ANIMALE
§ Ier. Tissu propre à cette organisation.
Chaque nerf est formé, comme je l’ai dit, d’un nombre plus ou moins considérable de cordons juxta -posés les uns aux autres. Ces cordons résultent de blets également juxta-posés et unis entre eux, comme les cordons, par du tissu cellulaire. J’ai dit déjà comment les uns et les autres s’entrelacent dans l’intérieur du nerf, de manière à y former une espèce de plexus, qui ne diffère des plexus véritables qu’en ce que les branches, appli-
(i) Les nerfs se terminent toujours en s’épanouissant dans la surface tegumentaire : ce sont des épanouissemens nerveux qui y forment principalement les papilles, et c’est encore la même disposition qui, plus prononcée dans certains points de la peau ou de la membrane muqueuse doues d’une sensibilité pi us exquise pour servir à un sens particulier, constituent les parties essentielles de l’œil, de l’oreille, etc. Dans d’autres lieux , les nerfs, suivant quelques anatomistes , se terminent enfermant des anses anastomotiques : dans les muscles, par exemple, suivant MM. Prévost et Dumas, ces anses nerveuses seraient perpendiculaires à la direction des fibres, et embrasseraient exactement le sommet des angles ou flexuosités qu’elles présentent dans l’état de contraction. (F. Blandin.)
quées les unes contre les autres , ne laissent point voir, au premier coup d’œil, leur entrelacement.
La disposition générale des cordons nerveux varie beaucoup. i°. Leur grosseur n’est pas toujours la meme. Ceux du sciatique et du crural sont plus déliés que ceux des nerls brachiaux, si on en excepte cependant le médian. o°. Quelques nerfs, comme le vague, sont formés d’un seul cordon divisé par beaucoup de sillons. Quelquefois des filets forment autour de lui un réseau, une espèce de plexus très-délié. 3°. Le meme nerf réunit quelquefois de gros et de petits cordons; dans plusieurs ils sont tous égaux , comme au sciatique. 4°- Le nerf optique , quoique canaliculé dans toute l’étendue qu’il parcourt depuis la commissure jusqu’à l’œil, ne paraît point avoir dans son intérieur cet entrelacement que les autres présentent d’une manière évidente. 5°. Dans la partie postérieure de ce nerf, et dans le tronc de l’olfactif, les cordons ne sont point distincts. 6°. La plupart des nerfs sont isolés à leur origine dans leurs filets; les trijumeaux, au contraire, présentent une portion pulpeuse commune, où tous les leurs semblent s’implanter, etc.
Il résulte de toutes ces considérations, et de plusieurs autres que nous devons surtout à Reil , que la disposition intérieure des nerfs varie singulièrement, que chacun présente presque une texture différente, que sous ce rapport, ils ne ressemblent point aux artères et aux veines, qui sont partout les memes, quels que soient leur volume , leur trajet, etc. Au reste, ces variétés n’atteignent point la structure intime. C’est cette structure intime
qu’il s’agit d’indiquer avec exactitude dans les derniers filets qu’on peut séparer. Reil me paraît avoir jeté un grand jour sur ce point. J’ai répété avec exactitude ses expériences; elles m’ont donné des résultats très-analogues aux siens : quelques-unes seulement m ont paru si dilficiles, que je n’ai pas même tenté de les entreprendre. J’ai ajouté à ses recherches une foule de faits nouveaux, comme on le verra facilement en comparant son ouvrage à cet article, ou on ne trouvera exposé que ce qui est fondé sur la stricte observation ; j’en ai retranché tout ce qui tient aux idées théoriques que Reil a jointes aux faits qu’il présente.
On distingue deux choses dans chaque fdct nerveux, i° une membrane extérieure en forme de canal , où est contenue la moelle; 2° la moelle nerveuse elle-même : je vais traiter isolément de chacune.
i . Du Nèvrilbme et de so?i origine.
Cette membrane forme à chaque fdet nerveux un véritable canal, qui contient dans son intérieur la moelle, comme les veines et les artères renferment le sang, avec la différence que cette moelle stagne au lieu que le sang circule.
L’origine du névrilème est très-manifeste à la moelle épinière; il se continue avec la membrane dense et serrée qui enveloppe la substance blanche de celle-ci et que l’on nomme \a pie-mère, quoiqu’elle ne ressemble nullement à la membrane du même nom qui entoure les circonvolutions cérébrales.
Pour bien voir cette origine, ii faut fendre longitudinalement, en avant ou en arrière, cette membrane spinale : la moelle paraît alors blanchâtre, molle et facile à enlever. Si on l’enlève en effet, en raclant avec un scalpel ou avec tout antre instrument, on a ainsi l’enveloppe immédiate de la moelle épinière exactement isolée de l’un et de l’autre côté, surtout si l’on a la précaution de la laver. On pourrait l’avoir sous forme de sac , en coupant un morceau de moelle d’une certaine étendue, puis en faisant sortir, par pression, la substance médullaire par les deux bouts. Dans cette double expérience, les nerfs restent attachés à la membrane séparée de la substance médullaire, parce que leur névrilème se continue avec elle. C’est exactement comme si une foule de petit s filets artériels partaient de l’aorte : les parois de cette artère seraient à celles de ces filets ce que la pie-mère de la moelle épinière est au névrilème des nerfs qui en partent. Seulement les nerfs sont blancs, parce que leur moelle les remplit; au lieu que le canal auquel ils tiennent est transparent, parce qu’il est privé de la sienne. Je ne prétends pas cependant qu’il y ait identité parfaite entre ces deux membranes, puisqu’on ne connaît exactement la nature de l’une ni de l’autre ; j’indique seulement la disposition anatomique.
