‹ Anatomie du systeme nerveux de l'hommeChapitre 57 sur 176 · MU · texte numérisé non relu

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FiG. 183.

Deux coupes du tronc cérébral d'un lapin 35 jours après l'arrachement du nerf facial

(méthode de Marchi).

Mais si, au lieu de sectionner soit le nerf facial, soit le nerf hypoglosse, on le saisit entre les mors d'une pince et qu'on l'arrache, le tableau change. Dans

FiG. 184. FiG. 185.

Deux coupes du tronc cérébral d'un lapin quarante jours après l'arrachement du nerf hypoglosse, (méthode de Marchi).

ces conditions on voit survenir une véritable dégénérescence dans toutes les fibres du bout central, fig. 18a, 183, i84 et 185, dégénérescence absolument identique à celle qui survient dans les fibres du bout périphérique.

Cette dégénéi cscence est manifeste, sur toute la longueur du boutjcentral, déjà 20 jours après le traumatisme ; elle reste telle pendant environ 70 jours pour diminuer ensuite d'intensité et disparaître complètement i5o jours environ après l'arrachement. A ce moment toutes les fibres radiculaires du nerf ont disparu.

Le bout central d'un nerf interrompu peut donc, dans certaines conditions, dégénérer comme le bout périphérique, contrairement à la loi de Waller.

Côté normal Fig. 18G. Côté lésé

Noyau d'origine du nerf facial du lapin 40 jours après l'arrachement du nerf.

Cette dégénérescence des fibres du bout central ne commence pas dans le voisinage du point lésé pour remonter de là vers la cellule d'origine, comme le pensent Klippel et Durante ; elle commence, au contraire, dans le voisinage immédiat de la cellule nerveuse pour envahir de là rapidement toute l'étendue du

bout central. Elle n'est donc pas cellu- -jT lipète, ascendante ou rétrograde, mais

essentiellement cellulifuge ou descendante, comme la dégénérescence du bout périphérique.

Il résulte de nos recherches que cette dégénérescence des fibres du bout central ne peut être attribuée ni au traumatisme lui-même, ni à une névrite ascendante, mais qu'elle n'est que la conséquence des modifications profondes qui surviennent dans les cellules d'origine de toutes les fibres lésées. L'arrachement d'un nerf entraine, en effet, des modifications cellulaires réactionnelles tellement intenses qu'elles aboutissent à l'atrophie rapide et à la disparition complète de toutes les cellules du noyau d'origine. Cette atrophie débute déjà 10 jours après le traumatisme ; elle est totale et complète au plus tard 35 à 40 jours après l'opération, fig. 186 et 187. C'est cette atrophie cellulaire qui entraine à son tour la dégénérescence des fibres du bout central.

Fig. 187.

Atrophie complète des cellules du noyau du nerf hypoglosse 35 jours après l'arrachement du nerf.

Si l'on compare entre elles la dégénérescence des fibres du bout périphérique et celle des fibres du bout central, on trouve donc que toutes deux ont une marche descendante ou cellulifuge ; l'une commence au point lésé pour envahir de là rapidement toute l'étendue du bout périphérique ; l'autre commence très loin du point lésé, à l'extrémité centrale du bout central, pour envahir de là rapidement toute l'étendue du bout central.

Toutes deux conduisent aussi à la disparition complète des fibres nerveuses, FIG. 188 et 189.

La dégénérescence du bout périphérique est cependant plus précoce que celle du bout central, puisque la première débute environ 5 à 6 jours après la rupture du

FiG. 188.

Disparition complète des fibres radiculaires du nerf facial, 200 jours après l'arrachement du nerf.

FiG. 189.

Disparition complète des fibres radiculaires du nerf hypoglosse 180 jours après son arrachement.

nerf tandis que la seconde ne commence à se manifester que i5 jours après la lésion. Cette difiérence trouve son explication dans ce fait que, lors de la rupture du nerf, les fibres du bout périphérique se trouvent soustraites sur le champ à l'influence trophique de leurs cellules d'origine, tandis que les fibres du bout central restent en connexion avec ces mêmes cellules. Celles-ci subissent des modifications réactionnelles intenses telles, que vers le lo^ jour déjà quelques-unes s'atrophient et disparaissent. C'est seulement à partir de ce moment que, l'influence trophique que ces cellules excercent sur les fibres du bout central se trouvant suspendue, la dégénérescence peut envahir ces dernières.

Les deux dégénérescences sont consécutives à l'interruption du nerf ; la dégénérescence du bout périphérique ne nécessite cependant, pour se produire, que la simple interruption des fibres nerveuses ; elle est direcUment consécutive à cette dernière. Cette condition ne suffit pas pour amener la dégénérescence des fibres du bout central ; il faut de plus que la rupture du nerf soit suffisante pour entraîner l'atrophie des cellules d'origine. La dégénérescence du bout central est donc indirectement consécutive au traumatisme d'un nerf. C'est pour distinguer l'une

de l'autre ces deux dégénérescences que nous les avons désignées sous les noms de dégénérescence Wallérienne directe, ou dégénérescence du bout périphérique et dégénérescence Wallérienne indirecte, ou dégénérescence du bout central.

Pour que cette dégénérescence du bout central puisse survenir, il n'est pas toujours nécessaire de recourir à Xarrachement du nerf périphérique. Quelquefois la simple section suffit : tel est le cas pour les fibres motrices du nerf pneumogastrique destinées à innerver les muscles du larynx et qui ont leurs cellules d'origine dans une masse grise du bulbe connue sous le nom de noyau dorsal du vague. Tel est encore le cas pour les fibres nerveuses de certains faisceaux de l'axe cérébro-spinal (faisceau rubro-spinal, faisceau vestibulo-spinal, fibres du pédoncule cérébelleux moyen, fibres réticule-spinales) pour lesquels la simple section suffit pour entraîner l'atrophie rapide des cellules d'origine et la dégénérescence wallérienne indirecte de toutes les fibres du bout central.

Ces recherches expérimentales ont fourni la preuve indiscutable que le fait négatif, renfermé dans la loi de Waller, n'est pas exact puisque, dans certaines conditions expérimentales et pour certains faisceaux de fibres nerveuses, l'interruption du cordon nerveux est suivie non seulement de la dégénérescence du bout périphérique, mais aussi de la dégénérescence des fibres du bout central. Cette dégénérescence n'est pas lente et rétrograde ou cellulipète comme le pensent Klippel et Durante, mais rapide, descendante et cellulifuge comme celle du bout périphérique,

La proposition négative renfermée dans la loi de Waller ne peut donc être maintenue, puisqu'elle ne peut s'appliquer, sans restriction aucune, à tout cordon nerveux. La loi doit être modifiée. Nous croyons qu'elle serait conforme à tous les faits si on la formulait de la façon suivante : quand on interrompt un cordon nerveux central ou périphérique, le bout périphérique dégénère toujours. Quant au bout central, il se comporte d'une façon qui varie d'après l'intensité des phénomènes réactionnels que la lésion détermine dans les cellules d'origine. Si ces phénomènes sont légers et n'entraînent pas la mort des cellules nerveuses, les fibres du bout central restent intactes. Dans les cas contraires, l'atrophie des cellules d'origine entraîne la dégénérescence secondaire des fibres du bout central. Le bout central peut donc dégénérer.

Quelle est maintenant la cause de cette dégénérescence, tant des fibres du bout périphérique que de celles du bout central ?

Nous avons vu que, d'après Waller, les deux faits observés par lui s'expliquent tout naturellement, si l'on admet que la cellule nerveuse exerce sur la fibre nerveuse une influence spéciale appelée nutritive ou trophique, influence qui est telle, que si la fibre nerveuse s'y trouve soustraite, elle dégénère et disparait.

Bethe (4) a contesté cette interprétation donnée par Waller. Il estime que, si elle était exacte, la dégénérescence du bout périphérique devrait survenir en même temps sur toute la longueur des fibres nerveuses. Or, les recherches qu'il a faites avec Monckeberg, principalement sur des animaux à sang froid où les phénomènes surviennent plus lentement, lui ont démontré que la dégénérescence du

bout phériphérique est progressive, qu'elle commence au point lésé et qu'elle envahit graduellement, segment par segment, toute l'étendue du bout périphérique.

Il pense encore que, d'après l'interprétation de Waller, le bout central devrait rester complètement intact. Or, on y observe une dégénérescence centripète qui remonte, non pas seulement jusqu'à l'étranglement de Ranvier le plus proche, comme on le croit généralement, mais qui envahit progressivement trois à six segments interannulaires et peut même, dans quelques cas, remonter sur une longueur de trois à six centimètres.

