ÀN AT. GÉN. T. III
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fibres charnues, et non à la longueur totale du muscle, que son degré d’extensiblité est relatif. Ceux auxquels beaucoup d’aponévroses sont entremêlées, et qui empruntent en partie de ces membranes ou des tendons leur étendue, jouissent moins de cette propriété. Yoilà pourquoi , dans les mêmes mouvemens , des muscles de même longueur totale deviennent plus ou moins courts, plus ou moins allongés dans leur portion charnue. Observons cependant que, quand la portion tendineuse prédomine beaucoup d’une part, et que de l’autre elle est très-mince, elle prête un peu de son côté, comme on le voit aux plantaires et aux palmaires
Si, de l’état naturel, nous passons à l’état pathologique , nous voyons l’extensibilité musculaire se manifester à un degré bien plus sensible encore. A la face, l’air accumulé dans la bouche la gonfle en allongeant les buccinateurs; les tumeurs diverses de cette cavité, les fongus, les sarcomes distendent souvent les petits muscles faciaux d’une manière qui nous frapperait, si nous avions égard, dans ce phénomène, au peu d’étendue naturelle de ces muscles, qu’ils triplent et quadruplent même. Les muscles des paupières et de l’œil, dans les carcinomes volumineux de cet organe, ceux de la partie antérieure du cou dans les grands engorgemens de la thyroïde, le grand pectoral dans les anévrysmes considérables ou dans les autres tumeurs de l’aisselle, les muscles abdominaux dans la grossesse, dans l’hydropisie, dans les tumeurs diverses du bas-ventre , etc. , les muscles superficiels et larges du dos dans certains li-
DE LA VIE ANIMALE. 33g
pûmes qui leur sont subjacens , nous présentent ces phénomènes de distension d’une manière remarquable. Les muscles des membres y sont moins sujets, parce que, d’un côté, moins de causes développent des tumeurs au-dessous d’eux , et que , d’un autre côté, les aponévroses ne se prêteraient point aussi aisément à ces phénomènes.
Contractilité de tissu.
La contractilité de tissu est portée au plus haut point dans les muscles. Ces organes sont dans une tendance continuelle à la contraction , surtout quand ils ont dépassé, en s’allongeant, leur grandeur naturelle. Cette tendance est indépendante de l’action des nerfs et de la propriété irritable du tissu musculaire. Elle est influencée par la vie, mais elle n’y est pas spécialement liée : c’est de la structure des muscles qu’elle dépend essentiellement. Le phénomène remarquable des muscles antagonistes en résulte. Yoici ce phénomène.
Chaque point mobile de la charpente animale est toujours entre deux forces musculaires opposées, entre celles de flexion et d’extension , d’élévation et d’abaissement, d’adduction et d’abduction, de rotation en dehors et de rotation en dedans, etc. Cette opposition est une condition essentielle aux mouvemens; car, pour en exercer un, il faut que le point mobile soit dans le mouvement opposé; pour se fléchir, il faut qu’il soit préliminairement étendu, et réciproquement. Les deux positions opposées que
prend une partie mobile sont alternativement, pour elle, et le point de départ et le point d’arrivée ; les deux extrêmes de ces positions sont les deux bornes entre lesquelles elle peut se mouvoir. Or , entre ces deux bornes , il a un point moyen ; c’est le point de repos de la partie mobile : quand elle s’y trouve ses muscles sont dans leur état naturel 5 dès qu’elle le franchit, les uns sont tendus, les autres contractés ; et telle est leur disposition , que la contraction et l’extension qui ont lieu en sens opposé sont exactement en raison directe. D’après cela, dans l’influence réciproque que les muscles exercent les uns sur les autres, ils sont donc alternativement actifs et passifs, puissance et résistance, organes mus et organes qui font mouvoir. L’effet de tout muscle qui se contracte n’est donc pas seulement d’agir sur l’os auquel il s’implante, mais encore sur le muscle opposé. Souvent même entre deux muscles ainsi opposés il n’y a point d’organes solides intermédiaires, comme aux lèvres, sur la ligne blanche, etc. Le muscle d’un coté agit alors directement sur celui qui lui correspond , pour le distendre. Or, cette action des muscles les uns sur les autres est précisément le phénomène des antagonistes : deux muscles sont tels, quand l’un ne peut passe contracter sans que l’autre ne s’allonge, et réciproquement. Examinons dans ce phénomène le rôle de la contractilité de tissu : il faut bien distinguer son influence de celle des forces vitales, ce qu’on n’a point fait assez jusqu’ici.
Un muscle, une fois placé dans sa position moyenne , ne peut s’en éloigner que par l’influence
des forces vitales , que par la contractilité animale ou par l’organique sensible ; parce que, dans cette position , la contractilité de tissu de son antagoniste fait équilibre à la sienne , et qu’il faut par conséquent une force ajoutée à celle-ci pour surmonter celle qui lui est opposée. Mais si ce muscle se trouve dans une des deux positions extrêmes de la précédente, par exemple , dans l’adduction, l’abduction , la flexion , l’extension , etc. , alors il y aura inégalité d’action dans les antagonistes , sous le rapport de la contractilité de tissu ; le plus tendu fera pour se contracter un effort bien plus grand que celui qui est déjà raccourci. Pour maintenir l’équilibre, il faut donc que les forces vitales continuent à influencer les muscles, contractés. Aussi toute position extrême des membres , et d’une partie mobile quelconque, ne peut, dans l’état ordinaire, être maintenue que par l’influence des forces vitales. Que ces forces cessent d’être en action , aussitôt la contractilité de tissu du muscle allongé , cpii tendait à s’exercer, mais qui en était empêchée , s’exerce en effet, clevien t efficace , et ramène la partie mobile à sa position moyenne, position où l’équilibre se rétablit. Voilà pourquoi, dans tous les cas où l’influence cérébrale est nulle sur les muscles , où ils ne sont point irrités par des stimulans , les membres se trouvent constamment dans une position moyenne à l’extension, etc. C’est ce qui arrive dans le sommeil , chez le fœtus , etc. J’ai montré ailleurs comment la disposition osseuse de chaque articulation est accommodée à ce phénomène, comment toute espèce de rapport entre les surfaces arti-
culaires , autre que celui de cette position moyenne , présente un état forcé où certains ligamens sont nécessairement plus tiraillés que les autres , et où jamais les surfaces ne sont en contact aussi général que dans cette position. Dans certaines fièvres qui portent sur la vie et la texture musculaires une influence comme délétère , la prostration horizontale et l’extension des membres ne viennent pas d’un surcroît d’action des extenseurs, mais du peu d’énergie des fléchisseurs , qui n’ont point la force de surmonter le poids du membre : aussi remarquez que toute attitude analogue coïncide toujours avec des signes de faiblesse générale : c’est celle des fièvres putrides , etc.
La section d’un muscle vivant nous offre deux phénomènes qui sont manifestement le produit de la contractilité de tissu :
i°. Les deux bouts se rétractent en sens opposé; il reste entre ces bouts divisés un intervalle proportionné à la rétraction. Cette rétraction n’est pas mesurée , comme on l’a cru , par les degrés de contractions du muscle : si cela était, il suffirait, dans une plaie transversale , de mettre le membre dans le plus grand relâchement possible, pour affronter les bouts divisés : or, souvent, dans ce cas, ces bouts restent encore écartés; donc la rétraction est souvent supérieure à la plus grande contraction du muscle considéré dans son état naturel.
2°. L’antagoniste du muscle coupé, qui n’a plus d’effort à surmonter , se contracte et fait pencher de son côté la partie mobile, s’il n’y a pas d’autres muscles qui , agissant dans le sens du premier ,
suppléent à ses fonctions. Ce dernier phénomène a lieu aussi jusqu’à un certain point dans les paralysies de la face : la bouche se tourne alors du coté sain. J’observe cependant * à cet égard, que cette déviation n’est jamais aussi sensible qu’elle le serait par la section du muscle devenu paralytique, lequel a conservé sa contractilité de tissu. Cette contractilité restante fait en partie équilibre avec celle des muscles du côté sain pendant l’absence des mouvemens : aussi la déviation ne devient très-marquée que lorsque les malades veulent parler, que lorsque , par conséquent , les forces vitales mettent en jeu les muscles sains, auxquels les autres ne peuvent s’opposer. La paralysie du sterno-mastoïdien présente, pour toute la tête, un phénomène analogue à celui que les muscles précédens inactifs déterminent sur la bouche. Souvent le strabisme tient encore à cette cause.
En général , dans tous ces phénomènes , il faut bien distinguer ce qui appartient aux forces vitales, de ce qui dépend de la contractilité de tissu. Les muscles sont antagonistes sous le rapport de ces forces, comme sous le rapport de cette contractilité ; or , comme la contraction dépendante de finfluence nerveuse ou de l’irritabilité est bien plus marquée que celle provenant du tissu organique, les phénomènes des antagonistes sont bien plus frappans dans la paralysie, lorsque les muscles sains sont mis en jeu de la première manière. Il paraît que , dans beaucoup de paralysies , la contractilité^ de tissu est aussi un peu altérée du côté affecté; mais jamais elle n’est totalement détruite,
de manière à ce que, dans l’amputation d’un membre paralysé, il n’y ait point de rétraction musculaire. J’ai fait cette expérience sur un chien : les nerfs ayant été coupés dix jours auparavant , et le membre étant resté immobile depuis cette époque, la section des muscles produisit un écartement manifeste entre leurs bords; et meme , en coupant ensuite comparativement le membre resté sain, je ne trouvai aucune différence.
C’est surtout lorsque les muscles ont été préliminairement distendus , et qu’on fait cesser leur distension , que la contractilité de tissu se prononce. La ponction dans l’ascite et l’accouchement pour les musclés abdominaux , l’ouverture des dépôts profonds pour ceux du tronc , l’extirpation d’une tumeur située sous un muscle quelconque, etc., nous montrent cette propriété en action d’une manière extrêmement marquée. Il est cependant une observation à cet égard, savoir, que, si l’extension a été de longue durée , ou bien si elle s’est fréquemment répétée , la contraction consécutive est bien moindre , parce que le tissu musculaire a été affaibli par l’état pénible où il s’est trouvé : de là , i° la flaccidité du ventre à la suite des grossesses multipliées ; 20 la laxité du scrotum après la ponction d’une ancienne hydrocèle. 3° J’ai vu chez De saint un homme opéré en Allemagne d’un fongus de la bouche , et qui avait conservé , du côté où était la maladie , des rides remarquables , dépendant de l’étendue plus grande du plan charnu de ce côté , qui 11e pouvait plus se contracter, comme l’autre; la mastication ne se faisait à cette époque
que du côté#sain. 4°* Quand les femmes ont fait beaucoup d’enfans, le diaphragme s’affaiblit par des pressions répétées, et de là en partie la mobilité plus grande des côtes, qui supplée plus, chez le sexe , au défaut d’action de ce muscle. Je crois que, dans diverses affections chroniques de la poitrine et du bas-ventre où il y a distension prolongée de ce muscle , les médecins devraient , plus qu’ils ne le font, avoir égard à cette cause de la difficulté de respirer , lorsque le principe de la distension n’existe plus, comme à la suite de l’évacuation des hydropisies, etc.
