‹ Anatomie générale du cordon ombilicalChapitre 7 sur 14 · DÉVELOPPEMENT DU TISSU MUQUEUX DU CORDON · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DU TISSU MUQUEUX DU CORDON

de M. le professeur Renaut montre bien cette disposition. Les aires remplies par la mucine ne sont jamais traversées à cette période par des réseaux de cellules fixes. Ce n’est que sur des embryons tout à fait jeunes et dans lesquels la période télo-formative est tout à fait à son début, que l’on voit les éléments cellulaires n’être pas exactement les satellites des faisceaux connectifs. En réalité, il s’agit donc ici d’un tissu conjonctif qui, en tous points, dans son développement comme dans ses autres particularités, se comporte comme le tissu connectif modelé, ou plus généralement comme toute bande de tissu conjonctif satellite des fusées vasculaires sanguines de distribution. Constamment, dans les aires interfasciculaires occupées par la mucine, on rencontre de nombreuses cellules lymphatiques, les unes hyalines, les autres granuleuses et souvent d’un gros volume, sous l’influence du sérum iodé, ces éléments lymphatiques se montrent chargés de glycogène et prennent une coloration brun d’acajou, tandis que les cellules fixes se colorent en jaune à la facon du protoplasma, quand il ne renferme pas de substance glycogène.

SAN CMPREAN

Voies lymphatiques

SOMMAIRE, — Discussion sur les espaces inlerorganiques liés ou non au système lymphatique canaliculé. — Réfutation des théories des canaux du suc. — Voyage probable des cellules migratrices des vaisseaux au travers du cordon pour tomber dans l’amnios. — Comparaison avec l’épiploon, organe constamment traversé par des cellules migratrices qui tombent ensuite dans la séreuse viscérale.

Ainsi que nous l’avons dit au début de l’historique de notre sujet, les théories qui ont été successivement faites Sur la structure du tissu conjonctif en général, ont été appliquées à tour de rôle à celle du tissu fondamental du cordon ombilical. L’absence relative de capillaires sanguins dans cet organe a amené les anatomistes à supposer l’existence de réseaux lymphatiques particuliers pouvant suppléer dans une certaine mesure à la nutrition incomplète qui leur paraissait résulter de cette structure, et surtout en Allemagne et en Angleterre, ils ont décrit ces canaux et ont admis dans le cordon une circulation lymphatique très riche. Pour eux, il existe au sein du tissu connectif alvéolaire des Canaux du suc

anastomosés entre eux en tous sens, au sein desquels

circule la lymphe, et qui, à la périphérie du cordon, se mettent en rapport avec la cavité amniotique par des. stomates pratiqués au travers de l’épithélium.

C’est Virchow, le premier, qui, en examinant des coupes de cordon ombilical traitées par l'acide acétique, a démontré qu’il avait tous les caractères du tissu conjonctif, et lui assigna la place qui lui revenait dans la classification des tissus de l'organisme. Mais, en même temps, il transporta là les idées qu’il avait émises sur la structure du tissu conjonctif lâche et décrivit des réseaux de cellules plasmatiques dans lesquels circulaitlalymphe. « La substance propre du cordon, dit-il, est composée d’un tissu aréolaire contenant dans ses intervalles du mucus et quelques cellules arrondies ; une substance fibreuse et striée forme les trabécules des aréoles. Cette dernière contient des éléments étoilés. En traitant une préparation par l’acide acétique, on voit un vrai réseau cellulaire divisant la masse du cordon en compartiments. réguliers. L’anastomose de ces cellules explique la. marche des sucs et leur égale distribution dans toutes les parties de cet organe.» Ainsi donc, Virchow considère les cellules étoilées du cordon comme des éléments creux anastomosés les uns aux autres par des prolongements également canaliculés, et dans lesquels circule la. lymphe. C’est la théorie des cellules plasmatiques, c’est. la théorie des cellules creuses servant de lieu de passage aux sucs nutritifs. Nous n’avons pas à revenir sur les nombreux travaux qui ont été publiés, surtout en France, pour démontrer la fausseté de cette conception, ni sur les méthodes dont se sont servi les pro fesseurs Ranvier et Renaut pour prouver que les cellules

<onjonctives formées d’une masse protoplasmique et d’un noyau ne pouvaient pas remplir ce rôle de canaux que leur attribuait Virchow. Qu'il nous suffise de dire que leur coloration par le picro-carmin et l’éosine et leur dissociation par la boule d’æœdème mettent leur nature cellulaire absolument hors de doute.

