C : Coupe du renflement cervical
La partie laissée en blanc dans les cordons postérieurs représente la zone des fibres dégénérées.
Le cordon postérieur de la moelle augmente de volume de bas en haut parce que chaque racine postérieure amène dans ce cordon de nouvelles fibres constitutives. Mais cette augmentation de volume du cordon postérieur n’est pas proportionnelle au nombre des fibres amenées par chaque racine. Parmi ces fibres, en effet, quelques-unes seulement constituent des voies longues et peuvent être poursuivies à travers toute la longueur de la moelle ; le plus grand nombre d’entre elles, au contraire, sont des voies courtes, c’est-à-dire qu’après avoir été, sur un certain trajet, fibres constitutives du cordon postérieur, elles quittent ce cordon pour se terminer dans la substance grise.
Nous avons vu que, à partir de la moelle dorsale supérieure, chaque
A gauche, nous avons représenté les différentes fibres provenant d’une seule racine. A droite, nous avons représenté la position relative des fibres longues provenant de racines différentes. Chaque ganglion spinal a été représenté par une seule cellule unipolaire.
cordon postérieur est subdivisé, par une cloison paramédiane, en un faisceau interne ou faisceau de Goll et un faisceau externe ou faisceau de Burdach. D’après les recherches de Flechsig, les fibres du faisceau de Burdach sont entourées de myéline sur des embryons humains de 25 ctm., tandis que les fibres du faisceau de Goll ne développent leur gaine de myéline que plus tard, sur des embryons de 28 à 3o ctm. S’appuyant sur ces faits, on a cru pendant longtemps devoir considérer ces deux faisceaux comme formés de fibres nerveuses physiologiquement différentes. Les observations relatées plus haut, sur les phénomènes de dégénérescence observés dans le cordon postérieur à la suite de la section ou de la lésion d’une racine postérieure en dedans de son ganglion spinal, ont montré que cette distinction ne pouvait se maintenir. Dans la partie inférieure de la moelle dorsale, dans la moelle lombaire et la moelle sacrée, le cordon postérieur forme un faisceau unique formé à la fois de fibres longues, de fibres moyennes et de fibres courtes. Les fibres des racines sacrées forment toute l’épaisseur du cordon postérieur le long de la moelle sacrée. Au niveau du renflement lombaire, les fibres des racines sacrées, refoulées en dedans, occupent la partie interne du cordon, tandis que les fibres lombaires occupent la partie externe.
Le long de la moelle dorsale, les fibres sacrées occupent la partie interne du cordon, les fibres lombaires la partie moyenne et les fibres dorsales la partie externe. Les fibres sacrées ont abandonné la plupart de leurs fibres courtes, les fibres lombaires sont formées de fibres longues, de fibres moyennes et de fibres courtes, tandis que dans les fibres dorsales prédominent les fibres courtes.
Au niveau de la moelle cervicale, toutes les fibres du cordon postérieur venant de la partie inférieure de la moelle sont refoulées en dedans, pour faire place aux fibres cervicales. La partie interne du cordon postérieur n’est plus formée, à ce niveau, que de fibres longues venant des racines sacrées et des racines lombaires ; dans la partie moyenne du cordon, on trouve un mélange de fibres longues et de fibres moyennes venant des racines dorsales ; toute la partie externe du cordon est occupée par les fibres longues, moyennes et courtes des racines cervicales. A ce niveau survient la cloison paramédiane divisant le cordon en deux faisceaux : le faisceau interne ne renfermera que des fibres longues et des fibres moyennes venant de la partie inférieure de la moelle : c’est le faisceau de Goll ; le faisceau externe sera formé à la fois de fibres courtes, de fibres moyennes et de fibres
longues appartenant aux racines supérieures de la moelle : c’est le faisceau de Burdach.
Toutes les fibres du cordon postérieur ont-elles la même signification, c’est-à-dire, devons-nous les considérer toutes comme les prolongements internes des cellules des ganglions spinaux ? Ou bien existe-t-il dans le cordon postérieur des fibres qui ont leurs cellules d’origine dans la substance grise de la moelle elle-même ?
