DES LIGAMENS
Nous avons distingué les ligamens en ceux à faisceaux réguliers , et ceux à faisceaux irréguliers.
§ Ier. Ligamens à faisceaux réguliers.
Ils se rencontrent, en général, dans presque toutes les articulations mobiles , sur les côtés spécialement: de là le nom de ligamens latéraux sous lequel la plupart sont désignés. Quelques-uns cependant sont étrangers aux articulations, comme
FIBREUX
on en voit un exemple dans celui tendu, entre les apophyses coracoïde et acromion, et dans ceux qui complètent les diverses échancrures osseuses , l'orbitaire, par exemple.
Ces organes forment des faisceaux tantôt arrondis , tantôt aplatis , fixés ou plutôt entrelacés au périoste par leurs deux extrémités , faciles à enlever avec lui dans l’enfance, tenant à l’os dans l’adulte par l’ossification des lames internes de cette membrane.
Leur analogie avec les tendons est très-marquée : la différence extérieure est qu’ils tiennent au périoste des deux côtés , tandis que d’un côté les tendons se continuent aux muscles. On voit quelquefois le meme organe être tendon à un âge , et ligament à un autre : cette disposition est remarquable dans le ligament inférieur de la rotule. Cependant il y a , comme nous l’avons remarqué, des différences de composition entre les uns et les autres.
Tous résultent d’un assemblage de fibres parallèles au milieu, divergentes aux extrémités, unies par un tissu cellulaire plus lâche que celui des tendons , et qui souvent contient quelques flocons graisseux. Cette substance s’y porte quelquefois si abondamment qu ils prennent un aspect analogue à celui des muscles graisseux : j’ai fait cette observation aux ligamens du genou d’un sujet d’ailleurs très-maigre.
Il y a quelques vaisseaux sanguins dans les ligamens. Dans certaines maladies des articulations , leur système vasculaire se développe d’une manière très-remarquable , et ils sont pénétrés cl’une
grande quantité de sang : aucun nerf n’y est sensible.
Quelquefois le tissu ligamenteux se transforme en une matière lardacée où toute espèce de fibres disparaît , qui revient rarement à son état primitif , et qui se rencontre presque toujours dans des affections organiques mortelles.
Les ligamens unissent fortement les surfaces osseuses , empêchent leur déplacement, et cependant permettent de faciles mouvemens ; double fonction qu’ils remplissent en vertu d’une double propriété , de leur résistance d’une part , de leur mollesse et de leur flexibilité d’autre part : quelquefois , en dehors , ils servent à quelques insertions musculaires.
§ II. Des Ligamens à faisceaux irréguliers .
Ce sont des fibres irrégulières, parsemées ça et là sur les surfaces osseuses , sans aucun ordre , entrecroisées en divers sens entre le sacrum et l’os iliaque , sur le sommet de l’acromion , etc. On voit plusieurs de ces fibres qui se trouvent aussi çà et là , autour de plusieurs articulations mobiles ; beaucoup de tissu cellulaire les sépare. Elles ne peuvent offrir aucune considération générale.
En général , le système fibreux n’est point aussi régulièrement organisé dans les ligamens qu’il l’est dans les tendons , que le système musculaire l’est dans les muscles, etc. Dans les ligamens même à faisceaux réguliers , on voit souvent des
FIBREUX. 279
fibres se porter en différentes directions , s’écarter du faisceau principal , sans aucun ordre bien distinct (1 ).
(i) ANATOMIE PATHOLOGIQUE PU SYSTÈME FIBREUX.
§ Ier. Altérations dans les formes extérieures .
Les ligamens et les tendons sont épaissis , ramollis dans les tumeurs blanches ; ils deviennent alors fragiles, pour ainsi dire, et cèdent aux moindres efforts dirigés contre eux. Le tissu cellulaire qui les entoure est souvent confondu avec eux et avec celui des parties voisines, ce qui leur ôte leur mobilité, et rend en partie raison de la fixité de leur situation et de la gêne des mouvemens qui accompagne presque toujours ces maladies. Dans d’autres cas , comme dans certaines contractures , les mouvemens sont empêchés par la rigidité qu’acquièrent les tendons , et par la difficulté avec laquelle ils se laissent étendre. Les liga— mens offrent une rigidité semblable dans les fausses ankylosés,
§ II. Altérations dans V organisation.
L’inflammation des parties fibreuses est peu connue : celle du périoste est la plus commune ; elle joue un très-grand rôle dans beaucoup de maladies des os. J’ai vu divers tendons être le siège d’engorgemens lents , qui quelquefois avait été manifestement la suite d’une inflammation aiguë , telle que celle que produit une piqûre, par exemple. J’ai eu moi-même une affection de ce genre , qu’avait déterminée une piqûre à la main : une tumeur se forma dans le tendon extenseur d’un doigt et subsista fort long-temps.
