APERÇU HISTORIQUE
En terminant, examinons rapidement quelles phases ont traversées les connaissances anatomiques et physiolog*iques sur l’ovaire, avant d’arriver au point où nous les avons prises dans notre thèse.
Ces notions sont perdues dans les auteurs au milieu d’innombrables théories sur la g*énération. Mon intention n’est pas de retracer ici toutes les discussions stériles qui ont eu cours sur cette question, la plupart ne se basant que sur des erreurs d’observation. N’examinons que ce qui concerne l’ovaire.
Avant Galien, les ovaires semblent avoir été complètement méconnus. Dans l’acte de la g*énération, Hippocrate pensait que la femelle produisait une liqueur séminale aussi bien que le mâle. Ces liqueurs provenaient de toutes les parties du corps et de leur mélangée résultait un être nouveau qui par cela même ressemblait à l’un ou l’autre des parents ou à tous les deux à la fois. Aristote combattit l’opinion d’Hippocrate et rejeta l’existence hypothétique de cette liqueur provenant de toutes les parties du corps. 11 admit que la matière fournie par la femme dans l’acte de la g*énération est constituée par le flux menstruel.
Ainsi les ovaires ne prenaient aucune part à ces phénomènes. On a admis ffue Galien, le premier,
avait attribué à ces org-anes le rôle de produire la semence femelle. 11 les appela testicules femelles et vit bien les canaux qui les mettaient en rapport avec la matrice. C’est donc à tort que l’on a attribué à Fallope le mérite d’avoir découvert les oviductes.
GependanC au dire même de Galien, trois siècles avant lui, Hérophile avait nettement vu les ovaires chez la femme (Galien ne les a vus que chez les femelles des mammifères)^ et les avait nommés testicules femelles; mais en attribuant à tort au lig*ament rond le rôle qui appartient à la trompe utérine.
Mais ce n’est qu’à partir de Galien que les ovaires de la femme furent définitivement considérées comme les testicules femelles. Ajoutons qu’il assure avoir vu des ovaires g’org’és de semence; cela prouverait, suivant Goste, qu’il avait nettement vu le liquide des follicules auxquels quinze siècles plus tard de Graaf devait donner son nom.
Depuis cette époque j usqu’au milieu du xvii® siècle, tous les observateurs croient à l’existence d’une liqueur séminale femelle, ils ne varient que sur le point de savoir si cette semence est fournie par la matrice, les trompes ou le testicule femelle.
En effet, nous voyons Fabrice d’Acquapendente, qui le premier s’eng*ag’e dans la voie expérimentale, par ses recherches sur le développement du poulet, continuer à croire que la femme fournit une liqueur séminale.
Quelques années plus tard, Harvey affirma que
tous les animaux provenaient d’un œuf, sans pourtant qu’il ait appliqué au mot œuf^ lorsqu’il s’ag’it des mammifères, la même sig’nifîcation que lorsqu’il s ag*it des oiseaux. Suivant lui, les femelles des vivipares produisent une liqueur séminale, laquelle, exhalée par la matrice ou par les trompes utérines plusieurs jours après la conception, se façonne ensuite en un œuf.
Harvey admit que les ovaires sont complètement étrang*ers à la fonction g’énératrice et ne subissent aucune modification appréciable, ni pendant, ni après le rapprochement des sexes, et il rangœa les ovaires dans la meme catég’orie que les g*ang‘lions lymphatiques du mésentère. Il faut cependant reconnaître que dans les cent années qui précédèrent les expériences de Harvey, les anatomistes les plus illustres, Vésale, Fallope, Castro, Riolan, avaient sig^nalé dans les testicules de la femme ce qu’avait déjà vu Galien, des vésicules remplies de lymphe, fait dont la constatation aurait pu les mener à la découverte de la vérité : il est même curieux de voir Fallope, malgré cela, se hâter de rejeter la possibilité du rôle des ovaires dans la g*énération.
Avec Sténon commence une deuxième période ; le premier il eut l’idée de comparer à l’œuf des oiseaux les vésicules déjà plusieurs fois sig’nalées. Il pense que les org*anes femelles désig’nés jusqu’alors sous le nom de testicules,, pourraient bien être des ovaires dont les vésicules à contenu limpide seraient des
œufs : il propose donc de substiluei* le nom d’ovaire à celui de leslicule.
Presque immédiatemen 1 après, Van Home accepta cette opinion, qui d’ailleurs n’était encore qu’une vue de l’esprit et ne reposait sur aucun fait expéri mental.
Ce fut Reg*nier de Graaf qui s’empara de la question et donna une démonstration rig’ou reuse en recourant à l’expérimentation. Il fît des expériences dont jamais personne n’avait eu l’idée. Il démontra, par l’ouverture des femelles immédiatement après la conception, que les vésicules transparentes de leurs ovaires se déchiraient en nombre variable, suivant les espèces et les individus, et qu’on retrouvait toujours dans la matrice un nombre ég’al de gdobules transparents, qui avaient avec ces vésicules limpides la plus gTende ressemblance.
Pour de Graaf, l’œuf ne provenait plus comme pour Harvey de l’org’anisation d’une prétendue liqueur versée dans l’utérus après la conception, c’était un produit de l’ovaire lui-même.
