Sphère tactile
// : Sphère visuelle.
/// : Sphère auditive.
1 Y : Sphère olfactive.
a : Centre d'association antérieur.
b : Grand centre d'association postérieur.
par des fibres centrifuges (faisceau temporal cortico-protuhérantiel de Flechsig, appelé quelquefois encore faisceau de Tuhck, passant par le quart externe du pied du pédoncule cérébral), aux noyaux du pont. Flechsig considère ces fibres descendantes comme une voie motrice ayant pour fonction de transmettre les excitations arrivées dans la splière auditive aux muscles moteurs de l'oreille.
Outre ces tlbres de projection reliant les sphères sensorielles aux masses grises inférieures du névraxe, il existe encore, dans chaque centre de projection, de nombreux faisceaux de fibres nerveuses centripètes et centrifuges reliant ce centre à la couche optique correspondante.
L'examen des fig. 481 et 482, qui nous montrent les limites respectives de chacune de ces sphères sensorielles, fait ressortir les deux faits suivants sur lesquels Flechsig appelle l'attention :
1° La sphère tactile est, chez l'homme du moins, beaucoup plus étendue que toutes les autres sphères sensorielles réunies. Flechsig croit que l'étendue de chacune de ces sphères est en rapport immédiat avec le nombre de tibres nerveuses qui constituent les nerfs périphériques centripètes et centrifuges appartenant à ces sphères.
Cette disproportion entre l'étendue de la sphère tactile et l'étendue des autres sphères sensorielles ne doit donc pas nous surprendre. Les sphères sensorielles ne sont, en somme, que la projection sur notre écorce cérébrale des surfaces sensibles dans lesquelles se terminent nos neiis périphériques. La sphère olfactive est peu développée parce qu'elle n'est que la reproduction, dans le télencéphale, de la petite région de la muqueuse des fosses nasales où se trouvent les cellules d'origine des fibres olfactives. La sphère auditive et la sphère visuelle reproduisent, dans notre cerveau, l'une, la surface sensible de l'organe de Corti de l'oreille interne ; et l'autre, toute l'étendue d'une rétine. A ces trois sphères sensorielles n'aboutissent que des excitations venues du monde extérieur. Au contraire, le sens du tact sous toutes ses formes se trouve localisé dans toute l'étendue de notre surface cutanée et dans toute l'étendue de nos muqueuses (fosses nasales, conjonctive, cavité buccale y compris la langue avec les impressions de la sensibilité gustative, pharynx, larynx, muqueuse des organes génitaux, etc.) ; rien d'étonnant donc que la partie de l'écorce cérébrale où se projette la surface tactile de chaque moitié du corps prenne un développement beaucoup plus considérable. D'ailleurs, outre ces excitations externes, la sphère tactile est encore le centre cortical où aboutissent toutes les impressions internes, impressions venues de la profondeur même de nos organes et qui nous renseignent sur la position respective des diverses parties de notre corps ; de même
qu'elle constitue le centre cortical qui tient sous sa dépendance tous les mouvements du corps.
2° Toutes les sphères sensorielles se localisent autour des sillons primaires : la sphère visuelle autour de la tissure calcarine, la sphère tactile autour de la fissure centrale, la sphère olfactive et la sphère auditive autour de la fissure de Sylvius. Ces fissures primaires ont plus que probablement pour but d'agrandir l'étendue de la sphère sensorielle correspondante.
Ce qui ressort encore de la description qui précède, c'est que toutes les sphères sensorielles sont pourvues de fibres de projection centripètes et centrifuges. Ces sphères représentent donc des zones sensitivo-motrices de l'écorce.
Jusqu'ici, en se basant sur les recherches cliniques, on n'avait considéré comme sphère motrice que la partie de l'écorce cérébrale recouvrant les circonvolutions centrales et le lobule paracentral. D'après Flechsig, ces circonvolutions centrales ou zone motrice de Charcot ne constituent que la zone motrice principale, la zone motrice tactile, en connexion avec les mouvements des membres, de la face et de la langue. Mais cette zone motrice de Chakcot ne représente pas la zone motrice unique. A côté de celle-là, il en existe au moins encore deux autres, l'une dans la sphère visuelle et l'autre dans la sphère auditive. Ces zones motrices secondaires n'ont aucune influence sur les muscles des membres, de la face et de la langue, mais tiennent sous leur dépendance les muscles qui président aux mouvements de la tête et aux mouvements des yeux.