Quant à l’origine des nerfs contenus dans la boîte osseuse du crâne, ceux venant de la protubérance et de ses dépendances, c’est-à-dire des prolongemens quelle reçoit du cerveau et du cervelet,
présentent une disposition assez analogue à celle des nerfs de l’épine. Cependant la différence d’épaisseur et de densité de la pie-mère établit des différences. En effet, la pie-mère qui enveloppe ces parties est différente de celle qui sert de canal à la moelle épinière; elle est beaucoup plus molle, moins adhérente, se déchire avec plus de facilité et paraît assez analogue à celle qui revêt la substance corticale du cerveau. Le névrilème des nerfs de la protubérance, qui se continue manifestement avec cette portion de la pie-mère, présente en partie ce caractère. A l’endroit de leur union, il est plus mou (pie dans le canal : de là l’extrême facilité avec laquelle, comme je l’ai observé, l’origine des nerfs se rompt. Du reste, la continuité avec la pie-mère est prouvée par la facilité d’enlever les nerfs en enlevant cette membrane : presque toujours l’un et l’autre se détachent ensemble.
Quant aux nerfs du cerveau, l’olfactif recouvert par la pie-mère d’une manière lâche, ne paraît point avoir de névrilème; l’optique en est évidemment dépourvu depuis son origine jusqu’à sa jonction avec celui du coté opposé : là il commence à en être entouré; il en résulte des canaux que la substance médullaire remplit, et qui se prolongent jusqu’à la rétine. Au reste, ce nerf diffère singulièrement des autres, i° parce qu’il a une espèce d’enveloppe névrilématique générale; 2° parce que sa substance médullaire est plus abondante et plus facile à obtenir, ses canaux étant plus larges; 3° parce que ces canaux, pressés les uns contre
les autres , lui donnent l’apparence, à son intérieur, d’un corps continu; mais en le fendant longitudinalement, il est facile de voir que la substance médullaire y est séparée par des cloisons. Le nerf auditif a aussi une texture toute particulière.
D'après ce que nous avons dit , il est évident que la pie-mère est celle des membranes du cerveau qui a le plus d’analogie avec le névrilème (i) : on pourrait dire presque qu’il y a identité dans le canal de Fépine. Remarquez en effet que cette membrane, que personne n’a encore bien décrite, présente évidemment trois grandes modifications, suivant qu’on l’examine, i° sur la substance grise qui entoure tout le cerveau et le cervelet , où elle est rougeâtre, extrêmement vasculeuse, lâche, peu
(1) La pie-mère et le névrilème sont deux membranes essentiellement analogues : l’une et l’autre reposent immédiatement sur la pulpe nerveuse; l’une et l’autre, membranes vasculaires du système nerveux, reçoivent d’abord les vaisseaux, qui s’y atténuent considérablement avant de pénéirer dans la partie pulpeuse; l’une et l’autre sont intrinsèquement tissues défibrés cellulaires de densité variable, mais qui, néanmoins, ne sauraient cesser de rester analogues ; l’une et l’autre sont continues, et ne forment qu’un seul et même système , étendu aux centres et aux prolongemens nerveux. Enfin, cette membrane nervoso — encéphalique est à son minimum de densité et à son maximum de vascularité sur l’encépbale : tandis qu’on la voit offrir des conditions complètement inverses , à mesure qu’on la suit au-delà de ce point, sur la moelle et sur les nerfs; jusqu’à ce qu’enfin , les cordons nerveux étant arrivés dans les organes , elle se ramollisse graduellement d’abord, puis disparaisse en s’identifiant avec le tissu cellulaire intime de la partie. (F. Blandin.)
IQO SYSTÈME NERVEUX
résistante est très-facile à enlever; 20 sur la substance blanche qui revêt antérieurement et postérieurement la protubérance annulaire et les quatre grands prolongemens qu’elle reçoit du cerveau et du cervelet, où elle est moins rouge et où elle commence à devenii • pu is ferme, plus adhérente, moins facile à déchirer; 3° sur toute la moelle épinière, et même sur le renflement des éminences pyramidales et olivaires qui la commencent. Elle s’épaissit et se condense, au niveau du sillon qui sépare ces éminences de la protubérance; puis, croissant en densité plus inférieurement, devenant blanchâtre, résistante, etc., elle offre 1111 aspect absolument différent de celui qu’elle avait dans le crâne : 011 dirait que c’est une membrane toute différente; elle a une épaisseur quadruple de celle de l’arachnoïde.
Dans la plupart des sujets (pic j’ai examinés, elle est très-tendue, et comprime, pour ainsi dire, lu substance médullaire à laquelle elle sert de canal; en sorte que, quand 011 y fait une petite ouverture, celle-ci sort tout de suite. Mais je présume que pendant la vie elle est plus lâche. Au reste, cet état de compression est beaucoup moins sensible vers la partie supérieure (pie vers la moyenne et f inférieure, à cause de la différence d’épaisseur. Je remarque que la densité de la pie-mère de l’épine est nécessaire pour empêcher les lésions de la substance médullaire, qui est très-molle d’une part, et qui offre, de l’autre part, moins de volume que le canal 11’a de diamètre; en sorte qu’elle peut, pour ainsi dire, y ballotter : disposition toute diffé-
igr
rente de celle du cerveau, qui remplit exactement le crâne (i).
Né de îa manière que nous venons d’indiquer, le névrilème des nerfs traverse avec eux la cavité du crâne et celle de Fépine. Il est très-distinct dans ces cavités, parce qu’il n’y est point environné de tissu cellulaire, mais seulement de l’arachnoïde, qu’on en soulève avec une extrême facilité : aussi , au lieu d’employer les diverses préparations que Reil indique pour séparer le névrilème du tissu cellulaire des nerfs, il est infiniment plus commode d’examiner cette membrane dans les derniers nerfs de l’épine , qui y présente , comme nous l’avons vu, une longueur remarquable.
Action de certains corps sur le Névrilème ; sa résistance , etc.