Pour résoudre cette question par l’étude des dégénérescences secondaires, on peut s’y prendre de deux façons : ou bien on peut sectionner, chez un animal, toutes les racines postérieures des nerfs lombo-sacrés et voir alors s’il persiste, dans le cordon postérieur, des fibres qui échappent à la dégénérescence; ou bien, on peut chercher un moyen quelconque pour détruire la substance grise de la moelle en respectant les fibres de la substance blanche et les ganglions spinaux des racines postérieures, et voir si l’on rencontre dans le cordon postérieur des fibres en dégénérescence.
Les deux expériences ont été réalisées et ont donné des résultats concordants.
En 1884, Ehrlich et Brieger (18) ont montré qu’une ligature temporaire de l’aorte abdominale (expérience de Stenson) amène la nécrose de la substance grise de la moelle lombaire. Cette expérience nous met entre les mains un moyen d’étudier les dégénérescences secondaires accompagnant la destruction des cellules nerveuses de la substance grise. Ils ont trouvé, chez des animaux qui avaient survécu quelques semaines à cette expérience, outre la dégénérescence des fibres des racines antérieures et d’un grand nombre de fibres du cordon antérolatéral, sur lesquelles nous reviendrons plus loin, une zone de fibres en dégénérescence au sommet du cordon postérieur tout près de la commissure grise. Singer et Munzer (i), Munzer et Wiener (19), Sarbo (20), Rothmann (21), ont repris ces expériences avec la méthode de Marchi ; ils ont obtenu une dégénérescence diffuse dans les cordons postérieurs, surtout prononcée au sommet de ces cordons. Ils en ont conclu à l’existence, dans le cordon postérieur, de fibres ayant leurs cellules d’origine dans la substance grise de la moelle elle-même.
Les mêmes fibres existent dans les cordons postérieurs de la moelle chez 1 homme. Il y a une maladie organique du système nerveux caractérisée par une dégénérescence des fibres des racines
postérieures (le tabes). On trouve, dans la moelle de certains de ces malades, une dégénérescence complète des fibres des cordons postérieurs, à l’exception d’une zone de fibres nerveuses voisine de la commissure grise. Ces fibres non dégénérées ne peuvent donc pas appartenir aux racines postérieures.
Le même fait a été observé dans des cas d’écrasement de la queue de cheval : tout le long de la moelle sacrée et de la moelle lombaire, les fibres des cordons postérieurs étaient dégénérées, sauf dans une zone assez large bordant la commissure grise et se prolongeant en pointe le long du col de la corne postérieure [Déjerine et Sottas (22)].
Il existe donc, dans les cordons postérieurs, deux espèces de fibres nerveuses : les unes représentent la continuation directe des fibres des racines postérieures. Elles forment la plus grande masse du cordon. Elles ont leurs cellules d’origine dans les ganglions spinaux. On les appelle fibres radiculaires ou fibres exogènes [P. Marie (23)]. Les autres forment un petit faisceau occupant le sommet du cordon postérieur. Elles ont leur origine dans la substance grise de la moelle. Elles représentent des fibres commissurales longitudinales et sont désignées sous le nom de fibres médullaires ou fibres endogènes. Ces fibres sont réunies en un petit faisceau au sommet du cordon postérieur où elles constituent le faisceau fondamental du cordon postérieur . On le désigne encore sous le nom de zone ventrale des cordons postérieurs ou faisceau des fibres cornu-commissurales (P. Marie).
En étudiant la structure de la substance grise au moyen de la méthode de Golgi, nous verrons que les cellules d’origine de ces fibres commissurales postérieures siègent dans la substance grise des cornes postérieures.
Ce faisceau des fibres cornu-commissurales n’est cependant pas formé exclusivement de fibres endogènes mais, d’après les recherches de Dejerine et Spiller (24), Dejerine et T homas ( 14) , de Russell (i5) Bischoff (34), Siemerling (24') et d’autres, à ces fibres endogènes se trouvent mélangées un certain nombre de fibres exogènes. Flatau et Bevenuti (25) admettent même qu’il n’existe là exclusivement que des fibres radiculaires ou exogènes. Ce qui nous paraît peu probable.
