‹ Anatomie générale [electronic resource] (volume 2)Chapitre 12 sur 40 · XVJ · texte numérisé non relu

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CONSIDERATIONS GENERALES

5°. De la sensibilité animale dérivent, dans l’état de santé, toutes les sensations extérieures, la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût, le toucher; toutes les sensations intérieures, la soif, la faim, etc. Dans les maladies, quel rôle ne joue pas celte propriété! la douleur et ses innombrables modifications, la démangeaison, la cuisson, le prurit, le chatouillement, le sentiment de pesanteur, de fourmillement, de lassitude, de pulsation, de picotement, de tiraillement, etc., etc., ne sont-ils pas autant d’altérations diverses de la sensibilité animale ? Cent mots 11e suffiraient pas pour rendre la diversité des sensations pénibles qu’entraînent après elles les affections maladives.

[\. La contractilité animale est le principe de la locomotion volontaire et de la voix. Les convulsions , les spasmes, les paralysies, etc., etc. , sont dus à des augmentations ou à des diminutions de cette propriété.

Examinez tous les phénomènes physiologiques, tous ceux des maladies, vous verrez qu’il n’en est aucun qui ne puisse, en dernier résultat, se rapporter à une des propriétés dont je viens de parler.

La vérité incontestable de cette assertion nous

influence, jusqu’au moment où, l’orage cessant , le système nerveux reprend sou état normal. Aainement, j our expliquer ces phénomènes, dirait— on , avec Bichal , que les muscles ont aussi la contractilité organique sensible , et que c’est elle qui , exaltée dans les circonstances que je viens de signaler, annihile la contractilité animale : on n’échapperait ainsi à l’objection que par une subtilité très-ingénieuse, sans doute, mais dont le peu de fondement frapperait tous les bons esprits. (F. Blandin. )

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mène à line conséquence non moins certaine pour le traitement des maladies , savoir, que tout moyen curatif n’a pour but que de ramener au type qui leur est naturel les propriétés vitales altérées. Tout moyen qui, dans l’inflammation locale, ne diminue pas la sensibilité organique augmentée, qui, dans les œdématiés, les infiltrations, etc., n’augmente pas cette propriété totalement diminuée, qui, dans les convulsions, ne ramène pas à un degré plus bas la contractilité animale , qui ne l’élève pas à un degré plus haut dans la paralysie , etc. , manque essentiellement son but; il est contre-indiqué.

A quelles erreurs ne s’est-on pas laissé entraîner dans l’emploi et dans la dénomination des médicamens! On créa des désobstruans quand la théorie de l’obstruciion était en vogue. Les incisifs naquirent quandceîle de l’épaississement deshumeurs lui fut associée. Les expressions de délayans , d’atténuans , et les idées qu’on leur attacha , furent mises en avant à la même époque. Quand il fallut envelopper les âcres , on créa les inviscans , les incrassans, etc. Ceux qui ne virent que relâchement ou tension des libres dans les maladies, que laxum et strictum , comme ils le disaient, employèrent les astringens et les relâchans. Les rafraîchissans et les échauffons furent mis en usage surtout par ceux qui eurent spécialement égard, dans les maladies, àl’excèsouau défaut de calorique, etc.

Des moyens identiques ont eu souvent des noms différens, suivant la manière dont on croyait qu’ils agissaient : désobstruant pour l’un, relâchant pour l’autre, rafraîchissant pour un autre, le même mé-

ÀKAT, ÇBN. T. I. b

xviij considérations générales.

dicament a été tour à tour employé clans des vues toutes différentes et meme opposées; tant il est vrai cpie l’esprit de l’homme marche au hasard quand le vague des opinions le conduit.

Il n’y a point eu en matière médicale de systèmes généraux ; mais cette science a été tour à tour influencée par ceux cpii ont dominé en médecine; chacun a reflué sur elle, si je puis m’exprimer ainsi. De là le vague, l’incertitude qu’elle nous présente aujourd'hui, incohérent assemblage d’opinions elles-mêmes incohérentes, elle est peut-être de toutes les sciences physiologiques celle où se peignent le mieux les travers de l’esprit humain. Que dis-je? ce n’est point une science pour un esprit méthodique, c’est un ensemble informe d idées inexactes, d’observations souvent puériles, de moyens illusoires, de formules aussi bizarrement conçues cpie fastidieusement assemblées. O11 dit que la pratique de la médecine est rebutante : je dis plus, elle n’est pas, sous certains rapports, celle d’un homme raisonnable, quand on en puise les principes dans la plupart de nos matières médicales. Otez les médieamens dont l’effet est de stricte observation , comme les évacuans , les diurétiques, les siaîagogues, les antispasmodiques, etc., ceux par conséquent qui agissent sur une fonction déterminée , que sont nos connaissances sur les autres?

Sans doute, il est extrêmement difficile de classer encore les médicainens d’après leur manière d’agir; mais certainement il est incontestable que tous ont pour but de ramener les forces vitales au type naturel dont elles s’étaient écartées dans les maladies.

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Puisque les phénomènes morbifiques se réduisent tous en dernière analyse à des altérations diverses de ces forces, faction des remèdes doit évidemment se réduire aussi à ramener ces altérations à l’ordre naturel. D’après cela , chacune de ces propriétés a son genre de remèdes appropriés :

i®. Nous avons vu que , dans les inflammations , il y a exaltation de sensibilité organique et de contractilité insensible : eh bien! diminuez cette exaltation par les cataplasmes , les fomentations , les bains locaux, etc. Dans certaines infiltrations, dans les tumeurs blanches, etc., il y a diminution de ces propriétés : exaltez-îes par les applications de vin, de toutes les substances qu’on appelle fortifiantes, etc. Dans toutes inflammations, suppurations, tumeurs dénaturé diverse, ulcères, engorgemens, dans toute altération de sécrétions, d’exhalation, de nutrition, les médicamens agissent donc spécialement sur la contractilité insensible , etc. , pour l’augmenter, la diminuer ou l’altérer d’une manière quelconque. Autour de cette propriété se rallie tout ce qu’on nomme résolutifs , fortifians , excitans , émolliens, etc. Remarquez qiîe ces médicamens sont de deux sortes ; 1® généraux : ainsi le vin, les substances ferrugineuses, souvent les acides, etc., raniment la contractilité insensible et la tonicité dans tout le système ; a° particuliers : ainsi cette propriété est isolément exaltée par le nitre dans les reins, par le mercure clans les salivaires , etc.

!2°. Plusieurs médicamens sont particulièrement dirigés sur la contractilité organique sensible : tels sont les émétiques, qui font soulever Y estomac, les

XX CONSIDERATIONS GÉNÉRALES

purgatifs , les drastiques surtout, qui font fortement contracter les intestins. L’art n’emploie pas en général l’excitation du cœur, comme celle de ces viscères: on n’augmente pas artificiellement son mouvement, comme on le fait pour celui de l’estomac dans les maladies gastriques : peut-être un jour en sera-t-on tenté , s’il est vrai que souvent la fièvre soit un instrument de guérison; et alors il ne sera pas difficile, je crois, d’en trouver les moyens. D’autres fois, nous avons à diminuer la contractilité organique sensible trop exaltée, et alors divers inédicamens sont employés pour agir en sens inverse des précédais , connue pour calmer les vomisscmens, pour diminuer l’irritation intestinale, etc.

3°. La sensibilité animale a aussi des médicamens qui lui sont appropriés. Or, ces médicamensagissent de deux manières : i° en diminuant la douleur dans la partie ou elle a son siège , comme le font les applications diverses faites sur les tumeurs, les engorgemens , etc. ; en agissant sur le cerveau , qui perçoit la douleur : ainsi toutes les préparations narcotiques, prises intérieurement, empêchent-elles de percevoir 15 sentiment douloureux dont la cause subsiste toujours. Dans le cancer de matrice ulcéré , la maladie poursuit toujours sa marche avec activité; mais le médecin prudent assoupit tellement l’action cérébrale , que le cerveau n’est plus capable de la ressentir. Il est essentiel de bien distinguer ces deux actions du médicament sur la sensibilité animale : elles sont absolument différentes l’une de l’autre.

4°. Les substances médicamenteuses ont aussi leur influence sur la contractilité animale. Tout ce qui

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produit une vive excitation à l’extérieur, comme les vésicatoires , les frottemens divers, l’urtication, etc., ranime souvent cette propriété assoupie dans la paralysie. Toutes les substances qui engourdissent l’action cérébrale l’empêchent d’influencer les muscles de la vie animale : lors donc que ces muscles sont agités convulsivement , ces substances sont de véritables antispasmodiques.

En présentant ces réflexions , je n’entends point offrir un plan nouveau de matière médicale. Les médicamens sont trop compliqués dans leur action pour être soumis, sans d’amples réflexions, que j’avoue n’avoir point encore assez faites, à une distribution nouvelle. D’ailleurs, un inconvénient commun à toute classification se présenterait ici : le même médicament agit souvent sur plusieurs propriétés vitales; l’émétique, en mettant en jeu la contractilité organique sensible de l’estomac, excite la contractilité insensible de ses glandes muqueuses , et souvent la sensibilité animale de ses villosités nerveuses; même observation pour les stimulans de la vessie, des intestins, etc. Mon unique but est de montrer que, dans l’action des substances appliquées au corps pour le guérir, comme dans les phénomènes du corps malade, tout se rapporte aux propriétés vitales; et que leur augmentation, leur diminution ou leur altération sont , en dernière analyse , les buts invariables de nos méthodes curatives (T\

(i) Sans doute il est d’une incontesté!)1 e vérité, que les ma-? ladies apportent des modifications très-remarquables dans l’état

XXlj CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

Quelques auteurs n’ont vu clans les maladies que force ou faiblesse , et par conséquent dans les médicamens cpie débilitans ou fortifians. Cette idée est vraie en partie , mais elle est Cuisse quand on la gé-

physiologiqne ^es organes qui en sont affectés; mais est-ce à dire pour cela qu’alors les lois de la vie ont été modifiées en elles -mêmes? Quoi! parce qu’un agent étranger, et partant nuisible, s’est introduit dans l’organisation et en dérange les ressorts cachés , suivant ses qualités particulières , les lois de l’organisation seraient altérées! Non, la chose est impossible; il n’y a de change , d’altéré , dans ces cas, que la matière organique, et les phénomènes qu’elle accomplit sous l’influence îles lois vitales. Mais ces lois restent constamment en dehors de toute atteinte ; de même que , dans le monde inorganique , l’attraction et les autres lois de la matière demeurent toujours essentiellement les mêmes , quelque modification que subissent les corps, suivant les circonstances dans lesquelles ils se trouvent. Ici évidemment l’erreur est née de la confusion de ces expressions, lois (le la vie , et propriétés (lj:s corps vivant : car, ces dernières sont réellement altérées, dans les maladies, mais autrement (pie le dit Biehat , c’est-à-dire d’une manière consécutive à une altération de la matière organique elle-même. Trop enthousiaste des lois vitales qu’il avait créées d’un trait de son génie, Biehat s’est trop laissé entraîner à les faire entrer dans le domaine de la thérapeutique. Croit-on , en effet, que la science est beaucoup plus avancée, quand on a dit que les cataplasmes, etc., agissent sur la sensibilité organique et sur la contractilité organique insensible ; que l’émétique met en jeu, au contraire, dans l’estomac, la contractilité organique sensible, (ce qui , soit dit en passant , n’est pas exact, comme l’ont prouvé les expériences de M. Magendie). Ces phrases sont plus sonores , sans doute, elles paraissent plus savantes au vulgaire de* hommes; mais en réalité elles sont obscures , vides de sens, et n’expliquent en rien les phénomènes. (F. Blandin.)

