‹ Anatomie du système nerveux de le hommeChapitre 83 sur 105 · TREIZIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIEME LEÇON

Éléments histologiques qui entrent dans la constitution du système nerveux

(Suite).

Organisation interne des neurones : Structure du protoplasme cellulaire.

Méthode de Nissl.

, Cellules somatochromes et cellules caryochromes.

Le type moteur de Nissl.

Partie chromophile et partie non chromophile, leur structure et leur valeur physiologique. Le pigment. Le noyau.

Organisation interne des neurones.

Nous n’avons étudié jusqu’ici les cellules nerveuses que dans leur forme extérieure, telles que les met en relief la méthode de Golgi, laquelle, imprégnant complètement les éléments nerveux, ne nous les présente en quelque sorte que sous la forme de silhouettes. Importante au point de vue de l’étude des connexions qui peuvent exister entre les différents neurones, la méthode au chromate d’argent n’est pas faite pour nous renseigner sur leur organisation interne. Et cependant, l’organisation interne des cellules nerveuses, la constitution de leur corps protoplasmatique, les modifications qu’y déterminent les différents états fonctionnels, les altérations qui doivent y survenir à la suite de la lésion d’une partie quelconque du neurone, à la suite de troubles survenus dans la circulation et par conséquent dans la nutrition des éléments nerveux, la structure spéciale du noyau et les modifications qui peuvent s’y manifester dans les diffeients états fonctionnels, tous les phénomènes en un mot qui sont intimement liés à la vie de la cellule nerveuse ne peuvent être étudies que loisque nous aurons acquis une idée nette, claire et complète de la structuie de cette cellule à l’état normal. C’est là un chapitre important de l’anatomie des neurones qui a été étudié principalement dans le cours de ces trois dernières années, sur lequel on passe rapidement dans presque tous les traités classiques et qui mérite cependant au plus haut point de fixer notre attention.

Structure du protoplasme cellulaire.

Nos connaissances concernant la structure interne des cellules nerveuses sont entrées, depuis peu, dans une voie nouvelle et féconde, grâce à l’excellente méthode de coloration au bleu de méthylène que Nissl (i) a fait connaître et qui est connue sous le nom de méthode de Nissl.

C’est une méthode de coloration excessivement simple.

Des morceaux frais de tissu nerveux, d’environ un centimètre de diamètre, sont durcis pendant quelques jours dans de l’alcool à 96°. Après durcissement, Nissl colle directement les morceaux avec de la gomme arabique sur de? blocs de liège d’après le procédé de Weigert, puis les coupe en mouillant constamment le rasoir du microtome avec de l’alcool à 96°. Les coupes d’une épaisseur de iojx sont transportées dans la solution colorante que l’on chauffe au-dessus d’une lampe à alcool jusqu’à ce que un grand nombre de bulles d’air viennent éclater à la surface du liquide. Par ce procédé la température à laquelle sont soumises les coupes atteindrait, d’après Nissl, de 65 à 70° C. On lave les coupes dans un mélange d’alcool et d’huile d’aniline jusqu’à ce qu elles n abandonnent plus de nuages colorés. Transportées alors sur le porteobjet, on les sèche avec du papier à filtrer, on les recouvre rapidement d’huile de cajeput pour les éclaicir, on enlève l’huile avec du papier à filtrer, puis avec quelques gouttes de benzine pour les recouvrir d’une couche de colophane dissoute dans de la benzine. Pour empêcher que la matière colorante ne diffuse dans les coupes, il importe de solidifier aussi vite que possible la colophane. Dans ce but, Nissl passe les coupes dans la flamme d’une lampe à alcool, la benzine s enflamme ; on éteint de suite la flamme et on recommence le même procédé jusqu’à disparition complète de la benzine.

Ce manuel opératoire donne évidemment de bons résultats, c’est lui que nous avons suivi, dans tous ses détails, pendant nos premiers essais de coloration. Nous l’avons cependant bien vite modifié (2) sans nuire en aucune façon aux résultats qu’il donne.

Contrairement à la manière de faire de Nissl, nous enrobons nos morceaux de tissu nerveux, durcis dans de l’alcool à 96°, dans la paraffine, ce qui nous permet des coupes plus régulières et plus fines. Ces coupes sont fixées sur des verres porte-objets simplement par de l’eau distillée. Quand cette eau est complètement évaporée, nous dissolvons la paraffine dans le xylol, puis nous passons les coupes dans de l’alcool absolu et dans l’alcool à 90°. De là, nous les portons (toujours collées sur les porte-objets) dans la matière colorante et nous les y laissons pendant 5 à 6 minutes à la température ordinaire. Les coupes sont lavées alors dans l’eau distillée, puis portées dans de l’alcool de 90° à 94° Pour la différentiation dont nous surveillons la marche au microscope. Quand nous la jugeons convenable, nous portons les porte-objets pendant une minute

environ dans un cristallisoir rempli d’alcool absolu, nous les éclaircissons dans l’huile de cajeput, nous éliminons celle-ci par du xylol et nous montons les coupes dans la laque de Dammar dissoute dans le xylol sans les recouvrir d’un petit verre.