La zone des centres d'association est formée de trois centres distincts :
1° Le grand centre d'association postérieur. Ce centre comprend le précoin, une partie de la circonvolution linguale, la circonvolution fusiforme, FiG. 481, toutes les circonvolutions pariétales, la circonvolution temporale inférieure et la partie antérieure de la face externe du lobe occipital, fig. 482.
2° Le centre d'association moyen correspond à l'insula de Reil.
3° Le centre d'association antérieur se trouve constitué par la moitié antérieure de la circonvolution frontale supérieure, la plus grande partie de la circonvolution frontale moyenne et par la circonvolution droite que l'on trouve sur la face inférieure du lobe frontal.
La zone des centres de projection ne correspond donc qu'au tiers de la surface totale des hémisphères cérébraux, tandis que les deux autres tiers de la substance corticale représentent exclusivement des centres d'association.
Les centres de projection sont en connexion avec tous nos organes périphériques par un double faisceau de fibres nerveuses : un faisceau de fibres ascendantes, centripètes ou sensitives et un faisceau de fibres descen-
dantes, centrifuges ou motrices. Ces deux faisceaux de fijl)res nerveuses aboutissent, d'après Flechsig, aux mêmes régions de i'écorce. Il n'existe donc pas de zone corticale exclusivement motrice ou exclusivement sensilive, mais toute partie d(! I'écorce cérébrale, aj)partenant aux sphères sensorielles, est à la fois le lieu de terminaison des libres sensitives et le lieu d'origine des fibres motrices correspondantes. Les sphères sensoi-ielles sont donc, en réalité, les régions sensitivo-motrices de I'écorce cérébrale. Toutes les impressions recueillies par les terminaisons nerveuses périphériques de nos fibres sensitives sont conduites à la sphère tactile de I'écorce cérébrale par une série de neurones centripètes superposés. Ces impressions sont transmises aux cellules d'origine des fibres descendantes ou motrices de cette même région, puis descendent à travers les neurones centrifuges superposés jusque dans nos muscles périphériques. Il en est de même pour les impressions olfactives, visuelles et acoustiques qui sont transmises par des voies centripètes à la sphère sensorielle correspondante. Les centres de projection, considérés en eux-mêmes, complètement séparés des centres d'association qui les entourent, constituent donc en quelque sorte les centres nerveux pour les réflexes d'origine corticale.
Les centres de projection existent, avec un développement quelquefois même plus considérable que chez l'homme, dans le télencéphale de tous les mammifères. Au contraire, la zone des centres d'association, si développée dans le cerveau de l'homme, perd considérablement de son importance et finit par disparaître complètement au fur et à mesure que l'on descend dans la série des mammifères. D'après les recherches de Flechsig, les centres d'association manquent totalement chez les rongeurs : ici, toutes les phères sensorielles se touchent et toute l'étendue de I'écorce cérébrale se trouve pourvue de fibres de projection. Chez les carnassiers, les centres d'association sont encore peu développés. Chez les singes supérieurs les centres d'association atteignent un développement égal à celui des centres de projection. Chez l'homme seul la zone des centres d'association atteint un développement tel qu'elle occupe, à elle seule, les deux tiers de toute l'étendue de la face externe des hémisphères cérébraux.
Ces centres d'association se trouvent intercalés entre les centres de projection de manière à séparer ces derniers centres complètement l'un de l'autre.