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néralise trop. Chaque force vitale a des moyens propres à la relever dans ses diminutions, et à l’abaisser dans ses augmentations. Certainement il n’y a pas de fortifians et de débilitans applicables à tons les cas. Vous n’affaiblirez pas la contractilité animale augmentée dans les convulsions , comme la contractilité organique insensible accrue dans l’inflammation ; vous ne les augmenterez pas non plus par les mêmes moyens. Jamais les troubles morbifiques qu’éprouvent la contractilité organique et la sensibilité animale ne s’apaiseront par les mêmes moj-ens. Chaque force vitale a ses médicamens qui lui conviennent. D’ailleurs, non-seulement c’est en plus ou en moins qu’elles pèchent, mais elles sont encore dénaturées. Des diverses modifications que la contractilité insensible et la sensibilité organique peuvent éprouver, naissent, dans les plaies et les ulcères, la diversité de suppuration , dans les glandes la diversité de sécrétions, dans les surfaces exhalantes la diversité d’exhalation, etc. Donc il faut que les médicamens, non-seulement diminuent ou augmentent chacune des forces vitales, mais encore la ramènent à la modification naturelle dont elle s’était écartée.

Ce que je viens de dire s’applique encore au strietum et au laxum de plusieurs médecins, qui ne voient partout que ces deux choses. Le strictum peut bien s’appliquer aux phénomènes inflammatoires, le laxum aux hydropisies, etc.; mais qu’ont de commun ces deux états des organes avec les convulsions, avec le trouble des fonctions intellectuelles, avec l’épilepsie, les affections bilieuses, etc.?

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES

C’est le propre de tous ceux qui ont une idée générale, en médecine, de vouloir ployer tous les phénomènes à celle idée. Le défaut de trop généraliser a peut-être plus nui à la science que celui de ne voir chaque phénomène qu’isolément.

Voilà , je crois , une série de considérations suffisante pour montrer (pie partout dans les sciences physiologiques, dans la physiologie des végétaux, dans celle des animaux, dans la pathologie, dans la thérapeutique, etc. , ce sont les lois vitales qui président aux innombrables phénomènes dont ces sciences sont l'objet; qu’il n’est pas un seul de ces ph énomènes qui ne découle de ces lois essentielles et fondamentales , comme de sa source.

Si je parcourais toutes les divisions des sciences physiques, vous verriez de même le*s lois physiques être, en dernier résultat, le principe unique de tous leurs phénomènes; mais cela est si connu qu’il serait superflu de s’y arrêter. Je m’occuperai donc d’un objet important auquel nous mènent naturellement les considérations précédentes, c’està-dire du parallèle des phénomènes physiques avec ceux de la vie, des sciences physiques, par conséquent, avec les sciences physiologiques.

§ n. Caractères des propriétés vitales , comparés aux caractères des propriétés physiques.

Lorsqu’on met d’un coté les phénomènes dont les sciences physiques sont l’objet , que de l’autre on place ceux dont s’occupent les sciences physiologiques, on voit qu’un espace presque immense

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

en sépare la nature et l’essence. Or , cet intervalle naît de celui qui existe entre les lois des uns et des autres (i).

Les lois physiques sont constantes , invariables ; elles ne sont sujettes ni à augmenter ni à diminuer. Dans aucun cas une pierre ne gravite avec plus de

(i) Sans doute, un immense intervalle sépare les phénomènes que nous voyons journellement s'accomplir dans les êtres organisés,, et dans ceuxr'' que nous appelons inorganiques; mais cette différence dans les phénomènes entraîne-t-elle nécessairement une différence dans la cause qui les produit , comme Bichat l’indique ici? Voilà une première question qu’il faut examiner : elle touche de trop près celle de l’essence des propriétés vitales et physiques comparées. Or , il est évident que de la même cause, du même principe, peuvent découler mille conséquences différentes, mais non pas opposées, non pas contraires. En effet, qui ne sait toute la différence qui existe entre les phénomènes de la chute des corps , et ceux de l’agrégation des molécules d’un meme corps? Eh bien, cependant, les uns et les autres découlent d’une source, d’une raison communes, l’attraction. Là, c’est l’attraction à distance ; ici, c'cst encore l'attraction , mais agissant entre des molécules, et presque au point de contact. Qui ne sait la distance qui sépare les phénomènes précédons, de ceux qui sont caractérisés par le passage dans les vaisseaux de nos organes , d’un corps fluide avec lequel ceux-ci se trouvent en contact , dans certaines circonstances ? Eh bieu ! celte pénétration d’un corps dans le nôtre, cette absorption enfin, paraît cependant reconnaître encore pour principe cette loi si générale de la nature , V attraction. C’est encore , en effet, par une simple propriété d’attraction capillaire, ainsi qu’il résulte des expériences les plus récentes , que nos organes se laissent hygrométriquement imbiber des fluides , et que ceux-ci, arrivant dans nos vaisseaux, sont emportés par les courans qu’ils y trouvent établis, (F. Blandin,)

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force vers la terre qu’à l’ordinaire; dans aucun cas le marbre n’a plus d’élasticité , etc. Au contraire , à chaque instant la sensibilité et la contractilité s'exaltent, s’abaissent ou s’altèrent : elles ne sont presque jamais les mêmes.

11 suit de là que tous les phénomènes physiques sont constamment invariables: qu’à toutes les époques, sous toutes les influences, ils sont les mêmes, que l'on peut, par conséquent, les prévoir, les prédire, les calculer. On calcule la chute d’un grave, le mouvement des planètes, la course d’un fleuve, l’ascension^ tljun projectile, etc.: la formule étant une fois trouvée , il ne s’agit que d’en faire l’application à tous les cas. Ainsi , les graves tombent toujours selon la suite des nombres impairs; l’attraction a lieu constamment en raison inverse du carré des distances, etc. Au contraire, toutes les fonctions vitales sont susceptibles d’une foule de variétés; elles sortent fréquemment de leur degré naturel; elles échappent à toute espèce de calcul; il faudrait presque autant de formules que de cas qui se présentent. On ne peut rien prévoir, rien prédire, rien calculer dans leurs phénomènes; nous n’avons sur eux que des approximations , le plus souvent même incertaines (1).

(i) Certainement la science est encore loin d’être fixée sur ce qui touche la nature intime des lois qui régissent les êtres appelés organisés j certainement, nous croyons que jusque-là il est rationnel de désigner par le nom de lois , (\c forces vitales , les lois , les forces qui produisent les phénomènes organiques : mais aussi

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Il y a deux choses clans les phénomènes de la vie, i° l’état de santé, 20 celui de maladie: de là, deux sciences distinctes : la physiologie , qui s’occupe des phénomènes du premier état ; la patho-

gardons-nous decroire que parcette qualification nous avons tranché la question ; loin de là, ainsi que nous l’avons déjà fait observer , cette qualification doit être considérée comme purement provisoire, et à la suite seule, il appartient de montrer si elle doit être conservée ou bien remplacée par une autre plus convenable. La doctrine du pur vitalisme physiologique , que Bichat veut établir, séduit au premier abord; mais quand on l’examine sans prévention , elle paraît assise sur des bases bien plus fragiles qu’on ne le croit généralement: je n’en veux pour preuves que les faits cités par Bichat lui-même. En effet, que prouve, contre la doctrine de l’identité des lois physiques et vitales , le fait du calcul exact appliqué aux phénomènes purement physiques, et celui de l’impossibilité dans laquelle nous avons été jusqu’à ce jour , de faire cette application aux phénomènes appelés vitaux? I#en , absolument rien. D’un côté seulement on voit des phénomènes simples, découlant de lois simples elles-mêmes , lois et phénomènes dont la relation est trèsfacile à saisir; mais de l’autre, au contraire, la scène change complètement : les faits sont nombreux, compliqués, ils se pressent et s’associent de telle façon , que leur enchaînement est fort difficile à suivre , et que par suite il est plus difficile encore de remonter à la cause qui les domine et les produit. Et si, jusqu’à ce jour, notre fragile intelligence n’a pu nettement apercevoir cette cause ; si son impuissance s’est déclarée plus encore , lorsqu’il a fallu prédire et calculer ses conséquences ; il se peut cependant que nous ayons considéré comme très-mobile et trèsvariable , ce qui , au contraire, est parfaitement constant et déterminé, lorsque les mêmes circonstances se rencontrent. En résumé, la différence que Bichat indique ici entre les êtres organisés et ceux qui ne le sont pas, est réelle dans l’état actuel de la science; raa's gardons-nous de la regarder comme absolue et comme posée à