Cette modification de la méthode de Nissl rend la manipulation des coupes beaucoup plus facile, elle a d’ailleurs l’immense avantage de conserver les coupes en séries, ce qui, pour certaines questions, est absolument indispensable.

La solution de bleu de méthylène recommandée par Nissl est composée comme suit :

Bleu de méthylène B 3 gr. 75

Savon de Venise (que nous remplaçons par le savon de Marseille) 1 gr. 75

Eau distillée 1000 gr.

Quand on examine au microscope des coupes du névraxe colorées par la méthode de Nissl, on trouve, dans les diverses parties du système nerveux central, deux espèces de cellules nerveuses différentes l’une de l’autre par la façon dont leur protoplasme se comporte vis-à-vis du bleu de méthylène.

Les unes sont colorées à la fois et dans leur noyau et dans leur protoplasme, ce sont les cellules somatochromes de Nissl. Les autres n’ont fixé le bleu de méthylène que dans le noyau, tout leur corps cellulaire est invisible parce qu’il ne renferme pas de substance fixant avidement le bleu de méthylène. Ce sont les cellules caryochromes de Nissl.

Les cellules caryochromes comprennent tous les éléments nerveux du cervelet, du bulbe olfactif, de la rétine, etc., que l’on désignait anciennement sous le nom de grains. Ces cellules caryochromes sont également très répandues dans le névraxe des vertébrés inférieurs. Leur protoplasme cellulaire ne fixant le bleu de méthylène dans aucune de ses parties, l’étude de ces cellules au moyen de la méthode de Nissl ne peut se faire que par l’étude du noyau. Cette étude na

pas encore été faite jusqu’à présent.

Les cellules nerveuses que l’on a commmencé à étudier avec la méthode de Nissl sont les cellules somatochromes, c’est-à-dire les cellules dont le protoplasme est formé d’une substance qui se colore par le bleu de méthylène ou substance chromophile et d’une substance qui ne se colore pas par le bleu de méthylène ou substance non

chromophile (1).

(1) Ces dénominations sont à substituer à celles de substance chromatique et substance achromatique qui peuvent prêter à confusion, ainsi que FlemmingU > 1 a lait remarquer.

La substance chromophile, ou substance tigroïde de v. Len- HOSSEK (6), peut se présenter sous les formes les plus variées. 1 antôt ce sont des blocs irréguliers, répartis sans ordre apparent dans

Cellule de la corne antérieure de la moelle lombaire d’un enfant né à sept mois.

Quelques celllules de la corne antérieure de la moelle épinière d’une larve de salamandre.

Fig. i83.

Deux cellules de Purkinje du cervelet d’un lapin.

le corps de la cellule nerveuse, fig. 181 et 182 ; d’autres fois ce sont des bâtonnets allongés, fusiformes, placés à une certaine distance l’un à la suite de l’autre et donnant au protoplasme cellulaire un aspect strié, fig. i83. Ces bâtonnets se rencontrent de préférence dans les gros troncs protoplasmatiques et aussi dans les couches périphériques du protoplasme cellulaire. Dans les cellules fusiformes, on rencontre quelquefois aux deux pôles du noyau un bloc volumineux de substance chromophile recouvrant comme une coiffe ou

mées d’une accumulation de petites granulations distinctes plus ou moins bien tassées les unes sur les autres.

Dans ce groupe de cellules somatochromes, caractérisées par la disposition des blocs de substance chromophile en rangées plus ou moins régulières et que Nissl désigne sous le nom de cellules stichochromes, rentrent toutes les cellules nerveuses de la corne antérieure de la moelle épinière, les cellules radiculaires de tous les nerfs moteurs crâniens ainsi qu’un grand nombre d’autres cellules nerveuses.

r'iG. 184.

Cellules de la corne d’Ammon du lapin.

comme un capuchon la partie voisine du noyau, c’est le capuchon nucléaire de Nissl, fig. 184. Au point de bifurcation des gros troncs protoplasmatiques existe, d’une façon constante, un cône triangulaire de substance chromophile : le cône de remplissage (Benda) ou cône de bifurcation (Nissl), fig. 181. Tous ces amas de substance chromophile peuvent se présenter comme des masses compactes sans apparence de structure, FIG. 181, ou comme des masses plus ou moins granuleuses, à contours irréguliers, souvent creusées de petites vacuoles, FIG. i85 ; à les voir on les dirait for-

La substance chromophile se présente quelquefois dans le corps cellulaire sous forme de réseau (cellules avhyochyomes de Nissl), ou bien sous forme de fines granulations ( cellules gyyochvoities de Nissl), ou bien encore à la fois sous forme de réseau et sous forme de masses ou de bâtonnets indépendants ( cellules arkyo-stichochromes) .

■ Cette division des cellules somatochromes en groupes différents d’après la disposition spéciale qu’affecte la substance chromophile n’a, jusqu’à présent, qu’une valeur excessivement restreinte. Ce n’est qu’un essai de classification basée sur des caractères morphologiques, essai fait par Nissl dans le but de pouvoir s’orienter quelque peu dans cette infinie variété d’aspects sous lesquels se présentent les cellules colorées par le bleu de méthylène.