Il conclut de là que le bout central dégénère, bien qu'il soit resté en connexion avec son centre trophique et que, par conséquent, la cause de la dégénérescence ne peut pas être attribuée à ce fait que la fibre a été séparée de son centre ti'ophique qui serait la cellule nerveuse.

Pour Bethe, l'interruption d'un nerf entraîne exclusivement une dégénérescence traumatique, aussi bien dans le bout central que dans le bout périphérique. Le traumatisme trouble l'équilibre vital du nerf tout d'abord dans les parties voisines du point lésé, en donnant naissance à un pi'ocessus maladif, dégénératif, qui se propage graduellement d'une partie du nerf à la partie immédiatement voisine. Dans le bout périphérique, cette extension va jusqu'à l'extrémité du nerf ; dans le bout central, le processus s'arrête plus ou moins vite, non pas à cause de la cellule nerveuse qui exercerait sur le nerf une action trophique, mais bien parce qu'il existe une différence relative dans la force vitale du bout périphérique et du bout central, différence que l'on peut considérer comme une espèce de polarisation.

Mais pourquoi existe-t-il une différence de force vitale dans les deux bouts d'un nerf interrompu et pourquoi cette difiérence est-elle en faveur du bout central plutôt qu'en faveur du bout périphérique ? C'est ce que Bethe ne dit pas. Si c'est uniquement parce que le bout central reste en connexion avec la cellule nerveuse, tandis que le bout périphérique s'en trouve séparé, l'opinion de Bethe ressemble étrangement à celle de Waller ; il n'y a plus entre eux qu'une question de mots : la force vitale de Bethe remplaçant l'action trophique de Waller.

Les recherches que nous avons faites sur la dégénérescence wallérienne indirecte, ou dégénérescence du bout central, ont montré que cette dégénérescence n'est pas ascendante ou rétrograde comme le pense Bethe, mais descendante ou cellulifuge ; elle ne commence pas au point lésé pour remonter de là vers la cellule d'origine, mais elle débute dans le voismage de la cellule nerveuse pour descendre vers le point lésé. Cette dégénérescence ne peut donc en aucune façon être considérée comme de nature traumatique.

Ce qui prouve d'ailleurs, conformément à l'opinion de Waller, que la cellule nerveuse joue un rôle considérable comme cause de la dégénérescence secondaire, ce sont les résultats différents que l'on obtient dans le bout central d'un nerf sectionné et d'un nerf arraché, surtout si l'on met ces résultats en regard des modifications réactionnelles survenant dans les cellules nerveuses. Ces résultats démontrent à toute évidence que c'est la présence de la cellule nerveuse qui maintient intacte la fibre du bout central, comme c'est son absence qui est cause de la dégénérescence des fibres du bout périphérique.

Après section d'un nerf périphérique, comme après son arrachement, des modifications réactionnelles surgissent dans les cellules d'origine. Lors de la section, ces modifications sont passagères, les cellules continuent à vivre et se remettent lentement de la lésion subie. Dans ces conditions, nous voyons les fibres du bout central échapper à la dégénérescence, malgré le traumatisme et malgré la dégénérescence qui envahit toutes les fibres du bout périphérique. Lors de Varrachement d'un nerf moteur, les modifications cellulaires sont beaucoup plus profondes ; la cellule ne parvient pas à y faire face, elle s'atrophie rapidement et disparaît. Dans ces conditions toutes les fibres du bout central dégénèrent comme celles du bout périphérique. Ce qui prouve que ce n'est pas l'intensité du traumatisme qui est cause de cette dégénérescence, mais bien l'atrophie des cellules nerveuses, c'est que pour certaines fibres (fibres laryngiennes du pneumogastrique, fibres du faisceau rubrospinal, etc.) la simple section suffit pour produire l'atrophie des cellules d'origine et la dégénérescence consécutive des fibres du bout central.

La persistance de la cellule nerveuse coïncide donc avec l'absence de dégénérescence dans les fibres du bout central ; l'atrophie des cellules nerveuses au contraire est toujours, non pas accompagnée mais suivie de la dégénérescence des fibres voisines. Que pouvons-nous conclure de là si ce n'est que la cause de la dégénérescence réside tout entière dans la cellule nerveuse. Celle-ci doit donc exercer, dans les conditions normales, une influence quelconque sur la fibre nerveuse, influence qui est telle, que tant qu'elle persiste la fibre reste normale ; dès qu'elle est supprimée la fibre dégénère. Waller a appelé cela une influence trophique. Nous ne vo)fons pas de motif plausible pour lui donner un autre nom.

Il est cependant bon de faire remarquer que par cette expression, influence trophique, on ne peut plus admettre avec Waller que, au point de vue de leur nutrition, les différentes parties constituantes de la fibre nerveuse dépendent de la cellule nerveuse, puisque, comme nous le verrons plus loin, la fibre nerveuse est capable d'autorégénération et doit donc être en état de se nourrir indépendamment de la cellule nerveuse ; mais par influence trophique nous devons entendre une action spéciale que la cellule nerveuse exerce sur la fibre nerveuse et qui est indispensable à maintenir intacte, dans cette dernière, la différenciation du protoplasme des cellules constituantes en neurofibrilles et en gaine de myéline.

De tout cela il résulte donc que ce que nous appelons élément nerveux ou neurone est bien une unité trophique, comme il est une unité anatomique. Le centre de cette action trophique réside dans la partie nucléifère du neurone, partie nucléifère qui, chez les mammifères, est 'généralement désignée sous le nom de corps cellulaire ou même sous celui de cellule nerveuse.

Il est cependant un fait, signalé par Bethe (4), qui ne cadre pas avec cette façon de comprendre la cause de la dégénérescence et qui, quoique n'ayant encore reçu aucune confirmation, mérite cependant de fixer l'attention.

Nous verrons plus loin que, chez des animaux jeunes, le bout périphérique d'un nerf peut se régénérer complètement en l'absence de toute connexion avec une cellule nerveuse. Lorsque cette régénération est achevée et que le nerf est redevenu excitable au courant électrique, Bethe l'a sectionné une seconde fois. Après une survie de quatre jours il a trouvé le bout périphérique inexcilable et toutes ses fibres atteintes de dégénérescence, tandis que le bout central (morceau de nerf complètement isolé

au milieu des muscles) était formé de fibres normales, absolument comme le bout central d'un nerf resté en connexion ayec les centres nerveux. Bethe conclut de là que ce n'est pas la connexion du bout central avec un centre trophique quelconque qui garantit ses fibres contre la dégénérescence. Si ce fait se confirme, la cause intime de la dégénérescence d'une fibre nous échappe complètement.

Unité embryologique.

L'unité cellulaire du neurone est sortie tout entière des recherches embryologiques de His. Ce savant a montré, en 1886, que les fibres des racines postérieures ne sont que les prolongements cellulaires des cellules bipolaires des ganglions spinaux, de même que chaque fibre radiculaire antérieure doit être considérée comme le prolongement cellulaire d'un neuroblaste de la corne grise antérieure de la moelle. D'après les recherches de His, le neurone de l'adulte n'est que le résultat de la difïérentiation d'une seule cellule nerveuse embryonnaire et toute fibre nerveuse, quelqu'elle soit, ne représente, au moins dans sa partie essentielle, le cylindre-axe, qu'un prolongement de cette même cellule nerveuse. Il en est de même de toutes les ramifications protoplasmatiques.

Ces vues de His ont été confirmées par les recherches de Cajal, v. Lenhossek et Retzius, faites sur l'embryon du poulet au moyen de la méthode de Golgi, de même que par les recherches embryologiques plus récentes de Gurwitsch, Harrison et Bardeen.

Cette origine tinicellulaire ou î0iité embryologique du neurone n'a cependant jamais été généralement admise. Il y a quelques années on ne contestait encore que l'origine unicellulaire de la fibre nerveuse; dans ces derniers temps quelques auteurs sont allés plus loin et ont même élevé des doutes concernant l'origine unicellulaire du corps cellulaire et des ramifications protoplasmatiques.

Le fait le plus vivement discuté se rapporte à l'origine uni- ou pluricellulaire de la fibre nerveuse. Contraireme.it à l'opinion de His, un certain nombre d'auteurs (Balfour, Gôtte, Beard, Dorhn, Van Wyhe, Chiarugi, Apathy, Kupffer, Paladino, Capobianco et Fragnito et d'autres) ont soutenu l'idée que toute fibre doit être considérée comme la résultan'-e de la fusion intime d'un grand nombre de cellules nerveuses placées bout à bout, chacune d'elles correspondant chez l'adulte à un segment interannulaire.

