EXAMINATEURS DE LA THÈSE
M. RENAUT, Président ; M, PIERRET, Assesseur; MM. CHANDELUX et DEBIERRE, agrèges
La Faculté de médecine de Lyon déclare que les opinions émises dans les dissertations qui : lui sont présentées, doivent élre considérées comme propres à leurs auteurs, et qu'elle n'entend leur donner
ni approbalion ni improbalion.
DU
CACINIDRO NOGMASIAEIHO ee
SOMMAIRE : — Idée générale du cordon ombilical quant à sa signification morphologique. — Cordon ombilical des plagiostomes et des squales. — L’axe du cordon est-il formé par une expansion de la vésicule ombilicale ou par une expansion de l’allantoïde chez les mammifères ? — Exposé des opinions, — Étude de l’épithélium de l'expansion intraombilicale. — Doit-on rapprocher cet épithélium de l'entoderme primitif (hypothèse ombilicale) ou du revêtement épithélial de l’allantoïde (stratifié, ayant son type dans la vessie) ? — Vaisseaux ombilicaux, leur origine. — Tissu connectif, satellite de ces vaisseaux, — Revêtement amniotique. Comparaison avec la peau, — Zone connective intermédiaire entre le tissu connectif qui suit les vaisseaux et le tissu conne:tif tégumentaire sous-amniotique.
On donne le nom de cordon ombilical au lien vasculaire qui s'étend de l’ombilic du fœtus au placenta. Sa formation débute chez l’homme vers le vingtième jour après la fécondation, à l’instant où la vésicule allantoïde suivie des vaisseaux allantoïdiens atteint les enveloppes de l’œuf et se confond avec le chorion qu’elle renforce.
Ayant l’époque où se produit ce rapprochement, il n'existe aucune connexion entre l’embryon qui nage dans le liquide amniotique et les villosités qui revêtent le chorion, et la vésicule ombilicale est seule chargée de fournir à sa nutrition. La production d’un centre définitif d'échange entre la mère et l’embryon ne se forme que lorsqu’apparaît la vésicule allantoiïde, dont une partie constitue le placenta, et le pédicule le cordon ombilical.
La vésicule ombilicale se montre de très bonne heure. Dès les premiers jours de la fécondation, le corps de l'embryon tend à s’incurver du côté du centre de l’œuf et à prendre la forme d’une nacelle, dont les deux extrémités, en serapprochant de plus en plus, tendent à limiter un orifice assez étroit qui correspond à l’ombilic. Le feuillet interne du blastoderme se trouve ainsi directement étranglé, et la vésicule blastodermique divisée en deux vésicules communiquant par l’ombilie, comme les deux portions d’un bissac. Ces deux cavités sont très inégales ; la plus petite, celle qui est enserrée dans lintérieur du corps de l'embryon, correspondra plus tard à la cavité intestinale ; la plus grande, qui reste en dehors de l’embryon, constitue la vésicule ombilicale. L’orifice qui fait communiquer entre elles ces deux portions se rétrécit de plus en plus en s’allongeant et forme un pédicule creux auquel on a donné le nom de canal omphalo-mésentérique. La vésicule ombilicale est remplie par toute la partie extra-embryonnaire du vitellus qui sert à la première nutrition du fœtus. Des vaisseaux (omphalo-mésentériques) qui parcourent sa surface assu-
INTRODUCTION d rent l’absorption graduelle de ce liquide et sa résorption totale quand le système placentaire est édifié.
Chez les mammifères l’existence et les fonctions de cette vésicule durent un mois à peine, mais chez certains poissons de l’ordre des Plagiostomes son existence est permanente pendant la vie embryonnaire. Elle concourt alors à la formation d’un placenta et d’un pédicule, rappelant le cordon ombilical, qui réunissent lefœtus à la mère, de sorte que l’échange des matériaux nutritifs se fait entre eux par endosmose. Chez quelques espèces vivipares, telles que le mustellus lævis (Balbiani) (1) les connexions entre l'embryon et la mère deviennent tout à fait intimes. On voit la vésicule ombilicale s’allonger et s’étirer sous la forme d’un cordon en entruinant avec elle la membrane de l'œuf, Des villosités se développent sur son extrémité renflée, s’insinuent entre les plis de la muqueuse utérine dont elles ne sont séparées que par la membrane de l’œuf et constituent un véritable placenta.