Un fait incontestable à nos yeux c’est que les cellules qui appartiennent à un même type se présentent toujours, dans des coupes colorées par la méthode de Nissl, sous le même aspect : toutes les

Cellules constitutives du noyau d’origine du nerf oculo-moteur commun chez le lapin.

cellules de Purkinje se ressemblent par la façon dont la substance chromophile est répartie dans leur corps cellulaire, il en est de même pour les cellules mitrales du bulbe olfactif, pour les cellules nerveuses de la corne d’AMMON, pour les cellules radiculaires de tous les nerfs moteurs périphériques, etc. On peut supposer qu’à cette différence dans les caractères morphologiques correspond peut-être aussi une difféi ence fonctionnelle. Mais, dans l’état actuel de la science, ce n’est là encore qu’une hypothèse. Si cette hypothèse devait un jour

être l’expression de la réalité, nous aurions, dans la méthode de Nissl, une méthode incomparable puisqu’elle nous donnerait ‘le moyen de distinguer, de par les caractères morphologiques de leur protoplasme, les cellules nerveuses à fonction physiologique différente.

Pour bien vous faire saisir l’importance que pourrait avoir une telle découverte, je veux encore, pendant quelques instants, attirer votre attention sur les cellules motrices. Qu’appelons-nous actuellement cellules motrices ? Nous considérons comme appartenant à un neurone moteur périphérique toute cellule nerveuse du névraxe dont le prolongement cylindraxile devient le cylindre-axe d’une fibre motrice périphérique et nous considérons comme appartenant à un neurone moteur central toute cellule nerveuse du névraxe dont le prolongement cylindraxile présente une marche descendante et va se mettre en connexion, par ses ramifications collatérales et terminales, avec les cellules d’origine des nerfs moteurs périphériques.

Quand nous examinons au microscope des coupes faites à travers les masses grises du névraxe où se trouvent les cellules d’origine des nerfs moteurs périphériques, ou bien des coupes de la substance corticale du cerveau terminal où se trouvent les cellules d’origine des nerfs moteurs des centres et que nous nous demandons quelles sont — parmi ces nombreuses cellules nerveuses que l’on trouve dans cette substance grise considérée comme motrice — les cellules qui appartiennent à des neurones moteurs, nos méthodes d’investigation actuelles sont encore tellement incomplètes que nous sommes dans l’impossibilité absolue de répondre à cette question.

La seule méthode qui nous permette de donner une réponse catégorique, c’est la méthode de Golgi et encore ne donne-t-elle cette réponse que pour des moelles embryonnaires, à une époque où les fibres nerveuses sont dépourvues de myéline, et pour les seules cellules nerveuses dont le prolongement cylindraxile a été imprégné sur une longueur suffisante pour pouvoir être poursuivi jusque en dehors du névraxe. Dans une coupe de la moelle épinière traitée par la méthode de Golgi nous ne pouvons donc considérer comme appartenant à des neurones moteurs que les seules cellules nerveuses dont l’axone peut être poursuivi jusque dans la racine antérieure ou postérieure du nerf spinal correspondant ; pour toutes les cellules voisines, imprégnées ou non dans leur axone, la réponse est impossible.

La difficulté est bien plus grande encore pour les cellules motrices de l’écorce cérébrale. Traitée par la méthode de Golgi, la substance corticale du cerveau terminal se montre constituée d’un nombre

incalculable de cellules nerveuses dont le plus grand nombre présentent les mêmes caractères morphologiques : des cellules pyramidales pourvues de prolongements protoplasmatiques se ramifiant dans les couches superficielles de l’écorce et d’un prolongement cylindraxile devenant le cylindre-axe d’une fibre de la substance blanche, FIG. 186. Ces cellules pyramidales peuvent être les cellules d’origine de fibres commissurales, de fibres d’association ou de fibres de projection sans que nous soyons en état, dans l’état actuel de la science, de distinguer ces cellules les unes des autres.

Ce que nous venons de dire des noyaux moteurs du névraxe et de la substance grise corticale du télencéphale, nous pouvons le répéter pour toutes les cellules de toutes les régions grises de l’axe nerveux.

Les méthodes d’investigation que nous avons actuellement à notre disposition ne nous permettent donc pas de distinguer, de par les caractères morphologiques du protoplasme cellulaire, les cellules nerveuses qui remplissent des fonctions physiologiques différentes. Bien plus, avec ces

méthodes on devait croire et on a cru jusqu’ici que toutes les cellules nerveuses de tout le névraxe, tout en présentant des différences

Fig. 186.

Quelques cellules de l’écorce cérébrale d’une souris blanche âgée de neuf jours.

dans le mode de ramification de leurs prolongements protoplasmatiques et de leur prolongement cylindraxile, avaient la même organisation interne. Et voilà que la méthode de Nissl nous montre, à ne pouvoir en douter, qu’abstraction faite du mode de ramification des prolongements, il existe, dans le système nerveux central, un nombre considérable de types cellulaires différents les uns des autres par le mode de répartition, dans leur corps cellulaire, de la substance chromophile.

