LIV : Coupe faite au niveau du quatrième nerf lombaire
Dans le cordon antérieur :
a) le faisceau pyramidal du cordon antérieur et
h) le faisceau fondamental (Vorderstrang-Grundbündel).
Dans le cordon latéral :
a) le faisceau pyramidal du cordon latéral ;
h) le faisceau cérébelleux (directe Kleinhirn-Seitenstrangbalm) et c) le faisceau fondamental du cordon latéral (Seitenstrangreste).
Dans ce dernier il distingue deux parties : 1° une partie interne : la couche limitante latérale de la substance grise (seitliche Grenzschicht der grauen Substanz) ; 2° une partie externe : la zone inelan gce anterieure du cordon latéral (vordere gemischte Seitenstrangzone).
Dans le cordon postérieur :
a) le faisceau de Goll et
b) le faisceau de Btjrdach.
Voici suivant quel ordre et à quelle époque les fibres de ces différents faisceaux s’entourent de leur gaine de myéline.
Chez les embryons de 25 ctm., on trouve la myéline :
a) Aux fibres commissurales et aux fibres radiculaires des nerfs périphériques ;
Position des faisceaux pyramidaux dans la moelle cervicale, OU et CVII-VIII, dans la moelle dorsale, DIII et DVI, et dans la moelle lombaire, LI et LV d’un enfant
nouveau-né (d’après Flechsig).
b) aux fibres du faisceau fondamental du cordon antérieur ;
c) aux fibres du faisceau de Burdach et
d) aux fibres de la zone mélangée antérieure du cordon latéral. Les fibres du cordon de Goll sont entourées de leur gaine de
myéline chez des embryons de 28 à 3o ctm. de longueur.
Quand l’embryon atteint 32 ctm., la myéline se développe dans les fibres de la couche limitante latérale de la substance grise.
Sur des embryons un peu plus âgés, la myéline apparaît dans le faisceau cérébelleux, puis dans le faisceau de Gowers. Enfin, ce n’est que sur des embryons de 49 à 52 ctm. de longueur, c’est-à-dire au moment de la naissance et même quelque peu après celle-ci, que la myéline apparaît dans les faisceaux pyramidaux. Aussi, la moelle épinière d enfants nouveau-nes constitue-t-elle, pour ce motif, un objet éminemment favorable pour étudier la position exacte des faisceaux pyramidaux, ainsi que le montrent les coupes de la fig. 220.
J’appelle, en passant, votre attention sur le fait suivant : en recherchant l’époque d’apparition de la myéline dans les fibres des voies pyramidales dans la série' animale, Bechterew a pu constater que le faisceau pyramidal est complètement développé, au moment de la naissance, chez tous les animaux dont les petits courent librement dès qu’ils arrivent au monde, tandis que les fibres de ce faisceau sont dépourvues de myéline chez les petits des autres animaux. Il me semble que l’on doit tirer de ce fait la conclusion suivante : pour qu’une fibre nerveuse du système nerveux cérébro-spinal puisse remplir sa fonction physiologique, elle doit être arrivée à l’état de développement complet et être devenue une fibre myélinique.
Cette conclusion n’est cependant pas rigoureusement exacte. Il existe, en effet, dans le système nerveux de l’adulte, un grand nombre de fibres nerveuses complètement dépourvues de gaine de myéline et réduites soit au cylindre-axe entouré de la membrane de Schwann : telles les fibres du système nerveux sympathique et les fibres olfactives ; soit exclusivement au cylindre-axe : telles toutes les fibres centrales et périphériques du système nerveux cérébro-spinal dans le voisinage immédiat de leur origine et de leur terminaison. D’ailleurs, tous les prolongements protoplasmatiques de toutes les cellules nerveuses (à l’exclusion du prolongement périphérique des cellules des ganglions cérébro-spinaux) sont constamment dépourvus et de la gaine de myéline et de la membrane de Schwann et cependant ils remplissent leur fonction de conduction. Pour qu’une fibre nerveuse puisse remplir sa fonction de conduction, la gaine de myéline n’est donc pas indispensable ; la seule condition requise, c’est que les connexions anatomiques soient établies par les prolongements protoplasmatiques et par le prolongement cylindraxile. Dès que les connexions existent, les neurones peuvent fonctionner. La gaine de myéline, isolant mieux les fibres nerveuses, facilite sans aucun doute ce fonc-
tionnement, mais ne constitue pas l’élément indispensable à ce fonctionnement ; cet élément indispensable est représenté par le cylindre-axe [Van Gehuchten (2)].