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logie, qui a pour objet ceux du second. L’histoire des phénomèncs'dans lesquels les forces vitales ont leur type naturel nous mène, comme conséquence, à celle des phénomènes où ces forces sont altérées. Or , dans les sciences physiques, il n’y a que la première histoire; jamais la seconde ne se trouve. La physiologie est aux mouvemens des corps vivans ce que l’astronomie, la dynamique, l’hydraulique, l’hydrostatique, etc., sont à ceux des corps inertes : or, ces dernières n’ont point de sciences qui leur correspondent, comme la pathologie correspond à la première. Par la même raison , toute idée de médicament répugne dans les sciences physiques. Un médicament a pour but de ramener les propriétés à leur type naturel: or, les propriétés physiques ne perdant jamais ce type, elles n’ont pas besoin d’y être ramenées. Rien dans les sciences

tout jamais. Tins tard , en effet (il est permis au moins de l’cspércr), lorsque nous aurons pénétré plus avant dans les mystères cachés de la structure intime de nos organes; lorsque nous connaîtrons minutieusement le nombre et la proportion des élémens divers qui s’associent pour établir la composition chimique de nos tissus, eu tenant compte exactement des diverses conditions extérieures ou intérieures dans lesquelles nous nous trouvons; alors peut-être, mais seulement alors, on pourra prévoir , prédire et calculer les phénomènes appelés vitaux , comme on le fuit pour quelques-uns , et non pour tous les phénomènes j.'hysico-chimirjucs j alors aussi peut-être on verra tomber les barrières qu’ont posées les physiologistes , entre les lois physiques et vitales; et le problème si difficile et si compliqué de la vie sera résolu. (F, Blandin*. )

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physiques ne correspond à ce qu’est la thérapeutique dans les physiologiques. On voit donc comment le caractère particulier d’instabilité des propriétés vitales est la source d’une immense série de phénomènes qui nécessitent un ordre tout particulier de sciences. Que deviendrait le monde si les lois physiques étaient sujettes aux mêmes agitations, aux mêmes variations, que les lois vitales ? On a parlé beaucoup des révolutions du globe, des changemens qu’a éprouvés la terre, de ces bouleyersemens que les siècles ont lentement amenés, et sur lesquels iis s’accumulent sans en présenter d’autres: or, vous verriez à chaque instant ces bouleversemens, ces troubles généraux dans la nature, si les propriétés physiques portaient le même caractère que les vitales ( i).

(i) Poursuivant l’exposition de ses idées sur le vitalisme physiologique , Eichat établit ici comme une preuve nouvelle , en faveur de la fixité des lois physiques d’une part , et de l’instabilité des lois vitales de l’autre , V altération de ces dernières dans les maladies , altération , ajoute-t-il, qui n’a rien d’analogue dans les lois physiques. îl est nécessaire d’examiner ce point important avec toute l’attention dont il est digne. D’abord je ne rappellerai pas ce que j’ai dit pour montrer que les lois qui régissent les èlres organisés ne sont pas altérées dans les maladies ; mais que seulement des élémens hétérogènes venant à pénétrer dans le sein de l’organisation , celle-ci se trouve modifiée ; modification matérielle , qui se traduit nécessairement à l’extérieur par un état différent de celui que l’on observait auparavant, et qui constitue la maladie. Et en second lieu , qu’on ne s’y trompe pas ; on peut trouver dans les êtres organisés des déviations de l’ordre normal , comme dans la classe des êtres

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Par là meme que les phénomènes et les lois sont si différais dans les sciences physiques et physiologiques , ces sciences elles-mêmes doivent essentiellement différer. La manière de présenter les faits, et de rechercher leurs causes, l’art expérimental , etc., tout doit porter une empreinte différente; c’est un contre-sens dans ces sciences , que de les entremêler. Comme les sciences physiques ont été perfectionnées avant les physiologiques , on a cru éclaircir celles-ci en y associant les autres : on les a embrouillées. C’était inévitable; car, appliquer les sciences physiques à la physiologie, c’est

doués d’organisation; et ces déviations, bien que qualifiées d’une manière différente, ne sont pour cela ni moins réelles , ni moins remarquables. Ainsi, dans l’état ordinaire, abandonnez à l’évaporation solaire une forte solution d'hvdi ochlorate de soude, vous verrez bientôt se former, sur les parois du vase dans lequel vous ferez l’expérience, de beaux cristaux cubiques : mais changez un peu les conditions premières; doublez la proportion de calorique employé à la vaporisation de l’eau ; alors cet élément nouveau que vous introduisez, altère votre cristallisation; celle-ci se fait encore, mais d’une manière confuse, d’une manière anormale, j’allais presque dire morbide. Mille autres preuves du même genre pourraient être citées, et s’élèveraient contre la théorie établie par Bichat, dans ce passage de l’anatomie générale. Sans doute les grands bouleversemens du globe sont rares , mais ils sont bien réels ; Bichat lui-même ne peut les nier ; ils ne sont pas nouveaux ; et force est bien de reconnaître qu'ils tiennent, comme les maladies dans les êtres vivons , à des conditions différentes et accidentelles de la matière, et nullement à des altérations dans les forces qui régissent celle-ci.

(F. Blanuin.)

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expliquer par les lois des corps inertes les phénomènes des corps vivans. Or , voilà un principe faux (1) : donc toutes ses conséquences doivent être marquées au meme coin. Laissons à la chimie son affinité , à la physique son élasticité, sa gravité. N’employons, pour la physiologie , que la sensibilité et la contractilité : j’en excepte cependant les cas où le même organe devient le siège des phénomènes vitaux et physiques, comme l’œil et l’oreille par exemple. C’est sous ce rapport que l’empreinte générale de cet ouvrage est toute différente de ceux de physiologie , de celui même du célèbre Haller. Les ouvrages de Stahl offent bien l’avantage réel de négliger tous ces prétendus secours accessoires , qui

(i) Peut-être ce principe n’est-il rien moins que faux , et peut-être n’a-t-il paru tel que parce qu’il a été généralement mal compris et mal appliqué. En effet, en supposant qu’il fut établi de la manière la plus positive que des lois particulières régissent les êtres doués de la vie , il faudrait encore admettre que ces êtres, formés de corps inertes, sont en partie soumis aux lois de ceux-ci : par conséquent ces lois doivent jouer un certain rôle dans les êtres vivans ; seulement leurs effets y sont plus compliqués, parce qu’elles mettent en mouvement des corps élémentaires beaucoup plus nombreux. Ainsi, il ne faut pas s’attendre à trouver les phénomènes qu’elles produisent ee qu’ils sont dans les êtres inorganiques , et l’erreur se rencontre des deux côtés, soit que l’on veuille trouver seulement dans les êtres vivans les propriétés du monde inorganique avec la physionomie qui les caractérisent, et leurs caractères simples , soit que Ton cherche à démontrer que ces propriétés sont complètement étrangères à la matière qui a subi un degré plus élevé d’organisation. r- (F. Blandin.)

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écrasent la science en voulant la soutenir; mais , connue ce grand médecin n’avait point analysé les propriétés vitales , il n’a pu présenter les phénomènes sous leur \éritable aspect. Rien n’est plus vague, plus incertain que ces mots vitalité , action vitale , influx vital , etc., quand on n’en précise pas rigoureusement le sens. Supposez qu’on crée ainsi, dans les sciences physiques, quelques mots généraux, vagues, qui correspondent eux seuls à toutes les propriétés non vitales , qui îi’offrent que des idées générales et nullement précises; si vous placez partout ces mots, si vous ne lixez pa$ ce qui appartient à la gravité, ce qui dépend de l’affinité, ce qui est un résultat de l’élasticité, etc., vous ne vous entendrez jamais. Disons-en autant dans les sciences physiologiques. L’art doit beaucoup à plusieurs médecins de Montpellier pour avoir laissé les théories boerhaaviennes, et avoir plutôt suivi l’impulsion donnée par Stahl : mais en s’écartant du mauvais chemin, iis en ont pris de si tortueux, que je doute qu’ils y trouvent un aboutissant.

Les esprits ordinaires s’arrêtent , dans les livres, aux faits isolés qu’ils présentent, ils n’embrassent pas d’un seul coup-d’œil l’ensemble des principes suivant lesquels ils sont écrits. Souvent l’auteur luimême suit , sans y prendre garde, l’impulsion donnée à la science à l’époque où il écrit. Mais c’est à cette impulsion que s’arrête surtout l’homme de génie: or, elle doit être désormais absolument différente dans les livres physiologiques et dans les livres physiques. Il faudrait pour ainsi dire un langage différent; car la plupart des mots que nous

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. XXXÜj

transportons des seconds dans les premiers nous rappellent sans cesse des idées qui ne s’allient nullement avec les phénomènes dont traitent ceux-là. Voyez les solides vivans, sans cesse composés et décomposés , prendre et rejeter à chaque instant des substances nouvelles; les solides inertes rester au contraire constamment les memes , conserver les mêmes élémens, jusqu’à ce que le frottement ou d’autres causes les détruisent. De même , voyez dans les élémens des fluides inertes une uniformité invariable, une identité constante dans leur principes, qui sont connus dès qu’on les a analysés une fois ; tandis que ces principes, sans cesse variables dans les fluides des corps vivans, nécessitentunefouîed’analyses faites dans toutes les circonstances possibles (ij. Nous virons les glandes et les surfaces exhalantes verser, suivant le degré où se trouvent leurs forces

(i) Aussi long-temps que dure l’action des mêmes circonstances sur les corps inertes, comme sur ceux qui sont doués de la vie , la composition des solides ou des fluides reste la même , et sous ce rapport il n’y a pas entre ces corps la moindre différence. Mais changez, au contraire, les conditions extérieures ou intérieures , dès lors aussi les affinités physiques ou vitales, modifiées, impriment aux corps et à leurs produits de notables modifications. Plus souvent sans aucun doute, et presque à chaque instant, on observe cette mobilité dans les êlres organisés; mais gardezvous de la considérer en elle-même comme constituant un caractère propre et distinctif de ees corps ; là seulement enfin l’échelle des variations matérielles offre plus d’élendue , et par cela meme ces variations sont plus remarquables que dans les êtres non vivans : voilà tout ; je défie qui que ce soit de trouver autre chose. ( F. Blandin. )

An at. cén, t. r.

