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PHÉNOMÈNES DE L’ACTION DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ANIMALE

Jusqu’ici nous n’avons parlé que de îa motilité musculaire , abstraction faite des phénomènes qu’elle présente dans les muscles , lorsqu’elle y est en exercice. Ces phénomènes vont à présent nous occuper. Ils sont spécialement relatifs à la contraction , qui est l’état essentiellement actif du muscle , le relâchement étant toujours un état purement passif. Nous concevrons facilement les phénomènes de celui-ci, lorsque ceux de l’autre, dont ils sont l’inverse, nous seront connus.

§ Ier. Force de la Contraction musculaire ,

La force de la contraction des muscles de la vie animale varie beaucoup, suivant quelle est mise en jeu par les irritans ou par l’action cérébrale.

Tout irritant porté sur un muscle mis à découvert ne détermine qu’un mouvement brusque, rapide , mais en général peu énergique. Je me suis fréquemment convaincu , dans mes expériences , qu’il est impossibled’approcher, même de très-loin, par ce moyen , de l’extrême énergie que communique le cerveau aux muscles de la vie animale. Le système musculaire organique, que les excitans immédiatement appliqués mettent principalement en

mouvement , n’a jamais des exacerbations de force correspondantes à celles que la contractilité animale nous présente à un si haut point en certaines circonstances. C’est donc spécialement quand les muscles se meuvent en vertu de cette dernière propriété, qu’il faut considérer la force de leur contraction. Or, cette contraction peut, comme nous avons vu, être déterminée , i° en agaçant le cerveau dans les expériences, 20 lorsque son excitation a lieu, dans l’état naturel, parla volonté ou par sympathie. Dans le premier cas, la force de contraction n’est jamais très-énergique , quel que soit l’excitant que l’on emploie , soit sur le cerveau, soit sur les nerfs mis à découvert. J’ai constamment observé un mouvement convulsif très-rapide, assez analogue à celui qu’on obtient en excitant les muscles eux-mêmes, mais jamais aussi fort que celui qui est le résultat de l’action vitale. Malgré ce qu’ont écrit certains physiologistes , jamais , en irritant les nerfs des fléchisseurs , on ne peut imprimer à ceux-ci une énergie d’action comparable à celle que la volonté peut leur donner. Irritez , par exemple , le nerf sciatique dans un membre inférieur qui vient d’être amputé, jamais les orteils ne se fléchiront avec la force qu’ils offrent en certains cas dans l’état naturel. J'ai fait deux fois cette expérience dans les amputations pratiquées par Dcsault : étranger encore à la physiologie , j’avais été vivement frappé de ce phénomène.

Dans rexcitation cérébrale et dans celle de la moelle , on ne peut aussi bien apprécier la force des contractions qui eu résultent , que quand on

agace un nerf isolé : en effet , tout îe système entrant alors en action convulsive, les extenseurs détruisent en partie l’effort des fléchisseurs , et réci» proquement; les muscles simultanément en action, se contre-balancent , se heurtent et se nuisent. L’excitant qui imprime le plus de force aux contractions m’a toujours paru être le galvanisme.

Dans l’état de vie, la force de contraction musculaire dépend de deux causes : x° du muscle , a0 du cerveau. Ces deux causes sont en proportion variable; il faut les considérer isolément.

Sous une influence cérébrale égale , le muscle bien nourri , qui se dessine avec énergie à travers les tégumens , qui a des formes très-prononcées parce que ses fibres sont très-grosses , se contractera bien plus fortement que celui qui est grêle , mince, à fibres lâches , pâles, peu prononcées, et qui ne fait sous les tégumens qu’une saillie légère. Dans notre manière ordinaire de concevoir la force musculaire , c’est à cet état du muscle que nous nous arrêtons surtout. Les statues qui nous peignent la force et la vigueur ont toujours pour attribut le développement énergique des formes musculaires. Quand le cerveau agit sur ces muscles-là avec énergie , ils sont susceptibles de mouvemens extraordinaires. Je ne rapporterai point d’exemples des efforts étonnans dont ils sont alors susceptibles : Haller et d’autres en ont cité une foule * soit dans les muscles du dos pour porter des fardeaux , soit dans les muscles des membres supérieurs pour lever des poids considérables, soit dans ceux des membres inférieurs pour faire des sauts, pour con-

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server des attitudes qui supposent d’énormes résis-

tances à surmonter.

C’est surtout l’influence cérébrale qui augmente beaucoup îa force de contraction musculaire. La volonté peut élever très-haut cette force; mais les différentes excitations qui lui sont étrangères l’exaltent infiniment plus. On connaît la force qu’acquiert un homme en colère, celle des maniaques , celle des individus dans le transport cérébral d’une fièvre essentielle , etc. Dans tous ces cas , l’impulsion communiquée par le cerveau est telle quelquefois que les muscles les plus grêles de la femme la plus faible surpassent en énergie ceux de l’homme le plus vigoureux considéré dans l’état ordinaire.

La force de contraction musculaire est donc en raison composée et de la force d’organisation du tissu des muscles et de la force d’excitation cérébrale. Si toutes deux sont peu marquées, les mouvemens sont presque nuis ; si toutes deux sont au plus haut point, il est difficile de concevoir jusqu’où peuvent aller les effets qui en résultent : un maniaque à muscles épais et prononcés est capable d’efforts que vainement on essaierait de calculer. Si la force nerveuse est très-énergique , et le tissu musculaire peu prononcé , ou que l’état inverse se remarque , les phénomènes de contraction sont moindres. En général , la nature a presque toujours réuni ces deux choses de cette dernière manière. Les femmes et les enfans, que caractérise la faiblesse du tissu charnu , ont une motilité nerveuse très-grande; les hommes, au contraire, ceux surtout à formes athlétiques, moins faciles à s’émou-

voir dans leur système nerveux, en reçoivent des causes plus rares d’une forte influence sur leurs muscles.

Quel que soit le point de vue sous lequel nous considérions la force des contractions du système musculaire de la vie animale, elle est toujours extrêmement considérable , à proportion de l’effet qui résulte de ces contractions. La nature, dans l’économie, suit une loi inverse de celle du mouvement de nos machines ordinaires, dont le grand avantage est d’augmenter beaucoup les puissances motrices , de produire un grand effet avec peu de force. Ici il y a toujours grand déploiement de forces pour peu d’effet, ce qui tient aux causes nombreuses tendant à détruire l’effet de ces forces. i°. Les muscles agissent presque toujours sur un levier très-défavorable, sur celui où la puissance qu’ils représentent est plus près du point d’appui que la résistance. 20. Tous ont à vaincre , en se contractant, la résistance des antagonistes. 3°. Comme , dans chaque mouvement, il y a toujours un point fixe, l’effort qui , d’après la contraction , se porte sur ce point fixe est perdu entièrement. 4°. Les frottemens divers nuisent aussi au mouvement. 5°. L’obliquité de l’insertion des muscles sur les os, obliquité bien plus voisine en général de la direction horizontale que de la perpendiculaire , l’obliquité non moins remarquable des attaches charnues sur le tendon ou l’aponévrose, offrent une double cause d’affaiblissement. Toutes ces raisons et plusieurs autres qu’011 pourrait y ajouter avec Borelli, qui a été le premier à faire ces remarques importantes

sur le mouvement musculaire, prouvent que la force absolue ou réelle des muscles est infiniment supérieure à leur force effective. Cependant tous ne sont pas aussi favorablement disposés : dans les uns, comme au soléaire , l’insertion est perpendiculaire à l’os; dans d’autres, comme aux muscles qui agissent sur la tête, on observe qu’ils sont puissance d’un levier du premier genre. En général, pour estimer la force d’un muscle isolé , du deltoïde , par exemple, il faut surtout avoir égard à la distance de son insertion au point d’appui , au degré d’ouverture des angles formés par les fibres charnues sur le tendon , et ensuite par le tendon sur l’os , au partage des forces entre le point fixe et le point mobile.