Au dehors des cavités osseuses, le névrilème, plongé dans îa portion celluleuse, lui adhère d’une manière très-forte , mais parait évidemment de même nature que dans l’intérieur. On ignore quelle est cette nature, si elle est identique à celle de la
(i) Il paraît d’ailleurs que cet état de compression est absolument nécessaire aux fonctions nerveuses , car toutes les autres parties de ce système y sont également soumises : la masse encéphalique n’est pas pressée par la pie-mère , mais par la boîte qui lui sert de réceptacle ; la pulpe des nerfs est soumise à une pression très-évidente de la part de son névrilème , comme on peut en juger sur chaque cordon coupé en travers , par la saillie mamelonnée que la pulpe fait alors sur la surface au-dessus du névrilème. ( F. Blandin. )
pie-mère, de la moelle, de la protubérance annulaire et de ses dépendances. Il paraît qu’elle a beaucoup de rapport avec le tissu cellulaire. Elle est transparente, étrangère par conséquent à la couleur des nerfs : voilà pourquoi, lorsque ceux-ci ont été privés de leur pulpe, par les alcalis, ils perdent en grande partie leur blancheur.
Le névrilème est une des parties de l’économie animale qui se racornissent avec la plus grande facilité, surtout à l’instant où l’on plonge les nerfs dans un acide un peu concentré, dans le nitrique et le sulfurique spécialement. Je n’ai observé dans aucun autre tissu ce phénomène d’une manière aussi marquée: le nerf diminue tout à coup de volume et se tortille en divers sens; or, nous verrons que la substance médullaire est complètement étrangère à ce phénomène. L’action de l’eau bouillante produit un effet analogue : par elle le nerf se crispe, se resserre et se durcit; puis, quand l’ébullition a continué pendant un certain temps, il se ramollit peu à peu, et change sa couleur blanchâtre en une espèce de teinte jaunâtre très-différente de celle d’un tendon ou d’une aponévrose bouillis. L’action des acides, continuée pendant quelque temps, produit un effet analogue à celui de l’ébullition. Au racornissement et à l’endurcissement subits qui ont lieu lorsqu’on v plonge un nerf, succède bientôt un ramollissement tel qu’au bout de peu de temps il difflue sous le doigt, et qu’ensuite il est en partie dissous.
Les alcalis ne racornissent point le névrilème, non plus qu’aucun tissu de l’économie vivante; ils
DK LA VIE ANIMALE. ig3
ne l’attaquent pas non plus par dissolution. Voilà pourquoi sans doute Iteil ayant fait macérer pendant quelque temps une portion de nerfs dans la lessive des savonniers a pu isoler exactement le canal névrilématique de sa substance médullaire.
L’action de l’eau sur le névrilème produit un phénomène que peu d’autres tissus animaux présentent : loin de se ramollir d’abord et de se réduire ensuite en pulpe, il semble, dans les premiers temps, augmenter de consistance. Un nerf trempé dans l’eau y devient plus dur, plus résistant; et cet état, à la température ordinaire des caves, dure pendant un mois et demi, deux mois même. Ce n’est qu’au bout de ce temps, souvent même audelà, que le tissu névrilématique se ramollit peu à peu, se rompt, et finit enfin par diffluer comme les autres tissus macérés. Je n’ai point répété cette expérience dans une température très-chaude; mais elle m’a toujours réussi à celle de Fliiver et du printemps.
Le canal névrilématique des filets nerveux présente une très-grande résistance, parce qu’il est, à proportion de la substance médullaire qu’il renferme, infiniment plus épais que le canal membraneux de la moelle épinière. C’est ainsi que la proportion existant entre l’épaisseur des parois vasculaires et les fluides qu’elles renferment est infiniment moindre dans les gros troncs que dans les petits rameaux : le fluide surpasse de beaucoup le solide dans les premiers; il y a au moins égalité clans les seconds. Aussi un nerf très-petit supporterait des poids beaucoup plus considérables que la
A K AT. CBK. T. I. ï5
I q4 système ner\4ux
moelle épinière. Je crois que, parmi les tissus qui sont disposés en filamens ou en tubes allongés, celui-ci et l’artériel sont, après le fibreux, les plus résistans; ils surpassent le veineux, le musculaire, le séreux, etc.
2° Substance médullaire ; son Origine.
Cette substance occupe l’intérieur du canal névrilématique , exactement comme la substance de la moelle épinière remplit le canal que lui forme la pie-mère. Cette substance médullaire est blanchâtre, comme celle du cerveau et de la moelle; c’est elle qui donne au nerf sa couleur. Elle est en proportion beaucoup plus grande dans les nerfs optiques que dans tous les autres; elle compose seule la partie de ces nerfs postérieure à leur commissure, ainsi que l’olfactif. Elle est aussi en quantité très-grande dans l’auditif, qu’elle paraît former en grande partie. En général, je crois qu’à l’origine dans les cavités osseuses , elle prédomine sur le névrilème ; tandis que, dans le trajet, c’est le névrilème qui lui est supérieur : de là l’excès de résistance des nerfs, considérés dans le second , sur celle qu’ils ont à la première.
Cette substance paraît continue avec la médullaire du cerveau, de la protubérance et de ses dépendances, et de la moelle épinière. O11 11e saurait nier, je crois, cette continuité, à l’origine des nerfs optique et olfactif, où cette substance médullaire se trouve uniquement. A l’auditif, cela est aussi très-apparent. Dans la moelle épinière, en raclant
sa substance blanche à la surface interne de la piemère, de manière à laisser les nerfs adhérens à cette membrane , on voit manifestement , à l’endroit d’où ces nerfs partent , qu’il y a un prolongement s’enfonçant dans leur névrilème.
Parallèle des substances médullaires du Cerveau et des Nerfs.
