ORGANISATION DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ANIMALE
La partie propre au muscle est ce qu’on nomme communément la fibre musculaire; les vaisseaux les nerfs , les exhalans et absorbans , le tissu cellulaire, qui est très-abondant autour de cette fibre, forment ses parties communes.
de la force absolue qu?ils peuvent déployer ; 2° leur direction d’un point d’attache principal à l’autre : car lorsque les fibres sont droites et parallèles entre elles , la force du muscle est exprimée par la somme des forces de toutes les fibres ; et s’exerce en outre parallèlement à la direction de ces fibres, tandis que, si les fibres sont obliques à l’axe du muscle , le résultat est différent; 3° leur] disposition courbe ou non courbe, celle en anneau ; 4° la figure géométrique ou autre , à laquelle on peut rapporter celle qui leur appartient ; 5° leur position relativement au reste du corps, et leurs rapports de contiguité ; 6° leur état de simplicité ou de complication : et , sous ce dernier point de vue , les muscles varient infiniment ; les uns n’ont qu’un seul faisceau distinct à l’extérieur , uniceps ; les autres en ont^ deux , biceps ; ceux-ci en présentent trois, triceps ; ceux-là en ont un plus grand nombre , multiceps ; y° l’arrangement relatif des fibres charnues et des fibres aponévrotiques : celles-ci occupent le plus souvent les extrémités d’insertion, mais quelquefois on les rencontre au centre du muscle , séparant cet organe en deux parties ou ventres ( muscles digastriques ) ; tantôt c’est un tendon , tantôt c’est une aponévrose , tantôt ce sont des fibres isolées, qui
§ Ie*. Tissu propre à V organisation du Système musculaire de la vie animale .
La fibre musculaire est rouge , mollasse, d’une grosseur uniforme clans les grands et dans les petits muscles, tantôt disposée en faisceaux trèsapparens et isolés les uns des autres par des sillons remarquables , comme au grand fessier , au deltoïde , etc.*, tantôt plus également juxtaposée, comme dans la plupart des muscles larges; toujours réunie à plusieurs autres fibres de même nature quelle , facile par cette réunion à être distinguée
servent aux insertions musculaires. Lorsque Ton trouve un tendon , il s’épanouit toujours en aponévrose du côté des fibres musculaires pour recevoir leurs insertions ; et tantôt vous le trouverez ainsi disposé en dehors des fibres charnues , tantôt ce sera en dedans de leur faisceau , et ce seront elles enfin qui viendront le recouvrir et le dérober aux yeux. Lorsque l’épanouissement tendineux est extérieur , il peut être simple , et alors la membrane fibreuse peut recouvrir une des faces ou l’un des bords du muscle , ou même se placer entre deux faisceaux charnus, dont elle reçoit les insertions par deux côtés opposés. Enfin , cet épanouissement extérieur peut aussi être double : l’aponévrose se sépare en deux lames , qui tantôt renferment les fibres charnues comme dans une espèce de cornet , et qui tantôt leur présentent simplement une anse ou sinus de réception. 8°. Enfin, il faut noter les noms particuliers qui leur ont été appliqués pour les désigner, soit que l’on ait fait entrer plusieurs considérations dans la fixation, de leur nomenclature, comme le faisaient des anatomistes encore peu éloignés de nous, soit que l’on ait déduit leurs noms des insertions propres à chacun d’eux, comme l’ont tenté avec quelques variations Dumas, Chaussier et le professeur Duméril. (F, Blandin.)
à l’œil nu , mais se dérobant même aux recherches microscopiques lorsqu’on veut l’examiner d’une manière isolée , tant est grande sa ténuité. Malgré cette ténuité extrême , on a fait dans le siècle passé une infinité de recherches pour déterminer avec précision le volume de cette fibre. On peut lire sur ce point le résultat des travaux de Leuwenoek, Muysk, etc. Je n’exposerai point ici ce résultat, parce que la science ne peut en tirer aucun parti , et qu’on ne saurait compter sur son exactitude. Que nous importe d’ailleurs le volume précis de la fibre musculaire? sa connaissance n’ajouterait rien aux notions physiologiques sur le mouvement des muscles.
Toute fibre musculaire parcourt son trajet sans se bifurquer ni se diviser en aucune manière, quoique plusieurs l’aient prétendu ; elle se trouve seulement juxtaposée à celle qui l’avoisine , et non entrelacée , comme il arrive souvent dans le système fibreux : disposition qui était nécessaire aux mouvemens isolés qu’elle exécute ; car la contraction générale d’un muscle est l’assemblage d’une foule de contractions paVtielles, toutes distinctes et indépendantes les unes des autres.
La longueur des fibres charnues varie singulièrement. Si l’on examine , en général , la masse qu’elles forment par leur ensemble , on voit que cette masse a tantôt plus d’étendue que la portion tendineuse du muscle, comme au biceps, au coraco-brachial , au droit interne de la cuisse; que tantôt elle lui est bien inférieure en longueur , comme aux plantaire et palmaire grêles , etc. ,
et que quelquefois elle est en proportion presque égale, comme aux radiaux externes, etc. Si, de l’examen de la masse charnue, on passe à celui des fibres isolées qui la composent , on voit que la longueur de la première est rarement la meme que celle des secondes. Il n’y a guère que le couturier et quelques muscles analogues où les fibres parcourent toute l’étendue de la masse charnue; dans presque tous les autres , elles se trouvent obliquement disposées entre deux aponévroses, ou entre un tendon et une aponévrose ; en sorte que , quoique chacune d’elles soit assez courte, leur ensemble est très-long , comme on le remarque au droit antérieur delà cuisse, au demi-membraneux, etc. Cette disposition peut aussi résulter de diverses in-* tersections tendineuses qui coupent à différentes distances la longueur des fibres. En général , les muscles qui doivent leur longueur à de longues fibres ont beaucoup d’étendue et très-peu de force de mouvement ; tandis que ceux à fibres courtes, mais multipliées de manière à assurer beaucoup de longueur à leur totalité, sont remarquables par une disposition opposée. En voici la raison : toutes les fibres étant également grosses , quelle que soit leur longueur , elles ont le même degré de force : donc, il est évident que cette force, considérée dans un muscle en totalité , est mesurée par le nombre de ses fibres. D’un autre côté, plus une fibre est longue , plus elle se raccourcit dans sa contraction : donc, en se contractant, un muscle rapproche d’autant plus l’une de l’autre ses deux attaches , que ses fibres sont plus longues.