Cette origine pluricellulaire ou caténaire de la fibre nerveuse a été soutenue, dans ces derniers temps, à la fois par des observations embryologiques et par des recherches expérimentales.

Recherches embryologiques. Bethe (4) a étudié l'origine des nerfs périphériques chez l'embryon du poulet.

Il a trouvé que, avant l'apparition de toute trace de fibre nerveuse, il existe, à la place où le nerf se formera, une bande de cellules fusiformes, dont il n'a pu établir l'origne, mais qui sont pour lui des cellules spéciales destinées à produire, par difiérentiation de leur protoplasme, les neurofibrilles des fibres périphériques et les noyaux des segments interannulaires. A l'exemple de Apathy, il désigne ces cellules sous le nom de cellules nerveuses, réservant le nom de cellules ganglionnaires aux éléments cellulaires de la substance grise des centres nerveux.

A partir du quatrième jour d'incubation, il voit apparaître, entre ces cellules et dans leur intérieur, des filaments cylindriques qui lui paraissent être un produit de la diftérentiation du protoplasme cellulaire. Ces filaments se poursuivent jusque dans la moelle où ils se continuent avec des filaments semblables existant dans les neuroblastes. Ces filaments se tassent lentement dans la partie centrale de la bande cellulaire, tandis que les noyaux se groupent à la périphérie, donnant naissance à un faisceau de filaments enveloppés par une couche périphérique de protoplasme renfermant les noyaux.

Bethe considère cette bande cellulaire comme un véritable syncytium dans lequel se trouvent les noyaux des neuroblastes et les noyaux des cellules nerveuses et dont la partie protoplasmatique, se différenciant, donne les filaments qui s'étendent d'une cellule à une autre jusqu'au niveau des neuroblastes.

Vers le sixième jour, les filaments sont devenus très nombreux tandis que la zone protoplasmatique périphérique est très mince. A ce moment surgit une multiplication active des noj'aux. Ceux-ci s'insinuent entre les filaments, dans l'intérieur du faisceau, de telle sorte qu'au commencement du septième jour on trouve des noyaux échelonnés à de courtes distances le long de chaque filament. Le plasma commence alors à se tasser autour du filament et du noyau correspondant, pour donner naissance à des fibres nerveuses embryonnaires pourvues chacune d'un filament axial. Celui-ci devient fibrillaire du onzième au douzième jour. Un peu plus tard, du i3e au 14e jour, apparaissent les premières traces de myéline dans le voisi nage immédiat du filament axial.

Bethe conclut de ses observations que les fibres nerveuses ont une origine pluricellulaire, non pas que chaque fibre provienne d'une seule rangée de cellules comme beaucoup d'auteurs l'ont soutenu, mais en ce sens qu'une rangée de cellules donne naissance à un grand nombre de fibres nerveuses.

Comme la différentiation des cellules du syncj'tium en filaments et puis en neurofibrilles se fait progressivement de la partie centrale du système nerveux vers les organes périphériques, les images obtenues par la méthode de Golgi s'expliqueraient si on admet que l'incrustation par le chromate d'argent ne se fait que sur les fibrilles déjà différenciées ; cette incrustation serait donc, elle aussi, progressive du centre vers la périphérie et pourrait, au premier abord, en imposer pour une croissance centrifuge.

Cette origine pluricellulaire ou caténaire de la fibre nerveuse a été admise également par O. ScHULTZE (23) et Pighini (24), qui considèrent chacune des cellules de la chaine cellulaire de Bethe comme un neuroblaste de forme bipolaire, dont le protoplasme se transforme en neurofibrilles allant se continuer avec les neurofibrilles des cellules voisines et dont le noyau va devenir le noyau de Schwann du segment interannulaire.

Cette conception pluricellulaire de la fibre nerveuse périphérique se laisse cependant difficilement applicjuer à la fibre nerveuse centrale qui est complètement privée de no\'aux de Schwann ; on se demande donc en vain par quelles cellules cette fibre aurait pu se constituer. A moins d'admettre l'hypothèse de O. Schultze (25), d'après laquelle les fibres nerveuses centrales ne seraient rien d'autre que des ponts intercellulaires, excessivement longs, tendus entre les cellules dont elles proviennent et d'autres cellules plus éloignées.

pont intercellulaires qui, par places, se seraient enveloppés d'une gaine de myéline. Ou bien encore l'hypothèse de Pighini, d'après laquelle les fibres nerveuses centrales sont formées, comme les fibres périphériques, de cellules neuroblastiques primitivement bipolaires, cellules fusionnées par leurs bouts en chainette cellulaire dont le protoplasme se transforme en neurofibrilles et sans doute aussi en gaine de myéline, en même temps que les noyaux disparaissent par résorption.

L'ensemble des recherches embryologiques faites sur rorigine uni- ou pluricellulaire des fibres nerveuses ne conduit donc pas à des conclusions précises. Ces recherches ne permettent pas, dans l'état actuel de la science, de trancher la question ni dans un sens, ni dans un autre. Avant de se prononcer contre la théorie de His, il faut donc attendre de nouvelles recherches.

Recherches expérimentales. Ce sont surtout les recherches expérimentales de Bethe sur la régénération des nerfs qui apportent les arguments les plus sérieux contre l'origine unicellulaire du neurone, ou mieux contre l'idée de considérer le cylindreaxe d'une fibre nerveuse comme un simple prolongement cellulaire.

Nous avons vu qu'après section d'une fibre nerveuse le bout périphérique dégénère. Il est cependant d'observation constante que, malgré cette dégénérescence du bout périphérique, le nerf peut se reformer dans sa totalité de manière à rétablir, au bout d'un temps variable, la motilité et la sensibilité dans toute la région périphérique qui en dépend.

Le mécanisme de cette régénération des nerfs a été étudié par un grand nombre d'auteurs, qui sont arrivés à des résultats très divergents.

D'après Schiff (26), la dégénérescence qui survient dans le bout périphérique n'intéresserait que la gaine de myéline, tout en laissant intacts les cylindre-axes. Ceux-ci persisteraient définitivement dans les fibres du bout périphérique de telle sorte que, si la régénération survient, elle ne peut consister que dans une néoformation de la gaine de myéline.

Nous possédons une photographie, que Schiff a bien voulu nous envoyer il y a quelques années, et qui représente une coupe transversale du nerf sciatique d'un chien, onze mois après l'arrachement du nerf, résection de sa partie pelvienne avec les trois gan glions spinaux correspondants et résection complète du nerf crural. D'après l'explication fournie par Schiff, les cylindre-axes persistent, mais il y a absence complète de la double réfraction dans le champ noir de la lumière polarisée, due à l'absence de la gaine de myéline.

Cette persistance du cylindre-axe dans le bout phériphérique d'un nerf interrompu n'est plus admise actuellement, les méthodes techniques plus perfectionnées ayant démontré à toute évidence que les modifications régressives, qui surgissent dans le bout périphérique, amènent en tout premier lieu la désagrégation complète du cylindre-axe et de la gaine enveloppante. Il résulte de là que, si de nouvelles fibres surviennent à un moment donné dans le bout périphérique, elles doivent être ou bien des fibres émanées du bout central, ou bien des fibres régénérées sur place. Ces deux opinions ont trouvé des partisans.

Les uns admettent, avec Waller, Ranvier, Vanlair, Stroebe, von Nothaft et d'autres, que le nerf se reforme exclusivement au moyen du bout central. Les

Van Gehuchten. Système Ncrveui, 4* éd. I7

cylindre-axes des fibres de ce bout s'allongent lentement et progressivement, jusqu'à regagner les organes périphériques avec lesquels le nerf doit se mettre en connexion et cela en utilisant la voie tracée par les gaines de Schwann vides du bout périphérique. D'après ces auteurs, la multiplication des noyaux de Schwann, qui survient quelques jours après la lésion, est un processus de dégénérescence tout aussi bien que la fragmentation de la myéline et du cylindre-axe. Ces noyaux de Schwann ne prennent donc aucune part active au travail de régénération.

