DF LA VIE AIN IM A LF
préside évidemment à la circulation , aux sécrétions , aux exhalations, à la nutrition, etc., qui composent par leur ensemble la vie organique. Une fois que ces deux bases essentielles existent, la nature commence à bâtir, ou plutôt à développer autour d’elles le double édifice organisé, qui doit d’une part faire communiquer l’animal avec les corps extérieurs, de l’autre le nourrir.
Malgré ces précoces développemens , le cerveau n’est point comme le cœur dans une activité permanente : ses deux grandes fonctions, relatives au sentiment et au mouvement , sont presque nu lies. Par là même les fonctions intellectuelles ne sont . que dans une action très-obscure , si réellement elles ont commencé. Le cerveau est donc, pour ainsi dire, dans l’attente de l’acte : il n’agit pas; il faut que les corps extérieurs viennent l’exciter. Je ne dis pas cependant que son inactivité soit nécessairement complète. Il peut percevoir sans doute certains mouvemens intérieurs qui se passent dans le corps , et surtout les douleurs qui s’y développent : car, si des vices organiques se rencontrent dans le fœtus , s’il meurt souvent dans le sein de sa mère, pourquoi dans ses maladies ne souffrirait-il pas ? Peut-être le cerveau perçoit-il d’autant plus facilement la douleur, qu’il n’est point distrait par les sens extérieurs. En général , c’est une question qui mérite d’être soigneusement approfondie , que la différence des sensations extérieures et des intérieures. Nous avons vu que les premières sont constamment transmises par les nerfs , et que ce mode de transmission est incer-
tain pour les secondes. D’un autre coté , les phénomènes, le sentiment, l’impression , etc., ne sont point les mêmes dans les unes et dans les autres; en sorte que l’examen de leurs rapports et de leurs différences est essentiel. Cet examen influera beaucoup sur la connaissance de l’espèce de vie animale dont peut jouir le fœtus. Quoiqu’il en soit, on ne saurait douter qu’elle ne soit infiniment plus rétrécie qu’après la naissance.
La mollesse du cerveau est extrême chez le fœtus; c’est véritablement une espèce de fluide mollasse que les artères, ou plutôt les exhalans qui en naissent , déposent dans leurs intervalles. Ces artères sont alors extrêmement nombreuses: aussi le cerveau a-t-il une teinte rougeâtre très-marquée. Lorsqu’on le coupe par tranches, une foule de stries de même couleur s’observent dans sa substance. Les deux portions, corticale et médullaire, de cette substance sont infiniment moins distinctes que par la suite, parce que la seconde est beaucoup moins blanche. L’alcali caustique les dissout à cette époque de la vie avec une extrême facilité. Son premier effet, avant la dissolution complète , est de changer la substance cérébrale en une matière gluante, visqueuse, transparente, un peu rougeâtre cependant, et filant presque comme du blanc d’œuf. Rien de semblable ne sest remarqué dans mes expériences sur le cerveau de l’adulte, traité par l’alcali caustique. Les acides coagulent la substance cérébrale du fœtus, qui cependant ne parvient jamais par eux à un degré de dureté semblable à celui qu’ils produisent dans les âges suivans.
L’extrême mollesse du cerveau rend extrêmement difficile sa dissection chez le fœtus (i).
Les nerfs de la vie animale ont un développement proportionnel à celui du cerveau. Tous sont très-gros relativement aux autres parties : aussi le fœtus et l’enfant peu avancé en âge sontils les plus propres à l’étude du système nerveux , que le moindre développement des autres systèmes rend plus apparent. Leur substance médullaire est, comme la cérébrale et celle de l’épine , extrêmement molle , diffluente même sous le doigt, ainsi qu’on peut le voir sur la partie antérieure de l’optique , où elle est très-manifeste quoique renfermée dans ses canaux névrilématiques; dans la partie postérieure de ce même nerf et dans l’olfactif, où elle existe isolément; dans l’auditif, où elle prédomine; et enfin à l’endroit de 1 origine de chaque paire , où sa proportion sur le névrilème est très-marquée.
Dans tous les autres nerfs il est beaucoup plus difficile de bien examiner cette substance médullaire , parce que le névrilème qui la contient est autant et même plus développé quelle à proportion de ce qu’il sera parla suite. Voilà pourquoi les nerfs
(i) À l’aide de l’alcool concentré , on donne à l’encéphale mollasse du fœtus une consistance suffisante pour l’étudier d’une manière convenable. Il suffirait, pour le prouver , de citer à cet égard les belles recherches de MM. Tiedemann et Serres. Plus haut, j’ai dit en peu de mots, d’après ces anatomistes, comment procèdent dans leurs évolutions les centres du système nerveux delà vie animale. Voy. page i$8. (F. Blandin.)
5>GG système nerveux
sont déjà très-durs et très-résistans cliez le fœtus , pourquoi ils peuvent soutenir des poids proportionnellement très-considérables. T. a macération dans l’eau, à une température modérée, augmente cette résistance comme chez l’adulte; elle rend le nerf plus dur , sans accroître son volume. On dirait que ce fluide Agit d’abord sur le névrilème d’une manière opposée à l’action qu’il exerce sur les autres substances animales; enfin il le ramollit aussi, et il difflue.
Les vaisseaux sont en proportion beaucoup plus considérables dans les nerfs du fœtus (pie dans ceux de l’adulte. Aussi ces derniers présentent-ils , dans leur couleur blanchâtre , une teinte livide dépendant de l’espèce de sang qui les pénètre: c’est le même phénomène qu’au cerveau.
Le développement des nerfs cérébraux dans le premier Age présente un phénomène qui le distingue essentiellement du développement des artères. En effet, celles-ci suivent toujours l’accroissement des parties où elles vont se rendre. Ainsi, la face moins développée proportionnellement chez le fœtus , a de moins grosses artères, il en est de même des viscères du bassin , dont les artères , très-petites , reçoivent peu de sang, lequel ne les pénètre et ne les dilate que quand les ombilicales sont fermées. Au contraire, le volume des artères cérébrales, gastriques, etc., est très-considérable. Eh bien ! les nerfs sont absolument indépendans , dans leur accroissement, de celui des parties auxquelles ils se distribuent. L’olfactif, dont l’organe est si rétréci chez le fœtus, a les mêmes proportions que l’op-
DK LA VIË ANIMALE.
tique et l’auditif, qui ont les leurs déjà si formés. Il en est de même de tous les nerfs des muscles volontaires : leur proportion de développement est uniforme , quoique les muscles varient dans leur volume , suivant les régions. Si , abstraction faite des régions , on examine d’une manière générale et comparativement les systèmes nerveux cérébral et musculaire animal, on voit que le premier prédomine alors manifestement sur le second, tandis que dans l’homme adulte ce sont les muscles qui, proportionnellement à ce qu’ils étaient chez le fœtus, l’emportent sur les nerfs qui viennent s’y rendre. Le nerf vague , qui va se distribuer à des organes dont l’accroissement n’est point dans le même rapport , -présente cependant la même proportion de volume que par la suite , dans ses diverses branches.