L’étendue de la contractilité de tissu est , dans les muscles, proportionnée à la longueur des fibres: voilà pourquoi, dans les amputations, le plan superficiel se rétracte plus que le profond ; pourquoi, dans le sommeil , les phénomènes de contractilité de tissu sont très-apparens dans les membres, dont les muscles sont très-longs; pourquoi , en général , dans les antagonistes, la nature a opposé l’un à l’autre des muscles proportionnés ; pourquoi , par conséquent, un muscle à longues fibres a rarement pour l’équilibrer un muscle à fibres courtes , et réciproquement. Les fléchisseurs et les extenseurs du bras, de l’avant-bras, de la cuisse, de la jambe, sont à peu près de même étendue ; les rotateurs de l’humérus en dehors , et ceux en dedans , implantés les uns dans la fosse sous-épineuse , les autres dans la sous-scapulaire , se ressemblent aussi sous ce rapport. La proportion entre les antagonistes est encore plus remarquable à la face , où les mêmes muscles agissent le plus communément
en sens inverse de chaque côté de la ligne médiane.
La vitesse des contractions née de la contractilité de tissu n’est point comme celle produite par la contractilité animale, ou celle produite par l’organique sensible , qui sont constamment plus ou moins marquées , suivant que l’influence nerveuse ou le stimulant agissent plus ou moins fortement. Tout mouvement dépendant de la contractilité de tissu est lent, uniforme, régulier; ce n’est que quand le tissu musculaire est affaibli qu’il diminue ; il n’augmente que quand ce tissu est plus prononcé : d’où il suit que les variétés de vitesse ne peuvent s’observer que dans différens individus , ou sur le même à différentes époques, et non , comme dans l’exercice des forces vitales , d’un instant à l’autre. C’est là une grande et remarquable différence entre l’une et l’autre espèces de propriétés.
La mort affaiblit la contractilité de tissu , mais elle ne l’anéantit point : un muscle étant coupé se rétracte long-temps après que la vie ne l’anime plus. La putréfaction seule met un terme à l’existence de cette propriété. Il en est de même de l’extensibilité. J’observe cependant que, tant que la chaleur vitale pénètre encore les muscles, ils sont plus rétractiles que quand le froid de la mort s’en est emparé.
Haller place sur la même ligne , et fait dériver des mêmes principes, les phénomènes résultant de la contractilité de tissu, qui , à certaines différences près , répond à sa force morte , et ceux produits par l’action des acides concentrés , de l’alcool , du
feu, etc., sur les substances animales, qui se crispent , se resserrent , se racornissent par l’effet de ces différens agens. Mais voici plusieurs différences qui isolent essentiellement les uns des autres ces phénomènes. i°. La contractilité de tissu est trèspeu prononcée dans des organes où la faculté de se racornir est très-sensible , par exemple , dans tous les organes des systèmes fibreux , fibro-cartilagineux, séreux, etc., etc. a0. La contractilité de tissu est répandue, à des degrés très-variables , dans les parties: depuis les muscles et la peau , qui en jouissent au plus haut degré, jusqu’aux cartilages, qui en semblent dépourvus , il est une foule de variations ; la faculté de se racornir par les agens indiqués est, au contraire, presque uniformément distribuée, ou au moins ses différences sont bien moins sensibles. 3°. L’une devient nulle dans les organes desséchés , l’autre s’y conserve manifestement après des années entières , comme le parchemin en est la preuve. 4°- Le première reçoit d’une manière évidente un surcroît d’énergie de la vie, surtout dans les muscles ; la seconde ne paraît presque pas être modifiée par elle. 5°. Celle-ci offre toujours des effets subits , des contractions rapides. Sentir le contact du feu, des acides ou de l’alcool concentrés, et se racornir , sont deux phénomènes que la même seconde rassemble dans les parties animales ; au contraire , la contractilité de tissu ne s’exerce que lentement, comme nous avons dit. 6°. Cette dernière ne peut jamais donner aux parties, aux muscles spécialement, cette remarquable densité qu’ils nous offrent dans leur racornisse-
ment. 7®. Le défaut d’extension des fibres est la seule condition nécessaire à la contractilité de tissu, qui tend sans cesse à entrer en activité ; il faut au contraire , pour crisper les fibres , qu’il y ait contact d’un corps étranger sur elles. Je pourrais ajouter beaucoup de preuves à celles-ci, pour établir une démarcation essentielle entre des phénomènes confondus par l’illustre physiologiste d’IIelvétie.
§ IL Propriétés vitales .
La plupart de ces propriétés jouent un rôle trèsimportant dans les muscles. Nous allons d’abord examiner celles de la vie animale ; nous traiterons ensuite de celles de la vie organique.
Propriétés de la Vie animale . — Sensibilité.
La sensibilité animale est celle, de toutes les propriétés vitales, qui est la plus obscure dans ces organes , au moins si on les considère dans l’état ordinaire. Coupés transversalement dans les amputations , dans les expériences sur les animaux vivans , ils 11e font éprouver aucun sentiment pénible bien remarquable: ce n’est que lorsqu’un filet nerveux se trouve intéressé que la douleur se manifeste. Le tissu propre du muscle n’est que trèspeu sensible; l’irritation par les stimulans chimiques n’y montre pas plus à découvert la sensibilité.
Cependant il est un sentiment particulier qui ,
dans les muscles, appartient bien évidemment à cette propriété : c’est celui qu’on éprouve après des contractions répétées, et qu’on nomme lassitude . A la suite d’une longue station, c’est dans l’épais faisceaa des muscles lombaires que ce sentiment se rapporte surtout. Après la progression , la course , etc. , si c’est sur un plan horizontal quelles ont eu lieu , ce sont tous les muscles des membres inférieurs; si c’est sur un plan ascendant, ce sont surtout les fléchisseurs de l’articulation ilio-fémorale; si c’est sur un plan descendant , ce sont les muscles postérieurs du tronc qui se fatiguent plus particulièrement. Dans les métiers qui exercent surtout les membres supérieurs , souvent on y éprouve ce sentiment d’une manière remarquable , lequel sentiment n’est certainement pas dû à la compression exercée par les muscles en contraction sur les petits nerfs qui les parcourent. En effet , il peut avoir lieu sans cette contraction antécédente, comme on l’observe dans l’invasion de beaucoup de maladies, où il se répand en général sur tout le système musculaire, et où les malades sont, comme ils disent , fatigués, lassés, de meme qu’à la suite d’une longue marche. Ce sentiment paraît dépendre du mode particulier de sensibilité animale des muscles, sensibilité que les autres agens ne dévoloppent point, et que la permanence de contraction rend ici très-apparente. Ainsi le système fibreux , sensible seulement aux moyens de distension qui agissent sur lui, ne reçoit-il point une influence douloureuse desautres agens d’irritation. Remarquez que ce sentiment pénible qu’un mouvement trop
35o SYSTÈME MUSCULAIRE
prolongé fait naître clans les muscles est un moyen dont se sert la nature pour avertir l’animal d’y mettre des bornes, sans quoi il finirait par lui devenir funeste. Ainsi le sentiment particulier que font naître les ligamens distendus est-il destiné à prévenir l’animal de mettre des bornes à leur extension. Voilà comment chaque organe a son mode propre de sensibilité; comment on aurait une fausse idée de l’existence de cette propriété , si on ne la jugeait que d’après les agens mécaniques et chimiques; comment surtout la nature accommode aux usages de chaque organe son mode de sensibilité animale.
Dans les phlegmasies du tissu musculaire propre , souvent la sensibilité animale s’exalte à un point très-marqué ; le moindre contact sur la peau devient douloureux; à peine le malade peut-il supporter le poids des couvertures: souvent la moindre secousse qui le fait vaciller lui cause dans les membres les plus vives douleurs. Mais , en général , ces douleurs-là sont toutes différentes du sentiment pénible que nous nommons lassitude : ainsi la douleur d’un ligament distendu, dans l’état sain, n’est-elle point celle qui naît d’un ligament ou de tout autre organe fibreux enflammé.
J’ajoute à ce que j’ai dit plus haut sur ce sentiment, que quelques organes se fatiguent comme les muscles , par la durée trop prolongée de leurs fonctions : tels sont les yeux parle contact de la lumière, les oreilles par celui des sons, le cerveau par les méditations, etc. , et en générai tous les organes de la vie animale : c’est meme cette lassitude générale qui amène le sommeil, comme je l’ai prouvé
dans mes Recherches sur la Vie. Mais remarquez que le sentiment que font éprouver l’œil, l’oreille , le cerveau , et tous les organes externes ainsi fatigués , n’est point le même que celui des muscles qui ont beaucoup agi : autre preuve du mode particulier de sensibilité de ceux-ci, et en général de toute partie vivante.
Contractilité animale.
Cette propriété animale sur laquelle roulent tous les phénomènes de la locomotion et de la voix, qui aide à beaucoup de ceux des fonctions intérieures et extérieures, a exclusivement son siège dans le système musculaire animal ; c’est elle qui le distingue de l’organique , et même de tous les autres. Elle consiste dans la faculté de se mouvoir sous l’influence cérébrale, soit que la volonté , soit que d’autres causes déterminent cette influence. La contractilité animale porte donc , comme la sensibilité de même espèce , un caractère propre et distinctif des deux contractilités organiques, caractère qui consiste en ce que son exercice n’est pas concentré dans l’organe qui se meut, mais qu’il nécessite encore l’action du cerveau et des nerfs. Le cerveau est le principe d’où part, pour ainsi dire, cette propriété , comme il est celui où arrivent toutes les sensations : les nerfs cérébraux sont les agens qui la transmettent, comme ils sont , quoiqu’on sens opposé, les conducteurs des phénomènes sensitifs. D’où il suit que, pour bien concevoir cette pro-
35s SYSTÈME MUSCULAIRE
priété , il faut l’examiner dans le cerveau, dans les nerfs , et dans le muscle lui-même.
Contractilité animale considérée dans le Cerveau .
Tout dans les phénomènes de contractilité animale annonce l’influence du cerveau.
Dans l’état ordinaire , si plus de sang est porté à cet organe, comme dans la colère; si l’opium, pris à dose modérée, l’excite légèrement ; si le vin produit le même effet , l’action musculaire croît en énergie à proportion que celle du cerveau est aussi accrue. Si la terreur, en ralentissant le pouls, en diminuant la force du cœur, et par là même la quantité de sang poussée au cerveau , le frappe comme d’atonie; si les narcotiques divers, portés à l’excès, produisent le même effet; si le vin empêche son action par sa quantité trop grande, alors voyez ces muscles languir dans leur mouvement ; éprouver même une intermittence remarquable. Si le cerveau est tout concentré dans ses rapports avec les sens, ou dans ses fonctions intellectuelles, il oublie les muscles pour ainsi dire ; ceux-ci restent inactifs : l’homme qui regarde ou entend avec attention ne se meut point; celui qui contemple, médite, réfléchit, ne se meut point non plus. Les phénomènes de l’extase, l’histoire des études des philosophes , nous présentent fréquemment ce fait important , cette inertie musculaire, dont le principe est dans la distraction de l’influence cérébrale, qui n’augmente dans d’autres fonctions qu’en diminuant dans la locomotion.
