'ici les cellules nerveuses que dans leur forme extérieure, telle que la met en relief la méthode de Golgi, laquelle, imprégnant complètement les éléments nerveux, ne nous les présente en quelque sorte que sous la forme de silhouettes. Importante au point de vue de l'étude des connexions qui peuvent exister entre les différents neurones, la méthode au chromate d'argent n'est pas faite pour nous renseigner sur leur organisation interne. Et cependant, l'organisation interne des cellules nerveuses, la constitution de leur corps protoplasmatique, les modifications qu'y déterminent les diftérents états fonctionnels, les altérations qui doivent y survenir à la suite de la lésion d'une partie quelconque du neurone, à la suite des troubles survenus dans la circulation et par conséquent dans la nutrition des éléments nerveux, la structure spéciale du noyau et les modifications qui peuvent s'y manitester dans les diftérents états fonctionnels, tous les phénomènes en un mot qui sont intimement liés à la vie de la cellule nerveuse ne peuvent être étudiés que lorsque nous aurons acquis une idée nette, claire et complète de la structure de cette cellule à l'état normal. C'est là un chapitre important de l'anatomie des neurones qui a été étudié principalement dans le cours de ces dernières années, sur lequel on passe rapidement dans presque tous les traités classiques et qui mérite cependant au plus haut point de fixer notre attention.
Structure du protoplasme cellulaire
Nos connaissances concernant la structure interne des cellules nerveuses sont entrées dans une voie nouvelle et féconde, giâce à l'excellente méthode de coloration au bleu de méthylène que Nissl (i) a fait connaître et qui est connue sous le nom de méthode de Nissl.
C'est une méthode de coloration excessivement simple.
Des morceaux frais de tissu nerveux, d'environ un centimètre de diamètre, sont durcis pendant quelques jours dans de l'alcool à 96". Après durcissement, Nissl colle directement les morceaux avec de la gomme arabique sur des blocs de liège d'après le procédé de Weigert, puis les coupe en mouillant constamment le rasoir du microtome avec de l'alcool à 96°. Les coupes d'une épaisseur de lOjj. sont transportées dans la
solution colorante, que l'on chauffe au-dessus d'une lampe à alcool jusqu'à ce qu'un grand nombre de bulles d'air viennent éclater à la surface du liquide. Par ce procédé la température à laquelle sont soumises les coupes atteindrait, d'après Nissl, de 65 à 70° C. On lave les coupes dans un mélange d'alcool et d'huile d'aniline jusqu'à ce qu'elles n'abandonnent plus de nuages colorés. Transportées alors sur le porte-objet, on les sèche avec du papier à filtrer, on les recouvre rapidement d'huile de cajeput pour les éclaircir, on enlève l'huile avec du papier à filtrer, on les recouvre ensuite de quelques gouttes de benzine, puis d'une couche de colophane dissoute dans de la benzine. Pour empêcher que la matière colorante ne diffuse dans les coupes, il importe de solidifier aussi vite que possible la colophane. Dans ce but, Nissl passe les coupes dans la flamme d'une lampe à alcool, la benzine s'enflamme; on éteint de suite la flamme et on recommence le même procédé jusqu'à disparition complète de la benzine.
Ce manuel opératoire donne évidemment de bons résultats, c'est lui que nous avons suivi, dans tous ses détails, pendant nos premiers essais de coloration. Nous l'avons cependant bien vite modifié (2) sans nuire en aucune façon aux résultats qu'il donne.
Contrairement à la manière de faire de Nissl, nous enrobons nos morceaux de tissu nerveux, durcis dans de l'alcool à 96°, dans la paraffine, ce qui nous permet des coupes plus régulières et plus fines. Ces coupes sont fixées sur des verres porte-objets simplement par de l'eau distillée. Quand cette eau est complètement évaporée, nous dissolvons la paraffine dans le xylol, puis nous passons les coupes dans de l'alcool absolu et dans l'alcool à go". De là, nous les portons (toujours collées sur les porte-objets) dans la matière colorante et nous les y laissons pendant 5 à 6 minutes à la température ordinaire. Les coupes sont lavées alors dans l'eau distillée, puis portées dans de l'alcool de 90" à 94° pour la différentiation, dont nous surveillons la marche au microscope. Quand nous la jugeons convenable, nous portons les porte-objets pendant une minute environ dans un cristallisoir rempli d'alcool absolu, nous les éclaircissons dans l'huile de cajeput, nous éliminons celle-ci par du xylol et nous montons les couiaes dans la laque de Dammar dissoute dans le xylol, sans les recouvrir d'un petit verre.
Cette modification de la méthode de Nissl rend la manipulation des coupes beaucoup plus facile, elle a d'ailleurs l'immense avantage de conserver les coupes en séries, ce qui, pour certaines questions, est absolument indispensable.
La solution de bleu de méthylène recommandée par Nissl est composée comme suit :
Bleu de méthj'lène B . . . , , 3 gr. 75
Savon de Venise (que nous remplaçons par le savon de Marseille) i gr. 75 Eau distillée 1000 gr.
Comme Nissl l'a bien fait ressortir, les images obtenues sous le microscope par une méthode donnée, n'importe laquelle, ne nous renseignent en aucune façon sur la structure réelle du protoplasme vivant, mais uniquement sur le résultat des modifications physiques et chimiques que les différents réactifs fixateurs et colorants employés dans la méthode ont produites dans ce protoplasme. Les images fournies par les mêmes cellules nerveuses ne sont donc comparables que pour autant que ces cellules aient été soumises aux mêmes réactifs, pendant le même lai)s de temps et suivant la même succession. Il résulte de là que si nous voulons comparer les cellules nerveuses de nos préparations avec les dessins et les descriptions données par Nissl, nous devons suivre à la lettre les prescriptions de sa méthode telle qu'il l'a décrite lui-même ; nous ne pouvons donc pas remplacer comme fixateur l'alcool à 96° par du sublimé, nous devons supprimer l'enrobage à la paraffine et à la celloïdine, nous devons colorer nos coupes en les chauffant dans le bleu de méthjdène, etc.
En modifiant la méthode de Nissl et en procédant comme nous l'avons indiqué, nous obtenons des images des cellules nerveuses qui peuvent donc être différentes de celles vues par Nissl. Mais en comparant entre elles les coupes traitées de la même façon, nous pouvons y rencontrer des ressemblances et des dissemblances. Pour les cellules nerveuses qui se présentent sous un même aspect, no\is pouvons admettre, tout comme Nissl, que chez l'animal vivant elles avaient la même organisation physique et chimique. Pour les cellules qui, traitées de la même façon, donnent des images différentes, nous pouvons conclure à une organisation physique ou chimique différente. En étudiant alors par la même méthode les cellules du même type, dans différents états pathologiques et fonction-
nels, nous pourrons conclure de par les variations survenues dans l'aspect de leur proto plasme ou de leur noyau, à des variations dans le même sens survenues dans la constitution de l'une ou l'autre de leurs parties constituantes.
Quand on examine au microscope des coupes du névraxe colorées par la méthode de Nissl, on trouve, dans les diverses parties du système nerveux central, deux espèces de cellules nerveuses différentes l'une de l'autre par la façon dont leur protoplasme se comporte vis-à-vis du bleu de méthylène.