Cette doublé disposition opposée des deux systèmes artériel et nerveux cérébral prouve , d’une part, le rapport immédiat du premier avec l’accroissement et la nutrition; d’une antre part, le peu d’influence que le second exerce sur eux.
Les nerfs sont, comme le cerveau principalement, inactifs avant la naissance , quoiqu’ils offrent un grand développement. C’est à cela qu’il faut attribuer l’absence constante de leurs affections à cette époque.
Ils existent invariablement dans le fœtus , au lieu que le cerveau, et même la moelle de l’épine, manquent quelquefois; ce qui constitue les acéphales. Je dirai ailleurs comment le fœtus peut exister ainsi : je remarque seulement ici que le
cœur, le foie et les autres viscères principaux de la vie organique, sont au contraire rarement de moins chez le fœtus (q). Pourquoi? parce que, pour croître, végéter et se nourrir, tous les organes essentiels de cette vie sont nécessaires; et que ces phénomènes peuvent très-bien s’opérer sans l’influence cérébrale, qui est principalement destinée à présider à Ja vie animale, laquelle ne doit spécialement entrer en exercice qu’à la naissance.
§ IL Etat du Système nerveux pendant l’accrois. -
sement .
A la naissance, le système nerveux animal éprouve une révolution remarquable par le sang rouge qui le pénètre : jusque là le sang noir seul circulait dans ses vaisseaux. La différence subite qu’éprouve la circulation doit manifestement influer sur ses fonctions.
En effet, la moindre substance étrangère , différente du sang rouge , que pendant la vie on pousse vers le cerveau par la carotide, suffit pour y produire un
(i) Ce n’est pas seulement clans ce point de ses ouvrages que Bichat émet cette idée sur la rareté de l’absence du cœur : par conséquent, c’est pour lui une croyance arretée, qu’il importe d’autant plus de relever qu’elle est entachée d’une inexactitude grave. On sait au contraire aujourd’hui, de la manière la plus positive, que le cœur manque fréquemment chez les fœtus acéphales ; cette absence du coeur constitue même un caractère tellement constant de Vaccphalic , qu’un anatomiste (Eiben) a décrit les fœtus de cette classe sous le nom de monstres sans cœur 3 et que l’on cite à peine deux cas bien constatés de persistance du centre circulatoire chez les acéphales. (F. Blandin.)
I)E LA. VIE ANIMALE. 0,Gc )
trouble remarquable, et souvent meme la mort, comme je m’en suis tant tic fois assuré. Pourquoi? parce que ce n’est pas seulement comme véhicule de la matière nutritive que le fluide poussé par les artères agit siïr le cerveau, mais encore comme excitant, comme stimulant. Le changement d’excitation qu’éprouve subitement le cerveau à la naissance doit inévitablement augmenter son activité vitale, lui en donner une nouvelle, et le rendre propre à des fonctions qu’auparavant il ne remplissait pas , à celle de recevoir les sensations.
L’asphyxie est réelle toutes les fois que le poumon ne se développe pas après la naissance, qu’il ne reçoit pas l’air, et n’envoie pas par conséquent du sang rouge au cerveau. Quelques mouvemens des muscles peuvent sans doute se faire; mais jamais la vie animale ne commence dans toute sa plénitude que quand les organes qui l’exécutent commencent à être influencés par le sang rouge. Ce sang est une cause générale d’excitation intérieure. Cette excitation directe agit simultanément avec la sympathique que le cerveau éprouve de la part de la peau et des surfaces muqueuses que les agens extérieurs agacent tout à coup au sortir du fœtus hors de la matrice. Le poumon et le cerveau s’influencent donc réciproquement à cette époque, le premier en envoyant du sang rouge au second, celui-ci en mettant en jeu le diaphragme et les intercostaux, qui font pénétrer dans celui-là l’air nécessaire à la production de ce sang rouge ; d’où l’on voit que les autres excitations agissent avant celle de ce sang, puisque , avant sa forma-
tion, le cerveau a déjà dû être un principe de mouvement.
Au reste, le cerveau et tout le système nerveux sont d’autant plus vivement excités par les principes nouveaux que le sang a empruntés de l’air, que, i° leurs vaisseaux sont à proportion plus considérables et plus nombreux que par la suite; que, 20 toutes les artères cérébrales abordent du coté de la base du crâne, où d'un coté se trouve l’origine des nerfs, et (pii d’un autre coté est, sans contredit, la partie la plus sensible de tout l’organe.
11 y a certainement une très-grande différence entre l’asphyxie qui survient à l’adulte, et l’état où se trouve le fœtus; puisque, dès que la première est prolongée, la vie organique cesse, tandis que cette vie est en pleine activité chez le fœtus. Aussi le sang noir des artères des asphyxiés et celui des artères du fœtus 11e se ressemblent nullement par leur composition. Cependant ces deux états présentent une espèce d’analogie surtout sous le rapport de la diminution remarquable, de l’absence même de la vie animale, qui les caractérisent tous deux. Or, en asphyxiant un animal à volonté par 1111 robinet adapté à sa trachée-artère, j’ai toujours vu cette vie s’anéantir à mesure que le sang noir pénètre le cerveau; et, lorsqu’elle est en partie suspendue, se réveiller tout, à coup et reparaître, quand, en ouvrant le robinet, je faisais parvenir du sang rouge au cerveau, dans les nerfs et dans toutes les parties. Ces expériences peuvent donc, jusqu’à un certain point, nous donner une idée de la part que le sang rouge prend, à l’époque de la
DE LÀ VIE ANIMALE. 27 î
naissance , au développement de la vie' animale ; je dis îa part, car il s’en faut de beaucoup, comme nous le verrons , qu'il soit la seule cause qui îa mette en jeu.
Long-temps après la naissance, et même pendant
presque tout l’accroisseiiient, le système nerveux 5
et le cerveau, qui en est le centre, prédominent
sur les autres systèmes par leur développement :
cependant cette prédominance n’est pas uniforme à
toutes les époques , elle va toujours en diminuant
jusqu’à îa puberté , où le système nerveux se met en
équilibre avec les autres, et où ce sont les organes
génitaux qui lui succèdent dans la supériorité qu’il présentait.
Cette prédominance du système nerveux chez l’enfant influe d’une part sur les sensations , de l’autre part sur les moi^vemens volontaires.