Quelle est la nature de la substance médullaire des nerfs ? J’ai cherché à établir une comparaison entre elle et la substance cérébrale : il y a beaucoup d’analogie sous certains rapports , on trouve des différences sous d’autres (i).
i°. Soumise à la dessiccation à l’air libre, et par tranches minces, pour que la putréfaction ne s’en empare pas, la substance blanche du cerveau jau-
(i) Pour comparer exactement la pulpe des nerfs avec la matière cérébrale , il ne faut pas oublier que cette dernière est formée de deux variétés ou substances qui ne sont pas complètement identiques : l’une , la grise , très-vasculaire , disposée en masses séparées les unes des autres, et formée par des globules, non disposés en séries linéaires; l’autre, la blanche, peu abondante en vaisseaux, offrant partout la disposition fibrillaire, et constituant un seul système partout continu , comme il résulte des recherches de M. Foville; celle-ci apparaissant la première chez l’embryon ; celle-là , au contraire , se dessinant en dernier lieu. Or , c’est avec la substance blanche de l’axe cérébro-spinal que la pulpe des nerfs offre surtout de l’analogie ; on pourrait même dire que ces deux matières sont tout-à-fait semblables anatomi-
quement et physiologiquement. Quant à ce qui touche ce dernier
point, on sait, en effet , que la matière blanche des centres et
des cordons nerveux est formée de filets conducteurs du senti-
ment ou du mouvement, (F. Blandin.)
nit et prend-une certaine consistance. Le nerf desséché jaunit aussi, devient raide, se resserre sur lui-mème. Ces changemens sont dus sans doute en partie, chez lui, au névrilème. La preuve en est que, si l’on fait sécher l’enveloppe que la pie-mère fournit à la moelle épinière, enveloppe qui a tant d’analogie avec le névrilème, les qualités nouvelles qu’elle acquiert sont très-analogues à celles des nerfs desséchés. Mais cela n’empêche pas que la substance médullaire du nerf ne concoure aussi à la couleur jaunâtre, par l’évaporation de sa portion aqueuse. Je ferai, à cet égard, une remarque générale qui me paraît intéressante, c'est que l’eau influe sur la blancheur d’une foule de tissu’s, qui deviennent jaunes ou grisâtres par sa soustraction , et blanchissent de nouveau par son addition. Ainsi est-on maître de jaunir par la dessiccation tous les organes fibreux, la peau, etc., et de leur rendre ensuite leur couleur primitive. Ainsi, grisâtres après être desséchés, les surfaces séreuses, le tissu cellulaire, etc., reprennent-ils leur blancheur quand on les plonge dans l’eau, à moins que la dessiccation ne soit très-ancienne. L’épiderme de la plante des pieds et de la paume des mains change son gris naturel en blanc quand il est un peu long-temps plongé dans l’eau.
r± . La substance cérébrale et celle de la moelle se putréfient avec une extrême facilité quand on les soumet à l’action réunie de l’eau et de l’air; elles prennent alors une couleur verdâtre, et cependant acquièrent de l’acidité et rougissent le papier bleu: ce sont même, je crois, parmi les substances ani-
DE DA VIE ANIMALE. I97
males, celles qui présentent le plus vite ce phénomène. La substance médullaire nerveuse paraît, au contraire, résister beaucoup plus à la pourriture: les nerfs sont meme une des parties de l’économie animale les moins putréfiables. Pendant la vie, on les trouve souvent intacts dans un membre gangrené, au milieu d’un dépôt, etc. Sur le cadavre qui se pourrit, ils gardent leur blancheur et leur consistance, au milieu de la noirceur et du ramollissement généraux. J’ai observé que l’eau de la macération du système nerveux donne très-peu d’odeur, tandis que celle du cerveau est fétide. Ces phénomènes n’auraient pas lieu évidemment, si la substance médullaire du nerf était aussi putréfiable que celle du cerveau. Cependant il est manifeste que c’est spécialement au névrilème que les nerfs doivent cette espèce d’incorruptibilité; car j’ai observé que l’optique , où la substance médullaire prédomine, que l’olfactif et l’auditif, qui en paraissent tout formés, se pourrissent plus facilement que les autres. J’ai remarqué aussi constamment que, tandis que la substance blanche delà moelle épinière se pourrit, son enveloppe reste intacte.
3°. La substance médullaire des nerfs, comme celle du cerveau et celle de la moelle épinière, paraissent n’ètre susceptibles d’aucune espèce de racornissement. Cela est très-manifeste quand on plonge les deux dernières dans l’eau bouillante, dans un acide concentré, etc. Pour la première, on s’en assure en soumettant à la même expérience les nerfs mous et à névrilème peu distinct. C’est à cela aussi qu’il faut rapporter le phénomène sui-
I g8 système nerveux
vant : quand on plonge la partie antérieure de l’optique dans l’eau bouillante, le névrilème se crispe, ses canaux se rétrécissent, et la substance médullaire, ne se resserrant point en proportion, reflue vers les extrémités, qui se renflent. Comme dans les autres nerfs cette substance est en moindre proportion, ce phénomène y est moins apparent; il a lieu cependant, et c’est à cela qu’il faut rapporter le petit tubercule arrondi et renflé que présente chaque bout des filets nerveux bouillis ; c’est la substance médullaire qui forme ces renflemens. Ce phénomène est extrêmement manifeste dans la moelle, qui, plongée dans l’eau bouillante, laisse échapper sa substance comprimée, par ses extrémités ou par les ouvertures qu’on fait dans une partie quelconque de son enveloppe. Ainsi , lorsqu’on fait bouillir une tète, la dure-mère, détachée du crâne, se resserre fortement en se racornissant, comprime la substance cérébrale, qui ne se resserre point comme elle, et qui la fait rompre quelquefois, de manière qu’elle se répand dans l’intervalle que la dure-mère a laissé entre elle et les os du crâne, dont l’ébullition l’a détachée.
4°. Lorsqu’on agite la substance cérébrale dans l’eau, elle s’y suspend en forme d’émulsion, comme l’a observé Fourcroy , puis se précipite au fond du vase. On fait une semblable émulsion avec les nerfs olfactifs, avec la partie postérieure des optiques, etc. Lorsque la partie antérieure de ceux-ci, où le névrilème est très-apparent, a trempé quelque temps
dans l’eau , ordinairement même sans cette précaution préliminaire, on en fait suinter par pression
beaucoup de substance blanchâtre , qui est évidemment analogue à la médullaire du cerveau, et qui colore Feau qui la reçoit. Dans les autres nerfs, où la substance médullaire est beaucoup moins abondante, on la fait aussi souvent sortir par pression, des bouts coupés des filets, surtout s’ils ont macéré auparavant dans une lessive alcaline.