Quelques avantages semblent compenser légèrement, dans certains muscles, leur disposition peu propre à la force du mouvement : tels sont, i° les sésamoïdes , la rotule, les éminences diverses d’insertion , le gonflement des os longs à leurs extrémités, etc., qui éloignent les fibres des points mobiles; a0 la graisse inter-musculaire, celle qui est aux environs des muscles , le fluide des gaines synoviales , qui facilitent les mouvemens en lubrifiant les surfaces qui les exécutent ; 3° les toiles aponévrotiqiies qui répercutent les mouvemens sur les membres ; Z«° ces mouvemens eux-mêmes, ceux de flexion, par exemple, qui, à mesure qu’ils ont lieu, diminuent l’obliquité de l’insertion des fléchisseurs, la rendent même perpendiculaire, comme l’a très-bien observé un auteur moderne.

On a fait beaucoup de calculs sur le déchet du

DE LA VIE ANIMALE. 4oi

mouvement musculaire, sur l’effort d’un muscle qui se contracte, comparé à l’effet qui en résulte.

Ils n’ont jamais- pu être précis, parce que les forces vitales varient à l’infini-, qu’elles ne sont point les mêmes dans deux individus, que l’influence cérébrale et la force d’organisation musculaire ne sont jamais en proportion constante dans le même sujet. C’est le propre des phénomène svitaux d’échapper à tous les calculs, et de présenter, comme les forces dont ils émanent, un caractère d’irrégularité qui les distingue essentiellement des phénomènes physiques. Concluons seulement des observations précédentes , que l’effort musculaire porté au plus haut point par l’excitation cérébrale peut produire des effets étonnans, et qui supposent une force de contraction qu’à peine nous concevons : telle est la rupture des forts tendons , de la rotule, de l’olécrâne, etc.; telle est encore la résistance souvent opposée par les muscles aux énormes distensions qu’on emploie pour les luxations, pour les fractures, etc.

§ II. Vitesse des Contractions ;

Les contractions doivent être considérées sous le rapport de leur vitesse comme sous celui de leur force.

i°. Si c’est par les stimuîans qu’elles sont produites, en mettant un muscle à découvert et en agissant directement sur lui, elles varient suivant l’état de vitalité du muscle, et suivant le corps qui stimule. Dans les premiers momens de l’expérience , Anat. gén. t. iix. 26

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elles se succèdent avec rapidité , s’enchaînent quelquefois avec une vitesse que Fœil peut suivre difficilement. A mesure que le muscle languit , ses contractions deviennent moins promptes; elles cessent au bout d’un certain temps. On les ranime en employant un stimulant très-actif; les fibres finissent enfin par y être aussi insensibles.

2°. Si c’est en irritant le nerf que l’on fait contracter un muscle volontaire, on détermine une vitesse de contraction plus grande encore qu’en agaçant le muscle lui-même. La course serait d’une rapidité presque incommensurable , si chaque contraction quelle nécessite était égale à celle qu’on obtient alors, surtout lorsqu’on agit d’une part sur des animaux très-vivaces, d’une autre part, avec des stimulans très-actifs, avec le galvanisme, par exemple. J’ai fait à cet égard une remarque : c’est que ni la vitesse ni la force des contractions ne sont communément plus augmentées si on irrite en même temps tous les nerfs qui vont à un muscle, que si on n’en agace qu’un seul.

3°. Quand c’est la volonté qui règle la vitesse des contractions musculaires, cette vitesse a des degrés infiniment variables; mais toujours il en est un au-delà duquel on ne peut aller (i). Ce degré

(i) Cette vitesse est, en général, très-grande; elle devient surtout sensible dans Faction de jouer de divers instrumens : on a trouvé qu’il j avait, en général , une contraction par tierce, en comptant combien chaque note de musique exige de mouvemens différens. M. Wollaston a obtenu le même résultat d’une

n’est pas le même pour tous les hommes; il y a même entre eux, sous ce rapport , de très-grandes différences, lesquelles sont étrangères à la force d’organisation des muscles : il est rare même que les individus à système musculaire très-prononcé soient les meilleurs coureurs. Je ne sache pas qu’on ait encore observé une habitude extérieure du corps qui indique la vitesse des contractions , comme il en est une qui dénote leur force : elle doit exister cependant. Les animaux sont comme les hommes : le degré de rapidité auquel chacun peut atteindre est infiniment variable. Je ne citerai pas d’exemples de courses rapides, de mouvemens analogues

autre manière. Ses recherches sont consignées dans une leçon. Croonienne qui fait partie des Transactions philosophiques pour Tannée 1810. Voici comment il s’y est pris pour mesurer la vitesse des contractions :

D’après ses recherches, la contraction musculaire, pour peu qu’elle ait de durée , est intermittente, pour ainsi dire , et se compose d’une foule de petites contractions et de relâchemens alternatifs : l’espèce de bourdonnement qu’on entend dans l’oreille lorsqu’on en bouche l’ouverture avec l’extrémité du doigt en est la preuve. Ce bruit particulier dépend , suivant M. Wollas— ton , de l’effort musculaire qu’exige l’attitude que l’on prend ; et en effet j’ai éprouvé qu’il est nul quand on remplace le doigt par un corps inerte. Or , ce bourdonnement comprend une suite d’oscillations très— rapprochées qui répondent à autant de contractions des muscles; il ne s’agissait donc plus que de trouver un terme de comparaison pour ces oscillations : c’est ce qu’a fait M. W ollaston. Il est parvenu à pouvoir comparer ce bruit à celui que produit le roulement d’une voiture, qui est également intermittent, et dont il était facile d’apprécier la fréquence. Il a reconnu par ce moyen la vitesse indiquée plus haut. (Béclard. )

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imprimés par les membres supérieurs , comme ceux des doigts dans le jeu de certains instrumens , du .violon , de la flûte, etc. : une foule d’auteurs en rapportent d’étonnans : on pourra les lire dans ces auteurs. Je remarque seulement qu’il est peu de mouvemens qui nous donnent plus l’idée de celte vitesse que les contractions brusques et rapides qui, dans les membres inférieurs , déterminent le saut , ou la forte prépuision de ces membres ' quand on donne un coup de pied; qui, dans les supérieurs , servent à la projection des corps graves; qui, dans les mêmes membres , concourent à repousser le tronc en arrière, lorsqu’on les appuie contre un point résistant , et qu’on les étend ensuite tout à coup pour pousser en avant ce point, lequel, ne cédant pas, répercute le mouvement sur le tronc; qui président à Faction de donner un coup de poing; qui, dans les doigts, produisent le mouvement subit d’où résulte ce qu’on nomme une chiquenaude, etc. , etc. Je confonds tous ces mouvemens, presque entièrement analogues au saut, et qui n’en diffèrent que par les effets plus ou moins manifestes qu’ils produisent. Les auteurs , pour le dire en passant, n’ont pas assez établi de rapprochemens entre ces diverses contractions brusques et rapides; ils ont considéré le saut trop isolément. Mais revenons. Le degré de rapidité des coijtractions musculaires est puissamment subordonné à l’exercice. L’habitude de faire agir certains muscles nous rend plus prompts dans leur contraction : par exemple, la marche, qui nous habitue à contracter alternativement les extenseurs et

les fléchisseurs des membres inférieurs , nous dispose singulièrement à la vitesse de la course. Pour peu que chaque homme se livre à ce dernier exercice, il a bientôt atteint le plus haut point de rapidité dont soit capable son système musculaire. Au contraire, les mouvemens d’adduction et d’abduction étant plus rares dans l’état ordinaire , il faut un long apprentissage pour apprendre aux danseurs à porter avec rapidité leurs jambes en dehors et en dedans afin d’exécuter les pas où ils les croisent alternativement. En général , l’habitude modifie beaucoup plus la vitesse qur la force des contractions. Cependant il est toujours un terme qu’on ne dépasse jamais, quel que soit l’exercice qu’on ait donné aux muscles : ce terme dépend de la constitution ; chaque homme est, par elle, sauteur et coureur plus ou moins agile.