La première influence est très-marquée : Fenfance est Fâ^edes sensations. Comme tout est nouveau pour l’enfant, tout fixe ses yeux, son oreille, son odorat, etc. Ce qui pour nous est un objet d’indifférence est pour lui une source de plaisirs : ainsi l’homme qui se trouve au milieu d’un spectacle qu’il ne connaît pas, éprouve de vives jouissances, que l’habitude émousse bien tôt s’il y revient souvent. Il était donc nécessaire que le système nerveux cérébral fût accommodé , par son développement précoce, à la grande activité d’action où il faut qu’il se trouve alors. En effet , tous les organes qui reçoivent les impressions extérieures, les nerfs qui les transmettent, et le cerveau qui les perçoit, sont vraiment, pendant la veille, en excitation perrna
SYSTÈME NimVKITX
nente chez l’enfant, lequel , au milieu des memes objets que l’adulte, fatigue deux et meme trois fois plus ces organes que celui-ci, pour qui la plus grande partie des objets extérieurs sont indifférons, par là meme qu’ils l’ont autrefois excité. Aussi, remarquez que les périodes d’activité de la vie animale sont bien plus courtes chez l’enfant, qui fatigue ses organes en peu d’heures , chez qui par conséquent le besoin de dormir revient plus souvent,
et eiTqui cet état d intermittence de la vie animale
est plus profond. 11 est rare que les enfans, dans les premiers mois , puissent passer toute la journée éveillés, surtout si beaucoup d’objets les ont frappés. On prolongerait leur veille en les éloignant de la lumière , des sons, etc.
La multiplicité, la fréquence des sensations de l’enfant, l’entraînent nécessairement à une foule de mouvemens qui n’ont pas de force à cause de la faiblesse des muscles, mais qui sont, comme ses sensations , extrêmement nombreux. Comme la vue présente sans cesse des objets nouveaux à l’enfant, il veut sans cesse toucher; ses petites mains sont dans une agitation continuelle, tout son corps est aussi sans cesse en mouvement. Il fallait donc que les nerfs qui servent à en transmettre le principe fussent accommodés par leur développement, comme ceux des sensations, à l’action continuelle où ils se trouvent.
Ces deux choses, le grand développement du système nerveux et la fréquence de son action, chez l’enfant, font que ses maladies sont les prédominantes de cet âge. Telle est alors la susceptibilité
du cerveau pour répondre aux excitations sympathiques, que, pour peu que les douleurs soient vives dans une partie quelconque , elles déterminent tout de suite les convulsions, lesquelles sont au moins quatre fois plus fréquentes à cet âge que dans les suivans. Je remarque , à ce sujet , que les différens systèmes sont plus ou moins disposés, dans les différens âges , à répondre aux sympathies , suivant que leur prédominance dans l’économie est plus ou moins marquée. La même cause morbifique fixée dans un organe quelconque, et qui donne des convulsions à l’enfant en agissant sympathiquement sur le cerveau , pourrait donner à une jeune fille une suppression de menstrues, en influençant la matrice, qui commence à prédominer; à un jeune homme fort et vigoureux une péripneumonie; à un adulte, chez lequel prédominent les viscères gastriques, une affection de ces viscères, etc. G’est ainsi que les mêmes passions qui donneraient à celui-ci une jaunisse, un engorgement au foie, etc., produisent plus particulièrement chez l’enfant une épilepsie, qui attaque le cerveau.
Non-seulement les fonctions nerveuses sont fré« quemment altérées par sympathie chez l’enfant, mais c’est spécialement à cet âge qu’on trouve le plus de maladies organiques dans le cerveau, la moelle épinière, les nerfs ou les organes qui en dépendent : les fongus cérébraux, l’hydrocéphale, le spina bifida , etc. , en sont la preuve manifeste. La grande quantité de sang qui arrive alors au système nerveux influe beaucoup sur ce phénomène:
AnAT, GÉN.
274 SYSTÈME Pf ER VEUX
or, celte quantité est elle-même appelée par la prédominance des forces vitales.
À mesure que l’enfant grandit, son système nerveux, et le cerveau, qui eu est le centre, perdent peu à peu la prédominance qui les caractérisait; leurs maladies deviennent moins fréquentes ; ils se mettent enfin au niveau des autres systèmes.
§ 111. Etat clu Système nerveux après l'accroissement.
A la puberté, l’empire du cerveau, qui s’est insensiblement effacé, fait place à celui des organes génitaux , qui prennent un accroissement subit. Les nerfs cérébraux me paraissent avoir peu d’inlluence sur leur développement, comme sur celui de la • plupart des autres systèmes. Remarquez en effet que tous les phénomènes de la génération sont présidés par les forces organiques, lesquelles, comme nous l’avons vu, sont absolument indépendantes des nerfs. Aussi l’excitation vive des organes génitaux, d’où résultent le satyriasis, la nymphomanie, etc., n’a aucune analogie avec les convulsions, dont le principe est dans le cerveau, comme l’abolition de l’appétit vénérien est absolument étrangère aux phénomènes des paralysies. Cela est si vrai que souvent, pendant celles qui affectent la moitié inférieure du corps par une chute sur le sacrum, ou par tonte autre cause, la sécrétion de la semence et les désirs vénériens ont lieu comme h l’ordinaire.
AU'dehà de la puberté et vers l’âge adulte, où
l’équilibre général est à peu près établi entre les différens systèmes , le nerveux n’éprouve plus d’autres changemens que ceux dont nous avons eu occasion de parler en traitant de ce système.
§ XV. État du Système nerveux chez le Vieillard.
À cet âge de la vie, le système nerveux cérébral n’a que très-peu de fonctions à remplir. En effet, du côté du sentiment, l’habitude, cpü a presque tout émoussé, fait que tous les corps extérieurs ne font plus que très-peu d’impression sur les organes des sens : plusieurs de ceux-ci , surtout l’œil et l’oreille , se ferment souvent aux sensations avant la mort générale. Les nerfs ont donc peu à transmettre, et le cerveau a peu à percevoir. Du côté du mouvement, le vieillard en exerce peu, parce qu’il sent peu; car sentir et se mouvoir sont deux choses qui suivent en général la meme proportion. Le cerveau et les nerfs sont donc encore presque inactifs sous ce rapport. Le premier n’est pas mis plus en action par les fonctions intellectuelles; mémoire, imagination, jugement, attention , etc., tout s’est affaibli, tout ne s’exerce qu’avec obscurité.