Ce qui caractérise avant tout la zone des centres d'association, c'est qu'elle est complètement indépendante des masses grises inférieures du névraxe ; elle est complètement dépourvue de fibres de projection. Aucune excitation du milieu externe ou du milieu interne, du monde ou de notre propre corps ne peut donc lui être directement transmise, de même qu'elle
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est sans influence immédiate sur nos organes et sur nos muscles périphériques. La zone des centres d'association est uniquement et exclusivement en connexion, par un nombre incalculable de fibres nerveuses, avec les régions corticales qui appartiennent aux sphères sensorielles. Ces fibres d'association sont, par rapport aux centres d'association, ou des fibres centripètes ou des fibres centrifuges. Les fibres centripètes proviennent des centres de projection et se terminent dans les centres d'association ; elles transmettent à ceux-ci toutes les sensations qui arrivent dans les sphères sensorielles. C'est dans les centres d'association que toute sensation perçue laisse une empreinte ineffaçable qui constitue le souvenir. C'est là que se rencontrent, se réunissent et se lusionnent en des centres supérieurs les sensations tactiles, visuelles, olfactives et acoustiques. C'est là que ces sensations sont comparées entre elles et comparées à des sensations antérieures. C'est là que l'esprit trouve les éléments indispensables à tous les actes de la vie intellectuelle ou psychique. Ces centres sont, en définitive, dans le cerveau de l'adulte, le substratum anatomique de ce qu'on appelle expérience humaine, savoir, connaissance, langage, sentiments esthétiques, moraux, etc.
Les fibres centrifuges qui partent de ces centres d'association vont se terminer dans les sphères sensorielles. Elles maintiennent les centres de projection sous la dépendance immédiate de nos centres d'association et permettent à ceux-ci d'exercer sur nos sphères sensorielles une véritable action inhibitive. C'est par fintermédiaire de ces fibres centrifuges que l'esprit peut réagir sur les cellules d'origine des libres des voies motrices et produire des mouvements qui seuls doivent être considérés des mouvements volontaires.
Les centres de projection sont donc les régions de l'écorce qui président à la vie animale. Par ses centres de projection et par les masses grises inférieures du névraxe qui en dépendent, l'organisme tend à assouvir tous ses besoins corporels.
Les centres d'association au contraire sont les régions de l'écorce qui président à la vie intellectuelle, à la vie morale. Ce sont, suivant l'expression de Flechsig, les centres intellectuels fgeistige Centren), les véritables organes de la pensée (Denkorgane).
Les centres de projection présentent, chez tous les mammifères et chez l'homme, un développement en rapport immédiat avec le développement des surfaces sensibles périphériques correspondantes. Les centres d'association au contraire, présentent, un développement éminemment variable d'un mammifère à l'autre. Leur développement considérable et prédominant constitue la marque caractéristique du cerveau terminal de l'homme. Mais,
même chez l'homme, le développement de ces centres d'association peut varier et varie en réalité d'un cerveau à l'autre. Ce développement inégaj semhle être en rapport étroit avec le développement correspondant des (acuités intellectuelles. C'est ainsi que, pour le grand centre d'association postérieur, Flkciisig fait ressortir qu'on le trouve plus développé chez les hommes doués d'une intelligence supérieure, au point que, chez certains d'entre eux, on l'a vu correspondre à la moitié de toute l'étendue de l'écorce cérébrale, alors que chez les idiots, les arriérés et les imbéciles, ce centre d'association est notablement plus petit.
Ces centres d'association eux-mêmes n'ont pas, au point de vue de l'intelligence, la môme valeur. Ils ditîèrent déjà l'un de l'autre, au point de vue anatomique, par les sphères sensorielles entre lesquelles ils se trouvent intercalés : le centre postérieur relie l'une à l'autre la sphère tactile, la sphère auditive et la sphère visuelle. Le centre moyen se trouve intercalé entre la sphère tactile et la sphère auditive, tandis que le centre antérieur sépare la sphère tactile de la sphère olfactive. Ils diffèrent encore davantage au point de vue fonctionnel, ainsi que semblent le prouver les troubles de l'intelligence accompagnant les lésions bilatérales de l'un ou l'autre de ces centres. Mais dans l'état actuel de la science, il n'est pas encore possible d'attribuer à chacun d'eux, d'une façon nette et précise, sa véritable valeur fonctionnelle.
Dans le centre antérieur se localiserait, d'après Flechsig, la conscience de la piîrsonnalité (Persônlichkeitsbewustsein). A la suite de lésions localisées dans ce centre, il semble que le moi, la faculté d'abstraction, la volonté sont particulièrement atteints.
