DIX-HUITIEME LEÇON
La structure interne de la moelle épinière.
(Suite).
Place occupée dans le cordon postérieur par les fibres longues et les fibres courtes. Fibres endogènes et fibres exogènes. — Fibres à trajet descendant.
Les éléments nerveux de la substance grise de la moelle.
Les cellules nerveuses : cellules radiculaires et cellules des cordons.
Les branches ascendantes nées de la bifurcation des fibres radiculaires postérieures comprennent, avons-nous vu, des fibres longues, des fibres moyennes et des fibres courtes.
Où se trouvent, dans le cordon postérieur, ces fibres longues et ces fibres courtes et quel est le trajet que suivent dans ce cordon les fibres qui appartiennent à une racine postérieure déterminée?
Pour résoudre ces questions, on a eu recours à des recherches expérimentales sur des animaux et à des observations anatomo-pathologiques chez l’homme. Nous avons dit qu’après une section transversale complète de la moelle, il y avait dégénérescence de toutes les fibres du cordon postérieur dans les coupes pratiquées non seulement au-dessus du plan de section, mais encore en dessous de l’entrée dans la moelle de la racine postérieure immédiatement voisine. Cette remarque avait son importance, parce que chaque racine postérieure amène dans le cordon postérieur des fibres nouvelles, lesquelles, n ayant pas été sectionnées, ne subissent pas la dégénérescence secondait e.
Prenons une moelle présentant, en un point quelconque, une interruption complète de toutes les fibres de la substance blanche soit à la suite d’une section expérimentale FIG. 23o, soit comme conséquence d’une lésion pathologique. Vous savez que si l’on pratique dans cette moelle une coupe transversale immédiatement au-dessus du point sectionné ou lésé, on y trouvera en dégénérescence toutes les fibres du cordon postérieur FIG. 23o, A. Si, au contraire, on pratique une coupe à quelques centimètres au-dessus du point
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lésé, c’est-à-dire au-dessus de l’entrée, dans ce^tronçon supérieur de la moelle, des racines postérieures d’un ou de deux nerfs périphériques, la zone des fibres dégénérées n’occupera plus que la partie interne du cordon postérieur, tandis que sa partie externe sera
Fig. 23o.
Série de coupes transversales faites dans la moelle épinière d’un lapin ayant survécu 12 jours à la section de la moelle au niveau du 20e segment (les cordons postérieurs sont seuls représentés).
formée de fibres normales, FIG. 23o, B. Celles-ci ne peuvent appartenir qu’aux racines postérieures qui ont pénétré dans la moelle entre le niveau d’interruption des fibres de la substance blanche et le niveau auquel correspond la coupe. A leur entrée dans les cordons postérieurs, les fibres des racines postérieures vont donc occuper la partie du cordon voisine de la corne grise. Cette partie externe du cordon postérieur porte le nom de zone radiculaire. Si l’on pratique dans cette moelle une coupe à un endroit plus éloigné encore du point lésé, fig. 23o, C. D. E. F . etc., la zone des fibres dégénérées, considérablement réduite, n occupera plus dans le cordon postérieur que la
partie voisine du septum médian. Le faisceau de fibres dégénérées diminue en même temps de volume de bas en haut ; cette diminution est due aux fibres courtes qui quittent ce faisceau pour se terminer dans la substance grise au fur et à mesure qu’il monte dans la moelle. Ce faisceau, de plus en plus réduit, peut se poursuivre jusqu’au niveau de la masse grise du myélencéphale connue sous le nom de noyau du faisceau de Goll, fig. 23o H. Cette masse grise représente le noyau terminal des fibres longues des cordons postérieurs appartenant aux nerf sacrés, aux nerfs lombaires et aux nerfs dorsaux inférieurs.
