CHAPITRE III
l’ovaire après la ménopause,
A cette période, on peut dire que le rôle physiolog'ique de l'ovaire a cessé. La disparition des indices extérieurs de Povulation coïncide très-exactement avec l’atrophie de l’org’ane. Les caractères de cette atrophie ont été encore peu étudiés.
Voici comment les décrit Raciborski (1) :
«Les diamètres des ovaires ayant notablement diminué , leur enveloppe externe forme un g*rand nombre de circonvolutions qui rendent leur surface inég’ale et lui donnent un aspect particulier que nous ne pourrions mieux comparer qu’à l’aspect que présente la surface du noyau de pêche. En même temps le hquideA^nfefïïTe''darns les follicules de Graaf subit une curieuse transformation : les parties les plus liquides se trouvent résorbées; d’autres, plus épaisses, forment une couche pseudomembi^aneuse, qui, étant fortement appliquée contre les parois des vésicules , aug’mente beaucoup leur épaisseur. Examinées dans cet état , les vésicules se présentent sous l’aspect de bourses g’risâtres ou d’un blanc opaque à parois froncées; leur cavité est pour la plupart vide et sèche; rarement on y rencontre un peu d’humidité. Il arrive aussi
(1) Raciborski, 1. c., p. 336.
qiieJqiiprois que les parois cio cos boursos, prosséos par la rcHraclililo do l’onvoloppo c^xLorno, finissenl par olro mises en eoiUaet el PormenL en apparence des corps pleins, offrant tout au plus quelc[ues vos-* Lignes de F ancien ne cavité.
« Lorsqu’on saisit ces bourses entre les mors d’une pince, et qu’on exerce quelques tractions , on parvient assez facilement à les faire sortir de leur poche sans produire aucune déchirure; elles laissent ordinairement à leur place une excavation arrondie formée par la tunique externe du follicule de Graaf. Examinées au microscope, elles présentent la structure fibreuse très-bien caractérisée.
«D’autres fois, on ne rencontre plus aucune trace d’anciennes vésicules, et tout l’intérieur de Tovaire est transformé en une substance cellulo-tibreuse, dure au toucher; dans ce cas, les ovaires deviennent souvent tellement atrophiés, que c’est à peine s’ils dépassent le volume des lig’aments utéro-ovariens.
« Les transformations que nous venons do décrire s’opèrent lentement, et les vésicules s’atrophient toujours prog*ressivement. Souvent il nous est arrivé de rencontrer déjà le commencement de cette curieuse transformation chez les femmes de 44 à 40 ans, à coté de caractères anatomiques qui témoig'uaient encore de la plénitude de la vie dans les follicules voisins. La menstruation était évidemment, chez ces femmes, menacée d’une cessation prochaine. »
Kobin (1) enseigne cfu’après la ménopause la Lrame de 1 ovaii e s ali'opliie notablement. 13es parois des ovisacs deviennent fibreuses et s’épaississent notablement. Le liquide qu’elles contenaient se résorbe ê’raduellement, finit même par disparaître totalement, la cavité s’effacé, les vaisseaux des parois d’ovisacs disparaissent, et la vascularité de l’ovaire diminue.
La coïncidence de l’atrophie de la trame avec l’altération fibreuse des ovisacs fait subir à l’org’ane entier une déformation caractéristique. Les cloisons qui séparaient les ovisacs diminuent d’épaisseur, ces derniers arrivent au contact; la partie superficielle de l’ovaire subissant une résorption graduelle, ils font saiflie en même temps à la surface. 11 en résulte cet aspect que Raciborski compare à la surlace d’un noyau de pêche. En même tenips la consistance de l’ovaire augmente notablement, il devient d’une dureté comme pierreuse.
Ordonez sur une femme âgée de 75 ans, a trouvé à la surface des ovaires des corps ovoïdes ou sphériques, bien limités par un bord net, (juelquet fois par une couche de fibres concentriques. Les 1 corps, dont le diamètre était celui des vésicules de Graaf, contenaient dans leur intérieur des cellules infiltrées de sels calcaires, brillantes, réfri ng’en tes, disposées parfois d’une façon concentrique, et présentant un aspect de tous points analogme à celui
(1 ) Cours de la Faculté.
des g’Jobes épidermiques du cancroïde. On peut aussi les comparer très-exactement aux concrétions de la pie-mère.