Le centre d'association moyen correspond à l'écorce grise qui recouvre l'insula de Reil. Il sépare la sphère auditive de la sphère tactile. C'est le centre qui réunit en un seul tout toutes les régions corticales sensitives et motrices dont l'intégrité est indispensable à la conservation du langage articulé et, principalement, les impressions auditives avec les images motrices des lèvres, de la langue, du voile du palais et du larynx.
Le grand centre d'association postérieur semble être la partie de l'écorce qui nous met immédiatement en rapport avec le monde extérieur. C'est là que se réunissent, en eff"et, en des centres supérieurs, toutes les sensations tactiles, visuelles et acoustiques qui nous viennent du dehors.
Les diverses pai-ties constitutives d'une même sphère intellectuelle n'ont pas elles-mêmes, au point de vue de l'intelligence, la même valeur. Chaque centre d'association semble constitué d'un grand nombre de centres plus petits ayant chacun une fonction spéciale à remplir. Cette étude des localisations dans le domaine des centres d'association est excessivement difficile ;
elle doit reposer .tout/entlère sur des robservatiôns cliniques et ânatomopathologiques. Or, les cas de lésion net tendent limitée à tel ou tel point précis des centres d'association, sont excessivement rares. Rien d'étonnant ^onc'si nos connaissances concernant ces localisations spéciales sont encore si précaires. Nous ne savons rien de précis concernant le centre d'association antérieur. Quant au grand centre d'association postérieur, les observations cliniques ont démontré qu'une, lésion limitée de l'écorce cérébrale, survenant au point -f de la fig. 481, entraine à sa suite de Vaîexie ou de Yaphasie optique, c'est-à-dire l'incapacité de lire avec les yeux ou de comprendre les caractères imprimés ou écrits. . '
.,;j Flechsig suppose .que les parties de ce centre voisines des cirnorir VjOlutions centrales-: sont; en rapport avec les images mjiéoniques (Erinnerungsbilder) du sens niusculaire et du sens tactile, de même que les parties lempori^les et occipitales de ce centre seraient en rapport, les unes, avec les. iî^^ô'^^ mnéouiques du seps olje l'ouie; les autres, avec celles du ;sens de la vue. • •; ^i .--vi^ ■ ' ni^:;' .q' -■ :r:^-Atb-.
Flechsig apporte à l'appui de sa manière de voir les deux cas suivants : 1° Un fcas puiîlié par Heubner : la sphère auditive gauche entièrement intacte a été séparée de toutes les parties voisines de l'écorce situées au-dessus, en arrière et en dessous par uij foyer de ramollissement. Le malade porteur de cette lésion pouvait répéter tous les mots qu'on prononçait devant lui, mais il n'en comprenait pas le sens et, de plup, il n'en gardait le souvenir que pendant quelques secondes. Le souvenir des images auditives et la valeur conventionnelle des mots se localisent donc en dehors de la sphère auditive dans le grand centre d'association postérieur.
2° Un cas publié par Nothnagel : à la suite d'un ramollissement de la zone corticale des deux sphères visuelles survenu brusquement pendant la nuit, un homme devient aveugle. La destruction de ses sphères visuelles le met hors d'état de recevoir encore de nouvelles sensations visuelles. Malgré cela, cet homme conserve le souvenir de l'aspQct extérieur des objets vus antérieurement et peut encore se représenter des images visuelles. Les images visuel'es doivent donc se localiser, dans le cerveau, en dehors de la sphère visuelle, dans la partie voisine du grand centre d'association postérieur.