XXxiv CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

vitales , line foule de modifications différentes du meme fluide; que dis-je! elles versent une foule de fluides réellement différens: car ne sont*ce pas deux fluides que la sueur et l’urine rendues en une circonstance, et la sueur et l’urine versées en une autre? Mille exemples pourraient ici invariablement établir cette assertion.

Il est de la nature des propriétés vitales de s’épuiser; le temps les use dans le même corps. Exaltées dans le premier âge , restées comme stationnaires dans l’âge adulte , elles s’affaiblissent et deviennent nulles dans les derniers temps. On dit que Prométhée, ayant formé quelques statues d’hommes, déroba le feu du ciel pour les animer. Ce feu est l’emblème des propriétés vitales : tant qu’il l^ûle , la vie se soutient: elle s’anéantit quand il s’eteint. Il est donc de l’essence de ces propriétés de n’animer la matière que pendant un temps déterminé ; de là les limites nécessaires de la vie. Au contraire , constamment inhérentes à la matière, les propriétés physiques 11e l’abandonnent jamais : aussi les corps inertes n’ont-ils de limites à leur existence que celles que le hasard leur assigne (1).

(1) Deux propositions que nous ne pouvons laisser sans examen sont renfermées clans ce paragraphe : la première, qu 'il est de la nature des forces vitales de s'épuiser , de s'user avec le temps , tandis que l'inverse a lieu pour celles qui régissent les phénomènes purement physiques ; laseconle, que V existence très-limitée des corps vivans , et la durée indéfinie de ceux que nous appelons, inertes , sont le résultat des lois qui régissent les \ins et les autres. Examinons successivement ces deux points :

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. XXXV

La nutrition faisant passer sans cesse les molécules de matières des corps bruts aux corps vivans, et réciproquement , on peut évidemment concevoir la matière comme constamment pénétrée , dans l’immense série des siècles , des propriétés physi-

D’abord il est clair que Ton peut raisonnablement soutenir , contre l’assertion de Bichat, que les forces physiques s’épuisent à la manière des forces vitales, et que dès lors ce caractère ne constitue pas une nature propre pour les dernières. Et, en effet, voyez ce qui a. lieu lorsque vous placez un morceau de deutochlorure de mercure dans de l’eau distillée : l’eau , en vertu de son affinité pour cette substance , en attire vers elle une partie et se combine avec ses élémens ; mais cette combinaison se fait seulement dans certaines proportions qu’elle ne dépasse jamais, les conditions extérieures restant les mêmes ; bien plus , les mouvemens moléculaires qui président à cette fusion intime des deux corps que j’ai cités, espèce de vie qui se manifeste au sein du vase dans lequel on fait l’expérience, très-prononcés, très-actifs au commencement, subissent un continuel ralentissement depuis cette époque , jusqu’à celle où , la saturation étant devenue complète, le mouvement s’éteint et disparaît. Qui ne voit ici une sorte d’emblème de la vie? qui n’aperçoit surtout qu’en raison de ces modifications dans l’intensité d’action des forces physiques , on peut très-exactement leur ap-

c- vtfù 1

pliquerles phrases que Bichat considère comme propres aux seules forces vitales : exaltées d’abord , restées comme stationnaires ensuite f elles s’ affaiblissent et deviennent nielles dans les derniers temps ?

La durée très-définie des corps vivans, et la durée peu limitée des corps inertes , ne me paraît pas établir davantage la séparation absolue de ces corps et des lois qui les régissent. En effet , la vie des uns et des autres , en dernière analyse , n’a d’autre but que celui de leur complet développement : or dans les uns et dans les autres ce développement , cette formation s’accompagnent de mouyemens variés d’attraction de certaines molécules , et de ré-*

XXX vj CONSIDÉRATIONS GENERALES.

qaes. Ces propriétés s’en emparèrent à la création , si je puis m’exprimer ainsi; elles ne la quitteront que quand le monde cessera d’exister. Eh bien ! en passant de temps à autre par les corps vivans , pendant l’espace qui sépare ces deux époques , espace

pulsion (le quelques autres ; et aussitôt que la formation est achevée, le mouvement plus ou moins compliqué qui y a présidé cesse, la vie disparait , et il ne reste plus qu’un cadavre, c’est-à-dire, un corps dont les élémens, saturés, ne réagissent plus les uns sur les autres, mais qui reste soumis à toutes les influences extérieures de destruction. Ainsi ce sont des cadavres également , cet arbre depuis long-temps détaché du sol «pii l’avait vu naître, et dans lequel il nese passe plus aucun de ces mouvemens qui présidaient à son accroissement ; et ce cristal dont les molécules constituantes, définitivement réunies, restent les unes à l’égard des autres, dans un état continuel de repos*. Ici seulement le corps, privé de sa vie spéciale, résiste long-temps aux influences extérieures, parce que peu d’é— lémens entrent dans sa composition , et que, pour cette cause, peu d’alli ni tés sollicitent sa destruction : là, au contraire, la désagrégation est rapide, par cela seul que de nombreux élémens se trouvent en reerard, et sont soumis à une foule d’attractions extérieures agissant dans des directions opposées et contraires. De la différence notable de décomposition (pie je viens de signaler, différence toutefois qui n’est pas fondamentale , comme on l’a vu , il résulte rpie plus la composition sera complexe , et plus sera grande et apparente la tendance à la .décomposition , qui se manifeste après la cessation totale du mouvement de formation ; c’est aussi ce que l’on observe : les cadavres animaux, en effet, ne résistent que quelques instans, et d’autant moins encore que les animaux auxquels ils appartiennent sont plus élevés dans l’échelle. Les cadavres végétaux , au contraire, offrent une résistance beaucoup plus grande. Voyez les arbres en particulier : plusieurs années après que la vie a cessé pour eux , leur tronc conserve encore ses caractères et sa résistance ; que dis-je? pendant la \ic de ce tronc ?

considérations générales. xxxvij

que l’immensité mesure, en passant, dis-je, par les corps vivans, la matière s’y pénètre, pàr intervalles, des propriétés vitales, qui se trouvent alors unies aux propriétés physiques. Yoilà donc une grande différence dans la matière , par rapport à ces deux espèces de propriétés: elle ne jouit des unes que par intermittence; elle possède les autres d’une manière continue.

Je pourrais grossir ces considérations d’une foule d’autres, qui établiraient déplus en plus et la différence des lois physiques d’avec les lois vitales, et la différence des phénomènes physiques d’avec les phénomènes vitaux, qui est une conséquense de la première, et la différence de l’empreinte générale et des méthodes des sciences physiques et des physiologiques, qui est une conséquence des deux autres. Je pourrais montrer les

déjà sa partie centrale, formée par le bois , était privée du mouvement de formation ; déjà c’était un cadavre , en dehors duquel la vie et l’accroissement continuaient encore d’une manière non douteuse. Dans les cadavres des minéraux enfin, s’il était permis d’employer cette expression, on voit arriver, à un degré bien plus marqué encore , ce que nous présentent les végétaux , les arbres surtout : ces corps résistent pendant des siècles à la destruction , et des mouvemens moléculaires de composition , d’accroissement et d’une sorte de vie se manifestent à leur surface extérieure, long— temps après l’entier développement de leur partie centrale, partie dont les élémens sont placés, les uns par rapport aux autres , dans un état de repos absolu et de saturation. Les minéraux, d’ailleurs, sont encore d’autant moins attaquables par les influences extérieures, que leur composition moléculaire propre est plus simple. (F. Blandin,)

XXXVÜj CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

corps inertes se formant au hasard, par la juxtaposition ou par la combinaison de leurs molécules, les corps vivants naissant au contraire par une fonction déterminée, par la génération; les uns croissant comme ils se sont formés, par juxtaposition" ou par combinaison de molécules nouvelles, les autres par un mouvement intérieur d’assimilation cpii exige diverses fonctions préliminaires; ceux-ci être, tant qu’ils existent, le siège habituel d’un mouvement de composition et de décomposition ; ceux-là rester toujours dans le même état intérieur; n’éprouver d'autres modifications que celles que les lois physiques président et que le hasard amène; les premiers cesser dêtre, comme ils ont commencé à être, par les lois mécaniques, par le frottement ou par des combinaisons nouvelles; les seconds offrir dans leur destruction nalurelle un phénomène aussi constant que dans leur production; les derniers passer tout de suite à un état nouveau quand la vie les a abandonnés, éprouver la putréfaction, la dessiccation, etc., qui étaient milles auparavant, parce que, enchaînées par les propriétés vitales, les propriétés physiques étaient sans cesse retenues dans les phénomènes qu’elles tendaient à produire; les autres, au contraire, conserver toujours les mêmes modifications: qu’une pierre, un métal, etc., en se dissolvant, cessent d’exister, leurs molécules resteront toujours dans le même état. Mais quelques auteurs ont déjà présenté en grande partie ce parallèle : contentonsnous d’en tirer la conséquence déjà souvent déduite des autres faits, je veux dire la différence des lois

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. XXXÎX

qui président à l’une et à l’autre classes de phénomènes (1).

Je dois encore indiquer ici une différence essentielle entre les propriétés vitales et physiques : je veux parler des sympathies.