§ III. Durée des Contractions.

Il y a , sous le rapport de la durée des contractions , une différence remarquable dans les muscles , suivant qu’on excite artificiellement ou naturellement ces contractions.

Que, sur un animal vivant ou sur un récemment tué, on excite le muscle lui-même ou qu’on agace ses nerfs , le relâchement succède à la contraction , presque subitement : jamais ni l’un ni l’autre état ne sont durables , quoiqu’on fasse durer longtemps l’action du stimulant ; l’effet qu’il a produit s’épuise tout de suite. Que le galvanisme, que

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les agens mécaniques ou chimiques, servent à nos

expériences, c’est le même phénomène.

Au contraire, quand la volonté dirige la contraction, elle peut la soutenir pendant un temps très-long. Le support des fardeaux, la station, etc., prouvent ce fait manifestement. Lors même que , pendant la vie, une irritation morbifique est dirigée sur les nerfs, la contraction peut être très-permanente, comme le tétanos nous en présente de si terribles preuves.

La permanence de la contraction musculaire fatigue beaucoup plus le muscle qu’un relâchement et une contraction alternatifs. Yoilà pourquoi, lorsque nous sommes long-temps debout, nous faisons tour à tour porter le poids du corps plus sur un membre que sur l’autre.

§ IY. État des Muscles en contraction .

Les muscles qui se contractent présentent divers phénomènes que voici :

i°. Ils durcissent sensiblement , comme on peut s’en assurer en plaçant la main sur le masseter, sur le temporal, ou sur un autre muscle superficiel quelconque en contraction.

a0. Ils augmentent en épaisseur : de là la saillie plus grande de tous les muscles sous-cutanés pendant que le corps est dans une violente action. Les sculpteurs connaissent très-bien cette différence. L’homme en repos et l’homme qui se meut ont, dans leurs statues, un extérieur tout différent.

3°. Les muscles , lorsqu’ils ne sont pas bridés par

les aponévroses , éprouvent quelquefois un léger déplacement.

4°. Ils diminuent en longueur, et par là même ils rapprochent les deux points auxquels ils se fixent.

5°. Leur volume reste à peu près le même. Ce qu’ils perdent du coté de la longueur, ils ie gagnent à peu près en épaisseur. La proportion est-elle bien exacte? Que nous importe? cette question isolée, à laquelle, depuis Glisson, on a attaché de l’importance, n’en mérite aucune (i).

(i) Il y a d’ailleurs plusieurs causes d’erreur dans les expériences que l’on a faites à ce sujet. Swammerdam, par exemple, dit qu’en mettant le coeur d’une grenouille dans l’eau , on voit le liquide baisser dans le moment de la contraction et monter dans le relâchement ; mais le coeur contenant un fluide qui peut en augmenter ou en diminuer le volume , sans que pour cela son tissu ait éprouvé aucun changement , il est évident qu’on ne peut rien conclure de cette expérience. De meme, dans celle de Glisson, qui faisait plonger le bras à un homme dans une cuve, et observait ensuite la différence de niveau suivant l’état de contraction ou de relâchement des muscles , les résultats ne sauraient inspirer une grande confiance , parce que , d’une part , if est assez difficile dans ce cas d’établir le niveau exactement , et que , d’une autre part , la contraction des muscles étant toujours accompagnée du relâchement des muscles opposés , il est impossible de bien distinguer ces deux effets l’un de l’autre.

Un fait qui semble offrir quelque chose de plus positif est dû à Erman. Ce physiologiste , ayant placé un tronçon d’anguille dans un tube de verre étroit et contenant de l’eau , vit , à chaque contraction que déterminait un courant galvanique , l’eau baisser sensiblement , et ce liquide remonter pendant le relâchement.

Au reste , cette question , qui a beaucoup occupé les auteurs, a été résolue par eux de toutes les mauières. On a soutenu que

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6°. Le sang contenu dans les vaisseaux des muscles, dans les veines surtout, en est exprimé en partie : l’opération de la saignée le prouve ; on augmente le jet du sang par îesmouvemens du bras.

70. Cependant le muscle ne change pas de couleur; c’est que ce n’est pas la portion colorante du sang circulant avec lui dans les vaisseaux musculaires qui colore les muscles, mais, comme je l’ai dit , celle qui est inhérente à leur tissu et combinée avec leurs fibres; or, cette substance colorante combinée reste la meme dans le relâchement et la contraction. Le cœur de la grenouille pâlit en se contractant; mais c’est que le sang qu’il contenait s’évacue, et que la transparence de ses parois rend ce phénomène sensible.

8°. En se contractant, les muscles deviennent le siège d’une foule de petites rides transversales, sensibles surtout dans les contractions d’oscillation , moins apparentes dans celles de totalité, presque nulles même lorsque, un muscle «étant à découvert sur un animal vivant, celui-ci se contracte avec un peu de force.

9°. Tous les auteurs considèrent la contraction d’une manière trop uniforme : ils en ont décrit les phénomènes comme si dans tous les cas le muscle se contractait de même; mais il est évident qu’il y a de nombreuses différences dans l’état où il est alors. i°. Il y a la contraction lente et insensible détermi-

le muscle diminuait, on a prétendu qu’il augmentait 9 et enfin, on a assuré qu’il ne pouvait augmenter ni diminuer : il serait difficile d’imagiucr une quatrième opinion. ( Béclard. )

née par la contractilité de tissu, lorsqu'on coupe un muscle , ou que son antagoniste est paralysé ; 2° la contraction brusque et subite produite par la volonté , ou par l’excitation d’un nerf, mode de mouvement qui a lieu le plus communément , soit dans l’état ordinaire, soit même dans les convulsions; 3° l’espèce d’oscillation dont j’ai déjà parlé, et qui, affectant chaque fibre dans un muscle , ne produit cependant aucun effet bien sensible sur sa totalité, le raccourcit peu, ne rapproche presque pas, par conséquent , ses points mobiles ; c’est le mode de mouvement qui a lieu dans les trembiemens produits par le froid , par la crainte , par le début des accès de fièvres intermittentes, etc. En mettant à découvert un muscle sur un animal que l’appareil de l’expérience fait frissonner , on voit que cette espèce de contraction ressemble entièrement à celle qu’on produit en versant du sel en poudre sur une partie du système musculaire. Alors, quoiqu’il y ait dans tous les muscles un mouvement intestin infiniment plus sensible que dans les grandes contractions , cependant les membres se déplacent peu , il n’y a presque point de mouvemens de totalité; ce ne sont que de légères secousses. 4°- Jl est encore d’autres modes de contraction moins sensibles que ceux-ci , mais qui présentent cependant des différences. En général , à chaque espèce de mouvement du muscle est adaptée une manière particulière de se contracter; pour peu qu’on ait fait d’expériences sur les animaux vivans, on se convaincra facilement combien les auteurs les plus judicieux se sont mépris sur ce point.

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Souvent deux modes de contraction sont combinés : par exemple, quand on coupe un muscle en travers sur le vivant, il y a d’abord une contraction lente de, totalité, produite par la contractilité de tissu , ensuite des oscillations partielles dans toutes les fibres divisées : or , ces oscillations sont étrangères à la rétraction, qui a lieu sans elles, souvent sur le vivant et toujours sur le cadavre. De meme les oscillations peuvent se combiner avec la contraction subite née de l’influence nerveuse par l’acte de la volonté , comme dans les derniers momens de l’existence , ou bien ne point lui être associées , comme cela arrive presque toujours quand l’animal jouit de toute sa vie. On peut se convaincre de ce dernier fait sans le secours des expériences, en plaçant la main sur le muscle masseter ou sur le biceps d’une personne maigre, pendant qu’ils se contractent : on n’v sent à travers la peau aucun mouvement analogue à ces oscillations.