Les fibres des cordons postérieurs sont donc, au point de vue anatomique, des fibres médullaires ou endogènes et des fibres radiculaires ou exogènes.
D’après les dernières recherches embryologiques de Fleghsig, chaque cordon postérieur renfermerait au moins quatre faisceaux ou quatre systèmes de fibres
3gg
nerveuses différents l’un de l’autre par l’époque à laquelle leurs fibres constitutives s’entourent de la gaine de myéline.
Etablir, dit Flechsig (25), que toutes les fibres des cordons postérieurs sont la continuation des fibres des racines postérieures, ce n’est pas du tout résoudre la question de savoir si toutes ces fibres ne forment qu’un seul système , c’est-à-dire si toutes ces fibres ont les mêmes connexions anatomiques et remplissent par conséquent les mêmes fonctions. Toutes ces fibres ne sont pas équivalentes. Sectionner une racine postérieure, c’est sectionner toutes les fibres indistinctement, qu’elles viennent des muscles, de la peau, des viscères ou de n’importe quelle autre partie du corps; qu’elles servent aux voix réflexes ou qu'elles soient destinées à la voie centrale corticale. La méthode embryologique seule permet d’établir les systèmes.
C’est en se basant sur les résultats obtenus par cette méthode, que Flechsig divise donc chaque cordon postérieur de la moelle dans les quatre zones suivantes : fig. 238.
i° La zone radiculaire postérieure formée d’une partie médiane et d’une partie latérale. Toutes ses fibres constitutives proviennent des fibres des racines postérieures et se terminent dans la substance grise de la moelle.
2° La zone radiculaire antérieure formée en majeure partie des fibres radiculaires postérieures. Après un court trajet ascendant ces fibres se terminent dans la corne postérieure.
3° La zone radiculaire moyenne formée de fibres appartenant à deux systèmes :
les fibres du premier système proviennent des fibres radiculaires postérieures et se terminent dans la colonne de Clarke; les fibres du deuxième système
représenteraient, dans la moelle lombaire, les fibres du cordon de Goll de la moelle cervicale.
Subdivision des fibres du cordon postérieur (d’après Flechsig).
2 • P- : Zone radiculaire postérieure.
z. m. : Zone radiculaire moyenne.
z. a. : Zone radiculaire antérieure.
S. : Zone médiane.
G. : Faisceau de Goll.
4° La zone médiane formée de fibres nerveuses dont Flechsig ignore l’origine.
De tous ces systèmes, celui de Goll est le seul qui augmente de volume de bas en haut.
Ces recherches de Flechsig concordent assez bien avec les recherches anatomiques : les cordons postérieurs renferment des fibres radiculaires et des fibres médullaires. Les fibres radiculaires forment la zone radiculaire postérieure, la zone radiculaire moyenne, au moins en partie, et la zone radiculaire antérieure de F lechsig tandis que les fibres médullaires correspondent, au moins en partie, aux fibres de la zone médiane de Flechsig.
Cette subdivision des cordons postérieurs basée sur des recherches embryologiques ne correspond pas à celle que l’on pourrait établir par l’étude des dégénérescences secondaires ; mais la première serait plus importante que la seconde, parce que, d’après Flechsig, elle correspond aux dégénérescences des cordons postérieurs consécutives aux lésions du tabes.
Jusqu’ici, pour ne pas compliquer la description, nous n’avons parlé, dans le cordon postérieur, que de fibres présentant la dégénérescence secondaire ascendante. Il existe cependant dans ce cordon des fibres à dégénérescence secondaire descendante. Nous avons vu, en effet, que les fibres radiculaires, à leur entrée dans le cordon postérieur, se bifurquent en branches ascendantes et en branches descendantes. On admet généralement que les branches descendantes sont toutes des fibres courtes. Nous croyons que cette opinion ne correspond
pas à la réalité et que, parmi ces branches descendantes il y a également des fibres courtes, des fibres moyennes et des fibres longues. Une fois séparées de leurs cellules d’origine, ces fibres subissent la dégénérescence secondaire descendante.