Tontes les fibres des muscles volontaires sont droites , celles des sphincters exceptées. Elles se trouvent ou parallèles , comme dans les rhomboïdes , ou obliquement situées les unes par rapport aux autres , comme dans le grand pectoral. Quelquefois, dans le meme muscle, plusieurs plans se croisent suivant des directions différentes, comme le masseter en offre un exemple ; mais cet entrecroisement est tout différent de celui des muscles involontaires, où il y a de plus entrelacement de fibres , tandis qu’ici on ne voit que des faisceaux à direction différente juxtaposés les uns aux autres.
Je ne parlerai point ici de la figure cylindrique selon les uns, globuleuse selon les autres , de la fibre charnue; l’inspection ne nous apprend rien sur ce point : comment donc a-t-on pu en faire un objet de recherches1, et émettre une opinion qui ne peut avoir aucune base réelle? Disons-en autant de la nature intime de cette fibre , sur laquelle on a tant écrit. Elle nous est inconnue , et tout ce qu’on a dit sur sa continuité avec les extrémités vasculaires et nerveuses , sur la cavité dont on Fa prétendue creusée, sur la moelle qui, selon quelques-uns, la remplit, etc., n’est qu’un assemblage d’idées vagues, que rien de positif ne confirme, et auquel un esprit méthodique ne saurait s’arrêter. Commençons à étudier la nature là où elle commence à tomber sous nos sens. Je compare les recherches anatomiques sur la structure intime des organes aux recherches physiologiques sur les causes premières des fonctions. Dans les unes et les autres, nous
sommes sans guides, sans données précises et exactes : pourquoi donc nous y livrer (i)?
Tout ce que nous pouvons savoir sur la nature de la fibre musculaire, c’est qu’elle est particulière, quelle n’est identique ni à celle des nerfs , ni à celle
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(i) Malgré le peu d’utilité que semblent en effet avoir ces recherches , comme beaucoup de savans s’y livrent encore aujourd’hui , on ne sera pas fâché de trouver ici une courte analyse des travaux et des opinions dont la fibre musculaire a été l’objet.
Les uns la regardent comme divisible presque à l’infini : Muysk disait qu’il fallait diviser et subdiviser chaque faisceau huit fois de suite avant d’arriver à la dernière fibre musculaire. Les autres, à l’exemple de Prochaska, pensent que ce terme est beaucoup moins éloigné. On n’est pas non plus d’accord sur le volume que doit avoir cette fibre : il est inférieur , suivant la plupart , à celui des globules du sang. Sprengel , qui l’a mesurée au micromètre de Banks , lui attribue , au contraire , un diamètre beaucoup plus grand , qu’il porte à un quarantième de ligne dans les mammifères , à un vingtième chez les oiseaux et les poissons.
La fibre musculaire paraît inégale et comme ridée à sa surface , ce qui a été différemment expliqué. On a dit que ces inégalités étaient un simple effet de la contraction musculaire ; qu’elles dépendaient de la contractilité de tissu des parties celluleuses et vasculaires qui entourent la fibre ; que c’était une suite de nœuds et d’étranglemens , dont était composée celle-ci. Cette dernière opinion est la mieux fondée dans les insectes , qui présentent manifestement dans leurs fibres cette sorte d’apparence noueuse ; mais cela n’est pas, à beaucoup près , aussi évident chez l’homme. Meckel , qui a très-bien vu sur les premiers cette disposition , au microscope, n’a pu la reconnaître dans le second. La fibre musculaire lui a paru , chez l’homme , à peu près unie et de la même grosseur dans tous ses points : seulement on y distinguait constamment des globules ou points plus opaques , placés de dis-
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des vaisseaux , ni à celle des tendons ou du tissu cellulaire ; car où il y a identité de nature, il doit y avoir identité de propriétés vitales et de tissu. Or,
tance en distance , et séparés par un milieu plus transparent ; ce qui est bien différent des nodosités. Home a également observé des globules dans la fibre musculaire. En prenant cette fibre privée de son tissu cellulaire par l’ébullition , comme on doit toujours le faire quand on veut l’étudier isolément , et en la faisant macérer , il l’a vue se réduire en corpuscules arrondis , parfaitement semblables aux globules du sang.
Divers observateurs ont examiné au microscope la coupe transversale d’un muscle. La surface de cette coupe représente assez exactement celle d’un terrain basaltique : les fibres sont serrées les unes contre les autres , aplaties , et prismatiques plutôt que cylindriques. On en prendra une très-bonne idée dans une figure qu’en a donnée Procbaska.