Le développement considérable de la circonvolution supramarginale et de la circonvolution pariétale supérieure, c'est-à-dire des circonvolutions qui correspondent à la bosse pariétale, est caractéristique pour le cerveau des hommes de génie. On a trouvé le lobe pariétal considérablement développé non seulement chez des musiciens célèbres comme Bach et Beethoven (His, Flechsig), mais encore sur le cerveau des grands savants. Ces faits ont été signalés depuis longtemps par Rudinger, Kupffer et d'autres, sans que personne jusqu'ici ait pu établir les fonctions spéciales dévolues à ces ci^^convoliitions pariétales. A Flechsig revient le mérite
incontestable d'avoir établi que, si chez les liommes doués d'une intelligence sui)érieui'e le lobe pariétal prend un développeniont considérable, c'est que ce lobe i)ariétal Ibrnie une partie importante du grand centre d'association postérieur. " •
Nous avons vu, en étudiant la confoi'ination extérieure du cerveau terminal, qiie la division des hémisphères cérébraux en lobes frontaux, pariétaux, occipitaux et temporaux ne reposait en aucune façon sur l'organisation interne du télencéphale, que c'était là une division purement conventionnelle, établie dans- 1Q' but de faciliter la description des sillonset des circonvolutions, à une époque où Ton ne connaissait pas la valeur fonctionnelle des diverses i)arties du télencéphale.
Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi. Grâce aux recherches de Flechsig, l'organisation interne du cerveau terminal se dessine dans ses grandes lignes et, si la division des hémisphères cérébraux en lobes peut se maintenir au point de vue de l'anatomie topographique, il est juste cependant qu'on la fasse suivre de la division plus rationnelle proposée par Flfchsig. A côté des cinq lobes anatomiques : lobe frontal, pariétal, occipital, temporal et insula de Reil, nous trouvons donc, dans chaque hémisphère cérébral, sept zones physiologiques : quatre sphères sensorielles et trois sphères intellectuelles.
Les deux territoires de l'écorce cérébrale : la zone des centres de projection et la zone des centres d'association, sont donc en connexion étroite et intime l'une avec l'autre. Cette connexion est telle que toutes les impressions qui aboutissent aux sphères sensorielles sont transmises immédiatement aux sphères intellectuelles. Celles-ci réagissent alors sur les sphères sensorielles et obligent l'organisme à répondre d'une façon donnée à ces excitations du dehors. Les sphères intellectuelles constituent donc pour les sphères sensorielles de véritables centres nerveux supérieurs. Et de même que les centres de projection de l'écorce tiennent sous leur dépendance tous les centres nerveux inférieurs et exercent sur ces centres une véritable action de contrôle ou d'arrêt, de même les centres d'association tiennent sous leur dépendance immédiate l'activité des centres de projection. Par ses centres de projection l'organisme n'aspire qu'à satisfaire les excitations des sens, qu'à obéir à ses instincts aveugles. Par ses centres d'association, considérablement plus développés, l'organisme combat les sens par la raison, les instincts aveugles par les idées morales. Dans un cerveau sain et bien organisé l'action des centres d'association est donc prédominante. Mais lorsque l'action inhibitive, que ces centres d'association exercent sur les centres de projection, se trouve ou affaiblie par une
anomalie dans le développement, ou paralysée par une intoxication passagère ou permanente comme cela s'observe dans l'alcoolisme, ou détruite par la maladie, alors l'activité des centres de projection devient prédominante, la vie de la bête qui est en nous se manifeste sans entrave, les passions se déchaînent, la violence et la colère prennent libre cours, toute moralité et, jusqu'à un certain point, toute responsabilité disparaît dans nos actes. Il est impossible de nous étendre davantage sur cette découverte importante de Flechsig. Ce que nous en avons dit suffît amplement pour vous montrer les horizons nouveaux qu'elle ouvre autour de nous. Elle marquera dans l'histoire de la science neurologique, parce qu'elle éclaire d'un jour nouveau bien des problèmes jusqu'ici insolubles de physiologie et de pathologie nerveuses.
Après vous avoir fait connaître les conclusions importantes qui se dégagent des recherches de Flechsig, il convient encore de vous montrer les observations sur lesquelles elles s'appuient.
Vous connaissez la découverte importante faite par Flechsig il y a 20 ans, découverte qui a été le point de départ de toutes ses recherches ultérieures. En pratiquant des coupes dans le névraxe d'embryons humains, Flechsig a constaté que l'axe nerveux était formé exclusivement de substance grise jusque vers le milieu du cinquième mois de la vie intra-utérine. A partir de cette époque la substance blanche lait son apparition; elle provient uniquement de la myéline dont s'entourent, à ce moment, les cylindre-axes des fibres nerveuses.