Dans les maladies, toutes les causes qui agissent fortement sur le cerveau réagissent subitement sur le système musculaire animal : or, cette réaction se manifeste par deux états opposés , par la paralysie et par les convulsions. Le premier est l’indice de l’énergie diminuée, le second celui de l’énergie augmentée : l’un a lieu dans les compressions par du pus, par du sang épanché, par des os enfoncés audessous de leur niveau naturel, par les suites de l’apoplexie ; il se montre dans l’invasion de la plupart des hémiplégies, invasion subite dans laquelle le malade tombe, perd connaissance, et a tous les signes d’une lésion cérébrale. Cette lésion disparaît , mais son effet reste, et cet effet est l’immobilité d’une division du système musculaire. L’autre état, ou le convulsif, dépend des irritations diverses de l’organe cérébral par des esquilles osseuses enfoncées dans sa substance, par son inflammation ou par celle de ses membranes, par les tumeurs diverses dont il peut être le siège, parles lésions organiques qu’il peut éprouver, lésions que j’ai rarement observées dans l’adulte, mais que l’enfance offre quelquefois, par les causes mêmes de compressions ; car souvent nous voyons coïncider cet état convulsif avec les épanchemens divers, avec l’hydrocéphale, etc(i).
(i) Sans doute , l’état convulsif du système musculaire peut se rencontrer dans l’hydropisie encéphalique, mais au début , alors que l’épanchement aqueux est encore peu considérable , et que subsiste encore , à un certain degré d’acuité, l’irritation inflammatoire qui le produit. Au reste, ces phénomènes, plus communs chez les enfans, sontloin d’être étrangers aux adultes, comme cela ÀNAT, GÉrf. X. III. 23
L’état du système musculaire animal est vraiment le thermomètre de l’état du cerveau; le degré de ses mouvemens indique le degré d’énergie de cet organe. Ceux qui font la médecine dans une salle de fous ont occasion de consulter souvent ce thermomètre : à côté du furieux, dont la force musculaire est doublée, triplée même, est un homme dont tous les mouvemens languissent dans une inertie remarquable. Mille degrés divers s’observent dans ces mouvemens : or, ces degrés ne dépendent pas des muscles ; le fou le plus furieux est souvent celui dont les formes extérieures les plus grêles indiquent la plus faible constitution musculaire; comme le plus automate est parfois celui dont les muscles sont le plus énergiquement développés. Les muscles sont au cerveau ce que les artères sont au cœur ; le médecin reconnaît par ces vaisseaux l’état de l’organe centrai de la circulation qui leur communique l'impulsion; par les muscles de la vie animale, il reconnaît comment est l’organe central de cette vie. Voyez les malades dans une foule de fièvres essentielles : le matin il y avait prostration , le soir vous trouvez une agitation extrême dans les muscles. Or, quel est le siège de cette révolution ? ce ne sont pas les muscles ; c’est le cerveau : il y a un transport à la tête, comme on le dit vulgairement.
Si, du lit des malades; nous nous transportons
semblerait résulter des observations de Bicbat ; et , en outre , ils deviennent de nouveau très-frécjuens dans la vieillesse.
( F. Blandin. )
dans le laboratoire du physiologiste, nous voyons ses expériences parfaitement d’accord avec les observations précédentes. La ligature de toutes les artères qui vont au cerveau interrompt tout à coup les mouvemensde cet organe, mouvemens nécessaires à son action; elle fait cesser subitement la motilité volontaire, et ensuite la vie. En injectant, par la carotide et vers la tête, de l’encre, des dissolutions de sels neutres ou d’acides, des substances dont le contact est funeste à l’action cérébrale, j’ai toujours vu périr l’animal avec desmouvemens convulsifs préliminaires. L’injection de l’eau ne produit point cet effet : elle peut impunément pour la vie du cerveau être introduite dans le sang artériel, si elle est injectée modérément; mais poussez-la avec force, vous irritez vivement cet organe, et à l’instant l’animal est pris de violentes agitations ; ralentissez l’impulsion, le repos succède. J’ai déjà rapporté ailleurs celte expérience. Si on met à découvert la masse céphalique, et qu’on l’irrite avec un agent mécanique ou chimique*, etc. , à l’instant le système musculaire animal entre en action. Cependant il est à observer que , dans ces expériences, la convexité de l’organe paraît bien moins liée aux mouvemens que sa base. Bornée à la substance corticale» aux couches superficielles de la médullaire, l’irritation est presque nulle ; ce n’est que quand on arrive vers les couches inférieures que les convulsions surviennent. J’ai voulu essayer plusieurs fois de déterminer avec précision l’endroit où l’irritation devient unecause de convulsion; mais celam’aparu tou^ jours très-difficile, elles résultats ont été infiniment
variables. Je crois qu’on ne peut guère établir qu’une donnée générale, savoir, que plus on se rapproche, dans les expériences, de la protubérance annulaire, et en général de la base cérébrale, plus’les phénomènes convulsifs sont apparens (i) : ils sont d’autant moindres qu’on s’en éloigne davantage , ils sont nuis à la surface convexe. Remarquez que c’est du côté de sa base, c’est-à-dire, du côté de sa partie essentielle, que le cerveau reçoit les nombreux vaisseaux qui y portent l’excitation et la vie, soit par le mouvement qu’ils lui communiquent, soit par la nature du sang rouge qu’ils lui apportent, comme mes expériences l’ont, je crois, démontré.
(i) Ces remarques de Bichatsont en rapport avec les recherches ultérieures des physiologistes sur les fonctions de l’axe nerveux cérébro-spinal. Il résulte, en effet, des travaux tes plus récemment entrepris à cet égard par MM. Magendie, Flourens, etc. qu’à la protubérance annulaire et aux tubercules quadrijumeaux se termine supérieurement , la portion des centres nerveux destinée à influencer directement la contraction musculaire. Et M. Magendie, en particulier , a établi que la protubérance annulaire et la moelle président aux mouvcmens, seulement par la partie à l’aide de laquelle elles se trouvent en rapport avec la base du crâne et avec les corps des vertèbres , qui sont la base du canal rachidien. En un mot , les phénomènes convulsifs , dans les expériences où l’axe cérébro-spinal est artificiellement irrité , sont de plus en plus apparens , à mesure que l’irritation agit plus près de la base du crâne et de la protubérance annulaire, comme le dit Bichatj mais en outre (et ce physiologiste l’ignorait), la même chose s’observe pour la partie antérieure de la moelle , qui est l’analogue de la partie inférieure ou de la base du cerveau.
(F. Blandin.)
Ajoutez à ces expériences celles des commotions artificielles. Les muscles du bœuf vacillent, et cessent de se soutenir dès l’instant où le coup lui est porté. D’autres fois les animaux expirent en agitant convulsivement leurs membres sous le coup qui les frappe à l’occipital : les lapins offrent souvent ce phé nomène. Les pigeons meurent avec des mouvemens convulsif des ailes. Toujours des agitations irrégulières, déterminées par un influx irrégulier du cerveau, précédent l’instant de la mort que la commotion a produite.
Concluons de toutes ces expériences, et des observations qui les précèdent, que l’action du système musculaire animal est toujours essentiellement liée à l’état du cerveau, que quand il augmente ou diminue cette action, il y a presque toujours augmentation ou diminution de l’action cérébrale.
N’exagérons pas cependant le rapport qui lie aux phénomènes cérébraux les phénomènes musculaires : l’observation nous démentirait. Il est divers exemples de congestions aqueuses, sanguines, purulentes meme dans le cerveau, sans que le mouvement musculaire en ait été altéré. Diverses tumeurs, des vices divers de conformation, ont donné lieu au trouble des fonctions intellectuelles, sans troubler celles des muscles : combien de fois le cerveau n’est-il pas dérangé dans les diverses espèces d’aliénations! combien de fois l’intelligence, la mémoire, l’attention, l’imagination n’indiquent-elles pas ces dérangemens,par leurs irrégulières aberrations, sans que le système musculaire s’en ressente ! Le sentiment extérieur n’est-ii pas souvent altéré sans que le
mouvement le soit ?’En général, le cerveau a trois grandes fonctions. x°. Il reçoit les impressions des sens externes : il est sous ce rapport le siège de la perception. 20. Il est le principe, le centre des mouvemens volontaires, qui ne s’exercent que par son influence. 3°. Les phénomènes intellectuels sont essentiellement liés à la régularité de sa vie ; il en est pour ainsi dire le siège. Or, il peut être dérangé pour l’une de ses fonctions , et rester intact pour les autres, être un principe régulier des mouvemens, et un centre irrégulier des phénomènes de l’intelligence, ne point communiquer avec les objets extérieurs par les sens , et déterminer des mouvemens , ou présider aux fonctions intellectuelles, comme il arrive dans le sommeil qu’agitent les rêves, etc (i).
(i) Au temps de Bichat, les faits pathologiques avaient Lien déjà , comme on le voit , jeté une vive lumière sur les fonctions cérébrales ; ils avaient bien appris que certaines lésions de l'encéphale peuvent troubler les mouvemens sans gêner les fonctions intellectuelles , et réciproquement ; mais c'est seulement de nos jours que l’on est parvenu à montrer les points de cette masse nerveuse dont l'intégrité est nécessaire à la régularité des fonctions intellectuelles , et ceux qui ont des rapports immédiats avec les mouvemens ; questions fort importantes , non-seulement pour la physiologie, mais encore pour la pathologie. Le effet, pour ne citer qu'un seul exemple , on a de fortes raisons de croire aujourd’hui que le malade chez lequel on reconnaît une perversion des fonctions intellectuelles offre une altération plus ou moins patente de la surface des lobes cérébraux , tandis que cet autre , qui est devenu paralytique , ou chez lequel des convulsions variées se sontmanifestées, présente plus spécialement une affection du centre des lobes cérébraux ou des masses nerveuses appliquées sur la base du crâne et du canal rachidien. (F. Blandin.)