Elle nous montre de plus que toutes les cellules que nous connaissons comme remplissant incontestablement la même fonction physiologique — comme le sont, par exemple, les cellules radiculaires des nerfs moteurs périphériques — ont toutes la même organisation interne, totalement différente de l’organisation interne d’autres cellules nerveuses à fonction physiologique différente comme le sont, par exemple, les cellules mitrales du bulbe olfactif, les cellules des ganglions cérébro-spinaux, etc. La méthode de Nissl nous amène donc à cette conclusion : les cellules radiculaires des nerfs moteurs cérébro-spinaux appartiennent manifestement à un type spécial.

La question importante qui se pose maintenant est celle de savoir si ce type spécial est lié uniquement et exclusivement à la fonction motrice de la cellule nerveuse, si ce type spécial est inséparable de la fonction motrice de telle sorte que, rencontrant, dans n’importe quelle coupe de n’importe quelle partie du névraxe, une cellule du type donné, nous ayons le droit de conclure, sans erreur aucune, que cette cellule est une cellule motrice, abstraction faite de la façon dont peut se comporter le prolongement cylindraxile. Nissl répond affirmativement à cette question. Se basant sur ce fait que les cellules radiculaires des nerfs périphériques présentent, dans toute la série des vertébrés, le même mode de répartition de la substance chromophile, il conclut que cette organisation spéciale est liée intimement à la fonction spéciale. Ces cellules présentent le type moteur et chaque fois que l’on rencontre une cellule de ce type on peut admettre, dit Nissl, qu’elle est en relation avec des fonctions motrices.

Quant à nous, nous croyons que les recherches actuelles sont encore trop incomplètes pour pouvoir admettre dans toute sa rigueur la conclusion de Nissl. Nous avons rencontré, dans nos recherches, le type moteur de Nissl dans presque toutes les cellules nerveuses de la corne antérieure de toutes les coupes de la moelle épinière que nous

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avons colorées au bleu de méthylène. Toutes ces cellules de la corne antérieure ne sont cependant pas des cellules radiculaires. La méthode de Golgi nous a appris qu’il existe là à la fois des cellules radiculaires et des cellules des cordons. Pour que la conclusion de Nissl soit vraie, il faut donc admettre que les cellules des cordons de la corne antérieure de la moelle épinière sont en relation avec des fonctions motrices; chose possible, chose probable même mais qui, jusqu’à présent, n’a pas été démontrée. Nous avons rencontré le même type cellulaire dans les noyaux d’origine de tous les nerfs moteurs crâniens du lapin. Nous l’avons rencontré également dans des régions grises considérées comme sensitives : noyau principal du nerf acoustique, substance grise voisine de la racine spinale du trijumeau, etc., mais ces faits ne prouvent rien contre la manière de voir de Nissl, puisque, comme nous le verrons plus tard, il existe dans ces masses grises des neurones moteurs, c’est-à-dire des cellules nerveuses dont le prolongement cylindraxile descend dans l’axe cérébro-spinal pour devenir une fibre constitutive du faisceau longitudinal postérieur et se terminer entre les cellules de la corne antérieure de la moelle. Encore faudrait-il démontrer que les cellules du type moteur de Nissl appartiennent à ces neurones à cylindre -axe descendant.

Nous nous contentons donc de signaler l’opinion de Nissl telle qu’elle a été formulée; les recherches ultérieures prouveront si on doit la maintenir ou la rejeter. Les faits connus jusqu’à présent ne sont pas en opposition avec cette opinion, mais nous les jugeons trop peu nombreux pour entraîner une conviction.

Les cellules somatochromes renferment donc, dans leur corps protoplasmatique, deux parties nettement distinctes l’une de l’autre par la façon dont elles se comportent vis-à-vis du bleu de méthylène : une partie chromophile et une partie non chromophile.

Quand on étudie ces deux parties constituantes du protoplasme de la cellule nerveuse sur des matériaux fixés par l’acool ou le sublimé et colorés par le bleu de méthylène, la thionine ou le bleu de toluidme, on voit manifestement que les blocs de substance chromophile ont une structure granuleuse; ils semblent résulter d’une accumulation plus ou moins compacte de granulations distinctes, ainsi que l’admettent de Quervain (3), Benda (4), Juliusburger (5), v. Len-

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HOSSEK (6), Flemming (7), Cajal (8), Marinesco (g) et beaucoup d’autres. Quant à la substance non chromophile du protoplasme cellulaire, elle se montre formée d’une partie organisée en forme de réseau plongeant dans une substance fondamentale homogène [Held (io), Lugaro (ii), Cajal (8), Van Gehuchten (12), Marinesco (9), Nelis (i3), etc.] et cela aussi bien dans les cellules nerveuses motrices du névraxe, FIG. i85, que dans les cellules sensitives des ganglions cérébro-spinaux. Les recherches de Cajal et les nôtres ont établi que la substance chromophile, en se déposant dans le protoplasme de la cellule nerveuse, commence par incruster les points nodaux du réseau mis en relief par les liquides fixateurs. Ces points nodaux, en s’épaississant ainsi par accumulation de substance chromophile et en se fusionnant plus ou moins, peuvent donner naissance à des bâtonnets chromophiles granuleux ou homogènes de longueur variable.