(i) Personne certainement ne peut nier qu’il existe une palpable différence entre les êtres vivans et ceux qu’on appelle inorganiques. Mais quelle est la nature , quel est le degré de cette différence? voilà la seule question à poser et à discuter.. Suivant Bichat , la séparation est complète entre cts êtres, parce que , suivant lui egalement , on ne peut établir aucune analogie entre les phénomènes qui se passent dans les uns et dans les autres , non plus qu’entre les lois qui y régissent ces phénomènes. Toutefois déjà , dans plusieurs notes précédentes , nous avons montré que cette différence, si frappante au premier abord, le paraît beaucoup moins quand on examine les choses dans leur profondeur , et qu’on les analyse avec le soin convenable: achevons ici d’établir cette vérité. D’abord l’accroissement des êtres , qu’on les appelle vivans ou non vivans , se fait toujours essentiellement de la même manière , c’est-à-dire par une véritable agrégation moléculaire , qui pourrait bien , dans tous les cas , être soumise seulement à l’attraction , et qui toujours certainement reste la même , soit qu’elle s’exerce à la surface de l’être , soit qu’elle se fasse de dedans en dehors , la substance qui doit être ajoutée pénétrant à l’intérieur du corps à la faveur de sa disposition spongieuse ou des propriétés hygrométriques de celui-ci. La cessalion d’existence, dans les êtres vivans et dans les autres, ne nous offre pas moins d’analogie : en effet , elle est toujours le résultat d’influences extérieures qui agissent sur le corps dont la fin est arrivée; et ces influences, tantôt l’annihilent subitement par une dissociation immédiate de ses principes constituans, et tantôt amènent lentement sa destruction. Attaquez par le feu les uns et les autres , promptement vous dissocierez leurs élémens et vous les rendrez au monde extérieur. Au

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Tout corps inerte n’offre aucune communication dans ses diverses parties. Qu’une extrémité d’un bloc de pierre, de métal, soit altérée d’une manière quelconque, par les dissolutions chimiques, par les a gens mécaniques, etc., les autres parties ne s’en ressentent nullement; il faut, pour les atteindre, une action directe. Au contraire, tout est tellement lié et enchaîné dans les corps vivants, qu’une partie quelconque ne peut être troublée dans ses fonctions, sans que les autres ne s’en ressentent aussitôt. Tous les médecins ont connu

contraire, abandonnez-les à eux-mémes ; leur fin ne pourra arriver que île deux manières : ou bien , après une saturation complète , un développement parfait ; ou bien , après qu'un agent contraire aux affinités de leurs élémens, contraire dans quelquesuns aux rapports sympathiques de leurs parties, se sera introduit en eux-mêmes, et aura manifesté dès l’abord sa présence en produisant un trouble que l’on appelle maladie dans les êtres vivans. Si la destruction arrive plus promptement dans les êtres vivans, cela tient certainement à la très-grande quantité d’élémens qui les composent , aux affinités diverses qui doivent se trouver en regard dans ces êtres, et au peu de ténacité qui doit résulter de celte combinaison variée. Lorsque leurs derniers momens sont arrivés, les êtres, quels qu’ils soient , vivans ou non vivans, se comportent essentiellement de Ir même manière : leurs élémens séparés entrent dans de nouvelles combinaisons, à la vérité, après avoir donné lieu à des phénomènes variables de dissolution : mais cette variété ne ccnstiluep.isune différence fondamentale, elle est seulement le résultât nécessaire de la différence réelle qui existe entre les èlres vivans et ceux qui ne le sont pas, sous le rapport du Nombre et de la cohésion des élémens. (F. Blandin.)

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. xlj

le consensus singulier qui existe entre tous nos organes : il a lieu et clans l’état de santé et dans celui de maladie, mais principalement dans ce dernier. Combien les maladies seraient faciles à étudier, si elles étaient dépouillées de tout accident sympathique ! Mais qui ne sait que souvent ceux-ci prédominent sur ceux qui tiennent immédiatement à la lésion de Forgane malade? Qui ne sait que la cause du sommeil, des exhalations, des absorptions, des sécrétions, des vomissemens et dévoiemens, des rétentions d’urine, des convulsions, etc., est souvent bien loin du cerveau, des exhalans, des absorbans, des glandes, de l’estomac, des intestins, de la vessie, des muscles volontaires, etc. ?

Quoi qu’il en soit, pour peu qu’on réfléchisse aux phénomènes sympathiques, il est évident que tous ne sont que des développemens contre nature des forces vitales, qui se mettent en jeu dans un organe par l’influence que cet organe reçoit des autres cpii ont été excités directement. Sous ce rapport, tous les systèmes sont dans la dépendance les uns des autres. Ce point important de doctrine sera traité avec tant de latitude dans cet ouvrage, à l’article du Système nerveux surtout, qu’il est inutile, je crois, de m’y appesantir beaucoup ici.

Nous verrons les sympathies mettre toujours spécialement en jeu les propriétés vitales dominantes dans un système, la sensibilité animale dans les nerfs, la contractilité de meme espèce dans les muscles volontaires, la contractilité organique sem*

XÜj CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

sibledansles involontaires, lacontractilité insensible dans les glandes, dans les surfaces séreuses, muqueuses, synoviales, cutanées, etc. Nous les verrons prendre le caractère des propriétés vitales des organes où elles se développent, affecter une marche chronique dans les os, les cartilages, etc., aiguë dans les muscles, à la peau, etc. Nous les verrons suivre, dans la fréquence de leur développement, les lois de la nutrition et de faccroissement, porter plus sur les systèmes nerveux et vasculaire dans l’enfant, sur l’organe pulmonaire dans le jeune homme, sur les appareils abdominaux dans l’âge adulte. Mais passons à d’autres objets (i).

(i) C’est assurément un fait à la fois extrêmement curieux et important, que celui des liaisons plus ou moins cachées que la nature a posées entre les différons organes de certains êtres. Sans dout * les minéraux proprement dits sont tout-à— fait étrangers à ces actions réciproques et sympathiques des diverses parties d’un même tout les unes sur les autres : mais gardons-nous de croire aussi qu’elles forment un caractère de l’organisation ; à proprement parler, elles appartiennent presque uniquement aux êtres organisés supérieurs , aux animaux, et encore sont-elles obeures dans les derniers d’entre eux ; mais dans les végétaux elles n’existent plus du tout, à moins que l’on ne considère comme tels les rapports de nutrition qui existent entre la tige et la ra-

( F. Blandin. )

cine.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

§ ni. Des propriétés vitales et cle leurs phèno -

mènes , considérés relativement aux solides et

aux fluides .

Tout corps organisé est composé de fluides et de solides. Les premiers sont-, d’une part les matériaux, de l’autre part le résidu des seconds. i°. Ils sont les matériaux; car, depuis les alimens qui apportent dans les intestins les élémens de la •nutrition, jusques à l’intérieur des organes, où ces élémens sont déposés, ils font manifestement partie du chyle, du sang, etc. a0. Ils sont le résidu, puisque, après avoir séjourné pendant quelque temps dans les organes, les molécules nutritives en sortent, rentrent dans le sang, et en sortent ensuite pour faire partie des fluides sécrétés et de ceux qui composent les exhalations cutanée et muqueuse, lesquels sont rejetés au dehors.

Il y a donc des fluides correspondant à la composition, et d’autres servant à la décomposition- Les solides sont le terme des premiers, qui viennent du dehors, et le point de départ des seconds, qui y retournent. Les fluides de composition et de décomposition ne sont pas tous isolés : le chyle, les matières qui entrent par l’absorption cutanée, les principes que le poumon puise dans l’air, etc., sont uniquement de la première espèce. Les fluides sécrétés et les exhalés sur les surfaces muqueuse et cutanée paraissent être aussi exclusivement de la seconde. Mais le sang est un centre commun où

xliV CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

circulent confondus les élémens qui arrivent et ceux qui s’en vont.

Cela posé, voyons le rôle des fluides et des solides dans les phénomènes vitaux. Ce rôle dépend évidemment des propriétés qu’ils ont en partage : or, en réfléchissant à la nature des propriétés vitales que nous connaissons, il est évident que toute idée de fluide leur est étrangère, que ceux-ci ne peuvent être le siège d’aucune contraction, que les sensibilités organique et animale ne s’allient point non plus avec l’état où se trouvent leurs molécules, etc. Je ne parlerai pas ici des prétendus mouvemens spontanés du sang, des fluides subtils qu’il contient, suivant les uns, et qui le dilatemt ou le .resserrent au besoin; tout cela n’est qu’un assemblage d’idées vagues qu’aucune expérience ne confirme. D’ailleurs, tous les phénomènes de l’économie vivante nous montrent manifestement les fluides dans un état presque passif (i), les solides, au contraire, toujours essentiellement actifs. Ce sont les solides qui reçoivent l’excitation , et qui réagissent en vertu de cette excitation. Partout les fluides ne sont que les excitans. Cette impression continuelle des seconds sur les premiers constitue, dans toutes les parties, des sensations continuelles,

(i) Plus loin, Bicbat établit que les fin des jouissent aussi, quoiqu’il un moindre degré que les solides, des propriétés de la vie. Cela e*t évident: en effet, les lluides sont le principe des solides ; ils se transforment ou se métamorphosent graduellement en eux, en revêtant graduellement aussi leurs divers caractères.

(F. Blandin. )

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES. xlv

qui ne sont point rapportées au cerveau, qui ne sont pas perçues par conséquent : c’est la sensibilité organique en exercice ; elie diffère de l’animale en ce que Famé n’a point la conscience des sensations, qui ne dépassent pas les organes où elles arrivent.

Puisque, d’une part, les propriétés vitales siègent essentiellement dans les solides , et que , d’une autre part, les phénomènes maladifs ne sont que des altérations des propriétés vitales , il est évident que les phénomènes morbifiques résident essentiellement dans les solides, cpie les fluides leur sont, jusqu’à un certain point, étrangers. Toute espèce de douleur, tous les spasmes , tous les mouvemens irréguliers du cœur, qui constituent les innombrables variétés du pouls, ont leur principe dans les solides.

N’allez pas croire cependant que les fluides ne sont rien dans les maladies : très-souvent ils en portent le germe funeste; ils jouent alors le meme rôle que dans l’état de santé, où les solides sont les agens actifs de tous les phénomènes que nous observons, mais où leur action est inséparable de celle des fluides : pour que le cœur se contracte, que le système capillaire se resserre, etc., il faut que les fluides y abordent. Tant que les fluides sont dans leur état naturel, ils déterminent une excitation naturelle, mais qui change de nature par une cause quelconque: que des principes étrangers s’y introduisent, à l’instant ils deviennent des excitans contre nature , iis déterminent des réactions irrémilières, les fonctions sont troublées, les maladies

xlvj CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

surviennent. Vous voyez donc que les fluides peuvent être souvent le principe des premières, le véhicule de la matière morbifique. Mais ceci mérite quelques détails déplus.