On conçoit, d’après ce qui vient d’ètre dit, que les fœtus complètement acéphales ne sauraient vivre hors du sein de leur mère. Comme la vie animale est nulle chez le fœtus, que la respiraiion ne s’y fait pas, quelesfonctions sont bornées àla grande circulation, aux sécrétions , aux exhalations et à la nutrition , les acéphales peuvent vivre dans le sein de leur mère , y prendre même des dimensions très-marquées: mais, à la naissance, ils ne sauraient respirer, les intercostaux et le diaphragme ne pouvant agir; les viscères gastriques ne reçoivent aucune influence de leurs parois musculaires ; tous les membres sont immobiles; la vie animale, qui commence jpour les autres à la naissance, ne peut commencer pour eux, puisqu’ils n’ont point le centre de cette vie; ils ont des sens , mais rien pour recevoir leur impression ; des muscles, mais rien pour les faire mouvoir; ils ne peuvent que continuer un peû à vivre en eux-mêmes, sans commencer à vivre au dehors. Mais comme, en général , il parait que , dès que Fenfant quitte la matrice, le sang rouge lui devient nécessaire, qu’il faut , pour l’avoir , qu’il respire , et que cette fonction ne peut commencer, il perd la vie intérieure qu’il avait dans le sein de sa mère. Il est des acéphales qui ont à l’origine des nerfs un petit renflement médullaire; chez d’autres la moelle est plus prononcée. Si ces renflemens médullaires, si la moelle épinière, par sa texture particulière, remplacent le cerveau, la vie peut avoir lieu, et c’est comme cela qu’on pourrait expliquer quelques exemples d’acéphales qui ont vécu un certain temps. Mais certainement un acéphale organisé comme nous, et
36û SYSTÈME MUSCULAIRE
chez qui rien ne remplace le cerveau, ne peut vivre. Aussi, dans tous les exemples de cette monstruosité rapportés par les auteurs, par Haller surtout, l’individu est-il mort à sa naissance.
Contractilité animale considérée dam les Nerfs .
Éloigné de presque tous les muscles , le cerveau communique avec eux par le système nerveux , et leur transmet par eux son influence : or , cette communication se fait de deux manières : i° il est des nerfs qui vont directement du cerveau aux muscles de la vie animale; 20 le plus grand nombre ne partent point de cet organe meme, mais de la moelle épinière. Presque tous les muscles du cou , tous ceux de la poitrine , de l’abdomen et des membres, reçoivent leurs nerfs de cette dernière source. La moelle épinière est, pour ainsi dire, un nerf général , dont les autres ne sont que des divisions et des branches principales.
Toutes les lésions de ce nerf principal sont ressenties par les muscles qu’il a sous son influence ; les compressions qu’il éprouve par une fracture des vertèbres, par un déplacement quelconque, par un épanchement de sang, de sérosité, de pus, etc., dans le canal vertébral, les commotions qui arrivent par un coup violent reçu sur toute la région de l’épine , par une chute sur les lombes , sur la partie supérieure du sacrum , sont suivies d’un engourdissement, d’une paralysie des muscles subjacens. Coupez la moelle , en introduisant un scal-
pel dans le canal, tout mouvement cesse aussitôt au-dessous de la section. Voulez-vous , au contraire, faire naître les convulsions , introduisez un stylet dans le canal; irritez la moelle, soit avec ce stylet, soit avec différens agens chimiques, que vous y porterez par son moyen; aussitôt vous verrez frémir et s’agiter tout ce qui est inférieur dans le système musculaire animal.
Plus la lésion de la moelle est supérieure, plus elle est dangereuse. Dans la région lombaire, elle ne porte son influence que sur les membres inférieurs , et sur les muscles du bassin ; au dos , elle paralyse et ces muscles et ceux de l’abdomen : or, comme ces derniers concourent indirectement à la respiration , cette fonction commence à devenir gênée. Si la lésion est au-dessus de la région dorsale, la respiration devient encore plus pénible, parce que les intercostaux perdent leur action : seul alors, le diaphragme en continue les phénomènes , parce que le nerf diaphragmatique reçoit et transmet encore l’influence cérébrale. Mais que la lésion arrive au-dessus de l’origine de ce nerf, alors plus d’action du diaphragme , plus de contraction des intercostaux, ni des muscles abdominaux : la respiration cesse ; par là même la circulation s’interrompt : le sang n’étant plus porté au cerveau , l’action de cet organe s’anéantit. Voilà pourquoi les luxations de la première vertèbre sur la seconde sont subitement mortelles, quand le déplacement est très-grand ; pourquoi les chirurgiens instruits n’osent quelquefois pas courir les hasards de la réduction, quand elles sont incomplètes, de peur de
362 SYSTÈME musculaire
les rendre complètes, et de voir périr entre leurs mains le malade qu’ils veulent secourir ; pourquoi , quand on veut assommer un animal , c’est toujours à la partie supérieure et postérieure de l’épine qu’on porte le coup ; pourquoi un stylet enfoncé entre la première et la seconde vertèbre tue tout à coup, etc.
On voit surtout très-bien l’influence successive des diverses parties de la moelle sur les muscles et sur la vie générale, en introduisant une longue tige de fer dans la partie inférieure du canal vertébral d’un animal, d’un cochon d’Inde, par exemple, et en la faisant remonter par ce canal jusque dans le crâne à travers la moelle épinière quelle déchire. On observe sensiblement, à mesure quelle monte, d’abord les convulsions des membres inférieurs , puis celles des muscles abdominaux, puis le trouble de la respiration , puis sa cessation , puis la mort qui en est le résultat.
D’après tous ces faits, on ne peut, je crois, révoquer en doute l’influence de la moelle épinière sur le mouvement , dont elle reçoit du cerveau le principe , qu’elle transmet ensuite aux nerfs. Ces derniers portent sur les muscles ce principe qu’ils ont reçu ou par l’intermède de la moelle, comme dans presque tous ceux du tronc et des membres , ou directement du cerveau, comme dans ceux de la face, de la langue, des yeux, etc. Memes preuves pour cette influence nerveuse que pour celle des organes sensitifs précédens. La ligature, la section , la compression d’un nerf paralysent le muscle correspondant : irritez avec un agent quelcon-
que un nerf mis à découvert sur un animal , aussitôt des contractions convulsives se manifestent dans le muscle. Ces expériences ont été tant et si exactement répétées par une foule d’auteurs, que je crois inutile d’en présenter avec étendue le détail, que le lecteur trouvera partout. L’irritation , continuée quelque temps sur un point du nerf, épuise son influence sur le muscle, celui-ci reste immobile; mais il se meut de nouveau si on transporte l’irritation sur une partie plus inférieure du nerf. Si on lie celuici, le mouvement cesse en irritant au-dessus de la ligature; il revient lorsqu’on le détache , ou qu’on 1 irrite au-dessous.
Je remarque que tous les nerfs de la vie animale ne paraissent pas aussi susceptibles les uns que les filtres de transmettre aux muscles les diverses irradiations dû cerveau. En effet , tandis que , dans les maladies, dans les plaies de tête, dans nos expériences, etc., les muscles des membres éntrent en convulsion ou sont paralysés avec une extrême facilité, ceux du ventre, du cou, et surtout de la poitrine , ne présentent ces phénomènes que quand les causes d’excitation ou d’affaiblissement sont portées au plus haut point. Rien de plus fréquent que de voir le ventre et la poitrine dans leur degré ordinaire de contraction musculaire , tandis que les membres ou la face sont agités de mouvemens convulsifs. Réciproquement , examinez la plupart des hémiplégies : la bouche se tord , le membre supérieur et le membre inférieur d’un côté deviennent immobiles, et cependant les mouvemens pectoraux et abdominaux continuent. Ceux du larynx sont plus
faciles à s’interrompre que ceux-ci , dans les paralysies; de laies lésions diverses de la voix. On pourrait faire une échelle de la susceptibilité des muscles pour recevoir l’influence cérébrale , ou des nerfs pour la propager ( car il est difficile de déterminer à laquelle de ces deux causes est dû ce phénomène); on pourrait, dis-je, faire une échelle, au haut de laquelle on placerait les muscles des membres , puis ceux de la face, puis ceux du larynx, ensuite ceux du bassin et du bas-ventre, enfin les intercostaux et le diaphragme. Ces derniers sont , de tous, ceux qui entrent le plus difficilement en convulsion et en paralysie. Observez combien cette échelle est accommodée à celle des fonctions. Que serait devenue la vie, qui est toujours actuellement liée à l’intégrité de la respiration , si toutes les lésions cérébrales étaient aussi facilement ressenties par le diaphragme et les intercostaux que par les muscles des membres? La paralysie , dans ces derniers, n’ôte à l’animal qu’un moyen de communication avec les objets extérieurs; dans les autres, elle interromprait tout à coup et sa vie interne et sa vie externe.
L’influence nerveuse ne se propage que de Ja partie supérieure à l’inférieure, et jamais en sens inverse. Coupez un nerf en deux , sa partie inférieure irritée fera contracter les muscles subjacens ; on a beau exciter l’autre, elle ne détermine aucune contraction dans les muscles supérieurs ; de même la moelle , divisée transversalement et agacée en haut et en bas , ne produit un effet sensible que dans le second sens. Jamais l’influence nerveuse ne
DE LA. VIE ABlMàLÉ*.’ 365
remonte pour le mouvement , comme elle le fait pour le sentiment.
Contractilité animale considérée dans les Muscles .
Les muscles, essentiellement destinés à recevoir Tinfluence cérébrale parle moyen des nerfs, ont cependant une part active à leur contraction propre. Il faut qu’ils soient dans l’état d’intégrité pour exercer cette propriété, pour répondre à l’excitation du cerveau. Dès qu’une lésion quelconque affecte leur tissu, que ce tissu n’est plus comme à l’ordinaire, le muscle reste immobile , ou se meut avec irrégularité , quoiqu’il reçoive un influx nerveux régulier. Voici diverses circonstances relatives au muscle luimème qui empêchent ou altèrent ses contractions.
i°. Un muscle enflammé ne se contracte point; le sang qui l’infiltre alors et qui pénètre ses fibres, l’éréthisme où elles se trouvent’, l’accroissement de ses forces organiques, ne lui permettent point d’obéir à l’excitation qu’il reçoit. Dans les esquinancies, la déglutition est empêchée autant par l’inaction des muscles que par l’inflammation de la membrane muqueuse. On sait que rinflàmmation de la vessie est une cause de rétention d’urine ; celle du diaphragme rend très-pénible la respiration , qu’exécutent presque seuls les intercostaux , etc. , etc. (i)
(i) L’inflammation n’abolit la faculté contractile dans les mus-
20. Tout ce qui tend à affaiblir, à relâcher le tissu musculaire , comme les coups extérieurs , les meurtrissures, les contusions, les infiltrations de sérosité dans les membres hydropiques , la distension long-temps continuée par une tumeur subjacente , altère, dénature, peut meme annihiler la contractiiité animale.