La fibre musculaire est-elle pleine ou creuse? C’est une question qui a beaucoup occupé les anatomistes, bien qu’il ne soit guère possible d’y répondre par l’inspection. Aussi n’a-t-on presque formé à cet égard que des suppositions. Cependant Lecat, Verheyen , Vieussens , sp sont tous trois rencontrés sur ce point, et ont cru pouvoir conclure de leurs observations que chaque fibre d’un muscle était l’assemblage de vaisseaux d’un ordre particulier, continus aux artères et aux veines à l’endroit où ces deux ordres de vaisseaux se confondent , mais placés hors de la circulation de ces derniers. Ces vaisseaux , qu’on pourrait appeler de dérivation , sont admis par Mascagni : ce sont les mêmes que Bleuland assure avoir trouvés dans le système capillaire en géné- . ral , et dans d’autres parties encore que dans les muscles. D’un autre côté , Haller rejette cette opinion. Tous ceux qui , comme lui, distinguent des parties injectables et non injectables, et c’est le plus grand nombre des anatomistes, pensent que la fibre musculaire est pleine et hors de toute circulation des fluides.
( Béclard. )
nous verrons que tous ces systèmes diffèrent essentiellement, sous ce point de vue, les uns des autres: donc il ne peut y avoir entre eux d’analogie sous le rapport de la nature, d’où dérivent toujours les propriétés.
Le tissu musculaire est remarquable par sa mollesse , par son peu de résistance. C’est par là qu’il est essentiellement différent du tissu fibreux. Il se rompt avec facilité sur le cadavre. Sur le vivant , cette rupture est rare, parce que la contraction où il se trouve dans tous les efforts violens lui donne une densité dont il emprunte un surcroît énorme de résistance , mais qu’il perd dès qu’il n’est plus dans cet état de contraction. Cependant il est des exemples de ruptures musculaires : c’est principalement aux muscles droits et carrés de l’abdomen qu’on en a observé. J’en ai vu une à ce dernier. Remarquez que lui et tous ceux placés entre les côtes et le bassin sont très-disposés , par leur position, à ces ruptures. En effet, quand le bassin et la poitrine sont portés en sens inverse, ces muscles sont d’autant plus violemment tendus, que dans ces mouvernens toute la partie supérieure du corps représente , avec la poitrine, un grand levier qui se meut en sens opposé d’un autre grand levier que forment le bassin et toutes les parties inférieures : or, par leur longueur, ces leviers sont susceptibles de recevoir un très-grand mouvement, de le communiquer par conséquent aux muscles abdominaux, qui sont étendus entre eux deux, et qui servent à les unir. Voilà comment , dans une violente inclinaison à droite, le carré du côté gauche peut être
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déchiré , etc. Observez que peu de muscles dans l’économie se trouvent entre deux leviers aussi grands, sont susceptibles par conséquent d’en être autant distendus, et surtout de l’être avec une force plus grande que celle de leur contraction; car toute rupture musculaire suppose l’excès du mouvement extérieur qui distend , sur celui des fibres charnues qui se resserrent pour s’opposer à la distension. Si les efforts extérieurs se concentraient sur un muscle seul , ils pourraient plus souvent en vaincre la résistance ; mais presque toujours plusieurs partagent et l’effort à supporter et la résistance à opposer.
Composition du Tissu musculaire .
Le tissu musculaire a été, pour les chimistes , un objet de recherches plus spécial que la plupart des autres tissus organiques. Ils l’ont examiné sous tous les rapports. Je renvoie à leurs ouvrages , à celui de Fourcroy surtout, pour tout ce qui n’est pas strictement relatif à la nature de ce tissu, pour tout ce qui regarde les conséquences non appliquables à la physiologie qu’on peut tirer de la connaissance des principes qui entrent dans sa composition.
Exposé à l’action de l’air, le tissu musculaire s’y comporte de deux manières: i° il se dessèche, si on le coupe en tranches minces et susceptibles d’une prompte évaporation des fluides qu’il contient. Alors son aspect est d’un brun obscur ; ses fibres se serrent les unes contre les autres ; il s’amincit , il devient dur et cassant. Si on le replonge dans l’eau quelques jours et même quinze ou trente jours après
sa dessication, il reprend sa mollesse et sa forme primitives, il offre une teinte moins foncée. L’eau qui a servi à ce ramollissement est plus ou moins fétide, et semblable à celle des macérations. 20. Laissé en masses trop épaisses au contact de l’air, le tissu musculaire ne peut se dessécher, il se pourrit. Aussi, pour préparer les pièces anatomiques par dessiccation , a-t-on soin de diminuer l’épaisseur des plans charnus, ou de les disposer de manière à ce que l’air puisse les pénétrer partout. La putréfaction est inévitable si l’air est humide , si l’évaporation des fluides n’est pas assez prompte pour produire la dessiccation. En se putréfiant, le muscle prend une couleur verte , livide ; il exhale une odeur infecte. Sous l’influence des mêmes circonstances , il se pourrit beaucoup plus vite que les systèmes fibreux , cartilagineux, fibro- cartilagineux. L’odeur qu’il exhale alors est aussi très-différente de celle de ces systèmes : souvent une lueur phosphorique s’en échappe. Un putrilage épais, où toutes les fibres ont presque disparu, remplace le muscle lorsque la putréfaction est avancée. Peu à peu ce putrilage s’évapore en partie, et il reste un résidu brun-noirâtre qui se dessèche et devient dur et cassant, à peu près comme le muscle desséché dans l’état ordinaire, quoique cependant l’aspect soit bien différent.