En comparant entre eux des embryons de même âge et des embryons d'âges différents, Flechsig a constaté que cette apparition de la substance blanche se fait d'après un ordre déterminé et toujours le même, de telle sorte que, connaissant l'âge de l'embryon, on peut dire d'avance dans quelles régions les fibres nerveuses sont pourvues de myéline et dans quelles régions elles sont encore exclusivement réduites aux cylindre-axes.
Continuant ses recherches, Flechsig trouve que les faisceaux de fibres nerveuses qui ont les mêmes connexions anatomiques et qui, par conséquent, remplissent les mêmes fonctions physiologiques, développent leur myéline à la même époque, tandis que les faisceaux de fibres nerveuses ayant des connexions anatomiques différentes et devant avoir, par le fait même, une valeur fonctionnelle différente, prennent leur myéline à des époques différentes. En étudiant donc l'époque d'apparition de la myéline dans les diverses parties du névraxe, Flechsig avait entre les mains une méthode importante qui lui permettait de distinguer l'un de l'autre les faisceaux d(. fibres nerveuses à
connexions anatomiqiies différentes, à les poursuivre dans leur trajet à travers le névraxe et à établir leur origine et leur terminaison.
Cette myélinisation des libres nerveuses, considérée en elle-même, n'est cependant pas, au point de vue de la conductibilité des fibres nerveuses, un fait d'une importance considérable. La formation de la myéline autour des prolongements cylindraxiles des cellules nerveuses est un phénomène secondaire, puisque, au moment où cette myéline se forme, les connexions anatomiques se trouvent établies, entre des neurones distincts, par les prolongements protoplasmatiques et cylindraxiles ; ces connexions anatomiques établies, les éléments nerveux peuvent fonctionner. Mais ce qui donne à ce phénomène de myélinisction des fibres nerveuses une importance considérable, c'est qu'il ressort des recherches de Flechsig que, dès qu'une fibre nerveuse du système cérébro-spinal est prêle à exercer sa fonction de conductibilité, la gaine de myéline se forme. L'apparition de la myéline autour d'un cylindre-axe est donc, pour nous, la preuve matérielle de la maturité complète de la fibre nerveuse correspondante. Et ce qui prouve bien que telle est la signification que nous pouvons attribuer au phénomène de myélinisation des fibres nerveuses, c'est que si, pour un motif ou l'autre, des fibres nerveuses doivent exercer leur fonction de conductibilité plus vite que normalement, l'époque de myélinisation de ces fibres nerveuses se trouve avancée sous l'influence des stimulations externes. L'exemple le plus frappant de ce fait nous est offert par les fibres des nerfs optiques. Chez l'enfant né avant terme, sous l'influence des excitations rétiniennes, ces fibres développent leur gaine de myéline plus tôt que chez l'enfant qui arrive à terme.
En poursuivant cette myélinisation des fibres nerveuses dans le cerveau terminal, Flechsig a constaté que, parmi toutes les fibres du lélencéphale, les fibres centripètes ou sensitives sont les premières à arriver à l'état de maturité complète. Ces fibres commencent à former leur myéline à partir du huitième mois de la vie intra-utérine et cela de telle façon, que ce sont d'abord les fibres qui sont en connexion avec les cordons postérieurs de la moelle, puis celles qui viennent du bulbe olfactif, des masses grises terminales des fibres optiques et des fibres acoustiques qui arrivent successivement à l'état de maturité complète. Dans le lélencéphale d'embryons âgés de huit à neuf mois on peut donc poursuivre facilement le trajet intracérébral de ces fibres centripètes, puisque ce sont les seules fibres, qui, à cette époque, sont pourvues de myéline. On peut ainsi se convaincre, avec la plus grande facilité, que les fibres de la voie sensitive centrale se terminent dans l'écorce grise de la sphère tactile, de la sphère olfactive, de la sphère visuelle et de la sphère acoustique.
