III. Méthodes et procédés indirects
Castration.
Les premières notions théoriques relatives à l'influence de la castration sur les organes génitaux remontent peut-être à Hunrer et sûrement à GopartT. Per
Chez l'homme, Sannois dans sa thèse (1885), développe ces idées générales et admet que la castration effectuée chez l'homme pourrait empêcher l’hypertrophie de la prostate. Il prétendait la légitimité de la castration pour traiter l’hypertrophie de la prostate, Cette opération d’ailleurs accueillie avec méfiance a été l’objet de l’exagération de beaucoup de chirurgiens et les observations sé sont multipliées.
L'action de la castration sur la prostate, déjà démontrée par la clinique, l’a été d’une manière plus précise par des examens histologique de MM. Arsarran et Morz qui, en examinant les prostates des animaux châtrés (homme, bœuf, cheval, chien), ont constaté sur tous une atrophie surtout glandulaire. La constatation de ce fait paraît importante car les recherches de . Morz semblent démontrer que l’hypertrophie de la prostate dépend, dans la majorité des cas (63 %) du développement du tissu glandulaire. Si donc la castration amène une atrophie de ce dernier, l’hypertrophie de la prostate s’atténuera souvent après l'opération. Mais, chez 1/3 de prostatiques, le tissu glandulaire est peu abondant et dans ces cas il'est logique de penser que la castration n’aura que peu ou pas d'effet.
Chez l'homme, l’anatomie pathologique de la prostate des castrés est encore obscure, d’abord parce que le nombre des autopsies est restreint et surtout parce qu'elles ont été faites sur des sujets morts peu de temps après l’'émasculation alors que le travail d’atrophie n’avait pas eu le temps de se produire. Une contradiction apparaît entre les résultats cliniques et anatomo-pathologiques.
Presque toutes les observations signalent une dinufipn
LAS Dan
généralement rapide que les autopsies ne révèlent pas, ce qui
2 indique le rôle considérable joué par l’ élément congestif.
Des examens histologiques (Warre, Grirrirns, MAUsezx, Mouxrin) ont été pour-la plupart pratiqués à une époque trop
récente pour avoir une grande valeur ; elles signalent un com- mencement d’atrophie ; tandis que les autopsies faites à assez
longue échéance (KersEN, Bryson) montrent, au contraire, qu'il n’y avait pas d’atrophie. Ces deux cas isolés prouvent que certaines formes d'hypertrophie sont réfractaires à l’action de” la castration, ou bien que l’atrophie ne survient que tardivement.
Evolution clinique des prostatiques :
après la castration double.
Dans presque toutes les observations, une diminution de volume de la prostate est signalée : à quelle date apparaît-elle p Tantôt, on la constate presque immédiatement, quelques heures ou deux ou trois jours après l'opération ; tantôt, une prostate qui n’a subi aucun changement au bout de trois semaines
commence à diminuer trois, quatre, six mois, un an même, après la castration.
Il s’agit là de deux phénomènes distincts : décongestion précoce ou atrophie tardive. La décongestion est presque constante : quelques heures après on peut noter le changement de consistance de la glande ; les pulsations artérielles diminuent
ou disparaissent. Dans certains cas les progrès constatés se
maintiennent et s’accentuent. Dans d’autres, la congestion reparaît et la prostate qui avait diminué du tiers et parfois de la moitié de son volume, reprend son volume primitif. Parallèlement à ces phénomènes objectifs se produisent des modifications de la fonction urinaire non imputables à une simple coïncidence. Le rôle de la congestion est donc, évident.
L'atrophie réelle du tissu, la diminution permanente et durable
de la masse du tissu prostatique est également démontrée. Mais ce résultat n’est pas constant et parfois il faut un temps considérable pour qu’il se produise.
Sur 126 observations (ALBARRAN et Morz), 9 seulement font mention d’un état stationnaire ; dans 32 cas le résultat n’est pas indiqué ; on cite enfin 83 cas d’atrophie de la glande. Mais, dans la majorité des cas, la date d’apparition des résultats n’est pas indiquée ; les résultats précoces sont toutefois signalés, ainsi que 22 observations dans lesquelles l’atrophie est constatée au moins un mois après la castration. Ces relevés et ces” constatations permettent donc, d’après Desnos, de conclure que l’atrophie de la prostate, après castration double, se produit réellement dans un certain nombre de cas, mais qu’elle est loin d’être constante. < ue
Les causes qui président à ces différences restent encore enveloppées d’une assez grande obscurité.
