‹ Anatomie et physiologie comparées de la Pholade dactyle; structure, locomotion, tact, olfaction, gustation, vision, dermatoptique, photogénie, avec une théorie générale des sensationsChapitre 24 sur 57 · D4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE COMPARÉES · texte numérisé non relu

D4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE COMPARÉES

aucun principe volatil. Il en est de même lorsqu'avec l'odorat Ia vue fait complètement défaut. k

D'autres mollusques semblent au contraire tout à fait indifférents et introduisent en même temps dans leurs organes digestifs la vase et lés matières inertes ou nutritives qui se trouvent à leur portée. On peut donc admetire l'existence du goût chez certains invertébrés appartenant à cetembranchement, chez l'escargot et la limace entre autres, bien que les preuves expérimentales nous manquent presque complètement.

En ce qui concerne les lamellibranches, les seules indications que nous possédions sur ce sujet sont dues à Flemming qui a décrit dans le genre pecten des verrues épithéliales, pouvant être certainement comparées aus organes gustatifs des larves de grenouille étudiées par Schulze. Mais Flemming pense avec raison que les fonctions d’un organe ne sauraient se déduire de sa forme ou de sa structure.

Il était donc important d'instituer sur ce point intéressant de la physiologie comparée des organes des sens, des expériences susceptibles de nous renseigner sur l'existence de la gustation chez la Pholade, sur sa plus ou moins grande perfection, sur sa localisation et sur son mécanisme, dans le cas où l'existence de ce sens nous aurait été révélée.

Or, rien n'est plus facile que d’obtenir sur ce sujet des renseienements de la Pholade. Pour cela, on garnit un vase en verre cylindrique d'argile dans laquelle on creuse une cavité destinée à recevoir la partie inférieure du corps de l'animal, le siphon et la partie supérieure des grandes valves étant laissés en dehors.

On remplit alors le vase d'eau de mer, et lorsque la transparence est parfaite, on voit la Pholade allonger son siphon et ouvrir l'orifice du canal ventral en étalant sa couronne de tentacules. À ce moment, on laisse tomber à la surface de l’eau de mer, au-dessus de l'orifice du canal ventral, quelques goultes d’une solution de picro-carminate d'ammoniaque, dont l'amertume est très prononcée et dont on peut facilement suivre les cercles de diffusion en raison de l'intensité de son pouvoir colorant.

Au moment où la coloration rouge envahit les zones liquides

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qui baignent l'orifice du siphon, les tentacules se replient vers le centre de lorifice du canal aspirateur, qui se ferme, puis, au bout d'un certain temps, le siphon se contracte fortement et rejette brusquement au dehors le liquide amer.

Il ne s'agit certainement pas ici d'une action topique, caustique ou autre, mais bien réellement d’une véritable impression gustative, car on pourra provoquer le même phénomène avec d’autres substances amères n’exerçant aucune action irritante sur nos tissus, non volaliles et d'ailleurs parfaitement indifférentes ou neutres au point de vue chimique: le sulfate de quinine, le chlorhydrate de strychnine, l’aloès, le quassia amara, l'extrait de gentiane, le sulfate de magnésie sont dans ce cas.

On obtiendra un résultat de même ordre avec les substances qui nous donnent la saveur salée : le sel marin, qu'il faudra alors employer en solution saturée, car l’eau de mer en contient déjà une forte proportion et aussi avec les corps à saveur acide, même les moins actifs chimiquement: acide acétique très dilué, acide tartrique, acide citrique, lactique en solutions très étendues; les sels à saveur alcaline : carbonate et bicarbonate de soude, carbonate de potasse et d'ammoniaque, etc., fournissent également des réactions caractéristiques.

D'autres substances peuvent être introduites dans le canal aspirateur sans provoquer la contraction secondaire qui d'ordinaire est accompagnée de l'expulsion brusque du liquide contenu dans le siphon. Le sucre de canne, la glycose, la dextrine ou solutions concentrées sont dans ce cas. On observe le plus souvent un mouvement lent et très faible, dû à la contraction primaire, suivant de très près la pénétration du liquide sucré. D'autres substances, telles que la gomme, se sont montrées complètement inactives.

On peut constater par l'examen direct que les contractions primaire et secondaire présentent des caractères variables avec le degré de concentration des solutions de substances sapides employées comme réactifs physiologiques.

Mais, pour analyser ces caractères, il est indispensable d'avoir recours à la méthode graphique.

Pour cela, on peut adopter deus dispositifs différents, selon que

les substances sapides devront être déposées directement à la surface du siphon maintenu hors de l’eau, ou bien selon que l'on se proposera d'agir dans des condilions se rapprochant le plus possible de l’état normal, c’est-à-dire sur un animal immergé et placé dans sa position naturelle.

