‹ Anatomie et physiologie du poumon considéré comme organe de sécrétionChapitre 17 sur 37 · Traité d’anatomie, T. III · texte numérisé non relu

Traité d’anatomie, T. III

•iO ANATOMIE ET l'il YSIÜLOÜIE DU POUMON.

§ II. — Structure du poumon, d’après la plupart I

des auteurs modernes.

Le parenchyme pulmonaire est un tissu éminemment élastique, entourant les divisions bronchiques, et formé par une quantité innombrable de petits canaux renflés à leur extrémité terminale. Ces canaux sont des ramifications des dernières divisions bronchiques. De même que les renflements qui les terminent, ils sont entourés par une mince couche de tissu cellulaire, reçoivent les ramifications de l’artère pulmonaire, et donnent naissance aux lymphatiques et aux veines.

La figure 19 montre une des dernières divisions bronchiques avec plusieurs canalicules auxquels elle donne naissance. La bronche conserve sa structure jusqu’à sa terminaison ; on la voit tapissée, à sa surface interne, par les cils vibratiles qui existent dans toute l’étendue des canaux excréteurs de la glande pulmonaire. Elle constitue l’origine de ces canaux excréteurs. De cette bronche partent plusieurs ramifications formées par une paroi simple, ce sont les canalicules respirateurs, analogues aux canaux sécréteurs des glandes en grappe. Les canalicules se ramifient ordinairement, et quelquefois ils se présentent sans divisions (pour plus de simplicité, nous avons supprimé dans la figure la plupart de leurs ramifications). La paroi élastique des canalicules est formée des mêmes éléments (jue celle du renflement qui la termine, et présente, à sa surface

QUELQUKS MOTS SUU LA STRUCTURE DU RÜUaiON.

interne , des dépressions ou culs-de-sac analogues à i ceux qui existent à la face interne des renflements ou lobules. A l’extrémité terminale descanaliculesrespi- I rateiirs on voit un renflement : c’est le lobule ou mieux ‘ l’acinus, le grain glanduleux de la glande pulmonaire.

1 Fig, 19. Montrant une desdernières divisions bronchiques donnant naissance aux canalicules respirateurs qui supportent les lobules.

1. Bronche avec son revêtement intérieur d’épithélium cylindrique à cils ' vibratiles. — 2, Tissu cellulaire qui entoure un groupe de lobules (lobules I primitifs de quelques auteurs). — 3. Un canalicule respirateur recouvert à sa I surface interne d’épithélium pavimenteux, et bifurqué pour donner naissance * à deux lobules. — 4. Un lobule avec ses cloisons intérieures et son revôte- I ment épithélial. — 5. Deux lobules adossés.

AiNATUMlK ET l'IlVSIULUUlE JJU l'OUMüN.

Ce lobule représente l’acinus des glandes en grappe, et comme on l’observe également dans ces glandes, sa paroi élasti([ue est de structure identique à celle du conduit qui le réunit au canal excréteur, c’est-à-dire du canalicule respirateur. Le lobule, ou acinus pulmonaire, est une cavité , un renflement qui se dilate pendant l’inspiration et qui revient sur lui-même pendant

Fig. 20. Montrant deux lobules grossis de la figure précédente.

I. Canalicule respirateur bifurqué. — 2. Cloison de l’intérieur du lobule I séparant deux cellules. — 3 et 7. Paroi du lobule et épithélium paviinenteux i qui la tapisse. — i. 4. Cavité du lobule. — 5. Cellule pulmonaire ou utricule, i ou alvéole. — 6. Une cloison intérieure du lobule se divisant.

l’excrétion (expiration) du poumon. Ce renflement est | bosselé à sa surface extérieure, et ces bosselures cor- \ respondent à des dépressions ou culs-de-sac de la sur- / face intérieure. A l’intérieur, on aperçoit les culs-de-sac i comme dans les acini des glandes en grappe. On y voit, d en outre, des cloisons, simples ordinairement, subdivi- ii sées quelquefois, qui s’élèvent de la surface intérieure [ du lobule, et (|ui tlivisent sa cavité en plusieurs coinpar- i

(JUEL(JUES MOTS SUU LA STUUCTUllE DU EüüfllüN.

i timciits ou cellules pulmonaires, commimiquani avec I la cavité du lobule. Les cloisons et les compartiments j donnent à cette surface l’aspect des alvéoles d’une ruche d’abeilles.