Lorsque ces voies centripètes se trouvent établies et que les excitations du dedans et du dehors peuvent être amenées par elles jusque dans lecorce cérébrale, la myéline commence à se développer autour des fibres nerveuses descendantes qui partent de ces sphères sensorielles et qui les mettent en connexion avec les organes périphériques. Ce travail de myélinisation se trouve achevé à la tin du premier mois de la vie extra-utérine. A cette époque les centres de projection seuls possèdent des fibres myélinisées, seuls donc aussi ils interviennent dans tout travail cérébral de l'enfant.
Les centres d'association, encore entièrement formés de substance grise, sont encore en quelque sorte endormis; ils sont encore complètement hors de fonction. A cet âge, le cerveau de l'enfant ressemble donc entièrement, au point de vue fonctionnel, au cerveau des mammifères inférieurs privés de centres d'association. Toutes les impressions qui tombent sur la rétine d'un enfant pendant le premier mois de sa vie extra-utérine sont conduites jusque vers la sphère visuelle de l'écorce cérébrale, où elles sont perçues tout le temps que dure cette impression : dès que llimpression sur la rétine a cessé, l'image cérébrale s'évanouit. Il en est de même pour toutes les impressions tactiles, olfactives, gustatives et acoustiques.
De plus, toutes ces impressions diverses sont perçues indépendamment l'une de l'autre, puisque les zones de l'écorce auxquelles elles arrivent forment en quelque sorte autant d'ilôts séparés par les zones d'association encore complètement sans usage. Ce cerveau de l'enfant est, au point de vue fonctionnel, dans le même état que le cerveau de l'adulte sur lequel on aurait séparé complètement, par une section faite circulairement autour de chacune des sphères sensorielles, les centres de projection des centres d'association. Pendant le premier mois de la vie extra-utérine, tous les mouvements de l'enfant sont donc des mouvements réflexes. Les centres intellectuels n'étant pas développés, l'enfant est incapable de mouvement volontaire. Toutes les manifestations de sa vie consistent donc à répondre par voie réflexe aux excitations du dehors.
Au commencement du deuxième mois de la vie extra-utérine on voit des fibres myélinisées partir des sphères sensorielles pour pénétrer de tous côtés dans les centres d'association ou les sphères intellectuelles. Ces fibres d'association se rendent d'abord dans l'écorce grise voisine de la sphère sensorielle à laquelle elles appartiennent. Là va se former un nouveau centre où sera conservé le souvenir des impressions tactiles, visuelles, olfactives ou acoustiques. L'enfant commencera à reconnaître à partir de cette époque les impressions déjà ressenties antérieurement. Les fibres d'association pénétreront plus avant encore dans les splières intellectuelles : les unes relieront directement les sphères sensorielles entre elles : soit la
sphère auditive à la partie inférieure de la sphère tactile : l'enfant pourra répéter des mots entendus, mais sans les comprendre ; les autres se termineront directement dans les sphères intellectuelles : il se formera là des centres où vont se rencontrer des fibres venant de la sphère visuelle, de la sphère auditive et de la sphère tactile : les images visuelles, tactiles et auditives des objets extérieurs pourront être comparées entre elles et l'enftint commencera à saisir la signilication des objets du monde extérieur.
Ce travail de myélinisation des fdjres nerveuses reliant les sphères sensorielles aux centres d'association va se poursuivre longtemps encore ; il va se créer, dans ces centres d'association, des centres nouveaux où des fibres d'association d'origine différentes viendront déposer dans des cellules nerveuses le souvenir de toutes les impressions du monde extérieur et au fur et à mesure que cette organisation interne se complique l'intelligence s'éveille.
C'est en poursuivant ce travail de myélinisation que Flechsig a pu se convaincre de ce fait anatomique : l'existence dans l'écorce cérébrale de zones distinctes pourvues à la fois de fibres de projection et de fibres d'association et celles de zones beaucoup plus importantes pourvues exclusivement de fibres d'association.
La valeur fonctionnelle de ces zones anatomiquement différentes a été établie par Flechsig par ses recherches pathologiques : les lésions exclusivement limitées aux centres d'association se manifestent au dehors par des troubles psychiques ou troubles dans la vie intellectuelle, tandis que les lésions qui n'intéressent que les centres de projection sont sans influence sur cette dernière et se manifestent par des troubles dans la vie animale, ou dans la vie de relation.
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