A quelle époque ces connexions anatomiques se trouvent-elles établies ? C’est ce que nous ignorons encore complètement. Mais ce que nous savons, c’est que la myéline ne se forme autour des prolongements cylindraxiles que quand les connexions anatomiques sont établies, et tous les faits connus jusqu’à présent semblent démontrer que la myéline se forme dès que la croissance du prolongement cylindraxile est terminée. L’ordre suivant lequel les différents faisceaux de fibres nerveuses deviennent des fibres myélinisées indiquera donc également l’ordre suivant lequel ces mêmes faisceaux de fibres nerveuses se sont développés. En nous basant donc sur l’époque de la formation de la myéline, époque que les recherches de Flechsig nous ont fait connaître, il nous sera possible de reconstituer pour ainsi dire le tableau chronologique des mouvements dont l’embryon a été capable pendant sa vie intra-utérine.
D’après les recherches de Flechsig, la substance blanche apparait d’abord dans la moelle, pour envahir ensuite insensiblement les parties supérieures de l’axe cérébro-spinal. Dans les premiers temps, elle est limitée à des parties de la moelle épinière et de la moelle allongée, puis elle se montre dans la protubérance annulaire, le cervelet et la région de la calotte ; en dernier lieu, elle apparaît dans les pédoncules cérébraux et les hémisphères cérébraux. De telle sorte que, au moment de la naissance, la moelle est complètement développée à l’exclusion des faisceaux pyramidaux, tandis que le cerveau terminal est encore entièrement formé de substance grise a l’exclusion de la capsule interne, des lames blanches du noyau lenticulaire et de la capsule externe.
De toutes les parties de l’axe cérébro-spinal, la moelle est donc la première à prendre sa constitution anatomique définitive. Elle est donc aussi la première apte à exercer ses fonctions physiologiques. Mais la moelle ne peut servir que de centre automatique et de centre réflexe. Les premiers mouvements qui apparaissent pendant la vie intra-utérine doivent donc être ou des mouvements automatiques ou des mouvements réflexes.
Le mode d’apparition de la myéline dans les différents faisceaux de la moelle permet de pousser cette analyse plus loin encore. En effet, de toutes les fibres nerveuses de la moelle, celles qui constituent
les nerfs périphériques sont les premières à s’entourer de myéline. Ce seront donc aussi les premières à entrer en fonction. Elles ne peuvent que transmettre à la moelle une excitation périphérique ; celle-ci ne peut pas arriver au cerveau terminal, puisque toute la partie supérieure de l’axe cérébro-spinal est dépourvue de myéline ; elle ne peut donc que se transmettre à une cellule motrice voisine et par là à un muscle périphérique. Les premiers mouvements réflexes seront donc très simples. La myéline apparaît dans ces fibres périphériques sur des embryons de 20 à 25 ctm. de longueur, c’est-à-dire en moyenne pendant la première moitié du cinquième mois de la vie intra-utérine. Or, on sait que les premiers mouvements sensibles apparaissent vers cette époque dans l’embryon.
Après les fibres radiculaires, ce sont les fibres des voies courtes qui développent leur myéline : le faisceau fondamental du cordon antérieur, une partie du faisceau fondamental du cordon latéral et les fibres du cordon de Burdach (nous verrons bientôt que les fibres de ce cordon sont en réalité des voies courtes). Les excitations périphériques transmises à la moelle par les fibres des racines postérieures pourront donc s’étendre, par ces fibres commissurales longitudinales, à des portions plus étendues de la moelle, exciter un plus grand nombre de cellules motrices et produire des mouvements réflexes complexes.