5°. La coction durcit le cerveau et lui donne une teinte grisâtre et terne qui ressemble assez bien à celle qu’on y observe dans les fièvres ataxiques. Meme phénomène dans les nerfs mous. Dans les autres, le névrilème est en proportion trop grande sur la substance médullaire , pour qu’on puisse observer ce qui arrive alors à celle-ci. C’est à la propriété qu’a le cerveau de se coaguler par le calorique , qu’il faut rapporter le précipité floconneux qu’on obtient dans une émulsion cérébrale chauffée.
6°. Tous les acides, s’ils sont très-concentrés, durcissent le cerveau d’une manière très-sensible, à l’instant même où on l’y plonge. Le sulfurique le ramollit ensuite, et finirait par le réduire en pulpe, si on ne l’affaiblissait pas. Le nitrique le jaunit seulement en le durcissant. Le muriatique a moins d’action sur lui. Les phénomènes des acides sur les nerfs sont assez analogues pour les mous. Pour ceux à névrilème très-distinct, le racornissement dont cette enveloppe est le siège masque tous les phénomènes subits relatifs à la substance médullaire. Quand le névrilème se ramollit et se fond, cette substance m’a paru diminuer aussi de consistance et s'altérer par les acides, au lieu que celle du cer-
veau reste toujours au même degré d'endurcissement, pourvu que la concentration 11e soit pas trop forte.
Tout le monde connaît l’action de l’alcool sur le cerveau , qu’il durcit aussi. Cet endurcissement , résultat des acides, de la coction et de l’alcool , est un phénomène que l’anatomiste peut mettre à profit pour donner aux parties qu'il dissèque une consistance qui lui permette de bien les examiner (i). Il rapproche la substance cérébrale des fluides albumineux. Je dis qu’il l’en rapproche, car il y a encore entre eux de très-grandes différences que nous connaissons, je crois, assez peu (9).
70. Les alcalis ont sur la substance cérébrale une action exactement opposée i\ celle des acides. Ils la
(1) Le sublimé corrosif dissous dans l’eau produit le même
effet. On connaît son action remarquable sur toulcs les substances animales. ( Béclard. )
(2) La substance cérébrale a été analysée par les chimistes modernes. M. A auquelin va trouvé , i° deux matières grasses particulières unies à une certaine quantité de phosphore, 20 de l’eau qui en forme les 80,00, 3" de l’albumine , 4° de l’osmazome , 5° du soufre, G,J des phosphates de potasse, de chaux et de magnésie, 'j* des traces de muriate de soude.
Des deux matières grasses, l’une est blanche , brillante, d’une consistance molle et visqueuse. Elle se distingue de la graisse proprement dite par son apparence cristalline, par la facilité avec laquelle l’alcool la dissout, et parce qu’elle prend une couleur noire quand on la chauffe. Si on l’enflamme , on obtient pour résidu un charbon qui contient de l'acide phosphorique. Elle constitue les 4>53 de la substance du cerveau. L’autre matière
DE LA VïE ANIMALE.
fluidifient, la dissolvent même complètement au bout d’un certain temps. J’ai observé à cet égard que la substance grise est infiniment plus altérable par eux que la blanche, qui se ramollit beaucoup , disparaît en partie, mais laisse toujours une portion assez considérable non dissoute. Quelque soit l’endroit où l’on prenne ces deux substances pour les soumettre aux alcalis, ce résultat est constant. Les alcalis agissent aussi manifestement sur la substance médullaire des nerfs. Cette action a même puissamment servi à Reil dans ses expériences, comme je l’ai dit.
8°. Thouret etFourcroy ont fait connaître la singulière propriété qu’ont les cerveaux enfouis de se changer, après s’être concentrés en une beaucoup plus petite masse que celle qu’ils offraient, en une substance cassante, susceptible de se ramollir sous le doigt , de se délayer dans l’eau , exhalant une odeur fade, présentant les caractères d’un savon ammoniacal, et se rapprochant infiniment, par sa nature, du blanc de baleine. Les nerfs éprouvent-
grasse y est beaucoup moins abondante, et ne diffère de la précédente qu’en ce qu’elle a une couleur rouge, une odeur et une saveur fortes , et qu’elle est plus soluble encore dans l’alcool.
Les mêmes principes se retrouvent dans la moelle épinière : la proportion de la matière grasse y est plus grande; il y a, au contraire , moins d’albumine , d’osmazôme et d’eau. La moelle allongée offre les mêmes différences.
C’est l’albumine qui prédomine dans les nerfs : les matières grasses blanche et rouge y sont en très-petite quantité.
( Béclard. )
ils une semblable altération clans leur substance médullaire? On n’a encore aucune donnée sur cette question.
90. Le muriate de soude dont on saupoudre des tranches de cerveau et les nerfs pulpeux augmente leur consistance.
io°. Les sucs digestifs altèrent, en général, assez bien la substance médullaire du cerveau. Je crois cependant qu’ils auraient sur elle une action plus efficace dans l’état de crudité que dans celui de coction; car, en général, tous les réactifs sont plus puissans sur le cerveau dans le premier de ces états. On sait que, pour beaucoup d’animaux carnassiers, la substance cérébrale est un mets friand : ceux qui se nourrissent d’oiseaux dont les parois du crâne peu résistantes se rompent sans peine, mangent presque toujours le cerveau en premier lieu. La belette, la fouine, etc., en offrent des exemples. Pour l’homme, le cerveau est aussi une des portions les plus savoureuses de l’économie. Les nerfs sont beaucoup moins digestibles : mais cela dépend uniquement du névrilème, qui ne cède pas à la coction autant que beaucoup d’autres parties. Par exemple, les tendons, aussi et plus durs que les nerfs dans l’état de crudité, deviennent beaucoup plus ramollis dans la coction. On sait qu’on distingue très-bien parmi les chairs bouillies l’un et l’autre organes. Le premier , dans son état gélatineux, est plus agréable et plus digestible.