La substance sensible aux couleurs d’aniline peut imprégner également les trabécules du réseau : les granulations chromophiles prennent alors un aspect étoilé. Cette imprégnation ou cette incrustation des points nodaux et des trabécules qui les relient entre eux par la substance chromophile, en devenant plus considérable encore, peut donner naissance à des blocs plus ou moins volumineux; ceux-ci seront granuleux ou homogènes suivant que les mailles circonscrites par ces trabécules auront été incomplètement ou complètement envahies.

D’après cette manière de voir les blocs de substance chromophile ne sont donc pas exclusivement formés par des granulations chromophiles unies entre elles par une substance amorphe comme le pensent Nissl, Becker (14), v. Lenhossek et Lugaro ; mais dans la constitution de chacun de ces blocs, quelque petit qu’il soit, intervient une partie du réseau protoplasmatique. C’est ce réseau qui forme en quelque sorte la charpente de l’élément chromophile. Ce réseau forme d’ailleurs la charpente de tout le protoplasme cellulaire. Arrivé dans les prolongements protoplasmatiques, ce réseau se régularise et donne naissance à des fibrilles granuleuses. Cette régularisation s’accentue encore dans le prolongement cylindraxile, au point de donner naissance à des fibrilles plus ou moins indépendantes.

Cette structure réticulée du protoplasme des cellules nerveuses a été admise par Held, Lugaro, Cajal, Flemming, nous-même, Marinesco, Nelis, Auerbach (i5) et beaucoup d’autres auteurs. Elle a été vivement combattue dans ces derniers temps par Bethe (16). En

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se servant de méthodes spéciales de fixation et de coloration, cet auteur est parvenu à mettre en évidence, dans le protoplasme des cellules nerveuses des mammifères, des fibrilles complètement indépendantes les unes des autres et pouvant se poursuivre sur une longueur considérable. Ces fibrilles existent aussi bien dans les prolongements protoplasmatiques que dans le prolongement cylindraxile. Arrivées dans le corps cellulaire, les fibrilles des prolongements protoplasmatiques s’écartent les unes des autres pour se îendre soit dans un prolongement protoplasmatique voisin, soit dans le prolongement cylindraxile après avoir traversé la masse de protoplasme qui entoure le noyau (fig. 187). Ce sont ces fibrilles entrecroisées dans le corps cellulaire qui donnent l’impression d un reseau , mais celui-ci n est qu’une apparence, chaque fibrille reste indépendante sui toute sa longueur sans présenter ni bifurcation, ni anastomoses.

Par ses recherches, Bethe arrive ainsi à admettre, pour le protoplasme des cellules nerveuses, la même structure que celle qui fut décrite il y a près de 3o ans par Max Schultze (17). En se basant sur des observations faites sur les cellules nerveuses de la corne antérieure du veau examinées à frais dans le sérum sanguin et sui les cellules nerveuses du lobe électrique de la torpille, ce savant a admis 1 existence, dans le protoplasme cellulaire et dans les prolongements qui en dépendent, de fibrilles séparées les unes des autres par une substance chargée de séries linéaires de fines granulations. Ces fibrilles, nettement visibles dans les prolongements protoplasmatiques, s’écartent les unes des autres dès leur entrée dans le corps cellulaire et s’y perdent dans le fouillis des fibrilles entrelacées. Il résulte d’une pareille structure, disait M. Schultze, que la cellule nerveuse ne représente rien d’autre que le corps d’origine du prolongement cylindraxile, en ce sens que les fibrilles qui constituent ce prolongement ne proviennent pas de la cellule nerveuse mais des prolongements protoplasmatiques. Ces fibrilles ne prennent donc pas leur origine dans le corps cellulaire ; elles ne font que changer de direction dans ce corps cellulaire pour se rendre soit dans l’axone, soit dans d’autres prolongements dendritiques.

Une structure fibrillaire de la partie non chromophile du protoplasme des cellules nerveuses a encore été décrite par Benda, Nissl, Becker, Reinke, Dogiel(i8), Cox (ig), Colluci(2o) et d’autres, mais les fibrilles mises en évidence par ces auteurs sont complètement différentes de celles vues par Schultze et Bethe.

A côté des auteurs qui admettent ainsi, dans le protoplasme cel-

Fig. 187.

Deux cellules pyramidales de la circonvolution centrale de l’homme.

(d’après Bethe.)

lulaire, une partie organisée ou structurée soit sous forme ^seau soit sons forme de fibrilles, il y en a encore d antres, tel V. Lenhos sek (6) par exemple, qui ne sont jamais parvenus a se couva, ncre d une partie réellement organisée. Pour v. Lenhossek, la part.e non chromophile du protoplasme cellulaire ne renferme que des granulations fines et brillantes dont la disposition peut etre assez ,eguhere pour donner l'apparence d'un réseau à mailles très étroites Auss, conclut-, 1 de ses recherches que le protoplasme nerveux possédé une structme granulo-spongieuse ou mieux encore pseudo-spongieuse sans trace aucune des fibrilles plus ou moins distinctes.

