ORGANISATION DU SYSTEME MUQUEUX
§ Ier. Tissu propre à cette organisation .
Le système muqueux présente deux choses à considérer dans son tissu propre, savoir, i° une couche plus ou moins épaisse, qui constitue principalement ce tissu, et que, par analogie avec le chorion cutané, on peut appeler chorion muqueux ; 2° une foule de petits prolongernens qui le surmontent , et qu’on nomme villosités ou papilles. Quant à l’épiderme qui le recouvre , j’en traiterai avec l’épiderme cutané. Ce tissu n’a rien de semblable à la substance qui colore la peau , et qui est intermédiaire au corps papillaire et à l’épiderme. On sait en effet que les nègres, comme les blancs ,
ont ce tissu d’un rouge vif, qu’il emprunte de ses vaisseaux.
Choriort muqueux.
Cette portion du tissu muqueux , qui en est la plus importante, et qui en constitue l’épaisseur, la forme, et même la nature, se présente sous un aspect mollasse et spongieux. On dirait au premier coup d’œil que c’est une pulpe consistante, dont a été enduit le tissu cellulaire extrêmement dense qui est subjacent. Cette mollesse est un caractère qui le distingue du chorion cutané, lequel n’a du reste, par sa nature intime, que très-peu de ressemblance avec lui.
Le chorion muqueux présente de grandes variétés d’épaisseur; il diffère dans chaque organe sous ce rapport. Celui des gencives et du palais est le plus épais de tous; viennent ensuite celui des fosses nasales et de l’estomac , puis celui des intestins grêles et de la vésicule du fiel , puis celui des gros intestins , de la vessie urinaire , de l’urètre et des autres excréteurs , lequel commence à s’amincir au point de paraître transparent comme une surface séreuse lorsqu’on l’enlève avec précaution. Enfin le plus mince et le plus ténu est celui des sinus de la face et du dedans de l’oreille; l’arachnoïde est souvent plus grossière.
J’ai dit le tissu muqueux du dedans de l’oreille , quoique tous les anatomistes appellent périoste la membrane 'des cavités de cet organe. En effet i° on la voit évidemment se continuer avec la membrane pituitaire, au moyen du prolongement de la
trompe d’Eustache. 20. On la trouve habituellement humide d’un fluide muqueux que ce canal sert à transmettre au dehors , caractère étranger au périoste , qui , comme les membranes fibreuses , est toujours adhérent par ses deux faces. 3°. Aucune fibre ne peut s’y distinguer. 4°* Son apparence fongueuse , quoique blanchâtre et mollasse, la facilité avec laquelle elle cède au moindre agent dirigé sur elle pour la déchirer , sont des attributs évidens des membranes muqueuses. Tout prouve donc que la membrane de la caisse , celle de la trompe, etc., appartiennent au système qui nous occupe. Aussi, dans les catarrhes de la membrane pituitaire, de celle de l’arrière-bouche, sent-on le plus souvent que l’oreille est embarrassée ; aussi l’oreille est-elle , comme les surfaces muqueuses , le siège d’hémorrhagies ; aussi les polypes y prennent-ils naissance , comme dans le nez et à la surface de la matrice. On regra'de comme le signe d’un dépôt dans l’oreille tout écoulement provenant de cette cavité ; mais comment, dans une partie où il n’y apresque pas de tissu cellulaire, dans une par tie tout osseuse , peut-on concevoir un amas de pus? D’ailleurs le système fibreux auquel appartiendrait le périoste de la caisse, ne suppure presque jamais, comme on le sait. Tout porte donc à croire que ces écoulemens ne sont que le produit d’un catarrhe auriculaire, catarrhe qui est tantôt aigu, tantôt chronique. J’ai d’ailleurs un fait récent et décisif sur ce point : le cadavre d’un homme exposéà à ces écoulemens pendant sa vie m’a présenté une épaisseur et une rougeur remarquables de la membrane
A N AT. GÉS. T, IV»
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du tympan, mais sans nulle trace derosion. L’oreille suppure comme l’urètre, comme le vagin, etc.; ce n’est point un fluide nouveau qui y est formé par la suppuration; c’est celui qui descend naturellement par la trompe qui augmente en quantité, et qui passe accidentellement par une ouverture de la membrane du tympan.
Les maladies font singulièrement varier l’épaisseur de toutes les surfaces muqueuses. J’ai vu cette épaisseur être de plusieurs lignes dans un sinus maxillaire, de près d’un demi-pouce dans la vessie, etc. Dans les grandes extensions des sacs muqueux, cette épaisseur diminue beaucoup; elle augmente dans leur contraction. Jj’estomac présente surtout ce phénomène dans ces deux états opposés.
La mollesse du chorion muqueux est aussi trèsvariable. Aux fosses nasales,' dans l’estomac et les intestins, c’est véritablement une espèce de velours organisé : le nom de membrane veloutée lui convient parfaitement. Au contraire, aux origines du système muqueux, comme à la bouche, sur le gland, à l’entrée du nez, c’est un tissu plus dense, plus serré, et plus voisin par sa nature du chorion cutané. Je suis très-persuadé que, comme celui-ci, il pourrait être tanné et servir aux arts, s’il était en surfaces plus larges, tandis que je doute que l’action du tan puisse produire un phénomène analogue sur le tissu muqueux des organes profondément situés. La mollesse de celui-ci le rendrait incapable de servir de tégument extérieur : la moindre cause
suffirait, en effet, pour le rompre et le déchirer. Sa
MUQUEUX. i g
différence de structure d’avec le chorion cutané fait que les boutons varioliques ne s’y manifestent jamais (1), tandis qu’on voit souvent paraître ces boutons sur les surfaces muqueuses voisines des ouvertures de la peau, spécialement sur la langue, le palais et la surface interne des joues.
Exposé à l’action de l’air sec, et de manière à ce qu’il puisse partout en être pénétré, le chorion muqueux se sèche, devient très-mince, mais con serve une certaine résistance. Dans les vessies souf fiées et séchées, dans l’estomac, les intestins, etc., ainsi préparés, c’est ce tissu qui soutient ces or-
(i) C’est une erreur de croire que l’affection variolique ne donne pas naissance quelquefois à des éruptions boutonn euse sur les membranes muqueuses profondes , sur celle de l’estomac , des intestins ou des voies aériennes; j’ai moi-même directement observé le contraire. Mais ce qu’il faut bien noter, c’est qu’a— lors les boutons n’ont pas tout-à-fait les caractères qu’ils présentent lorsqu’ils se sont développés sur le tégument extérieur, ou sur les membranes muqueuses près des ouvertures naturelles. Dans ces dernières parties , en e.Tet , la coucbe épidermique condensée , desséchée , retient quelque temps le produit de l’inflammation sur le point enflammé, et il se forme un bouton saillant; tandis qu’au contraire , le défaut d’un épiderme consistant sur les membranes muqueuses profondes empêchant que le pus reste circonscrit sur les points malades, l’affection variolique se traduit à l’œil de l’anatomiste seulement par de petites plaques, ou par des mamelons rougeâtres. C’est cette dernière circonstance qui, pour avoir été mal connue, a fait rejeter l’idée que ces membranes pussent devenir le siège de l’affection variolique, et a empêché d’autre part de sentir toute l’analogie qui existe entie les deux grandes divisions du système tégumentaire, soit à l’état sain , soit dans l'état pathologioue. ( 1 . Bwsdin. )
ganes, et qai les empêche de s’affaisser, quoiqu’on permette à l’air de s’échapper; il oppose même une résistance d’où naît une espèce de crépitation lorsqu’on veut les ployer en divers sens. Pour s’en convaincre , il n’y a qu’à faire sécher la surface mu- • queuse isolément de la séreuse et de la musculeuse qui lui correspondent : celles-ci séchées restent souples comme le tissu cellulaire, tandis cpie la première conserve une espèce de rigidité.
Dans les organes où la routeur du tissu muqueux est peu apparente, comme à la vessie, au rectum, etc., il devient transparent par la dessiccation. Là où il est très-rouge , comme à l’estomac, i] prend une teinte foncée, qui devient même comme noirâtre s’il y a eu une inflammation antécédente qui y ait accumulé beaucoup de sang; d’où il paraît que c’est ce fluide qui est la cause de cette coloration.
Ainsi desséchées, les surfaces muqueuses sont lisses; elles ont perdu leur viscosité, au moins en apparence. Leurs replis s’effacent en se collant à la surface dont ils naissent : ainsi les valvules conniventes ne sont-elles marquées , sur un intestin desséché, que par une ligne rougeâtre, sans saillie apparente; mais, si on met macérer les intestins en cet état, les replis se forment et se prononcent de nouveau.
Exposé à un air humide, ou laissé parmi d’autres chairs qui l’empêchent de sécher, le chorion muqueux se putréfie avec une extrême facilité : l’odeur qu’il rend alors est très-fétide. Si l’abdomen des cadavres est si précoce dans sa putréfaction,
je crois que c’est sans doute parce qa’il contient des substances déjà en putréfaction, mais que c’est aussi parce que les surfaces en contact avec ces substances, et qui, par Faction vitale, résistaient auparavant à leur action, y cèdent alors avec facilité. Si ces substances étaient contiguës à des aponévroses, la putréfaction serait bien moins rapide. En pourissant, le système muqueux prend d’abord une couleur grisâtre; et comme le tissu cellulaire dense subjacent est bien moins prompt à pourir, on peut alors enlever de dessus lui, par la moindre pression, le chorion muqueux, réduit en une pulpe infecte où toute trace d’organisation a disparu, et qui forme une véritable bouillie.
Pendant la vie, la gangrène du tissu muqueux arrive, en général, moins fréquemment que celle du tissu cutané : les suites des catarrhes, comparées à celles de l’érisypèle, peuvent nous en convaincre. Il est cependant des cas où la mort se ma, nifeste dans ce tissu, tandis que les autres environnans continuent à vivre, comme dans les angines gangréneuses.
Exposé à la macération, le tissu muqueux y cède avec promptitude. Je crois même qu’après le cerveau, c’est lui qui s’altère le plus vite par l’action de l’eau. Il se réduit alors en une pulpe rougeâtre très-différente de celle de la putréfaction à l’air nu. Lorsqu’on a mis macérer tout l’estomac, déjà cette pulpe s’est détachée que le tissu sousmuqueux et la membrane séreuse n’ont encore subi que peu d’altération.
L’ébullition extrait d’abord du tissu muqueux une écume verdâtre très-différente de celle que donnent les tissus musculaire et cellulaire bbuillis. Cette écume, qui, mêlée à tout le fluide dans les premiers bouillons, le trouble et le verdit d’abord , s’élève ensuite à sa surface, où elle offre peu de bulles d’air mêlées à sa substance; souvent même elle retombe au fond du vase par son poids. L’acide sulfurique en change la couleur en un brun obscur.