Les autres attribuent au bout périphérique la faculté de refaire de nouvelles fibres nerveuses. Ils admettent que les modifications que subissent le cylindre-axe et la gaine de myéline appartiennent seules au phénomène de dégénérescence, tandis que la multiplication des noyaux de Schwann est le début des phénomènes de réparation qui doivent aboutir à la reconstitution du nerf. Pour ces auteurs, les noyaux de Schwann du bout périphérique interviennent activement dans la régénération des fibres nerveuses. Après résorption du cylindre-axe et de la gaine de myéline, le protoplasme, qui entoure les noyaux de Schwann au sortir d'une longue période de multiplication active, donnerait naissance à des cordons embryonnaires (v. Hochwart), à des fibres rubanées dans lesquelles se différencieraient des neurofibrilles. Mais cette difiérenciation fibrillaire ne peut se faire que sous l'influence d'une action spéciale exercée par le bout central du nerf; de telle sorte que, si la réunion des deux bouts du nerf ne parvient pas à se faire, la régénération dans le bout périphérique ne dépasserait jamais le stade des fibres rubanées (Frankl v. Hochwart, v. Bungner, Howell et Huber, Wieting, etc.).

La régénération des nerfs se fait donc partiellement dans le bout périphérique au moyen des matériaux constitués par les noyaux de Schwann. Pour être complète, elle nécessite l'intervention d'une action spéciale, de nature inconnue, exercée par le bout central.

Le fait commun à ces deux opinions différentes est donc que le bout central du nerf est indispensable à la régénération complète du bout périphérique.

Une opinion intermédiaire a été soutenue par Ziegler{27). D'après ce savant, le bout périphérique n'intervient en l'ien dans la régénération du nerf. Celle-ci dépend exclusivement du bout central. Mais ce ne sont pas les cylindre-axes des fibres de ce bout qui s'allongent pour former les nouvelles fibres nerveuses ; ce sont les cellules de Schwann des fibres de ce bout central qui se multiplient, puis se diôérencient et reconstituent de toutes pièces les nouvelles fibres et cela progressivement depuis le bout central jusque dans les ramifications périphériques.

Il est d'ailleurs à remarquer que le bout central du nerf est doué d'une activité régénératrice très forte, qui a été signalée par tous les auteurs. C'est là, en effet, que se forme, même si les deux bouts ne parviennent pas à se rejoindre, un épaississement notable du nerf connu sous le nom de névrome et qui est presque uniquement formé par des fibres nerveuses de nouvelle formation entortillées dans tous les sens les unes dans les autres.

Le bout central d'un nerf sectionné parvient d'ailleurs à réjoindre le bout périphérique avec une sûreté surprenante, même dans le cas où les deux bouts sont

— aSg —

assez distants l'un de l'autre. C'est ainsi que sur de jeunes chats âgés de quelques jours, auxquels nous (36) avions excisé une partie du nerf sciatique sur une longueur de i5 à 20 millimètres, nous n'avons pas été peu surpris de retrouver, trois à quatre mois plus tard, les deux bouts réunis sans trace extérieure aucune du point de rencontre. D'après certains auteurs cette réparation nerveuse peut se faire, même quand on a réséqué des morceaux de nerf de 3 à 4 centimètres de longueur. Malgré les tissus ambiants, malgré l'espace à parcourir, le bout central parvient à rejoindre, dans un temps relativement court, l'extrémité centrale du bout périphérique et cela avec tant de certitude qu'on est tenté de se demander s'il n'y a pas là une force directrice spéciale qui guide le bout central vers le bout périphérique.

A la suite des recherches de Ranvier et Vanlair, on avait admis généralement l'absence de toute force directrice spéciale, estimant que les fibres du bout central, en s'allongeant, prennent le chemin où elles rencontrent le moins de résistance. La croissance du tissu nerveux périphérique est réglée uniquement par des influences mécaniques et nullement par des conditions organiques, dit Vanlair ; la direction des fibres nouvelles est déterminée par l'état physique des milieux.

Frossman (28), qui a repris cette question, est arrivé à des résultats tout différents. Sans vouloir contester l'influence que le milieu environnant peut exercer sur la direction des fibres du bout central, il se voit obligé d'admettre, en se basant sur de nombreuses recherches expérimentales, que ce ne sont pas les fibres du bout central qui possèdent en elles-mêmes une tendance innée à se diriger vers la périphérie et à rejoindre ainsi les fibres du bout périphérique ; mais que c'est le bout périphérique lui-même qui exerce une action attractive spéciale sur le bout central, au point que, si le bout périphérique a été réséqué, ou si l'espace qui le sépare du bout central est trop considérable, la régénération fait défaut. Cette action, appelée neuroiropisme positif par Frossman, s'exerce aussi bien par le bout périphérique du nerf lésé que par celui d"un nerf voisin. Les fibres du bout central d'un nerf ne jouissent donc pas de la propriété de choisir leurs voies, elles se sentent attirées dans une direction donnée et s'accroissent dans ce sens, pénétrant aussi bien dans le bout périphérique d'un autre nerf que dans leur bout périphérique propre.

Pour démontrer ce fait, Frossman a f lit l'expérience suivante. Dans un petit tube de collodion ou dans un fétu de paille il introduit, d'un côté, le bout périphérique du nerf péronier et du nerf tibial, de l'autre côté le bout central seul soit du nerf péronier, soit du nerf tibial. Deux mois plus tard il trouve le bout central en connexion avec les deux bouts périphériques et, dans les deux nerfs périphériques, approximativement le même nombre de fibres nerveuses nouvelles.

Ce neurotropisme peut même s'exercer par de la substance cérébrale triturée placée dans le voisinage du bout central. Il est tel que, dans des conditions expérimentales données, on peut obliger les fibres du bout central non à se diriger vers la périphérie en prenant le chemin de la moindre résistance, mais à se replier sur elles-mêmes, à rebrousser chemin et à prendre une marche centrale pour se rendre vers l'endroit où elles se sentent attirées.

Cette attraction spéciale que le bout périphérique exerce sur le bout central ne peut s'exercer que dans certaines limites. Elle semble être plus active chez l'animal

jeune que chez l'animal adulte. Elle explique pourquoi, dans certaines conditions, lorsque le bout périphérique est conservé, des pertes de substance de 2, 3 et même 4 centimètres viennent à être comblées ; alors que le bout central semble rester inerte dans le cas où le bout périphérique est trop éloigné, ou lorsque l'animal est trop âgé, ou lorsqu'un tissu cicatriciel vient s'interposer entre les deux bouts. De tous ces faits expérimentaux résulte donc, à toute évidence, la conclusion ])ratique, c'est que dans le cas d'interruption complète d'un tronc nerveux quelconque il est de la plus haute importance, au point de vue de la régénération du nerf, de mettre les deux bouts en contact le plus rapidement possible.

Le bout central d'un nerf sectionné est donc doué d'une faculté spéciale en vertu de laquelle, attirée par le neurotropisme qu'exerce sur lui le bout périphérique, il parvient, en s'allongeant, à traverser l'espace quelquefois considérable qui le sépare de ce dernier.

Qu'est ce qui lui sert de guide dans cette marche progressive ? Il est d'observation constante que, si on résèque un morceau de nerf d'une longueur de un à deux centimètres, on trouve, déjà au bout de 10 à i5 jours, les deux bouts réunis par un fin filament conjonctif. C'est là un fait dont nous avons eu l'occasion de nous convaincre à maintes reprises. Ce fait a frappé également Bethe (4). D'après ce savant, ce tractus conjonctif provient du tissu conjonctif périneural et représente la première étape vers la réunion future des deux bouts. Le neurotropisme observé par Frossman existe en réalité, mais il ne s'exercerait pas sur les fibres nerveuses du bout central, mais bien sur le tissu conjonctif périneural. Sous cette influence, celui-ci s'accroit et rejoint le bout périphérique. Cette union établie, les fibres nerveuses en s'allongeant n'ont plus qu'à suivre la voie conjonctive ainsi tracée.

Mais si la réunion des deux bouts d'un même nerf favorise le travail de régénération, on peut se demander si la même influence utile peut s'exercer par la suture du bout central d'un nerf au bout périphérique d'un autre nerf.

La première expérience de ce genre a été faite par Flourens en 1828 (29). Sur une poule ce savant sectionna les deux troncs principaux du plexus brachial, puis sutura le bout central de l'un avec le bout périphérique de l'autre. Après l'opération l'aile était paralysée ; mais la motilité revint au bout de quelques mois. A l'autopsie on trouva les deux nerfs guéris comme ils avaient été suturés. Depuis lors les mêmes expériences (suture croisée du nerf tibial et du nerf péronier, du médian et du cubital), faites chez les mammifères, ont donné les mêmes résultats (Rawa, Stefani, Huber, Cunningham, Frossman, Kennedy, Bethe, Langley et Anderson). Le bout central d'un nerf peut donc se réunir anatomiquement et fonctionnellement avec le bout périphérique d'un autre nciide même nature Ce résultat des recherches expérimentales a trouvé son application pratique chez l'homme. Dans certains cas de paralysie faciale due à une interruption du nerf dans le canal de Fallope, des auteurs (Ballance, Kennedy, Faure, etc.) ont suturé le bout périphérique de ce nerf dégagé du trou stylo-mastoïdien avec le bout central soit du nerf de Willis sectionné partiellement ou complètement à la face profonde du muscle sterno-cléido-mastoïdien, soit du nerf hypoglosse et ils ont vu revenir, au bout de quelque temps, le tonus musculaire dans les muscles de la face et même jusqu'à un certain degré leur motilité volontaire.