Cette grande divergence entre les auteurs, sur un point aussi important que celui de la structure du protoplasme des cellules nerveuses: ne doit pas nous surprendre. Nous ne devons pas oublier que toutes les recherches sur cette question doivent etre faites sur des matériaux fixés par les réactifs les plus divers, soumis ensuite à une série de mampelations et de lavages, à des colorations et des décolorations successives, de telle sorte qu’il nous est impossible de reconnaître, dans les préparations obtenues, ce qui préexiste réellemeut à l’état vivant de ce qui doit être attribué a l’action des réactifs. C’est là une difficulté insurmontable. La structure réticulée du protoplasme cellulaire existe incontestablement dans les coupes provenant de matériaux fixés dans 1 alcool ou le sublimé et colorées par le bleu de méthylène. Les fibrilles indépendantes décrites par Bethe existent, avec tout autant d’évidence, dans les coupes provenant de pièces traitées par sa méthode. Laquelle de ces deux structures existe en réalité dans la cellule vivante ? C’est là une question difficile à résoudre puisque, à 1 état vivant, le protoplasme des cellules nerveuses ne dévoile aucune structure et se présente simplement comme un amas de granulations.

Ce qui montre d’ailleurs bien toute la difficulté du problème et la part peut-être considérable qui doit revenir aux réactils dans les différentes structures décrites par les auteurs, ce sont les lésultats

publiés tout récémment par Golgi (21) et VERATTI (22) d’une part, par N ELIS (23) d’autre part, sur la structure de la partie non chromophile de la cellule nerveuse.

En se servant de sa méthode au chromate d’argent légèrement modifiée, Golgi et son élève Veratti sont parvenus à mettre en évidence, dans le corps des cellules nerveuses les plus diverses, une formation réticulaire à larges mailles, FIG. 188, dont ils ignorent

la signification. Cette formation réticulaire est

Fig. 188.

Cellule nerveuse du ganglion spinal d’un chien âgé d’environ 2 V2 ans.

(d’après Golgi.)

terminée du protoplasme cellulaire cellule, de façon à laisser inoccupées une couche périnucléaire assez épaisse et une zone périphérique beaucoup plus mince.

En étudiant, dans notre laboratoire, les cellules des ganglions spinaux des mammifères fixés dans le formol ou dans le liquide au sublimé de Gilson et colorés par l’hématoxyline à l’alun de fer de Heidenhain, un de nos meilleurs élèves, C. Nelis, a pu mettre en évidence, dans le protoplasme cellulaire, un élément étrange, se présentant sous la forme d’un cordon pâle, incolore, tantôt enroulé, tantôt pelotonné en quelque sorte sur lui-même. Peu apparent dans les cellules normales, fig. 190, ce cordon ou ce boyau

complètement différente de la structure fibrillaire classique admise par Schultze et n’a rien de commun avec le réseau intracellulaire décrit par Apa- THY, ainsi que nous avons pu nous en convaincre nous-même par l’examen des préparations de Golgi au récent congrès de Tübingen. Il résulte encore des recherches récentes (24) de notre savant collègue que cet appareil réticulaire existe déjà, mais moins développé que chez l’adulte, dans les cellules des ganglions spinaux pendant la vie intrautérine. Chez l’adulte, fig. 189, cet appareil réticulaire occupe principalement une couche dévoisine de la surface libre de la

Fig. 189.

Cellule nerveuse du ganglion spinal d’un cheval âgé de 20 ans. (d’après Golgi.)

devient beaucoup plus manifeste dans les cellules nerveuses des animaux morts par intoxication. C’est surtout dans 1 intoxication par le tétanos et par la rage que cet élément cellulaire apparait dans toute sa netteté, non pas seulement dans les cellules des ganglions cérébrospinaux, mais dans toutes les cellules du névraxe. On peut, dans ces conditions, le mettre en relief avec la simple coloration par le bleu de méthylène. Ce cordon incolore peut occuper alors toute l’étendue

du corps cellulaire et se poursuivre jusque dans les prolongements protoplasmatiques. Par ses plis et ses replis il donne au protoplasme un aspect tout-à-fait caractéristique auquel Nelis a donné provisoirement le nom d 'état spirémateiix , fig. 191-

Fig. 190.

Cellule d’un ganglion plexiforme de chien Cellule d’un ganglion plexiforme de chien (d’après Nelis). mort de rage (d’après Nelis).

Il est difficile de dire quelle est la valeur morphologique et physiologique de ce boyau. En se basant sur ses nombreuses recherches, Nelis croit que ce cordon préexiste plus que probablement dans la cellule normale plus ou moins caché par les granulations chromophiles, et que, sous l’influence de causes pathologiques variées, des modifications inconnues retentissent sur le boyau lui-même ou sur le protoplasme ambiant, de telle sorte que le premier devient par là plus manifeste et plus facile à mettre en évidence. Ce boyau intracellulaire n’est cependant pas sans structure. En décolorant

lentement les préparations traitées par l’hématoxyline au fer de Heidenhain, Nelis est parvenu à colorer dans ce boyau un filament axial. Ce filament correspond-il à une des fibrilles décrites par Bethe et le cordon blanc découvert par Nelis représenterait-il une espèce de gaine périfibrillaire? Nous l’avions cru d’abord, mais les fibrilles intracellulaires de Bethe sont beaucoup plus fines, ainsi que cela résulte de l’examen des préparations de Bethe fait par nous au récent congrès de Tübingen. En tout cas, vous voyez par ce qui précède que la structure de la partie non chromophile du protoplasme cellulaire est encore loin d’être résolue.