Exposé à l’action de l’eau, le muscle éprouve des phénomènes différens , suivant quelle est chaude ou froide. L’eau froide lui enlève d’abord sa couleur rouge, dont elle paraît dissoudre le principe. Pour obtenir promptement ce phénomène, il faut exposer la chair , d’abord par couches minces , à l’action
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d’une eau qu’on renouvelle souvent, en plaçant, par exemple , ce muscle sous le robinet d’une fontaine, au courant d’une rivière, ou, ce qui vaut encore mieux , en le traitant par l’expression souvent répétée de l’eau dont on l’imbibe; car si on le garde dans un bocal, son extérieur seul blanchit un peu , l’intérieur conserve sa couleur. L’eau qui a servi à laver un muscle est rougeâtre , et ressemble à du sang étendu de ce fluide: elle contient la substance colorante, plus un peu de substance extractive , de la gélatine, etc. Je crois que, de tous les organes, le muscle est celui auquel on enlève le plus facilement sa couleur par les méthodes artificielles. Levons-nous nous étonner, d’après cela, si la nature fait varier si manifestement et si fréquemment cette couleur par les phénomènes de la nutrition , comme nous aurons bientôt occasion de le faire remarquer? Conservé dans l’eau a une température modérée, le tissu musculaire reste longtemps à s’y ramollir; il en vient enfin là, et se change successivement, couche par couche, en une espèce de putrilage , très-différent cependant de celui qui se forme à l’air libre, comme je l’ai fréquemment observé en mettant macérer les muscles dans une cave dont la température est uniforme. D’autres fois , au lieu de se putréfier ainsi, le muscle se change, comme l’a remarqué Fourcroy, en une substance analogue au blanc de baleine : alors sa fibre est dure, solide. Mais il s’en faut de beaucoup que tous les muscles conservés dans l’eau présentent ce phénomène. Quand il a lieu, très-souvent une espèce de produit rougeâtre, disséminé d’espace en
DE LA VIE ANIMALE* 3lC)
espace sur la surface du muscle , et qui est un effet manifeste de la décomposition, annonce et ensuite accompagne cet état, sans lequel il a aussi souvent lieu. Les macérations des amphithéâtres présentent souvent ce produit.
Lorsqu’on a enlevé aux muscles leur substance colorante par des lotions répétées, il reste un tissu blanc fibreux , dont on peut extraire encore , par l’ébullition , de l’albumine qui s’élève en écume, de la gélatine qui se prend par le refroidissement , une portion de matière extractive qui offre une couleur foncée en se concentrant , et quelques sels phosphoriques. Quand toutes ces substances ont disparu , le résidu du muscle est une substance fibreuse, grisâtre, insoluble dans l’eau chaude, soluble dans les acides faibles , donnant beaucoup d’azote par l’action de l’acide nitrique , et présentant tous les caractères de la fibrine du sang. Il paraît, comme l’a remarqué Fourcroy, que cette substance est vraiment la substance nutritive du muscle, celle qui , exhalée et absorbée sans cesse, concourt à ses phénomènes nutritifs plus que tous les autres : elle compose l’essence du muscle , et le caractérise spécialement, comme le phosphate calcaire est la matière nutritive caractéristique des os. dette substance est-elle formée dans le sang, et de là portée dans le muscle? ou bien est-elle formée dans le muscle par la nutrition , et de là reportée dans le sang? Je l’ignore. Quoi qu’il en soit , elle paraît éprouver de très-grandes variétés dans son exhalation et dans son absorption. L’état de laxité , de cohésion , les apparences mille fois variées du
tissu musculaire , paraissent tenir en partie à ces variétés de proportion. Ainsi le phosphate calcaire ou la gélatine , diminués par la nutrition , donnentils aux os de la mollesse ou de la friabilité. C’est dans cette portion fibreuse et essentielle du muscle que réside particulièrement la faculté de se crisper par l’action du calorique , soit en plongeant un muscle dans l’eau bouillante, soit en l’approchant du feu ; car cette crispation est aussi sensible dans le muscle privé de sa substance colorante, de sa gélatine, de son albumine , et même d’une portion de sa substance extractive, que dans le muscle ordinaire. Il y a , en général , un rapport constant entre la quantité de cette substance fibreuse contenue dans les muscles , et la quantité qu’en renferme le sang. Dans les tempéramens forts, vigoureux, sanguins, comme on le dit, les muscles sont épais et bien plus fibreux. Dans toutes les cachexies lentes , où le sang est appauvri, où le pouls est petit, faible, et où la nutrition musculaire a eu le temps de se ressentir du peu de fibrine du sang, les muscles sont petits , faibles , mous , etc. En général , les muscles et le sang sont toujours en rapport constant; tandis que d’autres systèmes prédominent, souvent , pendant que ce fluide semble être , dansl’économie , en moindre quantité.
Exposé longuement à l’ébullition, comme dan.s le bouilli ordinaire , le tissu musculaire , uni encore aux organes adjacens , à ses parties communes , donne, i° une écume albumineuse qui paraît dépendre plus de la lymphe des cellules que du muscle lui-même; 20 beaucoup de gouttelettes graisseuses
DE LA VIE animale: 3a I
provenant aussi spécialement du tissu cellulaire, presque étrangères au tissu du muscle par conséquent, et qui nagent à sa surface; 3° de la gélatine formée surtout par les intersections aponévrotiques ; 4° une substance extractive qui colore en partie le bouillon , lui donne un goût particulier , et reste en partie adhérente à la chair , à laquelle elle communique une teinte foncée toute différente de celle des chairs crues, teinte qui dépend aussi de la substance colorante du muscle, et qui du reste se change, lorsque le bouillon refroidit, en une teinte moins foncée, et meme comme blanchâtre; 5° différens sels qui concourent beaucoup à la saveur du bouillon , et que les chimistes ont désignés : voilà les phénomènes naturels de l’ébullition du muscle.