D’après Schenk (2) qui à fait l'étude anatomique du cordon des squales, 1l ressemblerait beaucoup au cordon allantoïdien des mammifères. Sur une coupe on trouve une cavité axiale représentant le canal vitello-intestinal, tapissé par l’épithélium de l’entoderme et entouré par un cercle de tissu conjonctif. Une veine et une artère omphalo-mésentériques circulent dans ce tissu connectif, et un prolongement de l’ectoderme recouvre le tout.
Si, dans le cas que nous venons de citer, la vésicule
(1) Balbiani. — Leçons sur lu yéncration des vertèbres. — Paris, 1879.
() Schenk. — Der Doltersgang der Plagiostomen, in Silzungsb. d. Kuis. Akad-der Wiss. — Wien, 1574.
ombilicale et son pédicule jouent un rôle manifeste dans la formation du placenta fœtalet du cordon, il ne paraît pas en être de même chez les vertèbres supérieurs. Quoiqu'il y ait encore quelques divergences sur ce sujet, la majorité des auteurs admettent aujourd’hui que ces organes sont formés aux dépens de l’allantoïde, bien que par un processus qui à beaucoup de rapports avec le développement d’origine ombilicale.
Chez les vertébrés allantoïdiens, quand la circulation vitelline s’affaiblit, on voit apparaître un bourgeon de la partie inférieure du tube intestinal qui s’avance rapidement au dehors jusque sous les membranes de l’œuf. Cette poche est l’allantoïde, elle est rapidement pourvue d’un système vasculaire remarquable en communication avec les troncs artériels et veineux du voisinage. Elle s’insinue le long du col de la vésicule ombilicale, et tandis qu'à ce niveau elle est réduite à un pédicule rétréci, elle gagne les parties externes de l’œuf où elle s’étale en formant la vésicule allantoïdienne. Des trois portions qu’elle présente à ce moment, celle qui est située dans l’abdomen du fœtus formera plus tard la vessie, la portion extérieure au fœtus entrera par ses vaisseaux dans la composition du placenta fœtal, et enfin la partie étranglée qui les réunit constituera
l’axe du cordon ombilical.
Au début de sa formation, la tige qui représente le cordon présente donc, à considérer les parties suivantes qui entrent dans sa composition : deux tiges creuses revêtues chacune par un épithélium et correspondant aux pédicules de la vésicule ombilicale et de la vésicule allantoïde, des vaisseaux artériels et veineux accolés
à la paroi de ces conduits, une zone de tissu embryonnaire venue du feuillet moyen, et enfin un revêtement épithélial, continuation du feuillet externe qui revêt le fœtus et la surface interne de l’amnios. Un seul point reste donc à éclaircir, c’est de savoir si l’axe central autour duquel se développe le cordon est la tige de la vésicule ombilicale, comme nous avons vu que celase passait <hez lesplagiostomes cotylédonés, ou celle de l’allantoïde. Le meilleur moyen d'arriver à une démonstration précise, est d'étudier les différentes figures qui se présentent Sur la coupe d’un cordon et de voir, en examinant leurs rapports et leur structure intime, à laquelle de ces deux tiges elles correspondent.
Schultze a étudié avec soin la vésicule ombilicale, mais il n’a pas poursuivi l’étude des vestiges du canal ombilical dans le cordon. Kleinwechter (1) est arrivé par une dissection attentive et minutieuse à trouver la vésicule, et l’a vue se continuer le plus souvent avec un filament parcourant toute la longueur du cordon. Ce n’est que dans de très rares circonstances qu’il a noté l’existence des restes des vaisseaux omphalo-mêésentériques, et toujours au voisinage de la vésicule. Carl Ruge (2) revendique la priorité de la découverte de la persistance du canal vitellin non seulement sur les cordons de fœtus jeunes, mais encore sur ceux des adultes (3). D’après
(1) Kleinwechter. — Beilrag zur Anatomie des Duclus omphalo-mesente ricus (Archiv für Gynækologie. Band X. 1876.