Différentes ainsi l’une de l’autre par la façon dont elles se comportent vis-à-vis du bleu de méthylène et par leur organisation propre, les deux parties, chromophile et non chromophile, du protoplasme cellulaire seraient encore différentes au point de vue de leur valeur fonctionnelle.

La partie non chromophile, quelle que soit sa structure, nous paraît être, avec Nissl, Lugaro, Marinesco, Apathy, Bethe, Cajal et beaucoup d’autres auteurs, l’élément constituant principal du protoplasme de la cellule nerveuse, celui à. qui incombe la fonction primordiale des éléments nerveux, la fonction de conduction.

Ce qui le prouve, c’est d’abord ce fait fondamental relevé, pour la première fois et d’une façon indépendante l’un de l’autre, par Simarro (25) et par Schaffer (26) : le prolongement cylindraxile de toute cellule nerveuse, c’est-à-dire la partie du neurone qui sert exclusivement à la transmission de l’influx nerveux d’un élément à un autre élément, l’axone, est formé uniquement par de la substance non chromophile. Nous avons vu que d’après les recherches de M. Schultze, confirmées par Apathy et Bethe, le cylindre-axe de la fibre nerveuse a une structure fibrillaire ; les fibrilles de ce cylindre-axe, arrivées dans le corps cellulaire, se continuent avec la partie organisée du protoplasme, réticulum ou fibrilles et, par là, avec les fibrilles des prolongements protoplasmatiques.

Ce qui prouve encore que la partie non chromophile est l’élément conducteur du neurone, c’est que cette substance forme à elle seule les ramifications terminales des prolongements protoplasmatiques des cellules nerveuses. Or, nous avons prouvé, dans les leçons précédentes, que ces prolongements servent à la conductibilité nerveuse. Il est même un fait qui, sous ce rapport, nous parait avoir une grande

importance. Nous avons déjà vu que les gros troncs protoplasmatiques, dans le voisinage immédiat de la cellule d’origine, sont formés à la fois de substance chromophile et de substance non chromophile. Il y a cependant des exceptions à cette disposition générale. Dès qu’un gros tronc protoplasmatique sert exclusivement à la fonction de conduction, il est, comme le prolongement cylindraxile, complètement dépourvu de granulations chromophiles et exclusivement formé par de la substance non chromophile; il en est ainsi pour le prolongement périphérique des cellules des ganglions cérébro-spinaux, il en est de même pour le gros prolongement protoplasmatique descendant de chacune des cellules mitrales du bulbe olfactif. Sur des coupes

Cellules mitrales du bulbe olfactif du lapin (méthode de Golgi).

d’un bulbe olfactif traité par la méthode de Golgi, fig. 192, on voit tout l’espace étendu entre les cellules mitrales et les glomérules olfactifs occupé par les prolongements protoplasmatiques descendants des cellules mitrales. Sur des coupes colorées par la méthode de Nissl, fig. ig3, cet espace reste complètement incolore.

Enfin, le protoplasme de toutes les cellules nerveuses qui rentrent dans le groupe des cellules caryochromes de Nissl est totalement privé de substance chromophile; or, il faut bien admettre que ce protoplasme cellulaire jouit de la conductibilité nerveuse.

Mais si la partie non chromophile est l’élément constituant principal du neurone, quelle valeur devons-nous attribuer à la partie chromophile?

Le fait que la substance chromophile manque complètement dans le protoplasme d’un grand nombre de cellules nerveuses prouve à l’évidence, nous semble-t-il, que cette substance n’est pas un élément essentiel du protoplasme cellulaire, un élément indispensable à la vie de la cellule nerveuse. Nous verrons, dans notre prochaine leçon, que la substance chromophile s’accumule dans la cellule nerveuse pendant la période de repos du neurone tandis qu’elle diminue parfois considérablement pendant toute la période d’activité.

Cellules mitrales du bulbe olfactif du lapin (méthode de Nissl).

De plus, chaque fois qu’un neurone se trouve lésé d’une façon quelconque, soit dans son intégrité anatomique par suite de la lésion de son prolongement cylindraxile, soit dans sa nutrition comme cela s’observe dans les empoisonnements, dans les troubles circulatoires et autres, nous voyons la substance chromophile diminuer et disparaître pour revenir bientôt en quantité beaucoup plus abondante lorsque la cellule semble être parvenue à faire face à la lésion subie. Nous basant sur ces faits, nous avons cru et nous croyons encore que la substance chromophile ne représente rien d’autre qu’une espèce de substance de réserve, nullement indispensable à l’élément nerveux.