Les fibres du cordon de Goll achèvent alors leur développement. Les excitations périphériques seront transmises par elles sur toute la longueur de la moelle épinière et à la partie inférieure de la moelle allongée. Sur des embryons de 26 à 3o cmt., les mouvements réflexes seront encore plus complexes.
Puis viennent les fibres de la partie interne du faisceau fondamental du cordon latéral, les fibres du faisceau cérébelleux et du faisceau de Gowers. Ces dernières portent les impressions périphériques jusqu’au cervelet, organe unanimement considéré par les physiologistes comme un centre de coordination des mouvements.
Au huitième mois les fibres qui partent du noyau du faisceau de Goll et du noyau du faisceau de Burdach se myélinisent ; ces fibres appartiennent à la voie sensitive centrale et conduisent les impressions aux; masses grises supérieures : les couches optiques et la substance corticale du cerveau terminal.
En dernier lieu seulement la myéline se constitue dans les fibres des voies pyramidales amenant l’époque des mouvements d’origine corticale.
Le schéma représentant la répartition, clans la substance blanche de la moelle, des différents faisceaux de fibres nerveuses physiologiquement différents obtenu par l’étude des dégénérescences secondaires concorde parfaitement avec le schéma trouvé par Flechsig. Il n’y a entre ces deux schémas qu’une différence peu importante : Flechsig subdivise le faisceau fondamental du cordon latéral en un faisceau interne, la couche limitante latérale de la substance grise , et un faisceau externe, la zone mélangée antérieure du cordon latéral. Cette zone mélangée antérieure correspond, en partie du moins, au faisceau de Gowers.
De l’examen de ces schémas ressort encore un fait sur lequel Sherrington(7) et Flatau (3) ont appelé l’attention et qui mérite d’être signalé : les fibres courtes de la moelle épinière se trouvent toujours dans le voisinage immédiat de la substance grise, tandis que les fibres qui constituent les voies longues occupent généralement les zones périphériques de la substance blanche. C’est ce que Flatau a désigné sous le nom de loi de la position excentrique des voies longues dans la ■moelle épinière.
Après avoir ainsi établi, dans la substance blanche de la moelle épinière, la situation et les rapports réciproques des différents faisceaux de fibres nerveuses physiologiquement différents, nous devons nous demander : d’où viennent ces fibres nerveuses ? en d’autres termes, où ces fibres nerveuses ont-elles leurs cellules d’origine ?
Prenons d’abord les fibres des faisceaux pyramidaux.
Origine des fibres des faisceaux pyramidaux.
Nous avons vu que, en sectionnant transversalement la moelle en un point quelconque, les fibres des faisceaux pyramidaux dégénèrent toujours en dessous du point sectionné. Nous en avons conclu que chacune de ces fibres doit avoir sa cellule d’origine en un point de 1 axe cérébro-spinal situé au-dessus du plan de section. En étudiant, dans les leçons ultérieures, la structure interne dps parties supérieures de 1 axe nerveux, nous retrouverons ces voies pyramidales à travers toute la longueur de la moelle allongée, de la protubérance annulaire et du pédoncule cérébral ; nous les reverrons encore dans la capsule interne et dans la substance blanche du centre ovale de chaque hémisphère. Les fibres qui constituent ces faisceaux ont, en effet,
en majeure partie leurs cellules d’origine dans une région déterminée de l’écorce grise du cerveau terminal.
Nous avons déjà dit que, en descendant le long de la moelle, ces faisceaux pyramidaux diminuent insensiblement de volume, parce que, à chaque instant, des fibres quittent ces faisceaux pour se terminer dans la substance grise. Le faisceau pyramidal latéral peut être poursuivi, comme faisceau distinct, jusqu’à la partie inférieure de la moelle lombaire ; des fibres isolées de ce faisceau descendent cependant jusqu’au niveau du filet terminal. Le faisceau pyramidal antérieur disparaît, comme faisceau distinct, vers la partie moyenne de la moelle dorsale ; des fibres isolées peuvent cependant se poursuivre jusque vers l’origine du quatrième nerf sacré. Depuis l’application de la méthode de Golgi à l’étude de la fine structure de l’axe cérébrospinal, nous savons que, en descendant le long de la moelle, les cylindres-axes de ces fibres nerveuses émettent des collatérales qui pénètrent horizontalement dans la substance grise et s’y terminent par des ramifications libres.