1 1°. La substance médullaire cérébrale est trèsdifférente dans le cerveau, la protubérance, ses prolongemens et la moelle épinière. Pour peu qu’on
DE LA VIE ANIMALE. 2C)3
l’examine attentivement , on est frappé de ces différences, qui portent sur la couleur, sur la consistance, sur la dureté, sur l’humidité, et sans doute aussi sur la nature, quoique nos connaissances ne soient pas encore assez avancées pour prononcer sur ce dernier point. La substance médullaire nerveuse offre- t-elle des différences analogues? Je crois que, dans le même nerf, elle se ressemble, mais quelle diffère dans les différens nerfs suivant leurs usages. En effet , puisque la disposition intérieure des cordons et des filets qui constituent le nerf varie tant, puisque le névrilème éprouve aussi des différences , pourquoi la substance médullaire serait-elle partout de même nature ? Certainement la couleur et la consistance de celle qui compose l’olfactif sont toutes différentes de celle qu’on fait suinter par pression de la partie antérieure de l’optique. Celle de l’auditif ne ressemble pas à celle des trijumeaux (i), etc. Nous avons vu que chaque organe des sens a sa sensibilité propre qui le met exclusivement en rapport avec un corps particulier de la nature, celle de l’œil avec la lumière, celle de l’oreille avec les sons, etc. Je crois bien que ces différences de sensibilité dépendent de la différence des organes ; mais je suis persuadé que l’organisation des nerfs y influe beaucoup, et que l’optique
(i) Il est bien établi aujourd’hui que des différences essentielles existent entre les nerfs et leurs divers filamens sous le rapport des fonctions, puisque les uns sont spécialement et exclusivement sensitifs , tandis que les autres président seulement à la motilité toutefois ; ces différences sous le point de vue dynct«
ao'| SYSTÈME NERVEUX
serait impropre à transmettre îes saveurs, l’auditif à propager les impressions faites par la lumière, etc. Pour peu qu’on examine attentivement les objets, on voit une différence essentielle de structure entre le nerf de l’œil, celui des narines, celui de l’oreille, et celui destiné aux saveurs sur la langue , qui se rapproche, par sa densité, des nerfs moteurs. Quant aux nerfs qui président au toucher, ils n’ont pas besoin d’une texture particulière; car je prouverai ailleurs que ce sens n’exige point un mode particulier de sensibilité animale, mais que cette propriété générale lui suffit, puisque c’est de la forme mécanique de la main que dépend surtout sa précision. Pour les nerfs qui vont aux muscles
mique entraînent-elles , ou plutôt sont-elles produites par des variétés de stucture , comme le suppose Bichat? la chose est possible, mais nous sommes forcés de convenir que ce serait d’une manière hypothétique qu’on l’admettrait dans l’état actuel de la science. On voit bien , en effet , des différences entre les nerfs oplique , olfactif, acoustique et trijumeau, sous le rapport anatomique , ainsi que Bichat le fait remarquer ; mais il se pourrait qu’elles fussent nécessitées seulement parles localités dans lesquelles se trouvent ces nerfs. D’abord elles paraissent porter sur le névrilème, et point sur la substance médullaire ; or , il est tout simple que cette membrane, essentiellement protectrice et isolante , offre une épaisseur et une densité plus ou moins grandes, suivant que le cordon nerveux auquel elle appartient s’éloigne plus ou moins de la boite céphalo-rachidienne, lieu dans lequel il était efficacement protégé par la cavité osseuse elle-même. Peut-être est-ce là tout le secret des différences tranchées qui séparent, sous le point de vue statique, les nerfs acoustique, olfactif et trijumeau, par exemple. (F. Blaxdin.)
DE LA VIE ANIMALE. 2o5
volontaires, comme ces muscles sont partout analogues et remplissent des fonctions semblables, je crois que leur substance médullaire ne diffère pas. Mais dans le nerf vague, dont la destination est si différente, pourquoi des variétés d’organisation interne ne coïncideraient-elles pas avec celles de texture qu’on distingue en disséquant ce nerf (i)? J’en dirai autant de plusieurs nerfs qui vont à des parties dont la sensibilité présente une modification toute différente.
Voilà un parallèle entre la pulpe cérébrale et la substance médullaire des nerfs, qui peut jeter quelque jour sur leurs différences et sur leurs analogies. Je n’y ai point employé tous les détails des expériences chimiques faites avant moi sur le cerveau; je n’ai présenté que les phénomènes principaux de Faction des différens réactifs, phénomènes que j’ai tous exactement vérifiés plusieurs fois.
La substance médullaire des nerfs n’est point disposée par filamens. Elle paraît être analogue à la substance blanche de la moelle épinière , qui est une véritable bouillie stagnante dans le canal de la pie-mère, qui lui sert de réservoir. D’ailleurs, l’inspection prouve cette assertion dans les nerfs
(i) Sans doute des variétés d’organisation interne peuvent coïncider dans les nerfs avec la variélé de destination ; mais rien encore ne le démontre, ainsi que nous l’avons exposé précédemment; et dans l’impuissance où nous nous trouvons de résoudre ce problème , nous pourrions tout aussi bien nous rendre compte des faits , simplement par les différences réelles de distribution et de fusion des nerfs dans les organes. (F. Bjlandjjx.)
optique, auditif, olfactif (i), etc. En général, je crois que cette substance, ainsi que la cérébrale, abstraction faite des vaisseaux qui les parcourent, devraient être plutôt rangées parmi les fluides que parmi les solides; ou , si Ton veut, elles forment véritablement la transition des uns aux autres.
§ II. Par ties communes à T Organisation du Système nerveux de la Vie animale.
7 issu cellulaire.
Les nerfs sont absolument dépourvus de ce tissu dans l’intérieur du crâne et de l’épine ; mais au
(i) La disposition fibrillaire des nerfs optique, auditif et olfactif est aujourd'hui généralement reconnue. Il suffit, pour la constater, de faire macérer leur tronc pendant quelque temps dans l’acide nitrique étendu d’eau , et de dissoudre ainsi le névrilémc plus ou moins ténu qui les entoure. La substance de la moelle épinière n’est pas plus que la pulpe des nerfs une bouillie stagnante ilans le canal de la pic-mère : elle est formée de fibres dirigées les unes longitudinalement, les autres transversalement. Les premières émanent, en arrière , des corps restiformes; en avant, des pyramides; sur les cotés, des olives. Les secondes, continues avec celles-ci , mais apercevables au fond des sillons médians antérieur et postérieur , forment la commissure de la moelle. Les fibres de la substance blanche du prolongement rachidien et de l'encéphale , semblables ^celles de certains nerfs , sont très-serrées les unes contre les autres, et entourées d’une gaîne cellulaire très-ténue, double raison pour laquelle elles ne sont bien évidentes qu’après la préparation par l’acide nitrique indiquée précédemment. Au reste, pendant toute la vie intrautérine, ces fibres sont bien plus distinctes, (F. Blandin.)
dehors ils en présentent une grande quantité. Une couche extérieure, abondante, les revêt d’abord et les unit aux parties voisines. Cette couche est plus lâche que celle qui entoure les artères. Souvent de la graisse s’y accumule; quelquefois, mais rarement, elle s’infiltre, dans les leucophîegmaties.