Les unes sont colorées à la fois et dans leur noyau et dans leur protoplasme, ce sont les cellules somatochromes de Nissl. Les autres n'ont fixé le bleu de méthylène que dans le noyau, tout leur corps cellulaire est invisible parce qu'il ne renferme pas de substance fixant avidement le bleu de méthylène. Ce sont les cellules caryochromes de Nissl.
Les cellules caryochromes comprennent tous les éléments nerveux du cervelet, du bulbe olfactif, de la réline, etc., que l'on désignait anciennement sous le nom de grains. Ces cellules caryochromes sont également très répandues dans le névraxe des vertébrés inférieurs. Leur protoplasme cellulaire ne fixant le bleu de méthylène dans aucune de ses parties, l'étude de ces cellules au moyen de la méthode de Nissl ne peut se faire que par l'étude du noyau. Cette étude n'a pas encore été faite jusqu'à présent.
Cellule de la corne antérieure de la moelle lombaire d'un enfant né à sept mois.
Le protoplasme des cellules somatochromes est donc formé d'une substance qui se colore par le bleu de méthylène ou substance chromophile et d'une substance qui ne se colore.pas par le bleu de méthylène ou substance non chromophile.
La substance chromophile [substance trigoide de v. Lenhossek (6)] peut se pré-
senter sous les formes les plus variées. Tantôt ce sont des blocs irréguliers, répartis sans ordre apparent dans le corps de la cellule nerveuse, fig. 190 et loi ; d'autres
Fig. 101.
Quelques cellules de la corne antérieure de la moelle épinière d'une larve de salamandre.
Fig. 1©«.
Deux cellules'de Purkinje du cervelet d'un lapin.
fois ce sont des bâtonnets allongés, fusiformes, placés à une certaine distance l'un à la suite de l'autre et donnant au protoplasme cellulaire un aspect strié, FIG. 103. Ces bâtonnets se rencontrent de préférence dans les'gros troncs protoplasmatiques et aussi dans les couches périphériques du protoplasme cellulaire. Dans les cellules fusiformes on rencontre quelquefois, aux deux pôles du noyau, un bloc volumineux de substance chromophile recouvrant comme une coiffe ou comme un capuchon la partie voisine du noyau, c'est le capuchon nucléaire de .Nissl, fig. l»3.
Au point de bifurcation des gros troncs protoplasmatiques existe, d'une façon constante, un cône triangulaire de substance chromophile ; le cône de remplissage (Benda) ou cône de bifurcation (Nissl), fig. loo. Tous ces amas de substance chromophile peuvent se présenter comme des 1®*masses compactes sans apparence Cellules de la corne d'AnMON du lapin, de structure, fig. lOO, ou comme des masses plus ou moins granuleuses, à
Van Gehuchten. Système Nerveux, 4* éd. I8
contours irréguliers, souvent creusées de petites vacuoles, fig. 194 ; à les voir on les dirait formées d'une accumulation de petites granulations distinctes plus ou moins bien tassées les unes sur les autres.
Dans ce groupe de cellules somatochromes, caractérisées par la disposition des blocs de substance chromophile en rangées plus ou moins régulières (que Nissl désigne sous le nom de cellules stichochr ornes), rentrent toutes les cellules nerveuses
Fig. 104.
Cellules constitutives du noyau d'origine du nerf oculo-moteur commun chez le lapin.
de la corne antérieure de la moelle épinière, les cellules radiculaires de tous les nerfs moteurs crâniens ainsi qu'un grand nombre d'autres cellules nerveuses.
La substance chromophile se présente quelquefois dans le corps cellulaire sous forme de réseau {celhdes arkyochromcs de Nissl), ou bien sous forme de fines granulations {cclhiks gryockromes de Nissl), ou bien encore à la fois sous forme de réseau et sous forme de masses ou bâtonnets indépendants icdhdes arkyo-stichockromes).
Cette division des cellules somatochromes en groupes différents d'après la disposition spéciale qu'affecte la substance chromophile n'a, jusqu'à présent, qu'une valeur excessivement restreinte. Ce n'est qu'un essai de classifiration basée sur des caractères morphologiques, essai fait par Nissl dans le but de pouvoir s'orienter quelque peu dans cette infinie variété d'aspects sous lesquels se présentent les cellules colorées par le bleu de méthylène.
Un fait digne de remarque, c'est que les cellules qui semblent appartenir à un même type physiologique se présentent toujours, dans des coupes colorées par la méthode de Nissl, sous le même aspect : toutes les cellules de Purkinje se ressemblent par la façon dont la substance chromophile est répartie dans leur corps cellulaire, il en est de même pour les cellules mitrales du bulbe olfactif, pour les cellules radiculaires de tous les nerfs moteurs périphériques, etc. On peut supposer qu'à cette différence dans les caractères morphologiques correspond peut-être aussi une différence fonctionnelle. Mais, dans l'état actuel de la science, ce n'est là encore qu'une hypothèse. Si cette hypothèse devait un jour être l'expression de la réalité.
nous aurions, dans la méthode de Nissl, une méthode incomparable puisqu'elle nous donnerait le moyen de distinguer, de par les caractères morphologiques de leur protoplasme, les cellules nerveuses à fonction physiologique différente.
Pour bien vous faire saisir l'importance que pourrait avoir une telle découverte, je veux encore, pendant quelques instants, attirer votre attention sur les cellules motrices. Qu'appelons-nous actuellement cellules motrices? Nous considérons comme appartenant à un neurone moteur périphérique, toute cellule nerveuse du névraxe dont le prolongement cylindraxile devient le cylindre-axe d'une fibre motrice périphérique ; et nous considérons comme appartenant à un neurone moteur central, toute cellule nerveuse du névraxe dont le prolongement cylindraxile présente une marche descendante et va se mettre en connexion, par ses ramifications collatérales et terminales, avec les cellules d'origine des nerfs moteurs périphériques.
Quand nous examinons au microscope des coupes faites à travers les masses grises du névraxe où se trouvent les cellules d'origine des nerfs moteurs périphériques, ou bien des coupes de la substance corticale du cerveau terminal où se trouvent les cellules d'origine des nerfs moteurs des centres et que nous nous demandons quelles sont — parmi ces nombreuses cellules nerveuses que l'on trouve dans cette substance grise considérée comme motrice — les cellules qui appartiennent à des neurones moteurs, nos méthodes d'investigation actuelles sont encore tellement incomplètes que nous sommes dans l'impossibilité absolue de répondre à cette question.
Les seules méthodes qui nous permettent de donner une réponse catégorique, ce sont celles qui colorent à la fois le corps cellulaire et le prolongement cylindraxile, et qui nous permettent de suivre ce dernier jusque dans la racine antérieure d'un nerf périphérique ou jusque dans un faisceau manifestement connu comme moteur.
Aucune de nos méthodes d'investigation ne nous permet donc de distinguer, de par les caractères morpJiologiqucs du protoplasme cellulaire, les cellules nerveuses qui remplissent des fonctions physiologiques différentes. Bien plus, avec ces méthodes on devait croire et on a cru jusqu'ici que toutes les cellules nerveuses de tout le névraxe, tout en présentant des différences dans le mode de ramification de leurs prolongements protoplasmatiques et de leur prolongement cylindraxile, avaient la même organisation interne. Et voilà que la méthode de Nissl nous montre, à ne pouvoir en douter, qu'abstraction faite du mode de ramification des prolongements, il existe, dans le système nerveux central, un nombre considérable de types cellulaires différents les uns des autres par le mode de répartition, dans leur corps cellulaire, de la substance chromophile.