§ Y. Mouvemens imprimés par les Muscles .

Tout mouvement musculaire est ou simple ou combiné. Parlons d’abord du premier; il nous fera comprendre le second.

Mouvement simple.

Il faut le considérer, i° dans les muscles à direction droite; 20 dans ceux à direction réfléchie; 3P dans ceux à direction circulaire.

Dans les premiers , comme dans ceux des mem-*

Ï)E LA VIE ANIMALE. 4l I

bi 'es, du tronc, s’ils sont à forme allongée, et qu’ils se terminent par un tendon , chaque fibre se contractant tire ce tendon de son côté : d’où il résulte que toutes sont congénères pour le rapprocher du centre du muscle, mais qu’en meme temps elles tendent à lui donner chacune une autre direction, et sous ce rapport elles sont antagonistes. Le mouvement commun reste ; l’opposé est détruit.

Tout l’effort de la contraction dans les muscles longs se concentre sur un seul point, sur le tendon. Dans la plupart des muscles larges , au contraire , les attaches se faisant des deux côtés par des points différens, toutes les fibres ne concourent point au même but. Aussi les parties diverses du même muscle peuvent-elles avoir des usages très-différens , et même opposés ; ainsi la portion inférieure du grand dentelé n’agit point comme la supérieure : souvent même les portions diverses du même muscle se contractent en des temps différens. Dans un muscle long , au contraire , comme toutes les fibres concourent à produire le même effet, elles agissent toujours simultanément.

Pour estimer l’effet que produit un muscle à direction droite sur les os auxquels il s’implante , on a employé différens moyens. Un très-simple me paraît être celui-ci, qui , je crois, n’a pas été indiqué. Il consiste à examiner la direction du muscle depuis son point fixe jusqu’à son point mobile , et à prendre l’inverse de cette direction: ce dernier sens est toujours celui du mouvement. Voulez-vous savoir comment le radial antérieur agit sur le poignet, prenez-le à son insertion au condyle , suivez

4f2 système musculaire

de la sa direction en bas et en dehors ; vous verrez qu’il porte la main en haut et en dedans, qu’il la fléchit et la met un peu dans l’adduction. Le jambier antérieur, dirigé en bas et en dedans, élève le pied et le porte en dehors. Le droit antérieur de la cuisse, directement dirigé du bassin vers la rotule , relève la jambe sans la faire dévier. Tous les autres muscles vous présenteront cette disposition. Quelle que soit l’attache qui leur serve de point fixe ou de point mobile, toujours ils agissent en sens inverse de leur ligne de direction supposée partie du premier point; et comme chaque attache peut être alternativement mobile et fixe , les deux os qui en servent sont portés en sens opposé: le coraco-brachial, dirigé en bas et en dehors de l’épaule vers le bras, porte ce dernier en haut et en dedans; dirigé de bas en haut et de dehors en dedans du bras vers l’épaule, il meut celle-ci en bas et en dehors. D’après cette règle générale , il suffit de vpir un muscle sur le cadavre pour prononcer sur ses usages.

Lorsque tout un muscle large se réunit sur un point commun , comme le deltoïde, qui, ayant une foule de points d’attache en haut , se fixe en bas à un tendon unique , la ligne de direction moyenne à celle de toutes ses fibres doit être prise pour estimer ses usages.

Quand un muscle s’attache par ses deux extrémités sur plusieurs points, que par conséquent les fibres qui le composent forment plusieurs fais*3 ceaux à direction différente et à mouvemens isolés * il faut examiner la ligne de direction de chaque fais-

ceau pour estimer l’action du muscle. C’est ainsi que doit s’étudier celle du trapèze , du grand dentelé, du rhomboïde, etc.

Dans les muscles à direction réfléchie, comme le grand oblique de l’œil, les péroniers latéraux, le péristaphylin externe, etc., l’action du muscle ne doit s’estimer que du point de la réflexion: ainsi le grand oblique porte-t-il l’œil en dedans, quoique sa portion charnue se contracte de manière à porter le point mobile en arrière.

Les muscles orbiculaires, ceux placés autour des lèvres, des yeux, de l’anus, etc., n’ont pas en général de point fixe ni de point mobile; ils ne sont point destinés à rapprocher deux parties l’une de l’autre, mais seulement à rétrécir l’ouverture autour de laquelle ils sont situés: l’anus est fermé par son sphincter tant que les excrémens ne le dilatent point; la bouche reste close tant que les abaisseurs, les élévateurs ou les abducteurs des lèvres sont inactifs ; l’œil est fermé tant que l’élévateur de la paupière supérieure est relâché. Je remarque à ce sujet que la paupière inférieure n’ayant point d’abaisseur, c’est principalement l’autre qui concourt à fermer ou à ouvrir l’œil ; et comme son muscle ne peut être en contraction permanente , les alternatives de ses reiâchemens déterminent ces cli<motemens continuels qui ont lieu pendant que l’œil est ouvert : ils sont à l’œil ce qu’est aux membres inférieurs le transport alternatif du poids du corps d’une jambe à l’autre pendant une station immobile. A chaque instant , le muscle se relâche , le sphincter agit aussitôt; puis il se contracte et dis-

tend le sphincter: le clignotement est donc une lutte habituelle entre le releveur de la paupière et l’orbiculaire. Dans le sommeil , ce n’est pas par la contraction de celui-ci que l’œil se ferme; il est relâché comme tous les muscles : c’est parce que, le précédent étant inactif, la paupière tombe par son propre poids sur l’œil : elle communique pour ainsi dire le mouvement à l’orbiculaire qu’elle renferme, tandis que, pendant le jour , c’est au contraire l’orbiculaire qui lui communique ce mouvement.

Mouvemens composés .

11 est peu de mouvemens dans l’économie qui soient simples, peu de muscles qui puissent se contracter isolément. Presque toute sorte de con traction en suppose une autre, et voici pourquoi : les deux points auxquels se fixe ordinairement un muscle sont tous deux susceptibles de se mouvoir ; si l’un d’eux n’était retenu , tous deux se mettraient donc en mouvement quand le muscle se contracte : ainsi, dans la contraction de ses extenseurs, la jambe serait rapprochée du pied presque autant que le pied de la jambe , si celle-ci n’était fixée : or , elle ne peut l’ètre que par des muscles qui agissent en sens opposé de l’effet que les extenseurs tendent à produire sur elle: donc toutes les fois que les deux attaches d’un muscle sont mobiles , le mouvement isolé de l’une d’elles suppose la contraction de divers muscles pour fixer l’autre.