De cette couche commune se détachent, en dehors, divers prolongemens qui vont communiquer avec le tissu cellulaire des organes voisins, et qui forment le moyen d’union du nerf avec les organes. E11 dedans, d’autres prolongemens partent aussi pour se placer entre les cordons nerveux, qu’ils séparent les uns des autres, et auxquels ils forment des espèces de canaux. Lorsqu’un nerf a macéré pendant quelque temps dans l’acide nitrique affaibli, les cordons deviennent isolés de leur gaine, qui est à leur égard ce que la couche dont nous parlions est à la totalité du nerf. Ces canaux cellulaires contiennent aussi souvent de la graisse dans les gros nerfs; dans le sciatique, il y en a toujours. Y oilà pourquoi , lorsqu’on fait sécher ces organes, presque toujours il se fait à leur surface, une exhalation graisseuse, comme je l’ai observé; pourquoi, lorsqu’on les plonge dans une lessive alcaline quelconque, ils présentent d’une manière sensible un enduit onctueux et véritablement savonneux.
Enfin de nouveaux prolongemens, partant des canaux cellulaires qui embrassent les cordons, entourent les filets de canaux encore plus petits. Ici jamais il n’y a de graisse ni de sérosité, et le tissu cellulaire prend en partie cette nature particulière
qui caractérise les tissus sous-artériel, sous -veineux, etc.; peut-être même le névril^me n’est-il autre chose que ce tissu un peu condensé. Au reste le tissu cellulaire unit tellement les uns aux autres les cordons des nerfs et les filets de ces cordons, qu’aucun mouvement ne peut y avoir lieu.
/ aisseaux sang uins.
Chaque nerf reçoit ses vaisseaux des troncs environ nans, lesquels y envoient des rameaux qui pénètrent de tous cotés dans leur intérieur 1). L’optique fait exception à cette règle : la membrane qui l’entoure fait que les vaisseaux ne peuvent point y parvenir ainsi latéralement. Une artère le traverse suivant son axe, et y laisse différentes branches.
Dans les autres nerfs, les artères rampent d’abord dans le tissu cellulaire intermédiaire aux cordons, et y ont un volume plus, ou moins considérable, suivant les troncs nerveux. Quelquefois ce volume augmente considérablement. Par exemple, dans l’anévrysme poplité, on a vu l’artère du nerf sciatique avoir un calibre plus que triple de l’état naturel.
(i) Ces rameaux traversent presque à angle droit l’enveloppe celluleuse du nerf ; chacun d’eux se divise presque aussitôt en deux rameaux secondaires, l’un ascendant, l’autre descendant, lesquels se subdivisent en s’anastomosant avec les canaux voisins (Rlil). Meckcl rapproche cette disposition de celle des artères du cerveau, comme pouvant servir, de même que cette dernière, à modérer l’impulsion du sang. (Béclaiid.)
Des artères rampant entre les cordons se détachent une foule de petites branches qui se portent dans tous les interstices des filets. Enfin de celles-ci viennent de petites artères capillaires qui se répandent sur le névrilème, y serpentent, le traversent, et se continuent avec les exhalans de la substance
médullaire. On voit très-bien sur la moelle épinière cette disposition vasculaire. Une foule de ramifications se répandent d’abord sur la pie-mère dense et serrée qui tient lieu de névrilème; mais elles s’enfoncent dans la substance médullaire, et s’y perdent en se continuant avec les exhalans.
Les veines suivent dans les nerfs un trajet analog ue aux artères : cependant, en disséquant avec soin plusieurs gros troncs nerveux, je me suis as~ suré que, le plus communément, leurs branches ne sortent point des nerfs au meme endroit où entrent les artères. Cette disposition est analogue à celle du cerveau, où celles ci pénètrent inférieurement, et où les autres s’échappent supérieurement.
Beaucoup d’auteurs, B.eil en particulier, ont exagéré la quantité de sang qui aborde aux nerfs, parce que, pour en juger, ils ont employé des injections fines qui ont pénétré le système capillaire, qui ordinairement ne contient point de sang rouge. Je me suis convaincu combien ce moven est infidèle ici comme partout ailleurs, en disséquant les nerfs sur les animaux vivans, seul moyen d’avoir une idée exacte de ce qui a lieu dans l’état naturel.
Le sang qui pénètre les nerls est, comme celui Awat. gén. t. 1. j4
qui arrive au cerveau, un excitant qui entretient leur action. Quand cet excitant augmente, l’excitabilité nerveuse s’accroît, comme Reil s’en est assuré en frottant les nerfs d’une grenouille, de manière à les rougir en ÿ attirant plus de sang. Est-ce que, porté en très-grande quantité sur le système nerveux, ce fluide en interrompt quelquefois les fonctions comme il arrive au cerveau dans tes apoplexies sanguines? Je n’ai pas eu occasion de faire encore celte observation d’une manière bien manifeste, dans le grand nombre de cadavres que j’ai ouverts. Seulement les nerfs sont un peu plus rougeâtres dans certains cas que dans d’autres. Ces cas coïncident-ils avec certaines maladies déterminées? Je n’ai encore aucun aperçu sur ce point. Quant à la prétendue compression de l’origine des nerfs par le sang qui se porte au cerveau et dans la moelle, quiconque a examiné les rapports des nerfs avec les vaisseaux, à la base du crâne, ne peut concevoir une semblable compression ( i). D’ailleurs la plupart des trous par lesquels les petites artérioles pénètrent dans l’intérieur meme de ce viscère ont un calibre évidemment supérieur au leur; en sorte que, quelque pleins qu’il soient, ils ne peuvent faire effort sur leurs parois. On ne con-
'1) T.e nerf moteur oculaire commun fait cependant exception à la règle posée ici par Bicliat , placé à son origine entre les artères cérébrale postérieure et cérébelleuse supérieure, il peut subir un certain degré de compression, lorsque ces vaisseaux sont dilatés d’une manière anormale par 1 abord d’une grande quantité de sang. ( F. Blandin. )
çoit de compression à l’origine des nerfs que dans les épanchemens à la base du crâne.