Elle nous montre de plus que toutes les cellules que nous connaissons comme remplissant incontestablement la même fonction physiologique — comme le sont, par exemple, les cellules radiculaires des nerfs moteurs périphériques — ont toutes la même organisation interne, totalement différente de l'organisation interne d'autres cellules nerveuses à fonction physiologique diftéi'ente comme le sont, par exemple, les cellules mitrales du bulbe oliactif, les cellules des ganglions cérébrospinaux, etc. La méthode de Nissl nous amène donc à cette conclusion : les cellules radiculaires des nerfs moteurs cérébro-spinaux appartiennent manifestement à un type spécial.
La question importante qui se pose maintenant est celle de savoir si ce type spécial est lié uniquement et exclusivement k la fonction motrice de la cellule nerveuse, si ce type spécial est inséparable de la fonction motrice de telle sorte que, rencontrant, dans n'importe quelle coupe de n'importe quelle partie du névraxe, une cellule du type donné, nous ayons le droit de conclure, sans erreur aucune, que cette cellule est une cellule motrice, abstraction faite de la façon dont peut se comporter le prolongement cylindraxile. Nissl répond affirmativement à cette question. Se basant sur ce fait que les cellules radiculaires des nerfs périphériques présentent, dans toute la série des vertébrés, le même mode de répartition de la substance chromophile, il conclut que cette organisation spéciale est liée intimement à la fonction spéciale. Ces cellules présentent le type moteur et chaque fois que l'on rencontre une cellule de ce type on peut admettre, dit Nissl, qu'elle est en relation avec des fonctions motrices.
Nous estimons que les recherches actuelles sont encore trop incomplètes pour pouvoir admettre dans toute sa rigueur la conclusion de Nissl.
Nous croyons cependant utile de la signaler telle qu'elle a été formulée, en en faisant ressortir toute l'importance pour le cas où les recherches ultérieures viendraient la confirmer.
Les cellules somatochromes renferment donc, dans leur corps protoplasmatique, deux parties nettement distinctes l'une de l'autre par la façon dont elles se comportent vis-à-vis du bleu de méthylène : une partie chromophile et une partie non chromophile.
Quand on étudie ces deux parties constituantes du protoplasme de la cellule nerveuse sur des matériaux fixés par l'alcool ou le sublimé et colorés par le bleu de méthylène, la thionine ou le bleu de toluidine, on voit manifestement que les blocs de substance chromophile ont une structure granuleuse.
Ils semblent résulter d'une accumulation plus ou moins compacte de granulations distinctes, ainsi que l'admettent de Quervain (3), Benda (4), Juliusburger (5), v. Lenhossek (6), Flemming (7), Cajal (8), Marinesco {9) et beaucoup d'autres.
Quant à la substance non chromophile du protoplasme cellulaire, elle se montre formée d'une partie organisée en forme de réseau plongeant dans une substance fondamentale homogène [Held (10), Lu- GARO (il), Cajal (8), Van Gehuchten (12), Marinesco (9), Nelis (i3), etc.], et cela aussi bien dans les cellules nerveuses motrices du névraxe, fig. 194, que dans les Cellule d'un ganglion spinal cellules sensitives des ganglions cérébro-spinaux, de lapin montrant le réseau fig. 195. Les recherches de Cajal et les nôtres ont
endocellulaire (méthode établi que la substance chromophile, en se déposant de Nissl ).
dans le protoplasme de la cellule nerveuse, commence par incruster les points nodaux du réseau mis en relief par les liquides fixateurs'
Ces points nodaux, en s'épaississant ainsi par accumulation de substance chromophile et en se fusionnant plus ou moins, peuvent donner naissance à des bâtonnets chromophiles granuleux ou homogènes de longueur variable.
La substance sensible aux couleurs d'aniline peut imprégner également les trabécules du réseau : les granulations chromophiles prennent alors un aspect étoilé. Cette imprégnation ou cette incrustation des points nodaux et des trabécules qui les relient entre eux par la substance chromophile, en devenant plus considérable encore, peut donner naissance à des blocs plus ou moins volumineux; ceux-ci seront granuleux ou homogènes suivant que les mailles circonscrites par ces trabécules auront été incomplètement ou complètement envahies.
D'après cette manière de voir les blocs de substance chromophile ne sont donc pas exclusivemeni formés par des granulations chromophiles unies entre elles par une substance amorphe, comme le pensent Nissl, Becker (14), v. Lenhossek et LuGARO ; mais dans la constitution de chacun de ces blocs, quelque petit qu'il soit, intervient une partie du réseau protoplasmatique. C'est ce réseau qui forme en quelque sorte la charpente de l'élément chromophile. Ce réseau forme d'ailleurs la charpente de tout le protoplasme cellulaire. Arrivé dans les prolongements protoplasmatiques, ce réseau se régularise et donne naissance à des fibrilles. ^.Cette'régularisation s'accentue encore dans le prolongement cylindraxile, au point de donner naissance à des fibrilles nettement indépendantes,
La structure réticulée du protoplasme des cellules nerveuses des vértébrés était généralement admise par les auteurs il y a sept à huit ans.
En l'absence cependant d'une méthode précise permettant de mettre, d'une façon constante et avec toute la netteté désirable, cette structure en relief dans le protoplasme de toute cellule nerveuse, le doute persistait dans l'esprit d'un grand nombre d'auteurs et l'opinion s'accréditait de plus en plus que le réseau, vu et reproduit par quelques observateurs, devait être considéré comme une production artificielle plutôt que comme l'expression de la réalité.
En 1898, Bethe (16) a fait connaître une méthode nouvelle grâce à laquelle il est parvenu à mettre en évidence avec une netteté remarquable, dans le protoplasme des cellules nerveuses des mammifères, des fibrilles pouvant se poursuivre sur une longueur considérable. Il admet que ces fibrilles sont indépendantes les unes des autres et qu'elles jouissent sur toute leur longueur d'une individualitépropre, fig. 19G. Elles existent dans les prolongements protoplasmatiques aussi bien que dans le corps cellulaire et dans le prolongement cylindraxile. Arrivées dans le corps cellulaire, les neurofibrilles d'un prolongement protoplasmatique donné s'écartent les unes des autres pour se rendre, soit dans un prolongement protoplasmatique voisin, soit, après avoir traversé le corps de la cellule nerveuse, dans un prolongement protoplasmatique plus éloigné ou dans le cône d'origine de l'axone. Ce sont ces fibrilles entrecroisées dans le corps cellulaire qui, d'après Bethe, donnent l'impression d'un réseau, fig. iog, A ; mais dans l'immense majorité des cellules nerveuses des mammifères, cette structure réticulée n'est qu'une apparence car chaque fibrille reste indépendante sur toute sa longueur.
L'origine de ces neurofibrilles du corps cellulaire est encore inconnue. D'après Apathy, elles ne naissent pas dans les cellules ganglionnaires, mais elles y pénètrent du dehors comme produits de la différenciation des cellules qui ont pris part à la constitution des fibres nerveuses. Pour Bethe. les neurofibrilles ne sont pas un élément constituant du corps protoplasmatique : elles doivent être considérées comme un produit de l'activité cellulaire ayant morphologiquement la même valeur que les fibrilles conjonctives, musculaires, etc.
FiG. 196.
Cellules nerveuses dont les neurofibrilles ont été colorées par la méthode de Bethe. (d'après Bethe).