Philipeaux et Vulpian, Schiff, Reichert et Rawa ont suturé le bout central du vague au bout périphérique du nerf hypoglosse ; après réunion l'excitation du bout central du vague amenait des contractions dans les muscles de la langue. Calugareanu et Henri ont réuni le bout central de l'hypoglosse au bout périphérique du vague ; l'excitation de la partie périphérique de ce dernier nerf amenait un ralentissement des contractions cardiaques. Après réunion du cinquième nerf cervical avec le cordon intermédiaire du S3'mpa-

tnique cervical, Langley et Anderson ont vu l'excitation du tronc du cinquième nerf amener, à un degré plus ou moins intense, les effets normalement produits par l'exitation du sympathique cervical.

Les auteurs ont essayé encore de suturer ensemble des nerfs de nature différente, notamment le bout central du nerf lingual qui est sensible au bout périphérique du nerf hypoglosse (BiDDiiR, Philipeaux et Vulpian). Après quelques mois ils ont trouvé que l'excitation électrique du nerf, des deux côtés du point de réunion, était suivie de contraction des muscles de la langue et de réaction douloureuse. On avait cru pouvoir conclure de là qu'une réunion directe pouvait se faire entre fibres motrices et fibres sensitives. Mais cette conclusion a perdu toute valeur depuis que Vulpian a montré que la contraction des muscles de la langue était due à l'excitation des fibres motrices de la chorde du tympan.

Bethe a répété l'expérience en suturant, chez un chien adulte, le bout central de l'hypoglosse au bout périphérique du lingual. Cinq mois après l'opération il a trouvé les deux nerfs solidement réunis. Il sectionne alors l'hypoglosse à deux centimètres au-dessus du point de réunion : quatre jours plus tard toutes les fibres du bout périphérique sont en dégénérescence. 11 conclut de là que les fibres sensitives du nerf lingual se sont réunies, après autorégénération, avec les fibres motrices du nerf hypoglosse et sont devenues dépendantes de l'intégrité de ces dernières. Cette conclusion ne nous parait cependant pas rigoureusement démontrée, car rien ne prouve que les fibres du nerf lingual se sont régénérées autogénétiquement, de telle sorte que l'on peut se demander si ce ne sont pas les fibres motrices de l'hypoglosse qui, croissant du bout central, ont suivi dans leur croissance la voie tracée par les fibres périphériques du lingual.

On a essayé aussi de suturer l'un à l'autre le bout central de deux nerfs (Schiff, Stephani, Langley et Anderson, Bethe), mais sans résultat.

Quant aux bouts périphériques de deux nerfs, ii semble résulter des recherches de Bethe, Langley et Anderson que la réunion peut se faire entre le bout périphérique d'un nerf sensible et mixte et le bout périphérique d'un nert moteur. Dans ces conditions, l'excitation électrique du nerf sensible, à une certaine distance du point suturé, peut provoquer des contractions dans les muscles innervés par le nerf moteur, sans que les auteurs soient d'accord sur le mécanisme d'après lequel cette contraction puisse se produire.

Des tentatives ont même été faites par Bethe en vue de réunir le bout central du nert maxillaire supérieur avec le bout du nerf optique en connexion avec le globe oculaire, sans obtenir la réunion entre les deux nerfs. Bethe appelle le bout du nerf optique en connexion avec le globe oculane, le bout périphérique. Nous croyons que c'est là plutôt son bout central puisqu'il reste en connexion avec les cellules nerveuses renfermées dans la rétine. Dans ces conditions, le résultat négatif obtenu par Bethe est d'accoi d avec les résultats du même genre obtenus à la suite des tentatives faites pour suturer ensemble le bout central de deux neris. Peut-être ponrrait-on obtenir un résultat meilleur en suturant le bout périphérique du nerf maxillaire supérieur au bout du nerf optique adhérant au globe oculaire.

A côté de ces multiples essais de suture nerveuse entre les irerfsles plus différents, on a essayé également de faire des transplantations de nerf ou véritables greffes nerveuses. Il résulte des recherches de Frossman que, lorsque les deux bouts du nerf sont trop éloignés pour être réunis par suture, l'interposition d'un fil favorise considérablement la réunion des deux bouts. Partant de ce tait, l'auteur a pris des morceatix de nerf de cobaye, de poulet et de grenouille et les a intercalés entre les deux bouts d'un nerf de lapin. Il n'a jamais vu ces morceaux de nerf exercer une influence attractive sur la direction de croissance des fibres du bout central. Par contre l'intercalaiion d'un morceau de nerl de lapin entre les deux bouts du nerf sciatique du même animal donne une régénération beaucoup plus complète du bout périphérique que lorsque les deux bouts sont réunis par un fil. HuBER (3i) a obtenu le même résultat en intercalant un morceau de sciatique de chien de 8 centimètres de longueur entre les deux bouts du nerf médian et du nerf cubital chez le même animal.

La faculté régénératrice toute particulière du bout central, jointe à sa tendance à rejoindre le bout périphérique, nous fait comprendre pourquoi le plus grand

nombre des recherches expérimentales entreprises sur la régénération des nerfs n'ont pas conduit à des résultats précis : ces recherches ont porté uniquement sur des nerfs ligaturés ou sectionnés, dont les deux bouts restaient donc plus ou moins en contact, de sorte qu'il était difficile d'établir la part véritable qui revenait au bout central dans le processus de régénération, ainsi que le degré de réparation dont pouvait être capable le bout périphérique.

Bethe (40 et 4), reprenant la question, a tout d'abord voulu rechercher ce qui advient du bout périphérique d'un nerf mis dans l'impossibilité de rejoindre le bout central.

Sur des chiens et des lapins adtdtes, il a interrompu le nerf sciatique en prenant les mesures nécessaires pour empêcher la réunion des deux bouts. Après la dégénérescence des fibres du bout périphérique et la disparition complète de leurs cylindraxes, il a observé une croissance du protoplasme des gaines de Schwann donnant naissance à une bande protoplasmique continue. Au bout de six à neuf mois, il a vu cette bande se différencier en une gaine périphérique sans myéline et un cordon axial sans fibrilles primitives. Il y avait donc là une régénération anatomique partielle du bout périphérique, sans qu'il y eût cependant retour de la conductibilité.

Comme la régénération des tissus est généralement plus active chez les animaux jeunes, Bethe a repris ces expériences sur des chiens âgés de 8 jours à 8 semaines. Chez les uns, il sectionne le nerf sciatique à la partie supérieure de la cuisse, puis, après résection d'une partie du bout périphérique, il enfonce celui-ci dans les masses musculaires voisines et cela pour empêcher les deux bouts de se rejoindre. Chez les autres, il arrache le nerf à sa sortie du trou sacro-sciatique de façon à entraîner les racines médullaires et les ganglions spinaux correspondants ; après résection d'une partie plus ou moins longue, il replie le bout périphérique entre les muscles du creux poplité.

Après une survie de 2 à 6 mois, il a mis à nu le nerf dans le creux proplité et l'a trouvé régénéré aussi bien anatomiquement que fonctionnellement. L'excitation de ce bout périphérique, par un courant induit faible, amenait des contractions dans tous les muscles de la jambe et du pied sans éveiller aucune réaction douloureuse de la part de l'animal ; alors que l'excitation du bout central (dans les cas où le nerf avait été seulement sectionné) provoquait de la douleur sans effet aucun sur les muscles périphériques.

A l'autopsie, faite avec le plus grand soin, le bout périphérique du nerf était sans connexion aucune avec le bout central, et sans connexion aucune avec la moelle épinière. Toute absence d'anastomoses entre ce bout périphérique et la moelle a été mise en évidence par des coupes sériées microscopiques faites à travers le tissu avoisinant immédiatement le bout périphérique.

Malgré cela, ce nerf périphérique était redevenu blanc et nacré comme un nerf normal et l'examen histologique y a révélé^l'existence de nombreuses fibres nerveuses myélinisées, renfermant un cylindre-axe avec des fibrilles primitives très nettes.