Un peu avant que l’eau ne commence à bouillir, le tissu muqueux se crispe et se racornit comme les autres, mais cependant à un moindre degré; voilà pourquoi il se ride alors presque toujours en divers sens. En effet, le tissu sous-muqueux sur lequel il est appliqué se raccourcissant alors beaucoup plus que lui , il faut bien qu’il se replie pour se proportionner à sa longueur : ainsi pendant la vie, quand le plan charnu de l’estomac se resserre, sa surface muqueuse, ne se contractant point à proportion, produit des replis nombreux dont nous avons parlé. L’action d’un acide concentré, crispant davantage le tissu sous-muqueux que le muqueux lui-même, produit un phénomène analogue. Après avoir été long -temps séché, le tissu muqueux, comme au reste presque tous ceux de l’économie animale, n’a point perdu la faculté de se racornir à l’instant où on le plonge dans l’eau bouillante; il offre ce phénomène, soit qu’on l’y expose sec, soit qu’on l’y présente après l’avoir préliminairement fait ramollir dans l’eau froide. C’est même un moyen de faire subitement reparaître toutes les valvules eon-
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niventes qui avaient disparu par la dessiccation , et qui se reforment tout à coup à l’instant où l’intestin se resserre. Cette expérience est très-curieuse à voir.
Lorsque l’ébullition a été long-temps continuée* le tissu muqueux devient peu à peu d’un gris extrêmement foncé, de blanc qu’il était d’abord devenu. Il n’est pas plus mou que dans l’état naturel , mais il se rompt beaucoup plus vite: l’expérience suivante en est la preuve. Si on tiraille le chorion muqueux,' bouilli pendant peu de temps conjointement avec i le tissu cellulaire subjacent, celui-ci résiste beaucoup plus; en sorte qu’il est intact que déjà le chorion muqueux est divisé en plusieurs endroits. Jamais celui-ci ne prend l’aspect gélatineux du chorion cutané, des organes fibreux ou cartilagineux bouillis, et des autres qui donnent beaucoup de gélatine. Cependant en mêlant une dissolution de tan à l’eau où a cuit ce système pris dans un adulte, j’ai vu un précipité manifeste.
L’action des acides réduit beaucoup plus promptement en pulpe le tissu muqueux que la plupart des autres. Pendant la vie, tous les caustiques agissent bien plus rapidement sur lui que sur le cutané, dont l’épiderme épais est un intermédiaire qui nuit à leur tendance à se combiner avec son chorion. Aussi, à l’instant où l’acide nitrique, substance que les gens du peuple choisissent presque toujours pour leur poison, comme le prouve la pratique de l’Hôtel-Dieu, à l’instant, dis-je, où l’acide nitrique est en contact avec les voies alimentaires, il les désorganise, il y forme une
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escarre blanchâtre , qui , lorsque la mort ne survient pas tout de suite, comme cela arrive le plus souvent, s’enlève lentement, et se détache en forme de membrane. On sait que, frottées légèrement d’acide nitrique très-affaibli , les lèvres deviennent le siège d’un prurit incommode; tandis que souvent, quoique cet acide ait assez agi sur la peau pour en jaunir l’extérieur, on ne souffre point.
La mollesse du chorion muqueux me fait présumer qu’il est très-altérable par les sucs digestifs : non que je croie aux expériences de Hunter, qui prétend que cqs sucs peuvent ronger la tunique propre qui les a fournis; mais parce que,1 en général, j’ai observé que les tissus qui, comme lui , sont très-faciles à céder à faction de l’eau dans les macérations, se digèrent aussi très-facilement. Je n’ai, du reste, aucune expérience sur celui-ci; et on sait que, dans l’économie animale, l’analogie n’est pas toujours un guide fidèle.
Toutes les surfaces muqueuses, mais surtout celles de l’estomac et des intestins, jouissent de la propriété de cailler le lait, comme au reste une infinité de substances, les acides spécialement. Estce à cette propriété qu’il faut attribuer pendant la vie un phénomène qui est constant, savoir, la coagulation du lait dès qu’il est arrivé sur l’estomac pour la digestion? ou bien ce phénomène est-il dû au mélange de ce fluide avec ceux qui se séparent à la surface de cet organe? Je crois que ces deux causes y concourent en même temps : toutes deux isolées produisent en effet ce phénomène. Spallan-
zani s’en est assuré pour les sucs gastriques. Tout le monde sait que, desséchée, privée de ces sucs par conséquent, la membrane muqueuse conserve la propriété de cailler le lait. Le même Spallanzani s’est convaincu que les systèmes séreux et musculaire organique de l’estomac en sont dépourvus.
Les aphthes sont-ils une affection du chorion muqueux? Appartiennent-ils aux papilles? Siégent-ils dans les glandes? Sont-ils une inflammation isolée de ces glandes, tandis que les catarrhes sont caractérisés par une inflammation générale d’une étendue assez considérable du système muqueux? Toutes ces questions méritent d’être examinées. M. Pinel a bien senti le vide de l’anatomie pathologique sur ce point.
Papilles muqueuses.
Le mode particulier de sensibilité dont la peau jouit est, comme on le sait, attribué principalement à ce qu’on nomme corps papillaire , corps qu’il n’est pas communément facile de démontrer- La sensibilité des membranes muqueuses, assez analogue à celle de la peau, me paraît tenir au même mode d’organisation , qui ici est infiniment plus facile à apercevoir. Les papilles de ce système ne peuvent être révoquées en doute à son origine, là où il s’enfonce dans les cavités, dans le commencement même de ces cavités, comme sur la langue , au palais, à la partie interne des ailes du nez, sur le gland, dans la fosse naviculaire, au-dedans des lèvres , etc. L’inspection suffit pour les y démontrer.
Mais on demande si, dans les portions profondes de ce système, les papilles existent aussi. L’analogie l’indique, puisque la sensibilité y est aussi prononcée qu’à leur origine, quoiqu’avec des variétés que nous indiquerons; mais l’inspection le prouve d’une manière non moins certaine: je crois que les villosités dont on les voit partout hérissées ne sont autre chose que ces papilles.
On a eu, sur la nature de ces villosités, des idées très-différentes : elles ont été considérées, à l’oesophage et dans l’estomac, comme destinées à l’exhalation du suc gastrique , aux intestins , comme servant à l’absorption du chyle, etc. Mais, i° il est difficile de concevoir comment un organe, partout à peu près semblable, remplit en diverses parties des fonctions si différentes : je dis à peu près semblable, car nous verrons que ces papilles offrent des différences de longueur, de volume, etc., sans en offrir de tissu ni de structure. 20 (1). Quelles sont les fonctions des villosités de la membrane
(1) Je crois aussi avec Bichat que l’on doit considérer comme analogues les papilles muqueuses et les villosités ; peut-être même serait-il convenable d’indiquer ces analogies en désignant ces éminences par un nom générique : les unes et les autres , en effet, sont formées par l’expansion à la surface des membranes muqueuses de leur réseau nerveux et vasculaire. Maisjepuis affirmer, contrairement à ce qu’avance Bicliat , que ces éminences présentent, sous le rapport de la structure, de remarquables différences : dans les unes (celles de la langue, par exemple), le réseau nerveux prédomine ; dans les autres (celles des intestins grêles), l'élement vasculaire est bien plus développé ; les premières , par conséquent , sont devenues ainsi des organes de sensibilité ,
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pituitaire, de la tunique interne de l’urètre, de la ■vessie , etc. , si elles n’ont pas rapport à la sensibilité de ces membranes? 3% Les expériences microscopiques de Leiberkühn sur l’ampoule des villosités intestinales ont été contredites par celles de Hunter, de Cruikshank, et surtout de Hewson. Je puis assurer n’avoir rien vu de semblable à la surface des intestins grêles , à l’instant de l’absorption chyleuse; et cependant il semble qu’une chose d’inspection ne peut varier. 4°- H est vrai que ces villosités intestinales sont accompagnées partout d’un réseau vasculaire qui leur donne une couleur rouge trèsdifférente de la couleur des papilles cutanées ; mais la non -apparence du réseau cutané ne dépend que de la pression de l’air atmosphérique , et surtout de la crispation qu’il occasione dans les petits vaisseaux. Yoyez, en effet, le foetus sortant du sein de sa mère : sa peau est aussi rouge que les membranes muqueuses ; et , si ses papilles étaient un peu plus prolongées, elle ressemblerait presque
tandi* que les autres sont devenues plus spécialement propres à des fonctions absorbantes. Ce sont ces différences déstructuré et de fonctions qu’ont d’abord seulement reconnues les physiologistes, etqui faisant considérer comme tout-à-fait distincts les petits organes qui les présentent, leur ont fait attribuer des noms tout-à-fait différens. A l’expression de papille, on a surtout attaché l’idée d’organe de tact, à celle de 'villosité l’idée d’organe absorbant. Conservons ces qualifications qui expriment de réelles dissemblances : mais peut-être aussi serait-il logique, comme je l’ai dit en commençant , de chercher un terme pour désigner collectivement ces deux espèces du même genre organique.
(F. Blandin. )
exactement à la face interne des intestins. Qui ne sait, d’ailleurs, que le réseau vasculaire entourant les papilles cutanées est rendu sensible par les injections fines, au point de changer entièrement leur couleur (1) ?
Que, dans l’estomac, ce réseau vasculaire continu aux exhalans fournisse le suc gastrique; que, dans les intestins, il s’entrelace avec l’origine des absorbans, de manière que ceux-ci embrassent les villosités, c’est ce dont on ne peut douter d’après les expériences et les observations des anatomistes qui se sont occupés, dans ces derniers temps, du système lymphatique. Mais cela n’empêche pas que la base de ces villosités 11e soit nerveuse, et que
(1 ) Dans le tégument extérieur, sans doute , les papilles sont principalement des organes de sensibilité; mais elles ont aussi des propriétés sécrétoires et absorbantes, comme les villosités dans les intestins. Ainsi , en ré-umé , partout les saillies extérieures du derme, qu’elles appartiennent à la peau ou bien aux membranes muqueuses , ont pour base de composition un réseau nerveux et vasculaire; partout, par conséquent, elles sont des organes de sensibilité, de sécrétion et d’absorption: mais dans certains points, leur élément nerveux prédominant, elles deviennent plus spécialement organes sensitifs ; tandis qu’ailleurs , l’élément vasculaire prenant une extension remarquable , elles jouissent de fonctions absorbantes et sécrétoires. Au reste , veut-on la preuve que les papilles cutanées, par exemple, ne sontpasseulement des organes de sensibilité ? Elle sera facile à donner : ne sait-on pas que ce sont elles qui sécrètent l’épiderme et les couches diverses du corps muqueux? Nesont-ce pas aussi des papilles développées seulement , qui sécrètent la partie cornée des ongles , des poils et la matière dure des dents? ( F. BuiNDin. )
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celles-ci ne fassent sur les membranes muqueuses les mêmes fonctions que les papilles sur l’organe cutané. Cette manière de les envisager, en expliquant leur existence généralement observée sur toutes les surfaces muqueuses, me paraît bien plus conforme au plan de la nature, que de leur supposer en chaque endroit des fonctions diverses et souvent opposées.
Au reste, il est difficile de décider la question par l’observation oculaire. La ténuité de ces prolongemens en dérobe la structure, même à nos instrumens microscopiques, espèce d’agens dont la physiologie et l’anatomie ne me paraissent pas d’ailleurs avoir jamais retiré un grand secours, parce cpie, quand on regarde dans l’obscurité, chacun voit à sa manière et suivant qu’il est affecté (i).