Mais, comme de Graaf considérait la vésicule f[ui porte aujourd’hui son nom, comme étant l’œuf luimême, on lui objecta avec raison que les œufs trouvés dans la matrice étaient toujours beaucoup plus petits que les vésicules ovariennes. Il lui eût suffit de supposer que si les vésicules des ovaires n’étaient das les ovules eux-mêmes, ils devaient en être, au moins, le réceptacle. Cette idée ne lui vint pas, mais il faut dire qu’il moiuait à l’agn de 32 ans, et l’on
peut penser qu’une existence plus longue lui eût permis de compléter sa découverte.
De Graaf émit, aussi à propos des corps jaunes de
ovaire, 1 opinion qu’ «ils ne s’y rencontrent qu’apres le co’it, un ou plusieurs en nombre, suivant que la femelle doit faire un ou plusieurs petits.»
iNous avons vu que de Graaf et Malpighi étaient en^ opposition sur la nature des corps jaunes, et qu autour de chacun de ces anatomistes s’étaient rangés de nombreux partisans. Santorini, Vallismeri, Morgapi , Bertrand!, Buffon , Brugnone, Home, pensaient avaient Malpighi que les corps jaunes existaient chez le lœtus, et jouaient un rôle important dans la production du g*erme.
L’opinion de de Graaf fut défendue par Bartliolin, PeyerVerheyn, Kuhlemann, Haller, Haig*hton, Lruikshank, Prévost et Dumas.
Mais la découverte de de Baer vint ruiner détiniti veulent la doctrine de Malpig*hi,
Déjà (1825) Prévost et Dumas avaient entrevu 1 œuf sur des ovaires de chienne; mais de Baer, en 1827, le démontra chez l’homme et les mammifères. Peu avant, en 1825^ Purkinje avait découvert la vésicule g-erminative des oiseaux. Baer considéra Tovule des mammifères comme l’analog-ue de la vésicule de Purkinje. C’était là une erreur; elle fut redressée par Coste, qui découvrit en 1834 la vésicule g*enninative dans l’œuf des mammiières.
Enfin, en 1830, la découverte des taclies g'crmiuativespai* Wagner compléta ces recherches.
Depuis celte époque , de nombreuses études furent faites sur le mode de déhiscence de la vésicule de de Graaf et sur les époques où cette déhiscence a lieu. On étudia avec plus de soin la structure de l’oeuf, on chercha quelle orig’ine, quel mode de développement il présentait.
Refaire cet historique serait répéter ce que j’ai dit dans le cours de ce travail.
Rappelons pour mémoire les travaux de Négrier, Gourty, Pouchet, Raciborski, en France; Valentin, Garus, Rischoff, Krause, Rernhart, Henle, Muller, en Allemag*ne; Barry, Wharton- Jones, Lee, Paterson, Ritchie, Roberton, en Ang*leterre.
Mais tout récemment les recherches sur l’ovaire ont pris une nouvelle direction, portant à la fois sur la texture de l’ovaire, sur l’origdne des ovules et des ovisacs, sur leur mode d’évolution ; ces recherches ont été entreprises par un nombre imposant d’histolog*istes et de physiologistes disting’ués. En France, Sappey, Robin, Balbiani; en Allemag’ne, Schron, Pflüg’er, Klebs, Grohe, Rischoff, Quincke, Henle, Borzenkow, Spieg’elberg* , His, Letzerich, Panck, Kelirer^, Frankenhauser , Polie, de La Valette Saint-Georg*e, ont publié depuis 1863 de nombreux travaux sur l’anatbmie et la physiolog*ie de l’ovaire.
Quelle conclusion devons-nous tirer de tous les faits annoncés par ces auteurs?
Nous devons reconnaître dans l’ovaire un org’ane spécial et n’ayant d’analog*ue que le testicule. Cet org’ane, dans l’espèce humaine et chez les mammifères est formé de deux parties distinctes :
1“ Une trame qui est la même dans tous les points de l’org*ane.
2“ Des ovisacs en nombre immense, exclusivement répartis dans la couche superficielle de l’org*ane. Cette disposition permet de diviser l’ovaire en deux portions : la portion corticale et la portion médullaire.
L’ovaire se développe comme le testicule, et leur similitude à l’orig’ine est parfaite.
L’œuf se développe au centre d’une masse appartenant à l’ovisac encore incomplet.
Son développement commence dans les couches superficielles de la portion corticale. 11 ne s’achève que dans les couches profondes de cette même portion.
La g*enèse de l’œuf commence par la vésicule g’erminative, autour de laquelle se forme le vitellus, plus lard apparaît la membrane vitelline.
1860. Perier.
lu
L’ovisac se complète par la formation d’une paroi propre, qui n’aura tout son développement que par addition de cellules caractéristiques.
L’ovisac, une fois formé , se développe g’raduellement; puis, au moment de la puberté, survient une distension brusque, sous l’influence de laquelle une rupture a lieu : l’œuf quitte l’ovaire.
Cette ponte est accompag’née d’un flux hémorrbag'ique (flux menstruel) : ce dernier phénomène est sous la dépendance immédiate du premier.
Le retour de cette ponte se fait d’une manière périodique jusqu’à l’âg*e de la ménopause, où toute aptitude à concevoir cesse définitivement.
A partir de cette période, l’ovaire subit une altération sénile spéciale, dont la mature n’est pas encore déterminée.