Il n’y a que les muscles attachés d’une part à un

point fixe, de l’autre à un point mobile, comme ceux de l’œil et la plupart de ceux de la face, qui puissent se mouvoir d’une manière isolée, et sans nécessiter un mouvement dans d’autres muscles. Remarquons cependant qu’en général les contractions destinées à fixer le point qui doit être immobile dans les mouvemens ordinaires sont moins grandes qu’il ne le semble d’abord. En effet, dans ces mouvemens ordinaires , le point qui se meut est toujours le plus mobile, celui qui reste sans mouvement l’est le moins: par exemple, il faut bien plus d’effort aux fléchisseurs pour incliner le bras sur l’avant-bras, que pour fléchir les phalanges sur celui-ci, et celui-ci sur le bras. En supposant mobiles leurs deux attaches, les jumeaux agiront bien plus efficacement sur le pied que sur le fémur, etc. Dans les membres, le point supérieur est toujours plus mobile que l’inférieur : or, c’est celui-ci qui se meut presque toujours, l’autre étant fixé: donc, comme il offre plus de résistance par sa position , il faut moins d’efforts aux puissances musculaires pour le retenir. Ce n’est que dans les mouvemens un peu violens que la contraction préliminaire des muscles destinés à fixer un des points d’insertion est trèspénible. C’est ce qui arrive à la poitrine lorsque le trapèze, le grand dentelé, le grand pectoral se contractent avec force : alors tous les autres muscles de cette cavité se contractent fortement pour la mettre dans la dilatation , et offrir ainsi une attache plus large et plus fixe à ces muscles, qui meuvent l’épaule dans le support des fardeaux, ou dans tout autre effort analogue. Le diaphragme se contracte

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aussi : de là les hernies, les descentes qui arrivent par contre-coup dans ces mouvemens, qui, au premier coup d’oeil, n’ont aucune analogie avec la cavité abdominale. Lorsque, dans une position horizontale du corps, on relève la tète, les muscles droits abdominaux se contractent pour fixer la poitrine, et offrir un point solide au sterno-mastoïdien, etc.

On appelle spécialement mouvement composé celui que deux ou plusieurs muscles, agissant sur le meme point , concourent simultanément à produire. Dans ce cas, le point mobile ne suit la direction ni de l’un ni de l’autre muscles, s’il y en a deux, mais la diagonale de leur double direction. C’est ainsi que l’œil se meut en dehors et en bas, etc.; que la tète s’abaisse, qu’elle se porte de côté, et que le bras s’applique contre îet tronc , etc. En général, la nature n’a distribué les muscles que dans quelques sens principaux autour d’un point mobile, par exemple, autour de l’œil, dans ceux de l’élévation, de l’abaissement, de l’adduction et de l’abduction. La combinaison de ces mouvemens simples produit les composés : si l’adducteur et l’abaisseur se contractent également, l’œil sera exactement porté dans une direction moyenne; si l’un agit avec plus de force que l’autre , il se rapprochera un peu plus du premier; en sorte que les quatre muscles, en se mouvant isolément, ou deux à deux d’une manière égale, portent déjà l’œil en huit sens différens. Dans tous les sens intermédiaires, il y a aussi action simultanée de deux muscles, mais toujours supériorité d’action de l’un d’eux. Ainsi

s’opèrent presque tous les mouvemens de circumduction.

Quand deux muscles opposés se contractent, le point mobile ne se meut pas ; il y a antagonisme parfait. Quand deux muscles qui se contractent simultanément sont placés dans le même sens, il n’y a pas de perte de force : c’est ce qui arrive quand le génio-hyoïdien et le mylo-hyoïdien abaissent la mâchoire ou élèvent l’os hyoïde : ces muscles sont complètement congénères. Mais quand deux muscles sont en partie opposés et en partie dans le même sens, comme les sterno-masloïdiens, une portion des forces se détruit, et l’autre reste : l’action par laquelle les sterno-mastoïdiens tendent à porter la tête à droite ou à gauche est nulle ; celle seule par laquelle ils la dirigent en bas produit son effet, qui est double, vu l’action des deux muscles, lesquels sont ainsi en même temps congénères et antagonistes. On voit, d’après cela, que ces mots s’appliquent non-seulement aux mouvemens produits par la contractilité de tissu , mais aussi très-souvent à ceux que détermine la contractilité animale.

§ VI. Phénomènes cia relâchement clés Muscles .

Quand un muscle cesse de se contracter, il devient le siège de phénomènes exactement opposés aux précédens, qu’il suffit de connaître pour concevoir ceux-ci. Le muscle s’allonge et se ramollit.; ses diverses rides disparaissent : il revient exac-

AnAT. GÉN. T. III.

418 système musculaire

tement à l’état où il se trouvait. Il est inutile de

présenter la série de ces phénomènes.

Je remarque que, dans l’état de relâchement des muscles, les parties exécutent souvent des mouvemens quelles ne doivent qu’à leur propre poids : telles sont la flexion de la tète en devant dans le sommeil, la chute de l’avant-bras et du bras dans le meme cas. Alors la pesanteur s’oppose souvent à ce que les membres, qui ne sont pas soutenus, restent dans leur position moyenne. On voit spécialement ces sortes de phénomènes dans les paralysies.

ARTICLE Y

DEVELOPPEMENT DU SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA ViE ANIMALE. '

Le système musculaire présente de grandes différences, suivant qu’on l’examine avant l’accroissement complet ou dans les âges qui suivent celui où cet accroissement se termine.

§ Ier. Etat du Système musculaire chez le Fœtus.

f- Dans le premier mois du fœtus, ce système est, comme les autres, confondu en une masse muqueuse homogène, où l’on ne distingue presque aucune ligne de démarcation : aponévroses, muscles, tendons, etc., tout a la même apparence. Peu à peu les limites s’établissent, le tissu musculaire se

prononce, en prenant d’abord une teinte plus foncée, par le sang qui y aborde. Cependant cette teinte est d’abord moins marquée que dans l’adulte ; elle reste même telle jusqu’à la naissance. Si on se sert des os pour terme de comparaison , cela devient frappant. Dans l’adulte, le dedans des os est moins rouge que le tissu musculaire; la différence est même tranchante. C’est le contraire dans le fœtus ; beaucoup plus de sang pénètre la portion déjà ossifiée des os, que l’intérieur des muscles. La nature distribue le sang d’une manière inverse, à ces deux époques de la vie, dans l’un et l’autre systèmes.

Je présume que ce phénomène dépend principalement de l’espèce d’inertie dans laquelle restent les muscles avant la naissance. Remarquez en effet que, malgré que quelques mouvemens annoncent dans les derniers mois la présence du fœtus dans le sein de sa mère, cependant ces mouvemens sont infiniment moins marqués qu’ils ne doivent l’être par la suite. La preuve en est dans la position constante qu’affectent les membres et le tronc demifléchis, dans le peu d’espace qu’il y aurait pour exécuter ces mouvemens, surtout dans les derniers temps où les eaux sont singulièrement diminuées. Aux premières époques de la grossesse, quoique l’espace soit plus grand, en ouvrant les femelles d’animaux, on trouve constamment le fœtus couché sur lui-même, et dans une attitude comme immobile.

Plusieurs physiciens estimables ont trouvé les muscles du poulet [dans sa coquille bien moins irritables qu’après la naissance, soit par les agens ordinaires , soit par l’influence galvanique. J’ai fait

les mêmes expériences sur de petits cochons-d’Inde qui n’avaient pas vu le jour, en irritant directement leurs muscles, ou en agaçant leurs nerfs, leur moelle épinière et leur cerveau. Plus on se rapproche du terme de la conception , moins on obtient par là de mouvemens. Ce qu’il y a surtout de remarquable, c’est la rapidité avec laquelle, dès que e fœtus est mort, les muscles perdent leur irritabilité; l’instant qui éteint la vie semble étouffer cette propriété. Dans les derniers temps qui précèdent l’accouchement, elle est un peu plus permanente, et plus susceptible d’être mise enjeu, mais toujours moins qu’après la naissance. Nous ne pouvons donc guère douter que les mouvemens ne soient moindres à cet âge, quoiqu’ils existent cependant. Nous verrons que la nutrition , le volume et la rougeur des muscles, sont en général, dans l’adulte, proportionnés au nombre des mouvemens qu’ils exécutent ; il n’est donc pas étonnant que moins de sang les pénètre dans le fœtus. Au reste , plus on se rapproche de l’époque de là conception , moins ce fluide y est abondant. J’ai eu occasion de faire cette remarque sur des cochonsd’Inde tués à différentes époques de la gestation. Dans les premiers temps, les muscles des petits ressemblent vraiment à ceux des grenouilles : blanchâtres comme eux, ils sont parcourus par des lignes rougeâtres qui indiquent* le trajet des vaisseaux.