3°. Toutes les fois que le sang cesse d’aborder aux muscles par les artères , ces organes restent immobiles. Sténon a observé, et j’ai toujours vu, qu’en liant l’artère aorte au-dessus de sa bifurcation en iliaques primitives , la paralysie des mem-
cles que lorsqu’elle est portée au point de désorganiser l’organe , ou bien lorsqu’elle a déterminé un état d’engorgement chronique de son tissu inter-fibrilîaire , engorgement par suite duquel les nerfs moteurs se trouvent eux-mêmes comprimés. Dans toute autre circonstance , le muscle enflammé se contracte même lors— qu’il y est excité plus légèrement que de coutume ; mais instinctivement nous empêchons autant qu’il est en nous , cette contraction , qui occasione de vives douleurs : on peut citer à l’appui de ce que j’avance les phénomènes observés chaque jour dans le lumbago, le torticolis, ou la pleurodynie, etc. La vessie elle-même ne fait pas exception à cette règle. C’est , en effet , une opinion trop légèrement professée par Bichat, à mon avis au moins, que la cystite détermine toujours la rétention d’urine. Je pense, au contraire, que toujours, sauf les cas de gonflement de la prostate , et d’inflammation spécialement développée vers le col de ce viscère, je pense que la cystite aiguë est la cause la plus commune de la strangurie sans rétention. Une vessie vivement phlogosée ne peut retenir un instant le fluide urinaire , et , presque aussitôt qu’une goutte arrive dans sa cavité par les uretères, elle se soulève avec douleur, et d’une manière presque convulsive , jusqu’à ce qu’elle l’ait chassée dans l’urètre ; seu-«
bres inférieurs survient tout à coup (i). On sait que , dans l’opération de l’anévrysme , un engourdissement plus ou moins marqué suit presque toujours la ligature de l’artère. Cet engourdissement dure jusqu’à ce que les collatérales suppléent à l’artère qui n’apporte plus de fluide. Le mouvement intestin né dans le muscle par l’abord du sang est donc une condition essentielle à la contraction musculaire. Ainsi le mouvement habituel imprimé à tous les autres organes, et spécialement au cerveau, entretient-il leur excitation et leur vie.
4°. Non-seulement il faut que, pour obéir à l’influence cérébrale, le muscle reçoive le choc du sang, mais encore du sang rouge, du sang artériel. Le sang noir ne peut , par son contact , entretenir le mouvement. Une faiblesse générale, la chute de l’animal, sont les premiers symptômes de l’asphyxie, maladie dans laquelle ce sang noir pénètre dans toutes nos parties. Je ne retracerai pas ici les preuves de cette assertion, que mes recherches sur les diverses espèces de mort me paraissent avoir amplement démontrée. Je renvoie à mon ouvrage sur ce point.
lemcnt alors , la contraction cesse , pour recommencer bientôt sous la meme influence, et avec les memes phénomènes.
( F. Blandin. )
(i) La paralysie est loin d’être complète dans cette expérience que j’ai répétée bien des fois ; mais cela n’infirme en rien la règle dont il est ici question ; c’est parce que le sang passe par les voies collatérales que les muscles continuent à se mouvoir : si la suspension de la circulation pouvait être complète , la paralysie le serait aussi, ' ( Béclard. j
5°. Un fluide différent du sang, l’eau, les fluides huileux, albumineux, etc., à plus forte raison les fluides âcres , irritans , burine, les dissolutions des acides, des alcalis, etc. , ne sont point propres à entretenir Faction musculaire; ils la paralysent au contraire. Injectés par les artères crurales dans un animal vivant, en place du sang, qu’on arrête en haut par une ligature, ils affaiblissent, anéantissent même les mouvemens, comme je m’en suis fréquemment convaincu. Le résultat varie dans ces expériences, suivant le fluide quon emploie pour les faire: la rapidité de la cessation des mouvemens est plus ou moins marquée: ils sont ou affaiblis, ou totalement suspendus ; mais il y a toujours une différence frappante de l’état naturel.
6°. Le contact des différons gaz sur les muscles modifie-t-il leurs contractions? Depuis îa publication de mon Traité des Membranes , je n’ai fait sur ce point aucune expérience. Celles qui y sont consignées offrent les résultats suivans: les grenouilles et les cochons d’Inde rendus emphysémateux par l’insufflation dans le tissu sous-cutané de l’air , qui pénètre ensuite les interstices cellulaires et se met partout en contact avec le système musculaire, se meuvent presque comme à l’ordinaire. Si on emploie de l’oxygène pour l’insufflation , les mouvemens de l’animal emphysémateux ne sont pas plus accélérés : ils ne sont pas diminués si on le souffle avez du gaz acide carbonique , avec de l’hydrogène, etc. En général, tous les emphysèmes artificiels que j’ai faits sur les deux espèces indiquées , pour avoir un exemple dans chaque classe
DE LA VIE ANIMALE. 3 6<j
des animaux à sang rouge et froid , et de ceux à sang rouge et chaud, réussissent très-bien , ne paraissent causer aucune gène sensible à l’animal , qui en est peu à peu débarrassé. L’emphysème avec le gaz nitreux est constamment mortel; le contact de ce gaz semble presque subitement frapper les muscles d’atonie.
r)°. Si , au lieu de souffler des gaz dans le tissu cellulaire d’un animal vivant, on y fait passer différentes substances fluides, elles produisent des effets différens sur les muscles, suivant leur nature, leur qualité âcre , douce, styptique, etc. Aucune injection ne produit un effet plus prompt, plus frappant que celle de l’opium étendu d’eau , ou que celle de ses diverses préparations : dès que les muscles en ressentent le contact , leurs mouvemens cessent; ils tombent comme en paralysie.
En général , j’observe qu’il vaut infiniment mieux faire les expériences du contact des gaz et des fluides divers sur les muscles, en soufflant les uns , ou en injectant les autres dans le tissu inter-musculaire d’un animal vivant, qu’en arrachant un muscle , et en le plongeant ensuite tout pénétré de vie dans les uns ou les autres , comme ont fait beaucoup d’auteurs; ou bien en mettant un muscle à découvert, pour diriger sur lui le courant d’un gaz, ou pour l’humecter d’un fluide, afin d’observer les phénomènes du contact.
Il résulte de tout ce que nous venons de dire , i° que , pour répondre à l’excitation cérébrale en se contractant, le muscle doit être en général dans un état déterminé par les lois de son organisation j Akat. çk' Ti un 24
que, hors de cet état, il n’est plus susceptible de contraction , ou du moins il n’en exerce que de faibles et d’irrégulières ; 20 que le contact des différentes substances étrangères produit sur le muscle un effet très-variable. Au reste , beaucoup de causes, autres que celles exposées plus haut, me. paraissent encore altérer les contractions , en agissant directement sur les muscles : tel est l’usage du mercure pris en frictions pour la maladie vénérienne, l’influence de ce métal , du cuivre et du plomb, sur les ouvriers qui y travaillent, l’action du froid, celle de certaines fièvres, etc. Le tremblement UHispuJaire né de ces différentes causes ne parait pgipjt provenir (dp. cerveau; cet organe au moins né donne le plus cçqmiunément aucun signe d’afféctiou d£\ns ce , ças .: cependant j’avoue que dans ces diverses espèces de tremblemens, il n’est point facile de bien assigner ce qui tient à l’affection propre du muscle , d’avec ce qui dépend de celle des nerfs ; peut-être, ceux-ci sontils affectés spécialement , mais certainement le cerveau n’y est pour rien.
Causes cjui mettent en jeu la CcntractilipS animale*
S,-9i‘ - :■ *• ri
Nous., venons de voir que, dans l’état naturel; j jpptte propriété exige constamment trois actions , i° celle du cerveau, 2° celle des nerfs, 5° celle des muscles; que c’est du cerveau que part le principe du mouvement, qui se propage par les nerfs , et que les muscles reçoivent. -Màis il faut qu’un agent quelconque ébranle le cerveau pour le de ter-
TE LA VIE ATfïIvrÀLE.
miner à exercer son influence. En effet, la contractilité animale étant essentiellement intermittente dans son exercice, chaque fois qu’après s’être exercée elle a été suspendue , il est nécessaire qu’une cause nouvelle la remette en activité : or, cette cause agit d’abord sur le cerveau dans l’état naturel.
Je rapporte à deux classes les causes qui excitent le cerveau pour produire la, contractilité animale. Dans la première est la volonté, dans la seconde sont toutes les impressions que reçoit cet organe , et qui échappent à l’empire de l’âme.
Le cerveau n’est qu’un intermédiaire à l’âme et aux nerfs, comme les nerfs le sont aux muscles et au cerveau: le principe qui veut agit d’abord sur cet organe, lequel réagit ensuite. Quant ils sont ainsi produits, nos mouvemens sont tantôt précis
et réguliers.; c’est lorsque les fonctions intellectuelles sont intactes , lorsque la mémoire, l’imagination , la perception s’exercent pléinénàent , que le jugement, étant droit , dirige avec régularité les actes de là volonté : tantôt ils sont irréguliers , bizarres; c’est lorsque les fonctions' intellectuelles , troublées, agitées en divers sens', font naître une
verses aliénations mentales, dans les rêves , dans le délire des fièvres, etc. Mais, dans tous ces cas. , ce sont toujours des mouvemens volontaires,^ ils partent du principe immatériel qui nous anime.
Dans la seconde classé de causes qui influencent
le cerveau , la contractilité animale dévient involontaire; elle s’exerce sans la participation du principe intellectuel, souvent même 'Contre son gre.
372 système musculaire
Voyez ranimai dont on irrite artificiellement le cerveau dans les expériences; il veut se raidir pour empêcher les contractions, elles arrivent malgré lui: piquez un nerf dans une opération, le muscle se contracte subitement au dessous, sans que l’âme participe à ce mouvement; le malade n’en a pas même la conscience, il n’a que celle de la douleur. Que beaucoup de sang afflue au cerveau dans le transport des fièvres inflammatoires, cet organe, excité par le fluide, réagit aussitôt sur les muscles , sans que la volonté y soit pour rien. Tous les phénomènes de contraction ou de relâchement nés des accidens divers qui accompagnent les plaies de tête, les inflammations cérébrales, etc., sont également involontaires, quoiqu ayant leur siège dans des muscles que la volonté dirige habituellement. Voilà différentes circonstances où l’action d’un agent quelconque sur le cerveau est directe et immédiate , où il y a une cause mécanique appliquée sur cet organe.
Dans d’autres circonstances, le cerveau n’est affecté que sympathiquement. Dans une foule d’affections aiguës , ce qu’on appelle transport au cerveau ne vient point de ce que plus de sang s’y porte ; le pouls n’est pas plus plein , la face pas plus colorée ; souvent même il y a des signes de ralentissement dans l’action du système vasculaire. Le cerveau s’affecte, comme tous les autres organes, par sympathie , mot heureux qui sert de voile à notre ignorance sur les rapports des organes entre eux : le cerveau s’affecte donc comme le cœur, le foie, etc. Soit, par exemple, une péripneumonie, le pou*
mon est alors l’organe lésé essentiellement ; de cette lésion essentielle et locale en naissent une foule de sympathiques plus ou moins fortes. Si le foie est sympathiquement affecté, des symptômes bilieux se joignent aux symptômes de l’affection principale; si c’est l’estomac, ce sont des symptômes gastriques qui se manifestent. Le cœur est toujours agité ; de là la fièvre. Quand l’influence sympathique se porte sur le cerveau , il y a transport, convulsions, etc.; car, comme je l’ai dit, l’état des muscles est l’indice de l’état de cet organe: or, dans cette dernière circonstance, la volonté est nulle pour la contractilité animale en exercice ; le malade ne pourrait s’empêcher d’agiter convulsivement ses muscles; l’irritation sympathique du cerveau est plus forte que l’influence de la volonté. Cet exemple] d’affection cérébrale dans une péripneumonie, quoique plus rare que dans d’autres affections , peut nous donner cependant l'idée de ce qui arrive dans tous les autres cas où les muscles s’agitent convulsivement par la lésion dun organe quelconque, par celle du système fibreux distendu , des ligamens, des aponévroses spécialement, parle travail de la dentition , par les douleurs violentes fixées dans les reins, dans les salivaires ou le pancréas, à l’occasion d’une pierre, par les lésions du diaphragme , des nerfs, etc. Dans tous ces cas, il y a un point affecté dans l’économie ; de ce point partent des irradiations sympathiques qui atteignent surtout le cerveau ; celui-ci, irrité par elles, entre en action, excite lès muscles; leur contraction arrive , et la volonté y est étrangère.