L’analyse plus étendue du bouilli n’est pas de mon ressort; mais ce qui ne doit pas nous échapper ici, ce sont les phénomènes dont la fibre est le siège pendant que les produits précédens sont extraits, soit d’elle , soit des tissus environnans. Ces phénomènes peuvent se rapporter à trois périodes. i°. Tant que l’eau n’est que tiède , et même un peu au-dessus de la température du corps, elle laisse le tissu musculaire dans le même état, le ramollit même un peu. 2°. Quand elle approche du degré d’ébullition , quelle commence à se charger d’écume albumineuse, il se crispe, se condense, se r^serre , donne au muscle une densité très-supérieure à celle qui lui est naturelle , et augmente beaucoup sa résistance. J’ai observé que les muscles dans cet état supportent des fardeaux bien plus pesans que dans l’état naturel. ïls se rapprochent pour Anat. cén. t. iii.
ainsi dire de cette densité remarquable qui les caractérise pendant qu’ils se contractent sur le vivant, et qui s’oppose si efficacement à leur rupture. Cette condensation du tissu musculaire, qui est prompte, subite , augmente un peu jusqu’à l’instant de l’ébullition, où elle est à son plus haut degré; elle s’y tient pendant un certain temps. 3°. Peu à peu elle diminue ; les fibres se ramollissent, deviennent plus faciles à se déchirer que dans leur état ordinaire. Ce ramollissement , à l’opposé de l’endurcissement qui précède , se produit lentement et par gradation. Quand il est à un certain degré, la coction est suffisante pour nos tables. Remarquez qu’alors le muscle n’est*point revenu à l’état où il se trouvait avant son endurcissement; entre autres phénomènes qui l’en distinguent , en voici un essentiel : il a perdu la faculté de se crisper , de se racornir, soit dans les acides très-concentrés , soi^ dans l’alcool , soit surtout sous l’action vive du calorique auquel on l’expose de nouveau. Il se pourrit en général plus difficilement. Sa putréfaction ne donne point la même odeur. On sait combien sa saveur diffère. Les principes qu’il a perdus sont sans doute une des grandes causes de ces différences.
Quand le muscle est exposé à un feu nu , comme dans le rôtissage, l’albumine s’y condense , la gélatine se fond; la fibrine pénétrée de sucs s’attendrit, la substance extractive s’écoule en partie avec la gélatine et avec des sels tenus en dissolution : c’est ce qui forme le jus , qui est, comme on sait, très-différent de la graisse fondue. L’extérieur de la viande reste plus dense que l’intérieur ; il est
coloré par la substance extractive. L’intérieur perd en partie sa couleur naturelle; sa consistance, son goût, sa composition même changent entièrement* Les fibres ont , comme dans l’ébullition , perdu la faculté de se resserrer, de se crisper par les forts excitans et surtout par le feu.
Aucune partie dans l’économie animale n’est plus altérable par les sucs digestifs que les muscles. Presque tous les estomacs supportent le bouilli, tandis que plusieurs répugnent à d’autres organes cuits. Les animaux carnassiers se jettent plutôt sur les muscles de leur proie , que sur les viscères pectoraux et gastriques. La chair musculaire est , pour la plupart des peuples , l’aliment le plus fréquent , celui dont ils ne se dégoûtent jamais; elle paraît être le plus nourrissant de tous ceux que fournissent les tissus divers des animaux. Est-ce , comme on le dit, parce qu’il contient , le plus d’azote? Quelle qu’en soit la raison , c’est une observation remarquable que ce rôle général que joue le système musculaire dans la digestion de tous les carnivores , de l’homme en particulier. Cependant toutes les parties de ce système ne paraissent pas également propres à flatter le goût des animaux. Par exemple , c’est une observation singulière, que les cadavres apportés dans nos amphithéâtres , et que les rats ont attaqués dans les cimetières , se trouvent toujours presque exclusivement rongés dans les muscles de la face.
Observez, à l’égard de cet usage des muscles dans la digestion , que c’est la portion du système fibreux qui est adhérente aux muscles, et qui fait, pour
ainsi dire, corps avec eux, je veux dire les tendons, qui est la plus altérable par la macération , par l’ébullition, et sans doute par les sucs digestifs. Remarquez encore que la grande masse que représentent les muscles dans le corps de tous les animaux , dont ils forment plus du tiers , offre aux espèces carnivores d’amples matériaux à leur nutrition : ainsi la nature , en multipliant ces organes pour les besoins de l’individu qu’ils meuvent , semble-t-elle les multiplier aussi pour ceux des individus que celui-ci doit un jour nourrir. En les formant dans chaque espèce, elle travaille pour les autres espèces autant que pour celle-là. Qui sait si ce but général , que l’observation nous présente dans la série de tous les animaux, n’est pas la cause de cette prédominance remarquable que les muscles présentent sur les autres systèmes? qui sait si la nature n’eût pas diminué les puissances de la mécanique animale , qui sont et si nombreuses et si compliquées en comparaison de celles de nos machines artificielles? qui sait si elle n’eût pas simplifié les moyens en laissant les mêmes résultats , si les mouvemens des animaux avaient été l’objet unique de la formation des muscles ?
Le sexe influe beaucoup sur la qualité de la chair des animaux. Je ne crois pas qu’on ait aucune donnée sur la nature de l’influence qu’exercent sur elle les parties génitales ; mais voici à ce sujet plusieurs faits remarquables. Les muscles des mâles, plus forts, mieux nourris, ont plus de saveur, résistent plus long-temps à la coction , sont plus fermes, etc. L’eau bouillante altère, au contraire,
plut vite le tissu des femelles; il est plus tendre, il donne au bouillon une saveur moins forte. Dans la saison du rut, le système musculaire des premiers se pénètre d’une odeur particulière , qui même souvent le rend désagréable au goût : c’est une observation facile à vérifier dans les quadrupèdes, les oiseaux, les poissons même qu’on sert sur nos tables. Sans prendre une odeur aussi marquée, les chairs des secondes deviennent à cette époque mollasses, flasques et peu savoureuses.
§ II. Parties communes à V organisation du Système musculaire de la Fie animale . — Tissu cellulaire.