La surface intérieure du lobule du poumon et du canalicule respirateur est recouverte d’une simple couche d’épithélium pavimenteux, qui se continue à la 'Surface des cloisons de l’intérieur du lobule. Entre cette couche épithéliale et la paroi élastique du lobule et du canalicule respirateur, on voit le réseau

Fig. 2L Schéma montrant une coupe transversale de quatre cellules pulmonaires (alvéoles, utricules de quelques auteurs).

2. 2. 2. Cloisons élastiques entre les cellules ; les cellules qu’elles séparent sont représentées avec leur épithélium. — 3. 3. Paroi d’une cellule voisine, déjetée de coté pendant la préparation de la pièce.

ANATOMlli liT NIYSIOLOCIK DU POUMON.

capillaire qui est le siège des phénomènes de rcsjjiration et d’excrétion pulmonaires.

Voilà, en quelques mots, la structure du poumon dégagée des difficultés qui hérissent son étude , à cause des nombreuses dénominations que les auteurs ont donné aux différentes parties qui constituen«t ce tissu.

Par exemple, les auteurs appellent lubule secondaire l’ensemble des lobules tenant au même canalicule {Voy. fig. 13) ; chaque lobule de notre description constitue leur lobule primitif. Ils désignent la portion de division bronchique qui précède les canaliculcs sous le nom de bronche extra-lobulaire, et le canalicule principal sous celui de bronche intra-lobulaire. La cavité de notre lobule est connue sous le nom d’infundibulum (Rossignol), d’utricules fusiformes (Kolliker), de cavités terminales (Mandl). Les petits compartiments ou cellules du lobule pulmonaire, séparés par des cloisons et communiquant avec la cavité du lobule, sont nommés, par les auteurs, alvéoles pariétaux sur les côtés, et alvéoles terminaux (Rossignol, Sappey), cellules terminales, utricules terminales (Mandl), dans les parties les plus profondes du lobule. Pourquoi donc les savants se montrent-ils si désireux de créer des mots nouveaux, lorsque le besoin ne s’en fait pas sentir? Les plus simples, les plus faciles pour la mémoire du lecteur et pour l’intelligence du sujet sont cent fois oréférables.

QUKLtJUlîS M(VrS SUR LA STRUCTURE DU l’OUMON. 45

! § III. — Les auteurs ne diffèrent d’opinion que sur un point.

I Prejiant pour point de cofnparaison la description précédente, nous verrons que tous les anatomistes du xv[ii® et du xix® siècles ont connu les divisions bronchiques, les canalicLiles respirateurs, et la paroi des lobules pulmonaires. lisse sont entendus , excepté sur I un seul point, sur la disposition des cloisons et des !' compartiments de l’intérieur du lobule. La série des ! figures qui suivent montre, jusqu’à l’évidence, l’exactitude de ce que nous avançons.

, Malpighi, seul, ayant découvert les lobules, crut qu’ils Mie formaient point de cavités distinctes et qu’ils com- ’ muniquaient par des orifices avec les lobules voisins.

Les savants qui suivirent Malpighi admettaient : l®Les uns, le cloisonnement incomplet de l’intérieur

Hj'. 22. Montranl deux lobules pulinonaires , d’après l’opinion (pii consi.ste à considérer le lobule cooime une niasse remplie d’aréoles nombreuses communiquant entre elles.

''iB ANATOMIK ICT l'Il YSlül.OUIK DU POUMON.

(lu lobule et la communication, entre eux, de ses divers -j compartiments ou cellules ; ' !

Fig. 23. Terminaison des divisions bronchiques par des tubes en cæcum, d’après l’opinion de Reisseissen.