Je présume aussi que l’espèce de sang qui circule à cet âge dans les artères, et qui pénètre les muscles, est moins propre à entretenir et à développer

leur motilité. En effet, c’est du sang noir qui aborde alors aux muscles par les vaisseaux. Or, on sait que, dans l’adulte, toutes les fois que ce sang circule dans le système artériel accidentellement, la vie s’altère, le mouvement musculaire s’affaiblit, et bientôt l’asphyxie survient. C’est à la nature et à la couleur du sang du fœtus qu’il faut attribuer la teinte livide et souvent même foncée que ces muscles présentent; car c’est encore un caractère qui les distingue de ceux de l’adulte. Non-seulement leur coloration est moins marquée, ils sont plus pâles, mais leur teinte est toute différente; et cette teinte a constamment le caractère que j’indique avant que le fœtus ait respiré.

Les muscles sont grêles, peu prononcés chez le fœtus. Leur développement est infiniment moindre que celui des muscles de la vie organique. Le volume des membres vient surtout de leur graisse sous-cutanée. Lorsque cette graisse est peu abondante, et qu’on compare les membres au tronc, ils sont bien moindres, à proportion de celui-ci, qu’ils ne le seront dans la suite. Chez les fœtus qui ont beaucoup de graisse cutanée, dont on enlève toute la peau et dont on fait par conséquent des écorchés-, on observe également cette disproportion de volume. On sait qu’à cet âge toutes les cavités d’insertion musculaire , toutes les apophyses destinées au même usage, sont presque nulles. Les parois de la fosse temporale, par exemple, plus déjetées en dehors, agrandissent l’espace cérébral, et rétrécissent celui que remplit le crotaphite. C’est un petit fait anatomique qui est la conséquence d’une grande

loi de la nutrition, savoir, de la prédominance du système nerveux , auquel appartient le cerveau, sur le musculaire animal, sous le rapport du développement. Remarquons que cette prédominance, d’où naît à cet âge une disproportion sensible entre les deux systèmes musculaire et nerveux, relativement à ce qu’ils seront par la suite, prouverait seule que les muscles ne sont pas, comme on l’a dit, une terminaison et un épanouissement des nerfs : en effet, deux espèces d’organes dont le développement est inverse ne sauraient appartenir à un même système.

Plusieurs auteurs ont prétendu que la portion charnue était proportionnellement bien plus développée chez le fœtus que la tendineuse, que celle-ci niême n’existait pas. Je ne puis présumer d’où a pu naître cette opinion. Qu’on ait cru que les aponévroses des membres manquent dans les premiers mois, cela se conçoit: en effet, j’ai constamment observé qu’alors elles n’ont point cette couleur blanche qui les caractérise dans la suite, couleur qu’elles ne prennent que quand leurs fibres se développent; elles sont transparentes comme une membrane séreuse, et peuvent au premier coup d’œil ne pas être aperçues. Mais les tendons ont une couleur blanchâtre très-prononcée ; on les distingue très-bien : ils sont tout aussi gros et tout aussi longs proportionnellement qu’ils le seront par la suite.

§ IL État du Système musculaire pendant V accroissement.

A la naissance , le système musculaire de la vie animale éprouve , ainsi que tous les autres , une révolution remarquable. Jusque là le sang noir seul pénétrait ses artères : alors le sang rouge y aborde tout à coup; car ce sang se forme dès que la respiration a lieu : or , elle a lieu dans presque toute sa plénitude au même instant où le fœtus sort du sein de sa mère. On voit d’ailleurs manifestement la teinte livide de la peau être remplacée presque tout à coup par une couleur rosée, qui ne vient que de cette différence du sang. Ce fluide nouveau abordant aux muscles est une cause nouvelle d’excitation , et par là même de mouvemens. Ajoutez à cette cause l’accroissement subit de l’action cérébrale. Jusque là, pénétré de sang noir, le cerveau était comme dans une espèce d’inertie, qui tenait aussi principalement à l’absence de sensations, comme je l’ai prouvé ailleurs. Tout à coup le sang rouge y aborde; il le stimule, soit par les principes qu’il contient, soit par la raison seule qu’il est différent de celui qui y pénétrait ; car telle est la nature de la sensibilité, quelle est susceptible de s’affecter dans un organe par là même qu’un excitant qui y est appliqué est nouveau pour lui. Subitement excité par le sang rouge, le cerveau réagit sur les muscles et les détermine à se contrat ter. Cette cause, jointe à la précédente, me paraît être une de celles qui influent le plus sur le pas-

sage subit de l’espèce d’inertie où était le fœtus, ou du moins du peu de mouvement qu’il exécutait, à l’agitation générale de ses membres, de son ventre, de sa poitrine, de sa face, etc.; car, aussitôt après la naissance, presque tous les muscles se meuvent plus ou moins fortement.

Gardons-nous cependant d’exagérer les influences d’une cause qui n’est certainement pas unique : par exemple, les mouvemens du diaphragme et des muscles pectoraux sont certainement antérieurs à l’abord du sang rouge au cerveau, puisque leur action est nécessaire à la production de ce sang rouge. Ces muscles entrent en action , parce que l’excitation par l’air de toute l’habitude du corps , et des membranes muqueuses en contact avec ce fluide, stimule le cerveau, qui est le centre de toute sensation. Emu par cette excitation, cet organe réagit sur les muscles , et commence à les faire contracter. Les contractions augmentent quand, à cette excitation extérieure et indirecte , se joint l'excitation intérieure et directe dont nous venons de parler. Cette seconde excitation n’est pas pour le fœtus d’une nécessité absolue; car souvent on voit des enfans restés livides quelques instans après la naissance, se mouvoir très-bien; mais, en général, les mouvemens ne sont point aussi marqués que quand la coloration en rouge de la peau indique l’abord du sang artériel qui a subi l’influence de la respiration.

L’abord du sang rouge dans les muscles ne leur donne pas tout de suite la couleur qu’ils conservent dans la suite. Pendant quelque temps après la nais-

sance, ils gardent encore une teinte foncée , comme les dissections le prouvent d’une manière* manifeste, parce que, comme je l’ai dit, leur couleur ne vient pas de la portion colorante circulant dans leur tissu, mais bien de celle combinée avec ce tissu. Or, la nutrition seule produit la combinaison : mais cette fonction ne s’opère que peu à peu; elle est véritablement une fonction chronique , en comparaison de l’exhalation, de l’aborption , de la circulation, qui affectent manifestement une marche aiguë.

A mesure qu’on avance en âge , les muscles prennent une teinte de plus en plus rouge ; plus de sang les pénètre; ils se nourrissent à proportion plus que divers autres organes: cela est remarquable surtout dans ceux des membres inférieurs. Je remarque cependant que, tant que l’accroissement dure , c’est spécialement sur la longueur et non sur l’épaisseur des muscles , que porte l’énergie de la nutrition. Voilà pourquoi ils se prononcent peu sous les tégumens, et n’y font presque pas de saillie; pourquoi les formes sont plus arrondies, plus gracieuses, mais moins mâles à cet âge. L’extérieur du jeune homme est, sous ce rapport, tout différent de celui de l’adulte, en considérant l’un et l’autre, abstraction faite de toute cause qui puisse influer sur leur conformation. L’habitude extérieure de l’enfant et du jeune homme est, en général, assez analogue à celle de la femme.

Quoique nous ne connaissions pas aussi bien la différence des substances qui pénètrent les muscles dans les premières années et dans l’âge adulte, que

4^6 SYSTEME MtJSCULAÏRE

nous la connaissons pour les os , où l’addition du phosphate calcaire à la gélatine offre un phénomène nutritif si tranchant, cependant nous ne pouvons douter que ces différences n’existent d’une manière réelle. Traitée par l’ébullition, la combustion, la macération, etc., la chair du fœtus ne donne point les memes résultats que celle de l’adulte.