Des changemens de structure coïncident constamment avec ces changemens de fonctions. Le fœtus avait le cerveau presque fluide; le vieillard l’a extrêmement consistant (i) : cet organe a passé
(i) Il y a ici véritablement erreur: loin de prendre de la consistance chez le vieillard, les centres nerveux de la vie an L*
CL'jG système nerveux
par une foule de gradations entre les deux âges extrêmes. On sait que les anatomistes choisissent toujours le cerveau du vieillard pour étudier ce viscère, dont toutes les parties se rompent avec moins de facilite. J’observe, à cet égard, que ce qui est naturel à cet âge indique chez le jeune homme une altération morbifique. En général, on n’a point encore assez étudié l’anatomie comparée des systèmes suivant les différens âges, pour en faire des applications à l’ouverture des cadavres.
Les vaisseaux diminuent dans le cerveau à proportion que sa dureté augmente. Sous ce rapport il a encore une disposition inverse aux deux âges extrêmes de la vie. Sa couleur devient plus terne chez le vieillard. Il est rare qu’il s’ossifie : on en a quelques exemples cependant. Los phénomènes qu’il présente, par l’action des différens réactifs, sont infiniment plus tardifs à obtenir que chez l’adulte, et surtout chez l’enfant : la dissolution par les alcalis en est une preuve remarquable.
On ne peut douter que cet état organique du cerveau du vieillard n'influe beaucoup sur les phénomènes précédens : c’est encore à lui qu’il faut rapporter le peu de vivacité de la douleur à cet
male deviennent mous, et tendent en cela à revenir à l’état dans
lequel ils étaient chez l’enfant. Du reste, ce n’est pas seulement sous le rapport anatomique que l’on observe ce rapprochement
*c* *ntre la manière d’ètre du système nerveux aux deux extrémités de la vie : tout le monde connaît la frappante analogie qui les rapproche encore les points de vue physiologique et pathologique; (F. Blandin. )
âge. Une tumeur cancéreuse d’un vieillard, exactement analogue par sa position , sa forme , son volume et sa nature, à celle d’un adulte, lui cause de bien moindres souffrances : les cancers de matrice , d’estomac , du sein , etc. , en offrent des exemples. Toutes les causes locales de douleur présentent aussi cette différence. Dans les expériences nombreuses que j’ai faites sur les animaux vivans , j’ai constamment observé que les jeunes donnent, quand on coupe les parties sensibles , les marques de la plus vive douleur; tandis que les vieux en présentent infiniment moins l’expression dans la même circonstance. Je ferai aussi une observation à cet égard ; c’est que la race paraît jusqu’à un certain point influer, chez les chiens, sur la vivacité de leur sentiment. Toutes les grosses espèces crient et s’agitent très-peu sous te scalpel qui coupe leur peau, leurs nerfs, etc.; tandis que toutes les petites, quoique l’âge soit avancé, se débattent, s’agitent, et témoignent, pour la moindre cause, la plus vive sensibilité.
Quant à l’influence de l’âge sur la douleur, il n’est pas étonnant que la sensibilité animale, étant devenue très-obscure dans l’état naturel , conserve dans l’état morbifique le même caractère. Le vieillard souffre donc beaucoup moins que l’adulte, et surtout que l’enfant, sous l’influence des mêmes causes; c’est une compensation de la moindre vivacité de ses jouissances. L’enfant trouve dans tout ce qui le heurte une cause de plaisir ou de douleur ; aussi le rire et les pleurs se succèdent-ils cent fois par jour sur sa petite figure : le vieillard , au
contraire, reste toujours calme ; l'indifférence est son état naturel.
Les nerfs éprouvent les mêmes ciiangemens que le cerveau; ils durcissent peu à peu avec l’âge. Cependant leur proportion de dureté, dans le premier et le dernier âges, est bien moins marquée que celle de cet organe; ce qui dépend du névrilème , car ce rapport paraît être le même pour la substance médullaire. Cette substance médullaire m’a paru moins abondante dans le nerf optique du vieillard; ailleurs la quantité est difficile à déterminer. La couleur des nerfs devient terne comme celle du cerveau; ils reçoivent moins de vaisseaux; jamais ils ne s’ossifient (1).
On dit quelquefois que les extrémités des nerfs deviennent calleuses : expression vague à laquelle on n’a jamais pu attacha le moindre sens. Quand le langage médical ne sera-t-il plus l’indice du vide et de l’inexactitude des hypothèses qui composaient autrefois la médecine? La plupart de ces hypothèses sont passées, et cependant les noms auxquels elles ont donné naissance sont presque tous restés.
Souvent le système nerveux et le cerveau per-
(1) L’encéphale et les nerfs diminuent réellement de volume chez le vieillard : Tenon et d’autres Tout constaté pour le cerveau. Tl sc passe un phénomène opposé dans l'amaigrissement rapide et l’atrophie des organes , après les maladies aiguës : le système nerveux , conservant sou volume , se trouve prédominant ; de là l’excès d irritabilité qui se remarque chez ccs individus, . . (Bèclabd.)
dent d’avance, chez îe vieillard , une partie de leurs fonctions; de îà les hémiplégies, presque aussi fréquentes à cet âge que les convulsions, qui leur sont opposées, le sont chez Fenfant. Il faut bien distinguer ces hémiplégies séniles de celles des adultes : elles sonLde meme nature que les cécités 7 les surdités séniles; la différence n’est que dans la lésion du sentiment ou du mouvement (i).
(l) ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU SYSTÈME NERVEUX DE
LA VIE ANIMALE
Le système nerveux de la vie animale offre fréquemment des imperfections, qui représentent assez bien quelques-uns des états par lesquels passe l’organisme dans son évolution , ce qui les a fait considérer généralement comme des arrêts de développement. Mais sous quelle influence ce trouble a-t-il été produit? Voilà une question encore agitée aujourd’hui , sur laquelle il règne beaucoup de dissidence, et que je n’entreprendrai pas de résoudre ici : il me suffira de dire qu’une foule de causes, soit extérieures , soit intérieures, peuvent gêner ou empêcher le développement , ou bien encore détruire ce que la nature avait déjà commencé.
Les imperfections de développement du système nerveux de la vie animale présentent deux degrés principaux, suivant qu’il y a absence totale, ou seulement absence partielle. On rencontre peu d’exemples du premier degré : Clarke seul en a rapporté un très-remarquable, dans les Transactions philosophiques. Il est très-commun, au contraire, d’observer l’absence de quelques parties seulement du système nerveux. Dans ces circonstances, les centres sont les points sur lesquels portent spécialement l’imperfection , fait dont l’intelligence ressort naturellement de ce que nous avons dit (page 262) du développement tardif de ces centres. On conçoit, en effet, qu'un trouble, survenant même assez tard dans le développement, peut très- bien empêcher
280 système nerveux
3a formation tics centres nerveux, sans avoir aucune influence sui les nci 1s , qui déjà étaient formes. .Tantôt , comme dans certains anencéphales , tout l’axe cérébro-spinal manque, les nerfs restant intacts; tantôt 1 encéphale seul n’existe pas. Dans ce dernier cas , les nerfs crâniens peuvent manquer complètement avec la tète , comme dans l’acéphalie ; ou bien , au contraire, ils existenlbi en formes, comme chez un grand nombre d’anencépbales; enfin, dans d autres circonstances, l’encéphale est seulement incomplet, on rencontre quelques-unes de scs parties, surtout celles île la base.
