III. — DE L’AuDITION
C'est en vain que j'ai cherché à constater l'existence du sens de l'ouie chez la Pholade dactyle. Les bruits les plus intenses, les sons les plus aigus obtenus au moyen d’une sirène ou de cylindres métalliques pouvant donner jusqu'à 36,000 vibrations à la seconde n'ont provoqué aucune réaction significalive. Le résullat a été le même avec des animaus sortis de l’eau ou immergés. En revanche, chez ces derniers, le moindre ébranlement du liquide, par un très petit corps tombant d'une certaine hauteur peut provoquer des mouvements des tentacules du siphon, mais il est bien évident qu'il s’agit ici d'un phénomène de tact proprement dit et que ce sont les ondulations du liquide ébranlé qui jouent dans ce cas le rôle d’excitant mécanique. Un bruit, un son, si peu intense soit-il, ne pouvant se produire dans l'eau, sans qu'il en résulte un ébranlement oscillatoire, on voit comment le tact, qui s'exerce ici grâce à l'irritabilité de la substance contractile, pourrait se substituer à un organe auditif proprement dit. Pour cela il suffirait que les ondulations qui résultent des sons produits eussent l'amplitude ou la vitesse voulue pour mettre en branle lirritabilité du système avertisseur.
Peut-être le siphon de la Pholade est-il insensible au son, uniquement parce qu'il n’existe aucun appareil de renforcement dans les points où le tact est le plus développé.
D'ailleurs, dans l'organe auditif, chez les animaus les plus élevés en organisation, les terminaisons nerveuses ne sont pas directement excitées par le son. I faut un intermédiaire qui joue le méme rôle que le système avertisseur de la Pholade pour les autres sensations.
IE De L'onorar
Pour les animaus qui vivent au sein de l'eau, il est très difficile de séparer nettement l'odorat du goût et il serait bien imprudent de déclarer que telle substance insipide qui agit seulement sur
notre olfaction, doit être également une substance odorante, mais non sapide pour un mollusque marin réagissant sous son influence.
Ce que l'expérience démontre c’est que la Pholade sortie de l’eau et placée dans l'air humide où elle peut vivre très longtemps, se comporte au point de vue de l'olfaction à peu près comme l’escargot.
J'ai démontré (1) au moyen d’un grand nombre de réactifs odorants que la sensibilité olfactive n’est pas localisée chez ce mollusque pulmoné, comme on l’a prétendu, à l'extrémité des petits tentacules, mais qu'elle est diffuse et seulement plus ou moins prononcée et spécialisée, suivant les diverses régions du manteau qui recouvrent la partie protractile du corps de l'animal.
J'ai montré en outre, par des expériences variées et par l'observation directe, que dans la sensation olfactive, chez l'Hélix pomatia, ce n'est pas la neurilité ou excitabilité des terminaisons nerveuses sensorielles qui entre en jeu primitivement, mais bien l'irrétabilité des segments contractiles avec lesquels elles se continuent vers l'extérieur, aussi bien chez les invertébrés que chez les vertébrés.
En effet, sur des tronçons de lentacules et sur des fragments de tégument cutané, absolument séparés de tout centre ganglionnaire nerveus et placés dans la chambre humide on peut, à l’aide d’un faible grossissement, distinguer très nettement des mouvements fibrillaires, qui ne peuvent avoir leur siège que dans les prolongements myo-épithéliaus ausquels aboutissent les fibrilles nerveuses terminales des nerfs cutanés, et quise produisent toules les fois que certaines vapeurs odorantes sont introduites dans la chambre humide.
Le même phénomène s'observe avec les téguments de la Pholade, quoique plus difficilement. D'ailleurs, cela ne saurait surprendre, car il n'existe pas de différence morphologique fondamentale entre la structure du manteau de la Pholade et celle du tégument de l’escargot.
(1) R. Dubois : sur la physiologie comparée de l’olfaction. CG. R. de l’Académie des sciences, juillet 1890.