A : Cellule radiculaire de la moelle humaine.
B : Cellule du no3 au du facial du lapin montrant à la fois les neurofibrilles et les blocs de NisSL. C : Dendrite d'une cellule radiculaire chez l'homme. D : Deux cellules pyramidales de l'homme.
Au niveau du cône d'origine de l'axone on voit un certain nombre de ces neurofibrilles converger l'une vers l'autre pour se réunir, au sommet de ce cône, en un
filament plus épais en apparence unique, ax, fig. loe, A et D. D'après les recherches .de Apathy, la substance protoplasmatique du corps cellulaire s'arrête à ce niveau, de telle sorte que les neurofibrilles seules se poursuivent au-delà, pour aller se continuer un peu plus loin avec les neurofibrilles du cylindre-axe des fibres nerveuses.
D'après cette manière de voir de Bethe, les corps cellulaires ne représentent, dans notre système nerveux, que les endroits où un certain nombre de neurofibrilles, dont l'origine est inconnue, s'entrecroisent en changeant de direction. Ce sont donc des espèces de carrefours intercalés sur le trajet des voies nerveuses, sans qu'ils puissent intervenir en aucune façon, par leur protoplasme propre, dans le fonctionnement de ces voies nerveuses.
C'est en se basant sur l'existence de ces neuroâbrilles indépendantes, pouvant se poursuivre d'un prolongement protoplasmatique dans un autre sans passer par le corps cellulaire, fig. 1«6, C, que Uethe a comuauu : i°; la théorie de la polarisation dynamique des éléments nerveux en admettant que les prolongemenis i^ruioplasmatiques doivent conduire dans les deux sens ; 2°^ l'uniie physiologique du neurone, en admettant que les neurolibrilles indépendantes passant d'une dendrite dans une autre doivent pouvoir fonctionner sans intervention du corps ceiluiaire.
Par ses recherches, Bethe arrive ainsi à admettre, pour le protoplasme des cellules nerveuses, la même structure que celle qui fut décrite il y a plus de Jo ans par Max ScHULTZE (17). En se basant sur des observations laites sur les cellules nerveuses de la corne antérieure du veau examinées à fiais dans le sérum sanguin et sur les ceilules nerveuses du lobe électrique de la torpille, ce savant a admis l'existence, dans le protoplasme cellulaire et dans les prolongements qui en dépendent, de hbnlies séparées les unes des autres par une substance chargée de séries linéaires de hnes giaiiuiatious. Ces uorilles, nettement visibles dans les prolongements protoplasmatiques, s écartent les unes des autres dès leur entrée dans le corps cellulaire et s'y perdent dans le fouiLis des huruies entrelacées. Il résulte d'une pareille structure, disait M. bCHULXZE, que la cellule nerveuse ne représente rien d'autre que le corpa d'origine du prolongement eylindraxiie, en ce sens que les fibrilles qui constituent ce prolongement ne proviennent pas de la cellule nerveuse, mais des prolongements protoplasmatiques. Ces fibrilles ne prennent donc pas leur origine dans le corps cellulaire ; elle ne font que changer de direction dans ce corps cellulaire pour se rendre soit dans l'axone, soit dans d autres prolongements dendritiques.
Il est bien vrai que, d'après Bethe et iMi^sL, Schulize n'aurait })as vu les neurofibrilles, mais uiiiquemeut la substance iiuerliuriUaire ; c est la une question difhcile à résoudre, d'autant plus que, si cela est vrai, les neurolibrilles de Bethe uevraient être granuleuses. Quoiqu'il en soit d'ailleurs, BEruE arrive à la luéme conclusion que celle formulée par Schultze : l'existence de neurohbrilles indépendantes provenant des prolongements protoplasmatiques et ne faisant que s'entrecroiser dans le corps cellulaire sans entrer en connexion, ni entre elles, ni avec le protoplasme de la cellule nerveuse.
Ces idées sur la constitution fihrillaire du protoplasme cellulaire, admises par un certain nombre d'auteurs, n'ont eu que quelques années de vogue.
DoNAGGio (18) le premier s'est élevé contre l'opiiiion de Beïhe. En s'appuyant sur des préparations de cellules nerveuses obtenues par une métliode spéciale de coloration — que, malheureusement, il a cru devoir garder secrète pendant quelques années — il a attirme que l'indépendance des neurolibrilles, dans les préparations de Bethe, n'était qu'apparente et devait être attribuée a des colorations incomplètes. Pour lui, il existe dans le système nerveux central deux types cellulaires nettement distincts : l'un, généralement représenté par de petites cellules nerveuses, ne possède qu'un système de fibrilles largement anastomosées en réseau; l'autre possède dans son corps cellulaire, à côte du reseau dans lequel viennent se perdre les tibrilles des
ramifications protoplasmatiques et d'où sortent les neurofibrilles du prolongement C5dindraxile, des fibrilles indépendantes existant de préférence dans la zone périphé-* rique et qui ne font que traverser le corps cellulaire, fig. 197.
FiG. 197.
Cellule radiciilaire de la moelle d'un lapin adulte (d'après Donaggio).
C'est à Donaggio que revient le mérite d'avoir trouvé la première méthode de coloration élective du réseau endocellulaire. Cette méthode a donné, entre les mains de son auteur, des résultats surprenants de finesse et de délicatesse, ainsi que nous avons pu nous en assurer par l'examen de quelques-unes de ses préparations qu'il a bien voulu nous montrer à Madrid en igoS et à Bruxelles en 1904. Il est regrettable pour la science que Donaggio ait tardé si longtemps avant de faire connaître la technique suivie par lui, car il n'est pas douteux pour nous que, si les résultats obtenus par Donaggio avaient pu être vérifiés par d'autres, la théorie fibrillaire de Bethe n'aurait guère trouvé de partisans.
Des réseaux intracellulaires ont encore été décrits par Simarro (ig).
Il résulte des observations de Bethe que le protoplasme des cellules nerveuses n'a pas toujours la même structure fibrillaire. Alors qu'il admet que les neurofibrilles sont indépendantes dans la plupart des éléments nerveux et ne font que s'entrecroiser dans le corps cellulaire, il a cependant vu ces neurofibrilles s'anastomoser les unes avec les autres et donner naissance à un véritable réseau endocellulaire
dans les cellules des ganglions spinaux, les cellules de la racine supérieure ou motrice du trijumeau, la partie basale des cellules de Purkinje et les cellules de la corne d'AMMON.
Des idées plus ou moins analogues ont été défendues par Bielschowsky (20) et JoRis (21). En se basant sur les résultats fournis par une méthode spéciale d'imprégnation des neurofibrilles par l'argent, Bielschowsky a retrouvé les deux types cellulaires décrits par Bethe : le type fibrillaire et le type réticulé. Il admet cependant que le type réticulé est plus fréquent que Bethe ne le pense; il l'a observé chez l'homme dans les cellules de Purkinje, les cellules de la colonne de Clarke et celles de l'olive inférieure. Joris a utilisé un procédé spécial de coloration des neurofibrilles par l'or colloïdal. En se basant sur des recherches antérieures faites avec la méthode de Bethe, il avait admis l'existence d'un réseau dans toutes les cellules de la moelle épinière, tandis que les cellules pyramidales de l'écorce ne renfermeraient que des fibrilles indépendantes. Son procédé à l'or colloïdal lui a montré l'existence de cellules à réseau dans toutes les parties du système nerveux; il a même trouvé un réseau assez étendu dans les parties centrales périnucléaires des cellules pyramidales. Il admet d'ailleurs l'existence de trois types cellulaires : la cellule à réseau où toutes les neurofîbrilles des prolongements s'évanouissent dans un réseau occupant toute l'étendue du corps cellulaire ; la cellule de passage où le réseau fait complètement défaut (cornes postérieures de la moelle et cellules pyramidales de l'écorce (?)); et la cellule mixte renfermant à la fois des neurofibrilles indépendantes et un réseau endocellulaire.
