CHAPITRE TROISIÈME
i l ROLE DE l’ÉPITHÉlIUM CYLINDRIQUE A CILS YIBRATILES DES VOIES AERIENNES , DES FIBRES MUSCULAIRES DES BRONCHES . DEDUCTIONS PATHOLOGIQUES ET CONCLUSIONS.
§ 1er. — Rôle de l’épithélium cylindrique à cils vibratiles
des voies aériennes.
On croit généralement que les cils vibratiles des voies aériennes et que les fibres musculaires bronchiques sont destinés à chasser les mucosités en les poussant de bas en haut. Cette explication nous paraît erronée, et pour deux raisons : 1° les cils existent aussi bien à la partie supérieure des voies aériennes (fosses nasales),
' qu’à la partie inférieure, et dans les fosses nasales, qui sont dirigées horizontalement, d’avant en arrière, les mucosités, pour être rejetées, n’ont pas besoin d’être soulevées par les cils ; 2“ la muqueuse broncho-laryngée, lorsqu’elle est saine, ne fournit pas une grande quantité de mucus. Les glandes de cette muqueuse sécrètent un liquide, il est vrai, mais un liquide fort peu abondant, destiné seulement à humecter la surface muqueuse , et à empêcher son dessèchement par le courant gazeux qui va et vient incessamment dans les voies aériennes. Ces cils seraient-ils destinés à évacuer
^0 ANATOMlli KT PHYSIOLOGIE DU POUMON.
les mucosités pathologiques? Nous ne le croyons pas, car le mucus qui se produit pendant l’existence d’une bronchite, etc., est expulsé par la toux, c’est-à-dire par un mouvement de retrait extrêmement brusque de la poitrine, qui chasse avec force les gaz du poumon, et les force à balayer la muqueuse bronchique, comme le ferait un violent coup de vent.
Fig. 37. Montrant les cellules d’épithélium cylindrique à cils vibratiles
des voies aériennes.
Il nous paraît rationnel de*penser que les cils vibratiles répandus sur toute l’étendue des voies aériennes, depuis les narines jusqu’aux dernières ramifications bronchiques, constituent une espèce de tamis, à l’air qui doit pénétrer dans les poumons. En effet, en réfléchissant à la division et à la subdivision des bronches , on arrive à comparer le poumon à une foule de petites cavités, dans lesquelles conduisent des canaux d’un calibre extrêmement petit, presque entièrement revêtus de petits poils, et l’idée d’un tamis recouvrant les cavités pulmonaires rend parfaitement notre pensée. Ces cils, à ce niveau, sont comparables aux poils qui protègent l’entrée du conduit auditif externe, l’entrée des fosses nasales , l’ouverture des paupières. Les cils vibratiles des voies aériennes seraient donc destinés à
ROLE DE l’épithélium CYLINDRIQUE.
rretenir les poussières, les corpuscules étrangers, qui (pénètrent dans les bronches avec l’air de la respiration.
Si l’air impur, que l’on respire si souvent, pénétrait jjusqu’àla surface interne des lobules, on comprend que lies impuretés contenues dans ce fluide s’accumuleraient irapidement dans la portion sécrétante du poumon, et fformeraient à la surface épithéliale des lobules une (COuche plus ou moins épaisse , qui gênerait extrêmeiinent les phénomènes d’endosmose gazeuse.
Leur rôle est double. Non-seulement les cils retiennent lies corpuscules de l’air, mais encore ils les rejettent au 'dehors, et c’est pour cela qu’ils sont doués d’un mou- ^vement d’inclinaison et de redressement. Dans cette .'hypothèse, nous comprenons pourquoi les cils vibratiles 'existent dans toute l’étendue des voies aériennes; on les trouve partout où l’air de la respiration entre en
• contact avec une muqueuse. C’est pour cette raison que lia portion supérieure ou nasale du pharynx en est
• également pourvue, tandis que la portion inférieure m’en présente pas.
Certains phénomènes pathologiques servent à explil-quer l’action des cils vibratiles.
I Nous sommes convaincu , quoique ce point n’ait |j point encore été étudié, que la poussière charbonneuse iqui se dépose dans les voies aériennes, surtout chez les personnes vivant dans une atmosphère remplie de poudre de charbon , s’arrête sur les cils des dernières
ramifications bronchiques, et que l’obstruction de la
ANATOMIE ET PMVSIOLOGIE DU PÜLMON.
petite
bronche précède raffaisseinent des vésicules
pul-
monaires correspondantes*. Si la poussière charbonneuse pénétrait jusqu’à la face interne de la portion sécrétante des poumons , elle s’y accumulerait rapide-
ment et ne permettrait pas au malade une longue existence, tandis que les sujets peuvent vivre dix, vingt et trente ans dans une telle atmosphère. Le môme phénomène se passerait dans les maladies graves du poumon que l’on rencontre chez les mouleurs en cuivre, chez les ouvriers des fabriques de meules, des fabriques d’armes, etc. Chez tous ces hommes, la poussière pénètre avec le courant d’air de la respiration, dans les voies aériennes, et s’arrête sur les cils auxquels elle adhère. Cette poussière est tellement abondante, que les cils sont impuissants à la repousser au dehors; elle s’accumule dans les petites divisions bronchiques , les obstrue, et, à la longue, elle finit par déterminer des lésions pulmonaires graves, offrant des symptômes qui ne manquent pas d’une certaine analogie avec ceux de la phthisie pulmonaire.
§ II. — Rôle des fibres müsculaires des divisions bronchiques.
On a dit et l’on répète que ces fibres sont destinées à chasser le mucus des bronches. Or, nous venons de
1 . Cette oblitération des bronches et des vésicules a été indiquée par plusieurs auteurs : MM. Desayvres, Tardieu, etc.