Où se trouvent ces fibres à trajet descendant?
Dans certains cas de lésion transversale complète de la moelle cervicale ou doisale, quelques auteurs [Bastian (26), Kahler et Pick (27), Strumpell (28) et Westphal {2g)] ont décrit, depuis longtemps, une zone de fibres dégénérées en dessous du point lésé. Schultze (3o) a décrit ce faisceau de fibres descendantes dans quatre cas de compression de la moelle cervicale. Il occupe la partie médiane du cordon postérieur, FIG. 23g; renflé en avant et aminci en arrière, ce faisceau en virgule peut se poursuivre sur
Fig. 23g.
Coupe de la moelle cervicale avec les fibres présentant la dégénérescence descendante (d’après Schultze).
a : Virgule de Schultze.
b : Faisceau pyramidal latéral.
une longueur d’environ 2 centimètres et demi en dessous du point lésé. On le désigne depuis sous le nom faisceau en virgule de Schultze.
Dans la moelle lombaire, Flechsig a signalé, de chaque côté du septum médian, l’existence d’un petit faisceau de fibres nerveuses distinctes des fibres voisines par l’époque de myélinisation, FIG. 240. On le désigne sous le nom de centre ovale de Flechsig.
Les fibres constitutives présentent la dégénérescence secondaire descendante.
D’après les recherches de Gombault et Philippe (3i) il existe, dans la moelle sacrée, un petit faisceau triangulaire de fibres nerveuses descendantes à la partie postéro-interne de chaque cordon postérieur ; c’est le triangle de Gombault et Philippe.
On a cru pendant un certain temps que ces trois faisceaux de fibres nerveuses étaient indépendants l’un de l’autre, le faisceau en virgule appartenant à la moelle cervicale, le centre ovale de Flechsig à la moelle lombaire et le triangle de Gombault et Philippe à la moelle sacrée. Les nombreuses recherches publiées dans ces derniers temps prouvent qu’il n’en est pas ainsi.
Fig. 240.
Les différents faisceaux de la substance blanche de la moelle lombaire
(d’après Flechsig).
Le faisceau en virgule de Schultze ne s’observe pas seulement dans les cas de lésion transversale de la moelle cervicale, mais encore dans les cas de lésion transversale de la moelle dorsale et même de la moelle lombaire; de plus, ses fibres constitutives descendent beaucoup plus bas que Schultze ne l’avait cru tout d’abord. C’est ainsi que Barbacci (32), dans un cas de lésion transversale au niveau du 7e segment dorsal a pu poursuivre des fibres dégénérées jusque dans le cône terminal où elles occupaient, de chaque côté du septum médian, le centre ovale de Flechsig et le triangle de Gombault et Philippe. Hoche (33), dans un cas de compression au même niveau (7e paire dorsale) a retrouvé un faisceau en virgule de Schultze dont les fibres dégénérées pouvaient se poursuivre jusqu’à la 5e racine lombaire. Il décrit, de plus, une zone de fibres en dégénérescence à la périphérie du cordon postérieur (faisceau superficiel ou faisceau de Hocge). Ces fibres descendent dans le centre ovale de Flechsig et dans le triangle de Gombault et Philippe et peuvent se poursuivre, en partie, jusqu’au filet terminal. Dans un autre cas de compression médullaire au niveau du 7e segment médullaire, la dégénérescence de la virgule de Sctiulze s arrêtait au 12e segment dorsal, tandis que celle du faisceau superficiel descendait jusqu’au filet terminal. Bischoff (34), Flatau (35), Zappert (36), Quesnel (37), Dejerine et Theohari (38) signalent également, dans des cas de compression médullaire à différents niveaux de la moelle cervico-dorsale, la dégénérescence d’un faisceau en virgule indépendant d’un autre faisceau de fibres nerveuses (faisceau superficiel) se continuant avec le centre ovale de Flechsig et le triangle de Gombault et Philippe. 27
Les trois faisceaux de fibres nerveuses à dégénérescence descendante ne sont pas indépendants les uns des autres : le centre ovale de Flechsig et le triangle de Gombault et Philippe ne sont que les parties inférieures d’un faisceau de fibres nerveuses pouvant se poursuivre à travers toute la longueur de la moelle dorsale ; c’est le faisceau superficiel de Hoche. On le désigne quelquefois, dans sa partie lombo-sacrée, avec Bruce et Muir (3g) sous le nom de faisceau septomarginal ou bien, avec Obersteiner, sous le nom de faisceau sacré dorso-médian.