Voilà encore comment les passions , qui portent spécialement leur influence sur les organes intérieurs , qui affectent surtout ceux placés autour du centre épigastrique , le cœur , le foie , l’estomac , la rate , etc. , impriment à nos mouvemens une impétuosité dont la volonté ne peut plus nous rendre maîtres. L’organe intérieur affecté réagit sur le cerveau , celui-ci excité stimule les muscles; ils se contractent , et la volonté est presque nulle pour cette contraction. Voyez l’homme que la jalousie, la haine, la fureur agitent au plus haut point : tous ses mouvemens se succèdent avec une impétuosité que le jugement réprouve , mais que la volonté ne peut modérer, tant prédomine sur son influence celle de l’affection sympathique du cerveau. D’autres fois, les passions présentent un phénomène opposé : elles sont marquées par un affaiblissement général de tous les mouvemens musculaires. «Dans l’étonnement que le chagrin accompagne, dans celui auquel se mêle une vive joie, les bras vous tombent, comme on le dit vulgairement; l’influx cérébral cesse presque entièrement, et cependant ce n’est pas au cerveau que s’est portée l’influence de la passion , c’est au centre épigastrique , comme» le prouve le resserrement subit qui s’y est fait sentir. Un des organes épigastriques a été affecté; il a réagi sur le cerveau; celuici a été interrompu en partie dans ses fonctions; les muscles s’en sont ressentis; ils ont cessé la leur. Dans la crainte, où ce même phénomène s’observe , comme la pâleur du visage indique le ralentissement du système circulatoire , il peut se faire
que l’inaction cérébrale et musculaire dépende en grande partie de ce qn’il ne reçoit point une impulsion suffisante du cœur, sur leqiiéi se porte la première influence de la passion, et qui, par ceîte influence , est ralenti dans ses mouvemens. La crainte, dit-on, ôte les jambes, elle pétrifie, etc. : ces expressions empruntées du langage vulgaire , indiquent l’effet de cette passion sur les muscles; mais cet effet n’est que secondaire : la première influence a été portée sur le cœur, la seconde sur le cerveau ; ce n’est qu’en troisième ordre que- les muscles s’affectent. Voilà comment certains animaux restent immobiles à la vue de celui qui va se saisir d’eux pour en faire sa proie.
C’est encore à l’influence sympathique des organes internes sur le cerveau qu’on doit attribuer les, mouvemens du fœtus ; mouvemens que la volonté ne dirige point, car la volonté n’est qu’un résultat des phénomènes intellectuels : or, ces phénomènes sont encore nuis à cette époque de la vie. Les fonctions intérieures , très-actives alors, supposent une grande action dans le foie , le cœur, la rate , etc. : or , ces organes influencent par là efficacement le cerveau , et celui-ci met à son tour les muscles en mouvement. En sorte que la contractilité animale n’est aucunement volontaire chez le fœtus : elle ne commence à devenir telle que lorsque les sensations ont mis en jeu les phénomènes de l’intelligence; jusque là, il faut les comparer à tous ceux dont nous venons de parler plus haut.
D’après tout ce que je viens de dire, on conce-
376 SYSTÈME MÜSCtTLMRE
vra sans peine, je l’espère, comment la contractilité animale peut être ou n’être pas soumise à l’influence de la volonté. Dans l’un et l’autre cas, la série des phénomènes qu’elle nécessite est toujours la même ; il y a toujours excitation par le cerveau, transmission par les nerfs, exécution par les muscles, ou inactivité successive de ces trois organes. La différence n’est que dans la cause qui produit l’excitation cérébrale : or, cette cause peut être, i° la volonté; 20 une irritation immédiatement appliquée; 3° une irritation sympathique. Il est essentiel de se former des idées précises et rigoureuses sur cette force vitale qui joue un si grand rôle dans l’économie vivante.
Permanence de la Contractilité animale après la
mort,
La différence des causes qui agissent sur le cerveau dans la contractilité animale , pour le déterminer à exciter les muscles, paraît surtout d’une manière remarquable à l’instant de la mort. Quelle que soit la manière dont elle arrive , les fonctions intellectuelles sont toujours les premières à cesser; c’est même à cela que nous attachons surtout l’idée de l’absence de la vie. D’où il suit que le premier phénomène de cette absence doit être le défaut de la contraction musculaire soumise à l’influence de la volonté , qui est le résultat de ces fonctions intellectuelles. Tout reste donc immobile dans le système musculaire , si aucune autre cause n’agit sur le cervt&u ou sur les nerfs; mais
ces deux organes sont , pendant un temps encore assez long, susceptibles de répondre aux excitations diverses des.irritans. Stimulez d’une manière quelconque le cerveau, la moelle ou les nerfs d’un animal récemment tué , à l’instant ses muscles se contractent convulsivement; c’est le même phénomène que celui obtenu de la même cause pendant la vie. Souvent même, tout de suite après la mort , ce phénomène est encore plus apparent que pendant la vie : je m’en suis très-fréquemment assuré dans mes expériences. Si, pendant la vie, on irrite un nerf quelconque, souvent la contraction est presque nulle, parce que la volonté, agissant par d’autres nerfs sur le même muscle , ou au moins sur ceux du membre , détermine des contractions opposées à celles que tend à produire l’irritation. J’ai plusieurs fois observé que les phénomènes galvaniques sont aussi infiniment plus faciles à produire un instant après la mort, même sur les animaux à sang rouge et chaud, que pendant la vie : souvent , dans ce dernier cas, on n’en obtient presque aucun résultat, parce que leur influence est contrariée par l’influence cérébrale née de la volonté. Quand l’irritation est directement appliquée sur le cerveau ou sur la partie supérieure de l’épine, alors elle l’emporte sur la volonté , elle est plus forte dans l’animal qui vit ; mais sur un nerf isolé, souvent elle a le dessous ; non que la volonté agisse par le nerf irrité, dans celui-là son influence s’arrête à l’endroit qu’on stimule ; mais elle s’exerce par les nerfs adjacens.
C’est à la susceptibilité du cerveau et des nerfs
pour transmettre encore îe principe dü mouvement après la mort, qu’il faut rapporter tous les phénomènes que nous présentent les divQrs genres' de décollation. Les canards, les oies, et autres animaux de cette famille, meuvent encore assez régulièrement leurs muscles volontaires , après que leur tête est séparée , pour courir , sauter , faire divers bonds, etc. Quelque temps après le supplice de la guillotine, les membres inférieurs et les supérieurs sont encore le siège de divers frémissemens , les muscles du visage se sont même contractés quelquefois de manière à donner à cette partie l’expression de certaines passions , expression faussement rapportée au principe sensitif resté encore quelque temps au cerveau. Les mêmes phénomènes s’obser-^ vaient autrefois dans le supplice qui consistait à trancher la tête avec une hache. J’ai eu une preuve douloureuse de ces faits singuliers : un cochan-d’Inde à qui je venais d’enlever le cœur , m’enfonça profondément dans un doigt les quatre dents saillantes qui distinguent cette espèce. Tous ces phénomènes ne sont que le résultat de l’irritation produite, soit par l’instrument qui a coupé, soit par l’air , sur les deux extrémités divisées de la moelle : cela est si vrai , qu’en augmentant l’irritation par un instruisent piquant ou tranchant, etc., ou par un age,n?t çhimique appliqué sur ces extrémités, on augmente beaucoup les mouvemens (1). Rien de
(i)*Sans cloute la mort doit arriver promptement dans les cas où lu tête- est brusquement séparée du reste du corps j mais enfin ,
plus facile que de s’assurer de ce fait sur un animal : je l’ai vérifié plusieurs fois sur des guillotinés, sur lesquels on m’avait autorisé à faire des expériences pour le galvanisme. Yoilà encore comment les mouvemens alternatifs de la respiration peuvent continuer pendant quelques instans, après que le cerveau a été détruit, après une plaie de tête où sa masse a été écrasée, après une luxation de la première vertèbre où le commencement de la moelle a été comprimé au point d’arrêter tout à coup la vie , après l’injection d'un fluide très-irritant par la carotide, etc., etc.
Dans cette permanence de contractilité animale après la mort, les muscles sont absolument passifs ; ils obéissent, comme pendant la vie, à l’impulsion
on conçoit pourtant qu’alors le cerveau, placé hors de Fatteinte immédiate des instrumens vulnérans , doit un instant conserver son influence sur les parties encore attenantes à la tète, et avec lesquelles il communique par des nerfs. L’expression faciale de quelques suppliciés doit , en partie , dépendre! de cette cause , et être rapportée au principe sensitif. Quant au cochon-d’Inde qui enfonça si douloureusement ses dents incisives dans le doigt de Bichat , après avoir souffert Fa— Dation du cœur , il me semble incontestable qu’il le fit par un motif de représailles ; dans ce cas , en effet , le principe sensitif est bien plus promptement aboli que dans le premier. Il 11e faut pas confondre ces mouvemens avec ceux des membres et du tronc après la décapitation : il y a entre eux une énorme différence. Ces derniers sont nécessairement , comme le fait remarquer Bi— chat, hors de l’influence cérébrale, puisque les parties qui en sont le siège sont séparées de cet organe ; les premièrs , au con-, traire , me paraissent lui devoir être rapportés. ( F. Blandin. )
38o système müScüïairê
qu’ils reçoivent des nerfs : c’est ce qui la distingue essentiellement de la permanence de l’irritabilité , propriété par laquelle, après la mort comme pendant la vie, le muscle a en lui le principe qui le fait mouvoir,
La permanence est plus ou moins durable suivant la classe des animaux : ceux à sang rouge et froid gardent plus long-temps cette propriété que ceux à sang rouge et chaud ; parmi ceux-ci, les oiseaux de la famille des canards sont, comme je l’ai dit , remarquables par ce phénomène, qui est bien plus rapidement éteint dans les autres et dans les quadrupèdes. Dans la première classe , il y a aussi des variétés parmi les reptiles, les poissons, etc.
En général, j’ai constamment observé que la contractilité animale cesse, après la mort, d’abord par le cerveau, puis par la moelle, et enfin par les nerfs. Déjà les muscles ne se meuvent plus en irritant le premier de ces organes , qu’ils entrent encore en contraction en agaçant les autres. Les nerfs irrités peuvent encore communiquer un mouvement, que déjà la moelle ne présente plus ce phénomène. Je n’ai pas observé que la partie supérieure du nerf fût plus prompte à cesser de transmettre le mouvement, que la partie inférieure. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est que certains nerfs, sous l’influence de la même irritation, font plus fortement contracter leurs muscles que d’autres: tel est, par exemple, le diaphragmatique. Déjà tous les muscles cessent d’être mobiles par l’excitation artificielle de leurs nerfs, que le diaphragme se meut encore par ce moyen. Tandis que les expériences
languissent ailleurs, elles sont dans toute leur force sur ce musclej ce qui est d’autant plus frappant , que pendant la vie c’est précisément lui qui se ressent le moins de l’état du cerveau et de la moelle : la paralysie et les convulsions ne le frappent presque jamais , comme nous avons vu.