(i) Un assez grand nombre d’observateurs, tant anciens que modernes, s’accordent sur plusieurs points relativement à la disposition de ces villosités : ils diffèrent , à la vérité , sur d’autres , mais il est aisé de voir que souvent le fond de leurs observations ; est le même , et que toute la différence consiste dans la manière dont ils s’en sont rendu compte. Les villosités intestinales ont : été l’objet spécial de leurs recherches. Voici ce qu’il y a de moins
obscur sur la nature de ces prolongemens.
Vues au microscope , les villosités des membranes muqueuses ressemblent au chevelu des racines de certains arbres. Cependant leur forme paraît plutôt aplatie qu’arrondie, et le nom de folioles qu’on leur a donné dans ces derniers temps leur convient peut-être mieux , sous ce rapport , que celui de villosités. Lieberkühn leur avait déjà reconnu cette disposition dans l’homme , mais il admettait que celles des animaux sont cylindriques , et par conséquent filamenteuses ou villeuses. Elles se teriEÎuent
C’est donc l’observation des propriétés vitales qui doit surtout nous guider: or, il est évident qu’à en juger d’après elles, les villosités ont la nature que je leur attribue. Voici une expérience qui me
en pointe , ce qui , joint à leur forme aplatie , les a fait comparer , pour l’aspect , aux feuilles des graminées. Rudolphi dit que ce sont des lames , de petites écailles qui garnissent tout le dedans de l’intestin ; cela n’est pas fort éloigné de ce que nous venons de dire.
La structure de ces prolongemens est le point le plus contesté. On sait ce que c’était que l’ampoule de Lieberkühn. Cet anatomiste ayant vu que les villosités intestinales se renflaient pa l’injection , et que de l’air insufflé s’y répandait et leur donnait une apparence comme spongieuse , crut pouvoir en conclure qu’elles étaient en grande partie formées par une espèce d’ampoule celluleuse , dans laquelle se terminaient les vaisseaux , particulièrement les lymphatiques. Ilewson a fait des observa-' tions analogues à celles de Lieberkühn , mais il n’en a pas tiré la même conséquence : suivant lui , l’injection fait bien renfler les villosités , et produit en elles un phénomène semblable à celui de l’érection ; mais cela tient à ce qu’elles sont entièrement composées d’un lacis de vaisseaux , d’une-sorte de réseau tel que celui qui forme les tissus érectiles. Cette opinion est elle-même rejetée par Rudolphi , MM. Cuvier , Alb. Meckel, et plusieurs autres anatomistes modernes , qui ne veulent pas que ces prolongemens contiennent de vaisseaux du moins apparens. Une matière visqueuse, une sorte de gelée, de substance amorphe, inorganique , constitue , selon ces auteurs , les villosités , qui ne leur ont offert , au microscope , que cette substance , plus des globules opaques situés au-dessous d’elle. Cette matière serait susceptible de s’imbiber et de devenir alors comme spongieuse ; cette imbibilion pourrait se faire par le dedans, c’est-à-dire, du côté des vaisseaux , comme par le dehors , ou à la surface de la muqueuse. Les vaisseaux lymphatiques naîtraient de cette sub-
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sert à démontrer l’influence du corps papillaire sus* la sensibilité cutanée; elle réussit aussi sur les membranes muqueuses : on enlève l’épiderme dans une partie quelconque, et on irrite le corps papillaire
stance , que Àlb. Meckel compare à celle qui constitue les végétaux très-jeunes à l’époque de leur développement. Cette description , si elle est exacte , cadrerait assez bien avec les faits précédemment observés , et permettrait d’expliquer comment Lieberkühn voyait une ampoule , comment Hewson trouvait des vaisseaux , etc. Il est encore , suivant Alb. Meckel , une circonstance qui peut rendre raison des formes diverses que l’on a attribuées aux villosités : c’est que les folioles qu’elles représentent sont diversement repliées , contournées sur elles-mêmes , et prennent ainsi un aspect variable qui dépend de leur situation au moment où on les observe. C’est ainsi que Hedwig les dit cylin- | driques , digit formes , terminées par un sommet obtus ; que d’autres les ont comparées à de petites massues, etc.
Plusieurs anatomistes assurent qu’il existe des ouvertures au
I sommet des villosités , et que ce sont les orifices des vaisseaux lymphatiques. Ils ne sont pas , à la vérité , d’accord sur le nombre de ces orifices. Bleuland , Hedwig n’cn admettent qu’un i seul ; Cruikshank , Sœmmering en ont vu depuis six jusqu’à dix.
Hewson prétend que ces ouvertures ne deviennent distinctes que i quand les villosités sont rendues plus saillantes , comme il arrive : par l’injection ; il suppose qu’il en est de même pendant la vie , et explique ainsi l’absorption par l’érection dont il croit ces pro— i longemens susceptibles. Ceux qui admettent l’opinion exposée en premier lieu rejettent toute espèce d’ouvertures comparables à des orifices absorbans ; la matière molle dont il a été question plus haut en tient lieu dans cette hypothèse.
On pense assez généralement que les villosités reçoivent des nerfs ; mais c’est plutôt par leur analogie présumée avec les pa- [ pilles et à cause de la sensibilité dont elles sont le siège , que par les résultats de l’inspeclîbn. M- Ribes y a injecté des veines par
avec un stylet aigu; l’animal s’agite, crie et donne des marques d’une vive douleur : on glisse ensuite dans le tissu cellulaire sous-cutané un stylet pointu? par une petite ouverture faite à la peau, et on irrite la face interne du chorion : l’animal reste en repos et ne jette aucun cri, à moins que quelques filets nerveux heurtés par hasard ne le fassent souffrir. Il suit de là, bien évidemment, que c’est à la surface externe de la peau que réside sa sensibilité, que les nerfs traversent le chorion sans concourir à sa texture, et que leur épanouissement n’a lieu qu’au corps capillaire. Il en est absolument de même aux surfaces muqueuses. Remarquez que cette circonstance coïncide très-bien avec les fonctions de l’une et de l’autre surfaces, qui reçoivent par leur portion libre l’action des corps extérieurs, auxquels elies sont étrangères par leur portion adhérente.
Les papilles présentent de très-nombreuses variétés. Sur la langue, aux intestins grêles, dans l’estomac et dans la vésicule du fiel, elles sont re- ' marquables par leur longeur. L’œsophage, les gros intestins, la vesslb, tous les conduits excréteurs en présentent de moins sensibles; ces derniers surtout, et l’urètre en particulier, sont presque lisses
la veine porte ; nous avons vu qu’on pouvait injecter ces prolongemens par les artères ; leurs vaisseaux lymphatiques sont île même évidens : il suffit, pour les voir, de plonger la membrane dans l’alcool ; les fluides qu’ils renferment sont coagulés et les rendent plus apparens. * (Béclard.)
dans toute leur surface muqueuse. A peine peut-on distinguer les papilles dans les sinus frontaux, sphénoïdaux, maxillaires, etc.
Ces petites éminences nerveuses sont assez distinctes et assez isolées sur la langue. Dans les fosses nasales, l’estomac, les intestins, elles sont si rapprochées et en même temps si minces, que la membrane présente au premier coup d’œil un aspect uniforme et comme lisse, quoiqu’elle soit hérissée de ces prolongemens. Chaque papille est simple; jamais de bifurcation ne s’observe à son extrémité. Toutes paraissent avoir une forme pyramidale, s’il faut en juger au moins par celles qui sont les plus sensibles.
Sont-elles susceptibles d’une espèce d’érection? On l’a cru pour celles de la langue, qui se redressent, dit-on, afin de percevoir les saveurs, pour celles du nez, qui reçoivent les odeurs plus efficacement dans cet état d’érection, qui est en petit, dans les phénomènes sensitifs, ce qu’est en grand le redressement des corps caverneux. Je ne crois pas qu’aucune expérience rigoureuse puisse prouver ce fait. D’ailleurs il faudrait donc que les pa-j pilles intestinales, vésicales, etc. , fussent en érection permanente, puisqu’elles sont presque toujours en ; contact avec les substances étrangères.
I §11. Parties communes à l’ Organisation clu Système muqueux.
Outre les vaisseaux sanguins, les exhalans et les absorbans, qui concourent à la structure de ce Akat, géiu t. iv, 3
système comme à celle de tous les autres, il présente encore un organe commun, qui se trouve presque toujours isolé ailleurs, mais qui ici leur est spécialement destiné. Cet organe commun est de nature glanduleuse ; nous allons d’abord l’examiner.
Des Glandes muqueuses et des Fluides quelles séparent.
Les glandes muqueuses existent dans tout le système de ce nom. Situées au-dessous du chorion ou même dans son épaisseur, elles versent sans cesse, par des trous imperceptibles, une humeur mucilagineuse qui lubrifie sa surface libre, et qui la garantit de l’impression des corps avec lesquels elle est en contact, en même temps quelle favorise le trajet de ces corps.
Ces glandes sont très-apparentes aux bronches, au palais, à l’oesophage et aux intestins, où elles prennent le nom des anatomistes qui les ont dé-l crites avec exactitude, et où elles font, en plusieurs endroits, des saillies sensibles sur la surface muqueuse. Elles sont moins apparentes dans la vessie, la matrice, la vésicule du fiel, les vésicules ; séminales, etc.; mais la mucosité qui en humecte les membranes démontre irrévocablement leur exis tence. En effet, puisque, d’une part, ce fluide ! est analogue sur toutes les surfaces muqueuses, et que, d’une autre part, dans celles oùles glandes sont apparentes, il est évidemment founi par elles, il doit être séparé de même dans celles où les glandes sont moins sensibles; l’identité des
fluides sécrétés suppose eu effet l’identité des or- ; ganes sécrétoires. Il paraît que là où ces glandes se t cachent à nos yeux, la nature supplée par leur il nombre à leur ténuité. Au reste, il est des animaux . chez lesquels, aux intestins surtout, elles forment, par leur multitude, une espèce de couche nouvelle s ajoutéeàcelles dontnous avons parlé. Dans.l’homme, ce fait est remarquable à la voûte palatine , dans les piliers du voile , à la surface interne des lè- . vres, des joues, etc., etc. Il y a donc cette grande i différence entre les membranes muqueuses et les $ séreuses, que le fluide qui lubrifie les unes est fourr ni par sécrétion , tandis que celui qui humecte les i autres l’est par exhalation.
s Le volume des glandes muqueuses varie : celles e du voile du palais, les buccales, etc., paraissent en offrir le maximum ; il devient insensible dans le
i plus grand nombre des surfaces muqueuses. J’ai s disséqué deux sujets morts avec un catarrhe pul- ;■ monaire, et chez lesquels ce volume n’avait point • augmenté dans celles de la trachée-artère et des e bronches, qui sont assez apparentes, comme on a sait; la membrane seule paraissait affectée. Au s reste, on ne connaît point encore les lésions de ces e glandes, comme celles des organes analogues qui is sont plus apparens par leur masse. Elles affectent le en général la forme arrondie, mais avec une foule et ! de variétés. Aucune membrane ne paraît les enveslopper. Elles n’ont, comme les salivaires et le ir pancréas, que le tissu cellulaire pour écorce. Leur il texture est plus dense et plus serrée que celle de
ii ces dernières glandes; peu de tissu cellulaire s’y
trouve; elles sont mollasses , vasculaires , et offrent à peu près, lorsqu’on les ouvre, l’aspect de la glande prostate. Je ne puis dire si des nerfs les pénètrent : l’analogie l’indique ; car toutes les glandes principales en reçoivent ( i).