Exhalons et Ahsorhans .
On ne peut apprécier ces vaisseaux dans les nerfs; mais la nutrition les y suppose. Il paraît que cette fonction s’opère de la manière suivante : les exliaîans reçoivent des artères auxquelles ils sont continus la substance médullaire qu’ils déposent dans le canal du névrilème, qui est, si je puis m’exprimer ainsi, le réservoir de cette substance, que les absorbans reprennent ensuite.
Plusieurs pensent que le névrilème est l’organe sécrétoire de cette substance médullaire, qui suinte pour ainsi dire de ses parois pour séjourner ensuite dans sa cavité. Je ne le crois pas : car, i° le nerf olfactif ne pourrait point alors se nourrir, non plus que la portion postérieure de l’optique, 20. Les membranes cérébrales sont étrangères à la sécrétion de la pulpe du cerveau : elles laissent seulement passer les vaisseaux qui vont dans cet organe pour l’y déposer. 3°. Même disposition à la moelleépinière, dont la pie mère a tant d’analogie avec le névrilème. Les vaisseaux traversent cette membrane, puis, se perdant, comme je l’ai dit, dans la substance médullaire, la renouvellent habituellement ; en sorte que , s’il était possible d’enlever cette substance sans toucher aux vaisseaux, ceuxci flotteraient libres par leurs extrémités dans le canal de la pie -mère : de même que dans certains fongus très-mous, les vaisseaux traversent çà et là la
substance qu’ils déposent dans leurs intervalles, et formeraient une végétation en forme de réseau si on pouvait enlever cette substance en les laissant intacts. 4°. Dans le nerf optique, les vaisseaux ne se bornent point évidemment au névrilème, ils pénètrent encore dans les canaux qu’il forme, et y déposent la substance médullaire.
Tout paraît donc prouver que le névrilème n’est pas plus l’organe sécrétoire de la substance nerveuse, que la pie-mère n’est celui des substances cérébrales ou de la moelle épinière. 11 peut avoir des usages que nous ignorons (i), mais le principal est certainement de servir d’enveloppe : il est la partie passive du nerf, la moelle étant la portion essentiellement active.
D’après cette manière d’envisager la production de la substance médullaire nerveuse, il est évident qu’elle ne provient point du cerveau; qu’elle ^se forme dans chaque nerf par le moyen des vaisseaux voisins. Voilà pourquoi la portion inférieure d’un nerf coupé ne se flétrit point; pourquoi une ligature, en interrompant les communications cérébrales, n’empêche pas la nutrition nerveuse; pourquoi, dans la plupart des paralysies, où le système nerveux cesse de correspondre avec cet organe, il se nourrit comme à l’ordinaire.
(i) La sécheresse et la densité du névrilème le rendent mauvais conducteur du fluide électrique ; aussi les partisans de l’hypothèse de l’identité des fluides nerveux et électri ;ue, hypothèse d’ailleurs non encore complètement renversée, ont-ils considère cette membrane surtout comme un corps isolant. (F. Blandin.)
DE LA VIE ANIMALE. 2l3
D’après cela et d’après d’autres considérations , Reil regarde les nerfs comme ayant une existence exactement isolée, comme étant des corps à part, communiquant seulement d’un côté avec ie cerveau, de l’autre avec les diverses parties. Cette assertion est vraie sous le rapport de la nutrition : sous celui des fonctions, elle est en partie fausse; car bien évidemment les nerfs ne sont que des conducteurs , c’est du cerveau que part le mouvement, c’est à lui qu’arrive le sentiment. Dans les animaux à sang blanc, et même dans ceux à sang rouge et froid, ces fonctions, concentrées dans le cerveau chez l’homme et les espèces voisines, sont, il est vrai, plus généralement répandues dans le système nerveux : de là vient sans doute qu’on peut enlever le cerveau, le coeur et le poumon, sans que la vie soit immédiatement détruite chez les reptiles, etc.; c’est même pour cela que j’ai remarqué, dans mes Recherches sur la Mort , qu’il ne faut jamais se servir, dans les expériences, d’animaux à sang rouge et froid, pour en tirer des inductions relatives à ceux à sang rouge et chaud. Mais dans ceux-ci, et dans l’homme surtout, il est incontestable, i° que le cerveau est le centre de la vie animale , qui cesse dès que l’action de ce viscère est anéantie, comme le prouvent les apoplexies, les asphyxies, etc.; 2U qu’il a aussi sous sa dépendance immédiate lavieorganique, quoique d’une manière indirecte , c’est-à-dire, en présidant aux fonctionsmécaniques de la respiration, qui , en cessant, font cesser les chimiques, puis la circulation , puis les sécrétions, etc.; en sorte que la permanence des
deux vies , et une lésion grave du cerveau , sont deux choses absolument incompatibles. En général , les auteurs qui ont écrit sur la vie , sur le système nerveux , etc., les ont considérés d’une manière trop générale. Les rapports des fonctions sont absolument diffère ns dans les animaux à sang froid et; dans ceux à sang chaud : ce qui est vrai pour les uns ne l’est nullement pour les autres.
Nerfs.
Le névrilème reçoit-il de petits rameaux nerveux? Ces petits rameaux pénètrent-ils dans les nerfs, comme les artérioles rampent dans les parois des grosses artères? L’inspection anatomique ne montre rien de semblable.