Le bouillon fait avec les muscles d’un jeune animal contient beaucoup plus de gélatine, substance qui prédomine si fort à cet âge de la vie. Il a beaucoup moins de saveur que celui des animaux adultes. La substance extractive paraît être moindre par conséquent dans le système musculaire. Un goût fade, nauséabond même pour certaines personnes, caractérise les bouillons de veau. La différence des principes qu’ils contiennent influe même sur les organes gastriques dont ils excitent la contraction ; ils lâchent le ventre comme on le dit , phénomène étranger aux bouillons ordinaires.

Il ne paraît pas que la fibrine soit en aussi grande proportion dans les muscles à cet âge de la vie ; les considérations suivantes me le font penser. i°. Au lieu de cette substance, Fourcroy n’a trouvé dans le sang du fœtus qu’un tissu mollasse, sans consistance, et comme gélatineux : or, le sang parait être le réservoir de la fibrine, a0. La force et l’énergie des contractions sont, en général, en proportion de la quantité de ce principe contenue dans les muscles : or, cette énergie est peu marquée dans le premier âge. 3°. Les muscles brûlent alors en se crispant et en se resserrant moins sensible-

ment que clans l’adulte. J’ai vu même deux ou trois fois leur tissu, placé sur des charbons arclens, être le siège d’une espèce de boursouflement analogue à celui de la gélatine traitée de la même manière.

En général , il paraît que cette dernière substance occupe en partie dans les muscles la place que doit , par la suite , y tenir la substance fibreuse. Ceux qui fréquentent les amphithéâtres ont remarqué sans doute que, toutes chosesœgales d’ailleurs, les muscles des jeunes sujets se putréfient moins promptement que la plupart des autres substances, et qu’en se putréfiant ils donnent une odeur moins fétide. On sait que le bouillon de veau passe à l’aigre plus facilement que celui de bœuf ; il est toujours blanchâtre, il n’a jamais cette couleur foncée du bouillon fait avec le dernier; il se prend en gelée beaucoup plus facilement. Le rôtissage des viandes, dans le premier âge et dans l’âge adulte, présente aussi de grandes différences. Toute espèce de cochon, soit à feu nu, soit dans un fluide quelconque, est beaucoup plus prompte, beaucoup plus facile , dans le premier âge. Le jus qu’on extrait alors des muscles présente un caractère essentiellement différent ; il est moins fort. Les effets de la macération sont aussi plus rapides ; on obtient plus tôt cette pulpe muqueuse à laquelle l’action de l’eau finit enfin par réduire presque toutes les substances animales.

§ III. Etat clu Système musculaire après V accrois sement.

Après que l’accroissement général est fini en longueur, nos organes croissent encore en épaisseur; et c’est surtout dans les muscles que ce phénomène est remarquable. Au corps grêle , mince et à formes arrondies de l’adolescent et du jeune homme , succède un corps gros, fort, épais et à formes prononcées. Les muscles se dessinent à travers les tégumens , des bosses et des enfoncemens s’observent sur ceux-ci; diverses lignes déprimées servent de limites à diverses lignes saillantes. Le système musculaire animal ressort mieux alors dans l’état de repos , qu’il ne se prononce dans l’adolescent lors de ses plus grands mouvemens. Les peintres et les sculpteurs ont étudié, plus que les anatomistes , les degrés divers du développement des muscles.

L’époque où les poils croissent , où les parties génitales commencent à entrer en activité, est prinpalement celle où les muscles commencent à devenir saillans chez l’homme. Chez la femme, cette dernière époque n’offre point un semblable phénomène : les muscles conservent leur rondeur primitive ; ils ne la perdent même presque pas. Dans ce sexe, l’arrondissement des membres, leurs formes douces , contrastent avec l’espèce de rudesse de ceux de l’homme.

L’accroissement en épaisseur, dans les muscles , paraît porter bien plus sur la portion charnue que

sur la tendineuse, et surtout que sur l’aponévrotique. Les aponévroses inter-musculaires principalement ne paraissent pas croître à proportion des fibres qui s’y implantent ; en sorte que celles-ci font saillie , et qu’à l’endroit de l’aponévrose est une dépression. C’est ce qu’on voit surtout trèsbien dans les muscles coupés , pour leur insertion , par beaucoup de ces toiles fibreuses , dans le deltoïde en particulier. Non-seulement la saillie de la totalité du muscle sous la peau fait ressortir les dépressions qui le séparent des autres , mais encore chaque plan charnu fait une saillie que sépare une rainure ; ce qu’on ne distingue , il est vrai, que sur les sujets un peu maigres.

A mesure que le muscle croît en épaisseur , il augmente en densité : il devient plus ferme , plus résistant. Si on place comparativement la main sur deux muscles semblables d’un adulte et d’un enfant, pendant qu’ils sont en contraction , on sent une différence sensible dans leur dureté. Des poids suspendus comparativement à des muscles des deux âges, pris dans les cadavres, prouvent le degré différent de leur résistance. Le tissu musculaire des adultes cède plus lentement à tous les réactifs.

La couleur des muscles continue à être rouge dans l’adulte; mais, en général, et toutes choses égales sous le rapport des causes qui font varier cette couleur , elle commence à devenir d’un rouge moins vif au-delà de la trentième année. C’est , en général, dans les dernières années de l’accroissement , et même de la dixième à la vingtième , que le rouge est le plus brillant, le plus rutilant.

43 O SYSTÈME MUSCüL AIRE

Dans Tadulte , cette couleur présente un phénomène bien remarquable : tous les hommes ont leurs muscles rouges, mais à peine deux offrent-ils la meme nuance. Ceux qui ont fait beaucoup d’ouvertures de cadavres ont pu s’en convaincre; le séjour des amphithéâtres prouve cette assertion. Mille causes peuvent influencer cette couleur : le tempérament est la principale. L’habitude extérieure de l’écorché indique le tempérament aussi bien que les tégumens par leurs nuances de couleur. Les maladies la font aussi prodigieusement varier. Toutes celles qui affectent une marche chronique l’altèrent singulièrement ; elle pâlit alors et devient terne, etc. Les hydropisies la blanchissent , pour ainsi dire , quand elles sont très-anciennes. En-général, tout ce qui porte sur les forces de la vie une influence lente et affaiblissante diminue la vivacité de cette couleur. Les maladies aiguës, quelle que soit leur nature, la changent peu. Les fièvres, avec la prostration la plus marquée , si elles déterminent tout à coup la mort, la laissent intacte, parce que cette couleur ne peut changer que par la nutrition : or, comme cette fonction est lente dans ses phénomènes , elle n’est que peu troublée par les maladies très-aiguës ; ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’elle se ressent des affections régnantes dans l’économie.

Je remarque que les variétés de couleur qu’on observe dans les muscles des adultes, même dans l’état sain, les distinguent spécialement de ceux des fœtus, lesquels ont en général une pâleur uniforme. Cette différence tient à ce que , dans le pre-

mier âge, nous ne sommes point sujets à l’action de cette foule d’agens qui modifient d’une manière infiniment variable , dans les âges suivans , les grandes fonctions , et par là même la nutrition qui en est le terme. C’est dans ces variétés de couleur du système musculaire de l’adulte qu’on distingue bien que le sang circulant dans les artères y est absolument étranger : en effet il est uniforme , et ne participe jamais à ces variétés de coloration , quelles qu’elles soient.

