X VIJ
et consentit à en courir de plus grands encore, pourvu qu’il arrivât au point de gloire qu’il prévoyait ne pouvoir lui échapper désormais. Assuré de réussir, il entreprit un cours d’anatomie plus étendu que le premier , et établit un laboratoire de dissections que près de quatre-vingts élèves remplirent aussitôt.
Ceux qui n’en ont pas été témoins oculaires auront peine à croire qu’un seul homme put suffire à tout ce que Bichat fit dans ce second hiver. L’extrême difficulté de se procurer alors des sujets pour les travaux anatomiques l’obligeait à des fatigues extraordinaires , qui , réunies aux leçons publiques , auraient absorbé tout le temps d’un autre. Cependant il faisait en outre la plus grande partie des démonstrations particulières dans les salles , quoiqu’il eût dans MM. Hay et Rosière les plus zélés coopérateurs. Très-souvent il préparait lui-même les pièces qui devaient servir û ses leçons publiques.il faisoit des expériences physiologiques suivies sur les animaux vivans; et lorsque le soir il rentrait chez lui , accablé par la lassitude et par une contention d’esprit continuelle , au lieu de se donner le repos nécessaire , il passait la plus grande partie des nuits à rédiger les OEuvres chirurgicales de Desault, dernier hommage qu’il crut devoir à la mémoire de celui qui avait été son maître.
Dès cette époque , Bichat songeait à jeter un nouveau jour sur la physiologie. Cette science était même l’objet spécial de plusieurs de ses leçons; mais il ne présentait encore sur elle que quelques aperçus : l’anatomie l’occupait presque exclusivement. Il croyait , avec raison , que pour entrer avec succès dans l’étude des fonctions , il fallait fixer parfaitement ses idées sur la structure des organes. Ses vues se dirigèrent principalement sur le système membraneux , négligé jusqu’alors par les anatomistes. La découverte des membranes synoviales qu’on n’avait point Anat. girn. T* n
XViij PRÉCIS HISTORIQUE
connues avant lui , le conduisit h examiner avec soin les autres membranes que l’on connaissait déjà, mais dont on n’avait déterminé exactement ni la structure ni les propriétés. On les avait observées chacune en particulier, comme formant partie intégrante de tel ou tel organe; Bichat les envisagea dans leur ensemble , et les rapprocha les unes des autres par leurs caractères communs , quelque place qu’elles occupassent dans l’économie organique. La première idée de celle classification lui avait été fournie par les réflexions de Pinel, dans sa Nosographie philosophique ; mais il scia renditpropre parles faits multipliés qu’il découvrit, et surtout par la distinction des membranés fibreuses que Pinel n’avait point indiquées.
Ces belles considérations qui formaient un corps complet de doctrine sur les membranes , n’étaient encore exposées par fiiehat que dans scs cours. Deux mémoires les présentèrent pour la première fois au public dans le second volume du Recueil de la Société médicale d’émula-/ lion. Bichat en ajouta trois autres sur des points importuns de la chirurgie. Dans l’un , il décrivit une nouvelle espèce de trépan, dont les avantages sur l’ancien tiennent è la facilité d’élever et d’abaisser h volonté la couronncau moyen d’une \is, eo qui permet d’employer la pyramide à la place du perforalif , cl de la cacher ensuite en entier sans la défaire , manœuvre qui simplifie le procédé opératoire , en dispensant de démonter à plusieurs reprises l’instrument. Dans le second mémoire, il prouva, par l’examen anatomique et par l’observation, l’impossibilité du déplacement dans la fracture de l’extrémité humérale de la clavicule, et l’inutilité du bandage compliqué de Désunit dans ce cas. Dans le troisième, il indiqua pour la ligature des polypes un nouveau procédé, au moyen duv quel on peut se contenter de la canule et du serre-nœud de Desault, sans y ajouter son porte-nœud, inutile et quelquefois nuisible au, succès de l’opération.