2° Les autres, une indépendance complète de chaque cellule, formant l’extrémité, dilatée ou non, du canalicule respirateur. A la première opinion se rattachent celles de Helvétius, Sœmmering, Magendie, MM. Rainey, Rossignol , Todd et Rovvmann , Kolliker, Mandl , Mihie- Edvvards, Sappey, Robin. La deuxième opinion est représentée par Willis , Reisseissen, Meckel , Razin, Duvernoy, Lereboullet.

Helvétius, en 1718, compara l’intérieur d’un lobule pulmonaire au tissu érectile des corps caverneux. Pour lui , les cloisons de l’intérieur du lobule s’entrecroisaient dans tous les sens, et présentaient des orifices, faisant communiquer entre eux les nombreux compartiments. En un mot, les cellules pulmonaires séparées par les cloisons représentaient les aréoles du tissu érectile séparées par les trabécules (Voy. fig. 22).

Haller partageait cette opinion (1756).

gi]F;L(.)Ui;s mots sur ua structurk ou poumon.

Sœmmering et Magendie émirent une opinion qui présente une certaine analogie et une différence avec la précédente. Ils admettaient, comme Helvétius et ilHaller, que le lobule était rempli de cellules communiquant toutes les unes avec les autres, mais que les iicloisons, limitant ces cellules , étaient formées par le

hréseau des vaisseaux capillaires.

I Les idées des anatomistes que nous venons de citer P ne diffèrent de la vérité qu’en un point. Ils n’ont pas vu jtexactement la hauteur des cloisons intérieures du lojlbule {Voy. fig. 19 et 20). De plus , Sœmmering et Ma- :gendie n’ont vu que les vaisseaux situés sur les cloisons • et non les cloisons elles-mêmes. Il est probable qu’ils 'Ont observé des poumons dont les vaisseaux étaient injectés.

Si l’on fait du lobule pulmonaire un acinus de glande ten grappe, on voit simplement les culs-de-sac séparés ipar des cloisons ramifiées, et non par des cloisons :?simples et peu saillantes, comme dans les culs-de-sac de la parotide, delà mamelle, etc.

1 Fig. 24. Montrant la terminaison des bronches dans l’épaisseur d’un lobule pulmonaire , d’après l’opinion de Rainey.

1. Canalicule respirateur. — 2. 2. Lobules recevant une ramification du canalicule. —.3. Espace qui sépare les lobules (Fig. tirée de M. Lefort).

ANATOMIE ET l’Il VSIOLUGIE DU POUMON.

Rainey, 1845, dit que le canalicule respirateur (sa bronche intra-lobulaire) pénètre jusqu’au fond du lobule, et que sa paroi est criblée de trous qui le mettent en communication avec les compartiments ou cellules du lobule pulmonaire. Il est évident que l’anatomiste anglais a étudié des lobules affaissés. Dans l’affaissement que subit le poumon extrait du corps de l’animal, les cloisons arrivent presque au contact par leur extrémité libre et forment une espèce de paroi à la cavité centrale du lobule. Les orifices de cette prétendue paroi sont les ouvertures rétrécies des cellules limitées par les cloisons.

Fig. 25. Montrant la surface de plusieurs lobules pulmonaires aux extrémités des divisions d’un canalicule respirateur (Préparation par corrosion).

1. Division bronchique donnant naissance au canalicule respirateur. — 2. 2. 2. Lobules représentant les acini des glandes en grappe, avec leurs culs-de-sac. — 3. 3. 3. Ramifications du canalicule respirateur avec leurs bosselures J ces conduits sont les analogues des tubes sécréteurs des glandes en grappe (Fig. tirée de la thèse de M. Leforl).

(Cette figure représente les figures 12, 13 et 14. Seulement , elle montre la surface et les bosselures extérieures des lobules et des canalicules.)

QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON

En 1858, dans sa thèse inaugurale, compilation qui ne renferme aucune idée nouvelle, M. Lefort exprime une opinion qui se rapproche beaucoup de celle de Rainey. Mais ce travail est si confus en général, et dans la description de la structure du lobule en particulier, que nous renonçons à en faire mention, craignant de ne

I point rendre fidèlement les idées de l’auteur.

I Fig. 26. Montrant deux lobules (2. 2.) à l’extrémité de deux cana-

[ licules respirateurs (1. 1.) 3. 3. sont deux ramifications des cana-

licules.