Tous les auteurs ne partagent pas cette manière de voir. Marinesco (27) croit que la substance chromophile constitue une substance à haute tension chimique qui est le siège de phénomènes d’intégration et de désintégration continues. Pour lui, la cellule

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nerveuse n’est pas un simple conducteur, mais une source d’énergie. Le courant afférent, amené par les prolongements protoplasmatiques, subit des modifications d’intensité en traversant la cellule nerveuse grâce aux éléments chromophiles qui siègent dans les prolongements protoplasmatiques et dans le cytoplasme. L’onde nerveuse, en passant par le corps cellulaire, subit une augmentation d’énergie potentielle due à l’ébranlement des éléments chromophiles. C’est pour ce motif qu’il a désigné la partie chromophile du protoplasme cellulaire sous le nom de kinétoplasme. Quant au mécanisme intime de cette augmentation d’énergie potentielle, il les rapporte à des actes chimiques dans lesquels interviennent les éléments chromophiles.

Combattue par Ballet et Dutil, (28) Goldscheider et Flatau (29) qui ont montré que la fonction nerveuse n’est pas abolie alors qu’il y a dissolution de la substance chromophile, cette théorie du kinétoplasme a été admise surtout par Prenant (3o). Cet auteur considère même cette partie chromophile du proto- ,

plasme cellulaire comme la partie capitale en quelque sorte de la cellule 'nerveuse, comme un véritable protoplasme supérieur.

Pour arriver à cette conception de la valeur physiologique de la substance chromophile, ces auteurs s’appuient surtout sur le fait que les éléments chromophiles sont situés sur le trajet même des trabécules du réseau protoplasmatique.

Mais ce fait a perdu beaucoup de son importance depuis que les recherches récentes de Bethe et de Nelis ont mis en doute l’existence d’un réseau dans le protoplasme de la cellule vivante. Les fibrilles décrites par Bethe sont indépendantes des éléments chromophiles et les préparations de Nelis tendent à démontrer que les blocs de substance chromophile ne font

Fig. 194.

Cellules de la corne antérieure de la moelle d’un homme âgé de 60 ans, montrant les amas de granulations pigmentaires.

3io

qu’occuper les intervalles laissés libres par les fibrille^ entourées de leur gaine périfibrillaire.

La question de la valeur physiologique de la partie chromophile du protoplasme cellulaire ne pourra donc être résolue que lorsque nous serons mieux renseignés sur la structure de la partie non chromophile.

Pigment. A côté des granulations chromophiles on trouve encore, dans le protoplasme d’un grand nombre de cellules nerveuses (cellules des ganglions cérébro-spinaux, cellules radiculaires de la moelle, cellules pyramidales de l’écorce cérébrale, etc.), un amas plus ou moins compact et plus ou moins étendu de granulations spéciales, granulations pigmentaires, d’une coloration jaune-verdâtre sur les préparations traitées par la méthode de Nissl, fig. 194. Ce pigment fait complètement défaut au moment de la naissance ; il augmente insensiblement avec l’âge. On ignore complètement la signification de ces granulations pigmentaires.

Les uns y voient avec Cajal (3i) un produit de désassimilation dont la cellule ne parvient pas à se débarrasser. Marinesco considère ces granulations pigmentaires comme une modification chimique des granulations chromophiles. Obreja etTATüSES (32) attribuent aux granulations pigmentaires une nature graisseuse ou plutôt myéli* nique. Se basant sur ce fait que la myéline est formée ep partie du moins de lécithine, ces auteurs sont tentés d’attribuer au pigment une importance tout aussi considérable qu’au vitellus de l’œuf et de le considérer comme un aliment d’épargne. Ils prétendent avoir constaté la disparition presque totale du pigment dans les cellules nerveuses de la moelle d’un chien strychnisé et d’un homme mort de tétanos, tandis qu’ils ont vu le pigment s’accumuler davantage dans les centres nerveux pendant l’inactivité. L’abondance du pigment serait, d’après ces auteurs, en rapport direct avec l’inactivité de la cellule. C’est là une conclusion difficile à admettre surtout si l’on se rappelle que les granulations pigmentaires font complètement défaut dans les cellules du névraxe pendant les premières années de la vie. D’ailleurs cette diminution considérable des granulations pigmentaires dans les cas de tétanos, signalée par Obreja et Tatuses n’est cependant pas un fait constant, ainsi que cela résulte de l’examen d’une moelle provenant d’un homme mort de tétanos que nous a fournie notre savant confrère le Dr Crocq.

La structure du noyau.

Le noyau des cellules nerveuses paraît avoir une structure excessivement simple. Sur des coupes du névraxe fixées par l’alcool ou le sublimé et colorées par les couleurs basiques d’aniline, on voit

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que le noyau est nettement séparé du cytoplasme ambiant par une membrane bien apparente. Son centre est occupé par un nucléole volumineux fixant énergiquement les matières colorantes d aniline- Ce nucléole est le plus souvent unique. Quelquefois on en rencontre deux, plus rarement trois ou quatre. Du pourtour du nucléole on voit partir quelques trabécules irrégulières, anastomosées entre elles et se rendre vers la face profonde de la membrane nucléaire.

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