Ce faisceau de Hoche doit être formé de fibres longues puisqu’il dégénère dans sa partie lombo-sacrée quelque soit le niveau de la lésion médullaire.
Le faisceau en virgule semble être indépendant du faisceau de Hoche. On l’observe, dans le cordon postérieur, à la suite d’une lésion transversale à n’importe quel niveau. Quand cette lésion intéresse la moelle cervicale, le faisceau en virgule dégénère jusqu’à la partie inférieure de la moelle dorsale ; quand elle intéresse la moelle dorsale, le faisceau dégénéré descend plus ou moins loin dans la moelle lombaire. Quand c’est, au contraire, la moelle lombaire qui est lésée, un faisceau en virgule descend jusque dans la moelle sacrée.
Il résulte de ces recherches que le faisceau en virgule ne peut pas être formé de fibres nerveuses longues s’étendant sur toute la longueur de la moelle épinière, mais bien de fibres courtes puisque la longueur de son trajet descendant dans la moelle épinière varie avec le niveau de la lésion médullaire ; de plus, il n’existe pas un faisceau en virgule, mais un grand nombre de faisceaux en virgule superposés les uns aux aux autres.
Les auteurs ne sont pas d’accord sur l’origine des fibres qui entrent dans la constitution de ces deux faisceaux à dégénérescence descendante. Les uns les considèrent comme formées exclusivement de fibres endogènes [Tooth (40), Marie (41), Gombault et Philippe (3i), Dufour (42), Philippe (43), Mayer, Daxenberger (44), Schaffer (19), Margulies (3), Worotynski (45), etc.]. Les autres admettent, avec Flatau, Schultze, Bruns, Singer, Redlich, Zappert, Reimers, etc., que ces faisceaux des cordons postérieurs sont formés uniquement par les branches descendantes des fibres radiculaires postérieures. Hoche, Bischoff, Bruce et d’autres admettent que les fibres de ces faisceaux peuvent se poursuivre sur une longueur parfois considérable, mais ne se prononcent pas sur leur origine médullaire ou radiculaire. Dejerine et Sottas sont
d’avis que ces faisceaux des cordons postérieurs renferment à la fois des fibres endogènes et des fibres exogènes avec prédominance des premières. Wallemberg (46), Russell (i5) et Muller (4 7) ont admis tout récemment cette manière de voir.
Un fait incontestable, c’est qu’au moins une partie de ces fibres doivent être considérées comme les branches descendantes des fibres radiculaires. Un grand nombre d’auteurs ont, en effet, constaté, à la suite de la section expérimentale ou de la lésion pathologique de l’une ou l’autre racine postérieure, une dégénérescence descendante dans le cordon postérieur correspondant; mais, contrairement à ce qui se passe à la suite de la lésion transversale complète, ce faisceau dégénéré ne peut se poursuivre que sur une longueur de deux ou de trois segments médullaires. Flatau signale cependant, à la suite de la section des 7me et 8me racines cervicales chez le chien, une dégénérescence en virgule jusqu’au niveau du huitième segment dorsal. Margulies a pu poursuivre, chez le singe, la dégénérescence descendante consécutive à la section d’une racine postérieure sur une longueur de neuf segments médullaires. Cette dégénérescence correspond toujours au faisceau en virgule..