Presque toujours, lorsque quelques parties des centres nerveux manquent , on trouve a leur place soit un liquide que M. (icolfrov Saint— I iiluire considère comme les parties nerveuses rudimentaires, soit des brides ccllulo-vasculaires que je crois être les méninges j >1 us ou moins adhérentes entre elles et confondues.
L’absence des centres nerveux ne peut être considérée comme entraînant celle des ucrls qui leur correspondent. Les exemples d’absence de tout l’axe cérébro-spinal avec persistance de tous les nerfs de la vie animale peuvent servir à établir cette opinion: la théorie contraire serait plus difficile à soutenir.
I elles sont les lésions générales de développement du système nerveux de la vie animale, les seules qui rentrent dans le cadre de l’anatomie générale.
Les div t rses parties de ce système sont sujettes aux solutions de continuité comme les autres organes ; et ces lésions sont beaucoup pl us graves, en raison de l’importance de ce système. Peaucoup d’anatomistes, notamment l’on la na, jMonro, Michaèlis, Ar— nemann, Cruikshank, llaighton , Meyer, etc., sc sont occupés de ce sujet ; mais nul ne l’a fait avec autant de succès que Béclard : voici le résultat de ses observations.
i°. La division d’un- nerf produite par une ligature est constamment suivie de la réunion exacte des deux bouts du nerf, et du prompt rétablissement de scs fonctions.
» 2°. La section incomplète ou la piqûre , que Ton a accusées de donner lieu, chez l’homme, à des accidens si graves, ne produisent pas ces accidens dans les animaux : la réunion du nerf et le rétablissement des fonctions ont lieu très-promptement.
« 50. La section complète d’un nerf dans une partie peu mobile , comme , par exemple , le long des deux os de l’avant-bras du cbien , au cou du même animal , le long’ de l’un des os de l’avant-bras chez l’homme , etc. , est ordinairement suivie assez promptement d’une réunion exacte et du rétablissement complet des fonctions.
» 4°. Daijé les parties très-mobiles, comme au voisinage d’une articulation , lorsqu’un nerf est divisé , il s’établit , outre l’écartement primitif, qui est^constant , un écartement accidentel et variable suivant les mouvemens de la partie. Dans ce cas , la réunion se fait beaucoup attendre : elle est imparfaite , si même elle a lieu ; le rétablissement des fonctions est imparfait aussi , ou même tout— à-fait nul. C’est à cela qu’il faut rapporter les résultats de quelques-unes des expériences de Meyer , et la paralysie permanente que l’on dit résulter de la section du nerf radial à la partie inférieure du bras.
» 5°. Quand il y a déperdition considérable de substance d’un nerf, soit par une excision , soit dans une plaie contuse avec destruction , il reste un grand écartement entre les deux bouts du nerf, et jamais les fonctions ne se rétablissent, quel que soit le nerf affecté ; ce qui suffit pour prouver que, lorsque le rétablissement des fonctions a lieu , les anastomoses n’y sont pour rien.
» Lorsqu’un nerf a été divisé , ajoute encore Béclard, il s’établit dans les premiers jours , autour des bouts , à leur surface et dans leur intervalle , un suintement de matière organisable : le tissu cellulaire environnant est pénétré de la même matière et a perdu sa perméabilité. Dans cet état , les bouts du nerf sont simplement agglutinés entre eux et aux parties voisines ; les fonctions sont encore suspendues comme elles l’étaient immédiatement après la section ; les deux bouts du nerf qui sont gonflés, surtout le supérieur , le tissu cellulaire environnant et la matière organisable , prennent plus de consistance et deviennent trèsvasculaires. Dans cet état, qui dure quelque temps, les deux bouts du nerf sont réunis par une substance organisée vasculaire; mais il n’y a pas encore communication de l’action nerveuse entre les deux bouts. Avec le temps , le tissu cellulaire environnant cesse d’être compacte et vasculaire ; la subtance intermédiaire , plus ou
moins longue suivant le genre de blessure cl les circonstances concomitantes, diminue peu à peu de volume , de consistance et de rougeur, prend l'apparence cl la texture du nerf ( texture constatée par l’application que Meyer a faite de l’acide nitrique à la cicatrice nerveuse ), à partir des extrémités vers le milieu de leur intervalle , et finit par en remplir les fonctions, d’autant plus exactement et d’autant plus vite que l'écartement ékpl nul entre les bouts, comme dans le cas de ligature, ou peu considérable, comme dans le cas de section simple ou d’uîre très-courte excision dans une partie peu mobile. Au contraire , quand l’écartement est considérable , la réunion est nulle , ou bien elle n’a lieu que par le tissu cellulaire, qui n’acquiert pas, à une certaine distance de l’extrémité , la structure et les propriétés nerveuses.
Le temps nécessaire pour le rétablissement complet de la structure ou des fonctions des nerfs n’est pas exactement connu. 11 a été certainement exagéré par ceux qui ont avancé qu’il devait être de plusieurs années : on peut le porter à six semaines ou deux mois environ. »
La section des nerfs pneumo - gastrique et trisplancliniqnc réunis , comme ^ls le sont dans le ( bien , produit constamment la mort quand elle est pratiquée des deux cotés à la fois. C’est sur ces nerfs que l’on peut surtout étudier simultanément la réparation du tissu et le rétablissement des fonctions, comme l’ont prouvé les expériences de Cniik$hauk et de ITaigbton. Ces expériences , répétées par Béclard , ont en effet donné lieu aux observations suivantes :
« Les deux nerfs pneumo-gastriques ayant été coupés le même jour sur deux chiens, l’un est mort au bout de trente heures , l’autre plus de soixante-six heures après cette double section. Ln autre animal, après un intervalle de neuf jours entre les deux sections , est mort dans la nuit du quatrième au cinquième jour. Chez un quatrième, la seconde section ayant été faite vingt-un jours après la première, la mort n’est survenue que le vingt-cinquième après celte seconde section. Enfin, sur un dernier animal , la seconde section n’a été pratiquée que trente-deux jours après la première, et l’animal a survécu uiHaiois entier à cette époque , c’est-à-dire deux mois après la première section. INousavons trouvé
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c premier nerf divisé complètement réuni. Ce chien a succombé à un empyème qui s’est développé dans la cavité gauche de la poitrine. Enfin Haighton a coupé le second nerf pneumo-gastrique six semaines après le premier , et l’animal a survécu dix-neuf mois , après lequel temps il fut tué.