Beaucoup de circonstances, chez l’adulte, font varier la nutrition musculaire; le mouvement est la principale. L’homme qui passe sa vie dans le repos est remarquable par le peu de saillie de ses muscles , surtout si on compare cette saillie à celle des muscles de l’homme qui prend un grand exercice. Non-seulement le mouvement général offre (ce phénomène, mais encore le mouvement local , comme on le voit dans les bras des boulangers , dans les jambes des danseurs, dans le dos du portefaix, etc.

§ IV . État du Système musculaire chez le vieillard .

Dans le vieillard, le tissu des muscles change singulièrement; il devient résistant et coriace : la dent le déchire avec peine. Cette densité trop grande nuit à ses contractions, qui ne peuvent plus se faire qu’avec lenteur: l’action du cerveau devient moindre sur les muscles ; la durée de leurs mou-' vemens n’est plus aussi prolongée; ils se fatiguent plus vite.

Je remarque que la densité des muscles ne doit point se confondre avec leur cohésion. Elle dépend des substances qui entrent dans la composition du muscle. La cohésion paraît tenir au contraire à l’influence vitale , dont l’effet se conserve après la mort. Disséquez les muscles d’un adulte fort et vigoureux: la masse charnue est ferme, elle reste dans sa place; elle se soutient par elle-même, quoique le scalpel l’ait isolée de tout le tissu environnant. Au contraire, dans un cadavre mort de maladie chronique , dans un hydropique, un phthisique, etc. , les muscles sont lâches , et ne peuvent se soutenir; les rapports se perdent dès que le tissu environnant est enlevé. Autant les premiers sujets sont avantageux à la dissection de la myologie , autant ceux-ci y sont peu propres. Le tissu musculaire est, chez les vieillards, à peu près comme chez ces derniers , flasque et lâche : on sent cette flaccidité sous la peau dans le soléaire, les jumeaux, le biceps , etc. ; elle n’empêche pas que chaque fibre ne soit dense, coriace, etc. En générai, la cohésion musculaire est en raison inverse de l’âge: les muscles du jeune homme sont fermes, serrés ; ils ne sont point mobiles sous la peau. Vers la quarantième année et au-delà , on commence à apercevoir plus de laxité: les gras de jambes vacillent dans les grands mouvemens ; les fessiers et en général tous les membres saillans présentent aussi déjà cette vacillation , surtout si l’individu est maigre. Les muscles deviennent de plus en plus susceptibles de se mouvoir ainsi, à mesure qu’on approche de la vieillesse, époque où le moindre

mouvement fait vaciller tout le système musculaire. Pourquoi ? parce que le muscle n’est plus en contraction suffisante ; il est, pour ainsi dire , trop long pour l’espace qu’il remplit. Cela paraît tenir à ce que la contractilité de tissu a diminué dans le dernier âge : on peut s’en convaincre en coupant transversalement un muscle dans le vieillard et le jeune homme comparativement, il se retire plus, en effet, en sens opposé dans le second que dans le premier. Cette contractilité de tissu rapprochait toutes les molécules du muscle pendant son repos : elle ne peut plus produire ce rapprochement ; il reste lâche. Les auteurs n’ont point assez observé ce phénomène remarquable qu’éprouve le système musculaire par les progrès de l’âge , phénomène qui est réellement l’indice de son degré de force contractile.

Le vieillard présente fréquemment dans le tissu musculeux une altération telle, que celui-ci a perdu sa couleur , pour prendre un jaune peu foncé, et une apparence graisseuse, quoique cependant cette couleur ne dépende point de la graisse , mais de l’absence de la substance colorante du san£. J’ai souvent fait cette remarque. Si on dépouille de toute graisse environnante ces prétendus muscles graisseux , et qu’on ne leur laisse que leur tissu , la combustion ou l’ébullition n’en retire point d’huile animale ; ils sont dans leur état fibreux comme à l’ordinaire; la couleur seule est différente. J’ai remarqué que les muscles profonds du dos , ceux placés dans les gouttières vertébrales , sont beaucoup plus sujets que tous les autres â perdre Anal gén, t. m. 28

leur couleur et à se présenter sous cet aspect jaunâtre; aspect qui ne s’observe presque jamais sur tout le système , mais seulement sur quelques muscles isolés. Les adultes sont sujets, comme les vieillards, quoique moins fréquemment cependant, à cette altération. Plusieurs fois , dans les membres atrophiés, on a trouvé que leur aspect est à peu près analogue. Dans les paralysies récentes, dans celles même qui datent de trois , quatre et six mois, il n’y a en général rien de changé dans les membres , lés muscles conservent et leur couleur et leur volume ; mais au bout d’un temps plus long, l’absence du mouvement , peut-être aussi le défaut de l’influx nerveux, finissent par altérer la nutrition restée long-temps intacte sans cet influx, et alors les muscles se décolorent , se resserrent , diminuent. Mais ce phénomène n’est pas même toujours constant , et il y a à l’Hôtel-Dieu des hémiplégies de six, sept, et même dix ans, sans que le membre du côté sain prédomine par sa nutrition sur celui du côté malade.

Les pressions extérieures long-temps continuées sur un muscle produisent à peu près le même effet que l’atrophie; elles le décolorent et le blanchissent en y empêchant la circulation. Ceux qui se servent de bretelles habituellement passées sous les bras , qui portent constamment des ceintures autour de l’abdomen, qui soulèvent des fardeaux , ont souvent les muscles correspond an s aux pressions habituelles qu’ils éprouvent , dans l’état de ceux des vieillards. Je remarque que ces muscles se contractent cependant; ce qui prouve bien que

la substance colorante n’est pas d’une nécessité absolue à Faction musculaire.

Le sang se porte, en général , en beaucoup moindre quantité dans les muscles des vieillards : leurs vaisseaux s’obstruent en partie : c’est ce qui les dispose à l’état dont je viens de parler.

§ Y. Etat du Système musculaire à la mort .

A l’instant de la mort, les muscles restent dans deux états différens : tantôt ils sont raides et inflexibles , tantôt ils laissent exécuter aux membres des mouvemens assez faciles. Il Fuit quelquefois beaucoup d’effort pour ployer la cuisse d’un cadavre ; d’autres fois la moindre secousse la fait fléchir , comme , par exemple , dans les asphyxies par le charbon. Ces états de rigidité ou de relâchement ont des degrés infinis. L’un est porté quelquefois au point que , relevé contre un mur , le sujet reste debout ; d’autres fois il est nul. Certains muscles sont raides sur des sujets , tandis que d’autres restent lâches. Il paraît que ces états divers dépendent de l’espèce de mort, des phénomènes qui accompagnent les derniers soupirs (i). Mais comment arrivent-ils précisément? c’est un objet de recherches intéressant. J’ai remarqué que les muscles restés raides à l’instant de la mort se déchirent souvent avec facilité , pour peu qu’on

(i) Pour des détails plus élendus, relativement à la raideur des cadavres, voyez une note placée plus haut, (F. Blandin.)

436 SYSTÈME MUSCULAIRE DE LA VIE ANIMALE, force les mouvemens des membres auxquels ils vont se rendre; que la déchirure n’arrive, au contraire, presque jamais dans ceux restés souples, quelles que soient les impulsions communiquées à leurs points mobiles ; il faut les tirailler directement , y suspendre des poids , etc., pour produire ce phénomène qui alors est facile.

Le tissu musculaire ne se développe jamais accidentellement dans les divers organes où la nature ne l’a point primitivement placé , comme cela arrive aux tissus osseux , cartilagineux et même fibreux. Il s’y développerait , qu’il n’appartiendrait point à la vie animale , mais à l’organique : car , pour dépendre de la première , les nerfs cérébraux sont essentiellement nécessaires, le muscle n’étant que l’agent des mouvemens que ceux-ci communiquent (i).

(1) anatomie pathologique du système musculaire DE LA VIE ANIMALE.

Les altérations que peuvent éprouver les muscles de la vie animale seront décrites avec celles des muscles de la vie organique* (Béclard.)

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