S’appuyant sur ces faits, ainsi que sur l’étude de la dégénérescence descendante observée dans deux cas de lésion transversale complète de la moelle, Dejerine et Theohari concluent, dans un travail tout récent, que les fibres courtes du faisceau en virgule de Schultze représentent les branches descendantes des racines postérieures, tandis que les fibres longues de ce même faisceau auraient une origine médullaire. Quand au faisceau de Hoche (se continuant en bas avec le centre ovale de Flechsig et avec le triangle de Gombault et Philippe), il représente un long système de fibres commissurales longitudinales d’origine endogène.
Nous avons ainsi établi l’origine et la terminaison des fibres des
faisceaux pyramidaux et des fibres radiculaires ou fibres exogènes des cordons postérieurs. Il nous reste encore à rechercher d’où viennent les fibres endogènes du cordon postérieur, les fibres du faisceau cérébelleux, les fibres du faisceau de Gowers et celles du fais-
ceau fondamental du cordon antéro-latéral.
Toutes ces fibres ont leurs cellules d’origine dans la substance grise de la moelle elle-même. Nous avons, pour établir ce fait, une Pieuve positive et une preuve négative.
Preuve négative. Ces fibres ne proviennent pas des nerfs périphériques, puisqu’elles restent intactes après la section de toutes les racines postérieures. Elles ne proviennent pas non plus des parties supérieures de Taxe-cérébro-spinal, puisqu’elles ne subissent pas la dégénérescence après une section transversale de la partie supérieure de la moelle cervicale.
Preuve positive. La destruction de la substance grise de la moelle lombaire, après ligature temporaire de Taorte abdominale, amène, d’après Singer et Munzer, la dégénérescence d’un grand nombre de fibres dans les cordons antéro-latéraux.
Pour connaître la place occupée, dans la substance grise de la moelle, par les cellules d’origine des fibres du faisceau cérébelleux, des fibres du faisceau de Gowers, des fibres du faisceau fondamental du cordon antéro-latéral et de celles du faisceau fondamental ou zone ventrale du cordon postérieur, nous devons étudier la structure de la substance grise elle-même.
Les éléments nerveux de la substance grise.
On distingue, dans la substance grise de la moelle, la substance gélatineuse et la substance spongieuse. La première est caractérisée par une transparence spéciale. Elle existe autour du canal central, où elle constitue ce qu’on appelle la substance grise centrale (substantia grisea centratis). On la trouve encore autour de la corne postérieure : elle entoure comme une coiffe ou comme une calotte le sommet de cette corne et porte le nom de substance gélatineuse de Rolando (substantia gelatinosa). Tout le reste de la substance grise est formé de substance spongieuse.
La substance grise de la moelle épinière, comme la substance grise de tout l’axe cérébro-spinal, est formée essentiellement de cellules nerveuses. Entre ces cellules, on trouve un entrelacement inextricable de fines fibrilles nerveuses. Celles-ci ne sont en grande partie que les ramifications collatérales et les ramifications terminales des fibres de la substance blanche.
Nous avons donc à étudier, dans la substance grise de la moelle,
i° les cellules nerveuses,
2° l’origine et le mode de terminaison des ramifications cylindraxiles des fibres de la substance blanche.
A. Les cellules nerveuses de la moelle.
Les cellules nerveuses de la substance grise de la moelle épinière appartiennent toutes au type multipolaire. La forme et le volume de ces cellules sont variables à l’infini, mais toutes possèdent les deux espèces de prolongements qui caractérisent toute cellule des centres nerveux : des prolongements à conduction cellulipète, prolongements protoplasmatiques ou dendrites, et au moins un prolongement à conduction cellulifuge, prolongement cylindraxile ou axone.
Les prolongements protoplasmatiques finissent tous par des ramifications libres, soit entre les éléments cellulaires de la substance grise, soit entre les fibres nerveuses de la substance blanche.
Cellule nerveuse à cylindre-axe court ou cellule de Golgi.
Par la façon dont se comporte le prolongement cylindraxile, ces cellules appartiennent aux deux types découverts par Golgi : des cellules à cylindre-axe court, appelées encore cellules de Golgi, analogues à celle que nous avons représentée dans la fig. 241 et des cellules à cylindre-axe long. Les cellules de Golgi n’ont été observées que dans les cornes postérieures. On ignore encore quelle peut être leur signification physiologique.