Les résultats de ces recherches expérimentales ont été contestées par Munzer (32) et par Langley et Anderson (33), tandis qu'elles ont été confirmées par Ballance et Stewart (34).

A ces recherches expérimentales faites sur l'autorégénération des nerfs périphériques, il faut encore ajouter une expérience de Betue (4^ qui tendrait à démontrer également la possibilité de l'autorégénération des fibres des cordons postérieurs. Sur un chien âgé de 32 jours il a, après ouverture de la partie inférieure de la cavité rachidienne, extirpé six ganglions spinaux du côté gauche. Environ cinq mois plus tard, le cluen fut tué. La partie des racines postérieures sectionnées adliérente à la moelle paraissait noimale ; elle renfermait un grand nombre de fibres myelinisées à côté d'un certain nombre de fibres rubanées. La section de la moelle le long du renflement lombo-sacré était symétrique, et les deux cordons postérieurs paraissaient renfermer le même nombre de fibres nerveuses, celles du côté opéré étant un peu plus grêles que celles du côté normal. Bethe admet que ces fibres du cordon postérieur du côté lésé se sont autorégénérées, malgré l'absence des cellules nerveuses des ganglions spinaux correspondants. Chez un autre chien du même âge, les racines postérieures furent simplement sectionnées. Cinq mois plus tard, les fibres du cordon postérieur du côté correspondant avaient presque toutes disparti comme cela arrive chez l'adulte. Ces résultats différents ne s'expliquent pas dans l'elat actuel de la science ; le fait négatif n'a cependant pas grande valeur au point de vue de la question qui nous occupe puisque, dans une expérience donnée, nous sommes dans l'impossibilité absolue de connaître et de juger a leur juste valeur iotiUs les conditions qui interviennent. Le fait positif a seul de la valeur puisqu'il démontre la possibilité, dans certaines conditions, de l'autorégénération des fibres des cordons postérieurs. Vu cependant l'absence des noyaux de Schwann atitour des fibres neiveu^es de ces cordons, on se demande au moyen de quels matériaux cette régénération pourrait bien se faire.

Des recherches curieuses et intéressantes ont encore été faites par Br.\us (35) sur des jeunes larves de Bombinator. Al'époque oii l'extrémité antérieure appâtait comme uiipetit bourgeon, Braus l'a excisée et transportée à la base de la queue, un peu en arriére de la patte postérieure. Là ce bourgeon se développe comme dans les conditions normales et donne naissance à une extrémité supplémentaire qui a tous les caractères d'une extrémité thoracique.

Au moment où la transplantation est faite, le bourgeon renferme déjà, entre les cellules mésodermiques indifférentes, les premières traces d'éléments sanguins et de nerls. Il renferme donc des parties différenciées. Pendant les premiers jouis qui suivent l'opération, cette differeniiation disparait, de telle sorte que tout le bourgeon redevient une espèce de blastème en apparence indift'erent. Ce blasteme renferme cependant en germe tous les tissus et tous les organes auxquels il doit donner naissance. Le développement de ces parties embryonnaires transplantées se lait, d'après les recherches de Roux et de ses élèves, par auto-différenciation. Le bourgeon transplanté vit de sa vie propre, en véritable parasite siur le terrain mère sur lequel on l'a implante. En étudiant le développement de ce botirgeon, on verra quels tissus et quels organes il renfermait en germe et quels autres il ne renfermait pas. Il résulte des observations de Braus que le sang et les voies sanguines, le squelette, les muscles e' les neifs se développent auiogéneiiquement. Trois semaines après l'opération, les nerfs présentent dans cette patte transpianiée le même développement que dans la patte normale. Ces nerls sont, il est vrai, reliés au système nerveux genéial par trois filaments nerveux, mais ceux-ci sont trop grêJes pour qu'ils puissent avoir servi de voie de passage à toutes les fibres nerveuses périphériques émanant, d'après la théorie de His, du système nerveux central.

Pour nous faire une opinion personnelle sur ces résultats expérimentaux de Bethe, nous avons repris les mêmes expériences (36). Sur des chiens âgés de lo jours nous avons arraché le nerf sciatique le 8 novembre igo3. Quatre-vingt-trois jours après l'opération, chez un de nos animaux, cent et vingt jours après l'intervention chez deux autres, nous avons mis le nerf à nu. Le bout périphérique était séparé du bout central sur une distance d'environ 3 centimètres ; il était blanc et nacré comme un nerf normal. Son excitation, par un courant induit faible, amenait des contractions nettement visibles dans les muscles du mollet en même temps qu'un

mouvement d'extension des orteils sans aucune manifestation douloureuse. L'excitation du bout cential était, au contraire, douloureuse et n'était suivie d'aucune réaction dans les muscles de la jambe et du pied.

L'examen histologique du bout périphérique a montré qu'il était sans connexion aucune avec les fibres du bout central. Il renfermait un nombre considérable de fines fibres nerveuses pourvues d'une gaine de myéline, fibres qui étaient les plus abondantes dans la partie voisine du point sectionné, et qui, de là, diminueraient en nombre vers la partie périphérique.

Il est intéressant de faire remarquer que ces recherches expérimentales de Bethe ne sont que la reproduction exacte, et dans leur mode opératoire et dans leurs résultats, de recherches analogues faites, en iSSg, par Philipeaux etVuLPiAN'Sy). Ces deux savants français ont opéré sur de jeunes chiens, déjeunes cobayes et de jpunes poulets tout à la fois sur le neif sciatique, le nerf médian, le nerf hypoglosse et le nerf lingual. Ils ont conclu de leurs recherches que, chez déjeunes animaux, une auto-régénération complète des nerfs était possible et que par conséquent rien ne nous oblige à admettre que, chez l'adulte, la régénération du nerf ne peut se faire que par croissante du bout central. Mais ces résultats paraissaient si étranges et tellement en contradiction avec les idées courantes que les auteurs se refusèrent à les accepter. En 1874 Vulpian (38) reprit les mêmes expériences, qui lui donnèrent les mêmes résultats. Influencé cependant par les idées généralement admises il en modifia l'interprétation, en supposant que les fibres myélinisées trouvées dans les bouts périphériques devaient y être amenées par des anastomoses, invisibles à l'œil nu, avec les nerfs voisins.

Ces expériences ont encore été reprises, en 1887, par Frankl v. Hochwart (39). Après arrachement du nerf hypoglosse et du nerf vague fait sur des lapins, il a vu les fibres du bout périphérique subir des métamorphoses régressives, transformant toutes ces fibres nerveuses en un tissu embryonnaire plus ou moins fibrillaire que l'on pourrait rattacher aussi bien au système nerveux qu'à du tissu conjonctif jeune et qu'il considère comme formant une espèce de terrain tissulaire neutre. Après plusieurs mois il a vu, dans ces bouts périphériques, des fibres nerveuses myélinisées.

L'objection élevée contre les expériences de Philipeaux et Vulpian — à savoir que les fibres myélinisées du bout périphérique y ont été amenées par des branches anastomotiques provenant des nerfs voisins — a été reprise par Munzer, Langley et Anderson contre les expériences de Bethe. Nous ne croyons pas qu'elle soit justifiée. Il résulte, en effet, des recherches de Bethe que, quand le bout périphérique parvient à rejoindre le bout central, la régénération est complète et le nerf, remis sous l'influence des cellules nerveuses de la moelle, peut persister et fonctionner comme un nerf normal.

Quand, au contraire, le bout périphérique — autorégénéré au point qu'il renferme un nombre plus ou moins considérable de fibres myélinisées et qu'il est redevenu excitable au courant électrique — ne parvient pas à rejoindre le bout central, il perd petit à petit son excitabilité en même temps que ses fibres s'atrophient et disparaissent. Cette modification régressive que ces fibres subissent une seconde fois prouve, mieux que toutes les considérations théoriques, que ces fibres régénérées se sont bien formées sur place, indépendamment des cellules nerveuses de la corne antérieure ou des ganglions spinaux, et qu'elles ne sont pas des prolongements des fibres du bout central. S'il en était autrement la dégénérescence et l'atrophie ultérieure de ces fibres seraient absolument incompréhensibles.

Ces recherches expérimentales et ces observations histologiques ne permettent, à notre avis, qu'une seule conclusion, c'est qu'un nerf séparé de toute connexion avec la moelle épinière, après avoir présenté les différentes phases de ce qu'on appelle improprement dégénérescence secondaire, peut se reconstituer de toutes pièces sans intervention aucune de cellules nerveuses.