(i) Ces espèces de petits sacs sont distingués aujourd’hui des glandes , et décrits sous le nom de follicules , qui convient mieux à leur nature. Ils paraissent en effet formés par une sorte de renversement de la membrane dans laquelle ils siègent, et qui, repliée sur elle-même, à leur niveau, au-dessous de sa surface libre , constitue de cette manière un véritable c.ul-de-sac , terminé par un orifice ouvert sur cette surface. Cette disposition est très-marquée , pour les follicules sébacés , à la peau , avec laquelle les muqueuses ont une si grande analogie. Ces dernières la présentent aussi manifestement à leur origine; là, comme dans tous les points où leur épiderme est distinct, on peut enlever celui-ci en entier avec les prolongemens qu’il forme dans les follicules. Cela est rendu encore plus évident par les maladies , comme nous le dirons à l’article du système dermoïde.
Ainsi les follicules muqueux doivent avoir une structure analogue à celle des muqueuses dont ils font partie , quoiqu’il soit difficile de bien apercevoir cette structure. Ils n’ont point de conduite excréteur : seulement , lorsqu’ils sont situés au-dessous du chorion , dans le tissu cellulaire subjacent , leur col, plus ou moins allongé , leur forme une espèce de goulot. L’orifice par lequel ils se terminent est constamment plus rétréci que leur fond , et garni de villosités ou folioles semblables à celles des parties voisines. E. Home a donné de très— bonnes figures sur ces différens objets.
La plupart de ces petits corps sont isolés et irrégulièrement disséminés , en plus ou moins grand nombre , dans toute l’étendue du système muqueux. Je dis toute l’étendue , car on a vu que, même là où ils sont peu appareils, l’analogie porte à les admettre, puisque la sécrétion s’y opère toujours, Joignez à cela
MUQUEpx;
Fluides muqueux.
On connaît peu la composition des fluides muqueux, parce que, dans l’état naturel, il est difficile de les recueillir, et qae, dans l’état morbifique, où leur quantité augmente, comme dans les ca-
que leur volume étant excessivement variable dans les parties qui en sont manifestement pourvues , il est tout naturel de penser que si on ne les voit pas dans les autres , c’est parce que ce volume y offre simplement une variété de plus , suffisante pour les dérober àffiwue. Au reste , ce que le raisonnement indique , l’inspection l’a déjà en partie prouvé : le microscope a fait voir des follicules dans plusieurs membranes où on n’en distingue pas à l’œil nu , notamment dans la pituitaire ; il se produit à la peau des tannes , tumeurs formées par le développement des follicules, dans des endroits où on n’en reconnaissait pas avant, etc. Mais , dans quelques parties , les follicules , loin d’être ainsi isoléset souvent difficiles à apercevoir , sont agglomérés, et constituent par leur assemblage des amas diversement configurés , et dont la disposition varie ; c’est ce qui a fait distinguer des follicules simples , ce sont les premiers , et des follicules composés , ce sont ceux-ci , parmi lesquels on range la caroncule lacrymale, les follicules de Meibomius , les glandes aryténoïdes , l’amygdale, les glandes molaires, buccales, les glandulœ agminatœ de l’intestin , la prostate, etc. Tantôt chacun des follicules simples qui composent ces derniers a son orifice propre ouvertsur la muqueuse , comme on le voit à la caroncule; tantôt, comme aux glandes de Meibomius, ils s’ouvrent les uns dans les autres , en sorte que le dernier verse le produit de la sécrétion de tous. Quelquefois leurs ouvertures se rencontrent au fond d’une sorte de repli que fait la membrane muqueuse, comme l’amygdale en fournit un exemple. Les lacunes muqueuses appartiennent en-
tarrhes, par exemple, cette composition change probablement. On sait qu’en général ils sont fades, insipides, qu’ils sont peu solubles dans l’eau, dans celle même qui est élevée à un degré très-haut de température. Ils se putréfient difficilement : en effet, ils restent long-temps intacts dans le nez,
core à ce dernier genre; on peut les considérer, de même que les replis muqueux de l’amygdale , de même que le trou borgne de la langue , comme de grands follicules qui en reçoivent de p?*tis petits : c’est ce qu’on voit très-bien à l’urètre, par exemple. Enfin , les glandes molaires , la prostate , ont un véritable conduit excréteur ramifié, de même que les glandes ; aussi ces organes participent-ils de la nature glanduleuse , et la leur sera— blc-t-ellc , pour ainsi dire , tenir le milieu entre celle-ci et celle des follicules proprement dits.
La membrane muqueuse de l’estomac , celle de l’œsopbage , de l’intestin grêle, présentent, outre ces follicules, de petites cavités superficielles, desenfoncemens peu profonds que Hewson, qui les a observés le premier, compare aux alvéoles des abeilles, en désignant celte disposition sous le nom de structure alvéolaire. Ces alvéoles ont été plus récemment décrits par E. Home : on ne les voit qu’au microscope; cependant, en quelques endroits , ils apparaissent même à l’œil nu. Ils ne semblent différer des follicules qu’en ce que leur ouverture est plus large que leur fond, le repli de la muqueuse étant peu étendu pour les former; ce sont, pour ainsi dire , des rudimens de follicules. Leur nombre est peu considérable au bas de l’œsopbage , où on commence à les apercevoir , entre les plis de ce canal ; il augmente dans l’estomac , et surtout dans le duodénum : dans cet intestin et dans l’estomac , les enfoncemens ont à peu près la même largeur que leurs intervalles ; ils diffèrent en cela des alvéoles des abeilles , qui sont en effet plus nombreux , et dont les intervalles sont beaucoup plus petits. Leur contour est lisse et arrondi dans
MUQUEUX. Sq
il exposés au contact d’un air humide ; dans les in- :s, testins, ils servent, sans danger pour eux, d’enveis loppe à des matières putrides, etc. Extraits du corps le et soumis à diverses expériences, ils donnent des
! l'oesophage et dans la portion voisine de l’estomac ; il devient inégal à mesure qu’on avance vers l’intestin , et se garnit de fo—
! lioles de plus en plus marquées.
M. Home a examiné au microscope les surfaces digestives de différens animaux. Il résulte de ses observations, que , dans les animaux qui se nourrissent de substances végétales , les follicules de ces surfaces ont une structure plus compliquée , sont pourvus de villosités nombreuses à leur orifice , et sécrètent un suc plus actif ; que les animaux , au contraire , dont la nourriture est prise dans le règne animal , n’ont pour follicules que des enfoncemens alvéolaires ; qu’on peut distinguer , sous ce rapport , trois espèces de follicules , qui présentent trois degrés différens de complication : i° ceux qui, tels que dans l’autruche, versent uu fluide d’une activité très-grande ; 2° ceux de l’homme et des autres omnivores ; 5° ceux dont on trouve le type dans l’hirondelle de Java , laquelle fournit une matière qui ne jouit presque d’aucune faculté dissolvante , et a , en revanche , des propriétés nutritives très-marquées.
La sécrétion qui s’opère dans les glandes muqueuses, constitue , réunie à celle des glandes sébacées, un des trois genres principaux de sécrétion établis par M. Chaussier, dans ses tables synoptiques, la sécrétion folliculaire . Elle diffère , en effet , par plusieurs caractères delà sécrétion perspiratoire ou exhalation proprement dite , ainsi que de la glanduleuse , dont elle se rapproche par d’autres : i° comme dans la première, le fluide sécrété paraît apporté directement par les extrémités des artères; 20 ce fluide, après avoir séjcftrné un certain temps dans la cavité du follicule , et y avoir sans doute été élaboré de nouveau , est rejeté , de même que dans la plupart des glandes , par l’action propre de l’organe qui l’a fourni. ( Béclard. )
r4o SYSTÈME 1
résultats conformes à ces faits : tous les acides agissent sur eux, et les colorent différemment ; exposés à un air sec, ils s’épaississent par évaporation, se réduisent même souvent en petites lames brillantes* Le mucus nasal, dont Fourcrov a donné en détail 1 l’analyse, présente surtout ce phénomène. Ce chimiste a indiqué aussi celle du mucus trachéal. Mais il ne faudrait pas appliquer rigoureusementaux fluides analogues nos connaissances sur la composition de ceux-ci. 11 suffit, en effet, d’examinerun certain nombre de ces fluides pour voir qu’ils ne sont les mêmes en aucun endroit ; que, plus ou moins épais, plus ou moins consistons, différens dans leur couleur, leur odeur même, etc. , ils doivent varier dans les principes qui les constituent, comme les membranes qui les fournissent varient dans leur structure, dans le nombre et le volume de leurs glandes, dans l’épaisseur de leur ehorion, la forme de leurs papilles, l’état de leurs systèmes vasculaire et nerveux, etc. Je suis loin d’assurer que le suc gastrique soit un suc muqueux; il est même probable que l’exhalation le fournit, les glandes stomacales rejetant un fluide différent par la voie des sécrétions; mais cette assertion n’est pas rigoureusement démontrée, et peut-être un jour prouvera-t-on que ce suc, si différent des autres sucs muqueux, en est un cependant, et que ses propriétés ne sont distinctes que parce que la structure de la surface muqueuse de l’estomac n’est pas la même q«e celle des autres surfaces analogues.
les fonctions des fluides muqueux, dans l’économie animale, ne sont pas douteuses. La première
MÜQTJEUX. 4l
de ces fonctions est de garantiras membranes muqueuses de l’impression des corps avec lesquels elles sont en contact, et qui, tous, comme nous l’avons observé, sont hétérogènes à celui de l’animal. Ces fluides forment sur leurs surfaces respectives une couche qui supplée, jusqu’à un certain point, à l’extrême ténuité, à l’absence même de leur épiderme. Aussi , là où cette membrane est très-apparente , comme sur les lèvres, sur le gland, à l’entrée du. nez, et en général à toutes les origines du système muqueux, ces fluides sont peu abondans (i).La peau n’a qu’une couche huileuse , infiniment moins marquée que la muqueuse qui nous occupe , parce que son épiderme est très-prononcé, etc.
Cet usage des fluides muqueux explique pourquoi ils sont plus abondans là où les corps hétérogènes séjournent quelque temps , comme dans la vessie , à l’extrémité du rectum, etc., que là où ces corps ne font que passer, comme dans les uretères, et en général dans les conduits excréteurs.