C’est particulièrement dans les ruptures du tendon d’Achille qu’on a eu occasion d’observer le mode de réunion des organes fibreux divisés. Une matière coagulable 7 albumineuse ou fibri*
^8û SYSTÈME
neuse, s’épanche dans cette circonstance * acquiert une densité de plus en plus grande , et finit par unir solidement les deux bouts ; molle et extensible dans le principe , cette substance est susceptible de s’allonger à cette époque , comme cela arrive en effet lorsque le membre se meut trop tôt. La rupture des ligamens a presque constamment lieu dans les luxations; mais ou n’a pas décrit ce qui arrive après la réduction de ces dernières.
L’ossification est peu fréquente dans le tissu fibreux. Rarement l’espèce d’endurcissement qu’éprouve ce tissu chez le vieillard va-t-il jusqu’à y produire cette transformation ; elle ne survient guère que dans les tendons , aux endroits de leurs frottemens , et dans les ligamens , à leur extrémité attachée aux os. Il n’en est pas de même chez certains animaux : chez les gallinacés , par exemple , les tendons des muscles des pieds sont constamment osseux à une certaine époque.
Le périoste est quelquefois affecté de cancer , comme on le voit dans ce que les uns appellent fongus ou fongus médullaire du périoste , les autres , tumeur ossivore , tumeur lymphatique du périoste , etc. D’autres organes fibreux, comme la duremère, présentent des tumeurs analogues. La périostose diffère de ces tumeurs, en ce qu’elle est le résultat d’une exsudation qui se fait au-dessous du périoste détaché de l’os : la matière de cette exsudation devient quelquefois de plus en plus consistante ; nous avons vu qu’elle peut devenir osseuse.
§ III. éditer allons dans le développement.
Certains vices de conformation sont accompagnés d’un relâchement extrême des ligamens qui unissent les os , comme les piedsbots en fournissent un exemple : ce relâchement n’est , dans ce cas , qu’une circonstance secondaire qui dérive de la faiblesse de certains muscles.
Le tissu fibreux se produit dans plusieurs circonstances. i°. Sans parler de sa reproduction quand il est lui-même divisé, les cicatrices de divers organes sont essentiellement fibreuses : c’est ce que nous ayons déjà yu dans quelques circonstances
FIBBEUX.
pour les os , et ce que nous verrons par la suite pour les muscles, pour la peau. 20. Le tissu cellulaire, la membrane rétine, la substance du testicule, la glande thyroïde, se transforment parfois en tissu fibreux. 3°. Des productions fibreuses diverses se développent au milieu des organes. Elles affectent la forme de membranes , comme dans les kystes , ou de faisceaux , comme dans les ligamens des fausses articulations ; ou bien ce sont des masses qu’on désigne sous le nom de corps fibreux. Ces corps se rencontrent particulièrement dans l’utérus : Bichat en fait mention ( page 242 ). Ils occupent différens points de l’épaisseur de cet organe. Leur nombre varie ; souvent on en trouve plusieurs. D’abord très— petits , ils augmentent progressivement de volume , et prennent en certains cas un accroissement considérable. Leurs fibres forment des couches à peu près concentriques , et paraissent comme pelotonnées : elles reçoivent des vaisseaux plus ou moins apparens. Ces corps passent souvent à l’état fibro- cartilagineux ; mais cet état ne leur est pas propre , comme on l’a dit. L’ossifieation peut même s’en emparer : ils ressemblent alors à des pierres ou à des concrétions. Quelquefois ils se ^étachent entièrement , et tombent soit dans la cavité du péritoine , soit dans celle de l’utérus ; ils constituent , dans le second cas , les prétendus calculs de la matrice , dont on trouve plusieurs exemples dans un mémoire de Louis inséré parmi ceux de l’Académie Vde Chirurgie. Les corps fibreux de l’utérus sont connus depuis fort long-temps : Chambon leur avait donné le nom de selérôme. Mais c’est surtout à Bichat , dont les idées sur ce point ont été publiées par M. Roux , et à Bayle , qu’on en doit une description plus exacte. Des corps fibreux analogues ont été trouvés dans d’autres parties, comme au cou, dans l’épaisseur des doigts. Il n’est pas rare de rencontrer autour du vagin , entre la vessie et ce conduit , entre celui-ci et le rectum , ou dans ses parois mêmes , des tumeurs fibreuses , qui , à la vérité , diffèrent un peu des précédentes. Elles n’ont pas l’aspect pelotonné de ces dernières : leur tissu , mou et flexible , a quelque ressemblance avec celui des polypes ordinaires. Mais elles ne naissent pas comme ceux-ci ; leur adhérence est faible avec tous les tissus voisins , en sorte que leur extirpation n’offre aucune
difficulté. M. Pelletan cite des exemples de cette affection • M. Dubois Ta observée un grand nombre de fois ; j’ai vu moimême plusieurs de ces tumeurs. Leur structure mériterait d’être approfondie. Elles sont importantes à connaître dans la pratique, parce qu’on pourrait, si l’on n’y faisait attention , commettre quelque méprise à leur sujet. ( Béclard. )