Pour faire la contre-épreuve de ces expériences et pour déterminer plus exactement encore le trajet, dans le cordon postérieur, des fibres provenant d’une racine postérieure donnée, Singer et Munzer (i) ont sectionné, sur un chien, d’un seul côté de la moelle, les racines postérieures du 26e, 27e et 28e nerf spinal, puis celles du 20e,
21e et 22e nerf spinal. Une coupe transversale faite au-dessus de l’entrée du 26e nerf spinal montre des fibres en dégénérescence le long de la face interne de la corne postérieure. Au dessous du 22e nerf spinal, les fibres dégénérées ont quitté la corne postérieure et forment une zone triangulaire tout près de la cloison médiane dorsale, FIG. 23i. Ces fibres dégénérées appartiennent aux racines inférieures sectionnées ; elles ont été refoulées vers la partie interne du cordon postérieur par les fibres normales provenant des racines du 25e, 24e et 23e nerf spinal.
Entre le 20e et le 22e nerf spinal, les fibres dégénérées venant du 26e, 27e et 28e nerf spinal restent près de la cloison médiane, tandis que de nouvelles fibres dégénérées appartenant aux racines du 22e et du 21e nerf spinal apparaissent le long de la corne postérieure, FIG. 232.
Au niveau du 18e nerf dorsal, cette dernière zone de fibres en dégénérescence a été écartée de la corne postérieure et occupe la
Fig. 23i.
Fig. 233.
partie moyenne du cordon postérieur, tandis que la zone dégénérée des fibres inférieures reste près de la cloison médiane, FIG. 233.
Dans la moelle dorsale, les deux zones dégénérées tendent à fusionner, FIG. 234, tandis qu’au niveau du renflement cervical cette fusion est faite; on n’y trouve plus qu’une zone triangulaire unique près de la cloison médiane, FIG. 235.
Chacun de ces faisceaux défibrés dégénérées diminue de volume de bas en haut; on peut donc en conclure qu’au fur et à mesure qu’ils montent dans la moelle, ces faisceaux abandonnent des fibres nerveuses qui se rendent dans la substance grise; ce sont les fibres des voies courtes. Les fibres qui restent dans le cordon peuvent être poursuivies jusqu’à la moelle allongée, où elles se terminent dans la clava; ce sont les fibres des voies longues.
Ces résultats expérimentaux ont été obtenus également par Mott (2) et par Margulies (3) pour la moelle épinière du singe, par Lôwenthal, (4) Oddi et Rossi (5) et d’autres chez différents mammifères. Ils ont été confirmés, pour la moelle de l’homme, par de nombreuses observations anatomo-pathologiques publiées par Pfeiffer (6), Gombault (7), Redlich (8), Sottas (9), Mayer (10), Nageotte (11), Souques (12), Margulies (i3), Déjerine et Thomas (14), Russell (i5), Schaffer (16), Marinesco (17), etc. Nous avons reproduit, dans la FIG. 236, trois coupes de la moelle d’un homme chez qui une compression des nerfs de la queue de cheval avait amené la dégénérescence des fibres des racines postérieures de ces nerfs. La position des fibres dégénérées dans le cordon postérieur concorde parfaitement avec les résultats obtenus expérimentalement chez le chien.
De la position de ces fibres dégénérées dans le cordon postérieur a différentes hauteurs de la moelle, on peut donc déduire naturellement le trajet que suivent, dans ce cordon, les fibres provenant d’une racine spinale donnée. A leur entrée dans la moelle, ces fibres se placent dans la partie externe du cordon, c’est-à-dire sur la face
Fig. 235.
interne de la corne grise postérieure où 'elles forment la zone radiculaire. Elles conservent cette position jusqu’à l’entrée des fibres de la racine immédiatement supérieure. A ce niveau, elles sont refoulées en A dedans par ces fibres nouvelles. La
même chose se répète à l’entrée de chaque racine postérieure, jusqu’à ce que, à la fin, les fibres de la racine inférieure occupent la partie tout à fait interne du cordon. Nous avons représenté cette disposition relative des fibres des différentes racines dans la moitié droite du sché- B ma de la FIG. 237. Chaque ganglion
spinal a été figuré par une seule cellule nerveuse et chaque racine postérieure par une seule fibre nerveuse longue.
Fig. 236.
Trois coupes d’une moelle épinière ayant subi une compression des nerfs de la queue de cheval
(d’après Redlich).
A : Coupe de la moelle sacrée.
B : Coupe de la partie inférieure de la moelle dorsale.