Voilà aussi pourquoi, lorsque l’impression de ces corps pourrait être funeste , ces fluides se ré-
(i) Cette remarque de Bichal est d’une grande exactitude; il n’y a pas d’ailleurs de différences essentielles entre la couche muqueuse delà membrane tégumentaire interne et l’épiderme de la peau: des deux côtés la composition chimique est la même , c’est toujourscetle matière connue des chimistes sous le nom de mucus ; la seulement elle est à l’état liquide ; ici , au contraire, elle est desséchée; des deux côtés surtout l’absence complète d’organisation nerveuse et vasculaire est patente. (F. Blandik.)
pandent en plus grande quantité sur leurs surfaces. La sonde qui pénètre dans l’urètre, et qui y séjourne , l’instrument qu’on laisse dans le vagin pour y serrer un polype , celui qui, dans la même vue , reste quelque temps dans les fosses nasales , la canule fixée dans le sac lacrymal pour le désobstruer , celle qu’on assujettit dans l’oesophage pour suppléer à la déglutition empêchée , déterminent toujours, sur les portions de la surface muqueuse qui leur correspond , une sécrétion plus abondante du fluide qui y est habituellement versé , un véritable catarrhe. C’est là une des raisons principales qui rendent difficile le séjour des sondes élastiques dans la trachée-artère : l’abondance des mucosités qui s’y séparent alors, en bouchant les trous de l’instrument, nécessitent de fréquentes réintroductions, et même peuvent menacer le malade de suffocation , comme Desault lui-même l’a observé , quoique cependant il ait tiré de grands avantages de ce moyen , ainsi que je l’ai exposé dans les OEuvres chirurgicales. Je dois même dire que, depuis fa publication du Traité des Membranes , j’ai voulu essayer de fixer une sonde dans le conduit aérien d’un chien , et que l’animal est mort au bout de quelque temps , ayant les bronches pleines d’un fluideécumeux qui paraissait l’avoir étouffé(i)-
(i) Les raisonnemens et l’expérience invoqués ici par Bichat témoignent hautement contre l’introduction de sondes dans la trachée, pour rétablir la respiration dans l’angine laryngée, procédé jadis vanté par Hippocrate, et dans ces derniers temps
Il paraît donc que toute excitation un peu vive des surfaces muqueuses détermine dans les glandes correspondantes une augmentation remarquable d’action. Mais comment cette excitation , qui n’a pas lieu immédiatement sur la glande , peut-elle avoir sur elle une si grande influence? car, comme nous l’avons dit , ces glandes sont toujours subjacentes à la mambrane , et par conséquent séparées par elle des corps qui l’irritent. Il paraît que cela tient à une modification générale de la sensibilité glanduleuse , qui est susceptible d’être mise en jeu par toute irritation fixée à l’extrémité des conduits excréteurs, comme je le prouverai dans le système des glandes.
C’est à la susceptibilité des glandes muqueuses , pour répondre à l’irritation de l’extrémité de leurs conduits , qu’il faut attribuer les rhumes artificiels dont M. Vauquelin a été affecté par la respiration des vapeurs de l’acide muriatique oxygéné , l’écoulement muqueux qui accompagne la présence d’un polype , d’une tumeur quelconque dans le vagin , de la pierre dans la vessie, etc., la fréquence des flueurs blanches chez les femmes qui font un usage immodéré du coït , l’écoulement plus abondant du mucus des narines chez les personnes qui prennent du tabac , etc. Dans tous ces cas , il ÿ a évidemment excitation de l'extrémité des conduits muqueux. Je rapporte encore à cette excitation le
par Desault , mais justement abandonné aujourd’hui par tous les chirurgiens. (F. Blandin.)
suintement muqueux que l’on obtient en agaçant, chez une femme qui n’allaite point, le bout du mamelon, les sécrétions abondantes que détermine le séjour d’un corps irritant dans les intestins , sécrétions qui fournissent spécialement la matière des diarrhées , les embarras gastriques qui succèdent à une indigestion qui a laissé séjourner sur la surface muqueuse de l’estomac des substances non digérées , irritantes par conséquent : ces embarras sont, en effet, de véritables catarrhes de la membrane stomacale , catarrhes que le plus souvent la turgescence bilieuse ne complique pas. Je pourrais ajouter une foule d’autres exemples des sécrétions muqueuses augmentées par l’irritation portée sur la surface des membranes, à l’extrémité des conduits excréteurs ; ceux-ci suffiront pour donner une idée des autres.
Toutes ces excitations déterminent une espèce d’inflammation dont le propre est de crisper d’abord, pendant quelque temps, les couloirs glanduleux , et d’arrêter la sécrétion , quelles provoquent ensuite en quantité. Lorsque les fluides muqueux se sont écoulés abondamment pendant un certain temps, ils diminuent peu à peu, quoique la cause subsiste : ainsi le mucus de l’urètre sort-il en plus petite proportion, après un mois de séjour d’une sonde , que dans les premiers temps de ce séjour; mais presque toujours, tant que la cause subsiste, l’écoulement muqueux est plus grand que dans l’état naturel.
On emploie beaucoup, en médecine, l’usage des vésicatoires sur l'organe cutané, pour détourner
l’humeur morbifique , suivant les uns , pour faire cesser , suivant les autres , l’irritation naturelle par une artificielle. Pourquoi , dans une foule de cas, n’irriterait-on pas aussi les surfaces muqueuses? pourquoi n’agirait-on pas sur la pituitaire, sur le gland, sur la membrane de l’urètre , sur le pharynx, etc. , sur la luette surtout, qui est si sensible? pourquoi, au lieu d’épispastiques sur le périnée, sur le sacrum, n’introduirait-on pas une sonde dans l’urètre, pour une paralysie de vessie (1)? Au lieu d’agir , dans une hémiplégie , sur l’organe cutané, j’ai déjà employé deux fois les moyens suivans : j’ai introduit une sonde dans l’urètre, une dans chaque fosse nasale , et en même temps le chirurgien irritait , par intervalle , la luette ; les malades ont paru beaucoup plus excités que par des vésicatoires. Les lavemens purgatifs très-forts , les émétiques prouvent l’avantage de l’excitation des membranes muqueuses dans ce cas. Ne vaudrait-il pas mieux souvent , dans une ophthalmie, produire un catarrhe artificiel dans la narine du
( r ) On place aussi des sondes dans la vessie dans les cas de rétention d’urine , et souvent , au bout d’un temps variable , on voit la contractilité revenirà cet organe. Sans doute on peut expliquer déplus d’une manière cette heureuse circonstance ; mais la raison qu’allègue ici Bichat nous parait la plus plausible : la sonde droite, que M. Leroy d Étioles a conseille d’employer préférablement dans ces cas , et à laquelle il attribue l’avantage de faire cesser la paralysie en déprimant la luette vésicale, n’agit selon moi qu’en stimulant les fibres de la vessie , contre lesquelles son extrémité appuie inférieurement, ( F. Blandin. )
côté malade , que de placer un vésicatoire ou un séton à la nuque? Je l’ai tenté une fois ; cela ne m’a pas réussi ; mais l’ophthalmie était très-ancienne : je me propose de répéter ces essais à l’Hôtel-Dieu sur un grand nombre de maladies. Je crois , en général, qu’on pourrait , dans les maladies , suppléer souvent aux excitations cutanées par les excitations muqueuses , d’autant plus avantageusement que, sur le système muqueux, il suffit du contact d’un corps, et qu’il ne faut point produire, en enlevant l’épiderme , une espèce d’ulcère.
' Les membranes muqueuses , par la continuelle sécrétion dont elles sont le siège, jouent encore un rôle principal dans l’économie animale. On doit les regarder comme un des grands émonctoires par lesquels s’échappe sans cesse au dehors le résidu de la nutrition , et par conséquent comme un des agens principaux de la décomposition habituelle qui enlève aux corps vivans les molécules qui , ayant concouru pendant quelque temps à la composition des solides, leur sont ensuite devenues hétérogènes. Remarquez en effet que tous les fluides muqueux ne pénètrent point dans la circulation , mais qu’ils sont rejetés au dehors , celui de la vessie, des uretères et de l’urètre, avec l’urine ; celui des vésicules séminales et des conduits déférens avec la semence ; celui des narines par l’action de se moucher ; celui de la bouche , en partie par l’évaporation, en partie par l’anus avec les excrémens; celui des bronches par l’exhalation pulmonaire qui s’opère principalement, comme je le dirai , par !a dissolution de ce fluide muqueux dans l’air inspiré;
ceux de l’œsophage, de l’estomac, des intestins, de la vésicule du fiel, etc., avec les excrémens, dont ils forment souvent , dans l’état ordinaire , une partie presque aussi considérable que le résidu des alimens, et même qu’ils composent presque en entier dans certaines dysenteries, dans certaines fièvres , où la quantité de matières rendues est évidemment disproportionnée avec celle que l’on prend, etc. Observons , à ce sujet, qu’il y a toujours quelques erreurs dans l’analyse des fluides en contact avec les membranes dont nous parlons , comme dans celle de l’urine, de labile , du suc gastrique, etc., parce qu’il est très-difficile , impossible même d’en séparer les fluides muqueux.
Si on se rappelle ce qui a été dit précédemment sur l’étendue des deux surfaces muqueuses générales , qui est égale et même supérieure à l’étendue de l’organe cutané; si on se représente ensuite ces deux grandes surfaces rejetant sans cesse au dehors les fluides muqueux, on verra de quelle importance doit être, dans l’économie, cette évacuation , et de quels dérangemens sa lésion peut devenir la source.
que tout fluide muqueux soit rejeté au dehors, qu’il faut attribuer en partie , dans le fœtus , la présence du fluide onctueux dont est pleine la vésicule du fiel , le méconium qui engorge ses intestins , etc. , espèces de fluides qui ne paraissent être qu’un amas de sucs muqueux, lesquels ne pouvant s’évacuer, séjournent jusqu’à la naissance, sans être absorbés, sur les organes respectifs où ils ont été sécrétés.
48 sÿstèmë
Ce ne sont pas seulement les fluides muqueux qui sont rejetés au dehors et servent ainsi d’émortctoires à l’économie; presque tous les fluides séparés de la masse du sang par voie de sécrétion se trouventdans ce cas : cela est évident pour la partie la plus considérable de la bile; vraisemblablement que la salive, le suc pancréatique et les larmes sont aussi rejetés avec les excrémens, et que leur couleur seule les empêche d’y être distingués comme la bile. Je ne sais même si , en réfléchissant à une foule de phénomènes, on ne serait pas tenté d’établir en principe général que tout fluide séparé par sécrétion ne rentre point dans la circulation , que ce phénomène n’appartient qu’aux fluides séparés par exhalation, comme ceux des cavités séreuses, des articulations , du tissu cellulaire , de l’organe médullaire , etc.; que tous les fluides sont ainsi ou excrémentitiels ou récrémentitiels, et qu’aucun n’est exçrément-récrémentitiel, comme l’indique la division vulgaire. La bile dans la vésicule , l’urine dans la vessie , la semence dans les vésicules séminales sont certainement absorbées; mais ce n’est pas le fluide lui-même qui rentre en circulation ; ce sont ses parties les plus ténues, quelques-uns de ses principes que nous ne connaissons pas bien , vraisemblablement la partie séreuse et lymphatique : cela ne ressemble point à l’absorption de la plèvre et autres membranes analogues , où le fluide rentre dans le sang tel qu’il en est sorti (i).