Tel était l'état de la question lorsque tout récemment Cajal (22) a fait connaître une méthode nouvelle, d'une extrême simplicité, à l'aide de laquelle il a démontré l'existence de trabécules unissantes entre toutes les neurofibrilles dans le corps cellulaire de toutes les cellules nerveuses. Les recherches que nous avons faites nous-même (23) avec la méthode de Cajal, et celles faites sous notre direction par un de nos élèves M. Michotte (24), ont complètement confirmé ces conclusions de Cajal. Il résulte de l'ensemble de ces recherches que les neurofibrilles paraissent indépendantes dans les ramifications protoplasmatiques de même que dans le cône d'origine de l'axone, mais que dans le ccrps cellulaire toutes ces neurofibrilles sont reliées les unes aux autres par des trabécules unissantes de manière à donner naissance à un réseau véritable occupant toute l'étendue du corps protoplasmatique, FiG. 108 et 109. Dans ce réseau endocellulaire les neurofibrilles des dendrites sont souvent plus épaisses que les trabécules unissantes de telle sorte que l'on pourrait, avec Cajal, les considérer comme des fibrilles primaires unies entre elles par des fibrilles secondaires. Ce sont sans doute, ces fibrilles primaires, seules colorées dans les préparations de Bethe, parce qu'elles retiennent plus longtemps le molybdate d'ammoniaque que les trabécules unissantes ou fibrilles secondaires, que Bethe a décrites comme neurofibrilles indépendantes.
Bethe de même que Bielschowsky et Joris ont attaché une grande importance à ce fait que, dans leurs préparations, ils ont vu des neurofibrilles indépendantes se rendre d'une dendrite dans une autre sans passer par le corps cellulaire. Or, il résulte des recherches récentes (Donaggio, Cajal, Van Gehuchten, Michotte) que cette indépendance des neurofibrilles n'est pas réelle et qu'à l'endroit où un tronc
protoplasmatique £c bifurque, il existe toujours des trabécules transversales fines et grêles reliant entre elles les neurofibrilles, fig. 30o. Les résultats obtenus par la méthode de Cajal nous conduisent donc à l'opinion que nous avons défendue avec d'autres en 1897 (12), c'est que le protoplasme cellulaire a une structure nettement . réticulée dans laquelle se perdent les neurofibrilles, en apparence indépendantes, des dendrites et du cône d'origine de l'axone. Les résultats divergents obtenus par
Fig. 109, Cellule de la corne (I'Ammon du lapin.
Fig. 198.
Cellule géante de la formation réticulaire du bulbe d'un chien adulte (d'après A. Michotte).
Bethe, Bielschowsky, Joris et d'autres doivent uniquement être attribués à des
^ colorations ou des imprégnations in-
complètes, ainsi que Donnaggio, Cajal, nous même et Michotte l'avons fait remarquer.
La disposition de ce réseau endocellulaire peut varier considérablement d'une cellule à l'autre, en ce sens que dans certains types cellulaires les trabécules unissantes des neurofibrilles sont tellement développées que la structure réticulaire apparaît au premier abord, fig. I98,tandisquedans d'autres cellules les trabécules sont plus grêles
Fig. aoo.
Bifurcation d'un tronc protoplasmatique
montrant les trabécules unissantes, et les neurofibrilles paraissent indépendantes, fig. i»9 ; de là les deux types cel-
lulaires extrêmes : le type réticulaire et le type fasciculé, entre lesquels se trouvent des intermédiaires appartenant au type réticulo-fibrillaire avec prédominance tantôt des neurofibrilles et tantôt des trabécules unissantes.
Ces variations dans la structure apparente du protoplasme cellulaire n'ont pas grande importance physiologique ; elles doivent être attribuées, d'après Marinesco (25) et MiCHOTTE, à la forme seule de la cellule nerveuse et à la disposition des prolongements qui en dépendent. Il résulte, en effet, des observations de ces deux auteurs que. la structure réticulée prédomine dans les cellules globuleuses, que la structure fasciculée est de règle dans les cellules fusiformes et que la structure réticulo-fibrillaire est en quelque sorte caractéristique des cellules multipolaires.
Des conclusions identiques, concernant la structure réticulée du protoplasme de toute cellule nerveuse, se dégagent également des recherches faites par Rossi (26) au moyen d'une méthode spéciale au chlorure d'or.
Lors des premiers travaux de Bethe sur la structure fibrillaire du protoplasme des cellules nerveuses, ce savant admettait ainsi que Nissl que l'image obtenue par sa méthode au molybdate d'ammoniaque était en quelque sorte le négatif des images obtenues par la méthode de Nissl. Ils en concluaient que les blocs de substance chromophile de Nissl venaient occuper les espaces laissés libres par les neurofibrilles de Bethe, fig. 196, B. Les recherches faites avec la méthode de Donaggio et avec celle de Cajal démontrent que cette opinion ne peut se maintenir, car dans chaque bloc de substance chromophile se trouve incorporée une partie du réseau protoplasmatique et principalement les trabécules unissantes des neurofibrilles, ainsi que nous l'avions admis avec Cajal en 1897.
Cette grande divergence entre les auteurs, sur un point aussi important que celui de la structure du protoplasme des cellules nerveuses, ne doit pas nous surprendre. Nous ne devons pas oubliei que toutes les recherches sur cette question doivent être faites sur des matériaux fixés par les réactifs les plus divers, soumis ensuite à une série des manipulations et de lavages, à des colorations et des décolorations successives, de telle sorte qu'il nous est impossible de reconnaître, dans les préparations obtenues, ce qui préexiste réellement à l'état vivant de ce qui doit être attribué à l'action des réactifs.
Ce qui montre d'ailleurs bien toute la difficulté du problème et la part peut-être considérable qui doit revenir aux réactifs dans les différentes structures décrites par les auteurs, ce sont les résultats publiés par Golgi (27) et Veratti (28) d'une part, par Nelis (29) et HoLMGREN d'autre part, sur la structure de la partie non chromophile de la cellule nerveuse.
En se 'servant de'sa méthode au chromate d'argent légèrement modifiée, Golgi et son élève Veratti sont parvenus à mettre en évidence, dans le corps des cellules nerveuses les plus diverses, une formation réticulaire à larges mailles, fig. 301, dont ils ignorent la signification. Cette formation réticulaire est complètement différente de la structure fibrillaire admise par Schultze, Bethe et Nissl et n'a rien de commun avec le réseau intracellulaire décrit par Apathy chez les invertébrés, par Donaggio, Cajal, nous-même, Michotte, Marinesco et Rossi chez les vertébrés. Cet appareil réticulaire existe déjà, mais moins développé que chez l'adulte, dans les cellules des ganglions spinaux pendant la vie intrautérine (3o). Chez l'adulte, fig. 203, cet appareil réticulaire occupe principalement une couche déterminée du protoplasme cellulaire voisine de la surface libre de la cellule, de façon à laisser inoccupées une couche périnucléaire assez épaisse et une zone périphérique beaucoup plus mince.