Sur ces canalicules on voit les ramifications de l’artère pulmonaire qui pénètre la paroi du lobule et du canalicule. Entre les deux, on voit un petit vaisseau qui se dirige vers la plèvre, à laquelle il donne quelques ramifications (Fig. tirée de la thèse de M. Lefort),

Revenant à Rainey, nous voyons que son lobule, s’il était insufflé , représenterait très-exactement le vrai lobule du poumon.

MM. Rossignol, Todd et Rowmann, Kolliker, Mandl, Milne-Edwards , Sappey , admettent la structure du i poumon telle que nous l’avons indiquée au commenceiment de cet article. M. Kolliker, seul, ne croit pas à 1 l’existence des cellules situées au fond du lobule pulmo- I naire. A cela près, sa description présente beaucoup

ANATOMIFî KT PHYSIOLOGIE DU POUMON.

d’analogie avec celle des autres savants que nous venons de citer.

Fig. 27. Montrant un dessin schématique de la structure du poumon ,

d’après Lefort.

On y voit la disposition des lobules aux extrémités des bronches et leur rapport avec les vaisseaux du poumon.

1. Bronche donnant naissance à deux canalicules principaux. — 2. Artère pulmonaire se portant aux lobules en suivant les divisions bronchiques. — 3. Veine accompagnant l’artère. — 4. 4. Surface bosselée des lobules du poumon. — 5. Veine naissant dans la plèvre. — 6. Ramification du canalicule respirateur.

Ou voit que, d’après leur description, le lobule représente bien exactement un acinus de glande en grappe,

QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON

SI

acirms dont les culs-de-sac, plus ou moins profonds, sont séparés par des cloisons assez élevées.

Fig. 28. Coupe d’une pièce par corrosion , préparée par M, Rossignol.

On y voit un lobule à l’exlrémilé d’un canalicule, avec les cloisons intérieures.

Fig. 29. Montrant deux lobules pulmonaires, d’après Kolliker.

1.1. Renflements de la surface extérieure des lobules , correspondant aux culs-de-sac de l’intérieur. — 2. 2. Ramifications d’un canalicule respirateur.

M. Robin professe la même opinion ; seulement pour lui , comme on peut s’en assurer par les figures 31 et 32, les culs-de-sac ou cellules pulmonaires, au lieu d’être juxtaposés et séparés par une simple cloison, sont forte-

ment déprimés en forme de cæcum, et séparés les uns des autres par une cloison double. En un mot, chaque cellule, compartiment ou cul-de-sac est si fortement déprimé qu’il représente un petit tube.

Fig. 30, Montrant l’intérieur d’un poumon de grenouille, d’après M. Mandl.

a a. a. a. Grandes cavités, aréoles, cellules, ou ulricules séparées par les cloisons principales. — b. b. b. b. Cellules plus petites contenues dans les principales et séparées par des cloisons plus minces.

Le poumon de grenouille dilTère à peine d’un lobule du poumon de l’homme.

On voit des glandes en grappe dans lesquelles il existe des culs-de-sac tubuleux, analogues <à ceux du poumon.

Willis, Reisseissen, Bazin (de Bordeaux), Lereboullet (de Strasbourg) n’admettent pas l’existence des cloisons dans les lobules.

QUELQUES MOTS SUR LA STRUCTURE DU POUMON. 53

Pour Willis (1675), chaque canalicule respirateur se terminait par un grand nombre de canalicules plus petits, se rendant chacun à une petite dilatation ou

Fig. 31,

A. Lobule pulmonaire avec ses dimensions normales. — B. Lobule grossi dix-huit fois. — a. Division bronchique. — d. d. Canalicule respirateur se subdivisant. — e. c. d. d. Cellule pulmonaire, cul-de-sac de l’extrémité du canalicule ramifié (d’après M. Robin).

ampoule, dont l’intérieur ne présentait aucune saillie. D’après cette théorie, on voit qu’un simple cul-de-sac glandulaire donnerait naissance à un tube sécréteur {Voy. fig. 33).

Bazin (de Bordeaux, 1836) reproduit la même opinion.

Page 1