(i) Des expériences fréquemment répétées par MM. Dupuy-
MÜQUEUX. 49
f> Ce qu’il y a de sûr, au sujet de l’excrétion au dehors des fluides sécrétés , c’est que je n’ai pu parvenir à faire absorber la bile par les lymphatiques en l’injectant dans le tissu cellulaire d’un animal; elle y a donné lieu à une inflammation et ensuite à un dépôt. On sait que l’urine infiltrée ne s’absorbe pas non plus, et qu’elle frappe de mort tout ce qu’elle touche, tandis que les infiltrations de lymphe et de sang se résolvent facilement. Il y a, sous le rapport de la composition, une différence essentielle entre le sang et les fluides sécrétés. Au con-
ti'en , Magendie, et plusieurs autres physiologistes, ont démontré, postérieurement àBichat, quêtons les fluides sont susceptibles d’ctre absorbés , quelque irritans , quelque stimulans qu’ils soient. La bile, l’urine, etc., sans contredit, déterminent d’abord dans les tissus au sein desquels elles sont épanchées une vive irritation, souvent même la gangrène; mais bientôt, mélangées avec les produits inflammatoires , elles deviennent moins âcres , et peuvent se trouver en rapport avec les vaisseaux sans les frapper de mort : alors aussi elles pénètrent ces vaisseaux comme les autres liquides , se mêlent avec le sang qui les parcourt , et circulent dans tout le corps avec le reste de nos humeurs.
Les fl lides exhalés , celui de la plèvre comme tous les autres , sont également absorbés ; mais il n’est pas prouvé que leur absorption se fasse autremcnt*que celle des fluides sécrétés, comme Bichat l’assure ici. Rien n’autorise un semblable jugement, si ce n’est l’analogie que l’on assure exister entre quelques-uns des liquides exhalés, celui des membranes séreuses , par exemple , et la sérosité du sang. Mais d’abord cette analogie est— elle entière? Je ne le crois pas ; et la chose fut-elle établie , on ne serait pas encore pour cela en droit d’en tirer la conclusion indiquée. En effet, le sang lui-même , sorti de ses vaisseaux , n’y rentre pas comme sang par absorption ; sesélémens divers sont successivement sé- AîUT. Cttï, T. JT, 4
traire, sous ce rapport, les fluides exhalés, comme
la sérosité , etc. , s’en rapprochent beaucoup.
Une autre preuve bien manifeste de la destination de tous les fluides muqueux à être rejetés au dehors , c’est que dès qu’ils ont séjourné un certain temps en quantité un peu considérable sur leurs surfaces respectives, ils y font naître une sensation pénible dont la nature nous débarrasse pour divers moyens. Ainsi la toux, résultat constant de l’amas des sucs muqueux dans les bronches , sertelle à les expulser; ainsi le vomissement, dans les embarras gastriques , remplit-il le même usage à l’égard des sucs entassés dans l’estomac, sucs dont la présence détermine un poids, et même une tîou-
parés les uns des autres, et attirés dans le torrent circulatoire. Il est plus rationnel et plus conforme aux lois générales de l’absorption de croire que les fluides exhalés, comme tous les autres, sont décomposés en même temps qu’absorbés, et que d’abord leurs parties fluides les plus ténues , ensuite leurs élémens solides, qui sont moins subtils , pénètrent les vaisseaux et sont emportés par les courans sanguins. Qui pourrait soutenir , enfin , que la sérosité , la synovie , etc. , peuvent être retrouvées dans les vaisseaux des membranes séreuses ou synoviales , mélangées de toutes pièces avec le sang qui y circule? Personne assurément.
L’absorption des divers liquides qui se trouvent en contact avec nos tissus , qu’ils viennent du dehors , ou qu’ils aient été séparés de nos humeurs par un travail particulier, est d’autant plus simple que la composition de ces corps est plus simple ellemême -, et qu’ils ont plus d’analogie avec l’eau. Ce liquide seul est absorbé en nature; les autres sont d’abord décomposés, et leurs élémens disparaissent ensuite plus ou moins promptement , suivant leur plus ou moins grande ténuité. (F. BlanpinQ
MUQTJEüi. 5r
Igur, quoique les membranes ne soient pas affectées. Nous toussons à volonté , parce que c’est par le diaphragme et les intercostaux que s’exécute cette fonction ; aussi on n’a cherché en médecine aucun moyen propre à la provoquer. Mais comme nous ne vomissons pas à volonté , et que souvent la présence des sucs muqueux, en fatiguant beaucoup l’estomac , ne l’irrite pas assez fort pour occasioner une contraction , l’art a recours aux divers émétiques. On sait quel sentiment pénible de pesanteur occasione le séjour du mucus accumulé dans les sinus frontaux , maxillaires , etc. , lors des rhumes d’une portion de la pituitaire. La . région de la vessie est, par la même raison , dans les catarrhes de cet organe, le siège d’un sentiment 1 pénible et même douloureux.
En général, le sentiment qui naît du séjour des sucs muqueux restés en trop grande abondance sur t leurs surfaces respectives , varie, parce que, comme
■ nous le verrons, chaque partie du système mu- 1 queux a son mode particulier de sensibilité ; en s sorte que la douleur n’est point la même pour cha- ’ cun , quoique la même cause lui donne lieu. J’observe seulement que ce sentiment ne ressemble point à celui qui naît de la déchirure , de l’irrita-
t tion vive de nos parties; c’est un malaise, une sen-
■ sation incommode, difficile à rendre. Tout le monde 1 connaît celle qui naît du mucus entassé dans les ' fosses nasales , quand on reste long-temps sans se
moucher , celle si pénible qui accompagne les embarras gastriques, etc. Ceux qui ont un affaiblissement du sac lacrymal, ouïes larmes, à cause de
5 a SYSTÈME
cela, s’accumulent pendant la nuit, se réveillent avec un sentiment de pesanteur , dont ils se débarrassent en évacuant ce sac par compression, si les points lacrymaux sont libres, etc.
Les membranes muqueuses reçoivent un trèsgrand nombre de vaisseaux. La rougeur remarquable qui les distingue suffirait pour le prouver, quand bien même les injections ne le démontreraient pas. Cette rougeur n’est pas partout uniforme : elle est presque nulle dans les sinus de la face , dans l’oreille interne , dont les membranes sont plutôt blanchâtres, et qui le paraissent surtout, parce que leur extrême finesse laisse très:bien distinguer l’os sur lequel elles sont appliquées. Dans la vessie, dans les gros intestins, dans les excréteurs, etc., cette couleur, quoique encore trèspâle , se prononce un peu plus; elle devient trèsmarquée à l’estomac , aux intestins grêles , au vagin , dans la pituitaire et dans la palatine. Dans la vésicule, on ne peut la distinguer, parce que la bile en colore toujours sur le cadavre la surface muqueuse.
Cette couleur dépendd’un réseau vasculaire extrêmement multiplié, dont les branches, après avoir traversé le chorion muqueux et s’y être ramifiées , viennent s’épanouir en se divisant à l’infini sur sa surface, y embrassant le corps papillaire, et se trouvant recouvertes seulement par l’épiderme.
C’est la position superficielle de ces vaisseaux , et par conséquent leur défaut d’appui d’un côté, qui les expose fréquemment à des ruptures dans les secousses un peu fortes, cbmme il arrive sur la sur-
face des bronches dans une grande tonx , sur celle de l’oreille et du nez dans «n coup violent porté à la tête. On sait que les hémorrhagies du système muqueux avoisinant le cerveau sont un accident commun des commotions et des plaies de tête. Voilà encore pourquoi le moindre gravier fait saigner souvent les uretères , pourquoi un des signes de la pierre dans la vessie est le pissement de sang , pourquoi la sonde mousse et portée avec ménagement est retirée si souvent sanguinolente de l’urètre , pourquoi le moindre effort des instrumens portés, pour les polypes, pour la fistule lacrymale, dans les narines , y détermine des hémorrhagies. J’ai observé déjà qu’il fallait soigneusement distinguer ces hémorrhagies de celles qui sont fournies par les exhalans , et qui ne supposent aucune rupture vasculaire.
C’est aussi la position superficielle des vaisseaux du système muqueux qui fait que ses portions visibles, comme le bord rouge des lèvres, le gland, etc., servent souvent à nous indiquer l’état de la circulation, Ainsi, dansles diverses espèces d’asphyxies, dans la submersion , la strangulation , etc., ces parties présentent une lividité remarquable , effet du passage du sang veineux , qui n’a subi aucun changement, à cause du défaut de respiration, dansles extrémités du système artériel.
L’exposition long-temps continuée du système muqueux à l’air lui fait perdre souvent cette rougeur qui le caractérise, et il prend alors l’aspect de la peau , comme l’a très-bien observé Sabatier , en traitant des chutes de la matrice et dq
vagin, qui, par cette circonstance, en ont imposé quelquefois et ont fait croire à un hermaphrodisme.
Il se présente une question importante dans l’histoire du système vasculaire des membranes muqueuses , celle de savoir si ce système admet plus ou moins de sang , suivant diverses circonstances. Comme les organes au dedans desquels se déploient ces sortes de membranes sont presque tous susceptibles de contraction et de dilatation , ainsi qu’on le voit à l’estomac, aux intestins, à la vessie, etc., on a cru que, pendant la dilatation , les vaisseaux, mieux déployés , reçoivent plus de sang , et que, durant la contraction, au contraire, repliés sur eux-mêmes, étranglés pour ainsi dire , ils n’admettent qu’une petite quantité de ce fluide, lequel reflue alors dans les organes voisins. M. Chaussier a fait une application de ces principes à l’estomac , dont il a considéré la circulation comme étant alternativement inverse de celle de l’épiploon, lequel reçoit pendant la vacuité de cet organe , le sang que celui-ci , lorsqu’il est contracté , ne peut admettre. On a aussi attribué à la rate un usage analogue, depuis Lieutaud. Voici ce que l’inspection des animaux ouverts pendant l’abstinence et aux diverses époques de la digestion m’a montré à cet égard :
i°. Pendant la plénitude de l’estomac, les vaisseaux sont plus apparens à l’extérieur de ce viscère que pendant la vacuité. Au dedans, la surface muqueuse n’est pas plus rouge; elle m’a paru même quelquefois l’être moins. 2°. L’épiploon $ moins
étendu pendant la plénitude de l’estomac , présente à peu près le même nombre de vaisseaux apparens, aussi longs, mais plus ployés sur eux-mêmes que dans la vacuité. S’ils sont alors moins gorgés de sang , la différence n’est que très-peu sensible. J’observe à cet égard qu’il faut , pour bien distinguer ceci , prendre garde qu’en ouvrant l’animal le sang ne tombe sur l’épiploon qui se présente , et n’empêche ainsi de distinguer l’état où il se trouve. Ceci est, au reste, une conséquence nécessaire de la disposition du système vasculaire de l’estomac. En effet , la grande coronaire stomachique étant transversalement située entre lui et l’épiploon , et fournissant des branches à l’un et à l’autre, il est évident que, lorsque l’estomac se loge entre les lames de l’épiploon en écartant ces lames , et que celui-ci, en s’appliquant sur lui , devient plus court, il est, dis-je, évident que les branches qu’il reçoit de la coronaire ne peuvent également s’y appliquer aussi. Pour cela , il faudrait quelles se portassent de l’un à l’autre sans le troncintermédiaire qui les coupe à angle droit ; alors, en se distendant , l’estomac les écarterait comme l’épiploon, et se logerait entre elles; au lieu qu’il les pousse devant lui avec leur tronc commun, la coronaire stomachique , et les fait plisser. 3°. Je puis assurer qu’il n’y a pas de rapport tellement constant entre le volume de la rate et la vacuité ou la plénitude de l’estomac , que ces deux circonstances coïncident d’une manière nécessaire; et que, si le premier organe augmente et diminue dans diverses circonstances , ce n’est point toujours pré-
cisémcnt en sens inverse de l’estomac. J’avais d’aborcl fait, comme Lieutaud, des expériences sur des chiens pour m’en assurer ; mais l’inégalité de grosseur et d'âge de ceux qu’on m’apportait me faisant craindre do .n’avoir bien pu comparer leur rate, je les ai répétées sur des cochons-d’Inde , de la même portée, de la même grosseur , et examinés en même temps , les uns pendant que l’estomac était vide , les autres pendant sa plénitude. J’ai presque toujours trouvé le volume de Ja rate à peu près égal , ou du moins la différence n’était pas très sensible. Cependant , dans d’autres expériences, j’ai vu se manifester, en diverses circonstances , des inégalités dans le volume et surtout dans la pesanteur de ce viscère; mais c’était indifféremment pendant ou après la digestion.