Le tissu cellulaire est très-abondant dans le système musculaire : je ne connais pas même de système qui en soit pourvu en proportion plus grande. Ce tissu forme une couche extrêmement marquée autour de chaque muscle. Cette couche est le plus communément lâche , remplie de graisse, facile à être distendue par l’air dans les emphysèmes, par la sérosité dans l’anasarque. D’autres fois elle est plus dense, plus serrée, véritablement disposée en membrane : telle est, par exemple, celle qui recouvre le grand oblique de l’abdomen, dont la dissection est, à cause de cela, difficile pour les commencans. Les autres muscles abdominaux, le trapèze, le grand dentelé et le grand dorsal présentent aussi cette disposition. On dirait que par elle la nature supplée aux aponévroses, qui manquent sur les muscles larges du tronc. Au reste, cette couche n’a que l’apparence membraneuse, elle n’en a nul-
lement l’organisation ; elle disparaît dans les infiltrations , où toutes les membranes véritables restent.
Outre cette enveloppe générale du muscle , chaque faisceau a une enveloppe moindre , chaque fibre une enveloppe encore moins considérable, chaque fibrille une gaine presque insensible, quoique réelle. On peut donc se représenter le tissu cellulaire des muscles comme formant une série d’enveloppes successivement décroissantes. Ces enveloppes favorisent le mouvement des fibres quelles isolent, soit par la sérosité des cellules, soit par la graisse qui s’y trouve , double fluide qui , en les lubrifiant , rend plus facile leur glissement mutuel. Souvent, entre ces fibres, le tissu cellulaire paraît former des espèces de traverses qui les coupent à angle droit. On voit surtout cette disposition dans l’extenseur propre du gros orteil, et dans l’extenseur commun , dont les faisceaux charnus sont larges et minces lorsqu’on les distend. Dans la plupart des muscles épais , rien de semblable ne s’observe.
La quantité de tissu cellulaire inter-musculaire est singulièrement variable. En général , dans tous les muscles larges, dans les grands muscles longs, il est très-abondant; il est moindre proportionnellement entre les fibres de ceux des gouttières vertébrales : derrière le cou , les splénius , les complexus , etc., en ont moins que beaucoup d’autres , surtout dans les espaces qui les séparent (i).
Quelquefois des prolongemens cellulaires assez
(i) La laxité du tissu cellulaire inter-musculaire n’est pas moins remarquable que sa quantité. Cette propriété est in dis-
considérables se trouvent au milieu des muscles , et semblent les partager en deux; tel est celui qui sépare la portion claviculaire du grand pectoral : cette disposition a même embarrassé quelquefois les anatomistes sur la division de ces organes.
En général , le tissu cellulaire fixe les muscles . dans leur position : l’art de la dissection le prouve. Les fusées de pus , qui souvent font l’office du scalpel, rendent aussi très-sensible cet usage, lequel n’exclut point la mobilité en tout sens à laquelle se prête la grande extensibilité du tissu cellulaire* Non-seulement le tissu cellulaire fixe les muscles les uns aux autres, mais encore il attache chacune de leurs fibres aux fibres voisines; il s’affaisse dans leur contraction , s’allonge dans leur distension : si elles en sont privées, leurs mouvemens deviennent irréguliers et vagues. J’ai plusieurs fois isolé, par le scalpel, un muscle mis à découvert sur un animal vivant, en plusieurs petits faisceaux; en faisant ensuite contracter ce muscle par l’irritation de la moelle, au moyen d’un stylet introduit dans son canal , j’ai remarqué manifestement cette irrégularité de mouvement. Fendez longitudinalement un muscle d’un membre depuis son tendon supérieur jusqu’à l’inférieur, de manière à le
pensable pour la liberté de glissement des muscles les uns sur les autres. Ce qui le prouve d’ailleurs, c’est que la laxité de ce tissu est en raison directe de l’étendue de contraction des muscles voisins. Comparez en effet, sous ce rapport, les brides cellulaires qui séparent les muscles des gouttières vertébrales , avec celles que l’on rencontre entre les longs muscles de la cuisse, et vous jugerez aisément de la différence. (F. Blandin. )
diviser en deux ou trois portions entièrement isolées ; irritez ensuite une de ces portions, l’autre ou les deux autres resteront presque toujours en repos , tandis qu’une seule fibre irritée dans un muscle sain met en mouvement la totalité de ce muscle. La section des vaisseaux, des nerfs, peut sans doute influer un peu sur ce phénomène; mais certai- . nement celle du tissu cellulaire y concourt aussi.
Souvent , dans les hydropiques , la sérosité du tissu inter-musculaire est rougeâtre; c’est un phénomène cadavérique qui dépend de ce que cette sérosité a agi après la mort sur la substance colorante. Je crois que l’effet de cette lotion ne peut avoir lieu pendant la vie que difficilement. La graisse surabonde quelquefois dans ce tissu , au point que les fibres charnues, étouffées par elle, pour ainsi dire, disparaissent et la laissent voir uniquement ; mais souvent aussi on prend pour cet état graisseux des muscles l’aspect jaunâtre de leurs fibres , aspect produit par l’absence de substance colorante. Je n’ai vu le premier état que rarement; le second est extrêmement fréquent. On s’y méprendrait quelquefois au premier coup d’œil ; mais Fébullition et la combustion prouvent facilement que la graisse est absolument étrangère à cette décoloration des muscles examinés dans cet état.
Vaisseaux .
Les artères des muscles sont très- apparentes ; elles viennent des troncs voisins, et pénètrent par toute la circonférence de l’organe , plus cependant
DE LÀ VÏE ANIMALE. SlQ
vers son milieu que vers ses extrémités. Elles rampent d’abord entre les faisceaux principaux, se divisent ensuite et se portent par leurs divisions entre les faisceaux secondaires, se subdivisent et serpentent entre les fibres , deviennent enfin capillaires et accompagnent les fibrilles , où elles déposent , par le système exhalant , la matière nutritive.