En étudiant les phases successives de cette autorégénération, Bethe (4) a constaté que, à partir du quatrième jour après la lésion, on voit survenir une multiplication active des noyaux de Schw^ann accompagnée d'une augmentation du protoplasme. Après dix jours cette multiplication a été suffisante pour donner naissance, à l'intérieur des gaines de Schwann, à côté des boules de myéline, à des bandes protoplasmatiques parsemées de noyaux. Après 20 jours il n'y a plus de trace des boules de myéline ; les gaines de Schwann sont occupées par des bandes cellulaires présentant une partie centrale légèrement fibrillaire dans le voisinage des noyaux et une partie périphérique ; 54 jours après la lésion un grand nombre de fibres sont complètement régénérées, pourvues d'une gaine de myéline interrompue par places mais existant, d'une façon constante, dans les parties voisines des noyaux.

Cette autorégénération des fibres nerveuses ne se fait pas avec la même rapidité pour toutes, de telle sorte que, à un moment donné, on peut rencontrer, dans un nerf autorégénéré, à côté de fibres normales complètement myélinisées, d'autres fibres au premier stade de la régénération, formées uniquement par une bande homogène de protoplasme renfermant des noyaux ; d'autres plus avancées présentant une striation fibrillaire dans le voisinage des noyaux ; d'autres encore possédant un cylindre-axe fibrillaire mais dont la gaine de myéline ne s'est encore formée qu'autour des noyaux.

Cette autorégénération des nerfs s'observe également chez l'animal adulte, mais ici, dans les cas où le bout périphérique reste séparé du bout central, la régénération n'est pas complète, elle s'arrête à mi-chemin, elle conduit uniquement jusqu'au stade des bandes protoplasmatiques pourvues d'une partie centrale non fibrillaire et d'une partie périphérique. Dans les cas où le bout périphérique du nerf a été mis en contact avec le bout central, la régénération va plus loin et peut devenir complète comme chez l'animal jeune. Nous devons conclure de là que le bout central exerce une action excitante, fortifiante sur le bout périphérique, action dont la nature intime nous échappe, mais qui est telle que la régénération du nerf peut devenir complète.

On pourrait croire à priori que cette influence tonifiante que le bout central exerce sur la régénération des fibres du bout périphérique lui vient de sa connexion avec la cellule nerveuse. Il n'en est l ien. Sur un chien âgé de six semaines, Bethe a réséqué un morceau de 1/2 à I centim. de longueur de cinq racines motrices de la moelle lombo-sacrée, en connexion avec le nerf sciatique. Vingt jours plus tard il met ce nerf à nu : l'excitation provoque de la douleur mais pas de contraction musculaire. Le nerf est sectionné, puis après résection d'un petit morceau, on suture les deux bouts. Le morceau excisé renfermait de nombreuses fibres normales (fibres sensitives) à côté d'un grand nombre de fibres dégénérées (fibres motrices). Trois mois plus tard, la sensibilité était revenue tandis que les muscles restaient paralysés. Six mois après la résection des racines motrices, le nerf sciatique est mis à nu, les deux bouts du nerf sont réunis par un névrome. Le courant faradique, appliqué sur le nerf aussi bien au-dessus qu'en dessous du point où il a été sectionné, amène des contractions musculaires dans les muscles de la jambe et du pied. Les fibres motrices se sont donc régénérées dans les deux bouts du nerf, ces fibres régénérées se sont fusionnées au point de section et cependant ce nerf était sans connexion avec la moelle épinière, puisque le bout périphérique de toutes les racines motrices sectionnées était indépendante du bout central correspondant.

Si l'on examine donc l'ensemble des modifications qui surviennent dans le bout périphérique d'un nerf sectionné, on voit que les fibres de ce bout parcourent deux phases successives : une phase dégénérât! ve conduisant à la disparition du cylindre-axe et de la gaine de myéline et une phase régénérative ayant son point de départ dans la multiplication des noyaux de Schu^ann. Au début, la phase dégénérative existe seule ; à partir du quatrième ou cinquième jour cette phase coexiste avec le début de la phase régénérative : au fur et à mesure que la myéline et le cylindre-axe se fragmentent et se résorbent, les noyaux de Schwann se multiplient et le protoplasme augmente.

Quand toute trace de dégénérescence a disparu, la bande protoplasmatique subit une différenciation en une partie centrale et une partie périphérique. Chez l'adulte, quand le bout périphérique reste sans connexion avec le bout central, la régénération s'arrête là. Chez l'animal jeune, quelques fibres s'arrêtent aussi à ce stade ; d'autres poussent plus loin la phase de régénération : les fibrilles apparaissent dans la partie axiale, puis la myéline dans la zone périphérique ; cette différenciation débute dans le voisinage du noyau et de là progresse vers les étranglements de Kanvier.

La même chose s'observe chez l'adulte lorsque le bout périphérique a été mis en contact avec le bout central.

Les deux bouts d'un nerf interrompu exercent donc l'un sur l'autre une influence salutaire qui aide à leur régénération. Le bout périphérique exerce sur le bout central une action attractive (neurotropisme) qui facilite la réunion des deux bouts. Celle-ci effectuée, le bout central exerce à son tour sur le bout périphérique une influence spéciale qui aide le bout périphérique à se régénérer complètement. C'est pour que cette double influence puisse avoir tous ses eflets utiles qu'il est donc, en pratique, de la plus haute importance, en cas de section d'un nerf, de mettre les deux bouts en contact.

Mais les auteurs ne se sont pas contentés de rechercher l'origine uni- ou pluricellulaire de la fibre nerveuse en connexion avec une cellule nerveuse ; ils se sont aussi demandés d'où viennent les prolongements protoplasmatiques et d'où vient le corps cellulaire.

Nous avons vu que, d'après les recherches faites par Cajal, v. Lenhossek et Retzius, les prolongements protoplasmatiques proviennent par bourgeonnements du corps cellulaire. Cette opinion a été combattue dans ces derniers temps par Fragnito(4i). Ce savant pense que les ramifications dendritiques ne peuvent pas être considérées comme des expansions du corps cellulaire, mais comme le résultat de la fusion complète d'un grand nombre de cellules embryonnaires qui, en se fusionnant et en perdant leur noyau, produisent la ramification protoplasmatique.

Bethe (4) n'admet pas l'interprétation donnée aux images obtenues par la méthode de Golgi, en ce sens que les dendrites ne seraient que des ramifications des corps protoplasmatiques. Il croit que les dendrites se forment, comme les fibres nerveuses, par différenciation et condensation à l'intérieur du plasma général du système nerveux central.

Pour PiGHiNi (24), il n'y a aucune distinction à établir entre le mode déformation des prolongements protoplasmatiques et du prolongement cylindraxile. Pendant les premiers jours du développement il n'y a que des chaînes iieuroblastiques formées de cellules bipolaires fusionnées bout à bout. Les ramifications protoplasmatiques comme le prolongement cylindraxile sont une métamorphose en fibre et en éléments fibrillaires des chaînes neuroblastiques originelles.

Fragnito(42) et, après lui, Capobianco et Pighini admettent même que le corps de la cellule nerveuse de la corne antérieure et des ganglions spinaux ne provient pas d'un seul neuroblaste, mais résulte de la fusion de plusieurs neuroblastes. Cette fusion se ferait, chez l'embryon du poulet, principalement du sixième au huitième jour.

Ces idées sur l'origine uni- ou pluricellulaire du corps même de la cellule nerveuse et des ramifications protoplasmatiques qui en dépendent, avant de pouvoir être admises, demandent à être confirmées par des observations nombreuses. Mais à supposer même que toutes ces idées soient exactes, il en résulterait tout simplement que l'élément nerveux de l'adulte, mis en évidence par la méthode de Golgi, et que nous appelons neurone, est un organisme complexe au point de vue embryologique, le résultat final d'une série de modifications subies par un nombre considérable de cellules embryonnaires. Au niveau du corps cellulaire et des ramifications protoplasmatiques, les cellules primitives perdraient, avec leur noyau, tout caractère d'individualités, tandis qu'elles garderaient partiellement au moins ce caractère le long des nerfs périphériques. Mais cet organisme, embryologiquement complexe^ est cependant devenu, chez l'adulte, une individualité nouvelle, un tout continu dont les différentes parties constituantes sont sous la dépendance réciproque l'une de l'autre, dépendance qui est tellement intime que la destruction du corps cellulaire entraîne inévitablement la dégénérescence du cylindre-axe et de la gaine de myéline accompagnée de phénomènes réactionnels intenses du côté des noyaux de ScHWANN ; de même la lésion de la fibre nerveuse retentit à distance sur la cellule nerveuse correspondante et y détermine, suivant l'intensité du traumatisme et la nature de l'élément nerveux que l'on considère, tantôt des phénomènes réactionnels passagers connus sous le nom de chromolyse, qui ne mettent pas en danger la vie de la cellule nerveuse, tantôt des phénomènes réactionnels beaucoup plus intenses conduisant à la mort rapide du corps cellulaire suivie de la dégénérescence de toutes les fibres du bout central.