L'action des substances odorantes sur le siphon de la Pholade eniière est on ne peut plus facile à metlre en évidence. On place ce mollusque dans une cuvette inclinée, ne renfermant que la quantité d'eau de mer nécessaire pour que la plus grande partie du corps soit immergée, le siphon restant en dehors du liquide.
L'expérience étant ainsi disposée, on atient que l’allongement du siphon se produise et que les tentacules s'épanouissent.
Si, à ce moment, on approche de la surface de l'extrémité du siphon une baguelte de verre imprégnée d'une substance odorante on verra souvent se produire, au bout d’un intervalle de temps plus ou moins court, une contraction dont l'amplitude et la brusquerie varieront avec la nature de l'agent excitant. Quelques substances odorantes pour nous se sont montrées inactives sur la Pholade. Mais, ce qui m’a paru en outre ressortir clairement des nombreuses expériences que j'ai faites avec les corps volalils les plus divers, c'est qu'il n'existe aucune relation apparente entre les propriétés chimiques, caustiques ou irritantes des vapeurs employées et leur action sur l'olfaction.
J'ai réuni dans le tableau! suivant les principaux résultats obtenus (1).
Vapeurs odorantes pour la Pholade Vapeurs indifférentes
Xylène : très actif, rapide Toluëne.
Paraldéhyde : très actif, lent Aniline.
Nitrite d’'amyle : très aetif Isodichlorhydrine glycérique. Sulfure de carbone : très actif, rapide Xylidine.
Ammoniaque : très actif, très rapide Quinoleïne.
Crésylol : très actif, mais un peu lent Alcool propylique.
Alcool amylique : actif, rapide Essence d'anis.
— éthylique : très actif, mais lent — de térébenthine. Acide acétique : actif, rapide : — de menthe Aldéhyde : actif, rapide — de genièvre, Essence de camomille : actif, rapide — de girofles.
(1) L'expression « substance très active » signifie que le corps employé provoque une contraction d'une grande amplitude. Il n'y a pas de rapport constant entre l'amplitude de la contraction et la rapidité avec laquelle elle apparaît ou se développe.
.: Vapeurs odorantes pour la pholade Vapeurs indifférentes Alcool isopropylique : actif, assez rapide — de canelle, Chloroforme : actif, assez rapide Nitro-benzine.
Essence d'aspic ; actif, lent Phénol.
Camphre: actif, mais très lent Diméthyle aniline.
Essence de Romarin : actif, lent Alcool butylique : actif, lent
— méthylique : actif, lent Ether amylantique : actif, rapide Ether ordinaire : actif, rapide Benzine : peu actif, lent Orthotoluidine : action faible, lente
IlLest certain que les vapeurs des corps très caustiques, tels que l'ammoniaque ou l'acide acétique, produisent toujours une contraction, mais cette condition n'est pas nécessaire, puisque l’on voit des corps qui ne jouissent d'aucune propriété irritante bien marquée, tels que le xylène, le camphre, l'essence de camomille, donner lieu à une réaction olfactive, tandis que d'autres, tels que l'essence de menthe ou de cannelle, se montrent inactifs.
Comme chez l'escargot, toutes les parties du manteau ne semblent pas également sensibles : les mouvements fibrillaires (contraction primaire), qui précèdent le retrait du siphon, se montrent ordinairement en premier lieu du côté des tentacules ; quand l’action olfactive est peu prononcée, les mouvements sont limités à cette partie du siphon, et il n'y a pas de contraction réflexe. Mais les mouvements fibrillaires peuvent également se montrer sur des fragments de siphon privés de tentacules et détachés du corps de l'animal.
VIE DELA GUSrATION
On sait que certains mollusques manifestent nettement la faculté qu'ils ont de faire un chois raisonné ou instinctif de leurs aliments, alors que l'odorat ne peut leur rendre aucun service sous ce rapport, par exemple s'il s'agit de substance ne contenant