Il est peu d’organes qui aient, à proportion de leur volume, plus de sang que les muscles. Ce sang est essentiellement nécessaire à entretenir leur excitation , comme nous le verrons : c’est lui qui colore le tissu musculaire , mais non , comme il le semble d’abord , en circulant dans ce tissu. La portion circulante ou libre n’y concourt que peu. C’est la portion combinée avec le tissu musculaire , celle qui concourt à sa nutrition, qui lui donne sa couleur : en voici les preuves : i° les fibres des intestins sont aussi et même plus pénétrées du sang circulant que celles des muscles de la vie animale, et cependant leur tissu est manifestement blanchâtre là où ces vaisseaux ne se trouvent pas. a0. Plusieurs animaux à sang rouge et froid , les grenouilles en particulier , ont des muscles presque blancs, et cependant beaucoup de vaisseaux rouges parcourent ce tissu blanc. 3°. J’ai observé que , dans les animaux asphyxiés , la substance colorante ne change point de couleur; sans doute parce quelle est lentement combinée avec le muscle par la nutrition ; qu’au contraire , si on coupe alors un muscle dans les derniers instans de la vie , pendant que le sang veineux circule encore dans le système artériel 7 ce sang s’écoule par des jets noirs
des artères musculaires , le tissu musculaire luimème restant rouge. Cette expérience curieuse, que j’ai indiquée dans un autre ouvrage, se fait en asphyxiant exprès un animal par une compression sur la trachée-artère, ou par tout autre moyen d’intercepter l’air dans ce conduit , pendant qu’on examine le système des muscles (i). Lorsqu’un muscle a resté exposé pendant quelque temps au contact de l’air , à celui de l’oxygène spécialement , sa couleur rouge devient sensiblement plus brillante.
Les vaisseaux musculaires laissent dans certaines circonstances échapper le sang qu’ils contiennent : de là diverses espèces d’hémorrhagies remarquables surtout dans le scorbut , quelquefois dans les fièvres putrides, rarement et même jamais dans les maladies que l’accroissement de vitalité caractérise. Infiltré de sang dans les hémorrhagies acci-
(i) Ajoutez à toutes ces preuves que la matière colorante retirée de la chair musculaire par des lotions répétées est différente de celle du sang libre dans le système circulatoire. Une expérience, pourtant, semble opposée à cette opinion , savoir, que la couleur des muscles ne dépend point des fluides qui y circulent. Elle consiste à pousser de l’eau chaude dans l’artère coronaire : le sang sort d’abord par la veine correspondante , puis l’eau ; le cœur conserve sa couleur rouge dans les premiers instans ; mais il finit par la perdre et devient tout-à-fait incolore. On serait tenté de croire , d’après cette expérience , si elle est exacte , que la substance colorante des muscles , tout en étant située hors du grand mouvement circulatoire du sang, est cependant soumise , dans ces organes, à une circulation particulière.
(Béclard. )
dentelles, spécialement dans les anévrysmes faux par diffusion , les muscles perdent en partie leur mouvement ; cela arrive aussi dans les contusions, où de semblables infiltrations s’observent.
Les veines suivent partout les artères dans les muscles; elles ont les mêmes distributions , et reçoivent des contractions de ces organes un secours essentiel à leur action. Le jet de sang est plus fort quand le malade qu’on saigne contracte ses muscles que quand il les relâche; il y a pour ainsi dire expression du fluide, comme d’une éponge humide qu’on serre. La circulation artérielle ne présente point ce phénomène. J’ai observé que , si on ouvre l’artère du pied d’un animal , et qu’on fasse contracter fortement , par l’irritation des nerfs , les muscles de la jambe et de la cuisse à travers lesquels cette artère passe avant d’arriver au pied , le jet n’est pas plus fort que pendant le relâchement.
J’ai plusieurs fois injecté les veines des muscles de la vie animale, avec facilité, des troncs vers les branches; ce qui me fait croire, malgré ce qu’a dit Haller, que, dans ces organes comme dans le cœur, les valvules sont moins nombreuses que dans plusieurs autres. Sans doute que les secours que les veines empruntent de leurs organes environnans suppléent à ces replis, ou plutôt les rendent inutiles, le poids de la colonne de sang ne faisant pas un grand effort contre les parois veineuses. Les varices des veines musculaires sont, comme on le sait, extrêmement rares. Ces veines sont de deux ordres : les unes accompagnent les ar-
tères, et suivent le même trajet, îes autres rampent superficiellement à la surface de Forgane, sans avoir d’artères correspondantes.
Il y a des absorbans et des exhalans dans les muscles , mais on ne peut que difficilement suivre les premiers, et les seconds ne s’aperçoivent point.