» On a prétendu que l’action nerveuse , de même que l’action galvanique , pouvait s’établir à travers une substance autre que le tissu nerveux, comme un liquide ou du tissu cellulaire humecté ; on a prétendu aussi que l’action nerveuse pouvait s’exercer à distance , et franchir l’intervalle qui existerait entre les bouts du nerf; on a prétendu enfin que le rétablissement des fonctions pouyait avoir lieu par des branches anastomotiques. Si c’était par l’une ou l’autre des deux premières causes que l’action nerveuse lut continuée, cette action ne devrait pas être un seul instant suspendue , et les animaux ne mourraient dans aucune des expériences citées ci-dessus. Quant au rétablissement des fonctions nerveuses au moyen des anastomoses , il est contredit par un grand nombre de cas dans lesquels , les nerfs ayant été coupés sur certains sujets, et , sur d’autres, excisés ou détruits par la cautérisation , les fonctions se sont rétablies dans le premier cas , et point dans le second. Le rétablissement par les anastomoses est surtout démenti par une expérience qui consiste à recouper le même jour , dans l’endroit de la réunion , les nerfs pneumogastriques cicatrisés après la section pratiquée antérieurement sur ces deux nerfs , à un intervalle convenable. L’animal, qui avait survécu jusqu’à ce moment , meurt dans l’espace de deux jours.
» Ce n’est donc ni par l’interposition d’une substance simplement humide entre les deux bouts du nerf divisé , ni par l’action à distance du système nerveux , ni par les anastomoses , que s’opère le rétablissement des fonctions nerveuses , mais bien par une véritable cicatrice nerveuse. L’on voit en effet les fonctions , d’abord lout-à — fait détruites, se rétablir graduellement, et suivre, dans leur rétablissement, tous les progrès de la réunion organique. On ne peut nier cependant que l’action nerveuse ne se propage à un certain degré d’une partie à l’autre d’un nerf simplement divisé , ainsi que Font prouvé les expériences de M. Pb. Wilson répétées en France par M. Yavasseur. »
Les nerfs coupés dans les amputations adhèrent par leur extrémité à la cicatrice; et un peu au-dessus, ils présentent un renflement gangliforme très - remarquable , renflement dont la texture cellulaire et la très-grande hygrométricitc permettent d’expliquer les douleurs que les amputés ressentent pendant, les temps humides , surtout lorsque cet état atmosphérique succède brusquement à une grande sécheresse.
Enfin les diverses parties du système nerveux de la vie animait* peuvent être le siège d’une foule de maladies telles qu’inflainmations , tumeurs , etc. Je me bornerai à signaler ici ces renflemens qui se développent quelquefois sur le trajet de certains nerfs, et que l’on a mal à propos confondus, sous le nom de névrômes , avec des tumeurs sous-cutanées très- douloureuses, et dont la nature nerveuse est loin d’ètrc démontrée. Les nevrô— mes véritables, dont il est ici question , peuvent se développer partout : j’en ai vu surtout dans le nerl pneumo-gastrique ; iis ont en général le volume d’un gros pois et la forme un peu allongée; leur tissu est dur, grisâtre, et comme fibro-cartilagineux. Il m’a semblé qu’ils étaient formés par une sorte de végétation intérieure du névrilème. A la hauteur de ces tumeurs , les fdets médullaires sont atrophiés, et le nerf est gêné dans ses fonctions.
( F. Blandin. )
SYSTEME NERVEUX DE LA VIE ORGANIQUE. a85
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CONSIDÉRATIONS GENERALES
Aucun anatomiste n’a encore considéré le système nerveux des ganglions sous le point de vue sous lequel je vais le présenter (i). Ce point de vue consiste à envisager chaque ganglion comme un centre particulier , indépendant des autres par son action , fournissant ou recevant ses nerfs particuliers comme le cerveau fournit ou reçoit les siens, n’ayant rien de commun , que par les anastomoses, avec les autres organes analogues : en sorte qu’il y a cette remarquable différence entre le système nerveux de la vie animale et celui de la vie organique , que le premier est à centre unique , que c’est au cerveau qu’arrive toute espèce de sentiment, et que c’est de lui que part toute espèce de mouvement ; tandis que , dans le second , il y a autant de petits centres particuliers, et par conséquent de petits sys-
(i) Winslow , Johnstone, Lecat, Petit et plusieurs autres physiologistes ont partagé les idées de Bichat sur les ganglions sympathiques ; mais il est juste de dire que nul n’a attaché autant d’importance à cette opinion , et surtout ne l’a soutenue avec autant de bonheur et de talent. (F. Blandin.)
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tèmes nerveux secondaires, qu’il y a de ganglions.
On sait quêtons les anatomistes, même ceux qui , sans attribuer à leur expression aucun sens rigoureux, ont appelé les ganglions de petits cerveaux , les ont pris pour des dépendances, pour des renflemens des nerfs dans le tra jet desquels ils se trou- \ent; et comme la plupart occupent le grand sympathique, ils les ont présentes comme un caractère distinctif de ce nerf. Mais, d’après l’idée générale que je viens de donner des ganglions, il est évident que ce nerf n’existe réellement pas, et que le filet continu qu'on observe depuis le cou jusqu’au bassin n’est autre chose qu’une suite de communications nerveuses, une série de branches, que des ganglions placés les uns au-dessus des autres s’envoient réciproquement, et non un nerf partant
du cerveau ou de l’épine.