Les fibres des faisceaux pyramidaux de la moelle ont donc leurs cellules d’origine dans la substance grise de l’écorce cérébrale et elles se terminent, par leurs ramifications collatérales et terminales, dans la substance grise de la corne antérieure de la moelle épinière. Et, chose remarquable, les fibres pyramidales de la moelle qui proviennent de l’hémisphère cérébral droit trouvent leur terminaison dans la substance grise de la moitié gauche de la moelle, tandis que les fibres provenant de l’hémisphère cérébral gauche , arrivées dans la moelle, se terminent dans la corne antérieure de la moitié droite , fig. 221.
En descendant de l’écorce cérébral jusque dans la moelle épinière, ces fibres subissent un entrecroisement. Cet entrecroisement se fait, pour les fibres du faisceau pyramidal du cordon latéral, à la partie inférieure de la moelle allongée, là où nous avons décrit la décussation des pyramides ; pour les fibres du faisceau pyramidal antérieur, cet entrecroisement se fait dans la commissure antérieure le long de la moelle épinière elle-même. Les fibres du faisceau pyramidal latéral renferment donc, le long de la moelle, des fibres déjà entrecroisées, qui se termineront dans la substance grise de la corne antérieure du même côté. Pour ce motif, on appelle souvent ce faisceau : le faisceau pyramidal croisé. Le faisceau pyramidal antérieur, au contraire, renferme, le long de la moelle, des fibres provenant directement de l’hémisphère cérébral correspondant, fibres qui ne s’entrecroiseront
Fig. 221.
Schéma clés voies pyramidales.
dans la commissure antérieure que pour aller se terminer dans la substance grise du côté opposé. Ce faisceau porte encore le nom de faisceau pyramidal direct.
Toutes les fibres qui constituent le faisceau pyramidal du cordon latéral ne sont pourtant pas des fibres cortico-spinales. Depuis longtemps déjà Bouchard (4) a fait remarquer que la dégénérescence descendante, qui survient dans le cordon latéral à la suite d’une lésion transversale complète de la moelle, occupait une zone plus étendue que celle qui est consécutive aux lésions corticales de l’hémisphère du côté opposé. Ce fait a été confirmé par les recherches expérimentales de Lôwenthal (5) de Singer et Munzer (6), de Sherrington (7) et surtout par les recherches ingénieuses de Munzer et Wiener (8). Ces auteurs ont commencé par produire une atrophie totale de la voie cortico-spinale en détruisant chez le lapin, quelques jours après la naissance, toute l’écorce d’un hémisphère cérébral. Deux ans plus tard ils ont pratiqué, chez le même animal, une hémisection de la moelle du côté opposé et ils ont pu constater une forte dégénérescence du faisceau pyramidal croisé. Il' résulte de toutes ces recherches que le faisceau pyramidal du cordon latéral doit renfermer au moins deux espèces de fibres nerveuses : des fibres corticales et des fibres qui doivent provenir d’une autre partie du névraxe.
L’origine de ces dernières fibres n’est pas encore élucidée. Ce qui semble résulter de l’ensemble des recherches faites sur ce point important, c’est que ces fibres doivent provenir soit du pont de Varole, soit d’une masse grise quelconque du mésencéphale ou du diencéphale.