SouKiiANOFF (3i) a étudié ce réseau intracellulaire de Golgi dans les cellules pyramidales'de'l'écorce cérébrale sans se prononcer sur sa nature et sa signiiîcation.
En ^étudiant, dans notre laboratoire, les cellules des ganglions spinaux des mammi- - .
féres fixés dans le formol ou dans le liquide
FiG. 303.
Cellule nerveuse du ganglion spinal d'un cheval âgé de 20 ans. (d'après Golgi.)
FiG. «01.
Cellule nerveuse du ganglion spinal d'un chien âgé d'environ 2 V2 ans. (d'après Golgi).
au sublimé de Gilson et colorés par l'hématoxyline à l'alun de fer de Heidenhain, un de nos élèves, C. Nélis, a pu mettre en évidence, dans le protoplasme cellulaire, im élément étrange, se présentant sous la forme d'un cordon pâle, incolore, tantôt enroulé, tantôt pelotonné en quelque sorte sur lui-
FiG. 20.3.
Cellule d'un ganglion plexiforme de chien (d'après Nelis).
FiG. 204.
Cellule d'un ganglion plexiforme de chien mort de rage (d'après Nelis).
même. Peu apparent dans les cellules normales, fig. 303, ce cordon ou ce boyau devient beaucoup plus manifeste dans les cellules nerveuses des animaux morts par intoxication. C'est surtout dans l'intoxication par le tétanos et par la rage que cet élément cellulaire apparaît dans toute sa netteté, non pas seulement dans les cellules des ganglions cérébrospinaux, mais dans toutes les cellules du névraxe. On peut, dans ces conditions, le mettre en relief avec la simple coloration par le bleu de méthylène. Ce cordon incolore peut occuper alors toute l'étendue du corps cellulaire et se poursuivre jusque dans les prolongements protoplasmatiques. Par ses plis et ses replis il donne au protoplasme un aspect tout-à-fait caractéristique, auquel Nelis a donné provisoirement le nom d'état spiréniateux, fig. 204.
Il est difficile de dire quelle est la valeur morphologique et physiologique de ces bo3i'aux. En se basant sur ses nombreuses recherches, Nelis croit que ce cordon préexiste plus que probablement dans la cellule normale plus ou moins caché par les granulations chromophiles, et que, sous l'influence de causes pathologiques variées, des modifications inconnues retentissent sur le boyau lui-même ou sur le protoplasme ambiant, de telle sorte que le premier devient par là plus manifeste et plus facile à mettre en évidence. Ce boyau intracellulaire n'est cependant pas sans structure. En décolorant lentement les préparations traitées par l'hématoxyline au fer de Heidenhain, Nelis est parvenu à colorer dans ce boyau un filament axial.
Ces faits, signalés pour la première fois par Nelis dans un mémoire déposé à l'Académie des Sciences de Belgique le décembre 1898, ont été observés peu de temps après par HoLMGREN (32) dans les cellules des ganglions spinaux d'un grand nombre de vertébrés, puis par Studnika (33), Donaggio (84) et d'autres. Il ne peut pas y avoir de doute pour nous que Nelis et Holmgren ont eu sous les yeux la même structure intraprotoplasmatique ; ils sont arrivés cependant à des conclusions assez divergentes. Dans les préparations de Nelis, que nous avons examinées avec le plus grand soin, le cordon incolore ou boyau ne se présentait nulle part sous forme de réseau ; et cependant Holmgren affirme avoir vu des anastomoses nombreuses. Nous admettons avec Nelis que le spirème vu par lui n'a rien de commun avec le réseau décrit par Golgi et tous ceux qui ont pu comparer, à la réunion des anatomistes à Tùbingen en 1900, les préparations de GoLGi et celles de Nelis, ont exprimé la même opinion ; Holmgren affirme cependant que l'identité est incontestable. Nelis ne s'est pas prononcé sur la nature de cette production intraprotoplasmatique ; pour Holmgren il s'agit de canalicules lymphatiques communiquant avec les voies lymphatiques extracellulaires. Pour soutenir cette Opinion Holmgren s'appuie surtout sur des observations faites sur les cellules ganglionnaires des invertébrés. Des recherches faites dans notre laboratoire, sur la structure des cellules nerveuses des gastéropodes, par Bochenek (35) ont montré que l'opinion de Holmgren, concernant l'identité des canalicules intracellulaires des vertébrés et des invertébrés, ne peut se maintenir. Chez les gastéropodes il s'agit de véritables canalicules aj'ant des parois propres. Bien que situés dans le corps de la cellule nerveuse, ces canalicules sont cependant extraprotoplasmatiques ; ce sont des invaginations de la surface du corps cellulaire dont les parois sont tapissées par des cellules de neuroglie et qui ont probablement pour but de faciliter la nutrition des éléments nerveux. Chez les vertébrés les soi-disant canalicules sont de véritables productions intraprotoplasmiques.
Dans ces dernières années Holmgren a continué ses recherches et les a condensées dans im travail paru en 1904. Il résulte de ce travail (36) qu'il a abandonné, surtout depuis 1902, son opinion concernant la nature lymphatique des canaux intracellulaires. D'après l'ensemble de ses recherches, il admet actuellement qu'il existe, à l'intérieur des cellules nerveuses des vertébrés, un appareil réticulo-fibrillaire plus ou moins étendu n'appartenant pas génétiquement à la cellule nerveuse dans laquelle on le trouve, mais à des cellules multipolaires enveloppant cette dernière. Pour les cellules des ganglions spinaux ces cellules multipolaires sont intracapsulaires et se trouvent appliquées sur la surface du corps cellulaire. Pour les cellules du système nerveux central, les cellules ' multipolaires en question sont des éléments neurogliques. Ces cellules spéciales enverraient des prolongements à l'intérieur même du corps pirotoplasmatique de la cellule nerveuse, prolongements qui en s'anastomosant les uns avec les autres donneraient naissance à un réseau. Dans certaines circonstances les trabécules de ce réseau peuvent se liquéfier et se transformer en canalicules tantôt indépendants, tantôt anastomosés suivant
le degré de liquéfaction" de l'appareil réticulo-fibrillaire. Cette transformation phj sicochimique de l'appareil réticulaire en canalicules pouvant marcher de pair avec des modifications de la substance chromophile, Holmgren a proposé de donner à cet appareil endocellulaire le nom de trophospongium pour indiquer par là qu'il s'agit d'un appareil trophique. Il désigne alors sous le nom de trophocytes les cellules non nerveuses qui ont concouru à sa constitution. Le degré de liquéfaction du trophospongium varie d'une cellule à l'autre. Le plus souvent les trabécules ont un aspect granuleux et protoplasmatique. Dans certains cas on peut voir survenir dans quelques trabécules une liquéfaction en gouttelettes donnant naissance à de petites cavités vacuolaires. Ces gouttelettes peuvent se fusionner par la liquéfaction des parties unissantes et donner naissance à des canalicules. Quelquefois la liquéfaction envahit tout le trophospongium de manière à produire des canalicules anastomosés occupant toute l'étendue du corps cellulaire et qui vont se déverser dans des cavités creusées dans le corps même des trophocj'tes.