Les premières considérations qui me firent penser que le grand sympathique u’est point un nerf comme les autres , mais une série d’anastomoses, furent les suivantes. i°. Souvent ces communications sont interrompues , sans aucun trouble dans les organes auxquels le grand sympathique va se rendre. Il est des sujets, par exemple, où l’on trouve un intervalle très-distinct entre les portions pectorale et lombaire de ce prétendu nerf , qui semble coupé en cet endroit , parce que le dernier ganglion pectoral et le premier lombaire ne s’envoient rien l’un à l’autre. J'ai vu aussi souvent le nerf sympathique cesser et renaître ensuite entre deux ganglions , et par la même cause , soit dans les lombes , soit dans la région sacrée. a°. Tout le monde sait que le
ganglion ophthalmique, que le sphéno-paîatin , etc., sont constamment isolés, et qu’ils ne communiquent par leurs branches qu’avec les nerfs cérébraux (1). ïl arrive constamment entre eux et ceux du grand sympathique ce que I on observe parfois entre ceux-ci, c’est-à-dire, un défaut absolu de communication. 3°. Dans les oiseaux, comme l’a
(i) Des connaissances plus minutieuses sur la disposition des filets qui émanent des ganglions ophthalmique et sphéno-palalin permettent aujourd’hui de montrer la continuité de ccs ganglions avec le reste du grand sympathique. En effet , d’une part , la continuité du ganglion oculaire est établie par deux filets qu’il envoie en arrière , l’un vers le nerf nasal , l’autre vers le nerf moteur oculaire commun , fdets qui s’accolent bientôt au nerf de la sixième paire , et qui plus loin vont se jeter dans le plexus caverneux , pour se réunir avec des fdets ascendans du ganglion cervical supérieur; d’autre part, le ganglion sphéno-palatin , à l’aide de son rameau vidien , communique doublement , par le filet inférieur, avec les filets carotidiens du ganglion cervical supérieur ; et par le filet supérieur avec le ganglion sous-maxillaire. Ce dernier rameau de communication parcourt un trajet très-compliqué : i 0 il s’enfonce dans l’aqueduc de Fallope, par V hiatus Fallopii ; 2° il s’accole au nerf facial , dans l’aqueduc de Fallope ; 3° il se détache de ce nerf pour se porter dans la caisse du tympan , sous le nom de corde du tympan ; 4° il sort de cette cavité par la fêlure de Glazer, pour aller s’accoler au nerf lingual de la cinquième paire ; 5° enfin il se sépare bientôt de ce dernier, près de la glande sous-maxillaire , pour se jeter dans le ganglion de ce nom , qu’il ramène dans la série des ganglions sympathiques. De plus à l’aide de son filet naso-palalin , le ganglion sphéno-pa— latin communique avec le ganglion palatin antérieur , découvert par M. Hippolyte Cloquet, ganglion qui , ainsi, n’est pas plus isolé du reste du grand sympathique que les précédons.
( F. Blandin. )
observé M. Cuvier , le ganglion cervical supérieur se trouve aussi constamment isolé; jamais il ne communique avec l’inférieur (1). Le filet qui , clans les quadrupèdes, descend le long du cou, est de moins chez eux. Chez plusieurs autres animaux, on trouve fréquemment des interruptions dans cette suite d’anastomoses des ganglions qui compose ce qu’on nomme le grand sympathique, 4°- Les communications des ganglions se font ordinairement par un seul rameau; mais quelquefois plusieurs passent d’un de ces organes à l’autre , en sorte que , si le grand sympathique était un nerf comme les autres y il présenterait , sous ce rapport , une disposition toute différente de celle du système nerveux cérébral. 5°. D’où naîtrait le grand sympathique? De la sixième paire ? Mais tous les nerfs vont en diminuant du cerveau vers les organes : or , celui-ci présenterait alors une disposition tout opposée ; il grossirait en distribuant des branches. Naîtrait-il de la moelle épinière? Mais alors les branches qu’il fournit dans une région viendraient donc des branches qu’il reçoit de la moelle dans cette région. Ainsi le grand et le petit splanchniques naîtraient de cer-
(i) Celte interruption du grand sympathique des oiseaux dans la région cervicale n’est qu’apparente; on sait maintenant, en effet , et de la manière la plus positive, que l’erreur dans laquelle sont tombées plusieurs personnes à cet égard tient à ce que le nerf sympathique, à cette hauteur , est contenu chez ces animaux dans le canal Vertébral : donc le fdet qui , dans les mammifères, descend le long du col, n’est pas de moins chez les oiseaux, comme Bichat l’avait a u d’après l’autorité de M. Cuvier. (F. ÇjLAWJirï.)
DE LA. VTE OECA.NÎQTJE. 289
taines paires intercostales : or , ils sont manifestement bien plus gros, le premier surtout, que la somme des branches dont ils tireraient leur origine. Aussi, remarquez que les anatomistes ont été tous d’opinion différente sur l’origine du grand sympathique. Comment auraient-ils pu s’accorder sur une chose qui n’existe point?
Ces diverses considérations me rendirent trèsprobable l’opinion où j’étais depuis quelque temps, que le nerf grand sympathique n’existe point réellement , que le cordon qu’il offre n’est qu’une suite de communications entre de petits systèmes nerveux placés les uns au-dessus des autres , que ces communications ne sont qu’une chose accessoire qui pourrait peut-être ne pas exister , comme on le voit constamment entre le ganglion ophthalmique et le sphéno- palatin, entre celui-ci et le cervical supérieur, comme beaucoup d’animaux en fournissent aussi des exemples. Dès-lors je commençai à regarder chaque ganglion comme le centre particulier d’un petit système nerveux tout différent du cérébral , et distinct même des petits systèmes nerveux des autres ganglions. En considérant les fonctions des nerfs partant de ces centres, je me convainquis de plus en plus qu’ils n’appartenaient nullement au système cérébral. En effet, ces nerfs ont des propriétés toutes différentes des leurs , comme nous le verrons : ils ne servent point aux sensations; ils sont constamment étrangers à la locomotion volontaire; on n’en voit que sur les organes de la vie intérieure ; voilà pourquoi ils se trouvent concentrés dans le tronc , dans la poitrine et dans l’abdo- Asat. gun, t. ï. 19
1 QO SYSTÈME NERVEUX
mon spécialement ; pourquoi on n’en rencontre presque pas à la tète, où tous les organes appartiennent presque à la vie animale; pourquoi on lien voit point dans les membres, qui dépendent exclusivement de cette vie.
Distribués presque partout aux organes de la vie intérieure, les ganglions et leurs nerfs doivent en prendre le caractère : c’est en effet ce que l’on observe. i°. Ils ne sont point symétriques: ainsi les nerfs de tous les plexus de l’abdomen, ceux des cardiaques, etc., présentent une irrégularité remarquable. '2°. il y a des variétés sans nombre dans la forme de ces plexus et dans celle des ganglions ; à peine deux sont-ils disposés de la même manière: c’est ainsi que, tantôt lenticulaire, tantôt triangulaire, tantôt divisé en plusieurs portions, celui qui est sous le diaphragme ne se présente jamais deux fois semblable. De là le vice de toute dénomination tirée de la ligure; remarque généralement applicable aux organes de la vie intérieure. On pourrait plutôt emprunter les noms des formes , dans la vie animale , où ces formes sont plus invariables. D'un autre coté, l’existence de plusieurs ganglions varie ; tantôt il y en a trois au cou, tantôt deux. Jamais la disposition d'un coté n’entraîne une similitude du coté opposé. J'ai remarqué fréquemment que le nombre des filets naissant du ganglion cervical supérieur est différent de beaucoup de ceux qui tirent leur origine du coté opposé. 11 y a bien deux organes analogues de chaque coté; mais une foule d’attributs de structure rompent ce caractère général de symétrie ; c'est comme aux poumons et aux
reins (x). On peut donc établir comme un caractère distinctif entre les deux systèmes nerveux , la symétrie de l’un et l’irrégularité de l’autre: or, ce caractère est un de ceux qui distinguent aussi les deux vies , comme je l’ai dit ailleurs.