Marchi (9) a cru que ces fibres provenaient du cervelet, mais ce fait a été controuvé. D’après les recherches expérimentales de Boyce (10), ces fibres dégénèrent après une section du mésencéphale. Pour Ferrier et Turner (ii), elles proviendraient de la protubérance annulaire et auraient leur origine dans le noyau latéral du ruban de Reil. Munzer (12) n’admet pour ces fibres ni une origine cérébelleuse, ni une origine dans les tubercules quadrijumeaux ; ces fibres auraient une origine médullaire. Rothmann (i3) semble partager cette manière de voir. Tschermak (14), en se basant sur des observations de Flechsig, Monaicow, Boyce, Schrader et autres, admet avec Held et Cajal que ces fibres proviennent du noyau rouge. Cette opinion ne nous paraît pas exacte, nous croyons que les cellules du noyau rouge envoient leur axone dans le pédoncule cérébelleux supérieur et, par là, dans le noyau denté du cervelet. Nous avons, en effet, constaté la chromolyse des cellules du noyau rouge chez le lapin après l’extirpation du flocculus du cervelet avec lésion concomitante du noyau denté.
Thomas (i5) décrit, chez le chat, les fibres du faisceau pyramidal qui ne proviennent pas de l’écorce cérébrale sous le nom àe faisceau triangulaire prépyramidal sans pouvoir établir leur origine.
Ces fibres prépyramidales existent également chez les oiseaux bien que leur moelle épinière ne contienne pas de fibres pyramidales . Elles y proviendraient, d’après Munzer et Wiener (16), du corps bijumeau, du mésencéphale et du diencéphale, aussi ces auteurs les désignent-ils sous le nom de faisceau di-mésencéphalo-spinal.
Les fibres du faisceau pyramidal du cordon antérieur n’ont pas non plus toutes une origine corticale. Parmi ces fibres un grand nombre appartiennent au faisceau longitudinal postérieur et, par là, proviennent, ainsi que nous l’avons démontré chez la truite (17) et la salamandre, de masses grises situées dans les diverses régions du névraxe depuis le mésencéphale jusqu’au myélencéphale.
D’autres proviennent des tubercules quadrijumeaux antérieurs en formant un faisceau de fibres nerveuses auquel Held (18) a donné le nom de système optique acoustique réflexe et que nous avons désigné (17) sous le nom de faisceau optique descendant. Ce faisceau descend au devant du faisceau longitudinal postérieur (faisceau longitudinal prédorsal de Tschermak) et peut se poursuivre jusque dans la moelle épinière. D’autres enfin proviennent du cervelet et constituent le faisceau cérébelleux descendant de la moelle épinière [Thomas (19)].
I Origine des fibres des cordons postérieurs.
D’où viennent les fibres des cordons postérieurs ?
D’une manière générale on peut dire que les fibres des cordons postérieurs ont leurs cellules d’origine en dehors de l’axe cérébrospinal, dans les ganglions spinaux.
Les ganglions spinaux sont des amas de cellules nerveuses situés sur le trajet des racines postérieures des nerfs spinaux, immédiatement en dedans de l’endroit où ces fibres postérieures se réunissent aux fibres de la racine antérieure correspondante pour constituer le nerf mixte périphérique. Chaque ganglion spinal est formé d’un nombre considérable de cellules nerveuses groupées en îlots plus ou moins distincts par le passage des fibres de la racine postérieure, FIG. 222.
Quand on examine ces cellules à un grossissement convenable, sur des préparations traitées par la méthode de Nissl, on voit que la partie chromophile du protoplasme cellulaire peut présenter des formes et une répartition excessivement variées au point de
donner naissance à un grand nombre de types cellulaires qui ont été décrits d’une façon toute spéciale par Nissl (20) et par nous-même en collaboration avec C. Nelis (21). Parmi ces types cellulaires il en est surtout deux qui méritent d’attirer l’attention. Signalés tout d’abord par Flesch et ses élèves sous le nom d 'éléments chromophobes et à' éléments chromophiles , ces deux types ont été désignés par Lugaro (22) et par nous sous le nom de cellules claires et de cellules obscures. Les
Coupe longitudinale d’un ganglion spinal du chien (méthode de Nissl),
cellules claires ont généralement un volume considérable; la substance chromophile y affecte les formes les plus variées ; elles peut s’y présenter tantôt sous forme de granulations excessivement fines réparties sans ordre apparent dans toute l’étendue du corps cellulaire, FIG. 223 et 224; tantôt sous forme de filaments assez gros à contours irréguliers, à trajet tortueux, FIG. 223 ; quelquefois même, dans certaines cellules, la partie chromophile se présente sous forme de blocs plus ou moins volumineux d’où l’on voit partir de fins filaments reliant les blocs les uns aux autres de telle sorte que cette partie du corps cellulaire prend un aspect plus ou moins nettement réticulé, FIG. 224. Dans toutes ces cellules claires, les granulations chromophiles sont plongées dans une substance non chromophile complètement incolore ; de plus, ces cellules présentent presque toujours une zone
périphérique de protoplasme complètement dépourvue de granulations chromophiles, (Fig. 225). Les cellules obscures, au contraire, sont beaucoup plus petites et, de plus, la substance chromophile
Quelques cellules de la coupe précédente dessinées à un fort grossissement.