La distinction des fluides en ceux de composition et en ceux de décomposition doit trouver ici son application. Les premiers, qui entrent dans le corps par toutes les voies, se rendent tous dans le sang, qui leur appartient sous un rapport, et qui sous un autre appartient au fluide de décomposition. 11 est incontestable i° que le chyle peut se charger d’une foule de substances étrangères, et porter dans le sang des principes funestes de maladies, comme quand des matières 'putrides, mal digérées, des principes de contagion mêlés aux alimens, etc., se trouvent dans les premières voies. ü#. Une foule de preuves n’établissent-elles pas que l’absorption cutanée introduit souvent dans ce fluide des causes de maladies ? 3°. Que des substances différentes des principes constitnans de l’air, et propres à déterminer des maladies, puissent accidentellement y arriver à travers les poumons, c’est ce dont il n’est pas permis de douter. Voilà donc déjà une triple porte ouverte aux principes morbifiques, comme nous aurons au reste fréquemment occasion de nous en convaincre dans cet ouvrage. 4°. Il en est une autre accidentelle : ce sont les plaies résultant des coupures, des morsures, des déchirures, etc. (i), lesquelles portent souvent dans l’économie animale des principes des-

(i) Bichat ne dit pas ici comment les plaies , les dcchi -

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. xlvij

tructeurs. Yoiîà quatre chefs auxquels on pourrait rallier une foule de cas dans lesquels les fluides sont les causes premières des maladies, en portent essentiellement les principes, et deviennent des excitans contre nature pour les solides, où ils déterminent par là même des phénomènes contraires à l’ordre naturel. Or il est évident que ce sont spécialement les fluides destinés à la composition des organes qui portent ainsi les principes morbifiques;

| ce sont eux qui en sont surtout le véhicule : ils apportent la maladie. Au. contraire, les fluides destinés à la décomposition emportent plutôt la maladie. Nous avons vu que ces derniers fluides sont ceux versés sur les surfaces muqueuse ou cutanée, soit par exhalation, soit par sécrétion, comme la sueur, l’urine, les sucs muqueux, etc. : or c’est par ces fluides que s’opèrent les crises (i)f Les médecins ont exagéré infiniment l’influence des humeurs morbifiques expulsées au dehors; mais on ne saurait douter que cette doctrine n’ait souvent un fondement réel. Si ces fluides sont quelquefois le véhicule de la maladie, c’est quand ils rentrent, contre l’ordre naturel , dans l’économie , comme

rures , etc. , peuvent apporter des principes destructeurs dans l’économie, il constate seulement le fait ; ce qui est beaucoup déjà : pour de plus amples explications à cet égard , voyez les notes ajoutées au Système absorbant , pag. 4^i e*- 497 du tome ii. ( F. Blandin. )

(i) La doctrine des crises a été considérée sous un nouveau point de vue dans l’excellent Traité des Signes des Maladies , de M. Landré-Beauvais. 1 volume in -8°, 3* édition.

xlviij CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

quand la bile passe dans la masse du sang, quand l’urine est absorbée et pénètre dans ce fluide, etc. (i).

D'après tout ce qui vient d’ètre dit , il est évident qu'il faut bien distinguer les maladies elles-mêmes, ou plutôt l’ensemble des symptômes qui les caractérisent, d'avec les principes qui les produisent ou qui les entretiennent. Presque tous les symptômes portent sur les solides; mais la cause peut en être dans les fluides, comme en eux. Un exemple rendra ceci plus sensible : le cœur peut se contracter contre l'ordre naturel, i° parce que sa sensibilité organique est. exaltée, tandis que le sang reste le même;

parce que le sang est ou augmenté , comme dans la pléthore, ou altéré dans sa nature, comme dans les fièvres putrides, etc.; tandis que la sensibilité organique du frur ne varie pas. Que l’excitation soit double, ou que l’organe soit deux fois plus susceptible qu’à l’ordinaire, l’effet est toujours le même; il survient accélération du pouls. C’est toujours le solide qui joue le principal rôle dans la maladie; c’est toujours lui qui se contracte; mais, dans

(i) Les liquides des sécrétions peuvent bien être absorbés après leur formation, et lorsque déjà ils ont été déposés dans leurs réservoirs ; mais souvent aussi (plus souvent même, à mon avis) les symptômes attribués à celte absorption dépendent uniquement d’une suspension dans la sécrétion de ccs fluides , et de la rétention dans le torrent circulatoire des matériaux qui devaient être employés à les former : diverses lésions du foie, des reins, etc. , ne laissent aucun doute à cet égard.

( F. Blandin. )

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. XÜX

le premier cas, la cause est en lui; clans le second elle est hors de lui.

Cet exemple peut donner une idée de ce qui arrive dans les maladies. Dans toutes, ce sont les solides qui sont surtout en action ; mais c’est tantôt en eux, tantôt hors d’eux, qu’existe la cause de cette action. 11 serait sans doute essentiel de rechercher la distinction des deux cas. Voici quelques aperçus à cet égard :

i°. Je distingue, sous le rapport de la question qui nous occupe, les maladies en deux classes: i° en celles qui troublent spécialement la vie animale; 2° en celles qui altèrent particulièrement la vie organique. Je dis particulièrement ; car tel est l’enchaînement des deux vies, que l’une ne peut guère être altérée sans l’autre : ainsi les fièvres, qui troublent la vie organique, occasionent des transports cérébraux qui agitent l’animale; ainsi les affections cérébrales primitives influencent sympathiquement la circulation , la respiration , etc. , etc. Mais certainement on ne peut disconvenir qu’il n’y ait des affections dont le caractère principal et primitif est un trouble dans la vie animale : tels sont les convulsions, les spasmes , les paralysies, la manie, l’épilepsie , la catalepsie , etc. Or , il paraît que ces maladies ont presque toujours leur cause dans les solides, et que le plus communément les fluides ne sont point malades. Aussi observez que les crises sont, dans tous les cas, étrangères à ces maladies. L’hypochondrie , l’hystérie , la mélancolie , etc. , quoique paraissant résider aussi plus particulièrement dans les solides, peuvent appartenir cepen- AîUT. GÉ2Ï. t. r. d

1 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

dant un peu aux fluides , comme divers exemples en sont la preuve.

Les maladies qui affectent, au contraire, plus spécialement la vie organique, comme les fièvres, les inflammations, etc., peuvent avoir leur principe autant dans les fluides que dans les solides. Voilà pourquoi ces maladies sont sujettes aux crises, pourquoi on les guérit par les évacuans, les altérans, etc.

! 2 °. Il faudrait encore, pour répondre à la question de l’affection des solides ou des fluides dans les maladies, distinguer les phénomènes en ceux qui sont sympathiques, et en ceux qui sont le produit d'une excitation directe. Tout phénomène sympathique a son siège essentiellement et nécessairement inhérent aux solides (i). En effet, les solides seuls

(r) Si par phénomènes sympathiques on entend , comme cela doit être, les actions qui se passent dans le même instant, et sous les mêmes influences, dans des parties du corps très-différentes , souvent même très -éloignées les unes des autres , tout en reconnaissant que les causes de ces phénomènes sont le plus ordinairement inhérentes aux solides, on doit convenir aujourd’hui que fréquemment aussi elles siègent dans les fluides qui arrosent continuellement et par mille voies différentes l’intérieur de nos organes. Ainsi, lorsque, dans une lymphite ou une phlébite , la lymphe ou le sang ont été altérés par leur mélange avec quelques-uns des produits de l’inflammation, veit-on des lésions plus ou moins analogues entre elles se manifester dans les organes centraux de la vie , dans les articulations, etc. Ainsi , lorsqu’une cause quelconque d’excitation attire le sang avec plus de force que de coutume vers l’encéphale, survient-il des bourdon nemens d’oreilles,

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. ]j

agissent les uns sur les autres, et correspondent ensemble par des moyens encore inconnus. Tout vomissement, toute agitation fébrile du cœur, toute exhalation , toute sécrétion, toute absorption sympathique , dérivent d’un changement opéré , par l’influence cl’une partie plus ou moins éloignée , dans les solides de celles qui sont le siège de ces phénomènes. Le froid saisit-il la peau en sueur, aussitôt la plèvre s’affecte sympathiquement. L’eau froide introduite dans l’estomac, pendant que tout le corps est en chaleur, fait souvent aussi qu’un organe éloigné s’affecte. Il y a là sympathie et non répercussion d’humeur. J’ai cité, dans cet ouvrage, un grand nombre d’exemples de sympathies pour chaque système: or, dans aucun il n’est possible de concevoir , je crois , une affection des fluides.

3°. La division des maladies en organiques, ou en celles qui altèrent le tissu des organes , et en celles qui laissent ce tissu intact, est encore essentielle ici. Les premières ont évidemment leur siège dans les solides.

4°. La division en aiguës et chroniques ne doit

des rougeurs de l’oeil, des douleurs péricrâniennes , etc. ; phénomènes variés , dont la source existe certainement dans les vaisseaux, et qui dépendent de l’abord simultané d’un sang altéré, ou plus abondant que de coutume, dans les diverses parties indiquées. Ainsi, il est désormais impossible d’admettre, avec Bichat , que tout phénomène sympathique a son siège essentiellement et nécessairement inhérent aux solides. Au reste , convenons-en promptement, le sens véritable du mot sympathie est très-vague, et reste encore à fixer. (F. Blandin. )

lîj CONSI DER ATIONS GENERALES.

pas être négligée non plus pour résoudre le problème.

5°. Enfin il faudrait Elire une autre distinction non moins importante, savoir, celle des maladies cpii sont indépendantes de tout principe inhérent à l’économie, et des maladies qui proviennent d’un semblable principe, comme quand les vices vénérien, scrophuleux, scorbutique, dartreux, etc., régnent dans l’ensemble du système, et y attaquent alternativement les divers organes.

Pour peu que vous examiniez ainsi les maladies sous plusieurs jours différens, vous verrez que ce qui est vrai pour une classe peut ne point l’être pour une autre. On voit d’après cela qu’il ne faut point envisager la question d’une manière générale, comme on l’a trop fait jusqu’ici, qu’une théorie exclusive de solidisme ou d’humorisme est un contre-sens pathologique , comme une théorie dans laquelle on mettrait uniquement en jeu les solides ou les fluides en serait un physiologique. Je crois que nous avons deux écueils également à craindre: celui de trop particulariser, et celui de trop généraliser. Le second mène autant que le premier à de faux résultats.