Nerfs ,
Les nerfs des muscles de la vie animale viennent presque tous du cerveau; les ganglions en fournissent peu : quand cela arrive, comme au cou, au bassin , etc. , outre les filets provenant de ces centres nerveux, il y a toujours des filets de nerfs cérébraux ; sans cela ces muscles seraient involontaires. Peu d’organes reçoivent plus de nerfs à proportion de leur volume*» que les muscles. En général, les extenseurs paraissent en avoir un peu moins que les fléchisseurs; mais la différence esf; très-peu sensible. Il est vrai que tous les gros troncs nerveux sont dans le sens de la flexion . que, dans celui de l’extension, il n’y a que des branches ou des rameaux, comme on le voit à la partie postérieure du bras, de l’avant-bras, de la colonne vertébrale, etc. Il est vrai aussi que cette remarque est encore applicable à l’existence des vaisseaux, qui sont et plus gros et plus nombreux dans le premier que dans le second sens; mais ce nombre plus grand de vaisseaux et de nerfs vient de ce qu’il y a bien plus de fléchisseurs que d’extenseurs, de ce que les premiers sont plus forts, à fibres plus multipliées; en sorte
que chacune de ces fibres ne reçoit guère plus de filets nerveux ou vasculaires dans les uns que dans les autres muscles. Je crois peu fondé ce qu’on a dit sur la différence de force des fibres des fléchisseurs et des extenseurs, sur la prédominance des premiers, etc. Si ceux-ci l’emportent, c’est qu’ils sont ou plus nombreux, comme au pied, à la main, etc., ou plus avantageusement disposés, comme au tronc, sur lequel les muscles abdominaux agissent très-loin du point d’appui pour fléchir l’épine, tandis que pour l’étendre les muscles dorsaux exercent leur action immédiatement à côté de ce point d’appui; comme encore au cou, où les muscles qui abaissent la mâchoire inférieure et la tête, lorsque cet os est fixe, sont bien plus éloignés des condyles occipitaux que les muscles qui agissent pour produire l’extension. Quelle que soit la cause de la supériorité des fléchisseurs, on ne peut la révoquer en doute (i). Dans les convulsions hystériques, dans celles des enfans, etc., dans tous les mouvemens spasmodiques où la volonté est nulle, les contractions ont lieu bien plus dans le sens de la flexion que dans celui de l’extension , ce qui arrive cependant. 20. Chez les vieillards, les fléchisseurs finissent par l’emporter
(i) Enoncée d’une manière générale, comme elle l’est ici, cette proposition demande distinction ; en effet, dans certains lieux , les muscles extenseurs l’emportent sur les fléchisseurs ; mais ailleurs on observe un état inverse. Ainsi, chez l’homme en particulier , dont la destination pour l’attitude verticale ne pourrait être mise en doute que par des sophistes ou d’ignorans phy-
sur les extenseurs; par exemple, les doigts se courbent presque constamment au pied et à la main. 3°. Dans tous les mouvemens, la force est toujours du côté de la flexion.
siologistes , les muscles postérieurs du tronc sont plus nombreux et plus forts que les fléchisseurs ; et il en est de même de ceux qui servent à l’extension du bassin sur les fémurs, du pied sur la jambe. Que si on opposait les raisons données par Bichat , que chez les enfans et les vieillards ce sont les mouvemens de flexion qui prédominent ; je répondrais que cela ne prouve rien pour l’homme adulte , dont il est ici question. On voit seulement par là , ce qui était connu depuis long-temps , que les deux âges extrêmes de la vie se ressemblent sous le rapport de la difficulté apportée à l’extension du tronc ; or cette difficulté dépend , chez les enfans , de l’état rudimentaire des apophyses épineuses du rachis, et par suite de la brièveté du bras de levier qu’elles fournissent aux muscles dorsaux ; chez les vieillards , de la courbure de l’épine en avant , sous l’influence du poids des organes antérieurs du tronc , courbure en arc qui rend moins oblique l’insertion des muscles fléchisseurs ; circonstances diverses qui sont étrangères aux muscles eux-mêmes , et qui rendent impossible à ces âges la station sur deux pieds. Au reste , chez les adultes , s’il est vrai que la force effective des muscles extenseurs soit , dans plusieurs points , beaucoup supérieure à celle des fléchisseurs , la chose est bien plus réelle encore pour la force absolue ; en effet , les extenseurs du tronc en particulier , les muscles des gouttières vertébrales, agissent sur le rachis, pour l’étendre, par un bras de levier infiniment plus court que celui à l’aide duquel les muscles abdominaux, par exemple, l’entraînent dans la flexion. Cette circonstance, qui frappe tous les yeux, suffit sans doute pour montrer la nécessité d’un grand appareil d’extension supérieur de beaucoup en force absolue à celui de flexion. Voyez d’ailleurs combien la nature a favorisé la flexion du rachis, et par suite soulagé l’action musculaire propre à ce mouvement : les ligamens postérieurs de cette tige osseuse sont formés d’un tissu très-exten-
DE LA Vie animale.
En pénétrant les muscles, les nerfs les coupent, aux membres, à angle très-aigu, parce que les troncs nerveux sont dans la direction naturelle de ces organes. Au tronc, au contraire, les nerfs sortant de l’épine, les cervicaux surtout, pénètrent leurs muscles à angle presque droit ou moins sensiblement aigu : cette circonstance est indifférente. Chaque branche, arrivée dans les fibres charnues, se divise d’abord et se subdivise dans leurs interstices, puis se perd dans leur tissu (i). Chaque fibre reçoit-elle un ramuscule nerveux ? On serait porté à le croire, lorsqu’on observe que, la branche principale étant irritée, toutes les fibres entrent en action, aucune ne reste inerte. Mais, d’un autre côté, si on en irrite une, toutes se mem vent aussi , ce qui est certainement un phénomène sympathique ou dépendant des communications celluleuses.
sible, de tissu fibreux jaune ; au contraire, n’ètes-vous frappés, en considérant la résistance et le peu d’extensibilité du ligament vertébral commun antérieur , des obstacles qui ont été mis à l’extension du tronc, et par suite de l'énergie qu’il a fallu déployer dans les forces destinées à produire cet effet. (F. Blandin,)
(i) Suivant MM. Prévost et Dumas, en plaçant sur l’objectif d’un microscope solaire une tranche de muscle, le sterno-pubien cl’une grenouille, par exemple, il est facile de voir que les nerfs présentent, en se terminant dans les muscles, la disposition suivante : leurs derniers rameaux s’insèrent entre les fibres musculaires , dont ils croisent la direction à angle droit ; et, chose remarquable, si le muscle est contracté , on voit que les dernières hbrilles transverses du nerf répondent précisément au sommet des angles *pu flexuosités des fibres musculaires. (F, Blandin. )
Les nerfs se dépouillent-ils de leurs enveloppes celluleuses? deviennent-ils pulpeux en entrant dans les muscles ? La dissection ne m’a montré rien de semblable.
ARTICLE III