semble imprégner quelque peu toute l’étendue du- corps protoplasmatique.
Fig. 224.
Deux cellules d’un ganglion spinal du porc (méthode de Nissl).
é)n ignoie encore, dans 1 état actuel de la science, la valeur qu’il laut attribuer à ces aspects divers sous lesquels peut se présenter la
partie chromophile dans le protoplasme des cellules constitutives des ganglions cérébro-spinaux.
Quelque soit le type morphologique auquel ces cellules puissent
appartenir, elles ont encore presque toutes comme caractère saillant de n’être pourvues que d’un seul prolongement cellulaire. Ce prolongement unique commence, dans le corps même de la cellule nerveuse, par une partie évasée en forme de cône, totalement dépourvue de substance chromophile et connue sous lé nom de cône d’origine de l'axone , fig. 225. Ce cône d’origine présente une structure nettement fibrillaire.
Quand on étudie ces cellules des ganglions spinaux de l’adulte soit avec la méthode au bleu de méthylène de Ehrlich [Dogiel (23), Cajal et Oloriz (24)1 ; soit, comme nous l’avons fait, avec la méthode d’imprégnation préconisée tout récemment par Kronthal, on retrouve dans chaque ganglion les deux éléments clairs et obscurs que nous avons décrits plus haut, fig. 226. Ce qui les caractérise c’est que les cellules obscures, petites et pyriformes, sont pourvues d’un prolongement excessivement grêle qui quitte en ligne directe le corps cellulaire pour se subdiviser bientôt en un prolongement central et un prolongement périphérique. D’après les recherches de Retzius et de Dogiel, le prolongement de ces cellules obscures est toujours dépourvu de gaine de myéline. Le prolongement unique des cellules claires se comporte tout autrement. Dans le voisinage immédiat de la cellule d’origine ce prolongement, généralement beaucoup plus épais que celui des cellules obscures, s’enroule un certain nombre de fois sur lui-même et produit ainsi, conformément aux observations de Retzius, Dogiel, Cajal et Oloriz, un véritable glomérule initial. Redevenu rectiligne, ce prolongement unique se bifurque, à une distance parfois considérable du corps cellulaire, en un prolongement central et un prolongement périphérique. Cette bifurcation peut se faire sous les angles les plus variables.
A côté de ces cellules unipolaires dont le prolongement unique se bifurque pour donner naissance à un prolongement interne et à un prolongement externe qui
Cellule d’un ganglion spinal de lapin montrant le cône d’origine de l’axone (méthode de Nissl).
quittent le ganglion pour se rendre l’un dans la racine postérieure et l’autre dans le nerf périphérique, Dogiel admet encore l’existence, dans chaque ganglion spinal, de deux autres types cellulaires :
i° Des cellules unipolaires dont le prolongement unique se divise en un grand nombre de fibres à myéline, fibres qui ne sortent pas du ganglion mais se terminent par des plexus pericellulaires autour des cellules décrites plus haut. Ces cellules elles-mêmes seraient en connexion avec des fibres sympathiques.
2° Des cellules multipolaires probablement de nature sympathique.