D’après tout cela , il est manifeste qu’une ligne de démarcation tranchée sépare les nerfs des ganglions et ceux du cerveau , et que c’est une manière inexacte que celle qui consiste à les regarder comme formant un nerf unique émané de ce dernier par une origine quelconque (2). Leurs com-
(1) Ailleurs déjà, j’ai fait remarquer que le défaut de symétrie dans les organes de la vie organique est moins prononcé que ne l’avait avancé Bicliat : cela est vrai , même pour les nerfs grands sympathiques. En effet, plus onles étudie minutieusement, et plus on trouve d’analogie entre eux : toutefois, je suis loin de prétendre que leur similitude soit complète; mais j’affirme qu’il y a entre eux moins de différence qu’on ne le -croit généralement.
(F. Blandin.)
(2) Le grand sympathique a toujours été , pour les anatomistes, un sujet de discussions. Haller, Zinn , Scarpa, Legallois, ont soutenu qu’il dépendait du cerveau et de la moelle , ainsi que les autres nerfs ; et que , de même que ces derniers , il ne faisait que transmettre une influence qu’il recevait de ces parties. Beaucoup d’autres physiologistes pensent au contraire que ce nerf est isolé, par sa disposition comme par son action , du reste du système nerveux. Authenrieth le fait bien sortir du système nerveux général; mais il suppose qu’à mesure que ses filets traversent les ganglions, ils sont de moins en moins soumis à l’action cérébrale. Suivant Reil , le grand sympathique n’a que des filets de communication et point d’origine, mais il jouit d’une propriété demi-conductrice. Gall en a fait, comme Bichat , une multitude de systèmes isolés , ce qui tient à la manière dont il a consi-
munications*ne prouvent pas plus ce nerf général , que les rameaux qui passent de chacune des paires cervicales , lombaires ou sacrées, aux deux paires
duré en général le système nerveux. Enfin J. -F. Meckel admet une sorte d’opinion mixte , suivant laquelle le grand sympathique , quoique isblé , dépendrait pourtant jusqu’à un certain point des organes Centraux.
Il serait superflu do détailler ici les raisons alléguées pour ou contre toutes ces opinions; nous nous contenterons d’indiquer les principales. Et d’abord rien n’em pèche d’appeler points d’origint;, dans le nerf grand sympathique , les points de communication de ce nerf avec la moelle et le cerveau , si l’on se souvient de ce que l’on doit entendre par origines dans le système nerveux : ce sont les extrémités centrales des nerfs, celles qui sont les plus voisines des centres nerveux. Tout ce qui a été dit plus haut pour prouver qu’ici les ganglions sont ces centres, montre seulement qu’il y a de grandes différences d’organisation entre le grand sympathique et les autres nerfs. 11 est également indifférent de considérer comme un seul nerf cette série de ganglions et de cordons intermédiaires, ou bien d’en faire autant de parties isolées et réunies par des anastomoses. Mais ce qui ne l’est pas , c’est de savoir si réellement ce système est indépendant du cérébral, ou si, comme le prétendait Legallois, c’est au contraire de ce dernier qu’il tire toute son influence. On connaît les expériences de ce physiologiste §ur des animaux auxquels il enlevait le cerveau et qu’il faisait vivre ensuite à l’aide d’une respiration artificielle. La destruction de la moelle épinière entraînait constamment la mort par la cessation subite des balte— mens du cœur. Quand la moelle n’était détruite qu’en partie, les battemens étaient seulement affaiblis , la section des membres ne donnait point de sang, mais la vie persistait encore. Legallois en conclut, i° que le cœur recevait le principe de son action de tous les points de la moelle par l’intermède du grand sympathique : 2° que l’intégrité de la moelle était indispensable aux fonctions de ce dernier. Mais on a vu des fœtus monstrueux
DE LA VIE ORGANIQUE. 2q3
qui lui sont supérieure ou inférieure. En effet, malgré ces communications, on considère chaque paire d’une manière séparée , on ne fait point un nerf de leur ensemble. De même chaque ganglion doit être envisagé à part , malgré les branches qu’il envoie aux autres.
La description du système des ganglions doit être analogue à celle des nerfs cérébraux. Par exemple, je décris d’abord le ganglion lenticulaire, comme on le fait pour le cerveau; puis j’examine ses branches, parmi lesquelles se trouve le grand splanchnique ;
■naître sans moelle , et pourtant ils avaient vécu dans le sein de leur mère. M. Ph. Wilson, ayant répété les expériences que nous venons de citer , a trouvé que les battemens ne cessaient pas aussitôt après que la moelle avait été détachée ; et qu’ils disparaissaient plus vite quand on la déchirait violemment que lorsqu’on l’enlevait avec précaution. Les animaux soumis à ces expériences résistent aussi en général d’autant plus qu’ils sont plus jeunes. Enfin, sur plusieurs poissons, sur des carpes en particulier, M. Clift a vu les battemens du cœur continuer malgré la lésion de la moelle. Il faut donc avoir égard, dans les conclusions que l’on peut tirer de ces sortes d’expériences, à l’âge et à l’espèce d’animal. On peut appliquer à la moelle , sous ce dernier rapport, ce qui a été dit précédemment du cerveau; savoir , que dans les animaux inférieurs les centres sont beaucoup moins nécessaires à l’action du reste du système nerveux. Leur moindre importance chez ces animaux s’accorde avec leur développement moindre. Le meme , chez l’homme et les animaux supérieurs, le grand sympathique dépend d’autant moins du cerveau et de la moelle , que ces parties sont ellesmêmes moins développées , qu’en un mot l’individu est plus jeune. C’est ainsi , et non d’une manière absolue , qu’on doit résoudre la question que nous nous, sommes proposée, (B^ci^arb.)
car c’est une expression très-impropre que celle qui désigne ce nerf comme donnant naissance au ganglion. De même dans le cou, à la tète, etc., chaque ganglion est d'abord décrit; puis je traite de scs branches, parmi lesquelles se trouvent celles de communication. Il y a donc presque autant de descriptions que de ganglions isolés. On ne doit point traiter, par exemple, de l’ophthalmique avec le nerf moteur commun; pour s’en convaincre, il suffit de voir combien les nerfs ciliaires diffèrent des autres, qni, appartenant à la vie animale, sont aussi contenus dans l’orbite.
D’après tout ce que nous venons de dire , il est évident qu'il y a deux choses à examiner dans lé système nerveux de la vie organique : i° les ganglions ; 2° les lieras qui en partent.
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ARTICLE PREMIER