(2) Carl Ruge. — Untersuchungen uber den Doltergang und über cappillaren in Nabelstrang. (Zeits. f. Geburt und Gynæk 1871). (3) Celte persistance avait déjà été signalée par les auteurs français, entre autres par M. Renaut, en 1572.
ses recherches, sur un cordon de trois mois ce canal était creux et revêtu d’unépithélium cylindrique et clair. Sur un cordon de six mois et demi il était plein, et les éléments cellulaires qu’il contenait étaient pressés les uns contre les autres et remplis de granulations graisseuses calcaires. Il présentait à peu près le même aspect sur un cordon plus âgé d’un mois, où il avait la ‘forme d’un canal étranglé limité par du tissu connectif serré et rempli par des cellules épithéliales, claires, transparentes, et qui, en certains points avaient subi la dégénérescence graisseuse. Ahlfeld (1), qui avait d’abord prétendu que le conduit ombilical était visible dans toute l'étendue du cordon sous l’aspect d’une tige centrale creuse ou oblitérée, est revenu maintenant aux idées exposées par Carl Ruge (2). Il maintient toujours son existence sur les jeunes sujets, mais il ne se prononce pas pour ce qui est des sujets à terme. Sabine (3) n’a pu trouver dans le cordon de vestige du canal ombilical. Le conduit allantoïdien persiste beaucoup plus nettement que le précédent et se retrouve dans toute la lonoueur du cordon adulte. Il se présente sous la forme tautôt d’une colonne solide, tantôt d’un caral, selon les points où on l’examine, mais ce n’est guère qu’au voisinage du placenta qu’il présente encore une cavité, et sa surface interne est recouverte de cellules épithéliales. Dans la forme de colonne solide, les restes de l’allan-
(1) Ahlfeld.— Die Allantois des menschen. (Archiv f. Gynækologie. 876).
(2) Carl Ruge, — Ueber die Gebilde im Nubelstrang (Zeits. f. Geburt und Gynakol. 1877.)
(3) Sabine. — Notis über den Bau der menschlichen Nabelschnur (Archiv. f. Gynækol, 1876).
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toïde sont constitués par une couche extérieure de fibres musculaires disposées en cercle circonscrivant un espace comblé par des cellules arrondies. Cette colonne est toujours également éloignée de chacune des deux artères, tantôt elle se trouve dans leur intervalle, tantôt, lorsque les artères sont intimement accolées, elle occupe une position excentrique par rapport à elles. Ses rapports avec la veine ombilicale sont variables. Le canal allantoidien se continue avec l’ouraque dès qu’il a traversé l'anneau ombilical.
Cet exposé des diverses opinions qui ont cours sur la nature de l’expansion intra-ombilicale, nous amène forcément à une étude attentive de l’épithélium qui la tapisse intérieurement, car sa nature seule peut nous fixer sur son origine. En d’autres termes cet épithélium présente-t-il les caractères de l’épithélium de l’entoderme primitif et le conduit dont nous nous occupons est-il fourni par le pédicule de la vésicule ombilicale, ou bien est-ce un épithélium stratifié comme dans la vessie, et dépend-il de lPallantoide ? Nous avons à cet effet examiné les vestiges de l'expansion intra-funiculaire sur des cordons au début de leur développement, sur lesquels l’épithélium n’avait encore subi aucune dégénérescence. Nous avons obtenu les résultats les plus satisfaisants sur des cordons d’embryon de vache ou de brebis, les cordons de jeune embryon humain n’offrant que rarement une conservation parfaite du canal dont nous nous occupons.
Le cordon d’un fœtus de brebis de 18 centimètres de longueur est durci par un séjour dans le liquide de Müller, puis dans la gomme et l'alcool ; des coupes y
sont faites perpendiculairement à son axe et colorées avec de l’éosine hématoxylique. Le canal intra-ombilical occupe la partie centrale du cordon, et se présente sur la coupe sous l’apparence d’un cercle assez régulier dont le diamètre est un peu plus considérable que celui de la veine ombilicale située sur un de ses côtés; sa lumière se voit très bien à l’œil nu. Autour de lui le tissu conjonctif est assez serré et constitue comme autour des vaisseaux une sorte de gaine lamelleuse dont la lamelle la plus interne est séparée de l’épithélium par une limitante hyaline très fine à double contour. Cet épithélium de revêtement est constitué par deux couches de cellules, l’une située plus profondément, repose sur la limitante et est formée d'éléments cylindriques disposés sur une ligne régulière dont le protoplasma est rempli de fines granulations et le noyau coloré vivement en bleu par l’hématoxyline. Cette première assise épithéliale est recouverte par une seconde couche de cellules plus volumineuses que les précédentes. Leur protosplama est transparent comme du verre et ne présente aucune granulation, etleur noyau fixe, moins l’hématoxyline et sa forme, est plus elliptique que celui des cellules profondes. Elles sont irrégulièrement cubiques et leur surface libre n’est pas toujours au même niveau. Des coupes faites sur un cordon de fœtus de mouton de 23 centimètres présentent les mêmes caractères: un conduit central aussi bien conservé et revêtu par un épithélium tout à fait semblable à celui que nous venons de décrire.