Quoique les propriétés vitales résident spécialement dans les solides, il ne faut pas cependant considérer les fluides comme purement inertes. Il est incontestable que ceux qui servent à la composition vont toujours en se pénétrant d’une somme plus fortede vie, depuis les alimens, dont ils émanent surtout, jusqu’aux solides. La masse alimentaire est moins annualisée que le chyle, celui-ci l’est moins

CONSIDÉRATIONS GENERALES, m

que le sang, etc. Ce serait sans cloute un objet de recherches bien curieux que de fixer comment des molécules jusquelàétrangèresauxpropriétésvitales, ne jouissant absolument que des physiques, se pénètrent peu à pendes rudimens des premières (i). Je dis des rudimens, car certainement l’élaboration vitale qu’éprouvent les fluides en circulant comme tels dans le corps, et avant de pénétrer les solides pour en faire partie, est le premier degré des propriétés de ceux-ci : les solides repousseraient un fluide inerte, introduit dans les vaisseaux à la place du sang, et qui se présenterait pour les nourrir. De même, vous auriez beau injecter dans ce fluide les matériaux de ceux exhalés et sécrétés, les organes exhalans et sécrétoires repousseraient ces matériaux, si la vie ne leur avait fait subir une première élaboration.

Dire ce qu’est cette vitalité des fluides , cela est évidemment impossible; mais son existence n’est pas moins réelle , et le chimiste qui veut analyser

(i) De même que les organes , en se développant ,, passent par un certain nombre d’états, parcourent un certain nombre de phases bien distinctes, dans lesquelles on les voit devenir de plus en plus compliqués , sous les rapports de forme et de structure ; de même aussi se comportent les fluides, qui ne sont après tout (je parle seulement de ceux de composition ) que des organes plus simples , des organes dont les molécules , peu cohérentes , jouent les unes dans les autres, et qui ne sont en. quelque sorte qu’une chair coulante , suivant la très-ingénieuse remarque de Bordeu pour le sang.

( F. Blandin. )

ÜV CONSIDERATIONS GÉNÉRALES.

les fluides n’en a que le cadavre, comme l’anatomiste n’a que celui des solides qu’il veut disséquer. Observez en effet que, dès que le principe de vie a abandonné les fluides, ils tendent aussitôt à la putréfaction, et se décomposent comme les solides privés de leurs forces vitales. Lui seul empêchait ce mouvement intestin, qui sans doute entre pour beaucoup dans les altérations dont les fluides sont susceptibles. Voyez ce qui nous arrive après le repas : ordinairement une légère augmentation du pouls, effet du mélange des principes nutritifs avec le sang, en est le résultat. A-t-on usé d’alimens âcres , épicés, etc. , dont on n’a pas l’habitude, une chaleur générale, mille sentimens divers de lassitude, de pesanteur, etc., accompagnent la digestion. Parlerai-je des diverses espèces devins, et de leurs effets qui ne vont pas jusqu’à l’ivresse? Qui n’a cent fois acheté la joie douce d’un repas par un trouble général, une agitation universelle, une ardeur dans toutes les parties, pendant tout le temps que le vin circule avec le sang? Qui n’a observé que tel vin nous agite d’une manière, et tel autre d’une manière différente? Sans doute les solides sont alors le siège de tout ce que nous éprouvons; mais la cause n’en est-elle pas dans les fluides? C’est le sang qui, charriant avec ses molécules d’autres molécules qui lui sont étrangères, va exciter tous les organes, et surtout le cerveau, parce que la sensibilité de ce viscère a un rapport particulier avec les liqueurs spiritueuses, comme la vessie avec les cantharides, les salivaires avec le mercure, etc. Ce que je dis est si vrai, que, si

CONSIDÉRATIONS GENERALES. lv

vous infusez du vin dans la veine ouverte d’un animal, vous produirez des effets analogues. Les expériences faites à ce sujet sont si connues, qne je ne les ai même pas répétées.

Je ne puis me dispenser de rapporter ici un fait qui dément bien tout ce qu’on a avancé dans ces derniers temps sur l’incorruptibilité du sang dans les maladies. Dernièrement, en ouvrant un cadavre à l’Hôtel-Dieu avec MM. Peborde, l’Herminier j et Bourdet, nous avons trouvé, au lieu de sang noir | abdominal, une véritable sanie grisâtre, qui remplissait toutes les divisions de la veine splénique, le tronc de la veine porte, et toutes ses branches hépatiques, au point qu’en coupant le foie par tranches, on distinguait, par l’écoulement de cette sanie, tous les rameaux de la veine porte, de ceux des veines caves, qui contenaient du sang ordinaire. Ce cadavre était remarquable par un embonpoint si extraordinaire, que je ne me rappelle pas en avoir vu de pareil. Certainement cette sanie n’était pas un effet cadavérique , et le sang avait circulé, sinon aussi altéré, au moins bien différent de son état naturel, et réellement décomposé (i).

(i) De semblables faits ne sont pas rares, et depuis Bichat tous les médecins qui ont fait avec soin des ouvertures de cadavres en ont observé de nouveaux. Cette transformation du sang veineux en une sanie grisâtre se rencontre toujours à une certaine distance du point où une veine a été enflammée, chez les individus affectés de phlébite. Cette matière anormale est le produit d’un mélange imparfait de sang veineux avec du pus et des exsudations psèudo-membr a n euses, Aussi, bieu qu’il soit difficile de

lvj CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

Considérez l’immense influence des alimens sur la santé, la structure et même le caractère; comparez les peuples qui ne vivent que de lait, de fruits, etc., à ceux chez qui les boissons spirituelles sont spécialement en usage; voyez comment l’alcool porté dans le Nouveau-Monde a modifié les mœurs, les habitudes des Sauvages ; considérez l’influence lente et successive du régime dans les maladies chroniques, etc; vous verrez? qu’en santé comme en maladie, les altérations des fluides sont fréquemment ]#éexistantes à celles des solides, qui s’altèrent bientôt après consécutivement ; car c’est un cercle inévitable. Or, les altérations des fluides paraissent dépendre essentiellement du mode de mélange des parties non annualisées avec celles qui le sont.

Ce serait avoir une idée bien inexacte du mélange avec le sang des substances étrangères venues par la voie des intestins, de la peau ou du poumon, pour concourir à l’hématose, que de le comparer aux mélanges des fluides inertes et à nos combiliaisons chimiques. Le sang possède, pour ainsi

dire maintenant avec certitude , que le cadavre ouvert par Bichat appartenait à un malade qui avait eu une inflammation de la veine splénique, et peut-être du tissu érectile de la rate , ce qui n’est pas aussi rare qu’on a l’air de le croire , j’incline cependant très-fort vers celte opinion, fondé sur l’analogie de faits semblables que j’ai observés : l’analogie, il faut le dire, est içi pressante, et jamais «à ce degré elle ne trompe celui qui sait en user convenablement, ( F, Blandin. )

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. lyij

dire, les rudimens de la sensibilité organique. Suivant que la vie dont il jouit le met plus ou moins en rapport avec les fluides qui y pénétrent, il est plus ou moins disposé à se combiner avec eux, et à les pénétrer de cette vie qui l’anime. Quelquefois il repousse, pour ainsi dire, long-temps les substances qui lui sont hétérogènes. Je suis persuadé qu’un grand nombre de phénomènes que nous éprouvons après les repas, après ceux surtout où des alimens âcres et des boissons spiritueuses ont été pris en abondance, dérivent en partie du trouble général qu’éprouve le sang quand sa vitalité commence à se communiquer à ces substances étrangères, de l’espèce de lutte qui s’établit, pour ainsi dire, dans les vaisseaux, entre le fluide vivant et celui qui ne vit pas. Ainsi voyons-nous tous les solides se crisper, se soulever pour ainsi dire contre un excitant qui est nouveau pour eux. Qui ne sait si la vitalité des fluides n’influe pas sur leurs mouvemens? je le crois très- probable. Je doute que des fluides purement inertes pussent, s’ils se trouvaient seuls dans des vaisseaux animés par la vie, y circuler comme des fluides vivans.

De meme, les fluides animés par la vie ne pourraient point se mouvoir d’eux-mèmes dans des vaisseaux qui en seraient privés. La vie est donc également nécessaire dans les uns et les autres. Mais ces matières sont trop obscures pour nous en occuper plus long-temps.

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CONSIDÉRATIONS GENERALES

§ Y. Des propriétés indépendantes de la vie.

Ces propriétés sont celles que j’appelle propriétés de tissu. Etrangères aux corps inertes, inhérentes aux organes des corps vivans, elles dépendent de leur texture, de l’arrangement de leurs molécules mais non de la vie qui les anime. Aussi la mort 11e les détruit-elle pas : elles restent aux organes quand la vie leur manque; cependant celle-ci accroît beaucoup leur énergie. La putréfaction seule et la décomposition des organes les anéantissent. Ces propriétés sont d abord l’extensibilité et la contractilité de tissu (1). Je les ai fait assez connaître dans mes Recherches physiologiques sur la vie et

(1) La contractilité et l’extensibilité de tissu sont-elles des propriétés vitales proprement dites ? ou, en d’autres termes, les phénomènes qui en résultent 11e peuvent-ils s’observer que dans les êtres organisés? Cette question a été résolue négativement par beaucoup de savons : on a dit, en effet, que les propriétés dites de tissu n’étaient autres choses que l’élasticité, élasticité qu’on a seulement appelée longitudinale ; mais il est impossible de ne pas faire remarquer que cette qualification, quia paru nécessaire, établit précisément que les phénomènes indiqués appartiennent à une variété d’élasticité ; et comme, en outre , il est certain que celle-ci ne se rencontre que dans les êtres organisés, ou dans les tissus émanés de ces êtres, je le demande, n’est-ce pas avec beaucoup déraison, que Bichat a décoré du litre de vitales , ces actions qu’effec rivement on ne voit s’accomplir que dans d s parties qui ont été formées sous l’influence de la vie ? (F. Bundin. )

CONSIDERATIONS GÉNÉRALES. lix

la mort; j’aurai d’ailleurs occasion de montrer l’influence quelles exercent dans chaque système. Je vais m’occuper ici d’une propriété dont on n’a encore parlé que très-peu, que les chimistes ont indiquée dans leurs expériences, que les physiologistes ont confondue le plus souvent avec l’irritabilité, mais qui en est aussi distincte que de la contractilité de tissu : je veux parler de la faculté de se racornir, de se crisper par l’action de divers agens. Cette propriété sera examinée en particulier dans chaque système ; je vais l’envisager ici d’une manière générale.