Ces corps sont les vésicules de Graaf, dont les éléments sont envahis par des g’ranulations calcalcaires qui les infiltrent; ces éléments s’atrophient de plus en plus à mesure que cette calcification est plus avancée.
Ordonez a eu l’occasion de vérifier plusieurs fois ce fait sur des ovaires de vieilles femmes mortes à la Salpêtrière (1).
Ce sont évidemment ces masses calcaires qui ont été décrites par quelques auteurs comme des corps jaunes en voie de rég*ression; car il n’est pas démontré que les corps jaunes qui se sont formés à la suite des dernières pontes résistent plus longtemps que les autres et présentent des traces si manifestes à une époque aussi éloig’iiée de la ménopause. On n’a pas vu non plus si les ovisacs existant encore à ce moment peuvent être le siég*e d’un déveîbppeinent incomplet, et qui aboutirait alors à cette dég*énérescence calcaire si bien décrite par Ordonez. On voit qu’il y a là matière à des recherches trèsintéressantes.
Si l’on devait ajouter foi à certains récits, l’ovaire ne paraîtrait pas devenir nécessairement inapte à reproduire des œufs capables de mûrir et d’être le
(t) 3e dois à l’obligeance de M. Ordonez la communication de ces détails inédits. 11 a bien voulu me monder des préparations qui m’en ont fait apprécier la parfaite exaclitude.
point de départ de nouveaux phénomènes menstruels, bien que depuis longtemps toute ovulation ait cessé en apparence.
Fabrice de Hilden (1) cite une observation de ce g*enre. Il s’ag'it d’une femme nommée Dorothée, qui, ayant cessé d’être régulée à 50 ans, aurait eu ensuite, à 70 ans, une hémorrhag’ie venant périodiquement, comme la menstruation, pendant trois mois consécutifs. Au dire de l’auteur, cette femme semblait rajeunir à partir de ce moment, et a vécu jusqu’à environ cent ans.
Un fait bien plus extraordinaire est celui dont Priou (2) a donné l’observation. C’est celui d’une femme âg'ée de 72 ans, menstruée pour la première fois à 16 ans, mariée à 28 ans. Elle avait eu six enfants, elle était accouchée du dernier à 48 ans. Elle allaita cet enfant et cessa depuis de voir ses règ’les. En mars 1863 (c’est-à-dire ving*t-quatre ans après les dernières règ’les), elle fut menstruée pendant trois jours, et le même écoulement se reproduisit le 2 avril et le 4 mai. Elle consulta son médecin, qui craig*nit un cancer; mais l’examen lui montra que l’utérus était intact. En août, elle ne perdit qu’un jour; puis, à la fin de ce mois comme en septembre, elle eut quelques maux de cœur, circonstance à laquelle elle fit peu attention. Le 26 octobre, elle envoya en hâte chercher le médecin,
(1) Fabrice de Hilden. Obs. GO, cent, 2.
(2) Bulletin de la Société de médecine d’Ang'cr.s. Reproduit d.ms The Lancet, 1866. T. 1, p, 387.
(|ni la Iroiiva rlansi les don leurs de renfanlemenl.
Ayant éprouvé vme sorte de sensation de besoin d’évacuer par le i*ectum, elle sentit quelque chose d’assez volumineux s’échapper par la vulve en même temps que beaucoup de liquide. Ce liquide était du sérum mêlé de sang*, au milieu duquel flottait un fœtus de deux mois.
Le placenta fut rendu deux jours après, et tout alla bien. Otte femme mourut cependant trois mois après d’une bronchite g’énéralisée.
.le ne sais quel deg*ré de confiance on doit accorder à ces faits, mais, on le voit, ils appellent des recherches multipliées sur les modifications séniles dont l’ovaire peut être le siég*e.