Un embryon de vache de 20 centimètres de longueur nous à permis de constater une disposition de l’épithélium un peu différente de celle-ci, mais plus instructive,
Le canal intra-funiculaire, coupé en travers, occupe à peu près la partie médiane du cordon, entre les vaisseaux sanguins, et offre l’aspect d’une fente allongée dont la lumière est visible à l’œil nu. Autour de lui existe, comme autour du même organe sur les embryons de mouton, une zone conjonctive dont les faisceaux forment un feutrage très serré. L'épithélium intérieur est stratifié et laisse à considérer les deux types de cellules déjà décrits. La couche profonde est formée par un seul rang de cellules cylindriques, implantées parallèlement les unes aux autres, comme celles de la couche génératrice de l’ectoderme dont elles ont la disposition générale. Les noyaux vivement colorés semblent représenter une rangée très régulière de grains bleus, et leur protoplasma est un peu granuleux. Il ne nous a pas été permis de constater l'existence d’une limitante bien nette entre elles et le tissu conjonctif sous-jacent, et même sur plusieurs points la distinction est difficile à faire entre ces cellules et les cellules conjonctives pressées contre elles. Cette couche profonde est recouverte par des cellules claires répondant au même type que celles qui forment la zone superficielle de l’épithélium de brebis, mais qui sont ici disposés sur deux ou trois rangées selon les points, et subissent, à cause de la pression réciproque, des changements de forme. Le plus souvent elles ont la forme d’une calotte ou d’un champignon dont la pointe s’enfonce entre les cellules sous-jacentes et dont le chapeau s’étale à la surface en s’appuyant sur les cellules voisines. Quelques-unes offrent un arrangement inverse, la partie renflée étant tournée en bas et la pointe venant se perdre entre les cellules superfi-
cielles. Il est impossible de ne pas remarquer combien cette disposition se rapproche de celle de l’épithélium stratifié de la vessie dans lequel les civerses couches de cellules s’imbriquent d’une façon à peu près analogue.
L'expansion intra-ombilicale apparaît sur la coupe d’un cordon appartenant à un embryon humain de 10 centimètres de longueur, comme un petit cercle situé vers la périphérie en dehors des vaisseaux. Comme ces derniers il possède une tunique fibreuse qu’une fine membrane basale sépare de l’épithélium de revêtement. Celui-ci est encore formé des deux couches de cellules que nous avons rencontrées sur tous les autres cordons ; une couche profonde de petites cellules à noyau très vivant, et une superficielle de cellules plus grosses, plus claires et à noyau moins distinct. La lumière laissée au centre du tube est très petite et remplie de matières granuleuses. {Planche I, Fig. 1).
Sinous comparons la structure de l’épithélium revêtant la paroi du conduit axial des divers cordons que nous venons de passer en revue, avec celles de l’épithélium qui tapisse la face interne de la tige qui représente le cordon chez quelques plagiostomes et qui est manifestement une dépendance de la vésicule ombilicale, nous trouvons des différences manifestes. Des préparations faites sur un cordon d’Acanthias Vulgaris montrent qu’il est constitué par un tube rempli de vitellus, et possédant une paroi très mince de tissu conjonctif fasciculé, revêtu en dehors par l’ectoderme et en dedans par l’épithélium de la vésicule ombilicale, ou, pour mieux dire, par l’entoderme. Cet épithélium entodermique repose sur une membrane basale bien développée, qui le sépare des
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lames conjonctives, et il ne comprend qu’une seule couche de cellules cubiques, peu élevées, contenant un énorme noyau granuleux. Les cellules fixes de la trame conjonctive voisine, ont souvent un noyau de même forme, qui donne à l’élément un aspect épithélioïde, aussi serait-il permis, dans quelques endroits, de croire à un épithélium stratifié, si la présence de la basale et un examen attentif ne venaient démontrer le contraire. Cet épithélium est le seul de ce genre que nous avons pu examiner, etil serait peut-être téméraire de conclure de sa structure à celle de l’épithélium du pédicule vitellin chez les mammifères. Nous nous croyons cependant autorisé à conclure de l’étude qui précède que l’épithélium. qui tapisse l’expansion intra-funiculaire chez l’homme et les mainmifères supérieurs est stratifié, et reproduit, à peu de chose rrès, le type de celui qui existe normalement dans la vessie. Cette similitude de structure permet de supposer une similitude d’orisine et d'apporter une preuve de plus à l’opinion des anatomistes qui font développer le cordon ombilical autour du pédicule de l’allantoïde. C’est ce pédicule qui subsiste dans la plupart des cordons dont l’accroissement n’est pas encore complet, sous forme d’un canal revêlu d’un épithélium stratifié, et qui, sur les cordons adultes, se présente comme une tige pleine, autour de laquelle le tissu conjonctif est plus serré qu'ailleurs. Nous n’avons jamais trouvé de vestiges du pédicule de la vésicule ombilicale, sa persistance doit être très rare, car Carl Ruge ne Va notée que quatre fois en examipant un grand nombre de cordons.