D'après cette conception de Holmgren, toute cellule nerveuse serait un organisme complexe, formé par une cellule nerveuse traversée en tous sens par un réseau étranger provenant des prolongements anastomosés de nombreuses cellules neurogliques, opinion déjà défendue par Paladino (36') en 1893 et plus récemment encore par V. Bianchi (37).
Nous nous abstenons de juger cette façon quelcjue peu extraordinaire dont Holmgren conçoit la structure des cellules nerveuses. Dans les préparations de Bochenek, concernant les cellules nerveuses des gastéropodes, pas plus que dans celles de Nelis, se rapportant aux cellules nerveuses des mammifères, nous n'avons observé des faits qui puissent venir à l'appui de cette manière de voir. Nous nous faisons cependant un devoir de la signaler pour faire ressortir une fois de plus l'extrême prudence avec laquelle nous devons interpréter les détails de structure que peuvent montrer les préparations les mieux faites, et ne jamais oublier que le plus grand nombre de nos préparations ont passé par une série de réactifs qui doivent avoir une part plus ou moins considérable dans la genèse des images que nous observons dans le champ du microscope.
Les «figures énigmatiques » décrites -par Nelis en 1898 ne sont donc pas si faciles à interpréter que Holmgren l'avait cru tout d'abord, puisque, après leur avoir attribué pendant quelques années la nature de canalicules lymphatiques, il les considère maintenant comme le résultat de la liquéfaction d'un réséau formé par les prolongements de cellules neurogliques.
En parlant de ces canalicules Holmgen fait toujours ressortir que c'est lui qui les a découverts. Nous croyons que cela n'est pas exact. Ils ont été observée peut-être en même temps et d'une façon indépendante par Nelis et Holmgren, mais ils ont été décrits et figurés, sans contestation aucune, tout d'abord par Nelis. Ce que Holmgren a découvert c'est V interprétation d'après laquelle les figures énigmatiques de Nelis seraient des canalicules lymphatiques, interprétation qu'il a lui-même abandonnée depuis lors. Nous avons reproduit cette interprétation de Holmgren dans notre article sur l'anatomie de la cellule nerveuse publié dans le Traité de Plateau, Jacobsohn et Minor. Holmgren nous reproche de ne pas avoir tenu compte dans cet article des travaux qu'il a publiés depuis 1900. Ce reproche ne nous paraît pas justifié. Holmgren ignore sans aucun doute c]ue, si le traité en question porte le millésime 190?, notre article a été écrit à la fin de l'année 1900, trop tôt donc pour pouvoir y signaler des opinions rendues publiques en 1901, 1902 et 1903.
Différentes ainsi l'une de l'autre par la façon dont elles se comportent vis-à-vis du bleu de méthylène et par leur organisation propre, les deux parties, chromophile et non chromophile, du protoplasme cellulaii'e seraient encore différentes au point de vue de leur valeur fonctionnelle.
La partie non chromophile, de structure réticulée, nous paraît être l'élément constituant principal du protoplasme de la cellule nerveuse, celui à qui incombe la fonction primordiale des éléments nerveux, la fonction de conduction.
Ce qui le prouve, c'est d'abord ce fait fondamental relevé, pour la première fois, par SiMARRO (37') et par Schaffer (38) : le prolongement cylindraxile de toute cellule nerveuse, c'est-à-dire la partie de neurone qui sert exclusivementà la transmission de l'influx nerveux d'un élément à un autre élément, l'axone, est formé uniquement
par de la substance non chromophile. Nous avons vu que d'après les recherches de M. ScHULTZE, confirmées par Apathy et Bethe, le cylindre-axe de la fibre nerveuse a une structure fibrillaire ; les fibrilles de ce cylindre-axe, arrivées dans le corps cellulaire, se continuent avec le réticulum endocellulaire et, par là, avec les fibrilles des prolongements protoplasmatiques.
Ce qui prouve encore que la partie non chromophile est l'élément conducteur du neurone, c'est que cette substance forme à elle seule les ramifications terminales des prolongements protoplasmatiques des cellules nerveuses. Or, nous avons prouvé, dans les leçons précédentes, que ces prolongements servent à la conductibilité nerveuse.
Enfin, le protoplasme de toutes les cellules nerveuses qui rentrent dans le groupe des cellules caryochromes de Nissl est totalement privé de substance chromophile ; il faut bien admettre cependant que ce protoplasme cellulaire jouit de la conductibité nerveuse.
Mais si la partie non chromophile est l'élément constituant principal du neurone, quelle valeur devons-nous attribuer à la partie chromophile ?
Le fait que la substance chromophile manque complètement dans le protoplasme d'un grand nombre de cellules nerveuses pi^ouve à l'évidence, nous semble-t-il, que cette substance n'est pas un élément essentiel du protoplasme cellulaire, un élément indispensable à la vie de la cellule nerveuse. Nous verrons, dans notre prochaine leçon, que la substance chromophile s'accumule dans la cellule nerveuse pendant la période de repos du neurone, tandis qu'elle diminue parfois considérablement pendant toute la période d'activité. De plus, chaque fois qu'un neurone se trouve lésé d'une façon quelconque, soit dans son intégrité anatomique par suite de la lésion de son prolongement cylindraxile, soit dans sa nutrition comme cela s'observe dans les empoisonnements, dans les troubles circulatoires et autres, nous voyons la substance chromophile diminuer et disparaître pour revenir bientôt en quantité beaucoup plus abondante lorsque la cellule semble être parvenue à faire face à la lésion subie. Nous basant sur ces faits, nous avons émis depuis longtemps l'opinion que la substance chromophile ne représente rien d'autre qu'une espèce de substance de réserve, nullement indispensable à l'élément nerveux.
Pigment. A côté des granulations chromophiles on trouve encore, dans le protoplasme d'un grand nombre de cellules nerveuses (cellules des ganglions cérébrospinaux, cellules radiculaires de la moelle, cellules pyramidales de l'écorce cérébrale, etc.), un amas plus ou moins compact et plus ou moins étendu de granulations spéciales, granulations pigmentaires, d'une coloration jaune-verdâtre sur les préparations traitées par la méthode de Nissl, fig. ao5.
Ce pigment fait totalement défaut chez le nouveau-né (Obersteiner). Il apparaît dans les cellules radiculaires de la moelle vers l'âge de 7 à 8 ans et dans les grosses cellules pyramidales de l'écorce vers la vingtième année, pour augmenter ensuite lentement avec l'âge (Pilcz) (Sg), ainsi que cela résulte des recherches faites par un grand nombre d'auteurs. Aussi admet-on généralement que les granulations pigmentaires doivent être considérées comme un caractère de sénilité de la cellule nerveuse.
Les uns y voient avec Cajal (40) un produit de désassimilaton dont la cellule ne parvient pas à se débarasser. Colucci(4i), Marinesco (41), Lord et Nissl considèrent ces granulations pigmentaires comme une modification chimique des granulations chromophiles. Obreja et Tatuses (42) attribuent aux granulations pigmentaires une nature graisseuse ou plutôt myélinique. Se basant sur ce fait que la myéline est formée en partie du moins de lécithine, ces auteurs sont tentés d'attribuer au pigment une importance tout aussi considérable qu'au vitellus de l'œuf et de le considérer comme un aliment d'épargne. Ils prétendent avoir constaté la disparition presque totale du pigment dans les cellules
Cellules l adiculaires d'un homme âgé de 61 ans (d'après Van Biervuet).
pi : Pigment.
nerveuses de la moelle d'un chien strychnisé et d'un homme mort de tétanos, tandis qu'ils ont vu le pigment s'accumuler davantage dans les centres nerveux pendant l'inactivité. L'abondance du pigment serait, d'après ces auteurs, en rapport direct avec l'inactivité de la cellule. C'est là une conclusion difficile à admettre surtout si l'on se rappelle que les granulations pigmentaires font complètement défaut dans les cellules du névraxe pendant les premières années de la vie. D'ailleurs cette diminution considérable des granulations pigmentaires dans les cas de tétanos, signalée par Obreja et Tatutes, n'est cependant pas un fait constant, ainsi que cela résulte de l'examen que nous avons fait de la moelle épinière d'un homme mort de tétanos.