S TJ R M. F. X. R r CHAT.
Enfin, Bichat , profitant du loisir que lui laissait la fin des exercices anatomiques , publia , dans un dernier mémoire, ses premières vues sur la physiologie. Il y établit cette belle distinction des deux vies qu’il fondait alors spécialement sur la forme extérieure des organes , mais qu’il devait ensuite appuyer sur tant d’autres bases non moins solides.
Nous indiquons en même temps ces six mémoires , moins parce qu’ils parurent à la fois , que parce que leur réunion présente sous un meme coup d’œil le plan général de tous les travaux qui ont illustré la vie de Bichat, et nous montre en un instant toutes les idées primitives dont la découverte et le développement ont donné à son nom un éclat immortel dans les sciences. En effet , on voit ici Bichat d’un côté terminer honorablement sa carrière chirurgicale, en ajoutant à l’art des buts nouveaux et des inventions utiles , de l’autre faire briller la première aurore des lumières qu’il devait répandre , soit sur la physiologie, soit sur l’anatomie , en les envisageant toutes deux sous de nouveaux rapports.
Lorsqu’il eut ainsi éveillé l’attention publique, il songea h tenir les promesses qu’il avait faites, et à présenter avec plus de détails des vérités dont il venait de donner les premiers aperçus. Dans un. traité qu’il publia bientôt, il développa sa doctrine sur les membranes , envisageant ces organes sous le report de leur forme , de leur organisation , de leurs propriétés vitales , de leurs fonctions, enfin de leurs sympathies. Ces considérations l’obligèrent à exposer d’avance avec quelque étendue plusieurs de ses principes physiologiques. Souvent môme la découverte de ces principes résulta de ses recherches sur les organes qu’il examinait. Ainsi la différence des forces vitales dans les mem-
branes muqueuses soumises au contact des corps extérieurs, et les membranes séreuses profondément soustraites
XX ' PRÉCIS HISTORIQUE
h ce contact, le conduisit h distinguer en général deux modes de sensibilité , comme on distinguait déjà deux sortes de contractilités. L’étude des sympathies dans les membranes fit naître chez lui l’heureuse idée de diviser ces phénomènes d’après les propriétés vitales dont ils ne sont que le développement irrégulier, au lieu de les classer, comme on le Taisait, d’après les régions où ils surviennent, ou d’après la nature et la disposition des organes qui en sont le siège. Il augmenta le nombre des membranes séreuses , en y ajoutant l’arachnoïde dont il lit voir et les replis à la base du crâne , et la réflexion sur la dure mère , et rinlroduclion dans les cavités cérébrales par une. ouverture placée au dessous du corps calleux. Sous le titre de membranes contre nature , il comprit les kystes, et la membrane des cicatrices, dont il expliqua d’une nouvelle manière la formation progressive , en déduisanl de celle théorie les conséquences pratiques les plus utiles.
Le Traite des Mnnbrancs eut le plus grand succès. Dès qu’il parut on le regarda comme un livre élémentaire et classique. On le cita dans une foule d’ouvrages , et presque tous les savans le placèrent avec honneur dans leur bibliothèque.
Dans le même temps , Bichat commença des cours réglés de physiologie , dans lesquels il proposa sa division des phénomènes de la vie. Les avantages qu’elle présente sont universellement reconnus par les bons esprits; Bichat les a développés tant de fois dans ses ouvrages, lésa prouvés par tant de faits , que les reproduire ici serait répéter ce que personne n’ignore. Observons seulement comme le caractère le plus propre à prouver la solidité de cette doctrine , l’unanimité avec laquelle elle fut reçue et l’en- \\c qu elle excita. Déjà celte envie avait éclaté au sujet du Traité des Membranes. Bichat la méprisa , et ne daigna pas même répoudrç aux critiques injurieuses qu’on aflccU
SUR M. F. X. RICIÏAT.