Les vaisseaux sanguins sont, au début, au nombre de
quatre, deux artères et deux veines, mais bientôt une des veines disparaît et on ne trouve plus que deux artères et une veine. Ce sont les vaisseaux ombilicaux, Leur développement est intimément lié à celui de la vésicule allantoïde. Dès que celle-ci est constituée, elle ne tarde pas à être pourvue d’un appareil vasculaire qui formera plus tard ies vaisseaux du cordon et du placenta fœtal. De l’aorte dorsale de l’embryon partent deux rameaux qui se dirigent en dehors, gagnent le pédicule de la vésicule allantoïde et se ramifient à sa surface. La portion initiale de ces artères allantoïdiennes deviendra une artère iliaque, et la portion suivante pourra être considérée comme un rameau de la première et sera une artère ombilicale. Le sang, après s'être distribué à toute la surface de l’allantoïde, revient vers Vabdomen par deux veines, veines ombilicales, qui se réunissent en un seul vaisseau allant déboucher dans la partie antérieure de la veine omphalo-mésentérique qui formera elle-même une partie de la veine cave inférieure. Les deux artères ont à peu près le volume d’une plume de corbeau et parcourent le cordon dans toute sa longueur depuis lombilic jusqu’au placenta. Elles sont extrêmement flexueuses et, revenant sur ellesmêmes, forment des anses qui provoquent à leur niveau un épaississement du cordon. Leur lumière est plissée comme celle de toutes les artères, et parfois rétrécie par de petits replis semi-lunaires décrits avec soin par Berger et Hyrtl.
La veine ombilicale, nous l’avons dit, aboutit du pla-centa à la veine porte et au canal veineux. Elle est moins flexueuse que les artères et décrit une spirale autour
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d'elles, son calibre est plus considérable que celui des artères, et sur une coupe du cordon on la distingue facilement de celles-ci, car elle se présente sous l’aspect d’une large fente béante, tandis que les parois des artères reviennent sur elles-mêmes et diminuent leur diamètre. Comme elles, elle possède des replis vasculaires, mais dont les dimensions sont beaucoup plus considérables,
À côté de ces trois vaisseaux qui forment le système vasculaire allantoïdien, il y en à d’autres dont l’existence n’est pas constante et qui se montrent au début de la vie fœtale sur la vésicule ombilicale et son pédicule, ce sont les vaisseaux omphalo-mésentériques. Ils suivent Vévolution de la vésicule ombilicale ; volumineux quand celle-ci est l’organe essentiel de la nutrition de l’embryon, ils disparaissent peu à peu quand elle se flétrit et que l’allantoïde se développe. Quand on les rencontre sur un cordon adulte ou tout au moins déjà assez avancé en âge, ils se présentent au nombre de deux à la périphérie du cordon, et leur calibre, bien que très rétréci permet encore de les distinguer à l’œil nu. Ils perdent à la surface placentaire sur les débris de la vésicule ombilicale, et d’un autre côté on peut les suivre quelquefois jusque vers le colon transverse (Carl Ruge). Leur enveloppe musculaire est peu épaisse, et c’est dans leur voisinage que l’on rencontre, quand ilexiste encore, le cordon plein qui représente les vestiges du pédicule de la vésicule ombilicale.
Pendant longtemps on a cru que le cordon ne possédait que les vaisseaux que nous venons de signaler et qu’il ne renfermait pas de capillaires. Ch. Robin, puis
Richet signalèrent les premiers la présence de capillaires au voisinage de l’ombilic, et actuellement, depuis les recherches de Tait et de Ruge, on ne nie plus leur existence dans la totalité de la longueur du cordon, sauf cependant pendant les derniers mois de son existence, Nous reviendrons plus tard sur la description de ces capillaires et nous nous contentons de dire ici que les deux systèmes vasculaires allantoïdes et omphalo-mésentériques participent à leur fondation.