La structure du noyau.
Le noyau des cellules nerveuses paraît avoir une structure excessivement simple. Sur des coupes du névraxe fixées par l'alcool ou le sublimé et colorées par les couleurs basiques d'aniline, on voit que le noyau est nettement séparé du cytoplasme ambiant par une membrane bien apparente. Son centre est occupé par un nucléole volumineux fixant énergiquement les matières colorantes d'aniline. Ce
nucléole est le plus souvent unique. Quelquefois on en rencontre deux, plus rarement trois ou quatre. Du pourtour du nucléole on voit partir quelques trabécules irrégulières, anastomosées entre elles, se rendre vers la face profonde de la membrane nucléaire.
Involution et évolution de la cellule nerveuse.
Un fait important à signaler et sur lequel Martnesco (43) a appelé l'attention, c'est que les éléments nerveux au les neurones, une fois sortis de la période de formation, deviennent en quelque sorte des éléments permanents. Pendant toute la durée de la vie d'un homme, ces éléments ne présenteront plus jamais des phénomènes de caryocinèse, de telle sorte que nous devons admettre que, une fois constitués, ces éléments sont destinés à vivre aussi longtemps que l'organisme luimême qu'ils aident à constituer. Pendant les premiers temps du développement embryologique la multiplication cellulaire est très active dans les éléments du tissu nerveux ; c'est l'époque des cellules germinatîves. A un moment donné, moment qui varie nécessairement d'un endroit à l'autre, cette multiplication cesse. Le nombre des éléments nerveux, qui doivent entrer dans la constitution du système nerveux, est alors atteint.
A partir de ce moment on ne rencontre plus de cellules en division ; le développement ultérieur consistera donc uniquement dans une augmentation de volume du corps cellulaire, un allongement et un épaississement des ramifications protoplasmiques et cylindraxiles.
De même que l'organisme humain présente, dans le cours de son existence, une période de croissance, une période d'arrêt et une période de décroissance conduisant à la sénilité et à la mort, de même les éléments nerveux ou les neurones parcourent une phase d'évolution, une phase d'arrêt et une phase d'involution.
Durant la phase d'arrêt, qui commence généralement vers l'âge de 20 à 25 ans, la structure de la cellule nerveuse est telle que nous l'avons décrite plus haut.
Les modifications qui caractérisent sa phase d'involution ou de sénilité ont été étudiées principalement par Marinesco (48). Elles consistent essentiellement dans une transformation chimique des granulations chromophiles en granulations pigmentaires, transformation lente et progressive dont l'époque du début varie considérablement, non seulement d'une cellule à l'autre chez le même individu, mais encore, dans les mêmes types cellulaires, d'un individu à l'autre. Cette transformation commence en un point limité du corps protoplasmatique et peut envahir plus ou moins complètement toute la cellule nerveuse, fig. ao5, ne respectant que les ramifications protoplasmatiques et le prolongement cylindraxile. Cette transformation chimique des éléments chromophiles est accompagnée d'une modification spéciale du réseau cellulaire consistant en un épaississement des trabécules et une modification de leur constitution chimique telle que, sous l'influence des réactifs utilisés dans la méthode de Cajal, elles prennent une coloration noire ou brune, fig. 306.
Van Gehuchten. Système Nerveux, 4* éd.
— ago —
Cette double modification, intéressant la partie chromophile et la partie non chromophile du corps cellulaire, surtout lorsqu'elle atteint un certain degré, doit non
seulement troubler la nutrition intime des éléments nerveux, mais encore diminuer, altérer et peut-être supprimer leur fonctionnement.
La période évolutive des éléments nerveux a été étudiée par un de nos élèves Van Biervliet {44) et par Mari- NESco surtout en ce qui concerne la partie chromophile des éléments nerveux. Il résulte des recherches de Van Biervliet que, jusque vers le troisième mois de la vie intra-utérine, les blocs de Nissl font complètement défaut dans les cellules radiculaires et les cellules des ganglions spinaux ; ces cellules ne sont pas dépourvues cependant de substance chromophile, mais celle-ci s'y trouve à l'état de dissolution puisque, sous l'action du bleu de méthylène, tout le corps cellulaire prend une teinte bleue uniforme.
Au commencement du troisième mois les blocs chromophiles font leur apparition, et cela tout d'abord à la périphérie du corps cellulaire sous la forme
FiG. 206.
Cellule radiciilaire de la moelle lombaire d'une femme âgée de 72 ans traitée par
la méthode de Cajal (d'après Marinesco). de petits grains, fig. 207. Pendant le développement ultérieur, la substance chromophile dissoute persiste dans le corps
A Fig. »07. B
Embryon humain de quatre mois (d'après Van Biervliet). A. Cellules radiculaires. — B. Cellules ganglionnaires.
— agi —
cellulaire, en même temps que les blocs augmentent en nombre, envahissant la cellule de la périphérie vers le centre ; au point que , vers le cinquième et sixième mois, ils ne laissent plus libre qu'une zone périnucléaire, fig. 208, pour envahir toute la cellule au moment de la naissance, fig. 309.
Jusque dans ces derniers temps on n'avait guère de renseignements concernant l'évolution des neurofibrilles et cela parce qu'une méthode de coloration élective du réseau cellulaire, à la fois simple et constante, faisait défaut. La méthode de Cajal est venue combler cette lacune. Elle n'a guère encore été employée d'une façon systématique dans le but que nous venons d'indiquer. Il résulte cependant de quelques observations de Cajal, que les neurofibrilles se différencient tout d'abord dans les ramifications protoplasmatiques et que, de là, elles envahissent le corps cellulaire de la périphérie vers le centre. Pendant les
premiers temps du développement embryologique, la méthode de Cajal n'imprègne, dans le corps cellulaire, aucune partie structurée. Nous devons cependant admettre que, déjà à cette époque, le protoplasme des cellules nerveuses renferme une partie organisée, une charpente, un réseau ou réticulum comme toute matière protoplasmatique.
Ce réseau ne fixe pas les sels d'argent. Plus tard • cependant il acquiert cette propriété, montrant par là qu'il a dû subir
Fig. a08.
Embryon humain de cinq à six mois.
Cellules radiculaires (d'après Van Biervliet).
Fig. »09.
Enfant à terme. Cellules radiculaires (d'après Van Biervliet). une modification quel-
conque, dont la nature intime nous échappe. C'est cette modification spéciale des neurofibrilles et des trabécules unissantes que la méthode de Cajal nous permet de surprendre et qui, d'après les quelques résultats obtenus, semble s'eftectuer tout d'abord dans les ramifications protoplasmatiques pour envahir ensuite, progressivement, le corps cellulaire.
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