C’est dans la couche périphérique du cordon que Koster a découvert et injecté, dit-il, un système particulier de canaux du suc. Ils formeraient, d’après lui, un réseau très serré formé par des canaux dilatés au niveau des espaces alvéolaires et rétrécis pour passer d’un alvéole à un autre, ce qui leur donnerait une apparence noueuse. Leur direction générale serait celle des fibres conjonctives qui, tendues comme des cordelettes, leur serviraient de soutien. Ces canaux n’auraient aucune communication avec les vaisseaux sanguins et seraient même peu développés dans leur voisinage. En revanche ils seraient en rapport avec les stomates de l’épithélium et, par eux, avec la cavité amniotique.

Plus récemment, L. Tait a repris les idées de Virchow <t, refusant aux cellules fixes leur nature cellulaire, les considère comme de véritables canaux lymphatiques. Lorsque ces canaux sont vides, dit-il, ils présentent l’apparence du tissu fibreux par suite de l’affaissement de leurs parois, et lorsqu'ils sont partiellement distendus ils se montrent comme des cellules étoilées. Dans les alvéoles intermédiaires aux canaux on rencontre des cellules migratrices. Les imprégnations au nitrate montrent que ces canaux ont une paroi. Quand on les injecte, de petites parcelles de l’injection peuvent suinter à la surface du cordon et cela n’est pas

causé par des ruptures. Par conséquent, Tait décrit um réseau de canalicules qui paraît bien correspondre à. celui des cellules fixes, et il n’est pas éloigné d'admettre qu’il vient s’ouvrir à la surface du cordon. Dans sa description il donre du reste fort peu de place à l’étude du tissu conjonctif et paraît considérer le cordon comme rempli par ce réseau de cellules creuses interceptant des mailles remplies de mucine.

Kolliker enfin, bien que ne se prononçant pas d’une manière absolue n’est pas éloigné d'admettre l’existence de canaux du suc. En imprégnant un cordon au chlorure d’or il a obtenu, ainsi que nous l’avons fait nous-même, de si belles figures d'éléments anastomosés, renflés en certains points, rétrécis sur d’autres, qu’il n’ose pas les. regarder comme des réseaux cellulaires et pense que ce sont là des chemins suivis par la lymphe.

Les injections interstitielles que Koster avait faites avec du bleu de Prusse, en piquant le cordon avec une seringue de Bravaz, ont été refaites par le professeur Renaut et ne lui ont donné qu’une extravasation du liquide et une coloration assez intens: des fibrilles con nectives du tissu aréolaire. Du reste, les injections qui déterminent dans les cordons une apparence de réseau canaliculé ne sauraient réussir,d’après Koster,que sur des. cordons macérés, dont lamatière muqueuse est forcément. très modifiée. Celle-ci pouvant alors se déplacer plus facilement, le liquide peut se répandre librement dans les mailles du tissu muqueux et former un réseau noueux. Quand on fait dans le cordon une injection interstitielle avec un liquide coloré et qu’on écrase la boule d’œdème ainsi formée, jamais on obtient à sa périphérie la moin-

dre apparence de réseau. Ce fait, à lui seul, paraît démontrer l’absence de canaux lymphatiques, car on sait avec quelle facilité on peut les injecter dans les régions où ils existent (Renaut).