Quand les vaisseaux pénètrent dans le cordon en bourgeonnant à la surface de la vésicule allantoïde, ils entrainent avec eux des éléments conjonctifs qui constituent la première ébauche de la trame conjonctive du cordon. La tunique musculaire de chacun d’eux, artère et veine, est ainsi entourée d’une gaîne conjonctive qui, au moment de son développement complet, atteint une épaisseur relativement considérable. Mais, tandis que le tissu conjonctif qui forme la tunique externe de tous les autres vaisseaux de l’économie affecte toujours le type connectif lâche, il prend ici celui du tissu modelé et forme un manchon fibreux trés résistant qui donne aux parois de ces vaisseaux une dureté et une épaisseur particulières. C’est ainsi que, sur une coupe en travers les trois cylindres correspondant aux aires des trois vaisseaux se détachent nettement sur le tissu conjonctif qui forme le stroma du cordon et ont une tendance à faire une légère saillie au-dessus de lui.
La surface externe du cordon est entourée sur toute son étendue par un revêtement épithélial continu que l’on désigne généralement sous le nom de gaine amnios tique. Au point de vue embryogénique, cette enveloppe
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est en effet une dépendance de l’amnios qui, pour la former, s’est porté du côté ventral de l'embryon et, rencontrant le pédicule de l’allantoïde, s’est accolé à lui et l’a suivi sur toute sa longueur. Malgré cette communauté d’origine, l’épithélium qui revêt l’amnios et celui qui recouvre le cordon sont loin de présenter les mêmes caractères. Le premier, en effet, consiste en une rangée unique de cellules pavimenteuses qui, sur beaucoup de points, font place à des cellules cylindriques, tandis que sur le cordon l’épithéliun est stratifié et se rapproche beaucoup de celui qui constitue l’épiderme de la peau du fœtus. Ce qui rend Panalogie encore plus grande c’est que l’épithélium du cordon est comme l’épiderme doublé intérieurement par un coussin de tissu conjonctif fasciculé rappelant la disposition et les usages du derme cutané fœtal. Ce sont des faisceaux conjonctifs disposés par lames parallèles et anastomosées entre elles, très serrées au voisinage du revêtement épithélial, plus dissociées au contraire en se rapprochant de la gaine conjonctive lâche qui les sépare des gaïnes lamelleuses des vaisseaux.
En définitive, l'embryon est suspendu dans la cavité amaniotique par une sorte de pédonèule creux en rapport d’une part avec la paroi antérieure de son abdomen et d’une autre avec la masse placentaire. Ce pédoncule renferme les vestiges de la vésicuie ombilicale atrophiée, transformés en un cordon plein, et le pédoncule de l’allantoïde qui sert de conducteur aux vaisseaux sanguins qui sortent du corps de l'embryon par l’anneau ombilical et se dirigent vers la surface externe de l’œuf. Deux zones principales de tissu conjonctif du type modelé,
l’une autour des vaisseaux l’autre sous l’épithélium des vaisseaux, remplissent les vides laissés entre tous ces. organes. Les trois feuillets de l’organisme concourrent donc à la formation du cordon ombilical : l’entoderme constitue le revêtement épithélial de l’axe central du pédicule ombilical, lectoderme donne naissance à l’épithélium amniotique, et le mésoderme est l’origine des vaisseaux et du tissu conjonctif. Il se divise même en deux lames que l’on pourrait comparer aux lames fibrocutanée et fibro-intestinale de l'embryon, l’une est re présentée par le feuillet conjonctif qui double l’épithélium de revêtement, l’autre par les stratifications lamel— leuses qui entourent l’axe central et les vaisseaux. Entre les deux se voit le tissu connectif lâche de la nutrition qui les unit et permet entre eux des échanges multiples.
Mais nous ne saurions commencer ce travail sans adresser à M. le professeur Renaut nos sentiments de profonde reconnaissance pour la bienveillance qu’il n’a cessé de nous témoigner pendant les trois années que nous venons de passer dans son laboratoire comme préparateur de son cours. C’est sous l’inspiration de cet excellent maitre que nous avons choisi comme sujet d’étude la structure du cordon ombilical, et c’est grâce à ses conseils que nous espérons avoir pu arriver à des. conclusions rigoureuses.
Que M. le docteur Chandelux, professeur-agrégé à la Faculté de médecine de Lyon, reçoive également le témoignage de notre vive reconnaissance pour la bienveillance avec laquelle il a dirigé nos premières études d’histologie.