Enfin, il faut surtout reconnaître que le maintien d’une atrophie est loin d’être constant et comme l’affirme LEGUEU, la diminution de volume se produit surtout sur des prostates molles et vascularisées ; elle est beaucoup plus rare sur celles dont le tissu est dur et dont l’augmentation de volume est due à une hypertrophie vraie. DEsnos signale également des tentatives de castration unilatérale ; malgré quelques succès relatés, il semble prouvé que ces tentatives ne donnent que bien rarement un résultat favorable (WEBER, Jones, ROBERT, etc...).
En vétérinaire, Capior pose en principe que la castration réduit le volume de la prostate ; d’après lui, l’atrophie se produirait sur les deux lobes de la glande quand l'émasculation est double, sur le lobe du côté correspondant au testicule enlevé après la castration unilatérale.
Hogpax a traité avec succès par la castration deux chiens atteints d’hypertrophie de la prostate ; sur le sujet de l’observation I il était impossible d'introduire la sonde dans la vessie ; huit jours après la castration, non seulement le cathétérisme était facile, maïs l’urine s’écoulait librement. Capior conclut :
pour nos prostatiques, quels que soient l'ancienneté et le degré
du mal, aucune hésitation n’est possible : il faut pratiquer la castration.
Nous n “adopterons pas ces conclusions sans les discuter. Sur
les animaux sains castrés et autopsiés huit jours, quinze jours
et un mois après l’opération, nous n'avons jamais constaté de diminution sensible du volume de la prostate.
D'autre part, l'expérience de Hoppay, relatée par Capior, nous.semble passible d’une sérieuse objection : cette hypertrophie disparue en huit jours nous paraît relever d’un état congestif plutôt que d’une hypertrophié vraie, car le délai est bien court pour permettre la disparition d’un tissu néoformé.
Cette intervention ne peut donc être considérée comme la méthode de choix à préconiser indifféremment dans tous les syndrômes prostatiques du chien. Peut-être les états congestifs qui se trouvent très améliorés provisoirement par le massage seraient-ils de préférence justiciables de la castration. Les résultats et les statistiques des chirurgiens humains précédemment cités viennent étayer cette proposition.
Résection des canaux déférents.
La résection dés canaux déférents a été pratiquée en chirurgie humaine par Harrison en 1893. Cet auteur aurait obtenu un succès au point de vue fonctionnel tout au moins.
En 1895, Wire et PAvone publièrent successivement le résultat d'expériences sur des chiens auxquels ils avaient résé-
qué une portion plus ou moins longue du canal déférent. Il
conclut en déclarant que la résection des canaux déférents produit, chez le chien, une atrophie et une perte de poids de la prostate, comme la castration bilatérale. Quelques semaines après, le professeur Guyon faisait connaître les résultats d'expériences en collaboration avec LEGuEu et sans arriver à des propositions aussi fermes que celles des auteurs précédents,
constataient cependant une atrophie de la prostate chez la : plupart de leurs animaux. Un peu plus tard, Leëueu publiant le détail de ses recherches, aboutissait à une conclusion à peu
près négative au point de vue de l’atrophie en masse .de la
glande, mais sighalait une atrophie glandulaire assez prononcée sur quelques-uns des animaux en expérience.
Chez l’homme, la proportion des cas d’atrophie glandulaire est faible et M. FLosrstetm ne la signale que 16 Le sur 26 He
rations. N
ALBARRAN et Morz ont pratiqué sur des chiens 9 résections bilatérales des canaux déférents.
Un chien après 3 jours, un jutre après un mois ét un troisième après 3 mois ne présentaient aucune trace d'atrophie. Sur six autres chiens sacrifiés de 3 à 4 mois après la résection ils ont trouvé : une fois une atrophie atteignant la plupart des
culs de sac glandulaires, une fois une atrophie disséminée
comprenant la moitié de ces culs de sac, quatre fois une atrophie minime ne s'étendant qu’à AUSIANES culs de sac glandu-
- Jaires.
Ces résultats qui concordent avec ceux de LEGUEU diffèrent de ceux de PAvVONE, CARRE et de ceux qui ont opéré au début.
En revanche, les résultats fonctionnels sont encourageants mais il est impossible de ne pas y voir l'influence d’une simple décongestion de l’appareil prostatique : personne ne saurait admettre une telle rapidité de l’atrophie (miction rétablie quelques heures après l’opération).