Au reste, en comparant ainsi la permanence de la contractilité animale, il faut toujours se servir du même irritant; car, suivant ceux qu’on emploie , les effets sont plus ou nloins marqués. Déjà tout le cerveau et les nerfs ne sont plus sensibles aux agens mécaniques ni chimiques , qu’ils obéissent encore avec une force extrême aux impulsions galvaniques. L’irritation des métaux est, de toutes, celle qui jusqu’à présent' offre le moyen le plus efficace de faire durer la contractilité animale pendant quelque temps après la mort (i).
( i)‘Nysten a établi une table des organes musculaires, d’après l’ordre dans lequel ils perdent leur faculté contractile après la mort. Il résulte , en effet , des recherches de cet habile expert mcntatcur, que d’abord on voit cesser cette propriété dans le ventricule aortique du cœur, puis ensuite, et successivement, dans le gros intestin , l’intestin grêle et l’estomac , la vessie urinaire , le ventricule pulmonaire , l’œsophage , l’iris , les muscles de la vie animale, l’oreillette gauche et l’oreillette droite, ( Voy. ses Recherches de physiologie ci de chimie pathologiques , i vol. in-8°. J
{.F. Blandin. )
38a SYSTÈME MUS CÜL AIRE
Propriétés organiques .
La sensibilité organique est le partage manifeste des muscles qui nous occupent : sans cessé mise en jeu chez eux par la nutrition , l’absorption et l’exhalation, elle y devient encore plus apparente lorsqu’on porte un point d’irritation sur les muscles “mis à découvert; ils ressentent cette irritation , et la motilité dont nous allons parler est un résultat de ce sentiment , qui se concentre dans le muscle, et qui ne se rapporte point au cerveau.
La contractilité organique insensible est l’attribut de ce système musculaire , comme de tous les autres.
La contractilité organique sensible y est évidente. Si on met un muscle à découvert sur un mrimal vivant, et qu’on l’irrite avec un agent quelconque , il se crispe, se resserre, s’agite. Une portion musculaire détachée présenté pendant quelques instaiis le même phénomène.
Tout est excitant pour les muscles mis à nu , l’air, T.eaü , les sels neutres , les acides, les alcalis , les terres, les métaux, les substances animales, végétales, etc. Le simple contact suffit pour déterminer la contraction. Cependant , outre ce contact, il f a encore quelque chose qui dépend de la nature dés excilâns, éf qui fait varier l’intensité des contractions. Une poudre de bois , de charbon , de métal, etc., répandue sur les muscles d’une grenouille, n’y détermine que de légers mouvemens; versez-y un sel neutre en poudre,, le sel marin, par exem-
pie, aussitôt des agitations irrégulières, mille oscillations diverses s’y manifestent. Chaque corps est , par sa nature , susceptible d’irriter différemment les muscles , comme , suivait les individus , les âges, les tempéramens, les saisons, les climats, etc., les muscles sont susceptibles de répondre différemment aux excitations déterminées sur eux.
Il n’est pas besoin d’irriter la totalité du muscle pour obtenir sa contraction : deux ou trois fibres seulement piquées mettent en action toutes les autres; souvent meme, lorsqu’on fait ces expériences sur un animal vivant, la contraction se communique d’un muscle à l’autre. En général, j’ai constamment remarqué que, pendant la vie, ces expériences sont moins faciles, et donnent des résultats beaucoup plus variables , ainsi que nous l’avons déjà indiqué pour la contractilité anitiiaîé. Mettez un muscle à découvert , irritez-le à plusieurs reprises; tantôt il ne donne pas le moindre signe de contractilité , tantôt il se meut avec force : Cela varie d’un instant à Taütrc: Air lieu qüè , si c’est sur un animal récemment tué que se font leé expériences, les résultats sont toujours à peu près les mêmes dans un temps donné , aux différences près cependant de l'affaiblissement que subisserif les contractions à mesure qu’on s’éloigne de l’instant de la mort. Jamais il n’arrive de voir le muscle obstinément immobile sous les e^'citans, comme Cela n’est pas rare dans un animal qui' vit. Cette différence essentielle , que "les auteurs n’ont point assez indiquée et que j’ai fréquebi nient vérifiée' sur divers animaux, dépend de ce que , pendant là vie ,'
les effets de l’influence nerveuse contrarient ceux des excitans. Par exemple, si l’animal étend avec force sa cuisse par les muscles postérieurs , on a beau irriter les antérieurs mis à nu, on ne peut déterminer la flexion par cette irritation : l’excitation cérébrale dans les extenseurs étant plus forte que l’excitation mécanique dans les fléchisseurs , elle l’emporte. Souvent, pendant qu’on applique le stimulant , le cerveau agit avec force sur le muscle , et l’effet qu’on obtient est alors bien supérieur à l’excitation qu’on détermine. On en est étonné ; mais l’étonnement cesse si on a égard au concours des deux excitations , de celle de l’agent externe et de celle du cerveau. En général, ceux qui ont fait des expériences n’ont point fait assez d’attention à ce concours des deux forces sur un animal vivant.
Pour bien estimer la contractilité organique sensible, il faut rendre nulle l’animale. Tant que lune et l’autre se heurtent, se choquent, se contre-balancent, on ne peut bien les apprécier, discerner ce qui appartient à chacune, et ce qui leur est commun. Or, on rend nulle la contractilité animale sur le vivant, en coupant tous les nerfs d’un muscle ou d’un membre, qui deviennent alors paralysés. Le cerveau ne peut plus agir sur eux, et tout ce qu’on obtient de résultats par les stimulans appartient à la contractilité organique sensible.
La permanence de cette dernière propriété , après l’expérience que j’indique , prouve bien que les nerfs lui sont absolument étrangers, quelle réside essen- Üellemçht dans le tissu musculaire 2 qu’ellç lui est
inhérente, comme le disait Haller. Aussi, tandis que , dans les paralysies diverses, les muscles perdent la faculté d’obéir à l’ïnfluence cérébrale , o plutôt que cette influence devient nulle, ils conservent celle de se contracter sous les stiinulans d’une manière sensible (i).
(i) Quand tous les nerfs d’un muscle sont coupes, ce muscle ne conserve qu’un certain temps la faculté d’obcir à l’action des slimulans : bientôt la contractilité s’épuise et ne reparaît plus. Au contraire , lorsque la communication est libre avec les centres nerveux , l’irritabilité diminue bien de meme à mesure qu’on la met en exercice , et finit , comme dans le cas précédent , par disparaître entièrement; mais, si on laisse reposer l’animal, elle se reproduit de nouveau. Il semblerait , d’après cela, que cette propriété n’est point inhérente au muscle, mais qu’elle est entièrement soumise à l’influence nerveuse. La permanence , d’ailleurs peu durable, de l’irritabilité après la section des nerfs pourrait fort bien dépendre de l’influence de ces nerfs au-dessous de la section ; influence qui doit peu persister , n’étant pas renouvelée , par le défaut de communication avec les centres nerveux. D’après cette idée, qui est celle de Platner , de Legallois , etc. , les muscles ne feraient que mettre en action un principe qui leur serait apporté par les nerfs ; ceux-ci auraient un double rôle dans la contractilité du tissu musculaire : 1 0 ils entretiendraient ce tissu dans un état d’excitabilité habituelle pour la contractilité organique sensible; 2° ils transmettraient l’excitation dans certaines circonstances , comme dans la volonté , pour la contractilité animale. Les muscles seraient au système nerveux ce que sont les sens à ce système , des parties dont l’action est intimement liée à la sienne , et devient nulle sans lui. Et en effet cette action , dans les premiers comme dans les seconds , s’épuise , se perd et se répare à peu près de la même manière. Le sommeil , le repos , les alimens, rétablissent l’énergie musculaire affaiblie par un long exercice, comme ils rendent aux sens la leur détruite par la même A NAT. GÉN. T. III. 2.5
Cette contraction des muscles de la vie animale par les stimulans se présente sous deux modes très-différens. i°. La totalité du muscle peut se contracter, et se raccourcir de manière à rapprocher P un de Vautre les deux points d’insertion. Cela arrive, en général, quand la mort est récente, quand le muscle est encore tout pénétré de sa vie. 20. Ce sont souvent des oscillations multipliées des libres; toutes
cause. Nous venons de voir que cela ne parait pas s’appliquer seulement à la contractilité animale -, mais encore a la contractilité organique sensible, ou irritabilité proprement dite.
Au reste , il s’en faut de beaucoup que tous les physiologistes soient d’accord là-dessus. Un grand nombre ont suivi l’opinion de Haller , et n’attribuent aux nerfs d’autre usage , dans la contractilité, que de conduire l’excitant quand il vient du cerveau. Ils se fondent sur ce que , i° Tourdes a reconnu des mouvémens dans la fibrine pure ; 2° les végétaux et les zoopbyles se contractent, quoiqu’ils soient manifestement dépourvus de nerfs*; 5° la contractilité est mise enjeu dans les muscles par des excitans qui leur sont directement appliqués. Mais , i° en admettant l’expérience de Tourdes , que personne n’a vérifiée depuis, ses résultats sont bien différens de ceux de la contractilité musculaire ; 2° les végétaux et les animaux sans nerfs sont aussi sans muscle^, ainsi leur contraction n’a rien de commuiuavec celle de ces derniers ; 5° lé dernier argument se trouve en partie combattu par toutes les raisons alléguées plus haut en faveur de l’opinion opposée. Cependant la question est fort difficile à résoudre d’une manière absolue. On trouve dans Meckel une sorte d’opinion mixte , qui est peut-être la plus exacte. Selon cet auteur , l’infiuencc nerveuse est bien une des conditions nécessaires à la contraction , mais elle n’agit pas autrement que le sang qu’apportent les artères , étant comme celui-ci indispensable à la vie du umscle , qui Ii’en possède pas moins son irritabilité en propre,
( Béclard, )
Ï)E LA VIE A1STIMALÈ* 387
sont en action simultanée: or, cette action n’est point une contraction , mais une véritable vibration un trémoussement, lequel n’a point un effet sensible sur la totalité du muscle, qui, ne se contractant point, ne saurait rapprocher ses points mobiles. Lorsque la vie est près d’abandonner totalement le muscle, c’est comme cela qu’il se meut. La diversité des excitans donne lieu également à ce double mode de contraction : promenez un scalpel sur un muscle bien vivant, c’est une contraction de totalité qui en résulte; saupoudrez ensuite le meme muscle d’un seL neutre, quelquefois il y a contraction analogue, mais souvent ce ne sont que des oscillations, des vibrations semblables à celles d’un muscle que la vie abandonne.