Cette individualité nouvelle est formée d'un corps cellulaire plus ou moins volumineux, de ramifications protoplasmatiques plus ou moins nombreuses, plus ou moins longues et plus ou moins ramifiées et d'un prolongement cylindraxile plus ou moins long. Cette individualité nouvelle est, dans l'organisation de notre système nerveux, une véritable unité anatomique. C'est l'élément constituant unique de tout notre système nerveux. C'est le neurone tel que nous ont appris à le connaître les méthodes de Golgi et d'EHRLiCH. Ces éléments anatomiques ainsi entendus sont indépendants les uns des autres. Les faits mis en lumière par la méthode de Golgi persistent donc dans leur entièreté et cela malgré l'existence

plus que probable; de l'autorégénération des nerfs. Après comme avant les recherches expérimentales de Bethe, nous pouvons dire : les prolongements protoplasmatiques et le prolongement cylindraxile d'une cellule nerveuse se terminent librement. Une cellule nerveuse avec tous les prolongements qui en dépendent constitue un élément nerveux ou un neurone. Tout le système nerveux central est formé de neurones superposés dans différents sens. Ceux-ci agissent et ne peuvent agir les uns sur les autres que par contiguïté ou par contact.

Littérature.

(i) A. Van Gehuchten : Le système nerveux de l'homme- 3* éd., Vol. I, Louvain. 1899. — (2) NissL : Die Netironenlehre imd ihre Anhàuger, lena 1903. — (i) Bethe : Uehey die Primitivfibrillen in den GangUenzellen vom Meuschen und anderen Wirbelthieren. Morphologische Arbeiten, 1898. — (4) Bethe : Alîgemeine Anatomie und Physiologie des Nervensysfems, Leipzig, 1903. — (5) Merzbacher : Untersuchungen an ivinterschïafenden Fledermàusen. Die Nervendegeneration wdhrend des Winterschlafes. Die Beziehungen zivischcn Tempcratur und W interschlaf. Pfliiger's Archiv, Bd. 100, p. 568-584, 1903. — (6) MÔNCKiiBERG et Bethe : Die Degeneration der markhaltigen Nervenfasern der Wirbellhiere unier hauptsàchîichcv Beriicksichtigung des Verhaltens der Primitivfibrillen. Archiv fiir mikrosk. Anatomie, Bd. 54, 1899. — (7) Merzbacher : Zttr Biologie der Nervendegeneration (Ergebnisse von Transplantationsversuchen ) . Neurolog. Centralbl., p. i5o-i55, 1905. — (8) Voir pour la littérature : Van Gehuchten : La dégénérescence dite rétrograde ou dégénérescence wallérienne indirecte. Le Névraxe, Vol. V, 1903. — (9) Erutzky : Ueber die Verànderungen im Riickenmarke bei amputirten Hunde. Petersb. Medic. Wochenschrift, 1880. — (10) HoMEN : Verànderungen des Nervensystems nach Ampntationen. Ziegler's Beitrâge, Bd. VIII, 1890. — (11) Vanlair : Altérations nerveuses centripètes consécutives à la névrotomie et aux amputations des membres. Bull, de l'Acad. royale de médecine de Belgique, 1891. — (12) Knape : Ueber die Verànderungen im Riickenmark nach Resection ciniger spinaler Nerven der vorderen Extremitàt. Ziegler's Beitrâge, 1901. — (i3) P. Marie : Leçons sur les maladies de la moelle. Paris, 1892. — (14) Forel : Einige hirnanatomische Betrachtungen und Ergebnisse. Archiv fiir Psychiatrie, Bd. VII, 1887. — (i5) Nissl : Ueber die degenerative Verànderungen an den GangUenzellen des Facialiskerns nach Ausreissiing der Nerven. Versamml. der Sùdwestdeutschen Psychiater zu Karlsruhe, 8 nov. 1890. — (16) Darkschewiïsch : Ueber die Verànderungen im centralen Stumpf eines motorischen Nerven bei Verletzting eines peripherischen Abschnitts. Neurolog. Centralbl., 1892, p. 490. — (17) Bregmann : Ueber experimentelle aufsteigende Degeneration motorischer und sensibler Hirnnerven. Obersteiner's Arbeiten, 1892. — (i8j Klippel et Durante : Les dégénérescences rétrogrades dansles nerfs périphériques et les centres nerveux. Revue de médecine, Vol. XV, 1895. — (19) MuNZER : Beitrâge zum Aujbau des Centrahiervensy stems. Prager Medic. Wochenschrift, 1895. — (20) Kohnstamm : Ueber rétrograde Degeneration. Schmidt's Jahrbiicher, 1899, p. 256. — (21) Orestano : Le vie cerebellari cfferenti. Rivista di patologia Nervosa e mentale, 1901. — (22) Lugaro : Sidla legge cti Walkr- Rivista di patol. nerv. e mentale, 1901. — (23) O. ScHULTZE : Ueber die Entwickelung des peripheren Nervensystems. Anatomischer Anzeiger, Ergànzungsheft, 1904. — (24) Pighini : Sullo sviluppo délie fibre nervose periferiche e centrait dei gangli spinali e dei gangli cefalici nell 'embrione del polio. Rivista sperimentale di Freniatria, Vol. XXX, 1904. — (25) O. Schultze : Nachtrag zu meinem auf der Anaiomenversammlung in lena gehaltenen Vorbrog iiber die Entwickelung des peripheren Nervensystems. Anatom. Anzeiger, 1904, p. 131-140. — (26) Schiff : Sur la régénération des nerfs. Comptes-rendus de l'Acad. des Sciences de Paris, 1854. — (27) Ziegler : Archiv fiir klinische Chirurgie. Bd. 51,1896. — {28) Frossman : Ueber die Ursachen welche die WachsthumsricJitung der peripheren Nervenfasern bei der Régénération bestimmen. Ziegler's Beitrâge, Bd. 24, 1898. — Ziir Kenntniss des Neiirolropismus. Ziegler's Beitrâge, Bd. 27, 1900. — (29) Flourens : Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux des animaux vertébrés. Paris, 1842. — (3o) Voir pour la littérature : Langley et Anderson : The Union of différent Kinds of Nerve fibres. The Journal of Physiology, Vol. XXXI, 1904. — (3i) Huber : A study of the operative treatement for Loss of Nerve substance in pertpheral Nerves. Journal of Morphology, Vol. XI, 1895. —

(32) MuNZER : Giehi es cine autogcnetische Rcgeueratiou der Nervenfasern. Neurolog. Centralbl., 1902. — Zhv Fyagc der autogcuen Nervenrcgcncyntion. Ibid., igo3. — (33) Langley and Anderson : On aHtogenetic régénération in tkc nerves of the liinbs. Journal of Physiology, Vol. XXXI, 1904.

— (34) Ballance et Stewart : The Healing oj Nerves. London. 1901 (Cité d'après Langley).

— (35) Braus : Einige Ergehnisse der Transplantation von Organanlagen hei Bomlinatorlarven. Verhandl. der Anatom. Gesellschaft, Jena 1904. — (36) Van Gehuchten : Considérations sur la structure interne des cellules nerveuses et sur les connexions anatomiques des neurones. Le Névraxe, Vol. VL 1904. — (37) Philipeaux et Vulpian : Note sur des expériences démontrant que des nerfs séparés des centres nerveux peuvent, après s'être altérés complètement, se régénérer tout en demeurant isolés des centres, et recouvrir leurs propriétés physiologiques. Comptes rendus de Paris, iSSg. — (38) Vulpian : Note sur la régénération dite autogénique des nerfs. Archives de physiologie normale et pathol., 1874. — (39J Frankl v. Hochwart : Ueber De- tend Régénération von Nervenfasern. Medicin Jahrbiicher, 1887. — (40) Bethe : Ueber die Régénération peripherischer Nerven. Archiv fur Psychiatrie. Bd. 34, p. 1066-1073, 1901. — (41) Fragnito : Su la genesi dei prolungamenti protoplasmatici délia cellula nervosa. Annali di Mevrologia, 1904. — (42) Fragnito : La cellula nervosa rappresenta un' unita embriologica ? Annali di Nevrologia, 1899. — Lo sviluppo délia cellula nervosa. Ibid. igoo.

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