Le docteur vétérinaire Rerrrer, dans sa thèse : De la stérilité artificielle du chien par la résection des canaux déférents| ne rapporte dans ses observations aucun fait positif concernant l’atrophie de la prostate par cette opération.
Nous citons ici son observation la plus typique :
OBSERVATION. = Griffon Briard, 9 ans. Le chien à été abandonné à la clinique parce qu’il urinaïit trop difficilement en se plaignant. Les traitements que l’animal avait subis auparavant n'avaient pro-
— Al —.
duit aucune amélioration. A l'exploration rectale on sent une pros-
late volumineuse. La résection du canal déférent gauche est faite le 25 avril. Pendant l'observation de ce chien qui est sacrifié 4 semaines plus tard, on ne constate pas de modifications du côté de la prostate. A droite, le testicule avec son épididyme pèse 5 grammes 4 ; à gauche, 6 grammes 3. Le lobe droite de la prostate pèse 5 grammes 6, Je
‘* gauche 5 grammes 7.
Cette observation, bien qu incomplète, pour ce qui nous concerne, tendrait également à infirmer la théorie de CADIOT d’atrophie unilatérale par l'opération correspondante.
À ce chapitre nous nous bornerons à ajouter les résultats négatifs fournis par une observation personnelle réalisée selon une technique particulière.
OBSERVATION. — Chien berger allemand. 7 ans, Abandonné sans motif. |
Sur cet animal nous avons pratiqué la laparotomie à l’aïde d’un index gradué nous avons mesuré le volume de la glande prostatique. Puis nous avons pratiqué, de chaque côté, la ligature du faisceau vasculo-nerveux nourricier de l’organe à la grosse soie (N° 4). Une nouvelle intervention pratiquée 4 mois ‘après n’a révélé aucune atrophie glandulaire. Dans cet intervalle le chien n’a pas cessé de présenter des signes de la plus parfaite santé.
Enfin, avec la castration, la vasectomie et la ligature du faisceau nourricier prostatique rappelons un mode indirect d’action sur la prostate par suppression physiologique du testicule. Nous voulons parler des injections sclérogènes de l’épididyme signalées par Gross, LANNELONGUE et ATHAN4AzOwW en pathologie humaine. Cette technique qui produit les mêmes effets que les opérations citées ci-dessus, présente les mêmes inconvénients. Nous ne la citons que pour mémoire.
- IV. Intervention directe sur la prostate.
Forage de la.prostate. Prostatectomie.
À l’orée de ce chapitre nous tenons à marquer notre reconnaissance à Monsieur le Professeur Gosser qui nous autorisa
ci \ RATE EE aimablement à participer aux travaux de son laboratoire de chirurgie expérimentale et au docteur Pari, chirurgien de l’hôpital Saint-Joseph, qui nous encouragea dans nos FOPHSEE ches et nous prodigua les conseils techniques.
La chirurgie canine est, en effet, encore jeune et ses méthodes pour des raisons matérielles surtout, s’inspirent davantage et devront s'inspirer, de plus en plus, des diréctives de la chirurgie humaine. Le chien est un animal facile à manier, à anesthésier et sur lequel on peut aisément appliquer les grands préceptes d’asepsie et de technique générale qu'il est parfois impossible de réaliser strictement sur nos autres sujets d’opérations.
Tout au plus, peut-on lui reprocher d’être un malade parfois indocile, qui compromet souvent par sa turbulence dans les jours qui suivent l'opération, l'avenir de l'intervention la mieux conduite. es
En ce qui concerne les interventions sur la prostate, nous n'avons pas connaissarice que le sujet ait été abordé déjà par les vétérinaires, en France tout au moins. Aussi l’année 1930 a-t-elle été pour nous une période de tâtonnements infructueux. L’ anatomie, la pathologie, les lésions de la glande diffèrent notablement de l’homme à l’animal et nous n'avons pu inférer simplement de celui-là à celui-ci pour établir une technique opératoire. Nous avons tenté de mettre au point deux méthodes répondant plus pee chacune à un ordre de troubles donné.
Ces interventions sont : le forage de la prostate et la prostatectomie. Signalons d'emblée que la prostatectomie chez le chien est toujours partielle.
Quelles sont les indications réciproques :
1° Le forage de la prostate au galvano-cautère, répond à la thérapeutique du syndrôme rétention, urinaire pur. Il est facile, mais son application n’est pas courante. Nous avons vu que le syndrôme urinaire pur est rare chez le chien et que la glande