Dans le premier cas, la Pholade est couchée horizontalement et disposée de facon que son siphon puisse glisser facilement sans frottement sur le plan horizontal ou légèrement oblique qui le supporte. On peut se servir alors avec avantage d’une assiette plate de porcelaine, à bords larges au fond de laquelle se trouve un peu d'eau de mer. L'extrémité libre du siphon est ensuite reliée par une très fine lige de verre filé à un myographe de Marey à inscriplion directe. Il suffit pour obtenir un graphique, lorsque le siphon est bien étendu, de faire tomber sur un point quelconque de la surface, et de la plus faible hauteur que l’on pourra, une. goutle d'une solution sapide. Ce procédé est parliculièrement# commode pour rechercher s’il existe des points plus sensibles les uns que les autres aus excitations gustatives et s'il y a, comme dans la langue, une spécialisation particulière, suivant les régions.

Le second disposilif repose sur l'emploi du myographe à transmission: il est d’ailleurs d’une grande simplicité comme le montre la fisure 14.

La Pholade S est fixée dans un vase cylindrique E rempli d'argile dans sa partie inférieure, et renfermant une quantilé d'eau

LA PHOLADE DACTYLE oÿ |

de mer assez grande pour que l’extrémité du siphon ne dépasse pas, dans son plus grand degré d'extension, la surface de l'eau. L'extrémité de celui-ci est reliée par une tige de verre filé au levier du tambour récepteur T lequel est mis en communication avec le tambour enregistreur 7” portant un stylet qui permettra d'inserire surle cylindre C les moindres mouvements du siphon S. Un petit entonnoir e, dont l'ouverture effilée plonge dans l'eau, permet de conduire le liquide réactif jusqu'à l'ouverture du siphon, sans provoquer le moindre ébranlement à la surface. Le liquide réactif doit ètre assez dense pour franchir dans le moins de temps possible, sans trop diffuser, l’espace qui sépare l'extrémité de l'entonnoir de l'orifice du siphon. Pour donner à la solution sapide la densité voulue, on peut se servir de gomme ou même de sucre de canne, comme le montre le tracé de la figuré 15 obtenu au moyen du dispositif représenté figure 14 et de quelques *goultes de sirop de sucre qui n'ont fourni qu'une contraction pri-

maire d'une amplitude négligeable.

Ce n'est qu'exceplionnellement, avec des Pholades très sensibles, que l’on peut obtenir au moyen du sucre une contraction secondaire, d'ailleurs toujours très réduite, comme le montre la figure 16.

Quand la sensation d'une saveur sucrée provoque une double contraction, la première est toujours très prolongée, d'une petite amplitude, et la seconde ne survient en conséquence que tardivement. Cette dernière ne présente également qu’une petite amplitude et elle est de courte durée, le siphon reprenant vite sa

longueur primitive. Mais, je le répète, on n'oblient ces faibles manifestalions qu'avec des solutions saturées et il suffit, pour les expériences avec les excitants très actifs, de donner seulement à la solution une densité un peu supérieure à l'eau de mer. Dans ce cas, l'action du sucre est négligeable, ainsi que l'on peut s'en convaincre si l'on compare les tracés des figures 15 et 16 avec celui de la figure 17 obtenu en ajoutant une substance sapide très active au sirop de sucre.

Ce dernier tracé, il est vrai, a été pris avec le myographe à inscription directe armé d'un long stylet, tandis que les tracés 15 et 16 et (ous ceus qui les suivent ont élé recueillis avec le dispositif indiqué dans la figure 14, qui permet d'obtenir des courbes moins développées, mais aussi plus fidèles et plus comparables entre elles, le frottement du stylet sur le cylindre enregistreur n'étant plus communiqué à l'animal.

Le tracé de la figure 17 est néanmoins intéressant, parce qu'il montre très nettement la succession des contractions primaire et secondaire, et qu'il donne bien l'idée de l'importance des mouvements en question et de leur caractère, qui est toujours très franchement accentué.

Dans les expériences dont je vais parler maintenant, je me suis servi d'un liquide contenant du sucre, en quantité strictement nécessaire pour lui donner une densité un peu supérieure à celle de l’eau de mer, et des doses relativement faibles de substances sapides. Une à deus gouttes de ces solutions étaient en général suffisantes pour obtenir une courbe bien caractérisée.

Mes solutions sapides élaient composées de la façou suivante :

Solution sucrée et extrait de Quassia. . .... 1 0/0 » » chlorhydrate de sirychnine . »

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