Il se produit, quand on pousse une injection interstitielle dans le cordon, les mêmes phénomènes que quand on fait la même opération sur la cornée ; dans cette dernière, l’injection dissocie les lames cornéennes sans jamais pénétrer dans les confluents lacunaires ni refouler la cellule fixe qu'ils contiennent (Eloui); elle ne produit qu’un simple décollement des lames en rompant les fi— bres arciformes qui les relient. Au fur et à mesure que la pression diminue, cet effet de rupture se produit à une moindre distance du trait d'injection. Il en est de même, à peu de chose près, dans le cordon ombilical, l’injection remplit les espaces de mucine en refoulant celleci sur un point, puis, quand elle pénètre entre les systèmes tendineux juxtaposés, elle les dissocie plus ou moins selon la force avec laquelle elle a été poussée ; mais jamais elle ne refoule les cellules ni ne dessine autour d’elles un réseau plasmatique. Dans la zone alvéolaire, elle occupe les alvéoles et les distend comme le liquide distend les espaces lymphatiques du tissu con jonctif lâche dans la boule d’œdème ; dans la zone tendiniforme elle file entre les faisceaux en les écartant simplement. Il n’y a donc pas lieu d'admettre l’existence de vaisseaux lymphatiques canaliculés dans le cordon, pas plus que dans les divers types de tissu connectif auxquels il correspond.

Un argument encore plus sérieux en faveur de l’absence de conduits spéciaux de la lymphe, est tiré de

Pexamen des préparations faites après une injection interstitielle de nitrate d'argent. |

S'il existait des canaux lymphatiques, ils auraient une paroi endothéliale comme tous les canaux de ce genre, et il serait facile de la mettre en relief par des imprégnations avec une solution de nitrate d'argent colorant en noir les espaces intercellulaires. Nous avons fait, comme autrefois le professeur Renaut, des injections interstitielles avec ce liquide dans les différentes zones du cordon, et nous sommes arrivé au même résultat que lui. Partout le liquide diffusait entre les faisceaux conjonctifs ou entre les globes de mucine, mais nulle part il ne dessinait de paroi endothéliale.

De ceci, nous croyons pouvoir conclure qu’il n’existe dans le cordon ni réseau plasmatique constitué comme le prétendait Virchow, par un réseau cellulaire canaliculé, ni système particulier de canaux vecteurs du suc, comme Koster croyait l’avoir démontré.

S'il n’existe pas de canaux lymphatiques, quels sont donc les chemins de la lymphe dans le tissu du cordon ? Ils existent partout où se trouvent des lacunes ou des fentes entre les faisceaux et les lames de tissu connectif. Dans la zone alvéolaire, les alvéoles remplis de mucine -et limités par les éléments cellulaires anastomosés, dans la zone tendiniforme, les fentes étroites laissées -entre les tendons lui servent de passage et c’est par là qu’elle accomplit au travers du cordon son cycle nutritif. Les espaces alvéolaires occupés par la mucine ne sont pas, comme on pourrait le croire tout d’abord, le chemin favori des globules blancs. Ils y sont relativement rares, et on les rencontre en nombre beaucoup plus

VOIES LYMPHATIQUES ti

considérable dans les territoires périvasculaires ou dans le tissu sous-amniotique. Il est cependant probable qu’ils traversent en grande partie cette étendue d’espaces -alvéolaires pour accomplir à travers le cordon une mar— che qui les conduit du centre à la périphérie Sortis des vaisseaux par diapédèse: ils progressent de dedans en dehors et finissentpar tomber dans la cavité amniotique. Il se passe ici à peu près la même chose que dans l’épiploon où on voit les cellules migratrices traverser constamment cette membrane, en remanier le tissu conjonctif et. le transformer en tissu fenêtré, pour aller ensuite tomber dans la séreuse viscérale. Ils paraissent épuiser leur rôle nutritif en cheminant ainsi dans les nappes connectives, et leur rôle actif cesse dès qu’ils sont arrivés à l’extrémité de leur parcours.

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