Il paraît d’après tout ceci que si , pendant la vacuité de l’estomac, il y a un reflux de sang vers l’épiploon et la rate, ce reflux est moindre qu’on ne le dit communément. D’ailleurs, pendant cet état de vacuité , les replis nombreux de la membrane muqueuse de ce viscère lui laissant, comme nous l’avons dit plus haut, presque autant de surface et par conséquent de vaisseaux que pendant la plénitude , le sang doit y circuler presque aussi librement. Il n’a alors d’obstacles réels que dans les tortuosités , et non dans le resserrement , la constriction et l'étranglement de ces vaisseaux par la contraction de l’estomac : or, cet obstacle est facilement surmonté, ou plutôt il n’en est pas un, comme je l’ai prouvé dans mes llcchçrçhes sur la Mort. Quant aux autres organes creux, il est dif-
facile d’examiner la circulation des parties voisines pendant leur plénitude et leur vacuité , attendu que les vaisseaux de ceux-ci ne sont point superficiels , comme dans l’épiploon, ou qu’eux-mêmes ne se trouvent pasisolés comme la rate. On nepeut donc , pour décider la question , que voir l’état des membranes muqueuses à leur face interne : or, cette face m’a toujours paru aussi rouge pendant ^ contraction que pendant la dilatation.
Au reste, je ne donne ceci que comme un fait sans prétendre en tirer aucune conséquence opposée à l'opinion commune. Il est possible, en effet, cpie, quoique la quantité de sang soit toujours à peu près la même, la rapidité de la circulation augmente, et que, par conséquent, dans un temps donné, plus de ce fluide y aborde pendant la plénitude; ce qui paraît nécessaire à la sécrétion plus grande alors des fluides muqueux , sécrétion provoquée par la présence des substances en contact avec les surfaces de même nom. Par exemple, il est hors de doute qu’il y a trois, quatre fois même plus de mucus séparé dans l’urètre quand une sonde le remplit, que quand il est vide : or, il faut bien que le sang soit à proportion.
La rougeur remarquable du système muqueux, l’analogie de la respiration , où le sang coule fi travers la surface muqueuse des bronches, l’expérience connue d’une vessie pleine de sang et plongée dans l’oxygène, où le fluide contenu rougit aussi, ont fait penser que le sang, n’étant séparé de l’air atmosphérique que par une mince pellicule sur certaines surfaces muqueuses, comme sur la pituitaire, sur
la palatine, sur le gland, etc., y prenait aussi une couleur plus rouge, soit en s’y débarrassant d’une portion de gaz acide carbonique, soit en s’y combinant avec l’oxygène de l’air, et que ces membranes remplissaient ainsi des fonctions accessoires à celles des poumons. Les expériences de Jurine sur l’organe cutané, expériences adoptées par plusieurs physiciens célèbres, semblent ajouter encore à la réalité de ce soupçon.
Voici l’expérience que j’ai tentée pour m’assurer de ce fait. J’ai retiré par une plaie faite au basventre une portion d’intestin que j’ai liée dans un point; je l’ai réduite ensuite, en gardant au dehors une anse qui a été ouverte et par où j’ai introduit de l’air atmosphérique qui a rempli toute la portion située en deçà de la ligature. J’ai lié ensuite l’intestin au-dessous de l’ouverture, et le tout a été réduit. Au bout d’une heure, l’animal ayant été ouvert, j’ai comparé le sang des veines mésentériques qui naissaient de la portion d’intestin distendue par l’air, avec le sang des autres veines mésentériques tirant leur origine du reste du conduit. Aucune différence de couleur ne s’est manifestée : la surface interne de la portion d’intestin distendue n’était pas d’un rouge plus brillant. J’ai cru obtenir un effet plus marqué en répétant avec l’oxygène la même expérience sur un autre animal ; mais je n’ai aperçu non plus aucune variété dans la coloration du sang. Comme, sur les membranes muqueuses qui sont ordinairement en contact avec l’air, ce fluide se renouvelle sans cesse, est agité d’un mouvement perpétuel , et que , dans l’expérience
ic. précédente, il était resté stagnant, j’ai essayé de ie produire le même effet dans les intestins. J’ai i; fait deux ouvertures à l’abdomen, et j’ai tiré par s chacune une portion du tube intestinal; ayant ouïs vert ces deux portions, j’ai adapté à l’une le tube 6 d’une vessie pleine d’oxygène, à l’autre celui d’une
• vessie vide ; j’ai comprimé ensuite la vessie pleine , 6 de manière à faire passer l’oxygène dans l’autre, en
traversant l’anse d’intestin restée dans le bas-ventre rjl afin que la chaleur y entretînt la circulation. L’oxy-
• gène a été ainsi plusieurs fois renvoyé de l’une à 1 l’autre vessie, en formant un courant dans l’intes- > tin, ce qui, vu sa contractilité, est plus difficile t qu’il ne le semble d’abord. Le bas-ventre ayant 1 été ouvert ensuite, je n’ai trouvé aucune différence ■ entre le sang veineux revenant de cette portion ; d’intestin et celui qui s’écoulait des autres. La position superficielle des veines mésentériques, que recouvre seulement une lame mince et transparente du péritoine, leur volume, pour peu que l’animal soit gros, rendent très-faciles ces sortes de comparaisons.
Je sens qu’on ne peut conclure de ce qui arrive aux intestins ce qui survient dans la membrane pituitaire, dans la palatine, etc., parce que, quoique analogue , l’organisation peut être différente. On ne peut ici, comme aux intestins, examiner le sang veineux revenant de la partie; mais, i° si on considère que , dans les animaux qui ont respiré pendant quelque temps l’oxygène, on ne voit point que la palatine ou que la pituitaire soient plus rouges ; 20 si on réfléchit que la lividité de di-
Go SYSTÈME 1
verses parties de cette membrane, dans ceux asphyxiés par le gaz acide carbonique, dépend, non du contact immédiat de ce gaz sur la membrane, mais du passage du sang veineux dans le système; artériel, comme mes expériences l’ont, je crois, démontré ; 3° si on remarque enfin que, dans ces circonstances, le contact de l’air ne change point, après la mort, la lividité que donne le sang veineux aux membranes muqueuses, quoique lapeau soit alors bien plus facilement perméable à toute espèce de fluide aériforme , on verra qu’il faut au moins suspendre son jugement sur la coloration du sang à travers les membranes muqueuses, jusqu’à ce que des1 observations ultérieures aient décidé la question.
Voici une autre expérience qui peut jeter encore | quelque jour sur ce point. J’ai gonflé la cavité péri- j tonéale de divers cochons-dinde avec du gaz acide 1 carbonique, de l’hydrogène, de l’oxygène, de l’air atmosphérique, pour voir si j’obtiendrais à travers une membrane séreuse ce à quoi je n’avais pu réussir dans une muqueuse : je n’ai , à la suite de ces expériences, trouvé aucune différence dans la couleur du sang du système abdominal; il était le même que dans un cochon-d’Inde ordinaire, que je tuais toujours pour la comparaison.
Je crois cependant avoir remarqué plusieurs fois soit sur des grenouilles, soit sur des animaux à sang rouge et chaud, tels que des chats et des cochons-dinde, que l'infiltration de l’oxygène dans le tissu cellulaire donne au sang, au bout d’un certain temps, une couleur beaucoup plus vive que celle que présente ce fluide dans les emphysèmes arti-
rficiels produits par le gaz acide carbonique, par le ngaz hydrogène, et par l’air atmosphérique, circon- , stancéS dans lesquelles la rougeur du sang ne diffère e guère de celle qui est naturelle. Mais, dans d’autres cas, l’oxygène n’a eu aucune influence sur la colos ration du sang; en sorte que , malgré que beaucoup t d’expériences aient été répétées sur ce point, je j ne puis indiquer aucun résultat général. Il paraît s que les forces toniques du tissu cellulaire et des ; parois des vaisseaux qui rampent çà et là dans ce » tissu reçoivent une influence très-variée du contact s des gaz, et que, selon la nature de cette influence, s les fibres, se resserrant et se crispant plus ou moins, rendent ces parties plus ou moins perméa- ; blés, soit aux fluides aériformès qui tendent à , s’échapper du sang pour s’unir avec celui de l’em- , physème, soit à ce dernier fluide, s’il tend à se . combiner avec le sang, ce qui détermine sans doute ; les variétés que j’ai observées (i).
(i) Je ne croîs pas qu’aujourd’hui on puisse soutenir un seul instant l’opinion à laquelle Bichat a consacré ces paragraphes; pour mon compte, j’ai fait souvent des observations entièrement opposées à celles qu’il vient de citer. Qui n’a vu , sur un animal vivant, la rate et le foie, exposés au contact de l’air , à la faveur de l’incision des parois abdominales, perdre leur couleur brune, pour en revêtir une plus claire et plus ou moins exactement vermeille? Quel médecin n’a fait de semblables observations sur les cadavres soumis à ses dissections? Ne sait-on pas aujourd’hui que tel estomac qui parait peu coloré ou brunâtre au moment où il est ouvert , peut le lendemain présenter une teinte rouge trèsmarquée s’il a été laissé à l’air libre ? Aussi , hâtons nous de le
La couleur rouge du système muqueux est analogue à celle du système musculaire. Elle ne dépend point essentiellement du sang circulant dafts les petites artères de ce système. Elle lient à la portion colorante du sang combiné avec le tissu muqueux, surtout dans la profondeur des organes; car, à l'origine des surfaces muqueuses, cette couleur paraît avoir principalement pour cause le sang en état de circulation. En effet, l’asphyxie ne rend pas aussi livides les surfaces muqueuses profondes, que celles qui sont superficielles et en communication avec la peau. Le sang noir arrive tout de suite par les dernières artères dans celles-ci, et les teint ainsi que nous le voyons. Dans les syncopes, où le cœur affecté ne pousse plus de sang dans les artères, on sait que cette portion du système muqueux blanchit tout-à-coup.
Au reste, la couleur rouge des portions plus profondes peut, comme celle des muscles, leur être enlevée par des lotions répétées, et en changeant
«lire , partout les membranes tégumentaircs servent à l’hématose, c’est-à-dire, partout à la périphérie du corps , le sang est modifié par l’air dans scs vaisseaux, lorsqu’il est donné à ce fluide élastique de se trouver avec lui en contact plus ou moins médiat. Dans les membranes muqueuses, cette modification aérienne du sang est plus apparente , parce que l’absence d’épiderme ou la ténuité decette couche rend le contact moins médiat. Au reste, depuis , les expériences de Jurine ont été variées et répétées par M. Edwards, qui lésa trouvées fort exactes pour la plupart, et qui en a déduit d’importantes conséquences pratiques.