Pendant la vie de l’animal, sa contractilité organique sensible est rarement en action, parce que les muscles n’ont point d’agens qui agissent sur eux , d’une manière sensible au moins. Pourquoi donc cette propriété y est-elle si développée ? Je ne puis le déterminer.
Tous les muscles ne la possèdent pas au même degré : le diaphragme et les intercostaux sont les plus irritables; ils sont aussi ceux dont la contractilité organique est la plus permanente après la mort. Remarquez que ceci contraste, comme leur susceptibilité pour recevoir l’influence nerveuse par l’irritation de leurs nerfs, surtout du diaphragmatique, avec le peu de disposition qu’ils ont à se ressentir pendant la vie des convulsions ou de la paralysie. Après eux, je crois que le crotaphyte, le masseter, le buccinateur, etc., sont les plus irrh*
tables. Certainement, iî y a, sous le rapport de l’irritation, une grande différence entre eux et les muscles des membres, qui sont tous à peu près également susceptibles de répondre aux excitations. Au reste, ce n’est que sur un grand nombre d’expériences qu’on peut établir des données générales; car rien n’est plus fréquent que de trouver des inégalités entre deux muscles analogues, et même entre les correspondans des deux moitiés du corps (i).
(i) Lorsque la vie a cessé dans les muscles , il se manifeste un état de raideur générale plus ou moins apparent et dont la connaissance est fort importante. Nysten , en effet , a prouvé que cette raideur cadavérique à laquelle paraissent au premier abord participer tous les organes , et dont les muscles sont cependant le siège exclusif, est le signe le plus certain de la mort réelle. Au reste , ses recberclies ont donné les résultats suivans :
io. L’homme , les animaux vertébrés , et parmi les invertébrés , ceux qui ont un système musculaire distinct , deviennent raides après la mort :
2°.' Dans l’homme, la force et la durée de cette raideur sont en raison directe du développement des muscles au moment de la mort :
3°. Ce phénomène s’observe d’autant plus promptement après la mort que la nutrition musculaire est plus épuisée , comme après les maladies chroniques ; et d’autant plus tard que cette nutrition est moins active , comme après les maladies aiguës et les morts violentes. Ainsi, plus le développement de la raideur est prompt , moins elle devient forte , et moins elle persiste.
4°. Ni la paralysie , ni la destruction de la moelle épinière n’empêchent la raideur cadavérique de se développer et d’acquérir la force dont elle est susceptible.
5°. Dans les mammifères et les oiseaux, le moment où la raideur commence est celui où la chaleur vitale paraît s’éteindre, et
Sympathies .
Le système musculaire animal joue un rôle trèsimportant dans les sympathies. On le voit très-fréquemment agité de mouvemens irréguliers dans les affections diverses de nos organes, surtout chez l'enfant, où toute impression un peu vive portée sur un organe quelconque est presque toujours suivie de mouvemens spasmodiques et convulsifs dans les muscles de la vie animale. Remarquez, en effet, que c’est la propriété vitale prédominante dans ce système, c’est-à-dire, la contractilité animale, qui y est le plus souvent mise en jeu sympathiquement, par les influences que les organes exercent les uns sur les autres.
où les stimulans artificiels n’ont plus ou presque plus d’action sensible sur la contractilité.
61. Les muscles sont le siège exclusif delà raideur cadavérique, 7°. Ce phénomène, étranger aux propriétés physiques de ces organes , dépend entièrement de la contractilité vitale, à la vérité très— affaiblie , mais suffisante pour résister quelque temps à la dissolution des él émeus du corps.]
S\ La raideur cadavérique ne saurait être confondue avec celle que l’on observe quelquefois pendant la vie; et, comme elle a lieu constamment, elle devient par cela même le signe le plus certain de la mort.
<p. Si, dans un cas douteux , le corps était mou , on mettrait a découvert une portion du muscle, et on l’exciterait à l’aide du galvanisme : son défaut de sensibilité a l’influence de cet agent autoriserait à prononcer que la vie est éteinte.
( F. Blandin. )
En général , il paraît que, lorsque la sensibilité animale se développe fortement dans un organe, ce système tend aussitôt à se contracter. Les douleurs vives que déterminent les pierres dans les reins, dans l’uretère, dans l’urètre meme, les distensions desligamens, des aponévroses, la dentition , les opérations chirurgicales où le malade a beaucoup souffert, etc., donnent lieu à des convulsions sympathiques très -nombreuses et très-fréquentes. Je sais bien qu’il y a des douleurs très-vives sans mouvemens convulsifs sympathiques; mais il est assez rare que vous observiez des mouvemens convulsifs de cette nature, sans que l’organe d’où partent les irradiations sympathiques ne soit trèsvivement affecté , ne soit le siège d’une sensibilité animale très-développée.
Remarquez, au contraire, que la plupart des sympathies qui développent très-fortement dans une partie la contractilité organique insensible, ou la contractilité organique sensible, ne sont point marquées par ces douleurs vives dans l’organe affecté d’où part l’excitation : par exemple, les sueurs J les sécrétions sympathiques, les contractions intestinales et gastriques, sont rarement produites par des affections qui portent le caractère de celles d’où naissent les sympathies de contractilité animale.
Le cerveau est toujours préliminairement affecté dans cette dernière espèce de sympathies , où les muscles sont, pour ainsi dire, passifs, comme déjà nous l’avons vu, et où ils ne font qu’obéir à l’impulcju’iis reçoivent. L’organe affecté agit d’abord
DE LA. VIE ANIMALE. Sgi
sur le cerveau, puis celui-ci réagit sur les muscles. Les auteurs ont considéré les sympathies d’une manière trop vague. Les uns ont admis, les autres ont rejeté l’intermédiaire du cerveau; quelques-uns n’ont point prononcé. Tous seraient d’accord si , au lieu de vouloir résoudre la question d’une manière générale, iis avaient distingué les sympathies comme les forces vitales, dont elles me sont que des aberrations , des développemens irréguliers. Ils auraient vu que, dans les sympathies animales de contracfilité, Faction cérébrale est essentielle; car on ne conçoit aucune contractilité de cette espèce, sans la double influence cérébrale et nerveuse sur les muscles; qu’au contraire , dans les sympathies organiques de contractilité , Faction du cerveau est nulle; l’organe affecté agit directement et sans intermédiaire sur celui qui se contracte sympathiquement. Quand le cœur, l’estomac, les intestins, etc. , se meuvent, quand la glande parotide et les autres augmentent leur action par l’influence sympathique d’un organe affecté, certainement cet organe n’agit point préliminairement sur le cerveau ; car il faudrait alors que celui-ci réagît sur ceux qui se contractent or, il ne pourrait les influencer que par les nerfs, puisque ce n’est que par eux qu’il leur est uni ; mais toute-s les expériences , tous les faits prouvent , comme nous le verrons, que le cerveau n’a, par ce moyen, aucune influence sur les organes à mouvemens involontaires : donc Faction est directe , donc il n’y a point d’intermédiaire. Il en est des mouvemens Êympathiijues comme des naturels ; les contracté
3g2 SYSTÈME MUSCULAIRE
lités insensible et sensible sont constamment mises en jeu clans ceux-ci par un stimulus direct appliqué sur Forgane , tandis que la contractilité animale neutre jamais en exercice que par le stimulant cérébral ? qui lui-même exige une cause, soit sympathique , soit directe , pour agir sur les muscles.
Après la contractilité animale, c'est la sensibilité de même nature qui est le plus souvent mise en jeu sympathiquement dans le système musculaire animal. Les lassitudes, les douleurs vagues", le sentiment de pesanteur, les tiraiilemens qu’on éprouve dans les membres , au début d’une foule de maladies , sont des phénomènes purement sympathiques , où cette propriété entre en action dans les muscles. Aux périodes avancées de plusieurs autres affections, ces troubles sympathiques sont aussi trèsremarquables , mais moins qu’au début.
Les propriétés organiques sont, en général, rarement en action sympathiquement dans l’espèce de muscles qui nous occupe. Au reste, si elles le sont, nous ne pouvons guère en juger, parce qu’aucun signe ne nous l’indique. La sueur dans la peau , les fluides sécrétés dans les glandes, les fluides exhalés sur beaucoup de surfaces, sont des résultats généraux qui nous indiquent les troubles sympathiques de la sensibilité. organique et de la contractilité insensible de même espèce : dans les muscles, nous n’avons point le même moyen de connaître ces altérations.
Caractère des Propriétés vitales .
D’après ce que nous avons dit j u squ’ici sur les propriétés et sur les sympathies musculaires , on conçoit facilement que l’activité vitale doit être , en général, beaucoup plus grande dans les muscles que dans les organes précédemment examinés dans ce volume : aussi toutes leurs affec lions commencent-elles à prendre un caractère particulier qui les distingue de celles de ces organes; elles sont beaucoup plus promptes, plus rapides. Cependant remarquons que toutes les altérations de fonctions qu’ils nous présentent ne doivent pas servir à nous faire estimer cette activité vitale. En effet , plusieurs de ces altérations ne résident point essentiellement dans le tissu musculaire , n’y ont point leur cause : tels sont , par exemple , tous les mouvemens convulsifs , où comme nous avons vu, les muscles agissent en obéissant, mais n’ont point en eux le principe d’action. Ils sont alors les indices des altérations cérébrales : ainsi les artères , qui nous présentent de si nombreuses variétés dans l’état du pouls , ne sont-elles, pour ainsi dire, que passives, ne servent-elles le plus souvent qu’à nous indiquer l’état du cœur par leur mouvement ; tandis que les veines , qui n’ont point à l’origine de leur circulation un agent d’impulsion analogue, ne présentent que des variétés très-rares, quoique cependant leur tissu soit pénétré d’autant de forces vitales , quoiqu’il vive aussi et peut-être plus activement que celui des artères.
3g4 SYSTÈME MtSCüLÀïRE
Une preuve que le tissu même des muscles est moins souvent altéré qu’il ne le semble d’abord en considérant la fréquence des affections de ces organes , c’est la rareté de leurs lésions organiques- Ces lésions y sont même moins communes que dans les os. On n’y voit point de ces squirrhes, de ces engorgemens, de ces changemens de texture, en un mot, quil est si ordinaire de rencontrer dans les autres organes. Parmi le grand nombre de sujets que j’ai eu occasion de disséquer ou de faire disséquer, je ne me rappelle point avoir vu dans les muscles de la vie animale d’autres altérations que celles de leur cohésion, de leur densité, de leur couleur. C’est un phénomène qui les rapproche de ceux de la vie organique , où l’on rencontre rarement des changemens de tissu, comme le cœur, l’estomac, etc., en offrent des exemples.
Le tissu musculaire de la vie animale suppure rarement : aussi connaît-on très-peu son mode de suppuration. En général, il paraît que l’inflammation s’y termine presque toujours par résolution. L’induration , la gangrène et la suppuration, triple issue que cette affection présente souvent dans les autres parties, sont étrangères à celle-ci dans le plus grand nombre de cas.
ARTICLE IV