Les cellules nerveuses à cylindre-axe long existent dans toutes les régions de la substance grise.
Parmi ces cellules, les unes envoient leur prolongement cylindraxile dans les iacines des neris périphériques : on les appelle pour ce
motif des cellules radiculaires , a et b , fig. 242. Les autres envoient leur prolongement cylindraxile dans la substance blanche de la moelle ellemême pour y devenir le cylindre-axe d’une fibre nerveuse : ce sont les cellules des cordons (Strangzellen).
fig. 242.
Schéma montrant les différents éléments qui entrent dans la structure de la substance grise de la moelle. A. gauche, nous avons dessine les collateiales des fibres de la substance blanche ; à droite, les difféientes cellules nerveuses de la substance grise.
(Imité de v. Lenhossek).
a : Cellules radiculaires antérieures.
h : Cellules radiculaires postérieures.
c, c’, d,l et p : Cellules des cordons.
c : Cellules commissurales ou cellules des cordons hétéromères.
c* : Cellules des cordons hécatéromères.
d,letp : Cellules des cordons proprement dites ou cellules des cordons tautomères ; d, pour le cordon antérieur ; l, pour le cordon latéral et, p, pour le cordon postérieur.
G : Cellule à cylindre-axe court ou cellule de Golgi.
Les cellules des cordons se rangent en trois groupes.
Les unes envoient leur prolongement cylindraxile dans la substance blanche de la moitié correspondante de la moelle ; se sont
les cellules des cordons proprement dites , fig. 242, d, l et p. Nous les avons appelées, pour éviter toute confusion, cellules des cordons tautomères (1), c’est-à-dire des éléments nerveux dont le prolongement cylindraxile se rend dans les cordons du même côté de la moelle.
D’autres cellules de la substance grise de la moelle envoient leur prolongement cylindraxile, par la commissure antérieure, dans la substance blanche du cordon antéro-latéral du côté opposé, FIG. 242 c. Cajal les a appelées cellules commissurales.
Cette expression prête à confusion, puisque le prolongement cylindraxile d’un grand nombre de cellules des cordons, qu’il traverse ou qu’il ne traverse pas la commissure, va devenir une fibre constitutive du faisceau fondamental soit du cordon antéro-latéral, soit du cordon postérieur. Les fibres de ces faisceaux constituent des voies courtes. Or, depuis longtemps déjà, Bouchard a appelé ces fibres courtes des fibres commissurales longitudinales. Ces fibres commissurales représentent donc non pas seulement les prolongements cylindraxiles des cellules commissurales de Cajal, mais encore ceux de la plupart des cellules des cordons.
Pour éviter toute confusion, nous appelons cellules des cordons hétéromères (2), les éléments nerveux de la moelle dont le prolongement cylindraxile se rend dans les cordons de l 'autre côté de la moelle.
Enfin, le prolongement cylindraxile de certaines cellules nerveuses se bifurque dans la substance grise elle-même. Les deux branches de bifurcation peuvent se rendre dans la substance blanche de la moitié correspondante de la moelle ; elles appartiennent alors à une cellule des cordons tautomères. Les deux branches de bifurcation peuvent traverser la commissure ; elles appartiennent dans ce cas à une cellule des cordons hétéromères. Mais il arrive souvent que de ces deux branches, l’une se rend dans la substance blanche de la moitié correspondante de la moelle, tandis que l’autre traverse la commissure antérieure pour devenir fibre constitutive du cordon antéro-latéral du côté opposé. Nous avons appellé ces cellules nerveuses des cellules des cordons hècatéromères (3), c’est-à-dire des éléments nerveux dont le prolongement cylindraxile se dirige à la fois dans les cordons de Y un et de l'autre côté de la moelle.
(1) to auto pipoç, je môme côté.
(2) £T£P0V l’autre côté.
(3) exàxtpov n^poç, l’un et l’autre côté.
Nous devons ces expressions à l'extrême obligeance de notre savant collègue et helléniste distingué Mgr de Groutars.
Les cellules nerveuses à cylindre-axe long comprennent donc les groupes suivants :