Plus récemment encore (25) le même auteur a décrit un nouveau type cellulaire : ce sont des cellules nerveuses dont le tronc unique se divise en un prolongement interne pénétrant dans la racine postérieure et un prolongement externe se divisant et se subdivisant dans le ganglion lui-même pour s’y terminer par des touffes de ramifications libres.
Dogiel conclut de ses recherches qu’un grand nombre de ganglions spinaux, si pas tous, ont un caractère mixte : ils renfermeraient à la fois des cellules propres à ces gan- Cellules du ganglion de Gasser d’un lapin adulte glions et des cellules (méthode de Kronthal).
sympathiques.
Nous savons que, embryologiquement, les ganglions spinaux sont formés de cellules bipolaires et que, dans le cours du développement, ces cellules se sont transformées en cellules unipolaires.
Des deux prolongements qui dépendent de chacune de ces cellules nerveuses, l’externe, devenu le cylindre-axe d’une fibre périphérique, se termine par des ramifications libres, soit entre les rangées épithéliales de l’épiderme et des muqueuses périphériques pour y recueillir les impressions du dehors, soit dans les parties internes du corps : les os, le périoste, les muscles, les séreuses, etc., pour y recueillir les impressions internes. Le prolongement interne, au contraire, se dirige vers la moelle. Il devient le cylindre-axe d’une fibre nerveuse des racines postérieures, arrive à la moelle au niveau du sillon colla-
Fig. 226.
téral dorsal et pénètre directement dans la partie externe du cordon postérieur. Là, ce prolongement se bifurque en une branche ascendante et une branche descendante qui vont devenir l’une et l’autre cylindre-axe d’une fibre constitutive des cordons postérieurs, fig. 227 et 228.
Entrée des fibres des racines postérieures dans le Entrée des fibres radiculaires cordon postérieur de la moelle d’un embryon de veau. postérieures chez le lapin (Méthode de Golgi). adulte. (Méthode de Kronthal)
Les branches descendantes sont généralement courtes ; elles descendent plus ou moins loin dans le cordon posterieui, puis se recourbent à angle droit sur elles-mêmes et pénètrent horizontalement dans la substance grise pour s’y terminer par des ramifications libies.
Les branches ascendantes peuvent se comporter de différentes manières. Ou bien ces branches sont courtes, elles ne montent dans le cordon postérieur que sur une faible étendue, puis elles se îecouibent dans la substance grise et s’y terminent; ce sont les fibres courtes des cordons postérieurs. Ou bien, les branches ascendantes sont excessivement longues, elles parcourent toute la longueur de la moelle épinière, depuis l’entrée de la racine postérieure à laquelle elles appar-
A gauche, nous avons représenté les différentes fibres provenant d’une seule racine. A droite, nous avons représenté la position relati\ e des fibres longues provenant de racines différentes. Chaque ganglion spinal a été représenté par une seule cellule unipolaire*
tiennent jusqu’à la partie inférieure de la moelle allongée, où elles vont se terminer dans la substance grise qui existe au niveau de la clava; ce sont les fibres longues.
Ou bien encore, les branches ascendantes ont une longueur comprise entre ces deux extrêmes ; elles montent donc plus ou moins haut dans le cordon postérieur, puis se recourbent sur elles-mêmes et se terminent dans la substance grise; ce sont les fibres moyennes. Nous avons représenté, dans la moitié gauche du schéma de la fig. 229, le trajet, dans le cordon postérieur, des différentes fibres appartenant à une même racine. En montant et en descendant dans ce cordon, les branches ascendantes et descendantes émettent de nombreuses branches collatérales qui pénètrent horizontalement dans la substance grise et s’y terminent par des ramifications libres. Ces collatérales, nées des branches de bifurcation des fibres des racines postérieures, sont principalement des collatérales longues , sensitivomotrices, dans le voisinage immédiat de la bifurcation. Ces collatérales longues se ramifient et se terminent entre les cellules nerveuses de la corne antérieure. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne du point de bifurcation, les collatérales sont courtes ; elles se ramifient et se terminent dans les diverses régions de la corne postérieure.
Littérature.
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