(F. BuNDIîf.)
fréquemment l’eau. Cependant l’eau de ces lotions n’est point aussi rouge que celle des muscles.
A l’instant où l’on plonge une surface muqueuse dans l’eau bouillante, quelque ronge qu’elle soit, comme celle des intestins et de l’estomac, elle blanchit tout à coup. L’action des acides nitrique, sulfurique et muriatique, y produit également une blancheur subite.
Cette couleur des surfaces muqueuses acquiert une intensité remarquable dans les inflammations. La rougeur devient alors extrêmement foncée, à cause de la quantité de sang qui s’accumule dans le système capillaire. C’est surtout dans les dysenteries que la surface interne des intestins présente ce. phénomène d’une manière remarquable. Je dois i cependant faire observer à ceux qui font des ouvertures de cadavres qu'il ne faut jamais perdre de vue la teinte primitive de la portion du système muqueux qu’ils examinent, puisque chacune des divisions de ce système présente clans ses nuances des différences remarquables. Si la membrane de I la vessie, du rectum, etc., est aussi rouge que celle | de l’estomac dans son état naturel, prononcez qu’il y a eu inflammation ; si la rougeur des sinus égale celle qui est naturelle à la vessie et au rectum, jugez aussi que l’inflammation y a existé. Il va, comme je l’ai dit, une échelle de coloration pour le système muqueux : il est donc essentiel d’avoir, dans une connaissance exacte de cette échelle, un type auquel on puissse rapporter l’état inflammatoire dans les ouvertures.
Exhalans.
Se fait-il une exhalation sur les surfaces muqueuses? L’analogie de la peau semble l’indiquer; car il est bien prouvé que la sueur n’est point une transsudation par les pores inorganiques de la surface cutanée, mais bien une véritable transmission par des vaisseaux d’une nature particulière et continus au système artériel.
Il paraît d’abord que la perspiration pulmonaire, qui s’opère sur la surface muqueuse des bronches, qui a tant de rapport avec celle de la peau, qui augmente et diminue suivant que celle-ci diminue ou augmente, et dont la matière est vraisemblablement de la même nature; il paraît, dis-je, que la perspiration pulmonaire se fait au moins en grande partie parle système des vaisseaux exhalans , et que, si la combinaison de l’oxygène de l’air avec l’hydrogène du sang concourt à la produire pendant l’acte de la respiration, ce n’est qu’en très-petite quantité, et pour la portion purement aqueuse. D’ailleurs, celte dernière hypothèse des chimistes modernes, contradictoire à la production de toutes les autres humeurs rejetées par les surfaces muqueuses, me paraît peu propre à rendre raison de la formation de celle-ci. Quand le même phénomène se reproduit en beaucoup d’endroits, et cpie l’explication qu’on en donne n’est applicable qu'à un seul, défions-nous de cette explication.
11 faut au reste observer, à l’égard de la perspi-
ration pulmonaire, que la dissolution du fluide muqueux qui lubrifie les bronches, dans l’air sans cesse inspiré et expiré, fournit une portion considérable de cette vapeur qui, insensible en été, est très-remarquable en hiver, à cause de la condensation de l’air. Les sucs muqueux se dissolvent comme tout autre fluide ; car partout où il y a air atmosphérique, chaleur et humidité, il y a vapo» risation. Ici cette vaporisation est même un moyen dont se sert la nature pour se débarrasser, comme je l’ai dit, des sucs muqueux. S’ils sont trop abondans , comme dans le rhume , alors la quantité d’air qui leur sert de véhicule n’augmentant pas en proportion, il faut un autre mode d’évacuation: c’est l’expectoration qui supplée à ce que l’air ne peut enlever par dissolution.
Le suc intestinal , que Haller a spécialement considéré, mais qui paraît être en beaucoup moindre quantité qu’il ne l’a estimé, les sucs oesophagien et gastrique, ce dernier surtout, que l’on croit distinct des sucs muqueux, sont probablement déposés par voie d’exhalation sur leurs surfaces muqueuses respectives. Mais, en général, il est très-difficile de distinguer avec précision ce qui appartient dans ces organes au système exhalant de ce qui est fourni parle système des glandes muqueuses, qui, comme nous l’avons dit, leur sont partout subjacentes. Ainsi voit-on constamment les fluides muqueux de l’œsophage, de l’estomac et des intestins, se mêler avec les fluides œsophagien, gastrique, intestinal, etc.
Comme d’une part les vaisseaux sanguins rampent presque à nu sur les membranes muqueuses, Akaï, çÉîf. t. iv. 5
et que d’une autre part ces vaisseaux sont toujours l’origine des exhalans, il est évident que ceux-ci, pour arriver à leurs surfaces, ont peu de trajet à parcourir: ce sont des pores plutôt que des vaisseaux distincts. Voiià pourquoi sans doute le sang a tant de tendance à s’échapper par les exhalans; pourquoi, par conséquent, les hémorrhagies sans rupture sont si fréquentes sur le système muqueux; pourquoi cette affection peut même être classée dans les maladies de ce système, etc., etc. Aucun autre, par la disposition des artères, n’offre aux exhalans un aussi court trajet à parcourir entre leur origine et leur terminaison. Souvent même, comme je l’ai dit, on fait suinter sur le cadavre le sang de ces vaisseaux à travers leurs exhalans.
Absorbans.
L’absorption des membranes muqueuses est évidemment prouvée, i° par celles du chyle et des boissons sur les surfaces intestinales, du virus vénérien sur le gland et sur le conduit de l’urètre, du virus variolique dont on frotte les gencives, de la portion séreuse de la bile , de l’urine, de la semence, lorsqu’elles séjournent dans leurs réservoirs respectifs. A. Lorsque , dans la paralysie des fibres charnues qui terminent le rectum, les matières s’accumulent à l’extrémité de cet intestin, ces matières prennent souvent une dureté qui est probablement l’effet de l’absorption des sucs qui s’y trouvent arrêtés. 5°. On a diverses observations d’ urine presque totalement absorbée par la surface
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muqueuse de la vessie, dans les obstacles insurmontables de l’urètre. 4°- Si on respire, au moyen d’un tuyau, l’air d’un grand bocal chargé d’exhalaisons de térébenthine, afin que ces vapeurs ne puissent agir que sur la surface muqueuse des bronches, les urines rendent l’odeur particulière qui naît toujours de l’usage de cette substance ^ dont les émanations ont été in troduites dans le sang par l’abs orption, etc.
Quel que soit le mode de cette absorption, il paraît quelle ne se fait point d’une manière constante, non interrompue, comme celle des membranes séreuses, où les systèmes exhalant et absorbant sont dans une alternative régulière et continuelle d’action. Il n’y a guère que l’absorption chyleuse, celle des boissons, celle de la portion aqueuse des fluides sécrétés séjournant dans un réservoir en sortant de leurs glandes, qui se fassent d’une manière continue. Rien n’est plus variable que toutes les autres absorptions. Sous la même influence, le gland prend ou laisse le virus vénérien; la surface interne des bronches tantôt accorde, tantôt refuse l’entrée aux miasmes contagieux. Il y a plus de cas où dans les rétentions, l’urine n’est pas absorbée en* totalité, qu’il n’y en a où cette absorption a lieu, etc. , etc. Les variétés sans nombre des forces vitales des membranes muqueuses, variétés déterminées par celles des excitans avec lesquels elles sont en contact, expliquent ces phénomènes. Pour peu que ces forces soient exaltées ou diminuées, l’absorption s’altère, même celle qui est naturelle, comme celle du chyle. Prenez un purgatif: il crispe,
ferme même les bouches absorbantes du tube intestinal; tant que l’irritation dure, toutes les boissons qu’on prend sont rejetées par l’anus ; au bout de quatre à cinq heures, les absorbans reprennent peu à peu leur ton naturel, et l’absorption recommence. Dans ces médications, les premières selles évacuent seulement les matières intestinales; les autres ne sont que les boissons copieuses qu’on a prises. Il est une foule de maladies où, trop exaltée, la sensibilité des absorbans chyleux n’étant plus en rapport avec les alimens, ils n’en prennent qu’avec peine le résidu, etc. Le défaut d’action peut produire le même phénomène : il est, en effet, dans l’absorption, un degré moyen de sensibilité de l’organe qui la détermine, degré au-dessous et au-dessus duquel elle ne peut avoir lieu (i).
(1) Il est douteux qu’il règne dans l’absorption des fluides sécrétés qui séjournent dans un réservoir, l’intermittence signalée par Bichat dans ce passage. En effet, pour cela, il faudrait qu’il y eût intermittence dans l’action des circonstances desquelles résulte l’absorption , et c’est ce qui n’a pas lieu : les parois vasculaires ne cessent pas un seul instant d’ètre perméables, et de posséder les propriétés hygrométriques qui les caractérisent; par conséquent, dans toutes les circonstances, elles doivent livrer passage aux fluides avec lesquels elles se trouvent en contact , et les absorber. Que si l’on objecte à ce raisonnement les faits incontestables allégués par Bichat, je répondrai que je les adopte aussi, mais en les soumettant à une interprétation différente de celle donnée par Bichat. Tantôt en effet le gland prend ou laisse le virus vénérien : mais cela peut dépendre des conditions diverses de la structure de cette partie , et de l’application du virus ; ainsi, le gland ©st pourvu d’un épiderme plus ou moins épais suivant les
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Tous les absorbans muqueux paraissent se rendre du canal thoracique.
Nerfs.
Je remarque qu’à toutes les origines du système muqueux, où la sensibilité animale est très-prononcée, où il nous met, comme la peau, en rapport avec les corps extérieurs, ce sont des nerfs cérébraux qui se distribuent. La pituitaire, la conjonctive, la palatine, la surface muqueuse du rectum, du gland, du prépuce, etc., présentent ce fait d’une manière évidente. Il n’y a presque pas de filets nerveux venant des ganglions dans ces divers endroits.
Au contraire, cette dernière espèce de nerfs est
individus, l’application du virus et le contact du gland sur les organes qui en sont imprégnés peuvent être prolongés plus ou moins long-temps. Tel individu résiste certainement à l’action de miasmes délétères qui en tuent un autre ; mais cela ne prouve pas que le premier n’a rien absorbé , tandis que le second est imprégné des émanations putrides : chez l’un, seulement l’éco— ■ nomie a réagi suffisamment pour chasser les principes morbifiques par diverses émonctoires ; tandis que , chez l’autre , les organes , plus faibles , n’ont pu réagir , ou bien ont été subitement altérés et leurs fonctions anéanties. L’action des purgatifs ne prouve pas davantage la possibilité de la suspension des propriétés ab- ! sorbantes des membranes muqueuses : ces médicamens excitent seulement la contractilité des intestins , et produisent des contractions rapides , contractions qui ont pour résultat l’expulsion très - prompte des boissons portées dans l’estomac , ayant que leur quantité ait été sensiblement diminuée par l’absorption gastro-intestinale. (F. Blaxdin. )
la prédominante aux intestins, dans tous les excréteurs, dans les réservoirs des fluides sécrétés, etc. , endroits où la sensibilité organique est le plus marquée.
ARTICLE III