Toute partie organisée, soumise, après la mort comme pendant la vie, à Faction du feu ou de certains acides concentrés, se resserre, se crispe de différentes manières, et s’agite presque comme les organes irritables qu’on excite. Or, cette propriété doit être considérée dans les agens qui la mettent en action, dans les organes qui en sont le siège, et dans ses phénomènes.

i°. Le feu est l’agent principal du racornissement. Tout organe vivant mis sur des charbons ardens le présente subitementau plus haut degré. a°. Après lui, ce sont les acides très-forts, le sulfurique d’abord, puis le nitrique , puis le muriatique , qui font le plus crisper tout à coup les fibres animales. A mesure qu’on les affaiblit, ils perdent cette faculté, que n’ont presque pas les acides naturellement très-faibles. 3°. L’alcool est beaucoup moins puissant pour produire cet effet, quelque concentré qu’il soit : cependant il resserre peu à peu le tissu des parties, qu’il condense ? qu’il fait même tortiller : aussi ceux

Jx CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

qui conservent des pièces anatomiques ont-ils soin d’affaiblir leur alcool et de le réduire à 2G ou même à 24 degrés. 4°* Les sels neutres, après s’être emparés de l’humidité des substances animales, les condensent aussi et les durcissent singulièrement au bout d’un certain temps. 5°. Lorsque l’air a enlevé, par la dessiccation, les molécules aqueuses des solides, et que ceux-ci continuent d’être exposés à son action, ils se crispent, se resserrent et se recroquevillent d'une manière lente et graduée. 6°. Les alcalis, quelque forts qu’on les emploie, 11e déterminent jamais aucune espèce de racornissement. 70. L’eau paraît agir en sens contraire de ce racornissement; elle dilate, épanouit les organes par la macération, et écarte leurs molécules. Ce n’est que lorsque beaucoup de calorique la pénètre qu’elle opère le racornissement. Ce phénomène a lieu à quelques degrés au-dessous de l’ébullition; il est très-marqué au degré de l’ébullition elle-même.

Les divers agens dont je viens de parler produisent donc deux espèces de racornissement : i° l’un prompt, subit, presque semblable au mouvement qui résulte de l’irritation d’un muscle vivant; i° l’autre lent, gradué, insensible même. Le feu et les acides très-forts sont surtout les agens du premier; l’action des sels neutres, de l’air, de l’alcool, etc. , produit principalement le second.

Ces deux racornissemens diffèrent beaucoup par leur résultat. En effet, l’état où le premier réduit les organes change bientôt si la cause racornissante n’interrompt pas son action. Ainsi, i° le feu, en continuant à agir sur les solides, ne tarde pas à les

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. Ixj

réduire en une masse dure et charbonneuse; 2° l’ébullition de l’eau, continuée, détruit peu à peu la dureté qu’avaient subitement acquise, par le racornissement, les solides qu’on y avait plongés; à mesure que cette dureté diminue, la coction s’opère; elle est à son dernier terme quand le solide, ayant perdu toute consistance, est devenu comme pulpeux; 5° de même, racornis tout à coup dans les acides, et devenus durs par conséquent, les organes animaux s’y ramollissent bientôt, et s’y changent en une véritable pulpe. Ce double phénomène , que nous offrent d’une part la coction, de l’autre les acides très-forts, a la plus grande analogie; il semble tenir au même principe : la différence est que le ramollissement consécutif est infiniment plus prompt, qu’il est même porté bien plus loin parles seconds que par la première.

Le racornissement lent et insensible, ou plutôt l’endurcissement qui est l’effet du contact des sels neutres, comme de l’alun, du muriate de soude, etc., de l’air, de l’alcool, etc., présente un phénomène tout différent du premier. Il ne se change point en un ramollissement par Faction continuée delà cause qui l’a produit; quelque prolongée que soit l’action de cette cause, elle ne ramollit point l’organe d’une manière lente et insensible, comme elle l’a durci : celui-ci reste toujours crispé et racorni sur lui-même.

Ces deux espèces de racornissement ne sont-elles que des degrés différens, ou tiennent-elles à des principes isolés? Je l’ignore : j’observe seulement que, quand les solides vivans ont éprouvé le ra-

lxij CONSIDÉRATIONS générales.

cornissement lent et gradué, ils sont encore susceptibles de l’autre. On sait qu’après plusieurs années de dessiccation, les tissus animaux se racornissent comme dans l’état frais, par l’action du feu nu; j’ai fait la même observation par rébullition et par les acides. Les tissus resserrés depuis longtemps par l’alcool et les sels neutres offrent le même phénomène.

Tous les tissus animaux sont susceptibles du racornissement subit, excepté les cheveux, l’épiderme, et les ongles, qui n’en présentent, pour ainsi dire, que les rudimens. Lu général, le racornissement est d’autant plus sensible, que la disposition fibreuse domine plus dans les organes : voilà pourquoi les muscles, les tendons, les nerfs, etc., en son t le plus susceptibles. Les organes non fibreux, comme les glandes, etc., le présentent à un moindre degré. Le racornissement lent et insensible est à peu près le même partout. L’un et l’autre existent dans les tissus privés de contractilité animale, de contractilité organique sensible et de contractilité de tissu, comme dans ceux qui en jouissent au plus haut degré : ainsi les tendons, les aponévroses, les os même, lorsqu'on leur a enlevé par des acides leur substance calcaire, se racornissent autant que les muscles, la peau, etc. Cette seule circonstance suffirait pour isoler la contractilité de racornissement d’avec les autres, quand bien même une foule de différences, que j’indiquerai dans la suite, à l’article des muscles en particulier, ne la distingueraient pas.

Quand un tissu se racornit subitement, il perd

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. Ixiij

plus de la moitié de sa longueur, il se tortille en divers sens. Retiré tout de suite de l’acide ou de l’eau bouillante, il reste racorni; mais tiraillé, il s’allonge de nouveau, pour se contracter quand l’allongement cesse : en sorte qu’il a pris une élasticité réelle par le racornissement. Cette élasticité est remarquable dans les tendons, les nerfs, les muscles, etc., qui, avant l’action de la cause racornissante, en sont absolument dépourvus. Elle n’est point un effet du racornissement lent et insensible déterminé par l’alcool, les sels neutres, etc. En faisant macérer pendant un certain temps les tissus organisés, ils perdent peu à peu la faculté de se crisper subitement, qui ne disparaît cependant entièrement que quand la macération a amené ces tissus à l’état de véritable putrilage.

Quand, après avoir été racornis, les tissus se sont ramollis par la coction et allongés comme ils étaient, le racornissement ne peut plus y naître de nouveau, quel que soit l’agent qu’on emploie.

Dès que la putréfaction s’est emparée de ces tissus, ce moue de contractilité y est impossible.

Le racornissement lent et insensible est nul pendant la vie; celle-ci est pour lui un obstacle invincible. Mais celui qui est subit peut survenir après que ses a gens ont surmonté la résistance quelle oppose : on voit souvent la peau racornie dans les brûlures; lorsqu'elle est dépouillée de son épiderme, et qu’un acide très-fort est versé sur elle, il y produit le même effet, comme au reste sur tout autre

organe.

Dès qu’une partie a été racornie sur le vivant*.

Ixiv CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

elle meurt presque inévitablement; elle ne revient plus à la souplesse qu’elle avait primitivement; la suppuration la sépare des parties saines.

Les fluides ne présentent point les phénomènes du racornissement, la fibrine seide exceptée : séparée du sang, elle brûle en se recoquevillant sur elle-même.

D’après ce que nous venons de dire, il est évident que les solides ont en eux la faculté de se contracter ou de se raccourcir. Or, cette faculté peut y être mise en jeu de plusieurs manières différentes : pendant la vie elle entre en exercice, i° dans les muscles volontaires, par l’influence des nerfs (c’est la contractilité animale; s>.° dans les muscles involontaires, par l’action des excitans (c’est la contractilité organique sensible); 3° dans les muscles, la peau, le tissu cellulaire, les artères, les veines, etc., par le défaut d’extension ( c’est la contractilité de tissu, qui manque, ou du moins est très-obscure dans une foule d’organes, comme les nerfs, les corps fibreux, les cartilages, les os, etc.); 4° par l’action du feu et des acides concentrés ( c’est la contractilité par racornissement, qui est générale).

Dès que la vie a entièrement abandonné les muscles, ils n’ont plus les deux premières contractilités; mais la troisième leur reste, comme à tous les organes qui en jouissent. Quand ils sont desséchés, quand ils ont séjourné un peu clans l’eau, etc., ils la perdent aussi; mais la quatrième leur reste encore; elle est la dernière qui abandonne les tissus animaux; elle se perpétue pendant de longues années. Après que j’ai eu mis à nu le parenchyme car-

CONSIDERATIONS OÉnErALES» IxV

tiiagineux (Vos trouvés dans les cimetières, ils se sont très-bien racornis par le feu. Je suis persuadé que cette faculté se conserverait pendant des siècles entiers, si on pouvait garder des tissus organiques.

D’après cela, la contractilité est donc une propriété commune et générale, inhérente à tous les tissus animaux, mais qui, suivant la manière dont elle est mise en jeu, présente des différences essentielles qui la divisent en plusieurs espèces, lesquelles n’ont entre elles aucune analogie. Certainement il est impossible de ne pas tirer une ligne de démarcation entre les quatre que je viens d’indiquer, comme encore de ne nas distinguer ce resserrement insensible, ou cette espèce d’oscillation qui forme pendant la vie la contractilité organique insensible ou les tnouvemens toniques.

Des causes qui mettent en jeu la contractilité, les unes appartiennent donc à la vie, les autres en sont indépendantes, et ne tiennent qu’à l’organisation. Tous les organes sont essentiellement contractiles, mais chacune des causes qui les font contracter n’agit que sur tel ou tel tissu : le racornissement seul a un effet général.

§ VI. Considérations sur V Organisation des animaux.

Les propriétés dont nous venons d’analyser l’influence ne sont point précisément inhérentes aux molécules de la matière qui en est le siège. En effet, elles disparaissent dès que ces molécules, écartées, ont perdu leur arrangement organique. C’est à cet arrangement quelles appartiennent exclusivement

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